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Il n’aurait pu dire où l’autre l’avait emmené, il avait perdu toutes notions de où ils étaient au moment même où son agresseur l’avait emporté. Le blond, bien que déboussolé, ne ressentait pas la peur qu’il aurait du face au danger devant lequel il se trouvait. Après avoir quitté le domaine de Tsukasa, l’être à la voix menaçante et lui s’étaient retrouvés au fin fond de la forêt, dans une clairière sombre entourée de sycomores. Mikaru, car c’était bien lui, l’abandonna aussitôt dans cette vaste plaine. Sachant parfaitement qu’il ferait mieux de faire le mort que d’attirer l’attention d’une quelconque bête sauvage en s’agitant, le blond attendit que son kidnappeur revienne. Cela prit un certain temps, Riku faillit même se lever pour tenter quelque chose, mais l’autre revint, vif comme l’éclaire, et le plaqua au sol. Docile comme un enfant, le jeune humain se laissa faire, ne voulant pas déclencher la colère du vampire. Bien sûre, cela eut l’effet inverse et le buveur de sang lui tira les cheveux afin de relever sa tête et de le faire crier. C’était ce qui le faisait rire, lorsque sa victime souffrait. Seulement, il devait se rappeler de ne pas le tuer, c’était tout de même le jouet de Tsukasa. Il se comptait chanceux que ce dernier ne l’ait pas suivi, sachant très bien que Hizumi aurait été derrière lui, lui ôtant beaucoup de chances de survie.
Puisqu’ils étaient là, lui et ce jouet, il sentait qu’ils allaient avoir beaucoup de plaisir ensemble. Ce nain dégageait une odeur alléchante qui n’avait cessé de l’obséder depuis qu’il en avait sentit l’effluve. C’était une chose qui ne lui arrivait que très rarement et c’était ça qui le poussait à jouer avec ses victimes. Autrement, il y allait de manière brutale et ne laissait aucun souvenir de sa voix ou de son visage à la personne. Seulement l’impression de ses crocs sur sa gorge.
Mais avec cet adolescent, plus que les autres, il voulait préserver le plaisir du jeu, le traquer même. Le suivre, tout en s’enivrant des sillons de l’odeur qu’il dégageait et laissait derrière lui. Le laisser en vie le plus longtemps possible, pour cette fragrance, mélange d’épices et de cannelle, et lorsqu’il en aurait assez, il le viderait de son sang. Il avait passé les trois derniers jours à orchestrer ce plan, à le tourner et le retourner dans sa tête jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune faille.
Au moment où il plaqua le petit dans l’herbe, il en profita pour remplir ses poumons, ou du moins ce qui lui servait encore à percevoir les odeurs, du parfum si convoité. Sentant que sa prise se laissait bêtement dominer, il lui tira les cheveux pour le faire hurler et lui embrassa la jugulaire au passage, si rapidement que le baiser ne fut pas sentit de l’autre. L’immortel eut, par la suite, l’envie subite de l’impressionner.
Il se releva et disparut dans la forêt où il prit un élan, après quoi il s’élança à nouveau vers l’espace vert où se trouvait Riku. Juste avant de passer l’orée de la forêt, il bondit au-dessus de la cime des arbres. Comme pour tout ses déplacements, il fut si silencieux que le métisse n’eut connaissance de son retour que lorsque le châtain lui tomba dessus, ses genoux et ses mains plantés dans le sol de chaque côté de son corps. Le blond ne cria pas face à cette brusque réapparition. Il resta plutôt figé, ne voulant pas brusquer l’être au-dessus de lui. Ce dernier n’en fut que plus contrarié. Il grogna, voyant que sa prise refusait de réagir, puis une idée lui vint. Un sourire sadique flotta vaguement sur son visage avant qu’il ne mette son nouveau plan à exécution.
Alors, il l’embrassa doucement sur les lèvres, avant de l’embrasser sur la jugulaire pour ensuite le mordre férocement. Il suça, aspira la presque totalité du sang de l’enfant tandis que celui-ci perdait peu à peu conscience.
