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Chap 48 : Contrôle
La porte se referma dans un bruit sourd, et les bruits de pas tant attendus résonnèrent. Enfin, après des heures d'attente, elle allait enfin avoir sa chance… tous ses sens en éveil, elle se tapit le long du mur pour mieux voir sa cible.
Le garçon brun se tenait au milieu du couloir, jetant un coup d'oeil rapide autour de lui avant de se changer en chat. Aucun doute, c'était bien lui… elle ne put s'empêcher de sourire intérieurement. Il se croyait en sécurité ici, dans le donjon, mais il se trompait… Poudlard tout entier était son territoire, et Potter ne serait nulle part en sécurité. Le chat noir se glissa contre la paroi de pierre et parti à vive allure.
Quelle naïveté… comment pouvait il s'imaginer être en sécurité de cette façon ? Il était lent, maladroit et… seul. Vraiment, c'était une proie trop facile. Jubilant, elle accéléra, réduisant la distance entre eux. Et cet imbécile qui ne l'avait toujours pas repérée… mais il était nerveux à présent, elle pouvait le sentir dans la raideur de ses pattes et sa subite accélération. Stupide créature… pour qui se prenait-il ? Toujours à rôder, marauder, chercher les ennuis… eh bien, il allait les trouver ! Et ce n'était pas sa fuite éperdue vers le dortoir des Gryffondors qui allait sauver Potter… Shadow… peu importait !
Le chat noir avait toutefois une belle accélération, elle devait le lui accorder. Mais qu'importait, il ne connaissait pas les lieux comme elle, et au prochain tournant elle profiterait de cette lacune pour le prendre de cours et mettre un terme à cette chasse qui n'avait que trop duré. Potter lui échappait depuis trop longtemps, mais dans une seconde elle lui couperait la route et sa retraite en même temps, et alors…
« Miss Teigne ! »
Encore raté. Sifflant de frustration, la chatte s'arrêta net, finissant sa course à quelques centimètres des robes ô combien familières de la directrice de maison des Gryffondors. Et à cette voix là, hélas, il n'y avait guère moyen d'échapper, Miss Teigne ne le savait que trop bien…
Derrière les robes rouges, une petite tête noire velue aux yeux verts se risqua à l'observer, le regard plein de confusion et… était-ce un brin de honte ?
Satisfaite pour l'instant de son effet, la vieille chatte tourna le dos et s'en fût dignement, la queue raide et la mine hautaine.
Derrière elle, le jeune chat noir se transforma en adolescent particulièrement indigné.
« Miss Teigne ! JE n'arrive pas à le croire ! »
« Eh bien eh bien, M. Potter, » fit le professeur Mc Gonagall avec un petit rire, « vous seriez vous fait une frayeur ? »
« C'est… je… c'est incroyable, j'aurais du deviner depuis le départ ! » s'exclama Harry. « C'est elle, depuis le début, j'en suis sûr ! Depuis que je suis revenu à Poudlard, chaque fois que je me baladais, quelque chose me poursuivait ! C'était exactement ce bruit ! »
« Je n'en serais pas étonnée, » acquiesça McGonagall. « Miss Teigne a sa façon bien à elle de marquer son territoire et de montrer qu'elle reste l'autorité suprême en matière de chat dans ce château. Elle accepte mon autorité à contrecoeur, mais elle fait sentir à tous les familiers des élèves qu'ils ne sont que des intrus. C'est une vraie tigresse ! »
« Et elle est rudement efficace, » fit Harry en se rappelant des nombreuses fois où il avait fuit, sans le savoir, sa présence. « Si j'avais su… vous croyiez que… qu'elle se battrait ? Je ne suis pas certain de pouvoir lui faire face sous cette forme ! Ce serait un peu ridicule… »
« Oh, elle te donnerait une sévère leçon si cela devait en arriver là, sois en certain. Mais Miss Teigne n'est pas agressive, et les batailles en règles ne sont plus de son âge. Non, elle cherche juste à impressionner, et je dois dire qu'elle y réussi fort bien… contente-toi de te tapir au sol et de lui faire comprendre qu'elle a gagné, c'est tout ce qu'elle désire. »
« Quelle… elle mérite bien son nom ! » fulmina Harry.
Mais sa directrice de maison eut un sourire indulgent.
« Elle a son caractère, oui, mais c'est une brave chatte. Elle ne te veut aucun mal, Harry, bien au contraire. C'est elle qui a prévenu son maître la dernière fois que Loki t'a attaqué. Sans elle, Severus et Rémus n'auraient peut-être pas pu intervenir à temps. »
Ebranlé par la révélation, Harry tenta de se remémorer les occasions où il avait entendu le fauve roder derrière lui…
« En réalité, je crois qu'elle m'a aidé plus d'une fois, » admit il finalement. « Je lui dois probablement une fière chandelle. Je ferai ce que vous m'avez dit, elle le mérite bien. Et elle est chez elle ici… tant qu'elle ne rentre pas dans les quartiers de Snape. »
Cette fois, McGonagall rit franchement.
« J'en doute. Severus et elle ont une longue histoire d'inimité… il se trouve que notre maître des potions a parfois besoin de poil de chat aux heures les plus incongrues. Et le premier chat à sa disposition se trouve alors être Miss Teigne… qui ne se montre absolument pas coopérative ! S'il t'arrive de voir Severus trébucher dans les couloirs, inutile de te demander pourquoi, Miss Teigne n'est jamais loin. »
« Merlin, » fit Harry en écarquillant les yeux. « Du poil de chat ? Je croyais qu'il plaisantait… »
« Oh, Severus ne plaisante jamais quand il s'agit de potions. »
« J'espère bien que si, parce qu'il a aussi parlé d'yeux de chat… » grimaça Harry.
« Des yeux, hum ? » fit McGonagall, les yeux pétillants. « Dans ce cas, peut-être vaudrait il mieux que nous révisions quelques techniques de survie, qu'en dis tu ? »
« Vous voulez dire, sous mon autre forme ? »
Le professeur sourit à nouveau, avant de se changer en chat tigré.
« Génial, » fit Harry avec un grand sourire, avant de se transformer à son tour.
Le monde était décidemment bien plus grand et excitant de ce point du vue. Sans compter son odorat décuplé, son ouïe et…
« Shadow ! »
La voix dans sa tête le rappela à l'ordre. En un bond, McGonagall était partie à toute allure dans le couloir, avant de s'engouffrer dans un escalier. Sans attendre, Harry la suivit, soulagé malgré tout de voir que sa directrice de maison n'avait pas pris la même direction que Miss Teigne. Bond après bond, il rattrapa McGonagall qui avançait avec une souplesse déconcertante, avant de s'arrêter brusquement derrière une armure.
« Sens cette odeur. »
Intrigué, Shadow renifla le coin du mur. L'odeur lui disait vaguement quelque chose, mais il fallut la vue de quelques poils roux collés sur une armure pour qu'il réalise :
« Crookshank ! »
« Exactement. C'est son endroit préféré. »
Guère rassuré, Shadow jeta un rapide regard autour de lui. Aucune trace de l'énorme chat d'Hermione… tant mieux. Il n'était pas du tout certain d'avoir envie de le rencontrer sous cette forme.
« Crookshank ne te fera aucun mal. Il est très paisible, » le rassura McGonagall, sentant sa nervosité. « Suis-moi. »
Plus que jamais déterminé à ne pas se laisser distancer, Shadow s'élança derrière elle. Courir ainsi dans les couloirs était grisant, mais après y avoir été poursuivi par Loki, il était difficile de se laisser aller tout à fait au jeu. Et encore plus quand, au détour d'un couloir, il se retrouva face à face avec une paire d'yeux jaunes surpris à quelques centimètres seulement de son museau.
Shadow fit un bond en arrière, mais l'animal en face ne recula pas et émit un feulement qui fit instinctivement dresser tous les poils de son dos. Un chat, constata t il en clignant des yeux ; un chat gris qui ne semblait pas beaucoup plus assuré que Shadow lui-même mais qui mettait tout son courage à afficher une mine terrifiante. Sans grand succès…
« Ca suffit. Paix. »
L'intervention de la directrice de Gryffondor suffit à apaiser les deux jeunes chats qui s'observèrent du coin de l'œil, méfiants.
