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Author of 21 Stories |
Il glissa les mains au fond de ses poches. Son regard erra sur le lac… Son lac comme il s’amusait à le nommer. La pleine lune s’y reflétait et une légère brume flottait à la surface. Ça donnait à l’ensemble une impression fantomatique. Il se dégageait de ce paysage un sentiment de quiétude qui avait toujours eu le don de le calmer… Quand il se sentit un peu mieux, il reprit la parole sans bouger de son observatoire.
« A partir de ce moment là, plus rien n’a été pareil entre Sara et moi… Je me suis jeté à corps perdu dans mon travail, acceptant de plus en plus de missions dangereuses… Elle avait besoin de moi mais je ne pouvais rien pour elle… Pire, je ne supportais quasiment plus sa présence… Dans ses silences, j’entendais ses accusations muettes. Elle m’assurait que non, qu’elle savait que ce n’était pas ma faute. Elle aurait voulu qu’on traverse cette épreuve ensemble, qu’on se soutienne mutuellement. Mais non… »
Sam ne distinguait que son dos musclé qui se découpait dans le clair de lune. Elle l’écoutait en silence raconter son histoire, sa voix prenant des intonations amères au fur et à mesure qu’il avançait dans son récit. Il avait vécu sa souffrance tout seul, se renfermant sur lui-même. Elle aurait tellement aimé être là pour l’accompagner et le soutenir… Elle se jura intérieurement qu’à partir de ce jour, il ne serait jamais plus seul, elle serait là, à chaque instant, à ses côtés…
« Je l’ai quittée. Je la faisais souffrir par mon attitude et je ne voulais pas de son aide ! Je voulais être seul, ne plus m’attacher à personne et surtout… Ne plus blesser ou tuer quelqu’un que j’aimais… A partir de ce moment là, je n’avais qu’une envie, oublier et ne plus rien ressentir… Alors, quand on m’a proposé la mission Abydos, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion. Une mission sans espoir de retour, c’est exactement ce que j’attendais… L’opportunité d’en finir avec tout ça tout en me rendant utile une dernière fois… »
Sam frémit en l’entendant évoquer son propre suicide de manière si détachée… Elle se dit que, décidément, cet homme qu’elle pensait si bien connaître, était en fait rempli de mystère. Qu’il s’en ouvre à elle aujourd’hui, ou plutôt, cette nuit, vue l’heure avancée, était vraiment inespéré et elle prenait ça comme un cadeau précieux qu’il lui offrait. Elle stoppa le cours de ses pensées quand sa voix résonna de nouveau.
« La seule chose que je n’avais pas prévue, c’est que j’allais devoir faire équipe avec un archéologue pacifique et allergique à tout, qui allait tout faire pour m’empêcher de mener mon projet à son terme… Daniel ! » Un sourire fugace passa sur son visage pendant qu’il évoquait leur rencontre. « Dieu ce que j’ai pu le détester au début ! Il avait le don de m’horripiler avec sa sollicitude et son besoin permanent de vouloir me faire parler, de me poser toutes sortes de questions sur ma vie… Et puis, petit à petit, j’ai appris à le connaître, il est devenu mon meilleur ami… Sans lui, je ne serais plus là aujourd’hui… »
Il s’arrêta de parler. Il lui semblait n’avoir jamais autant parlé de lui et se sentait vidé, délesté d’un énorme poids… Il se retourna un peu, cherchant dans la pénombre à distinguer le visage de son amie. Elle n’avait toujours pas bougé de sa place mais l’obscurité l’empêchait de la voir nettement. Il pensa qu’elle s’était endormie… La journée n’avait pas été de tout repos et il venait sans doute de l’assommer avec son long monologue. Il haussa les épaules, il ne lui avait même pas proposé le canapé, un vrai rustre ! Il se retourna vers la fenêtre... Une question trottait toujours dans sa tête : Pourquoi l’aimait-elle ???