Il n’était pas totalement inconscient lorsque Mikaru s’arrêta et qu’il le rapporta chez Tsukasa.
Il était presque mort lorsqu’il le déposa dans sa chambre.
Tsukasa trouva son protégé totalement livide et inconscient dans sa chambre, des marques de morsures dans le cou. Il n’avait pas besoin de se poser la question à savoir qui était l’auteur du méfait, son odeur imprégnait le corps du petit. Ce dernier prendrait beaucoup de temps à regagner tout le sang qu’il avait perdu, mais il n’y avait aucun besoin de lui faire subir une transformation pour le réanimer, ce qui apaisait l’immortel. Le blonde, en plus d’être amoché, était de nouveau sale et couvert de sang. Il alla le baigner, lui lava délicatement le corps de toutes souillures, lui enfila des vêtements propres et le porta jusque dans son propre lit, grand et beaucoup plus confortable que le petit futon de l’autre pièce.
Il commença à le veiller.
Le veille dura trois jours. Trois jours où le brun ne fut qu’une statut immobile, accroupie près du lit, le regard fixé sur cet être dont le corps reconstituait lentement ses cellules sanguines.
Totalement inconscient au monde qui l’entourait, il réfléchissait. Il voulait garder ce petit ange pour lui tout seul, le protéger de tout, l’empêcher de devenir ce que lui-même était, un monstre. Mais comment arriverait-il à le garder en vie s’il le gardait dans son monde? C’était évident qu’il ne pouvait pas le garder avec lui, il le savait depuis la descente de Asagi. L’attaque de Mikaru ne faisait que confirmer ce qu’il savait déjà. Seulement, il était beaucoup trop égoïste pour se séparer de lui, pas assez pour lui donner l’éternité, cadeau empoisonné.
Alors qu’il était au plus profond de ses pensées, il sentit une main sur son épaule. C’était le troisième jour. Au début, il crut que c’était Hizumi, mais ce n’était pas la bonne odeur.
Avant qu’il n’ait put se retourner pour constater de qu’il s’agissait, la voix de son père se fit entendre.
-J’avais confiance que, lui aussi, tu finirais par le tuer…
Tsukasa rencontra le regard impénétrable d’Asagi, avant que celui-ci ne le pose sur Riku, toujours endormi.
-J’aurais préféré ne pas avoir à le faire moi-même, sachant que tu me haïrais encore plus…
De rage, le jeune prince se leva d’un bond, se mettant face à son créateur, et se mit à feuler à son encontre, mettant en évidence son opposition à cette idée.
-Il va rester en vie et avec moi! S’écria-t-il férocement, déterminé.
Asagi sourit tendrement, le couvant d’une manière vaguement paternelle, après quoi il s’élança sur la droite, vers le lit. Alors, Tsukasa s’interposa, repoussant violement l’agresseur qui recula, comme si de rien était.
-Tsuki… il tendit la main pour dégager une mèche de cheveux du visage de sa progéniture, mais son geste fut sèchement repoussé. Je ne fais ça que pour ton bien…
Alors, il réitéra son attaque, avec plus de vitesse, plus de force, cette puissance surhumaine dont seuls les vampires étaient capables. Il fut si brutalement rejeté par le brun que ce dernier le projeta cinq pièces plus loin, le faisant passer à travers murs et portes au passage.
Le vol plané fut suivi, trois secondes plus tard, de l’arrivée de Hizumi. Comprenant ce qui se passait, il se contenta de partir, le blond sous le bras, pendant que son ami allait régler ses comptes avec son géniteur.
Celui-ci était de retour, appuyé sur le mur de la pièce, regardant l’immortel et le mortel fuir.
-Je ne te laisserai pas les suivre! S’emporta Tsukasa.
Voyant l’autre esquisser un mouvement pour s’engager à leur poursuite, il prit la lampe à l’huile sur la table de chevet et la brisa au sol, mettant ainsi feu à la chambre, ce qui appuya ses propos,
-Tu es décidé à le garder en vie, n’est-ce pas? Asagi ne reçut qu’un regard noir comme réponse. Tu l’aimes…
C’était une affirmation qui cloua le maître des lieux sur place.
