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Le monde selon Godric
Personnages : Godric Gryffondor, OCs
Genre : Aventure, romance
Résumé : Peut-on se nommer Godric Gryffondor et être le sorcier le plus obtus que la Terre ait jamais porté ?... Elle dirait oui sans une hésitation.
Disclaimer : Godric Gryffondor a été créé par JKR. Je me charge de tout le reste.
Me revoilà. Désolée pour tout le temps qu'il m'aura fallu pour un chapitre qui n'est même pas si long. Mais il m'en aura causé des soucis.
Je tiens à remercier Owlie Wood pour m'avoir soutenue et pour traquer inlassablement mes fautes.
Chapitre 4 : La route est longue
En désirant rester avec cette inconnue, Godric ne s’était pas assuré confort et facilités. La nuit notamment avait été bien loin de celles passés au château.
La vieille maison était truffée de courants d’air et Eden avait refusé qu’il dorme près d’elle dans le seul coin isolé qui ressemblait de près ou de loin à une chambre. Il n’y avait pas réellement de surprise à ce que la demoiselle s’avère être une vraie harpie. Mais tout de même elle aurait pu éviter d’aller jusqu’à éteindre le feu flambant dans l’âtre, durant la nuit, sous le faible prétexte d’économiser du combustible.
Le lendemain, le dos ankylosé par le plancher sur lequel il avait dormi, le chevalier était allé, maugréant, couper un peu de bois aux alentours de la cabane branlante. Il avait bien espéré un merci pour avoir tenté de maîtriser l’art de la hache. Et il était à noter que l’exercice - bien que moins périlleux que celui de l’épée - était drôlement rude ! Mais en ramenant soigneusement les bûches mal équarries, il n’avait même pas eu droit à un regard gentil ou à un sourire. Ce fut tout juste si elle lui indiqua où poser son butin.
Comprenant peu à peu que la gratitude ou même la plus élémentaire forme de politesse ne faisait pas partie des qualités de la jeune fille, Godric se contenta du bol de soupe tendu et pensa sagement que tant qu’il pouvait disposer du gîte et du couvert, aussi piteux soient-ils, il n’avait guère à se plaindre. Il devait bien s’avouer apprécier un peu de compagnie, du moment qu’il n’eût pas à craindre pour sa vie ou sa liberté.
Il avait bien songé à agrémenter ses nuits froides d’un peu de magie. Après tout il n’avait pas besoin de flammes réelles. Pourtant, le rideau qui séparait la pièce d’Eden de la salle commune était suffisamment mince pour le dissuader de se permettre quelques actes magiques à l’insu de la propriétaire des lieux. Alors il s’abstenait.
Eden avait beau être au courant de ses capacités particulières, il y avait des habitudes et des craintes qui ne s’effaçaient pas en une journée. Moldu et magie faisaient mauvais ménage, telle était la philosophie que s’était façonnée Godric au vu de ses maigres expériences. Et il n’aimait pas beaucoup le regard que la jeune fille portait à sa baguette magique, s’il s’avisait de trop la mettre en évidence.
Pour ces raisons-là, il lui fallut un moment pour s’imprégner des paroles que prononça Eden le soir même.
- Pour un prétendu sorcier, on ne vous voit pas vraiment vous servir de ce bout de bois.
Le ton mesuré et calme eut tout l’effet contraire sur Godric. Il en avait manqué s’étouffer avec la gorgée de soupe brûlante qu’il venait d’ingérer.
- Je pensais… Enfin, les moldus n’aiment pas vraiment qu’on fasse étalage de la magie, balbutia-t-il. Ce n’est pas votre cas ?
Levant un regard plein d’une arrogance peu commune pour une paysanne isolée dans une forêt, elle haussa les épaules.
- Ça peut nous rendre la vie nettement plus facile, vous ne croyez pas ?
Elle joua distraitement avec un peu de mie de pain, avant de rajouter :
- Puis vous avez l’air de si mal vous acclimater à cet endroit que la magie pourrait arranger vos affaires.
Tant de sollicitude réchauffa le cœur de Godric. Il n’aurait pas cru cela possible de la part de cette jeune fille qu’il avait déjà qualifié de mégère en pensée.
- Tout de même, je n’ai jamais vu quelqu’un couper aussi mal du bois ! acheva-t-elle.
Adieu sollicitude, prévenance ou même amabilité ! Godric rougit, terriblement embarrassé que son hôtesse puisse ainsi réduire à néant ses efforts. Il se redressa de toute sa hauteur, tentant de dominer la situation du moins en apparences.
- Allons, asseyez-vous ! renchérit Eden.