Soudain, il sentit un corps chaud se coller à son dos et deux bras fins lui entourer la taille. Un sourire vint instantanément se plaquer sur son visage fatigué. Elle avait ce pouvoir magique de le réconforter par sa simple présence et de lui rendre le sourire même dans les pires moments. Il recouvrit ses bras avec les siens, caressant sa peau douce au passage.
« Je croyais que tu t’étais endormie, bercée par ma douce voix… » Toujours une pointe d’humour pour désamorcer les situations gênantes, c’était son truc. Mais elle ne releva pas sa remarque et resta silencieuse…
Curieux de savoir à quoi elle pensait, il se retourna et Sam se retrouva lovée contre son torse, les mains toujours passées autour de sa taille. Elle releva la tête, posant son menton contre lui et plongea un instant les yeux dans son regard brun. Il y lit de l’amour et en fut extrêmement ému… Il y vit autre chose aussi mais elle détourna ses yeux embués trop rapidement pour qu’il arrive à déchiffrer complètement son regard. Elle posa sa joue contre lui et il resserra son étreinte autour d’elle, sentant instinctivement qu’elle avait besoin d’être rassurée.
« Merci… » Elle murmura ce petit mot tout contre son coeur.
« Pourquoi ? Pour te réchauffer ? C’est toujours un plaisir, Major ! » Il posa sa tête dans ses cheveux, respirant son parfum.
Elle rigola doucement et se permit de lui donner une petite tape.
« Idiot ! Merci de t’être confié à moi… Je suis touchée que tu aies osé le faire… Et je veux que tu saches que je serai toujours là pour toi… »
Sa dernière phrase le fit réfléchir… Il fallait qu’il éclaircisse encore des choses avec elle, s’il voulait passer à autre chose mais avant…
Il s’écarta d’elle à regret, attrapant sa main et la guidant dans le noir jusqu’au canapé. Il la fit asseoir puis s’agenouilla devant la cheminée. En quelques gestes habiles, il alluma une belle flambée qui réchauffa rapidement l’atmosphère.
Il s’installa à ses côtés, un peu de travers pour pouvoir l’observer. Elle lui paraissait encore plus belle, éclairée simplement par la douce lumière changeante du feu… Elle le regardait, un timide sourire aux lèvres, se demandant ce qui allait se passer maintenant. Elle savait que désormais, leurs rapports ne seraient plus jamais les mêmes. Il se pencha vers elle et lui prit la main, en baissant le regard.
« Sam… Avant d’aller plus loin, il faut qu’on discute… D’abord, je te dois des excuses… Pour avoir été odieux avec toi aujourd’hui et pour la manière dont je t’ai traitée après cette… fameuse nuit… » Il releva un peu la tête et la vit lui sourire. Elle avait frissonné en l’entendant utiliser son prénom, c’était si rare, et évoquer ce tendre moment passé dans ses bras…
Elle accentua encore son sourire quand elle croisa son regard. Le voir ainsi, troublé devant elle, en train de lui présenter des excuses était tout simplement impensable pour elle seulement quelques heures auparavant. Elle le trouvait encore plus attirant avec ce petit air penaud sur la figure. Il avait l’air si vulnérable qu’elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas lui sauter dessus immédiatement. Elle réfréna tant bien que mal son envie, voulant lui répondre d’abord, et serra plus fort sa main, l’attirant vers elle.
« Voyons Jack… Je sais pourquoi tu as fait ça… Tu as été stupide, certes… (Elle lui fit un petit clin d’œil malicieux et il fronça les sourcils d’un air menaçant, contredit aussitôt par une lueur amusée dans son regard) Mais, pour cette fois, je te pardonne ! Viens là… »
Elle tira plus fort sur son bras jusqu’à ce qu’il se retrouve quasiment allongé sur elle. Elle noua ses bras autour de son cou, ne quittant plus son regard. La température de la pièce semblait soudainement s’être élevée de plusieurs degrés… Il la fixa d’un regard brûlant pendant quelques secondes. A cet instant, il n’aspirait plus qu’à l’embrasser, sans se poser plus de questions, comme il en rêvait depuis si longtemps… Leurs souffles se mêlaient déjà quand il recula brusquement en fermant les yeux, rompant le lien magique qui s’était tissé entre eux !