Oui, il l’aimait.
Prenant avantage de l’avoir déstabilisé, Asagi se jeta sur lui. Il fut bloqué à temps par son fils qui s’était repris. Ainsi s’engagèrent-ils dans un combat sans merci tandis que le reste de l’habitation prenait en feu.
Hizumi courait le plus rapidement qu’il le pouvait. Il avait pris le chemin de la forêt afin de la traverser au complet pour aller porter le blond dans le village de l’autre côté. Il fut cependant intercepté dans sa course. Il fut pris à la gorge et plaqué contre un arbre par un Mikaru en colère.
-Donne-le-moi maintenant!
Le brun n’avait pas lâché le blond et, le serrant contre lui, feula.
-Ma mission est de le garder en vie!
Le châtain eut un rictus.
-C’est aussi dans mon intention… il jeta un regard au mortel toujours inconscient. Mais le domaine de ton maître est en feu et Asagi et lui se battent toujours à l’intérieur…
Détournant son regard pour vérifier en direction du domaine, il constata avec effroi que l’autre disait vrai. Avec sa vision surhumaine qui avait traversé tout e la forêt et son ouïe ultra-développée, il pouvait voir et entendre le combat.
Tournant à nouveau son attention sur son assaillant, il lui tendit le frêle corps avec réticence.
-S’il lui arrive quoi que ce soit, ce ne sera pas moi qui te tuerai…
-Ne t’inquiète pas…
Mikaru fit un sourire triomphant tandis que Hizumi s’élançait entre les arbres, revenant sur ses pas, afin d’apporter une main secourable à son ami.
Hizumi arriva en furie sur les lieux de l’incendie. Les flammes, la seule chose susceptible de tuer les deux êtres toujours à l’intérieur, entouraient la totalité de l’habitation et tendait à vouloir déranger les voisins.
Fidèle à lui-même, il trouva une brèche dans la barrière de flammes et se précipita aux côtés de Tsukasa, sous les regards ahuris de ce dernier et de Asagi.
-Mais que fais-tu ici? S’exclama le brun. Et où se trouve Riku?
L’immortel aux cheveux noirs pouffa.
-Nous serons donc trois à mourir par ce feu…? Intéressant… Il balaya l’endroit des yeux. Et qui s’occupera de ton petit mignon dans ce cas, mon chéri?
-Il est avec Mikaru… dit Hizumi.
Il se préparait à dire qu’il était en totale sécurité, mais se ravisa. Il était seulement à l’abri pour le moment.
-Retourne là-bas immédiatement et reprend-le-lui dans ce cas! Répondit un Tsuki complètement enragé sur un ton sans réplique.
Et il repartit dans la forêt, passant à nouveau au travers le feu, avec beaucoup plus de difficultés cette fois.
Il ouvrit les paupières et ne vit que des feuillages touffus aux innombrables teintes de vert qui se reflétaient entre elles à la lueur de la lune. Toutes ces teintes se fondaient les unes dans les autres, l’étourdissant. Il tenta de s’asseoir et fut étonné de la pesanteur et la légèreté de sa peau. Sensation inconnue qui l’irrita à un point tel qu’il regarda ses mains, espérant voir ce qui clochait. Il fut troublé par leur pâleur, son corps étant particulièrement bronzée. C’était sans doute parce qu’il faisait noir. Il entendit un bruit sur sa gauche et orienta son corps vers ce bruit. Des pas rapides approchaient, quelqu’un était sur le point de déboucher sur l’endroit où lui-même se trouvait. Il ne restait que quelques secondes avant l’arrivée de l’inconnu. Sans le voir, il n’aurait su dire pourquoi, il eut la vague impression que c’était Hizumi.
Au moment où il réalisait cela, un son discret se fit entendre au-dessus de lui. Il leva les yeux sur Mikaru, assis sur une grosse branche d’arbre, qui le regardait en souriant. Sans qu’il put dire pourquoi, il sentit qu’un lien important le liait à lui.