« Ce n'est que Titus, le chat d'Oscar Bradford. Il est tout jeune et ne te fera rien. »
Intrigué, Shadow s'approcha pour observer l'animal. Oscar Bradford ? Un Poufsouffle… un peu plus jeune que lui. Le chat ne semblait guère plus combattif que son maître. Poussé par la curiosité, il colla sa truffe contre le pelage du chat gris, tentant d'en mémoriser l'odeur. Mais si Titus n'était pas agressif, il n'en avait pas moins sa dignité : un rapide coup de patte sur le museau de Shadow lui rappela les bonnes manières.
« Cela ne se fait pas, » confirma McGonagall avec un brin d'amusement. « Fais connaissance d'abord. »
Faire connaissance ? Avec un chat ? Et par où commencer ?
Comme pour lui répondre, Titus se mit à décrire des cercles prudents autour de lui en miaulant tout bas. Décontenancé, Shadow se contenta de l'observer, assis sur son derrière, sa queue prudemment enroulée autour de lui. L'autre chat se contenta de le flairer de loin, avant de se laisser tomber sur le sol où il se roula en ronronnant avec enthousiasme.
« Je crois que tu t'es fait un ami, » lui expliqua McGonagall, visiblement satisfaite.
Toujours méfiant, Shadow s'approcha enfin et tendit une patte prudente vers le chat gris qui s'étira de tout son long. Décidément, Titus ne semblait pas si timide que ça, passé le premier contact… enhardi, Shadow s'approcha pour enfin renifler de près l'individu. Une seconde plus tard, il se retrouva plaqué au sol dans une prise aussi rapide qu'efficace. Enroulant ses pates autour de son cou, Titus avait renversé la situation et le maintenait à présent fermement contre les dalles du couloir. Shadow loucha en voyant le museau de l'autre chat se rapprocher de sa jugulaire, et il s'apprêtait à appeler McGonagall à l'aide quand une langue râpeuse vint lécher sa mâchoire dans un ronronnement de bonheur.
Ek. Se laver en se léchant lui-même lui avait déjà paru suffisamment dégoutant, mais ça ? Comment s'en sortir sans vexer son nouvel ami ? Et à voir le regard satisfait de McGonagall, aucune aide n'était à attendre de ce côté.
Rassemblant ses forces, Shadow se tortilla pour échapper à l'emprise de Titus et se réfugier derrière sa directrice de maison. Ebouriffé mais soulagé, il observa McGonagall indiquer poliment au chat gris que la séance de nettoyage était à présent terminée. Enfin seuls, il ne pût s'empêcher de demander :
« Ils sont tous comme ça ? »
« Eh bien, que préfères-tu, Miss Teigne ou Titus ? » répondit la chatte, amusée.
« D'accord. Titus, » admit Shadow.
« C'est un Poufsouffle. Très amical. Suis moi. »
Et sans attendre de réponse, McGonagall repartit de toute la vitesse de ses pattes à travers le dédale de couloirs. Rasséréné par leur rencontre amicale, Shadow la suivit avec moins d'appréhension. Avant qu'il ait eu le temps de réaliser où ils se trouvaient, le portrait de la grosse dame s'était entrouvert pour leur laisser place. Et sans mot de passe, réalisa t il. Une bonne chose à savoir…
Mais ce fut sans un bruit et avec une discrétion extrême que la chatte tigrée pénétra dans la salle, incitant Shadow à en faire autant. Grimpant lestement sur le bord d'une tenture, ils se retrouvèrent vite en hauteur, avec une vue imprenable sur la salle commune des Gryffondors. Marchant sur une large tringle à rideau comme s'il s'était agit d'un pont, McGonagall s'avança jusqu'aux tables où quelques Griffondors travaillaient. Shadow la suivit à pas prudents, incertain de son équilibre. Mais ce qu'il vit en bas lui fit oublier son vertige… Ron et Neville étaient là, en train de disputer une partie d'échec près du feu ! Et ils ne les avaient pas remarqués, pris par leur jeu… et leur conversation.
« Je n'en reviens toujours pas qu'il ait osé, » maugréait Ron.
« C'était bien la dernière personne à laquelle je me serais attendue pour faire un tel faux-pas, » acquiesça Néville, concentré sur ses pièces.
« C'était plus une crise d'hystérie qu'un faux-pas. Je n'ai jamais vu Malfoy aussi livide… »
« J'ai presque eu pitié de lui, » avoua Neville. « J'ai bien cru que le professeur Snape allait le tuer sur place. »
« Merlin, je n'ai pas énormément de sympathie pour Snape dans une salle de classe, mais je dois dire que j'ai presque eu pitié de lui aussi. S'il restait des gens qui n'étaient pas au courant pour ses pouvoirs, c'est fini. Je ne serais pas étonné que Malfoy soit de retour dans son cachot à l'heure qu'il est pour avoir fait une telle scène, » fit Ron en riant tout bas.
« Ca doit être difficile pour lui, tout de même, » fit Neville en bougeant un pion. « Il ne peut même plus travailler avec les gens de sa maison, il se retrouve obligé de rester au bureau des professeurs… » il frissonna. « Je préfèrerais encore tenter ma chance avec les Serpentards. »
« Il avait l'air vraiment désespéré, » acquiesça Ron. « Je suis curieux de voir ce qu'Harry en dira. Je suis sûr qu'il s'est passé quelque chose. »
« Ca partait d'un bon sentiment, c'est bien ça le pire. »
« Dans le fond, c'est assez logique, » fit Ron en haussant les épaules. « Malfoy, vouloir faire quelque chose pour aider ? Ca devait forcément finir en catastrophe. »
« Je crois qu'il a compris la leçon, » fit Neville en souriant. « Combien de coups avant échec et mat ? »
« Trois, en principe. »
« Forfait, » soupira Neville. « De toute façon, il est temps d'y aller, le cours d'histoire de la magie ne va pas tarder. »
« Je suis sûr que Binns ne remarquerait rien si on n'y allait pas, » grogna Ron.
« Binns, peut-être pas, mais Hermione… »
La menace fût suffisante et les deux garçons rangèrent les pièces du jeu avant de filer vers la sortie.
Frustré, Shadow resta un moment immobile sur son perchoir, battant de la queue. Il avait bien compris qu'il ne devait pas révéler sa présence à cet instant, mais la conversation qu'avaient tenue ses deux amis l'intriguait au plus au point… qu'avait donc fait Malfoy en cours de Potions ? Visiblement, il avait réussi à énerver Snape… ce qui était une bonne chose. Ou pas. Il brûlait d'envie à présent de retrouver l'Homme en Noir, mais il savait que ce n'était pas encore l'heure. Patience…
A ses côtés, la chatte tigrée émit un petit miaulement pour le rappeler à la réalité.
« Fais attention de ne pas tomber d'ici. Mais c'est un bon point de vue pour observer discrètement, » lui fit-elle savoir.
Un peu trop au goût de Shadow. Combien de fois la directrice de Gryffondor avait-elle ainsi espionné ses élèves, et lui en particulier ? McGonagall, cependant, ne sembla pas remarquer son soudain revirement d'humeur.
« Et ne griffe pas les rideaux ni les tentures, » continua-t-elle. « Fais toi les griffes sur les arbres, ou sur les meubles de Severus. Pour sauter, vise quelque chose de mou. »
Et montrant l'exemple, elle se jeta avec grâce sur l'un des fauteuils rembourrés qui faisaient face à la cheminée. Après un instant d'hésitation, Shadow la suivit, convaincu qu'il allait se rompre le cou… pas question cependant de passer pour un poltron devant McGonagall. A sa grande surprise, il atterrit en douceur sur le coussin, avant de s'élancer à nouveau derrière la chatte tigrée.