Le chevalier ne ressentit pas vraiment l’envie de lui obéir. Il était froissé et humilié. Et un Gryffondor digne de ce nom ne laisse pas passer ce genre d'affronts sans y répondre de façon appropriée.
- Retirez ce que vous avez dit ! grogna-t-il, sa voix s’enflant d’importance.
Eden se contenta de secouer la tête, faisant valser ses boucles noires.
- Ne vous trouvez-vous pas ridicule ? Qu’un jeune noble n’y connaisse rien en travaux domestiques, il n’y a rien de plus normal. Par conséquent vous ne m’empêcherez pas de me gausser devant vos efforts grotesques pour n’y rien laisser paraître.
Lui coupant toute possibilité de réponse, elle entreprit de ranger la vaisselle et lui arracha son bol de soupe à moitié vidé. Les mots durs de la jeune fille tournèrent dans l’esprit de Godric.
- Vous avez peut-être honte d’être un sorcier ? proposa-t-elle d’une voix insidieuse.
Seigneur, non ! Il n’avait pas honte. Mais vu la quantité d’ennuis que ces capacités avaient rapportés, sa réticence était compréhensible, surtout face à une inconnue aussi retorse.
Il pesta tout bas, refusant de continuer une conversation dans un sens aussi absurde. Car Eden semblait vouloir le mener quelque part et il n’aimait pas la direction que tout cela prenait.
Elle vint s’asseoir face à lui dans une posture peu adéquate pour une damoiselle, à cheval sur le banc instable, et le fixa d’un regard amusé, le menton dans la paume de sa main.
- Je suis sûre que vous pouvez faire des choses merveilleuses.
Sa capacité à alterner compliments et insultes s’avérait prodigieuse.
- Montrez-moi, chuchota-t-elle.
Déconcerté, c’était bien un moindre mot pour qualifier l’état de Godric.
- C’est à cause de la magie que je me retrouve ici avec vous, plaida-t-il. Je n’ai pas vraiment envie de me montrer en spectacle.
Elle continuait de le dévisager, sans pour autant pouvoir s’empêcher de jeter des brefs regards à la ceinture de Godric où pendait la baguette magique.
- J’aime les histoires, murmura-t-elle. Spécialement au coin du feu.
Godric ne put s’empêcher de ricaner.
- Vous êtes bien du genre à n’écouter les explications qu’après.
Elle décroisa ses bras, avec un sourire triomphant.
- Alors c’est le bon moment !
Godric ne se le fit pas dire deux fois, car il éprouvait réellement le besoin de s’épancher au sujet de ses mésaventures. Qu’il embellisse quelques pans de l’histoire, elle ne le remarquât pas. L’essentiel fut dit et lorsqu’il se tut, Eden, le visage impénétrable, dodelina doucement du chef sans révéler pour autant le fond de sa pensée.
- Moi qui avais toujours désiré rencontrer l’aventure, c’est chose faite ! conclut Godric avec une ironie qui le fit sourire.
Il aurait été inexact de dire qu’il n’avait pas quelques regrets, mais le chevalier préférait aller de l’avant. Et à l’instant présent, sa situation n’était pas des plus brillantes, alors qu’il croupissait dans cette vieille chaumière.
- Mais maintenant je ne sais plus vraiment où aller, marmonna-t-il. Peut-être devrais-je parcourir les routes de ce beau pays ou d’autres pour apporter mon aide aux nécessiteux. Ou je pourrais tout aussi bien proposer mes services à des seigneurs lointains.
Des paysages féériques et des anecdotes dignes d’être contés par les bardes se dessinaient déjà dans l’esprit du damoiseau.
- Vous aviez dit vouloir me protéger, trancha net la voix d’Eden. Vous changez vite de cause.
L’air piteux, Godric se retourna vers la jeune fille qui semblait avoir mal pris ce bref moment de rêverie. Non pas qu’il ait eu l’idée de renier sa parole, mais tout de même elle n’avait de cesse de prétendre ne pas avoir besoin de lui, alors il ne comptait pas rester éternellement ici. Avait-il une dette envers elle ? Pas vraiment.
- Il faudrait que je reste? demanda-t-il d’une voix si basse que les crépitements du feu faillirent la recouvrir.
- Et après tout, si vous changez d’avis tous les jours, qui suis-je pour vous en empêcher ? persifla Eden. Vous croire aura été une sottise passagère. Désormais je saurai qu’on ne peut compter sur la parole d’un chevalier.
Le rouge aux joues de Godric ne pouvait en aucune façon être le reflet des flammes émanant de l’âtre.
