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Author of 17 Stories |
Ce premier one-shot a été publié dans le fanzine du Troisième Oeil sous le titre "Pour ton corps".
J'espère que ces retrouvailles, un an après la fin de "And all that music", vous plairont.
Rencontre
Une envie pressante me réveille au beau milieu de la nuit, le genre d'envie qu'on ne peut oublier et qui oblige à quitter la chaleur réconfortante de la couette pour affronter le froid d'une chambre en plein hiver.
Le genre d'envie auquel on n’a pas envie de céder, parce-que justement, on est trop bien dans le lit, et qu'on tente d'oublier le plus longtemps possible jusqu'à ce que l'explosion soit imminente et l'urgence évidente.
Je n'échappe pas à la règle et malgré tous mes efforts, je comprends vite que je vais devoir courir pour ne pas en foutre partout comme un môme a qui on aurait piqué sa couche.
Plus le temps de reculer, je me contorsionne pour quitter les bras de mes deux hommes qui eux, pioncent comme des bienheureux les veinards, et je file jusqu'aux toilettes.
L'obscurité est si opaque dans l'appartement que je dois allumer la lumière et si je n'étais pas aussi pressé, je pesterais contre l'andouille qui a choisi une ampoule aussi puissante.
J'ai des points noirs qui dansent la gigue devant les yeux, au passage je me cogne contre cette putain de petite table que Draco n’a acheté pas plus tard que la veille mais j'arrive enfin à destination.
Pas le temps de relever la lunette – pourquoi elle est baissée d'ailleurs? À moins qu'on ne me cache des choses, il n'y a pas de femme ici – mais je m'en fous.
Ça fait du bien!
Je tire la chasse et fais demi-tour d'un pas beaucoup plus tranquille. C'est fou ce qu'avoir envie de pisser peut rendre nerveux.
Alors que je retourne me coucher, au chaud et délicieusement enlacé par deux sublimes représentants du genre masculin, mes yeux tombent sur le miroir du salon, lequel me renvoie l'impitoyable reflet d'un homme qui vient de passer une sublime nuit de baise – alors qu'il portait un déguisement pour le moins érotique histoire de corser les choses.
Déguisement de gogo dancer dont il ne subsiste qu'un short en cuir noir outrageusement moulant, outrageusement miniature et équipé de boutons pression aux endroits que l'on qualifiera pudiquement de « stratégiques ».
En plus de ça, j'ai les cheveux encore plus en bataille que d'habitude, les lèvres encore légèrement gonflées et mes joues sont encore un peu roses. Sans oublier la lueur parfaitement extatique dans mes yeux. Mouais, pas moyen de nier, ma soirée est inscrite sur mon visage. Je pourrais me l'écrire sur le front que ce ne serait pas plus clair.
J'espère qu'une bonne douche pourra y remédier parce-que je me vois mal aller travailler avec cette tête demain – ou plutôt, tout à l'heure, l'est quatre heure du matin quand même.
L'orchestre de Tom Riddle existe depuis neuf mois maintenant mais Neville et moi – les membres les plus jeunes et les plus inexpérimentés perdus au milieu de musiciens mondialement reconnus – sommes toujours ostracisés par nos célèbres collègues, d'autant plus maintenant qu'ils savent de quoi nous sommes capables. La plupart d'entre eux sont en fin de carrière et même si leur retraite est assurée, ils ne sont pas pressés de poser les archets, ils s'accrochent donc à leur siège en s'arrangeant pour que les « petits jeunes » n'actionnent pas la fonction éjection. Que j'aille bosser avec cette tête et ils ne manqueront pas de me descendre.
Je les hais mais paradoxalement, j'adore jouer avec eux. Les musiciens sont différents des individus « civils ».
Et puis Tom est brillant dans son rôle d'état-tampon.
Cachou, mon chat, vient se frotter à mes jambes pour avoir un câlin, interrompant le fil de mes pensées.
Puisque je suis parfaitement réveillé maintenant – et merde – je le soulève et m'effondre dans le canapé pour le papouiller tranquillement, tout en espérant qu'il ne fera pas ses griffes sur moi parce-que je suis torse nu là.
Dans quelques semaines, cela fera un an que je sors avec Draco et Severus, les deux hommes de mes rêves. Qu'est-ce qu'on peut offrir pour cette occasion?
Un an, ça se fête.
Et je n'ai plus de problème d'argent maintenant.
Cachou ronronne sur mon ventre, il est tellement trognon...
Je tourne la tête et mes yeux dérivent vers la couverture criarde et racoleuse d'un magazine à scandales sur laquelle s'étale la photo d'un Lucius Malfoy souriant – et volontaire pour poser car s'il n'avait pas été consentant, cette photo ne serait jamais parue. C'est grâce à son influence et à celle de Severus qu'aucun de ces torchons n'a jamais tenté de faire son beurre sur le dos de mon « couple ».