Il se leva du canapé et commença à arpenter la pièce, passant nerveusement la main dans ses cheveux. Sam grimaça. Elle avait froid depuis qu’il s’était éloigné d’elle. Elle croisa étroitement les bras, frottant ses épaules pour tenter de se réchauffer un peu… Elle le regarda évoluer à grandes enjambées et se sentit soudain découragée… Il était vraiment trop torturé et elle n’arrivait jamais à savoir ce qui se passait vraiment dans sa tête. Elle commençait à se demander s’ils pourraient enfin vivre quelque chose tous les deux. Elle soupira bruyamment en fermant les yeux, laissant sa tête retomber lourdement sur le dossier… Mais bientôt, la colère prit le pas sur sa lassitude. Elle l’interpella brutalement !
« Qu’est-ce qui te prend encore ??? Tu me fais des excuses pour ta conduite stupide et l’instant d’après tu me rejettes ? Ce n’est pas comme ça qu’on va y arriver ! » Elle s’était avancée sur le bord du canapé, le regard flamboyant de rage.
Il s’arrêta net entendant la véhémence de ces paroles et se retourna vers elle. Son regard si chaud l’instant d’avant était redevenu maintenant froid et distant. Il pinça les lèvres, semblant sortir de ses pensées et la découvrir dans la pièce… Il vint finalement s’asseoir avec raideur sur la petite table basse qui faisait face au divan. Il la regarda presque méchamment mais elle soutint son regard, sa colère contre lui étant loin d’être retombée. Ils s’affrontèrent encore quelques instants en silence et ce fut finalement lui qui finit par détourner les yeux. Sam savoura sa victoire d’un discret sourire en coin.
« Alors ? Tu m’expliques ce qui t’arrive ? » Elle avait posé la question d’une voix posée. Elle ne voulait pas d’une dispute de plus, elle voulait juste comprendre, ou du moins entendre, ses raisons.
Il tritura un moment un pauvre stylo qui avait le malheur de se trouver là, cherchant ses mots… Il se sentait complètement stupide de réagir comme ça. Elle était là qui s’offrait à lui et il la repoussait sans ménagement alors que tout son être le traitait d’imbécile ! Mais il voulait être sûr qu’elle savait dans quoi elle s’embarquait avec lui… Elle était trop précieuse à ses yeux pour qu’il gâche leur amitié pour de vulgaires pulsions animales ! Il soupira et prit son courage à deux mains, c’est fou comme cette femme pouvait le priver de son assurance…
« Sam… Je… Je n’ai rien à t’apporter ! Tu es jeune, brillante, belle et tu as toute la vie devant toi… Je refuse que tu gâches ta vie pour moi !!! »
Elle le regarda avec incrédulité et effarement. C’était donc ça ? Il croyait encore qu’il ne la méritait pas… Lui qu’elle avait vu défier les pires Goa’uld de la galaxie sans sourciller, comment pouvait-il à ce point manquer de confiance dès qu’il s’agissait d’affronter ses sentiments ? Elle avait l’impression de se retrouver en face d’un petit garçon qu’elle devait rassurer.
Elle le regarda. Il fixait ses pieds, l’air complètement abattu, passant nerveusement les mains dans ses cheveux, tic qui d’ordinaire l’aidait à regagner son calme mais qui n’avait à cet instant, aucun effet. Il avait une boule dans l’estomac, si seulement tout était plus simple… Ils auraient pu vivre heureux, tous les deux, ensemble… Il soupira profondément… Une main posée sur son épaule lui fit relever la tête et son regard se perdit dans les yeux azurs de sa compagne. Il y lut de la tristesse et malgré tout, toujours de l’amour. Son cœur se serra un peu plus, décidément, il n’était bon qu’à la rendre malheureuse…
Les doigts hésitants, il caressa doucement sa joue, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle inclina sa tête pour renforcer le contact avec sa main. Il esquissa un petit sourire confus.
