Help
Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search
: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark TV Shows » Prison Break » Entre

La Halfeline
Author of 54 Stories

Rated: M - French - Drama/Romance - T. Bagwell/T-Bag - Reviews: 25 - Updated: 12-18-09 - Published: 08-08-07 - id:3710366

T-bag était à la recherche de Tweener, égaré dans un dédale de blocs miteux qui cachaient encore le soleil de l’aube. Il se promenait dans ces bas-quartiers sans rien atténuer de sa démarche lascive et assurée, en dépit de la méfiance désagréable que provoquait en lui les paires d’yeux cachous qui s’allumaient de temps à autres aux fenêtres. Il n’était pas le bienvenu, ces effluves de pisse le lui indiquaient. Il se retourna pour s’assurer que personne ne le suivait, et ne découvrit qu’un chien galeux sur ses talons. Le clebs renifla ses chaussures et ses poches, et Theodore dut lui décocher un coup de pied pour l’éloigner. Le corniaud couina et retroussa un instant ses babines. T-bag sentit que le temps pressait. Il produisit un sifflement strident, qui se répercuta sur les façades des immeubles, et il appela :

- TWEENER !

Rien ne lui répondit, mais le clébard détala comme s’il avait été lui-même rappelé. C’était toujours ça de pris. Quand il reprit son chemin, en revanche, il eut la surprise de voir un pigeon descendre du ciel d’un vol malhabile et s’échouer dans une poubelle non loin de là. Intrigué, il s’approcha de la benne, mais n’y trouva qu’un oiseau en origami. Reconnaissant l’une de ces petites cocottes que Michael avait l’habitude de tripoter, surtout lorsqu’il fomentait un plan particulièrement tiré par les cheveux, il s’en saisit et la déplia sans cérémonie.

- Voyons voir ce que tu as à me dire, mon joli… marmonna-t-il tout haut.

Il fronça les sourcils en ne lisant sur le papier qu’un vers de Johnny Paycheck : « On the sunny side of the mountain where the rippling waters fall ». Il ne resta pas perplexe longtemps, cependant. Levant la tête, il aperçut un escalier de service rouillé qui montait en haut d’un bâtiment. Il l’emprunta puis, pris d’un mauvais sentiment, acheva de les gravir quatre à quatre. Les rayons du soleil l’éblouirent lorsqu’il déboucha sur le toit. Il plissa les yeux du mieux qu’il put, mais ne vit personne sur la terrasse. Il la traversa pour s’approcher du bord où donnait la lumière, et de là examina le pâté de maisons. Il sentit le vent souffler le toupet de ses cheveux sur son crâne et ne tarda pas à repérer Scofield ainsi que ses compagnons d’évasion dans une cour terreuse. Il enfonça les mains dans ses poches et ses doigts firent crisser du cellophane. Il en sortit une sucette dont il jeta le papier avant de fourrer la confiserie dans sa bouche et de descendre un autre escalier sans hâte, d’un pas disloqué. Il déboucha bientôt sur un endroit envahi d’une musique de rap à la source invisible. C-note et Sucre s’adonnaient à une séance de hip-hop dans la terre battue humide. Scofield se tenait non loin de là, sur une plaque d’égout d’où dégorgeait un filet d’eau ; il le regardait arriver de son air grave habituel, habillé zone, l’oreille percée d’un petit clou brillant.

- Hé, Beauté, est-ce que Tweener est dans le coin ? demanda-t-il, sa sucette mâchant ses mots plus encore que son accent habituel.

Pour toute réponse, Michael déclara :

- Le lapin de Lincoln est très malade.

Un spasme interloqué crispa ses sourcils et il aperçut soudain Burrows juste à-côté de lui, blouson de cuir et jean déchiré, tenant dans ses bras un lapin blanc dont le museau palpitait.

- Dommage pour toi, le Déluge, déplora T-bag.

Le rap continuait à emplir l’atmosphère de basses et de braillements gras. Il commença à se demander ce qu’il fichait là, jusqu’à ce que Gueule-d’Ange lui dise :

- Abruzzi est en train de mettre cuire une casserole d’eau dans l’appart’ du rez-de-chaussée.

- Oui mais je ne veux pas Abruzzi, moi, je veux Tweener, insista-t-il en retirant la sucette de sa bouche, comme pour montrer qu’il ne rigolait plus.

A cet instant, la voix du mafioso se fit entendre :

- Theodore, amène ton cul de bouseux par ici !

Il se retourna vivement, contrarié, et vit le gangster appuyé à une fenêtre, ses doigts pliés en un simulacre d’arme à feu, son index lui faisant signe de venir.