Ce fut à ce moment-là que Hizumi arriva.
La seule chose qu’il dit lorsque Riku se tourna vers lui donna un sens à la dernière impression du blond.
-Dis-moi que tu n’as pas fait ça…
Mikaru sauta de sa branche et atterri à côté du blond, passant son bras autour de son épaule.
-On peut maintenant dire qu’il est à moi, déclara le châtain, embrassa l’arrêt du menton de sa nouvelle acquisition.
Le plus petit le repoussa violemment et fut étonné de le voir s’étamper contre l’écorce de l’arbre sur lequel il se tenait, quelques secondes plus tôt. Il jeta un nouveau coup d’œil à ses mains et il s’aperçut que ses ongles étaient devenus transparents.
Et il réalisa.
-Bon sang, c’est pas vrai!
Il frappa dans l’arbre où le châtain s’était écrasé quelques instants plus tôt. Ce dernier déracina et tombe à la renverse.
-C’est bien… en plus il est puissant… répliqua l’auteur de la transformation.
Riku, enragé, le prit parle col et le lança contre un autre arbre, un gros pin blanc. Alors qu’il se préparait à l’attaquer à nouveau, il remarqua que, encore une fois, il était nu.
-Pourquoi est-ce que je suis toujours nu? S’exclama-t-il, désespéré d’être le seul en tenue d’Adam alors que les autres portaient de beaux habits.
Mikaru s’esclaffa.
-Tous les organes qui ne te sont plus nécessaires ont été expulsés et ont souillé tes vêtements…
C’est alors que le nouvel immortel remarqua qu’une légère odeur de putréfaction flottait dans l’air.
-Vous les avez jetés.
Tout-à-coup, une odeur de fumée se fit sentir, une simple effluve qui ne dura qu’un instant, mais qui suffit à mettre le jeune vampire en alerte. Cherchant la provenance, il partit sans crier gare, prenant le chemin d’où arrivait Hizumi et le parcourant en sens inverse. Lorsqu’il atteignit l’orée des bois, il leva les yeux au ciel, vit un sillon de fumée noire et dense qui semblait partir des environs du domaine de Tsukasa. Il y fut à peine cinq secondes plus tard alors qu’il y avait au moins deux cent mètres entre son point de départ et son point d’arrivée.
Ce qu’il y vit lui brisa le cœur.
Il ne restait plus rien de l’habitation, autant que du jardin. Seul un paquet de cendres restait de toutes ces merveilles.
Ça, et les ossements des habitants des lieux qui n’avaient pas réussi à s’échapper.
Se penchant lentement, sous le choc, et prenant de la cendre dans ses mains, il la laissa couler entre ses doigts. Soudain, au travers de l’odeur de bois flambé et de chaire carbonisée, une effluve lui frappa les narines. Quelques chose de très familier, mais qui lui était, en même temps, totalement inconnue. Il en suivit la trace, mais, lorsqu’il en atteignit la provenance, il ne trouva que des cendres, sans surprise. Ne sachant pas ce qu’il cherchait, il s’installa sur le sol et attendit l’arrivée de Hizumi et Mikaru qui s’étaient précipités derrière lui. Lorsque ceux-ci arrivèrent, ils s’arrêtèrent derrière lui et soupirèrent à l’unisson.
Riku savait qu’ils avaient l’information qui lui manquait et il attendit sagement que l’un d’eux le dise.
Ce fut Mikaru qui parla.
-Nous voilà devant les cendres de nos créateurs… et le soleil qui se lève, ajouta-t-il plus bas. C’est plutôt ironique…
Ils étaient tous trois dans la forêt et traversaient celle-ci rapidement et en silence.