Bref, Lucius sourit et semble présenter à l'objectif le jeune homme qui partage désormais sa vie – Zacharias «Zach » Smith, superbe trentenaire héritier d'une fortune colossale. Un accident de voiture lui a laissé une cicatrice sur la joue gauche qui lui donne un air de gentleman cambrioleur très séduisant. Je suppose que c'est à cause de ce genre de remarques que mes amours ne veulent pas me le présenter.
En tout cas, je suis ravi que mon ancien « client-amant » se soit trouvé quelqu'un avec qui partager une relation solide. Il m'a aimé à une époque mais notre histoire était faussée depuis le début, ça n'aurait jamais marché.
Je m'en souviens comme si c'était hier, même si pour comprendre, il faut remonter plus loin que notre première rencontre. En fait, il faut remonter jusqu'au soir de ma première cuite...
J'avais trop bu et je ne garde aujourd'hui que cette impression d'avoir fait quelque chose de mal, suffisamment en tout cas pour que mon parrain chez qui je vivais depuis mon adolescence me mette à la porte, mes affaires dans un sac poubelle jeté à mes pieds.
J'avais un peu d'argent de côté alors pendant quelques temps, j'ai vécu dans une chambre d'un hôtel bon marché et j'ai trouvé un travail de serveur dans un restaurant français de Piccadilly Circus. Puis j'ai trouvé un petit appartement sous les combles d'un immeuble bourgeois de Soho. La propriétaire de l'époque, miss Parkinson, me le louait à prix d'ami et en échange, je faisais un peu office d'homme à tout faire pour les travaux qui lui étaient pénibles et ne nécessitaient pas d'avoir recours à des professionnels – comme nettoyer les carreaux extérieurs ou changer une ampoule (elle n'osait plus monter sur ses chaises).
Mes études au conservatoire me rapportaient un peu d'argent lorsque nous donnions des concerts mais même avec mon salaire de serveur, les pourboires et les petits boulots au noir que je faisais pour mes voisins, j'avais du mal à joindre les deux bouts. Ma fierté m'empêchait de demander de l'aide à Blaize et Draco – mes deux meilleurs amis avant que je ne sorte avec Draco et que le rôle de meilleur ami ne revienne sans partage à Blaize.
J'étais dans le creux de la vague quand j'ai rencontré Lucius. En d'autres termes, je traversais encore une fin de mois particulièrement difficile.
o0 Flash-back 0o
Il y avait un monde fou ce soir-là, Harry ne savait plus où donner de la tête, tout comme ses collègues et son patron qui était venu leur prêter main forte. Il n'y avait plus une table de libre et des gens attendaient à l'entrée de pouvoir s'installer.
Chaque fois que le petit brun allait dans les cuisines chercher une commande, il voyait les cuistots courir entres les différents postes et entendait le chef crier pour maintenir la cadence. Les plongeurs baignaient à moitié dans leur eau de vaisselle.
Dans les différentes salles du restaurant, il régnait pourtant une ambiance paisible, propice à la discussion, une ambiance complètement opposée à celle qui régnait dans les « coulisses ». Les conversations allaient bon train, produisant un brouhaha qui n'avait rien de désagréable, accentué par quelques rires ponctuels et le tintement des flûtes de champagne.
« Harry, tu peux me rendre service et prendre la commande de la table douze? C'est un homme seul, t'en auras pour une minute! Cria Matthew en se précipitant vers les toilettes du personnel.
- D'accord.
- T'es un ange!
- Je sais. » Soupira le garçon pour lui-même.
Il grimaça en entendant son estomac grogner pour la centième fois. Il avait tellement faim que ça lui faisait mal.
La table douze était située dans un coin tranquille du restaurant – le coin des habitués. Le jeune serveur s'en approcha doucement, le temps que son ventre arrête de faire du bruit. Il observa l'homme devant lui et se souvint brusquement qu'il était officiellement célibataire depuis un long moment.
Le client avait de longs cheveux blonds noués en un catogan lâche grâce à un ruban noir. Il portait une chemise blanche et une lavallière de soie noire qui lui donnaient l'apparence un peu désuète – mais ravissante – d'un aristocrate du XVIIIème siècle surpris dans l'intimité de sa chambre. À cela s'ajoutaient des yeux d'un bleu gris presque surnaturel et un corps athlétique de jeune homme. Il devait avoir la quarantaine et son âge lui allait comme un gant.
Si Harry n'avait pas eu l'esprit aussi occupé par le vide de son tube digestif, il aurait sûrement rejoint son collègue aux toilettes pour des raisons très peu avouables en société – mais tout aussi naturelles.