- Je bougerai pas d’ici avant d’avoir trouvé Tweener, décréta-t-il.

- Tweener a été récupéré par les flics. Il a rien à faire avec nous. Et il n’a rien à voir avec moi, affirma alors Scofield.

- TEDDY ! réitéra le parrain mafieux.

- Attends, tu veux dire que…

T-bag n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Une poigne avait saisit le poignet qu’il avait avancé pour interroger Michael et le déséquilibrait pour le traîner en direction du bâtiment.

- Johnny-boy, pour l’amour de Dieu, cesse d’être aussi psychorigide ! s’entendit-il lancer en essayant à peine de se dégager de la prise de l’Italien.

- La ferme. J’ai besoin d’un avis. Après on verra ce qu’on peut faire pour ton petit problème, répondit le parrain en le faisant entrer par la fenêtre ouverte.

Le blanc-bec était assis près de lui depuis plus de dix minutes, et Tweener commençait à se demander ce qu’il pouvait bien lui vouloir. Il se sentait observé du coin de l’œil et cela le dérangeait.

- Ecoute mec, c’est gentil d’venir assurer mes arrières et tout… mais j’t’assure que ça va aller. J’ai pas d’embrouille avec les autres, dit-il.

- Ce n’est pas à toi d’en décider. J’aurais déjà pu te ramener au bercail avec nous.

- Chuis pas à ma place là au milieu, même vous vous êtes d’accord là-dessus, objecta le wigger en donnant un vague coup de tête en direction de l’Alliance.

- Ca non, soupira Maël, mais T-bag s’est entiché de ton inadaptation et espère faire quelque chose de toi. Alors on te garde en son absence, sait-on jamais.

- Chais pas pourquoi il essaie d’faire ça… Moi j’voulais juste une protection, j’ai jamais demandé à ce qui fasse de moi un bon p’tit fasciste.

- Tu devrais t’estimer heureux, avertit Krone en repliant ses doigts dans la manche longue de son tee-shirt. S’il te porte de l’intérêt ailleurs que dans son lit, c’est que tu as plus de chance de faire long feu.

Tweener ne répondit pas. Maël se rapprocha encore un peu et ajouta, comme un conseil d’ami :

- Tu devrais faire un petit effort, tu sais.

David le regarda avec des yeux comme des soucoupes, la mâchoire serrée par l’indignation.

- « Je devrais faire un petit effort » ? Yo ! Alors que j’me… alors que c’est lui le violeur ? ‘Tain vous avez tous fumé là-d’dans !

La formulation avait été plus facile qu’un passif.

- Oh, je t’en prie, n’essaie pas de me faire pleurer… Toi, il ne t’a jamais « violé ». Tu as choisi de bénéficier de lui en le faisant bénéficier de toi.

- J’étais mort si je l’faisais pas.

Le jeune aryen semblait de plus en plus nerveux. Ses yeux allaient et venaient sur Tweener de plus en plus anxieusement et sa posture s’était légèrement tendue.

- Eh bien justement : pense à ce que tu lui dois.

- Mais t’es vraiment qu’un fumiste ! Franchement, t’appelles ça un choix ?

Maël se tourna discrètement pour jeter un bref coup d’œil du côté des gradins de la famille, la jambe gauche tressautant imperceptiblement.

- Parce que tu t’es conduit comme un con depuis ton arrivée ? Ah ! Ca c’est ton problème.

- Ouais ben on peut pas tous être des petites putes nazies avec la haine dans le sang, cracha Tweener avec une moue de dégoût.

A ces mots, Krone ouvrit de grands yeux. Il se redressa brusquement, posa un pied sur le banc pour avoir un appui solide, et saisit David par le tee-shirt pour le balancer rudement à terre. Apolskis eut tout juste le temps de se retourner en protestant pour le voir trancher la gorge d’un jeune noir maigrichon à l’aide d’une lame de rasoir montée sur un crayon. Il jura bruyamment en voyant le corps s’effondrer à-côté de lui, agité de convulsions. Tweener avait aperçu ce garçon dans les alentours mais n’y avait pas prêté attention. Il ne l’avait pas entendu s’approcher si près, et se serait sans doute à peine méfié s’il s’était présenté comme un autre jeune gars souhaitant tailler la bavette.

- Tu vois ça ? s’écria Maël, à la fois pour couvrir le tumulte qui venait d’éclater chez les suprémacistes et pour laisser libre court à l’hystérie légère provoquée par l’excès d’adrénaline. Ca devait faire ses preuves, et la preuve c’était toi !