Décidemment, grogna-t-il alors qu'il manquait de la perdre de vue une fois de plus, pour une sorcière d'âge avancé, McGonagall avait une vitalité assez impressionnante… et quand elle l'abandonna enfin, une heure plus tard, pour rejoindre sa salle de cours, Shadow avait appris plus d'une chose.
La première était que ses muscles de chat pouvaient être particulièrement douloureux après une heure d'exercice intensif. La deuxième était qu'il ne devait en aucun cas sous-estimer sa directrice de maison. Il avait également appris à se faufiler entre les jambes des gens sans se faire marcher dessus, et accessoirement à les faire trébucher, ce qui semblait être un des tours favoris de Miss Teigne.
Vu de la taille d'un chat, Poudlard recelait encore plus de cachettes, et McGonagall s'était fait un plaisir de les lui enseignerRepérer les odeurs était devenu un jeu d'enfant, mais il avait pour l'instant quelques soucis à bien repérer les bruits autour de lui. Savoir que Miss Teigne rodait devrait cependant suffire à le motiver à se tenir sur ses gardes, songea t-il tandis qu'il regagnait les quartiers de Snape.
A cette heure-ci, les élèves étaient encore en cours et il était plus facile de distinguer les multiples petits bruits de Poudlard. Une armure grinçant, le bois d'un escalier craquant, des rires au loin, un souffle dans son dos…
Un souffle ! Shadow se retourna, près à faire face à Miss Teigne ou, plus habituel ces derniers temps, à Loki. Mais ce qu'il vit le laissa un instant déconcerté. En face de lui se trouvait un chat qui lui ressemblait étonnamment, noir lui aussi, avec une paire d'yeux verts perçants et débordants de fureur. Avant qu'il ait eu le temps de mieux l'observer, la bête avait bondit sur lui, lui assenant un violent coup de griffe à l'épaule. McGonagall lui avait appris bien des choses, mais pas comment se défendre face à un chat furieux… sans plus attendre, il changea de forme. Mais alors qu'il sentait son corps tenter de s'allonger pour prendre forme humaine, son adversaire bondit une fois de plus sur lui, lui lacérant cette fois le museau… pris par surprise, Shadow retomba sur ses quatre pattes.
Quatre pattes… ce n'était pas bon. Le cœur battant, Harry opta pour la deuxième option : la fuite. Il venait de manquer une transformation et il était à la merci d'un chat en furie, et bien entendu pas de Miss Teigne dans les parages pour arbitrer le conflit ! Luttant contre la panique, il s'enfuit de toutes ses forces vers les appartements de Snape. L'adrénaline lui redonnant les forces, ce fut avec une courte longueur d'avance qu'il déboucha devant la porte du professeur. Comme à regret, son poursuivant abandonna la course, visiblement peu disposé à affronter l'habitant des lieux.
Piteux et soulagé, Shadow se glissa dans ses appartements.
« Te voila, » l'accueillit une voix familière. Le soulagement l'emportant sur le reste, le chat noir se jeta littéralement dans la direction de la voix, et atterrit maladroitement sur les robes épaisses de l'Homme en noir.
« Shadow ? Mais que… » laissant sa question en suspens, Severus leva sa baguette et effectua un rapide diagnostique. De simples griffures… un accio plus tard, il badigeonnait les blessures du chat de pommade cicatrisant et désinfectante, avec une amère impression de déjà vu. De toute évidence, cependant, ces blessures là avaient été infligées par un autre chat… c'était déjà un réconfort. Mais à voir l'état de Shadow, la tête enfouie dans ses robes et le cœur battant, il y avait autre chose.
Tenant toujours le chat entre ses bras, il se mit à faire les cent pas dans la pièce en murmurant des paroles réconfortantes. Il fallut quelques minutes avant que Shadow ne se détende enfin et ne saute par terre d'un bond, l'air crispé. Une seconde plus tard, c'était un adolescent qui se tenait devant lui et s'effondrait littéralement dans un fauteuil en soupirant de soulagement.
« J'ai réussi ! Merlin, j'ai réussi ! »
Levant un sourcil ironique, Severus s'approcha d'un pas.
« Et à quoi donc ? A survivre à ta première bagarre de chats ? A détruire tous les rideaux de Gryffondor ? »
« Tu as vu McGonagall ? » demanda Harry sans faire un geste pour se redresser.
« Je l'ai croisée dans les couloirs, elle m'a dit que vous aviez eu une intéressante leçon. »
« Oui. Très. Intéressante, fatigante, tout ça. Mais j'aurais apprécié qu'elle aille plus vite à l'essentiel ! »
« C'est-à-dire ? »
« Les bagarres de chat, » fit Harry dans un grognement. « Une espèce d'horrible chat noir m'a attaqué dans le couloir, juste en face de la salle commune de Serpentard. Mais ce n'est pas vraiment le problème. Je veux dire : si, c'est le problème. Je n'ai pas réussi à me défendre. Mais ce n'est pas le plus grave : je n'ai pas non plus réussi à me transformer ! Il m'a sauté dessus, j'ai été déconcentré et… je n'ai pas réussi ! C'est horrible, Severus, je ne sais pas quoi faire… »
Avec un soupir, Snape approcha un fauteuil du premier et y prit place.
« Cela n'a rien d'horrible, stupide enfant. Ne t'ai je pas déjà prévenu que les transformations animagus prenaient des mois, voire des années à maîtriser ? »
« Mais je suis déjà un animagus, » protesta Harry. « Et je croyais que j'en avais fini avec ce problème ! »
« Tu maîtrises parfaitement les transformations dans des circonstances normales, ce qui est déjà une excellente chose. Il te reste à les réussir également dans des moments de stress, comme à l'instant. Tout ne peut pas marcher du premier coup. Tu dois continuer à t'entrainer, comme pour tout. Cela n'a rien d'inquiétant. »
« Je trouve que si, moi, » soupira le garçon. « C'est dans ces moments-là que j'ai besoin de pouvoir me transformer en urgence. »
Severus posa une main sur son genou.
« Nous y travaillerons. A cela et à autre chose. Nous avons un entrainement à reprendre aujourd'hui, j'espère que Minerva ne t'a pas épuisé. »
« Non, » mentit Harry en se redressant. « En pleine forme. Tu pourras juste sauter l'échauffement. »
« Je vois, » fit Severus avec un fin sourire, avant de lui tendre une fiole. « Avale ça. »
Le garçon songea un instant à demander ce qu'elle contenait, mais décidant qu'il risquait de vexer son père, il l'avala sans un commentaire. De son côté, Snape en fit de même, bien que sa potion ait un aspect différent. Incapable de résister, Harry se leva pour mieux voir :
« C'est pour quoi ? »
Severus leva les yeux au ciel.
« Dix seconde de retard. En progrès. La potion que tu as bue te permettra de mieux te concentrer et de focaliser tes pouvoirs. Pas d'effet secondaire. »
« Non, je voulais parler de la tienne, » répondit Harry vexé.
« Hum. Rien de bien important. Un fortifiant. »
« Oh. » La conversation qu'il avait espionnée dans la salle commune de Gryffondor revint subitement à la mémoire d'Harry. « Comment s'est passé ton cours de potion ? »
Rien dans le langage corporel de l'homme ne trahit sa tension, mais Harry la sentit malgré tout.
« Comme un cours commun à Gryffondor et Serpentard. Bien, enfile tes habits les plus pratiques pour t'exercer. Et prends ta cape, nous allons faire un tour dans la lande. »
Frustré mais ne voulant pas pousser l'affaire, le garçon acquiesça. Il aurait tout le temps de demander à Ron ce soir… une minute plus tard, il était de retour dans une tenue neuve, sa cape sentant encore le magasin de Mme Guipure sur les épaules. Harry nota le hochement de tête satisfait de Severus en le voyant et ne pu s'empêcher de sourire. Ces petits moments lui avaient manqué… Vernon avait eu le même regard quand Dudley avait eu son nouvel uniforme, et…
Dudley. Il ne voulait pas y penser. Dudley et sa petite amie, Dudley qui voulait en savoir plus sur les sorciers, Dudley qui aurait peut-être pu finir par devenir un véritable membre de sa famille si seulement…
Une main sur son épaule le tira de ses pensées.