Carnet et stylo en main, souriant, il fit son travail.
« Bonsoir monsieur, vous avez choisi?
- Vous n'êtes pas mon serveur habituel. Remarqua l'homme, apparemment très attaché à sa routine.
- Si vous parlez de Matthew, je suis désolé mais il a eu une urgence.
- Je parlais de Georges. Coupa le blond en avalant une gorgée de vin rouge. Harry comprit pourquoi Matthew avait eu l'air si heureux de lui refiler le « bébé ». Personne n'aimait les clients grincheux.
- Georges ne travaille plus ici, il a démissionné ce matin.
- Je vois. Vous serez donc mon serveur à partir de maintenant. Je suis Lucius Malfoy. Dit-il comme si cela expliquait tout.
- Vous n'êtes pas dans mon secteur monsieur.
- Je m'arrangerai avec votre patron. Je prendrai une salade de noix de St Jacques et du pigeonneau aux truffes. »
Harry nota rapidement la commande et partit pour les cuisines. Il frappa Matthew au passage mais ne lui donna aucune explication – juste un regard noir. Son collègue pouffa et retourna en salle, les mains pleines d'assiettes.
De son côté, Lucius dégustait son vin en repensant au serveur un peu trop joli qui avait pris sa commande. Il était indéniablement séduisant. Un peu petit certes, mais très attirant.
Il avait des yeux absolument magnifiques et sa peau pâle semblait parfaite.
Il sourit.
Peut-être que ce jeune homme pourrait l'aider à passer sa frustration. Le tout était de savoir comment l'attirer sans lui donner la moindre illusion sur la nature de leur relation. Il n'aimait pas les pots de colle et le fiasco qu'était son mariage ne lui donnait pas du tout envie d'une relation sérieuse.
Quand sa salade arriva, apportée par un serveur au sourire professionnel, il se retint de caresser les fesses moulées par un pantalon à pinces.
Définitivement appétissant.
o0O0o
Harry chancelait à la fin de son service, sa vue était floue et il tremblait de la tête aux pieds. Il transpirait et était très pâle.
« Petit, lui cria le chef, mange ça et rentre chez toi prendre un truc très sucré. »
Le brun accepta la barre de céréales qu'on lui tendait et salua celui qui allait lui permettre de tenir debout assez longtemps pour qu'il puisse s'écrouler dans son propre salon. Il monta les escaliers de service et ouvrit la porte à l'arrière du restaurant.
Le vent froid de novembre le frappa en plein visage, soulageant l'espace d'un instant le malaise qui lui tordait les tripes.
Il quitta la ruelle où se trouvait la porte d'entrée du personnel et où, chaque soir, on entassait les poubelles, pour retrouver les lumières et l'agitation nocturne de Piccadilly.
Les pubs étaient bondés. Par leurs portes sans cesse ouvertes et refermées on pouvait entendre toutes sortes de musiques, de la techno poubelle à la country. Des couples se pressaient partout et des groupes d'étudiants beuglaient des chansons paillardes sur les trottoirs.
Sans oublier le bruit des moteurs et des klaxons.
Une joyeuse cacophonie digne d'un samedi soir mais qui donna presque le vertige au jeune serveur qui luttait pour tenir debout.
Harry dut s'appuyer contre un mur en sentant son estomac se contracter douloureusement. Il avala rapidement son petit casse-dalle mais il savait que ses effets ne dureraient pas longtemps, son répit serait de très courte durée.
Heureusement qu'il n'habitait pas trop loin, il devait bien lui rester une boîte de conserve qui lui remplirait le ventre.
Il avançait lentement, prenant le temps de bien mettre un pied devant l'autre mais la fatigue et la faim ne l'aidaient pas. Il n'était qu'à quelques mètres du restaurant quand il buta contre une dalle mal scellée dans le trottoir. Il tomba comme une masse et dut retenir un cri en sentant une vague douloureuse remonter depuis ses genoux et les paumes de ses mains.
« Vous semblez avoir connu des jours meilleurs, Harry. Remarqua une voix grave juste au creux de son oreille. Une voix qu'il avait entendue toute la soirée.
- Je vous croyais parti monsieur Malfoy.
- Je vous attendais. Et il semble que j'ai bien fait. »
Un bras souple se noua autour de la taille du petit brun et en une seconde, il se retrouva debout, prisonnier contre un torse qui devait être des plus agréables à regarder.
« Pourquoi vous m'attendiez?
- Il se trouve que j'ai entendu ton ventre grogner plusieurs fois ce soir et j'ai vu les regards que tu lançais aux assiettes des clients – tu avais l'air affamé et presque... amoureux. »
Harry retint le commentaire acide qui lui avait sauté aux lèvres. Il pensait avoir été plus discret que ça et était très vexé de s'être fait percer à jour avec une telle facilité. Et puis, il n'appréciait pas les manières du blond, ni son ton moqueur.