Riku avait quitté les lieux de l’incendie juste après que Mikaru ait prononcé les paroles qui avaient tout chamboulé, les deux autres sur ses talons. D’un seul regard, les deux aînés se comprirent et le châtain prit la tête du groupe pour les conduire au repère d’Asagi. Bientôt, après avoir passé une heure à courir dans cette immense forêt, ils atteignirent une énorme habitation de pierre située entre les arbres, invisible pour des yeux humains. Elle était, de toute façon, dans un endroit trop reculé pour qu’aucun mortel n’ose s’y rendre.
C’était l’endroit rêvé pour un repaire de vampires.
Alors qu’ils s’approchaient, deux vampires mirent pieds à terre devant eux, leur barrant la route.
-Qu’est-ce que tu nous amènes là, Mikaru? Dit le premier.
Il était de taille moyenne, les cheveux bruns foncés, plutôt maigre, de grosses lèvres et de petits yeux carmin. Son acolyte, de taille supérieur à tout ce que le néophyte avait jamais vu dans sa vie, avait un nez proéminent, de fines lèvres pâles et de longs ongles acérés.
Tous deux avaient un teint de craie jurant avec leurs profonds yeux sombres qui semblait refléter diverses couleurs lorsqu’ils reflétaient la lumière de la lune.
Le plus grand renifla avec dégoût.
-C’est dégoûtant… ce petit nain empeste ton odeur et celle de Tsukasa…
Un coup inattendu surgit et atteignit de plein fouet le ventre du grand.
Le blond se tenait devant lui, fou de rage, les yeux remplis d’eau par la colère et le désespoir.
Alors que le second garde allait contre-attaquer, le châtain s’interposa.
-Du calme les enfants! Nous avons des choses à aller éclaircir avec Kamijo!
Sans rien ajouter, mais bouillant d’envie de rendre des coups, les deux gardes les laissèrent passer.
Mikaru en tête, ils avancèrent au travers la verdure et atteignirent une énorme porte de chêne massive avec des gonds et une poignée en fer rouillés.
Elle fut ouverte et refermé à un telle vitesse qu’elle ne produisit pourtant aucun son.
À l’intérieur, ils furent accueillit par de simples lampes et un hall froid et trop grand pour le peu de meubles qu’il y avait, soit un vase et une vieille chaise ne bois recouverte de velours mangé aux mites, ainsi qu’une petite table en bois. Ils tournèrent sur la droite, passèrent dans une pièce vide et sombre et l’habitué des lieux se dirigea vers un placard cadenassé, le cadenas étant la seule chose dans toute la pièce qui paraissait avoir moins de trois cent ans, Il fut ouvert en un instant, puis la porte le fut à son tour. sans grand ménagement.
-Voici l’entrée des visiteurs… dit simplement le châtain avant de pénétrer dans l’armoire pour prendre l’escalier nouvellement découvert qui s’enfonçait dans les profondeurs du château.
Ayant ralentit le pas, ils descendirent les marches d’un pas lent, ce qui énervait le blond qui sentait qu’ils auraient pu être beaucoup plus rapides. Il ne s’en plaignit pas pour autant, beaucoup trop désespéré d’avoir perdu Tsukasa pour s’attarder à autre chose.
Il s’était rendu compte, lorsque le garde avait lancé sa remarque, qu’il tenait beaucoup plus au brun que ce qu’il l,avait cru. Il avait vu son monde s’écrouler et il se demandait comment il arrivait à marcher derrière son créateur alors que cet être si cher à son cœur venait d’être détruit, par sa faute. Néanmoins, il ne s’arrêta pas. Le problème était aussi qu’il avait tellement faim qu’il ne sentait plus vraiment sa peine.
Ils débouchèrent sur un salon à l’ambiance feutrée où siégeaient une douzaine de personnes, toutes plus blanches que la neige. Elles semblaient avoir attendu leur arrivée, sûrement les avaient-elle entendu descendre. Ils passèrent devant les résidents, sous leurs regards, soit intrigués, amusés ou courroucés, ces derniers étant surtout adressés à Hizumi.
Le trio les ignora, les deux plus vieux étant trop préoccupés par la discussion qui allait suivre et le dernier, car il n’accordait aucune importance à ces gens.