Fielleux, il cracha sur le corps agonisant, puis défia du regard les gradins de Trumpets. Plusieurs détenus se contentèrent de crisper leurs babines pour lui renvoyer une grimace de provocation.

- BORDEL DE MERDE MAIS QU’EST-CE QUI SE PASSE, ICI ? intervint Drake en soulevant Tweener et en le remettant sur pieds comme s’il s’était agi d’un fétu de paille. TU VAS BIEN, GAMIN ?

- Ouais, ça va… articula le petit rappeur, un peu secoué.

- BOUGEZ-VOUS DE LA ! BOUGEZ-VOUS ! intervint Patterson en dispersant vivement les aryens, Rizzo sur ses talons.

Drake s’interposa devant Maël, les mains levées.

- Légitime défense, boss…

Le gardien le bouscula sans ménagement et l’imposant skinhead ne résista pas. La baïonnette Gilette avait déjà été récupérée mais le plus jeune, encore tremblant d’excitation, lui saisit le bras droit pour tenter de le retourner. Il avait à peine amorcé sa manœuvre que Patterson lui enfonçait déjà son poing gauche dans les côtes. Maël retint un cri tant bien que mal, mais lorsque le noir renversa la situation et bloqua son coude au-dessus de son épaule en forçant suffisamment pour le neutraliser, il lâcha une plainte douloureuse et recula.

- TU TE FOUS TOUT DE SUITE A TERRE POUR MOI, KRONE, TOUT DE SUITE ! ordonna le gardien en poussant encore sur son bras.

Les jarrets de Maël flageolèrent et il tomba à genoux ; Patterson le poussa ensuite brusquement dans le dos pour le plaquer au sol.

- CE MEC NOUS A ATTAQUÉS ! JE N’AI FAIT QUE ME DÉFENDRE, BON SANG !

Le jeune taulard tenta de garder son poignet gauche contre sa gorge mais il sentait déjà qu’on agrippait fermement le creux de son coude.

- Face contre terre et tiens-toi tranquille si tu ne veux pas que je te casse quelque chose ! avertit le maton.

Bientôt, les menottes claquèrent, puis crépitèrent brièvement tandis qu’on les serrait. Lou interrogea du regard son collègue, qui s’était occupé de la victime. Rizzo secoua la tête en faisant la moue et dégaina son talkie-walkie pour annoncer un mort dans la cour du pénitencier. Patterson soupira, puis souleva Maël en tirant sur la chaîne.

- T’es une vraie plaie, toi, hein ? Allez debout, on va aller te mettre au frais.

Le garçon se remit sur pieds en titubant, cassé en deux.

- Pas question, j’ai rien à faire là-bas ! protesta-t-il en essayant de se retourner.

Aussitôt, il mordit à nouveau la poussière et le gardien haussa la voix.

- Si tu crois qu’tu vas m’courir longtemps, Krone, je vais te faire redescendre tout de suite : tu raconteras tes petites histoires au directeur en temps voulu. En attendant tu fais ce qu’on te dit et tu la fermes !

- Sale négro, lâcha Maël, les larmes aux yeux suite au choc contre son nez.

Rizzo intervint pour le ramasser en lançant un regard affligé à Lewis :

- Laisse, va… Il en vaut pas la peine, lui assura-t-il.

Patterson serra les lèvres, hypertendu. En définitive, il les laissa s’éloigner de quelques pas, puis partit à leur suite. Il avait toujours su à quoi s’attendre et s’était toujours astreint à le gérer. Ce n’était pas ce petit con qui allait le conduire à l’écart.

Bien loin de là, Theodore, toujours accompagné du rap dont il ne comprenait pas les paroles, s’avançait vers sa cellule. A l’intérieur, il pouvait voir à la lumière artificielle du bloc un uniforme qui lui tournait le dos. Il s’agissait de vêtements de gardien mais il savait pertinemment que ce n’était autre que Tweener. Peut-être était-ce sa gestuelle particulière tandis qu’il dansait rythmiquement sur la musique qui martelait l’atmosphère. Ses hanches faisaient cliqueter doucement un trousseau de clés, une matraque et une paire de menottes. Hagard, T-bag demanda :

- Bon dieu mais qu’est-ce que tu fabriques, gamin ?

Tweener se retourna, et eut un sourire goguenard à la vue de Bagwell.

- Yo ! Tu t’demandes c’que j’fous là, à faire le bouffon dans ta cellule, c’est bien ça ? Eh ben j’ai des nouvelles pour toi : j’ai l’droit si j’en ai envie, maintenant.