Tout le monde ne pouvait avoir la chance de se payer un grand restaurant chaque soir. Et de toute façon, dans son état actuel, Harry aurait préféré un énorme steak plutôt qu'une tranche de foie gras aux truffes.
« Tu as des problèmes d'argent, je me trompe?
- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde.
- Je vais te dire: tu as besoin d'argent, j'en ai. Tu as un corps des plus attirants, je cherche un garçon qui m'apportera du plaisir. Je te propose un échange entre ton corps et mon argent.
- Pas question. Harry essaya de se dégager mais Lucius lui agrippa le bras.
- Réfléchis. Siffla presque le blond. Chaque fois que tu auras besoin d'argent, tu n'auras qu'à me passer un coup de fil et tes problèmes disparaîtront en une nuit ».
Ses mains se firent caressantes sur le corps affamé d'Harry, elles glissèrent sur ses bras, son torse, son dos et ses fesses.
Il glissa sa carte de visite dans une poche.
« Je te laisse réfléchir. Mon offre n'a pas de date d'expiration ».
Lucius lâcha le brun et monta dans une voiture qui l'attendait, garée à quelques pas de là où Harry était toujours prostré.
Il se sentait humilié et mal à l'aise. Jamais il n'avait pensé à cette possibilité pour gagner de quoi vivre et il aurait aimé que cette seule idée le fasse frissonner de dégoût mais ce n'était pas le cas. Il n'aimait pas penser comme ça mais il se demanda ce qui était le pire: se faire baiser pour du pognon comme une pute de base ou crever de faim.
Il faillit crier en se rendant compte que c'était justement pour ne pas avoir faim que certains choisissaient de vendre leur corps.
C'était un choix mais il ne se sentait pas encore prêt à le faire – ni dans un sens, ni dans l'autre.
Il glissa la carte de visite de Lucius dans son portefeuille avec ses derniers billets.
Les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le nez dans son écharpe, il rentra chez lui.
o0O0o
Plusieurs jours s'étaient écoulés et Harry ne savait toujours pas quoi penser.
Il était désormais le serveur attitré de Lucius Malfoy mais il n'avait plus vu le blond depuis deux semaines. Ce qui ne le dérangeait pas beaucoup d'ailleurs.
Il n'avait pas eu cours de la journée et s'était arrangé avec un de ses collègues du restaurant pour échanger exceptionnellement leur jour de congés. Il n'avait pas envie de travailler et pas envie de sortir.
Il avait passé son temps à traîner dans son petit studio encore presque vide.
Le nez collé à la vitre de son coin cuisine, il avait passé des heures à regarder la pluie tomber sur la capitale sans rien faire d'autre qu'essayer de voir à travers le brouillard londonien. Il avait essayé de ne pas réfléchir mais ses pensées revenaient sans cesse à cette carte de visite coincée dans son portefeuille. Ce simple bout de papier gravé pouvait mettre un terme à ses problèmes mais est-ce que ne serait pas aussi une porte ouverte à un autre type d'ennuis, bien pire qu'un frigo désespérément vide? Qu'est-ce qui lui garantissait que Lucius ne chercherait pas à le glisser dans d'autres lits?
Bien sûr, il avait fait le rapprochement entre cet homme et Draco et il voyait mal le père de son meilleur ami, un aristocrate issu d'une famille prestigieuse, en proxénète mais on ne savait jamais. C'était sans doute son côté paranoïaque qui parlait mais il avait appris, en vivant au coeur de Londres, à être prudent.
Il s'était brièvement demandé si Draco savait que son père était homo – sans doute que non. Puis il avait pensé que la vie sexuelle de Malfoy senior ne regardait en rien Junior.
Ceci dit, dans le doute, il choisit de garder ça pour lui.
Au bout d'un temps interminable, il quitta sa cuisine et se réfugia dans sa chambre.
Il n'avait pas encore réglé son loyer et ayant trois mois de retard sur le paiement du chauffage on lui avait coupé le gaz. L'hiver se faisait déjà sérieusement sentir et le froid qui régnait chez lui avait fini par le glacer jusqu'aux os.
Il se roula en boule dans une couverture en laine et s'installa à côté d'un radiateur électrique que Blaize lui avait apporté la veille au soir. Le filament rouge du chauffage était la seule source de lumière de la petite pièce si l'on exceptait bien sûr la lumière palotte filtrée par un ciel gris et lourd, des nuages encore gonflés d'eau.