« Tu es prêt ? »
Harry pouvait sentir l'inquiétude de Severus, mais étonnamment, l'homme ne posa aucune question.
« Oui. Il faut prendre la voie de cheminette ? » demanda t-il avec appréhension.
« Inutile, nous nous contenterons des alentours de Poudlard pour cette fois-ci. »
« Dans ce cas, je peux traverser le château sous mon autre forme ? »
Snape hésita un instant, avant de secouer la tête.
« Je comprends que cela t'amuse, mais il serait bon que les gens te voient te promener sous ta forme normale. Certains pourraient commencer à croire que tu te caches. »
« Ca n'a rien à voir, » protesta Harry, « c'est juste… oh, très bien. Je suppose que pour une fois… »
Mais quoiqu'il ait pu en dire, le garçon réalisa alors qu'ils se dirigeaient vers l'entrée principale , que ce n'était pas sans une certaine appréhension qu'il arpentait sur deux jambes les couloirs familiers. Malgré la présence de Snape, il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards rapide derrière lui, cherchant un ennemi invisible et tentant de renifler une menace. Sans succès.
« Détends-toi, » souffla Snape tandis qu'ils traversaient le hall d'entrée. « Il ne t'arrivera rien. »
C'était évident. Mais la tension dans ses épaules ne le quitta pas, même après que Dean et Seamus l'aient salué de la main et qu'une douzaine de Poufsouffles lui aient envoyé des sourires encourageants. Ce ne fut qu'une fois hors des murs de pierre qu'Harry se détendit enfin, refusant de regarder en arrière une dernière fois. A ses côtés, il pouvait sentir que Snape était contrarié, mais une fois de plus, il n'en dit rien.
Toutefois, tandis qu'ils longeaient le lac, le garçon vit le regard de son père se perdre sur les rives glissantes. Le souvenir lui revint aussitôt à la mémoire :
« C'est ici que McGonagall a pris la photo ! » s'exclama t il. « Celle avec ma mère, quand elle te pousse dans l'eau ! »
Severus sourit doucement, son expression attendrie lui donnant dix ans de moins.
« C'est exact. Je venais souvent étudier ici, sous cet arbre, pour être tranquille. Lily le savait et me rejoignait dès qu'elle le pouvait. Quand nous avions fini notre séance d'étude, nous avions l'habitude de marcher un peu sur les bords du lac pour raconter notre journée. Ou plus précisément, Lily racontait ses journées et j'écoutais, » fit-il avec un sourire.
« Elle parlait beaucoup ? » demanda Harry.
« A quoi t'attends-tu ? C'était une fille, » répondit Severus. « Je n'ai jamais été très bavard pour ma part, et Lily ne voyait pas d'inconvénient à combler mon manque de conversation. Bien sûr, quand j'ai commencé à fréquenter des gens qu'elle n'approuvait pas… et inversement… ces conversations sont devenues plus tendues. »
« Tu la critiquais ? Pour fréquenter mon père ? »
« Evidemment. Je ne vois pas ce que cela a d'étonnant. D'un point de vue objectif, et avec le recul, elle avait certainement de meilleurs arguments que moi quant à mes fréquentations. Mais à l'époque, ton père et ses amis n'avaient rien d'élèves modèles. »
« Je le sais, » fit sobrement Harry. « Mais quand vous vous entendiez bien, de quoi parliez-vous ? »
« De tout, en réalité. De nos découvertes, les premiers temps, puis de nos trouvailles en potions et en charmes. Elle était très douée. Elle me parlait aussi de sa famille, des livres qu'elle avait lu… la musique nous manquait pendant l'année scolaire. Lily était une passionnée de rock moldu. Elle avait toute une collection de disques que nous écoutions en boucle pendant l'été. »
« Et je suis sûr que tu les détestais, » taquina Harry.
« Tu te trompes ; en réalité l'intérêt était partagé. Je n'avais simplement pas les moyens de m'acheter de tourne-disque. J'ai gardé tous les disques de ta mère, tu pourras les écouter à la maison. Ce sont de vieux classiques, mais plutôt indémodables, je pense. »
« J'ai vu cela, » se rappela le garçon. « Il y avait pas mal de disques que je connaissais aussi. En réalité, il y en a que j'aime beaucoup. Led Zepplin, par exemple. Ils sont vraiment bons. »
Snape tressaillit, mais ne répondit pas.
« Et quelle était sa chanson préférée ? » reprit Harry, incapable d'abandonner le sujet. C'était la première fois que quelqu'un acceptait réellement de lui parler de sa mère telle qu'elle avait été à son âge… ce qui était à la fois difficile à imaginer et fascinant.
« En réalité, elle en avait plusieurs, » répondit Severus. « Elle avait une chanson pour toutes les occasions, elle aimait en particulier piocher dans le répertoire des Beatles. Quand elle avait besoin d'aide, elle venait me trouver en chantant Help !. Let it be était réservé aux moments de déprime, mais elle n'avait besoin d'aucun contexte particulier pour me rebattre les oreilles de Penny Lane et Imagine. De manière générale, elle aimait les chansons entrainantes. »
« Mais il y en avait bien une qu'elle préférait, » insista Harry. « Il y en a toujours une, surtout avec les filles. »
Snape sourit un peu tristement.
« Je suppose que ce serait Over The Rainbow. »
Quelque chose frappa la surface du lac à côté d'eux, comme pour approuver, et le garçon sourit.
« C'est un bon choix. Je n'ai jamais pu voir la fin du film, cela dit, les Dursley détestaient que Dudley le regarde, ils trouvaient toujours une raison de couper à mi-chemin. »
« Le film ? » demanda Snape, intrigué.
"Le magicien d'Oz. C'est de là qu'est tirée la chanson."
« C'est vrai, » murmura le sorcier, le regard dans le vague. « Je m'en rappelle. Lily l'adorait, évidemment. Elle ne ratait jamais une diffusion. »
« Et comment ça fini ? » demanda Harry, heureux de l'information.
« Bien, tu t'en doutes. Dorothy rentre chez elle, et chacun des personnages obtient ce qu'il souhaite… d'une certaine façon. Le scénario de ce film était très moralisateur. »
« C'est un film pour enfants, » fit Harry en haussant les épaules. « Et à quoi ressemblait le fameux magicien d'Oz ? C'était un grand sorcier ? »
« Ce n'était pas un magicien du tout. L'homme était une parfaite imposture, un lâche et un manipulateur. Ce qui ne l'empêche pas d'être pardonné, évidemment. Il réussit par un tour de passe passe à… » Severus s'interrompit un instant pour réfléchir. « En réalité, je crois que ce Oz aurait fait un excellent Serpentard. Il était donc logique qu'il s'en sorte. »
Harry ne put s'empêcher d'éclater de rire.
« Il faudra que je le voie. »
Il dévisagea Severus, cherchant à savoir comment l'homme prenait cette plongée dans le passé. Il était nostalgique, constata-t-il, mais il y avait un sentiment de douceur qui émanait de lui à cet instant qui était rare chez son père.
« Et ses livres ? » enchaina t-il donc. « J'ai vu qu'elle lisait Shakespeare. Très classique. »
« Ta mère était une grande romantique, » grimaça Snape. « Elle n'avait jamais assez d'histoires à l'eau de rose, et elle connaissait tout Shakespeare par cœur, bien sûr. »
« Je parie que son préféré était Roméo et Juliette ! »
« Eh bien non, » fit Severus avec un sourire. « C'était le Songe d'une nuit d'été. En réalité, elle trouvait Roméo et Juliette particulièrement stupides. »
« Et toi ? »
« Je n'aime pas Shakespeare, » répondit sobrement le professeur. « Nous n'avons jamais eu les mêmes goûts en lecture, en dehors des traités de magie. Notre seule référence commune était le Seigneur des Anneaux.»
Une fois de plus, Harry éclata d'un rire sincère.