- Je pourrais vous retourner le compliment ! gronda-t-il. Durant cette journée, vous m’avez fait passer pour un incapable et un sot. Et si j’évoque une minute des projets lointains, voilà que vous prenez la mouche ! Sacrebleu, décidez une fois pour toutes ce que vous désirez !
Il se leva et fit quelques pas furieux dans la pièce, avant de reprendre d’un ton ignorant la mesure.
- Je vous ai fait cette proposition avec sincérité. Mais au vu de votre comportement, il m’apparaissait clair que cela vous était égal.
Lorsqu’il porta son regard sur Eden, y mettant toute la colère que la situation lui inspirait, il voulut croire que la mine gênée de la paysanne était feinte. Il essaya de ne ressentir ni embarras, ni honte de s’être laissé emporter par la colère vis-à-vis d’une femme. Eden n’était pas à proprement parler une personne du beau sexe, car une dame ne vit pas recluse comme une ermite, elle ne devrait pas utiliser d’arme et encore moins mépriser les hommes.
- Si vous désirez partir, je vous suis, décida-t-elle.
Dans la semi-pénombre qui régnait en ce soir, Godric émit un rire narquois. C’était presque adorable, la façon dont elle avait prononcé ces mots. Pensait-elle vraiment pouvoir affronter la dure vie d’un chevalier errant ? Que de fadaises ! L’hiver viendrait et il était hors de question qu’il mette sa santé en péril pour des lubies insensées.
Il secoua la tête en signe de dénégation.
Sans chercher à davantage argumenter, Eden se leva et se dirigea vers son lit, ramenant sèchement le rideau derrière elle.
Godric aurait pu tirer les leçons du passé et songer que la discussion n’était pas close pour autant. Seulement la colère avait obscurci son jugement et il se contenta de projeter son départ prochain. Ce n’étaient pas quelques paroles en l’air et la malice d’une femme qui allaient le retenir dans ce coin perdu. Il avait voulu être magnanime et l’ingrate en avait profité. Il apparaissait maintenant évident qu’Eden était de mauvaise compagnie.
Il s’endormit ce soir-là, pensant que c’était la dernière fois qu’il trouverait du repos en cette maisonnée.
Au petit matin, les premiers rayons passant au travers des carreaux poussiéreux l’éveillèrent. Après s’être étiré et avoir reboutonné correctement son habit, il inspecta les lieux d’un regard, étonné d’un tel silence. Non pas qu’il trouvât cette tranquillité suspecte ou qu’il se montrât méfiant. Car Godric n’était pas méfiant, et c’était là sûrement son plus grand défaut. Il se demandait seulement où se trouvait Eden, sans pour autant lui garder rancune pour leur dispute de la veille.
En déduisant qu’elle était allée vaquer dans la forêt à des occupations quelconques et sans intérêt, il montra quelques réticences à partir ainsi sans la remercier ou pouvoir lui dire adieu. En effet, si la fureur qui l’avait emportée la nuit dernière s’était apaisée avec un sommeil lourd, son projet de quitter instamment cet endroit s’était fixé dans son esprit encore plus solidement qu’auparavant. A croire que l’opposition de la jeune femme n’avait fait que décupler ce qui au départ n’était qu’une vague idée.
Le seigneur Gryffondor avait toujours prétendu que son fils était passé maître pour faire l’opposé de ce qu’on requérait de lui.
Rassemblant quelques hardes et n’osant guère prendre plus qu’une gourde d’eau et un quignon de pain, Godric s’assura que son épée pendait bien à sa ceinture et que sa baguette se trouvait à l’abri dans le revers de sa botte, puis il poussa la porte de la chaumière. L’air frais du matin raviva son esprit encore embrumé par les rêves de la nuit.
Un instant il eut l’idée de laisser un mot à Eden pour la remercier. Mais il eut l’esprit de songer qu’en aucun cas, la paysanne ne pouvait savoir lire.
Godric se laissa éblouir par les rayons épars de l’astre solaire, filtrant avec peine entre les branches des hauts arbres. La forêt sombre et les vents glacés qui apportaient du nord la senteur de la terre mouillée par une pluie matinale lui semblèrent de bon présage. Cet air emportait avec lui des prémices d’aventure et de futur rayonnant de gloire. Du moins, c’est ce qu’avec un sourire, le jeune Gryffondor voulait penser, afin de se mettre du cœur à ce départ qui au fond le troublait un peu.
Le sentier escarpé se faufilait doucement entre les fougères et les arbres imposants, ne cherchant guère à lutter avec les égalités de terrain, s’adaptant plutôt à cette butée ou à ce fossé. Godric préféra vite couper à travers bois, sautant ou escaladant les obstacles, allant droit devant. Il avait choisi le Nord, non pas arbitrairement, juste parce qu’il s’agissait de la direction qui l’éloignerait au mieux de sa terre natale.