Harry serra contre lui une thermos en métal cabossé. La bouteille irradiait une douce chaleur qui réconforta le jeune homme l'espace d'un instant. Il sentait, sans même l'avoir goûté, le goût d'un délicieux irish coffee sur sa langue. Il l'avait préparé avec le fond de son paquet de café et son meilleur whiskey – offert par Draco.
Le liquide brûlant lui fit beaucoup de bien au corps et il se surprit même à sourire au souvenir d'un noël passé dans un chalet avec Sirius et Remus. Cet hiver-là, trois ans plus tôt, ils avaient vidé des litres et des litres de whiskey et de café pendant de longues discussions animées prés de la cheminée. Et systématiquement ils s'étaient endormis sur place, se serrant instinctivement les uns contre les autres sous une unique couverture qui grattait comme pas possible et se réveillant des heures plus tard le visage noir de suie et les muscles endoloris.
Harry en aurait pleuré tellement ses parrains lui manquaient – d'autant plus qu'il ne savait pas ce qu'il avait fait de mal.
Il chassa ces souvenirs et revint au présent, lequel n'était pas devenu plus réjouissant comme par magie.
Hélas.
Il vida sa tasse et ferma les yeux, savourant les dernières gorgées qui lui réchauffaient l'estomac. Il ne restait que des pâtes et du riz dans ses placards et il avait utilisé quelques uns de ses derniers billets deux jours plus tôt pour acheter quelques articles de toilette et des pommes – la vie à Londres était hors de prix.
Il était définitivement fauché. Heureusement, quand ça n'allait vraiment pas il pouvait aller voir sa propriétaire, miss Parkinson, qui avait toujours une côte de porc ou un steak haché « en trop ». Cela l'avait bien dépanné mais il ne pouvait quand même pas vivre au crochet d'une vieille dame aussi charmante soit-elle.
Il avait une solution à portée de main pour s'en sortir avec ses factures et la bouffe, une occasion d'avoir assez d'argent pour s'acheter aussi quelques meubles supplémentaires, des livres et de nouveaux vêtements – car il ne doutait pas qu'un homme comme Lucius Malfoy payait grassement les services qu'on lui rendait – mais il avait encore du mal à accepter cette idée.
Il ne se sentait pas assez désespéré pour accepter.
Pas encore.
Il s'était arrangé pour n'avoir pas à sortir mais d'un coup, il se sentit comme un loup en cage. Il avait l'impression ridicule mais persistante que des yeux l'observaient derrière les lambris des murs, depuis les poutres de son plafond.
Ce genre de crise d'angoisse le prenait parfois, quand la fatigue s'était accumulée et qu'il avait cogité trop longtemps. Dans ces moments là, il devenait claustrophobe et éprouvait le besoin de sortir et de voir du monde. Ce léger problème trouvait son origine dans son enfance, à l'époque où il vivait chez les Dursley – son oncle et sa tante du côté de sa mère – et qu'il dormait dans un placard sous l'escalier. Il n'avait pas peur du noir mais il s'était toujours senti trop à l'étroit dans ce cagibi puant et quand il se sentait mal, il retrouvait cette impression d'être prisonnier dans un cercueil enterré six pieds sous terre.
Un frisson remonta le long de son dos.
Il quitta la chaleur de sa couverture, éteignit son radiateur et sortit après avoir pris son manteau, son écharpe et ses clés. Il avait besoin de marcher.
Ses pas le menèrent jusqu'à China Town.
Il s'était toujours senti à l'aise dans ce quartier perpétuellement bruyant, perpétuellement illuminé où flottait en permanence une odeur d'épices et de crevette. C'était une sorte de village dans la ville, tout le monde s'y connaissait et les gens passaient leur temps à s'interpeller par leur prénom pour se raconter les derniers ragots. Des enfants jouaient au loup dans une petite cours – le « loup » devant porter un masque de dragon.
Des lanternes de papier jetaient sur les façades bariolées des maisons une douce lueur colorée et chaleureuse.
La nuit commençait à tomber.
Harry se détendit doucement au fur et à mesure qu'il avançait.
Une odeur de nourriture lui donna subitement envie de manger un plat de porc aigre-doux chez Cheng, un de ses amis et amants occasionnels dont le restaurant était à deux pas. Il s'y rendit sans attendre.
Cheng était un jeune chinois d'environ vingt-cinq ans qui avait récemment réalisé son rêve en ouvrant son propre établissement. Bon cuisinier, séduisant et toujours de bonne humeur, il s'était vite composé une clientèle d'habitués qui lui assuraient un revenu régulier.
Lui et Harry s'étaient rencontrés lors d'un concert donné par ce dernier. À la fin de la représentation, Cheng avait attendu une bonne heure devant la « sortie des artistes » pour avoir l'occasion de lui parler. Le jeune violoniste était tout à fait son genre et il n'avait pas tardé à le séduire. Ils étaient sortis ensemble le temps de se rendre compte qu'ils préféraient n'être que des amis, même si cela ne les empêchaient pas de coucher ensemble à l'occasion.