« Je suis désolé… J’ai l’impression de n’être bon qu’à te faire du mal… Pourquoi restes-tu près de moi ? Je ne suis qu’un vieux colonel caractériel… Tu mérites tellement mieux… »
Elle sourit en se mordant la lèvre inférieure. Lui ne pouvait détourner les yeux de son visage, hypnotisé par sa moue enfantine. Il passa son pouce sur ses lèvres, étirant le sourire de Sam. Elle lui attrapa la main et déposa tendrement un baiser dans sa paume. Ce geste plein de douceur lui fit baisser les yeux, cette femme allait le rendre fou. Elle prit la parole d’une voix douce, murmurant à peine.
« Dans ton portrait, tu as oublié borné, irascible, capricieux et tellement d’autres choses que j’oublie mais… » Elle souleva son menton, le forçant à la regarder dans les yeux « … Je t’aime. »
Elle l’avait dit, sans détour, mettant son cœur complètement à nu devant lui et ce qu’elle pouvait lire maintenant dans ses yeux lui disait qu’elle avait eu raison. Une nouvelle étincelle éclairait son regard brun. Il sourit comme jamais elle ne l’avait vu faire auparavant, un sourire détendu, sans aucune retenue. Il lui lança taquin, en s’avançant très légèrement vers elle…
« Je suis vieux… »
« J’aime les hommes mûrs ! »
« Je suis aussi capable d’être un vrai gamin… »
« Je t’apprendrai à grandir ! »
La distance entre eux s’amenuisait dangereusement alors qu’ils continuaient leur jeu…
« Je suis bordélique. »
« Je suis une maniaque de l’ordre ! »
« Je ne rate jamais un épisode des Simpson ! »
« Je te ferai découvrir d’autres plaisirs… »
Plus que quelques millimètres séparaient encore leur deux bouches. Ils se cherchaient, retardant leur avancée en savourant d’avance le moment qui allait les unir.
« Je suis un ours solitaire… »
« Je veux des bébés ! »
Il eut un sursaut de surprise et Sam retint son souffle, craignant d’avoir brisé l’instant magique. Puis il lui fit le plus magnifique des sourires et combla enfin le vide entre eux deux. Ses lèvres chaudes posées sur les siennes lui firent perdre pied et elle s’agrippa à lui, resserrant ses deux bras autour de sa nuque. Il la serra plus fort contre lui, glissa une main dans ses cheveux courts. Dans ce baiser à la fois tendre et passionné, huit longues années de frustration, de désir, de non-dits étaient en train de s’évaporer pour céder la place à l’amour, la tendresse et la complicité qui les avait toujours unis.
Ils s’écartèrent enfin, à bout de souffle et restèrent immobiles et silencieux, front contre front, essayant de réaliser ce qui venait de se passer. Quand son cœur reprit un rythme à peu près normal, Jack se releva et s’assit sur le canapé attirant Sam sur ses genoux. Elle se blottit contre lui, calant sa tête dans son cou, heureuse d’être là. Elle s’enivrait de son parfum pendant qu’il lui caressait les cheveux en lui murmurant des mots doux… Ils profitaient pleinement de leur nouvelle intimité.
Enfin, il se redressa un peu et souleva doucement le menton de sa bien-aimée pour plonger dans son regard. Il paraissait si sérieux soudain qu’une angoisse la saisit… Au bout d’un temps qui lui parut interminable, il ouvrit la bouche et lui prononça les deux plus jolis mots qu’elle n’ait jamais entendus :
« Je t’aime… »