« Tu aimes ça ? Les histoires de hobbits, d'elfes et de magiciens ? »
« Et pourquoi pas ? » rétorqua Snape. « Qui plus est, le Maître des Ténèbres est défait à la fin. Je trouve l'argument suffisant en soi. »
Le son du rire d'Harry était doux à ses oreilles. Il en fallait finalement peu pour distraire le garçon de ses angoisses… bien sûr, il était inutile de lui raconter que Lily lui avait rebattu les oreilles d'Honesty quand leurs relations avaient commencé à changer. Ni que lui-même lui avait fait parvenir une cassette de Wild World quelques temps avant son mariage. Encore moins qu'ils s'étaient embrassés pour la première fois au son de Just the way you are, et qu'il avait entendu un peu trop souvent à son goût Highway To Hell après leur rupture.
Non, Harry n'avait pas besoin de savoir tout cela, pas plus qu'il n'avait besoin de savoir que Severus avait cru devenir fou à force d'écouter Stairway to Heaven après la mort de Lily.
Le garçon, cependant, sembla percevoir le changement d'atmosphère et se tourna vers lui les sourcils froncés.
« Nous arrivons, » annonça Snape en désignant les collines du menton. « Ici, tu pourras t'entrainer sans risque de causer de dommage. Aucune créature ne s'y aventure à part Hagrid, et il est prévenu de notre présence. »
« Il faut vraiment que j'aille lui rendre visite, » se reprocha Harry. « Je ne suis même pas passé dire bonjour… »
« Mais si, souviens toi, nous avons même été les premiers à le revoir, » ironisa Snape. « tu n'iras pas le voir seul. Pour l'instant, je ne lui fais pas confiance. »
« Hagrid n'est pas dangereux ! » s'insurgea Harry. « Il fait juste parfois des choix un peu… bizarres. »
« Bel euphémisme. Mais tant que Loki sera dans les parages, ce sera trop risqué. Hagrid est complètement fou de ce chien. »
« Ce n'est pas un chien, » soupira le garçon, « mais je comprends ce que tu veux dire. Est-ce qu'il ne pourrait pas venir diner un soir, dans ce cas ? »
Severus grimaça.
« Nous verrons. »
Leur arrivée au milieu de la lande lui épargna d'avoir à poursuivre le sujet, ce pour quoi il fût reconnaissant. Un rapide sort lui confirma que l'endroit était désert et il se tourna vers Harry.
« Bien. Pour commencer, je voudrais que tu te concentres bien. Observe le paysage qui t'entoure, identifies-en tous les éléments pour que rien ne vienne te distraire. Que sens-tu ? »
Pendant un instant, Harry fut tenter de flairer le vent, mais il réalisa à temps que Snape parlait de magie. Fermant les yeux, il fit ce que Snape lui indiquait et en chercha les traces autour de lui. Sans surprise, il pouvait sentir les ondes de magie dans son dos, en direction de Poudlard, ainsi que de faibles traces autour de lui, mais rien de précis en dehors de Severus.
« Poudlard derrière et nous, » résuma t il.
« Bien. A présent, sens ta propre magie. »
L'exercice était plus difficile et Harry ne l'avait encore jamais pratiqué. Fermant à nouveau les yeux, il tenta de rentrer en contact avec ses pouvoirs. Ce ne fût d'abord qu'une impression confuse, comme un bourdonnement, puis un mélange de couleurs vives lui apparut, fusant dans ses veines et rayonnant autour de lui.
Un mélange bouillonnant, réalisa-t-il, les couleurs semblaient jaillir dans tous les sens, fusionnant par moment, s'entrechoquant à d'autres… tout était confus, violent et ne semblait être soumis à aucun contrôle. Troublé, il rouvrit les yeux et se concentra sur Severus. Etait-ce la même chose pour lui ? Fouillant de son mieux, il chercha les énergies qui émanaient de l'homme, sans succès tout d'abord. Puis il sentit comme un barrage céder avec grâce, et sans qu'il ne réalise comment, les couleurs défilèrent à nouveau devant ses yeux. Une couleur, plutôt… il n'aurait pas su la définir, mais il ne s'agissait pas cette fois ci d'un violent maelstrom d'énergie. Non, les pouvoirs de Severus étaient calmes, disciplinés, et circulaient paisiblement en lui… autour de lui…
Harry cligna des yeux. Qu'était-il exactement en train d'observer ? Une seconde plus tard, les couleurs avaient disparues et ne resta que la silhouette de Severus et la lande autour de lui.
« Eh bien ? » demanda le professeur.
« C'était… wow. Comme si j'avais pris du LSD. »
« Pardon ? »
« Du LSD. Une drogue moldue, » expliqua Harry.
« J'avais bien compris, je te remercie, je me demandais simplement à quelle occasion tu avais pu tester cette substance ? » rétorqua Snape.
« Aucune, » s'empressa de répondre le garçon. « C'est juste ce que j'en ai lu, les couleurs, tout ça… j'ai l'impression d'avoir… hum, enfin, tu comprends. »
« Je suppose, » acquiesça Snape. A l'occasion, un jour, peut-être lui ferait-il écouter Lucy In The Sky with Diamonds. Peut-être, ou peut-être pas.
« Et qu'en conclus-tu ? »
« Que nos pouvoirs sont très différents. Les tiens… ou ton énergie, je ne sais pas, sont bien plus calmes. Et ils se comportent comme, hum, un ensemble, je dirais. Les miens avaient l'air d'être en pleine tempête, et ils semblaient se disputer les uns contre les autres… j'explique mal, » s'excusa Harry.
« Non, c'est assez clair, et très juste. Tes pouvoirs sont perturbés pour l'instant, ce qui est tout à fait normal. L'absorption des pouvoirs de Voldemort, de même que les chocs psychologiques que tu as reçus récemment ont perturbé ton énergie magique. Il s'agit à présent de les canaliser et de les discipliner. Cela te semble t-il logique ? »
« Tout à fait, oui, » murmura Harry. « Que se passe t-il quand j'utilise mes pouvoirs ? Les couleurs que j'ai vues, elles… continuent à se, heu, battre ? »
« C'est ce qui provoque les effets divers que tu as pu observer avec tes sorts, » acquiesça Snape. « Notre but sera d'unifier ces énergies afin de mieux les contrôler, ce qui en réalité n'est qu'une seule et même chose. »
« D'accord, ça me donne mal au crâne, » gémit Harry. « Par où est ce que je commence ? »
« Quelque chose de simple. Un accio me semble tout indiqué. »
« Avec quoi ? »
Severus jeta avec désinvolture une fiole vide dans l'herbe.
« Essaie ça. Doucement. »
Se concentrant pour limiter l'impact du sort, Harry marmonna l'incantation. La fiole vint se loger dans sa main avec une force contrôlée satisfaisante.
« Bien, » approuva Snape. « Tu te souviens de la malle verte qui se trouvait dans l'entrée de mes appartements ? »
« Oui, » répondit Harry, intrigué.
« Fais la venir. »
« D'ici ? Mais c'est à des kilomètres ! Et c'est dans Poudlard ! C'est impossible… »
« Essaie, » répondit calmement Severus.
C'était stupide, songea Harry, personne ne pouvait faire une chose pareille. Mais le professeur avait certainement une idée derrière la tête, alors…
« Accio malle verte ! » s'écria t il, se concentrant de son mieux sur l'image de la malle.
Quelques secondes plus tard, un sifflement en provenance de Poudlard lui fit écarquiller les yeux, et il n'eut que le temps de se baisser pour éviter le coffre qui arrivait vers lui à la vitesse d'un petit avion. La masse s'écrasa dans l'herbe avec un bruit de fracas et Harry se retourna, à la fois consterné et effaré.
« C'est la malle ? » demanda-t-il d'un air stupide.