Ils débouchèrent finalement sur une salle d’où plusieurs voiles pendaient du plafond, masquant le contenue de la pièce.
Passant outre ce masque de tissus, ils aboutirent finalement devant un home d’assez belle carrure, les cheveux blonds cendrés, les yeux bleus, une chaîne partant d’une anneau à sa lèvre inférieur et se rendant jusqu’à son lobe droit, ainsi qu’une femme, cheveux noirs de jais, les yeux sombres et inanimés, portant une robe de style européen, son teint pâle et son immobilité lui donnant l’air morte. Tous deux étaient assis dans des fauteuils richement revêtu et le blond semblait passer sa vie à regarder la femme, une jambe par-dessus l’accoudoir, l’autre supportant l’un de ses coudes tandis que le seconde était appuyé sur le dossier. Étrangement, il y avait beaucoup de grâce dans cette nonchalance.
Sans même avoir donné l’air de les avoir remarqué, il leur adressa la parole.
-Qu’as-tu apporté avec toi, mon petit Mikaru?
L’interpellé posa un genou à terre et s’inclina devant celui qui semblait être Kamijo. Celui-ci se leva et alla tapoter le crâne du jeune homme agenouillé. S’accroupissant à son côté, il le força à le regarder.
-Asagi-san et Tsukasa sont morts, monsieur… finit par lâcher le châtain.
Son attitude de totale soumission laissait el blond perplexe. Ce n’était pas lui qui, quelques instants plus tôt, avait démontré son autorité avec autant d’assurance que Kamijo?
Ce dernier, quant à lui, à lui suite de cette nouvelle, se contenta de sourire tristement.
-Et que s’est-il passé? Continua-t-il, de sa voix suave qui coulait de sa bouche comme du miel.
Mikaru hésita un instant, puis commença son histoire, omettant de dire que Riku en était la cause principale, ce que ce dernier remarqua.
L’autre blond sembla aussi remarquer quelque chose, car il s’approcha du nouveau-né et, lorsqu’il fut dans son dos, mettant ses mains sur les épaules de celui-ci, il lui demanda qui il était.
Se sentant tout-à-coup très petit, le jeune vampire eut beaucoup de difficultés à répondre.
-Je me nomme K.. il avait faillit dire Kenji, mais se retint. Il voulait garder son nouveau nom en hommage à Tsukasa,… Riku…
-Tu as une odeur particulière… celle d’un nouveau-né mélangée à celles de Tsukasa et Mikaru. C’est plutôt étrange, non?
Son ton suspicieux laissait sous-entendre qu’il avait plus ou moins compris le rôle qu’il avait joué dans l’histoire qu’ils venaient d’entendre,
Le plus grand des deux blonds retourna s’asseoir. Le châtain, s’étant redressé, attendait le verdict du maître. Ledit maître siffle un ordre, quelque chose que Riku ne fut pas sûre d’avoir bien compris, puis un vampire de grande taille à la démarche nonchalante pénétra dans la salle et alla, à son tour, s’agenouiller devant Kamijo.
-Oui, monsieur? Sa voix grave et nasillarde perturba le plus jeune qui était habitué aux douces voix sensuelles des autres.
-Va voir chez Tsukasa… fut la seule chose que Riku saisit dans l’ordre.
-Bien monsieur… puis, l’homme repartit par où il était venu, plus rapidement cette fois.
Celui toujours assis soupira et retourna son attention sur Mikaru.
-Je ne m’attendais pas à te voir amoureux du jouet d’un autre, mon petit fauve… lança-t-il simplement, après quoi il leur fit signe de partir.
Ils s’exécutèrent en silence et retournèrent dans la pièce bondée de buveurs de sang qui semblaient attendre leur retour, intrigués par ce nouveau blond, qui n’était toujours pas couvert, et par la venue peu attendue du vampire masqué.
