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Author of 14 Stories |
Bonsoir tout le monde !
Me revoilà avec un nouveau chapitre de ce recueil consacré à Fred Vargas et à ses personnages, donc comme d'habitude rien ne m'appartient et le seul profit que je tire de cet histoire est le plaisir que j'ai eu à l'écrire.
Cette fois ci, des personnages un peu moins connus, Raphaël Adamsberg et Matthias Delamarre. L'histoire se situe à la fin de Sous les vents de Neptune, j'ai rajouté la présence de Matthias dans la dernière scène. Donc en fait c'est un UA :)
Raphaël se sentait un peu nerveux. Il n’aimait pas spécialement fréquenter les commissariats, et le fait que Jean-Baptiste en soit le patron ne suffisait pas à le rassurer totalement. Il avait passé tellement de temps en cavale que, pour une première apparition en public, il trouvait un peu exagéré de la faire en ce lieu, surtout à l’occasion de cette cérémonie officielle organisée pour la promotion de Danglard.
Et le fait qu’on ne cesse de le confondre avec son frère ne l’aidait en rien. Il devait sans cesse détromper des gens venus le féliciter. Alors il s’efforçait du mieux possible de faire tapisserie, mais il avait l’impression que ce n’était pas très efficace.
Finalement, il s’approcha de Jean-Baptiste, effleura son cou de sa main pour attirer son attention et lui glissa dans l’oreille qu’il allait prendre l’air. Le commissaire lui serra brièvement le bras et hocha la tête.
Lorsque Raphaël s’éloigna, il put sentir la moitié des regards de la pièce le dévisager, pour les comparer tous les deux. Chercher les nuances subtiles dans leur ressemblance troublante, proche de la gémellité. Se dire que Jean-Baptiste était plus tourmenté, Raphaël plus lisse, et que vraiment, ils correspondaient bien à leurs propres noms. L’archange précieux et l’ermite torturé du désert, enveloppé dans sa peau d’animal sauvage. Mais Raphaël savait, comme Jean-Baptiste, qu’ils avaient tout faux. Il n’était pas un ange, mais un coupable troublé. Jean-Baptiste n’était pas l’anachorète inspiré, mais l’indifférent redoutable. Raphaël n’était pas le messager divin qui se penche avec bienveillance sur le monde, mais un anxieux égoïste.
Il s’était accoudé à un balcon et laissait son regard divaguer le long de la façade en face. Tout à ses réflexions, il n’entendit pas la porte s’ouvrir, et ne vit pas le jeune homme avant qu’il ne s’appuie sur la rambarde à ses côtés.
- Bonsoir Raphaël.
Il avait une voix grave, des mains larges qui s’accordaient avec ses vêtements rustiques et le nid de cheveux blonds couronnant son front.
- Bonsoir. Vous connaissez mon nom ?
- Oui, le commissaire nous a parlé de vous. Enfin, surtout à moi, parce que je l’ai un peu aidé pour les fouilles, et au parrain parce qu’ils ont chassé la baleine ensemble, avant. Les deux autres évangélistes, ils n’étaient pas sur la bonne période chronologique. Quoiqu’en fait, on a creusé une tranchée donc Lucien aurait pu être de la partie.
- Vous êtes Marc ou Matthieu ?
- Matthias, en fait, répondit-il placidement. C’est la faute du parrain, ça. Enfin, je vois que vous avez entendu parler de nous.
- C’est plutôt difficile de passer à côté, non ? dit Raphaël avec un fin sourire.
Alors Matthias hocha la tête, le même sourire illuminant son visage, et ils échangèrent un long regard.
- Vous me troublez, reprit l’archéologue au bout d’un moment.
- Moi, je vous trouble ?
- Oui.
- Mais pourquoi ?
- Eh bien, vous ressemblez beaucoup au commissaire, mais vous avez un caractère si différent. C’est troublant. Vous semblez plus sensible.
Raphaël était surpris :
- Jean-Baptiste m’avait parlé de votre talent à lire dans la terre, mais je ne savais pas que ça marchait aussi sur les hommes.
Et il regarda, amusé, Matthias se mordre la lèvre, comme s’il était gêné. Son regard se détourna un peu, se posa sur le torse de Raphaël plutôt que dans ses yeux, lorsqu’il répondit :
- C’est parce que ça ne marche pas toujours, et le commissaire a sans doute eu vent d’un exemple malheureux.
Raphaël compris que Matthias parlait de cette femme qu’il avait apprécié, il y a quelques temps, alors qu’elle était en fait l’assassin de la cantatrice Sophia Siméonidis, Mais c’était autre chose qui le tracassait :
- Pourquoi est-ce que vous appelez Jean-Baptiste le commissaire ?
- Eh bien, c’est ce qu’il est, dit Matthias sur le ton de l’évidence. C’est un peu trop familier, si je l’appelle par son prénom comme vous le faites.
- Oui, je me doute, acquiesça Raphaël en souriant, mais je voulais dire que vous ne dîtes jamais « votre frère ».
- Ah tiens, c’est vrai. Mais c’est parce que vous êtes trop différents. Les autres vous confondent ? Ils vous appellent comme ça ? demanda t’il avec curiosité.
- Oui. C’est assez étrange. Ça n’était jamais arrivé depuis l’enfance dans la montagne. En quoi vous trouvez que nous sommes différents ?
- Oh. Eh bien… J’ai envie de vous parler. Ca n’arrive pas avec le commissaire, parce qu’on a l’impression qu’il n’écoute pas.
Cette remarque fit rire Raphaël, et son rire sembla attendrir Matthias qui sourit. Alors Raphaël se fit la réflexion que lui aussi, il était troublé. Et il le dit.
Mais Matthias ne répondit pas, il pencha simplement la tête et le regarda, souriant. Alors Raphaël fit de même, et ils restèrent un long et agréable moment ainsi. Un de ces moments précieux, où le cœur gonfle, le sang coule plus vite, les jambes tremblent légèrement et le ventre se noue. Parfois même, les larmes montent aux yeux, et Raphaël ressemble à l’archange, et Matthias à un homme.
Et Raphaël se dit que les doigts rudes de son compagnon de balcon, dont Jean-Baptiste lui a dit la délicatesse digne des libellules lorsqu’il fouille la terre, ces doigts-là, il les voudrait bien sur lui.
Voili voilou !
C'est fini pour cette fois, j'espère que vous aimerez !
Encore une fois, mieux vaut être initié à cette littérature pour comprendre ;)