« Non, Potter, c'est un hibou qui s'est transformé pour te faire plaisir. Evidemment, que c'est la malle. Plutôt satisfaisant… contrôler la force d'un accio à cette distance n'a rien d'aisé. »
« Je n'y croyais pas vraiment, » avoua Harry. « Et maintenant ? »
« Maintenant, nous reprenons ce que nous avons fait au manoir. Tente de faire varier l'intensité de tes lumos en visant ce buisson. »
Un quart d'heure plus tard, ce fût avec satisfaction qu'Harry obtint enfin le hochement de tête approbateur de Severus indiquant qu'il avait réussi l'exercice. Contrôler l'intensité d'un sort avec ces nouveaux pouvoirs était bien plus compliqué que cela ne l'avait été auparavant… et le buisson, à présent aussi transparent que s'il avait été fait de glace, était là pour témoigner que cette intensité pouvait transformer un sort parfaitement inoffensif en quelque chose d'inattendu et potentiellement dangereux.
« Il va falloir que je teste tous les sorts comme ça, hein ? » demanda-t-il avec résignation.
« Ce serait certainement plus sage, » acquiesça Snape. « Il est d'abord important que tu maîtrises bien ta puissance, cela dit. La prochaine fois, nous travaillerons à étendre le champ d'action de ce sort de manière progressive. »
« Je n'avais pas pensé à ça. Tout le monde peut faire ça ? Je veux dire, varier l'étendue du sort ? »
« Peu de gens se préoccupent de ce genre de détail. En réalité, pour la plupart des sorciers, la variation serait minime et se fait inconsciemment lorsqu'ils incantent. Mais dans ton cas, nous ne pouvons nous permettre de laisser quoique ce soit au hasard. Tu dois maîtriser tous les aspects des sorts. Maintenant, quelque chose de plus offensif… comme la dernière fois, je vais lancer une forme de patronus et tu devras l'arrêter. Prêt ? »
Harry hocha la tête, et sans interruption, Snape fit surgir de sa baguette un large chien à l'allure fantomatique qui se mit à courir autour d'eux. D'abord doucement, puis de plus en plus agressivement, le garçon entreprit de retenir le spectre, sous les yeux attentifs de Severus. Si celui-ci ne laissait rien paraitre, Harry le sentait malgré tout impressionné, ce qui ne fit que renforcer sa détermination à réussir chaque exercice.
Quand Snape signala à nouveau la fin de l'exercice, Harry se sentait galvanisé et plus apaisé qu'il ne l'avait été en arrivant. Fermant les yeux, il chercha à nouveau à sentir ses pouvoirs.
L'image mit quelques temps à venir, mais elle finit par éclater à nouveau dans son esprit, montrant cet ensemble de couleurs qui fusaient en lui… mais il lui semblait que les différents courants s'entrechoquaient moins à présent, se contentant de se heurter légèrement, s'entremêlant par endroits.
Prenant une grande inspiration, il se tourna vers Severus.
« C'est mieux, » fit-il. « Mes pouvoirs. Je ne sais pas trop comment expliquer… »
« Ils sont plus disciplinés, je présume, » dit Snape pour lui. « C'est une excellente chose. Tu te sentiras moins nerveux dans ces conditions, ces exercices devront être répétés aussi souvent que possible. Mais nous allons à présent essayer autre chose. »
D'un mouvement de baguette, Severus repoussa la malle qu'Harry avait fait venir jusqu'à eux un peu plus loin.
« J'aurais du me douter que ce n'était pas là pour rien, » murmura Harry. « Je parie que je ne vais pas aimer ce qu'il y a dedans. »
« Fort probable, » admit Snape. « Il s'agit en réalité d'un epouvantard. »
« Mauvaise idée, » fit aussitôt Harry en reculant. « Pas maintenant. Vraiment, Severus, ce n'est pas le bon moment. »
« Calme-toi, » l'apaisa le professeur, « tout ira bien. »
« Non, tu ne comprends pas. Les épouvantards me font vraiment un sale effet. Ils se transforment en Détraqueurs, avec moi, et je n'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment. S'il te plait, je me préparerai pour la prochaine fois, mais pas aujourd'hui. D'accord ? »
« Harry, cet épouvantard a bien moins de pouvoirs que toi. A cette distance, il ne pourra pas sentir tes peurs et se transformer. Toi, en revanche, tu pourras le manipuler pour le faire devenir ce que tu souhaites. »
Le garçon jeta un regard hésitant à la malle.
« Je ne crois toujours pas que ce soit une bonne idée. »
« Je le garderai à distance et ne lui donnerai pas d'occasion de t'approcher, » promit Snape.
Le regard qu'Harry tourna vers lui, le temps d'une seconde, avant de rapidement le diriger ailleurs fût comme un coup de poignard pour Severus. Il n'avait pas confiance en lui. Le garçon ne le pensait pas capable de contenir l'épouvantard. Eh bien, il avait tort, et allait le lui prouver…
« Prêt ? » demanda t-il.
Honteux, Harry hocha la tête. Pour se faire pardonner, réalisa le sorcier ; et il serra les dents.
« Quand il sortira de cette malle, je veux que tu te concentres pour lui donner une apparence particulière. Pour commencer, je suggère Ron Weasley. Ce ne devrait pas être difficile. »
« Est-ce que je dois dire Riddikulus ? »demanda Harry à contrecoeur.
« Oui. Pense à l'avance à ce que tu veux qu'il devienne, précisément. »
Harry se mit en position, baguette pointée dans la direction de la malle. Snape pouvait voir la tension qui l'habitait, mais il n'en ouvrit pas moins le coffre, libérant ainsi l'épouvantard qui sortit de manière désordonnée, visiblement mécontent du traitement qui lui avait été infligé. Immédiatement, Severus l'immobilisa et se tourna vers Harry.
« Maintenant. »
« Riddikulus, » murmura le garçon, concentré. Pendant un instant, la silhouette de l'épouvantard resta floue, avant de finalement se transformer pour devenir la copie parfaite du dernier des fils Weasley.
Surpris, Harry cligna des yeux.
« C'était facile, » annonça-t-il d'une voix empreinte de soulagement.
« Très bien. Maintenant, quelqu'un d'autre. Dumbledore. »
Le garçon hocha la tête et incanta à nouveau, avec plus d'assurance cette fois. Incapable de bouger, la créature ne put que subir le sort et se contenta de se trémousser sur place, tentant sans succès de se libérer.
Quand Harry eut réussi deux nouvelles transformations, Severus s'approcha de lui, baissant d'un ton.
« C'était très bien, » fit-il d'une voix grave et basse. « Et maintenant, Harry, je veux que tu reviennes en arrière. Je veux que tu te rappelles de cet été, de ce qui s'est passé à Privet Drive. »
Un éclat de douleur traversa le regard du garçon, qui le dévisagea avec un mélange d'étonnement et de trahison.
« Quoi ? »
« Cet été. Et tous les étés précédents. Je veux que tu te rappelles de Vernon, de Pétunia, de Dudley Dursley. »
« Ils sont morts, » fit Harry en détournant le regard. « Je ne veux pas me rappeler de ça. Ca n'en vaut pas la peine. »
« Et moi je crois que si, » répliqua Snape. « Vernon. Toutes ces fois où il t'a rabaissé, insulté. Pétunia, et toutes les horreurs qu'elle t'a raconté sur tes parents. Morts dans un accident de voiture… Dudley, qui t'attirait toujours des ennuis. »
« Il n'était pas si mauvais que ça, » protesta Harry.
« Ah oui ? Et les fois où ton oncle était ivre, et où il lui disait que tu avais commis une quelconque faute pour qu'il s'en prenne à toi ? »
« Il avait peur. »
« Toi aussi. Tu avais peur, et tu étais seul. Tu étais enfermé dans ce placard et tu entendais ses pas arriver… »
« Ca suffit ! » s'écria Harry. « A quoi est-ce que tu joues ? »
Réprimant l'envie de couper court à la séance et de rassurer le garçon, Snape poursuivit. C'était nécessaire. Il n'avait pas le choix.