Ils furent déçus de les voir remonter par un escalier, que Riku n’avait pas remarqué lors de leur premier passage, qui menait beaucoup plus haut que l’autre que le groupe avait emprunté un peu plus tôt. Ils aboutirent finalement dans le grenier, qui, étonnement, était très bien entretenu. Il n’y avait qu’une seule fenêtre, qui ne laissait pas passer assez de lumière pour qu’on puisse voir l’effet qu’elle avait sur leur peau. Il y avait quelques fauteuils rembourrés ainsi qu’un long divan sur lequel Mikaru se vautra mollement.
Il invita les deux autres à prendre place, ce que le blond fit, alors que le brun préféra rester debout sur le pas de la porte.
-Vous savez… vous n’êtes pas vraiment les bienvenus ici, mais vous n’avez pas vraiment le choix de rester…
Hizumi semblait avoir déjà accepté les faits. Riku, quant à lui, avait une drôle d’expression sur le visage. Lorsque Mikaru lui demanda ce qu’il avait, il gronda un peu, sentant une rage inconnue ne lui.
-J’ai faim… répondit-il, crispé.
Cela faisait près de vingt minutes qu’il était parti lorsque Mikaru revint. Le nouveau vampire devait faire de gros efforts et s’accrochait à son siège pour ne pas laisser la folie l’envahir. L’annonce de l’arrivée de l’habitué des lieux fut faite par Riku qui immobilisa son regard sur la cage d’escalier, les yeux pleins de rage et de convoitise.
L’être tant attendu fini par paraître, mais il n’était pas seul. Deux vampires aux cheveux et aux yeux bruns sombres l’accompagnaient, l’un d’eux portant quelque chose qui semblait être un homme assez squelettique et pas très propre. Il le balança au sol sans ménagement et, d’une voix en accord avec celle de son congénère, fit l’annonce du repas.
-Le dîner est servi! Leur chœur résonna dans le grenier comme une petite chorale.
L’un, avec des lèvres pulpeuses et bien dessinées et un regard joueur, s’approcha du blond et vint lu murmurer à l’oreille.
-Il a l’air délicieux, n’est-ce pas?
L’autre, beaucoup plus grand, le visage plus osseux, moins poupin que celui ed l’autre, enchaîna dans l’autre.
-Nous l’avons choisi juste pour toi…
Le plus petit, qui luttait intérieurement contre la soif et sa morale de mortel ne savait comment réagir. Il sentait cependant que sa soif allait gagner.
-Jun, Iori, ne l’embêtez pas, je vous en pris… dit simplement Mikaru à la place du jeune, sa voix résonnant dans la pièce.
Sur ce, les deux personnages disparurent en riant.
Le jeune buveur de sang, qui n’avait pas quitté le festin des yeux, se rua dessus sans même s’en rendre compte. Il lui déchira littéralement la gorge et se mit à avaler goulûment tout le sang que contenait ce pauvre corps. En un court laps de temps, il n’en resta plus une goutte.
Reprenant peu à peu le contrôle de lui-même, il s’aperçut qu’il léchait l’artère déchirée du pauvre homme et cessa sur le champ. Il retourna à sa place, son fauteuil, et, rassasié, recommença à réfléchir normalement. Il venait de tuer un homme et, chose des plus perturbante, se sentait à l’aise, satisfait même, de l’avoir fait.
Hizumi le sortit de sa rêverie en prenant le cadavre dans ses bras, prêt à le rapporter là où il avait été pris. Avant que Riku ne puisse l’empêcher de partir, il se volatilisa, comme les deux autres, par l’escalier. Le créateur et le nouveau-né se retrouvèrent ainsi seuls tous les deux.
Le premier était de nouveau avachis sur le canapé et avait sortit un livre aux symboles étranges de nul part, semblait-il.
-Pourquoi avez-vous fait ça? Lâcha le blond d’une voix amère.
Lui jetant un coup d’œil de côté, Mikaru fit mine de ne pas saisir le sens de la question.
-Faire quoi? T’apporter à amnger?
Son innocence feinte était loin d’embobiner le néophyte. Il se retint de la frapper.
-Vous savez exactement ce que je veux dire!