Avec un certain effroi, Theodore s’approcha les barreaux.

- Qu’est-ce que tu racontes ? Tu joues les garde-chiourmes ?

- T’es bien emmerdé, maintenant, c’est pas vrai ? jubila le plus jeune.

- Foutaises : qu’est-ce que tu fous à l’intérieur, dans ce cas ?

Tweener répondit avec force gestes périphériques plus ou moins accordés à la musique :

- C’est bien là où tu m’as mis, non ? Tu m’cherchais alors voilà : au moins comme ça t’as pu m’trouver. Reste à m’atteindre, maintenant, et j’vais t’dire un truc : t’auras du mal à le faire. Ca ouais… bien du mal !

- Tu sais pourtant que je ne demande pas mieux que d’entrer.

- Pour ça faudrait d’abord que tu m’cernes… déclara David en s’avançant à son tour contre les barreaux.

- C’est pas le boulot des matons, de cerner les détenus ? demanda Bagwell en trépignant du bout de la jambe, les paupières légèrement plissées sous ses yeux.

- Si, t’as raison, mais on a des instruments pour ça.

Sur ce, il se retourna, révélant à nouveau les trois objets pendus à sa ceinture.

- J’t’en donne un, ajouta-t-il. Nous, on les utilise tous mais un grand garçon comme toi… j’suis sûr qu’ce sera pas trop au-dessus de tes moyens, hein T-bag ?

Theodore tortilla sa langue en considérant les clés…la matraque… et les menottes. Tweener tourna vers lui une mine railleuse qui lui était tout à fait inhabituelle – et pour cause !

- Chais bien l’quel t’as envie d’prendre… mais réfléchis et choisis bien.

T-bag passa à nouveau en revue les instruments qui encadraient les fesses petites et juteuses. Il avança la main et détacha la menotte pendue, qui s’ouvrit d’elle-même. Le rap cessa brutalement. Aussitôt, véloce comme un rat d’égout, il la referma sur le poignet de l’impudent et accrocha le bracelet jumeau à l’un des barreaux. Apolskis protesta, et donna une brusque secousse, mais il était trop tard. Bagwell profita de sa surprise et de son immobilisation pour se saisir du trousseau de la clé. La serrure qui était miraculeusement apparue sur leur grille rendit rapidement les armes. Il fit coulisser les barreaux derrière lui et put s’approcher du garçon en toute tranquillité, les hanches doucement houleuses, jusqu’à se poster triomphalement tout près de lui.

- Je suis entré…

- T’as triché ! prétendit Tweener avec véhémence, tout menotté qu’il était. Tu devais en utiliser qu’un, espèce de raclure sudiste véreuse !

T-bag leva la main pour s’appuyer sur un barreau au-dessus de la tête du jeunot, au plus profond mépris de ce qu’il restait de ses frontières personnelles.

- Un seul, ça marche très rarement. Depuis le temps que je te traque, tu peux bien m’aider un peu, décréta-t-il.

Son autre main se glissa contre la taille de Tweener, derrière lui, et décrocha précautionneusement la matraque.

- Au point où j’en suis, pourquoi ne pas utiliser le troisième ? susurra-t-il en la remontant contre le petit derrière, plissant consciencieusement le pantalon de gardien sur son passage.

Apolskis crispa sa mâchoire, tout déçu, et ne put que soutenir son regard en affichant sa contrariété, comme un enfant capricieux. Theodore goûta l’humiliation qu’il put discerner dans ses yeux lorsqu’il insinua l’extrémité de la matraque sous son pantalon.

Soudain, un bruyant raclement métallique l’interrompit. Il se retourna, pour voir Michael émerger dans sa cellule en repoussant le compartiment des toilettes. Il s’extirpa du trou, à présent vêtu d’une blouse blanche et chaussé de lunettes à monture noire.

- Scofield ? interrogea le maître des lieux.

- Je reviens de l’infirmerie, idiot, expliqua l’ingénieur. La voie sera libre pour le grand jour, et avec un peu de chance le lapin de Lincoln sera guéri d’ici là.

T-bag baissa les yeux et constata en effet la présence de la bestiole, toute blanche contre la blouse blanche de Gueule-d’Ange. Ce dernier se dirigea vers l’entrée comme si de rien n’était et tenta d’ouvrir la grille, qui resta bloquée. Il fronça les sourcils. Bagwell esquissa un sourire concupiscent, et ne put que faire tinter le trousseau qu’il avait à la main.