« Ce n'est pas un jeu, Harry. Rien n'est un jeu, leur mort n'excuse rien. Rappelle-toi de l'expression de Pétunia quand elle parlait de tes parents. Rappelle-toi de ce soir où Vernon est monté dans ta chambre pour te dire que Marge était morte. »
Harry tremblait, constata t-il. Et sous sa manche, la Marque pulsait douloureusement sous le coup de la colère et de l'émotion que ressentait l'adolescent. Il était sur la bonne voie… gardant le ton hypnotique qu'il maitrisait parfaitement, il enchaina.
« Souviens-toi de toutes ces fois où tu n'as pas eu le droit de jouer, de manger, d'être simplement traité comme tout enfant a le droit de l'être. Souviens-toi. »
Si le regard flou et les tremblements qui agitaient la main du garçon, il était prêt.
« Tu vois cette silhouette, là bas ? » fit-il en désignant l'épouvantard. « C'est Vernon. C'est lui. »
Harry dirigea son regard myope vers la créature qui prit aussitôt l'apparence de son oncle. Le visage rouge, l'homme vociférait des insanités dans sa direction, brandissant un poing menaçant.
« Si je mets la main sur toi, sale gosse, je vais te faire passer l'envie de faire du mal à ma famille ! Espèce de monstre, tu ne mérites pas de… »
« Concentre -toi, Harry. Je veux que tu le fasse taire, » susurra le maître des potions.
« Silencio ! » lança le garçon, dangereusement pâle. L'épouvantard se tut, mais ses lèvres continuaient à bouger.
« Applique -toi. Tu peux faire mieux que ça. Je peux presque l'entendre. »
« Silencio ! » rugit à nouveau Harry, sa main tremblant autant de colère que d'émotion à cet instant.
L'épouvantard, surpris, se retrouva soudain dépourvu de bouche et se mit à battre des mains en tournant sur lui-même.
« C'est très bien, » fit Severus d'une voix adoucie. « Regarde -moi. Vernon n'est plus là. C'est Lucius à présent. Lucius Malfoy. Celui qui t'a enfermé dans cette cellule et t'a fait vivre ces horreurs. »
Se maudissant pour ce qu'il était en train de faire, il tourna à nouveau Harry vers l'épouvantard. Sans surprise, celui-ci avait pris la forme de l'aristocratique sorcier et arborait un petit sourire plein de mépris. Severus raffermit encore le sort qui immobilisait la créature, sentant l'énergie d'Harry vibrer autour de lui.
« Tout ce qu'il t'a fait vivre, tout ce qui n'était pas vrai… il ne doit plus recommencer. Bats -toi, Harry. »
« Experliamus ! »
La baguette et la cane que tenaient Lucius volèrent bien loin de lui, mais cela ne satisfit pas Severus.
« Non ! Bas-toi réellement ! Ca ne suffira pas, Harry, rappelle -toi, rappelle -toi de ce qu'il t'a fait ! Mets -toi en colère et mets le hors d'état de nuire !»
« I-Incarcere ! » s'écria alors Harry, sans grande conviction toutefois. Ses pouvoirs aidant, l'incantation suffit et la silhouette se trouva emprisonnée et immobilisée. Severus réprima un soupir et libéra l'épouvantard de ses entraves. Il avait espéré plus, mais il sentait malgré tout que la colère d'Harry avait monté, et cela au moins était positif.
« C'est bien, » encouragea t -il Harry. « Loki. C'est Loki qui tu as devant toi maintenant. Il n'a pas arrêté de tenter de te tuer, il a fait enlever Hagrid, il a blessé Rémus Lupin. A cause de lui, tu ne te sens plus en sécurité à Poudlard. »
Et le loup apparut, assez semblable au chien spectral que Snape avait fait apparaitre plus tôt.
« Maîtrise-le, Harry. Tu peux le faire, arrête -le avant qu'il ne blesse quelqu'un d'autre ! »
« Impedimenta ! Animagus revelio ! »
Snape sourit. Harry avait réagit vite cette fois, et il avait repéré la faille principale de Loki : il ne se sentait pas à l'aise sous sa forme humaine… le garçon était enfin passé en mode de combat et sa main ne tremblait plus à présent. C'était parfait.
« Caput Mortuum ! »
Severus blêmit. Comment… où Harry avait il apprit ce sort ? Il ne pouvait pas…
Devant eux, le regard vitreux, Loki s'était immobilisé. Profondément sans âme et sans réaction. Déglutissant péniblement, Snape s'empressa d'interrompre le sort avant de se tourner à nouveau vers l'adolescent qui fixait l'épouvantard avec des yeux écarquillés.
« Harry, ce n'est plus Loki maintenant. C'est Bellatrix. Bellatrix Lestrange… elle a tué Sirius Black. »
Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Une seconde après, dans un tourbillon de tissus et de cheveux, Bellatrix apparaissait, le regard plus fou que jamais, la baguette levée.
« Experlliarmus ! » s'écria Harry.
« Ca ne suffit pas ! » rugit Snape. « Elle n'a pas besoin de baguette pour blesser, pour tuer ! Harry, fais quelque chose ! »
Il n'aurait pas dû. Il savait qu'il n'aurait pas dû pousser le garçon à bout, pas après les évènements du Ministère, pas après cet été. Il sentit la Marque sur son bras s'enflammer brusquement, obscurcissant un instant sa vision, et la rage d'Harry explosa d'un seul coup.
« Crucio ! »
Le sortilège atteignit l'épouvantard avec une force qui le projeta à plusieurs mètres de là. Autour d'eux, l'air grésillait et vibrait comme il l'avait fait ce jour où Harry était parvenu à absorber les pouvoirs du Seigneur des Ténèbres, et il sembla à Severus que je ciel s'était brusquement obscurci.
Le sort s'interrompit de lui-même quand Bellatrix ne se releva pas, et Harry resta là, bras ballants, l'esprit vide. Une main vint se poser sur son épaule et il se retourna, peinant à reconnaitre l'homme à ses côtés. Comme au sortir d'un mauvais rêve, il se frotta les yeux. La main le poussa doucement et il se laissa guider jusqu'au corps de la sorcière qui gisait là, sur le sol. Severus se baissa prudemment, baguette à la main, et prit son pouls. Puis il se redressa, les lèvres pincées.
« Elle est morte, n'est ce pas ? » croassa Harry.
« L'épouvantard est mort, oui, » répondit Snape d'une voix tendue.
Le garçon s'éloigna d'un pas, incapable de quitter le corps du regard mais refusant de rester près du professeur. Il l'y avait poussé, il l'avait poussé dans ses derniers retranchements, avait provoqué cela…
« Pourquoi ? »
Severus soupira, mais ne tenta pas de se rapprocher.
« Il y a plusieurs choses à retenir de cette leçon. La première est que tes pouvoirs, selon la façon dont tu les utiliseras, peuvent être des armes puissantes. Portés par ta colère, ils vont puiser dans leurs nouvelles ressources et répondent de manière… exacerbée. Visualise tes pouvoirs maintenant, Harry, s'il te plait. »
Rangeant à contrecœur son vague ressentiment de côté, Harry s'exécuta. Il lui fallut plus longtemps cette fois ci pour obtenir une image claire, le bruit de son cœur qui battait à tout rompre l'empêchant de se concentrer. Quand enfin les couleurs apparurent, il put constater qu'elles étaient une fois de plus entremêlées, presque tressées entre elles pour former un courant puissant et… sombre, réalisa-t-il. Même si ces couleurs n'avaient pas de nom connu, elles lui faisaient penser à du sang coagulé, à la colère, et à la mort.
Fuyant la vision, il secoua la tête et tourna à nouveau son regard chargé de reproches vers Snape.
« Pourquoi ? »répéta t -il.
« Tu dois apprendre à te battre, » soupira Severus. « Tu dois apprendre à utiliser cette colère contre les personnes qui la mérite. Je ne veux pas que tu sois à nouveau assailli, capturé, torturé, sans que tu ais pu te défendre à ta juste mesure. Ces pouvoirs peuvent être une mauvaise chose, mais ils peuvent surtout et avant tout sauver ta vie, Harry. Tu ne dois pas hésiter à les utiliser dans toute leur ampleur pour te défendre. Notre monde est brutal et parfois sans pitié… ni Lucius Malfoy ni Bellatrix n'hésiteront une seconde. Tu ne dois pas leur donner cette seconde. Tu ne dois plus redonner cette opportunité à Loki. Et le jour où tu te trouveras face à Voldemort, tu ne devras pas hésiter à te servir des armes qu'il t'a données et à mettre fin à tout cela. »
« Tu veux me transformer en tueur, » murmura Harry en détournant le regard.