Le plus grand ferma doucement son livre et se redressa. Il le déposa à côté de lui, sur l’accoudoir, et invita le blond à s’asseoir à côté de lui en tapotant l’espace vide restant de son autre côté.
Après un instant d’hésitation, l’interpellé s’exécuta.
À peine installé que l’autre montait sur lui à califourchon pour l’empêcher de détourner les yeux.
-C’est pour la magnificence de tes iris… il lui plaqua ensuite un baiser sauvage, mais fut brutalement repoussé et tomba sur le plancher.
Partant d’un grand rire, il retourna s’asseoir. Alors qu’il tentait de passer un bras autour de son jeune protégé, celui-c le claqua sèchement.
-Ne me touchez pas! Siffla ce dernier entre ses dents, déclenchant une nouvelle fois l’hilarité de son géniteur vampirique.
-Sincèrement, commença-t-il, je croyais que Tsukasa le ferait lui-même en te trouvant à moitié mort… Tu n’avais pas beaucoup de chances de survivre. Pourtant, tu étais en bonne voie de guérison et c’est pour ça qu’il a fallu que je m’en charge moi-même…
Insatisfait, le blond se leva.
-Mais pourquoi vouliez-vous qu’il me transforme? Arrêtez de tourner en rond!
Se levant ason tour, le châtain le prit dans ses bras.
-Parce que maintenant, tu n’appartiens qu’à moi! Et qui plus est… il le toisa envieusement de haut en bas, j’adore voir ton corps aussi pâle…
L’être visé sentit son sang lui monter au visage, bien que la couleur ne parusse pas. Les évènements s’étaient déroulés si rapidement qu’il en avait oublié sa nudité, d’autant plus qu’il ne ressentait pas la fraîcheur du vent.
Soudain, Mikaru murmura les noms de Jun et Iori qui réapparurent sur le champ, comme s’ils étaient toujours à l’affût.
-Nous vous manquions déjà? Demandèrent-ils d’une même voix.
Sur un nouveau murmure, ils se placèrent chacun d’un côté du plus petit et le guidèrent vers une penderie que ce dernier n’avait, jusqu’alors, pas remarqué.
-Pauvre petit, il est nu comme ver… commença Jun.
-Par chance que ce ne soit pas un mortel en hiver! Enchaîna Iori, ce qui les fit rire.
Ils l’arrêtèrent devant cette dernière et en ouvrirent les portes, lui dévoilant un éventail de vêtements qui ne faisaient pas du tout japonais, mais qui étaient tout simplement magnifiques.
-La haute couture française est beaucoup mieux que la nôtre… dit le plus petit des deux originaux.
L’autre acquiesça d’un mouvement de tête. Se tournant vers le blond qui était un peu déboussolé, il lui sourit d’un air taquin et le convia à avancer ver l’armoire.
-Qu’est-ce qui siérait à notre ami en provenance de la garde-robe de notre hôte, dîtes-moi?
Sans lui laisser le temps de répondre, ils se mirent à farfouiller au travers des habits et sortirent plusieurs vêtements les uns à la suite des autres, passant des commentaires sur chaque morceau avant de passer au suivant.
Ils arrêtèrent leur choix sur une chemise blanche des plus simple, un pantalon noir avec cordons beiges, des bottes brunes avec doublure en peau de mouton ainsi que de fins gants de velours noir.
Satisfaits, ils applaudirent le résultat final.
-Stupéfiant! Dit l’un.
-Éblouissant! Compléta l’autre.
Ayant tout observé depuis le début et en ayant assez d’entendre leurs simagrées, Mikaru décida de les congédier afin d’être à nouveau seul avec Riku.
Les deux énergumènes disparurent sans faire de cas et le châtain, admirant leur œuvre, replaça le col de la chemise avant de prendre la parole.
-Je crois que tu es fin prêt pour être présenté aux autres…
Le blond sentit son sang se glacer, pour le peu qu’il eut été chaud. Tous ces vampires haïssaient Hizumi et sûrement Tsukasa, alors il était plus que probable qu’ils ne l’accueillent pas à bras ouverts.
OWARI