L’idée de rebrousser chemin et de revoir des paysages connus le tentait encore, ou plutôt l’apaisait. Comme si le fait de penser qu’il était encore possible de revenir chez soi le rassurait. Pourtant toujours plein Nord, il avançait tant bien que mal, s’apercevant un peu tard que sortir des sentiers tracés n’était peut-être pas une option si judicieuse.
Lorsqu’il retrouva le chemin de terre battue, il souffla un peu, assis sur un rocher. Le soleil à son zénith perçait maladroitement à travers le feuillage dru, tâchant le sol de flaques de lumière.
Il allait reprendre sa route, c’est alors qu’un bruit l’arrêta. Sa main se porta prestement à la garde de son épée, instinct aiguisé par ces deux jours d’errance. Il lui fallut quelques pas pour fuir le chemin à découvert et se dissimuler derrière un chêne centenaire. Il attendit, dans sa défiance, sentant cette baguette de bois cachée dans sa botte qu’il lui faudrait sortir si la situation se gâtait.
Une minute passa et les lèvres de Godric s’étirèrent en un sourire moqueur. Voilà que maintenant il s’effrayait au moindre bruissement d’air. Peu s’en fallait pour qu’un lièvre soit la cause de tout cela, il devait se gausser d’avoir apeuré un seigneur Gryffondor.
Avec nonchalance, il souffla, se moquant de son attitude. Ce n’était pas non plus comme si des troupes armées pouvaient lui tomber dessus en pleine forêt. Et même si cela s’avérait vrai, il saurait se charger d’eux, morbleu ! Fussent-ils une dizaine de soldats !
Retrouvant sa morgue, il rajusta l’épée à sa ceinture.
- Hé bien, en voilà un brave chevalier ! flûta une voix désagréable.
Godric sentit un frisson lui parcourir la nuque, cependant plus de dépit ou de colère que de peur. Il se retourna lentement, sachant trop bien qui allait lui apparaître.
- Après avoir fui votre hôte, je vous retrouve là à guetter maladroitement le moindre ennemi… reprit-elle narquoise. Toujours aussi efficace.
S’approchant, Eden avait décidément cet air supérieur que le chevalier avait déjà appris à détester.
- Je suppose que ce n’est pas qu’une rencontre fortuite ? maugréa Godric.
Il y avait des limites à sa crédulité. S’il avait appris une chose, c’était bien qu’une fille pouvait s’avérer aussi fourbe qu’une couleuvre.
- Oh, vous devenez suspicieux maintenant ? babilla Eden d’un ton léger.
- Votre baluchon et votre tenue m’y incitent, fit remarquer Godric. Vous n’êtes pas là en promenade.
Hochant la tête comme pour s’avouer vaincue, elle ne semblait pas pour autant vouloir se lancer dans les explications. Son attitude sans queue ni tête agaçait le jeune homme. Lui qui croyait avoir échappé à cette source de problèmes s’apercevait avec déplaisir que la partie n’était nullement gagnée.
- Je comptais prendre plein Nord comme vous devez le savoir, grogna-t-il sans se préoccuper le moins du monde d’adoucir ses paroles. J’imagine que la direction Sud vous conviendra ?
- Non, fit-elle. Comme je vous l’ai déjà dit, j’ai l’intention de vous suivre.
- Je ne suis pas d’accord ! s’exclama Godric. Et ça aussi, je vous l’ai dit.
- Mes excuses, minauda-t-elle, j’ai oublié de vous prévenir que votre avis m’est égal.
Las, le chevalier se rassit lourdement sur le rocher où il avait trouvé du repos quelques minutes auparavant. Il lui semblait loin le temps où il avait pu voyager seul, avec pour seuls compagnons fidèles, son épée et sa baguette. Et il apparaissait clair qu’il devait renoncer à sa tranquillité… Il était de mauvaise foi, à dire vrai, il ne tenait absolument pas à sa solitude. Et si jusque-là il avait voulu s’éloigner de la jeune femme, c’était par obstination ou par vexation. Il fallait croire que maintenant il n’avait guère le choix. Puis Eden avait déjà été en capacité de lui faire du mal, pourtant elle s’était abstenu. Ce maigre argument l’emporta.
- Serait-ce trop vous demander de savoir pourquoi cet empressement à m’accompagner ? interrogea Godric, s’intéressant malgré lui à ce curieux comportement.
- C’est trop me demander, acquiesça prudemment la jeune fille. Je ne vous gênerai pas, c’est promis.