Cette fois, Severus combla le pas qui les séparait et, prenant délicatement son menton sans sa main, l'obligea à le regarder à nouveau.
« Je veux que tu vives, » fit-il doucement. « Je ne veux plus jamais revivre ce qui est arrivé au cimetière. Je ne veux pas te perdre. »
Sa voix habituellement égale vibrait d'une émotion qu'Harry lui avait rarement entendue, mais ce fût les ondes de tristesse et de crainte qui émanaient du sorcier qui poussèrent le garçon à sourire faiblement. Ca, et l'amour intense qu'il sentait l'envelopper à travers cette main.
« D'accord, » murmura t-il faiblement. « Mais qu'il soit dit que je désapprouve tes méthodes. »
Le coin des lèvres du professeur se retroussa légèrement et il hocha la tête.
«Ce n'est pas vraiment une nouveauté. L'épouvantard désapprouve également, j'en ai peur. »
Harry jeta un regard sinistre sur le corps qui commençait à perdre sa forme.
« Il est vraiment mort ? »
Severus acquiesça.
« Lupin ne sera pas ravi. »
Le garçon secoua sa tête.
« Tu aurais pu choisir autre chose… quelque chose de moins… extrême. »
Mais Snape secoua obstinément la tête.
« Ton père n'avait pas sa baguette le soir où Voldemort a attaqué votre maison, » rappela t-il. « Il n'a même pas pu tenter de défendre sa famille. S'il avait seulement eu un peu d'instinct, un peu plus de méfiance… je refuse que tu hérites cela de lui, Harry, je ne veux pas que tu prennes les choses à la légère. Le courage des Gryffondors est une chose, mais il ne doit pas se transformer en arrogance ou en stupidité. »
Harry baissa la tête, plongé dans ses pensées. Severus lui avait déjà raconté cela… la frustration et l'incompréhension dans sa voix exprimaient clairement à quel point il en voulait à James pour son insouciance. S'il avait agi différemment… alors Lily serait encore en vie, peut-être, songea Harry. Il aurait grandit avec sa mère, peut-être. Et peut-être aussi aurait-elle décidé de redonner une chance à Snape.
Le garçon se tourna brusquement pour dévisager son nouveau père, observant son visage à la recherche de ses pensées, mais il n'y lu aucune réponse. Combien de fois avait -il pu imaginer ce scénario lui-même ? James se sacrifiant à la place de Lily…
Il secoua la tête. Il persistait à penser que les méthodes de Severus étaient excessives, mais il savait que Severus avait raison. Avec les nouveaux pouvoirs qui étaient les siens, le temps de l'insouciance était passé dès lors qu'il s'agissait de sa magie…
Une main familière vint se poser sur son épaule, l'incitant doucement à s'avancer en direction de Poudlard.
« Ca suffira pour aujourd'hui. Il me semble que l'heure du repas a sonné depuis un moment déjà. Je ne voudrais pas qu'un chat, trop affamé, n'en vienne à venir voler une cuisse de poulet dans mon assiette. »
Au souvenir de ce jour, Harry ne put s'empêcher de rire. Oui, il en avait peut-être fini avec l'époque où il pouvait utiliser ses pouvoirs en toute insouciance, mais pour le reste, en revanche… eh bien, Severus semblait décidé à s'assurer qu'il profite de sa vie en toute tranquillité.
Se lovant mentalement dans la protection et la tendresse que l'homme lui offrait avec ce simple geste, Harry s'engagea sur le chemin du retour. A peine avaient -ils fait quelques pas, cependant, que la pluie se mit à tomber à lourdes gouttes, arrachant un grognement à Snape.
D'un geste bourru, il rajusta la cape d'Harry afin qu'il soit correctement protégé.
« Eh bien M. Potter, que diriez -vous d'utiliser vos pouvoirs pour nous protéger des éléments ? »
Le garçon sourit.
« C'est Potter-Snape, » répondit -il. Puis, levant sa baguette : « Stupefix ! »
Pendant un instant, il lui sembla que la pluie avait bien suspendu son cours, comme il l'avait souhaité. Puis le ciel, sombre un instant auparavant, devint soudain blanc et un flocon atterrit sur sa main, glacé.
Bouche bée, il cligna des yeux. Non, il n'avait pas rêvé… à ses côtés, Severus riait de son rire silencieux, son visage fatigué soudain plus détendu. Autour d'eux, la neige tombait à gros flocons, tapissant rapidement le sol.
« Je… c'est moi qui ait fait ça ? » demanda Harry.
Snape rit à nouveau, serrant son épaule.
« Rappelle -toi de ce qui est arrivé au cave canem lorsque tu lui as jeté le même sort, au Manoir, » fit -il.
Changé en glace. Oh. Harry jeta un regard coupable autour de lui.
« C'est un problème ? »
« Seulement si tu n'aimes pas la neige, » fit Severus en souriant. « Sans quoi, ce serait plutôt une bonne excuse pour un bon chocolat chaud devant la cheminée. »
Du chocolat ? Est-ce qu'il aimait la neige ?
Une seconde plus tard, un chat noir filait à travers la lande, chassant les flocons tout en sautant régulièrement sur l'homme en noir pour laisser des empreintes blanches sur sa cape. Riant tout bas, Snape regardait l'animal courir dans tous les sens, le poil ébouriffé. La séance d'entrainement n'avait pas tourné si mal, après tout…
Un peu plus loin, dans la plus haute tour de Poudlard, le directeur reposa ses jumelles tout en brossant quelques flocons de sa barbe. Non, le château n'avait pas subitement été enfermé dans une boule à neige pour enfant.
Mais les deux sorciers qu'il pouvait voir, sur les rives du lac, l'un jouant avec la neige et l'autre le couvant du regard, venaient de donner à sa journée un air de Noël. Souriant, les yeux plus brillants que jamais, il se tourna vers Fawkes.
« Un bonbon au citron ? »
Eh oui, enfin, après tout ce temps, le grand retour de Shadow! Toute mes excuses pour ce temps de publication du genre... sidéral et sidérant. En fait, les vacances ont été incroyablement géniales en Calédonie, et le retour tout aussi génial avec des fêtes et plein de gens à voir, de choses à raconter... puis la rentrée très très prenante avec un nouveau chef et plein de choses très accaparantes, mais enfin me revoila ! Un grand merci à Azenor qui a bétaé ce chapitre ( oui, tu l'auras compris, je suis allergique aux tirets! ) et à Verowÿn qui est en train de corriger les premiers chapitres que je vais mettre au fur et à mesure à jour, en les réécrivant en partie ! Rien que ça ! Vous avez vu, j'ai carrément embauché une star dans l'affaire !
Pour ce chapitre, eh bien, comme d'habitude, je n'y ai pas mis la mùoitié de ce que je voulais, ce qui va donner un chapitre suivant assez interessant à mon gout. C'était sensé être un chapitre ' calme', je ne sais pas si c'est franchement réussi... ahem...
Il y a tellement de choses en suspens à ce point de l'histoire que j'avoue ne plus trop savoir où donner de la tête, donc si vous avez une opinion sur la question ( ' ca fait 6 mois qu'on attendant du nouveau sur tel ou tel point'), n'hésitez pas à m'en faire part! Des critiques aussi, bien sur, je me remets à Shadow avec quelques mois de recul et certains défauts m'affligent un peu...
Pour le reste, un chapitre surement tres bientot ( d'ici la fin de la semaine ) de All the way, et d'ici la fin de la semaine prochaine, je l'espère, de Better Angels ! Ouf!
En tout cas contente de vous retrouver tous et... à bientot !
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