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- LES SURVIVANTS -
Cette histoire se base sur les sept volumes du cycle de Harry Potter écrits par la talentueuse Joanne K. Rowling et le chat du 30 juillet 2007 au cours duquel elle a révélé ce qu'elle imaginait pour ses personnages.
Relecture : Fenice, Andromede, Monsieur Alixe, Steamboat Willie
Point Chronologique :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
1er septembre 1998 - 30 juin 99 : Harry en septième année à Poudlard
6 septembre 1999 : Harry devient aspirant Auror
31 décembre 2000 : Fiançailles de Ron et Hermione
Période couverte par le chapitre : 19 février au 22 mars 2001
XX : La vie au 12 sq Grimmaurd
Ron et Hermione emménageraient sans doute dans une maison à eux après leur mariage mais en attendant, on les croisait beaucoup place Grimmaurd. En effet, la jeune femme était de moins en moins chez ses parents, préférant désormais passer toutes les soirées avec son fiancé. Au mois de mars, elle amena même Pattenrond chez Harry, arguant que durant la journée il serait mieux dans cette grande maison avec Kreattur que seul dans l'appartement des Granger. Ginny, qui aimait beaucoup les chats, en fut ravie et câlinait souvent le félin quand elle était là.
Elle dormait Square Grimmaurd assez fréquemment, même si elle préférait rester à Holyhead quand Harry était de garde le soir ou que son entraînement avait été particulièrement intensif. A la suite du remaniement de son équipe, la jeune joueuse faisait désormais partie des titulaires. Elle en était à la fois ravie et anxieuse, car elle craignait de ne pas se montrer à la hauteur.
Pour se donner toutes les chances, elle exécutait scrupuleusement les exercices que lui montrait son entraineuse, s'astreignait au régime alimentaire déterminé par l'infirmière de son club, se plongeait dans les livres sur les tactiques et stratégies de Quidditch et se tenaient au courant des progrès des joueurs des autres équipes britanniques et étrangères en épluchant les magazines spécialisés.
A cette époque de l'année, seuls des matchs amicaux étaient joués mais c'étaient aussi la période où les journalistes sportifs se faisaient une idée des joueurs qui joueraient la saison nationale. Du fait de la façon dont la jeune fille était passée sur le devant de la scène lors de la finale précédente, elle était très suivie par toute la profession et des articles paraissaient régulièrement sur elle. Certains prétendaient voir en elle les germes d'une grande sportive mais d'autres étaient beaucoup plus sceptiques et soulignaient qu'elle avait très mal joué le début du fameux match de finale.
Ginny essayait de faire comme Harry et ne pas prendre à cœur ce qu'on écrivait sur elle mais le jeune homme voyait bien qu'elle était démoralisée par les articles les plus sévères, sans pour autant être réconfortée par ceux qui croyaient en elle. Ron les découpaient tous et les confiaient à sa mère qui avait acheté un grand album pour les conserver.
Les quatre jeunes gens profitaient de chaque instant passé ensemble : dîners dans la grande cuisine, soirées dans le salon à commenter tout haut leurs lectures respectives, samedis à surveiller collectivement Teddy ou à faire des virées dans le monde moldu.
ooOoo
Des petits soucis vinrent troubler la quiétude de leur foyer. Cela commença d'abord par une maison moins nette qu'auparavant. De la poussière qui prenait ses aises sur les meubles, objets qui trainaient, non remis en place. Le linge, qui n'avait jamais été bien repassé, revenait désormais encore taché de la lessive et il fallait lancer des sorts de nettoyage avant de s'habiller le matin. Les quatre amis s'adaptèrent et se répartirent discrètement les tâches ménagères.
Un soir, ils se regardèrent horrifiés après leur première cuillérée de soupe. Kreattur étant dans la pièce en train de d'apprêter le plat suivant, ils gardèrent le silence et finirent leur assiette sans sourciller. Heureusement le reste fut mangeable. Mais une fois dans le salon, la porte soigneusement, fermée, Ron explosa :
- Passe encore le ménage qu'on doit faire nous-mêmes et nos robes douteuses. Mais prendre le risque de se faire servir des choses pareilles à chaque repas, pas question !
- On en a déjà parlé, Ron, soupira Hermione, Kreattur se sent humilié à l'idée qu'on fasse venir un autre elfe pour l'assister.
- C'est de pire en pire, grimaça Harry. Sa magie s'affaiblit, je pense.
- Si on ne trouve pas une solution, je retourne chez ma mère, menaça Ron.
- Tu peux apprendre à te faire un sandwich de temps en temps, grommela sa sœur. Hermione, t'es sure que tu veux épouser cet estomac sur pattes ?
- Moi aussi j'aime beaucoup Kreattur, se défendit Ron, mais on ne peut pas continuer à prétendre que tout va bien.
- Ron a raison, sur ce point, le défendit Hermione. Je ne pense pas qu'il soit une bonne chose de continuer comme ça ! J'ai peur qu'il se prenne une armoire sur la tête ou qu'il se coupe en cuisinant.
- Mais si on lui impose de s'arrêter ou de se faire aider, il est capable de partir ou de se laisser mourir, dit tristement Harry. Il n'y a que pour les gros travaux de la maison, qu'il a accepté qu'on fasse intervenir une équipe extérieure. Il s'était s'ailleurs improvisé contremaître et surveillait leur travail...
Il s'interrompit et regarda les autres, alors que l'idée s'imposait à tous.
- Si on lui proposait d'encadrer de jeunes elfes, commença Ginny.
