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11 – Epilogue
Son index pressa la gâchette. Détonation. La balle creusa un petit trou sur la tempe d’Edward. Son crâne explosait à l’arrière. Tout le corps de Winry se crispa ; elle tomba à quatre pattes, vomit, puis essuya le coin de sa bouche du revers de la main, et enfin releva la tête pour contempler le corps d’Edward, agité encore de quelques convulsions avant d’atteindre un état d’immobilisme total. Elle se remit debout, difficilement. Les yeux rivés sur le cadavre, comme s’ils refusaient de se poser ailleurs. Puis elle s’agenouilla près de sa tête, lui ferma les paupières en tâchant de ne pas tenir compte de la bouillie grisâtre qui s’échappait du trou béant à l’arrière de son crâne.
Au bout d’un moment, le corps d’Edward sembla s’effriter, comme lentement érodé par l’air ambiant. Winry le regarda disparaître peu à peu, devenir transparent, sans laisser la moindre trace, ne serait-ce que de sang. Comme s’il n’avait jamais été là, n’avait jamais existé dans ce monde. Puis il n’y eut plus rien. Rien qu’un vaste terrain d’entraînement militaire, vide de monde, et qu’elle finit par déserter à son tour. Depuis la fenêtre de son bureau, Mustang la regarda s’en aller d’un pas chancelant.
Une fois sortie de l’aire militaire, Winry parcourut le chemin du retour, seule. Elle atteignit enfin sa boutique, et se tint un moment immobile devant la devanture. Il lui avait fallu du temps pour s’approprier cet endroit, domestiquer le quartier, en connaître les habitants. Maintenant, ce lieu portait la cicatrice du passage d’Edward. Quelque chose de gai et de tragique, de doux et de macabre à la fois. Une sorte de nostalgie déchirante. Il fallait maintenant fermer la parenthèse et reprendre une vie normale.
Son index pressa la gâchette. Détonation. Sa tempe le brûla vivement. Son crâne tout entier sembla s’enflammer tandis qu’il sentait chaque parcelle osseuse de son crâne se fissurer pour partir en éclat. Edward tomba en arrière. Plus rien n’existait à présent, même le regard de Winry, si triste, avait disparu dans un flot de sang et de cervelle broyée. Lentement, il se sentit de plus en plus léger. Winry vint enfin fermer ses yeux. Il s’éleva doucement dans les airs, invisible. Ce qu’il restait de son corps s’évapora dans l’air ambiant. Un dernier regard vers le sol, les miettes de son corps et son amie d’enfance. Tout cet univers sembla alors s’éloigner. Ou était-ce lui qui s’envolait loin de là ?
L’envol incontrôlé le guida haut dans le ciel. Il passa au travers de l’atmosphère et se frotta aux étoiles. Et encore, et encore, et encore. Il fut bientôt dans le noir complet mais sentait que l’ascension continuait. Une lumière, enfin, bien au dessus de lui, point lumineux qui, plus il s’approchait, prenait forme. La porte. Il ne s’était donc pas trompé, il allait donc la franchir. Il atterrit sur la passerelle qui reposait sur du vide. Du vide, et au milieu, la porte entrouverte qui semblait l’appeler. Il la franchit, elle se referma derrière lui. Il n’était pas encore passé de l’autre côté, mais résidait à présent dans l’espace d’entre deux, ce qui séparait les deux mondes. Là où devaient encore se trouver son bras et sa jambe. Edward ne fit qu’un pas vers l’autre porte, entrebâillement qui lassait passer de la lumière, puis s’arrêta ; Alphonse venait d’arriver.
- Al… ! Je suis revenu, j’ai réussi !
- Ed… Edward, je crois que c’est trop tard ! répondit l’autre avec un air affolé.
- Quoi ?
- Je suis mort.
Prononçant ces mots, les pieds d’Alphonse décollèrent du sol. Les même bras sombres qui l’avaient, des années auparavant, privé de son corps, commencèrent à l’enlacer.
- Alphonse !
- T’en fais pas pour moi, dépêche toi de passer ! La porte se referme, vite !
- Hors de question !
Edward s’élança et, à sa propre surprise, parvint à s’envoler. Il s’interposa entre Alphonse et les paires de bras, entoura les siens autour de son frère et effectua un piqué en direction du sol. Ils s’écrasèrent au pied de la porte, quasiment close. L’aîné releva le cadet et, sans que ce dernier n’ait le temps de réagir, le poussa à travers l’entrebâillement. La porte acheva de se fermer juste après lui dans un claquement sourd, ne laissant passer que les derniers mots d’Edward : « reste en vie ». Puis, dans son élan, Alphonse tomba en arrière, hors de la passerelle, et se sentit chuter. Une chute longue et effrayante. Il atterrit finalement dans son corps, sur son lit d’hôpital, à côté de celui inanimé d’Edward. Il entendit parler les médecins.
- C’est terminé, débranchez-le.
FIN