- Passe-moi les clés, exigea Michael en changeant sa prise sur le lapin pour tendre la main.

- Qu’est-ce que tu me donnes en échange ? demanda-t-il en laissant Tweener pour s’avancer vers lui.

- Ne commence pas à jouer à ça, T-bag, j’ai le lapin de Lincoln sur les bras ! ordonna Scofield d’un ton ferme, son regard d’acier rendu plus autoritaire par les lunettes.

- Oh je suis sûr que Jeannot n’y verra pas d’inconvénient, lui assura Theodore en prenant sa main pour l’attirer contre lui.

- Non, arrête… !

Entre eux, la petite bête donna des coups de pieds pour s’échapper et tomba au sol, avant de filer à travers les barreaux.

- NON, pas maintenant ! s’écria Scofield avant d’être renversé sur le bureau de la cellule. Et toi, lâche-moi !

- Oh, mon joli… soupira Bagwell en l’étreignant autant qu’il le maîtrisait. J’attends ce moment depuis si longtemps…

- Oh purée, vous savez ce que le lapin est en train de faire ? s’exclama Tweener depuis les barreaux.

- Lâche-moi ! le somma à nouveau Gueule-d’Ange tandis que les mains de T-bag remontaient sous sa blouse, le long des muscles de ses cuisses. Lâche-moi ! LÂCHE-MOI !

Theodore cligna des yeux. Il était persuadée que la voix de Michael avait soudain sonné différemment à ses oreilles.

- LÂCHE-MOI, POURRI ! C’EST DEGUEULASSE DE FAIRE CA !

Avant même qu’il l’ait réalisé, les bulles du sommeil étaient remontées dans sa tête jusqu’à éclater à la surface, lui rappelant dans un tremblement de perception qu’il se trouvait au trou.

Un violent bruit de choc contre sa porte le fit sursauter, achevant de le tirer de la somnolence. Il s’empressa de se lever pour aller voir de quoi il retournait par le carré de fenêtre qu’on lui laissait. Pour une fois qu’il se passait quelque chose là-dedans !

- J’IRAI PAS LA-DEDANS ! J’AI RIEN A ME REPROCHER !

Il eut la surprise de découvrir Maël, maintenu contre le mur de l’étroit couloir sombre par Lewis Patterson, les jambes pliées tandis que Rizzo le débarrassait tant bien que mal de son pantalon et son caleçon. Ceci fait, on lui ôta les menottes qui maintenaient ses poignets derrière son dos et on s’empressa de lui retirer son tee-shirt. Le premier maton ouvrit la porte du mitard perpendiculaire au sien.

- Allez, Krone, ne fais pas ton caprice, entre là-dedans !

Le garçon se contenta de croiser les bras, bien campé sur ses jambes, se drapant dans le peu de dignité qu’on pouvait trouver nu comme un vers. T-bag eut un sourire amusé en songeant qu’en cela, il montrait sans le savoir qu’il devenait un véritable taulard. Les gardiens ne jouèrent pas son petit jeu longtemps et ne tardèrent pas à le choper. Maël se débattit autant que possible pour le principe, heurtant à nouveau à deux reprises la porte où le chef de l’Alliance était posté. Rizzo et Patterson finirent cependant par l’envoyer bouler dans le trou d’à-côté.

- FUMIERS !

Bagwell eut le temps de voir le seau à pisse s’écraser contre la porte tandis que les matons la refermaient avec soulagement. Le spectacle était terminé. Il se détourna de sa lucarne en souriant paresseusement, puis grimaça un brin en essuyant les traces de liquide séminal sur son abdomen. Il alla se rasseoir et frotta négligemment sa main contre le mur. Puis il s’affala sur le sol avec langueur, sa bouche près de la minuscule bouche d’égout située au centre du cachot, et émit un petit sifflement.

- Maël ?

Assis dans l’autre mitard, le jeune détenu tressaillit et commença par regarder autour de lui.

- Tu m’entends, mon garçon ?

Il rampa à quatre pattes vers l’orifice d’évacuation.

- T-bag ?

- Bienvenue dans les catacombes, petit, le salua Theodore avec un sourire dans la voix. J’imagine que le rendez-vous avec les chicanos a tourné vinaigre ? M’enfin, si c’est toi qui es au trou, je suppose que ça aurait pu être pire.

- Eh bien non, figure-toi, ça s’est bien passé, ça… répondit Samuel. C’est avec Tweener qu’il y a eu anicroche.

Après un bref silence étonné, le meneur blanc dit d’un ton curieux :

- Je suis tout ouïe.

7


Return to Top