Cheng accueillit Harry avec un grand sourire dans son restaurant et lui offrit son repas.
Plusieurs heures plus tard, il l'accueillit aussi dans ses draps et lui fit l'amour comme un affamé, savourant la douceur de ce corps blanc prisonnier du sien. Il aimait surtout sentir les jambes fines entourer sa taille, il trouvait cela terriblement érotique. Peut-être qu'ils ne s'entendaient pas sur de nombreux points, ce qui avait provoqué leur rupture, mais sexuellement, l'entente était parfaite.
Ils prirent tout leur temps pour se faire du bien.
« Merci, j'en avais besoin. Murmura le brun en reprenant son souffle.
- Ravi d'avoir pu te rendre service. Répondit l'asiatique avec un sourire canaille. Tu veux boire quelque chose?
- Si tu as de la vodka, j'en prendrais bien un peu.
- Je n'ai que du saké.
- Du moment que c'est fort, je prends.
- Tu as de sérieux problèmes? C'est rare que tu boives seul.
- On peut dire ça comme ça. Harry réfléchit quelques secondes avant de poursuivre. Dis-moi, si tu avais le choix entre préserver ta fierté mais te retrouver régulièrement dans la merde, et, oublier ta fierté quelques temps mais ne plus avoir de problèmes, tu ferais quoi?
- Je pense que je ferais ce qui me rendrait le plus service, quitte à « oublier ma fierté quelques temps ».
- Tu as déjà dû le faire?
- Une fois. J'ai fait mes études à Hong Kong dans une grande école de cuisine et un jour j'ai perdu l'argent que mon père m'avait envoyé. Je devais tenir un mois entier avec cet argent mais mon père a refusé de m'aider arguant que je ne devais m'en prendre qu'à moi. J'ai dû me débrouiller pour gagner ce que j'avais perdu et pour ça, j'ai couché avec un avocat new-yorkais de passage que j'avais rencontré dans un bar. En une nuit j'ai gagné le double de ce que j'avais perdu mais je n'ai jamais retenté l'expérience ».
Harry médita plusieurs minutes sur cette histoire avant de s'endormir, encore plus perplexe qu'auparavant.
Au petit matin, Harry n'avait toujours pas sa réponse mais il se sentait bien mieux que la veille, en tout cas, délicieusement fourbu. Il s'extirpa du lit sans réveiller son ami et partit sans un bruit.
Il rentra chez lui, frissonnant dans l'air glacé.
Son appartement était toujours aussi froid quand il y rentra, il faisait bien plus chaud dans le couloir, au point qu'il fut tenté d'y finir sa nuit.
Pendant son absence, une lettre avait été glissé sous sa porte.
Une mise en demeure de la compagnie de distribution des eaux. Il avait deux semaines pour payer avant que ses robinets ne servent plus qu'à faire beau dans sa cuisine et sa salle de bain.
Quels choix lui restait-il?
Quelques heures plus tard, il appela Lucius à son bureau.
o0O0o
Harry attendait dans une ruelle de Covent Garden, là où Lucius lui avait donné rendez-vous. Il pleuvait des cordes et malgré son parapluie et son imperméable, le brun était trempé comme une soupe. Heureusement, ses chaussures montantes étaient suffisamment épaisses pour protéger ses chaussettes du déluge – il avait horreur d'avoir froid aux pieds.
Le bar sur le trottoir d'en face lui faisait l'effet d'un Eden et il était à deux doigts de traverser la rue pour dépenser ses dernières pièces dans un café viennois quand une superbe voiture noire déboula dans la rue et s'arrêta juste devant lui. La portière s'ouvrit et Harry se précipita à l'intérieur dés qu'il eu reconnu le conducteur. Celui-ci lui souriait comme pour le rassurer et Harry se dit que ce n'était pas du luxe.
« Je suis content que tu aies changé d'avis. Dit le blond alors qu'ils étaient arrêtés à un feu rouge.
- Pas le choix.
- Ne sois pas amer, tu ne perds rien dans l'histoire.
- Je l'espère. Soupira le brun.
- Je t'assure. Tu seras payé en liquide demain matin.
- Combien? J'ai mon loyer à payer, mes cours au conservatoire et diverses factures...
- Ne t'en fais pas pour ça, je paye toujours rubis sur l'ongle ».
La circulation était loin d'être fluide ce soir-là et ils furent coincés plus d'une demi-heure dans un embouteillage. Lucius mit ce temps à profit pour exciter son passager. Le brun n'était qu'un corps pour lui, il allait payer il pouvait donc en faire ce qu'il voulait mais un tel physique méritait un peu de délicatesse et de considération – du moins au début. Il allait savourer cette peau blanche, la marquer...