C’est que maintenant elle donnait presque du sourire et des bonnes manières pour obtenir ce qu’elle désirait.
- Entendu, lâcha Godric.
Il allait probablement le regretter, mais il devait s’avouer qu’un peu de compagnie lui serait agréable. Jouer les héros pouvait être amusant un temps. La réalité d’un chevalier errant dans un monde extérieur froid et humide, comme il avait pu l’apprécier en quelques jours, était beaucoup moins plaisante.
- Je ne compte pas non plus être un fardeau ! s’exclama-t-elle avec vivacité, comme pour anticiper les pensées de Gryffondor.
Godric se tut, amusé par la manie qu’avait Eden de toujours se justifier.
- Où allons-nous ? demanda la jeune femme rompant le silence, l’air ravie de sa courte victoire.
Le chevalier haussa les épaules, embêté qu’Eden pose déjà des questions embarrassantes. Il tendit le bras, indiquant un peu grognon la direction du Nord. Sa compagne jeta un regard vers les profondeurs de la forêt montrées si vaguement, avant de soupirer.
- Vous n’en avez aucune idée, constata-t-elle.
Reprenant la marche sur l’étroit sentier, Godric, vexé, se fit fort d’ignorer les remarques de sa nouvelle compagne.
- Un chevalier qui paraît fuir… souffla la paysanne. Ce n’est pas chose commune. C’est bien cela, vous fuyez ?
S’étant arrêté et retourné de façon trop abrupte dans son emportement, il se retrouva nez-à-nez avec la demoiselle, se mettant dans une position inconfortable.
- Un Gryffondor ne fuit pas ! se défendit-il vivement.
- Oh, répondit Eden, l’air peu convaincu. Donc vous n’avez pas réellement abandonné votre famille et votre pays par peur ? Et je suppose que le Nord n’est pas à l’opposé de votre domaine ?
Touché par cet argument et humilié, Godric se détourna avec hâte et reprit sa marche avec une vigueur qu’une jeune femme pouvait difficilement suivre. Cependant avec dédain, il n’y prêta guère attention.
La montée se fit rude au détour du chemin, tracé sinueux esquivant les masses rocheuses semées sur la pente de la colline.
- Allons, je ne vois pas pourquoi vous fuyez, renchérit Eden peinant à suivre le jeune chevalier. D’un coup de baguette, vous pouvez faire déguerpir n’importe quel manant.
A ces paroles, Godric ne put s’empêcher de sourire fièrement. Seulement le souvenir du tournoi et des centaines d’imperceptibles ennemis qu’il avait perçus alors lui revint péniblement à l’esprit. Le fait était que seul, il n’irait pas loin, aussi bravement puisse-t-il se défendre.
- Evidemment que je pourrais vaincre tous ceux qui oseraient me défier ! s’exclama-t-il avec beaucoup de volonté.
La lueur satisfaite dans les yeux d’Eden lui fit redresser la tête fièrement. Se relevant et portant la main à son épée, il continua :
- Je ne fuis pas ! Je pars à l’aventure, morbleu !
- Parfait, réagit la jeune femme d’un ton narquois. Pour commencer, je pense que nous…
Godric ne lui laissa pas le temps de poursuivre. Une idée venait d’illuminer ses traits.
- Mais c’est bien sûr ! s’écria-t-il l’air ravi. Je sais vers où nous pourrions nous diriger.
La mine circonspecte, Eden attendit patiemment que son compagnon délivre le fond de sa pensée.
- Mère m’avait parlé du sorcier par qui elle avait appris l’art de la magie, fit-il les yeux plissés par la concentration. Il réside dans les environs d’Aberdeen, il me semble.
Enthousiasmé par ce souvenir qui lui parut une information précieuse, Godric ne perçut pas l’air peu convaincu de la jeune femme.
- Aberdeen ? C’est à des miles d’ici, opposa-t-elle.
- Et nous sommes pressés peut-être ? lança Godric avec nonchalance.
- Pas vraiment, mais…
- Alors, en avant ! A nous, l’aventure ! s’exclama le chevalier avec un enthousiasme démesuré.
Enthousiasme qui ne semblait pas réellement satisfaire Eden, elle suivit pourtant le pas du damoiseau, se gardant bien de relancer la discussion.
La forêt s’éclaircit doucement, ils finirent par atteindre l’orée des bois quelques heures plus tard. Le soleil était déjà haut dans les cieux. Une lande recouverte d’herbes folles s’étendait à perte d’horizon. Profitant du beau temps, les deux comparses poursuivirent leur avancée, ignorant où pourrait les conduire le maigre sentier qui coupait à travers champs.