Son sexe tressauta quand il s'imagina en train de s'enfoncer dans le jolie petit cul de son passager.
Il caressait la cuisse d'Harry de manière suggestive, remontant parfois jusqu'à l'entrejambe et le petit brun, malgré lui, dut se mordre les lèvres pour retenir ses gémissements. Le blond savait y faire, il fallait le reconnaître. Quand Lucius se pencha pour l'embrasser, il ne chercha pas à se défiler et il fondit en sentant cette langue dominatrice prendre possession de sa bouche.
Oui, Lucius savait ce qu'il faisait et il le faisait bien.
Harry se demanda rapidement si Draco était aussi doué que son père mais il chassa très vite cette réflexion de son esprit.
Draco était pris de toute façon.
Ils finirent par arriver devant un hôtel de la banlieue londonienne – un hôtel trois étoiles où, Harry le découvrit rapidement, de nombreux hommes d'affaire amenaient leurs conquêtes et où par conséquent la discrétion était de mise. Le blond demanda une chambre et Harry sursauta presque en entendant le réceptionniste donner « la vingt-deux, comme d'habitude, monsieur Malfoy ».
Dans quel pétrin s'était-il fourré?
Il suivit le blond dans les couloirs et retint un hoquet de surprise en entrant dans la chambre vingt-deux-comme-d'habitude.
Sa décoration avait un côté obscène rappelant plus ou moins les maisons closes de luxe où les aristocrates des temps passés allaient s'amuser, loin de ces épouses qu'ils n'avaient pas choisies et de ces enfants qu'ils n'avaient pas voulu. Harry se dit que l'ambiance collait parfaitement avec la fonction de l'endroit.
Les murs étaient recouverts d'un épais tissu de velours rouge sang et le plafond blanc était caché par de nombreux voilages rouges dont certains tombaient au-dessus d'un large lit, formant un baldaquin vaporeux. Il y avait une influence arabisante évidente dans les épais tapis qui recouvraient le sol et les nombreux coussins reposant un peu partout le long des murs. Prés d'une fenêtre dissimulée par de grands rideaux était posée une petite table recouverte d'un nécessaire à thé: de petits verres décorés à l'or fin et une théière en argent longiligne laissant échapper une fumée à l'odeur sucrée, le tout sur un plateau de bronze finement ciselé.
À quelques détails prés, Harry avait l'impression d'être dans la tente d'un bédouin.
Il n'apprendrait que plus tard qu'il n'était pas vraiment dans un hôtel mais plutôt dans un club de « rencontres » réservé à l'élite de la société londonienne – « rencontres » contenant souvent la notion implicite d'extra conjugalité.
« Ne me fais pas attendre encore Harry ». Grogna une voix à son oreille.
Le brun comprit rapidement le message et commença à se déshabiller, jetant ses vêtements trempés sur le sol sans même se soucier de ruiner les tapis. Derrière lui, Lucius faisait de même et quand ils se retrouvèrent face à face, ce fut l'électrochoc.
Ils savaient tous les deux que ce ne serait qu'une histoire de gros sous mais cela n'empêchait pas un certain désir.
Le blond était un adulte dans la force de l'âge, large d'épaules avec un torse puissant et viril, des hanches plutôt étroites et des jambes musclées, parfaitement galbées. Sa virilité était déjà dressée, longue et épaisse, gorgée de sang chaud, la promesse palpitante de mille sensations.
Le brun, lui, avait encore tout d'un adolescent avec ses membres encore un peu trop longs et trop minces, ses hanches trop étroites et sa taille trop fine mais l'adulte apparaissaient déjà dans ses épaules et dans ses bras. Le torse était pâle mais déjà bien dessiné et si la graisse semblait ne pas y avoir sa place, les os restaient presque invisibles.
Lucius se perdit dans la contemplation de la fine ligne de poils qui montait à l'assaut du nombril, dans le galbe d'une hanche ou la courbe d'une cuisse.
Il gémit.
Il souleva le garçon comme une mariée et le jeta à plat ventre sur l'immense lit qui n'attendait plus qu'eux. Harry allait protester quand une bouche savante s'attaqua à ses épaules et à son cou.
Il ne put que soupirer de plaisir.
Les lèvres et la langue ne s'attardèrent pas, descendant immédiatement vers ses fesses en suivant le creux de ses reins. Le brun comprit que les choses se passeraient vite et il pria pour que l'autre prenne au moins le temps de le préparer – il se voyait mal passer toute une journée à marcher en canard. Et il n’avait pas envie que Draco passe une journée entière à le vanner.
La langue chaude et les mains habiles du blond câlinèrent ses fesses un très long moment, suçant et mordillant, pinçant parfois, excitantes et tentatrices. Le nez enfoncé dans un coussin et le bassin surélevé, Harry se faisait l'effet d'une vraie chienne en chaleur, jamais il ne s'était ainsi offert à un partenaire et il se sentait humilié de le faire pour de l'argent mais chaque fois qu'il était sur le point de protester, il se souvenait qu'il n'avait pas le choix. Et même si le reconnaître ne faisait que l'enfoncer davantage, ce que le blond lui faisait était un délicieux supplice et il se surprit plusieurs fois à crier pour en avoir encore.
Il aimait trop le sexe pour qu'il en soit autrement.
Pauvre de lui, piégé par sa propre dépravation, comme dirait si charitablement son oncle s’il le voyait dans cet état.
Lucius prit tout son temps pour préparer son partenaire à sa venue, savourant ses gémissements, sa soumission, son humiliation. Ses doigts gluants de lubrifiant étirèrent et détendirent avec soin. Lucius avait rarement eu une si belle proie dans son lit – encore moins depuis l’année de son mariage, quand il avait dû quitter son partenaire de l’époque, une ravissante créature aux yeux dorés - il avait donc bien l’intention de profiter de celle-ci. Quand il s'enfonça dans le corps chaud soumis au sien, il ne rencontra que peu de résistance et sentit ses muscles se tendre de plaisir.
Il prit le petit brun pendant ce qui leur semblèrent des heures, changeant de position chaque fois que l'un était prêt à jouir. Harry finit par prendre le contrôle de la situation, clouant le blond au matelas, il le chevaucha jusqu'à l'extase.
Et s'écroula sur lui, terrassé par un orgasme dévastateur.
Il sentit vaguement le membre en lui palpiter violemment et éjaculer dans le caoutchouc d'un préservatif. Les bras de Lucius se refermèrent sur lui et il s'endormit sans plus de cérémonie. Il se sentait vide.
Au matin, Lucius avait disparu, remplacé par une enveloppe contenant une épaisse liasse de billets et une petite note: « Appelle-moi au moindre soucis ».
o0 Fin Flash-back 0o
Je l'ai rappelé plusieurs fois dans les mois qui ont suivi, jusqu'à ma rencontre avec Severus en fait. Il m'a permis de m'en sortir, d'économiser un peu sur ce que je gagnais, de meubler mon studio presque vide et de mener une vraie vie étudiante avec son lot de fêtes – où je n'allais jamais avant – et de dépenses pour le plaisir – mes livres et mes disques, je les lui dois.
Je n'ai jamais été ravi de faire ça, surtout qu'il n'a plus jamais été aussi patient les autres fois, mais si c'était à refaire, je pense que je n'agirais pas autrement car c'est aussi grâce à lui que j'ai rencontré Severus et en partie grâce à lui si je suis heureux aujourd'hui. Je lui dois beaucoup et si nous ne sommes plus amants – à vrai dire, mes hommes n'apprécient pas trop que je reste seul avec lui mais bon, ce n’est pas comme si je leur laissais le choix – nous sommes restés amis. J'espère qu'il sera heureux avec Zach, c'est parfois un vrai salaud mais je pense qu'il mérite aussi son petit coin de ciel bleu. Et son balafré m'a l'air d'être quelqu'un de bien. Vraiment.
Et je ne dis pas ça parce-que j'ai moi-même une cicatrice sur le visage.
Et tant que j’y pense, ça fait un long moment que je n’ai plus de nouvelles de Cheng. Il est retourné en Chine il y a plusieurs mois pour rencontrer une jeune femme avec qui ses parents voulaient le marier – ils savent parfaitement que leur fils est homo mais ils s’en foutent royalement et Cheng me l’a bien fait comprendre. Ça m’a étonné d’entendre ça, j’ignorais que les mariages arrangés étaient encore si fréquents à notre époque.
En tout cas, on s’est échangé des mails pendant un long moment – vu que je ne suis pas copain avec les ordinateurs, j’allais dans un cybercafé prés de chez moi – mais je ne reçois plus rien depuis des semaines. Demain, je lui envoie un message.
« Harry? Qu'est-ce que tu fais debout? » Marmonne Draco, encore à moitié endormi.
Il m'a fait peur, je ne l'ai pas entendu se lever.
Il est complètement nu, les cheveux ébouriffés et les yeux bouffis... adorable. Un Severus dans le même état ne tarde pas à le rejoindre et je craque.
C'est criminel de résister à un tel spectacle.
Je vais les aider à se mettre au lit moi et gare à celui qui me parle de dormir.
FIN
Katoru87
le 31.10.2006