- Oui, pour leur apprendre à tenir une maison, renchérit Hermione. Il pourrait ainsi les faire travailler à sa place, sans déchoir.
- Essaye d'en trouver un qui sache cuisiner correctement, insista Ron.
- Et qui accepte de se laisser régenter par un vieil elfe grognon aux idées étroites, précisa Harry.
- Tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut au moins deux elfes pour tenir une maison comme celle-ci ? demanda Hermione. Je propose qu'on se cotise pour les payer.
- Je te fais confiance pour ce genre d'évaluation, dit Harry. Par contre, c'est moi qui prends leur salaire en charge. Je sais que toi et Ron faites actuellement des économies pour vous payer une maison, alors que j'ai hérité de cette demeure sans rien débourser.
- Et moi ? intervint Ginny. Quand je suis ici, je vis à tes crochets sans raison. Je veux apporter mon écot.
- Tu me paieras un loyer quand tes parents accepteront que je leur rembourse tous mes séjours au Terrier, lui rétorqua Harry.
Pour une fois, Ginny ne sut quoi répliquer.
- Hermione, comptons sur toi, conclut Harry.
Il ne fallut que trois jours à la jeune femme pour sélectionner deux candidats. C'était un frère et une sœur. Le propriétaire de leur mère, désargenté, n'avait pu subvenir à leur besoin. Quelques années auparavant il les aurait revendus à un autre sorcier mais le cours de l'elfe ayant beaucoup chuté à cause des nouvelles lois, il avait préféré les céder au ministère et récupérer la prime qui était offerte à ceux qui libéraient leur créature.
- On a le droit de séparer les familles en n'en libérant qu'une partie ? s'étonna Harry.
- A treize ans, les elfes sont adultes, lui apprit Hermione. On peut donc les envoyer ailleurs sans violer la loi.
- Et ils savent cuisiner correctement ? s'inquiéta Harry qui n'avait pas envie de supporter un Ron mal nourri.
- C'est la première chose que j'ai vérifié, lui assura son amie. Leur mère les a très bien formés.
Elle entreprit d'expliquer la situation à Kreattur. Ce dernier, lui jura qu'il serait le plus exigeant des formateurs et qu'il mettait un point d'honneur à en faire des perles susceptible de satisfaire le plus difficile des maîtres. Il y mit tant de conviction qu'Hermione douta un moment du bien fondé de son idée.
- Il va peut-être falloir revoir leur salaire à la hausse, souffla-t-elle à Harry en remontant de la cuisine.
Finalement, cela se passa assez bien. Miffy et Trotty, soulagé d'avoir trouvé un employeur semblèrent assez indifférents aux piques de Kreattur. Ce dernier d'ailleurs se radoucit quand il constata qu'ils travaillaient, dur et qu'ils témoignaient un profond respect envers les quatre jeunes gens — qui n'en demandaient pas tant.
Très vite, la maison reprit sa netteté et leurs robes l'éclat du neuf. Le vieil elfe, déchargé des plus durs travaux, put consacrer toute son énergie à sa tâche favorite : mitonner de bons petits plats et jouer aux inspecteurs des travaux finis.
ooOoo
Son équilibre domestique retrouvé, Harry décida de mettre enfin à exécution son idée d'inviter ses anciens coéquipiers de Quidditch.
- A ton avis, demanda-t-il à Ron, on le fait avant ou après la saison d'Angleterre ?
- Avant, trancha Ron. Olivier va provoquer Ginny et elle n'en sera que meilleure après. Mais, rassure-moi, tu n'as pas l'intention d'inviter tous ceux qui ont joué avec nous à Poudlard, j'espère ? Parce que si MacLaggen vient, moi je ne viens pas !
- Très drôle, Ron ! Juste l'équipe d'origine d'Olivier, plus toi et Ginny. Et, si ça ne t'ennuie pas, j'ajouterai Owen Harper qui joue avec nous au ministère.
- Inviter un Serpentard à une réunion d'anciens Gryffondor, tu es sûr que c'est une bonne idée ?
- C'est pas pire que d'inviter une Harpie et un Flaquemare à deux mois du Championnat, fit remarquer Harry.
- Tu sais, Harry, plus le temps passe, plus je me dis que Rogue avait raison : tu ne peux pas t'empêcher de rechercher les ennuis.
- C'est comme ça qu'on m'aime, affirma Harry.
Il fut assez difficile de trouver une date entre les gardes des Aurors et les entraînements des professionnels de Quidditch mais ils finirent par y parvenir.
Le fameux soir, Harry passa le premier par la cheminée de l'Atrium du ministère et ouvrit le passage de sa cuisine pour Owen, Angelina et Alicia. Ses trois invités saluèrent les elfes qui s'étaient inclinés pour leur souhaiter la bienvenue, puis suivirent Harry dans l'escalier qui menait au vestibule. Ils avaient l'air impressionné et Harry se dit, qu'effectivement, trois elfes à son service était un signe de richesse assez ostentatoire. Heureusement, Angelina en fit une toute autre interprétation :
- Ce que j'aime avec Hermione, c'est qu'elle applique réellement ses principes.
- Oui, ils cherchaient du travail, s'empressa de confirmer Harry.
- Tu payes les elfes ! s'étonna Owen, manifestement plus surpris que choqué.
- Avec tous les d'elfes libres qui offrent leurs services, cela va se généraliser, expliqua Harry.
- Pourquoi y'a-t-il tant d'elfes libérés ? questionna Alicia.
- A cause des nouvelles lois fiscales, la renseigna Harry. Les propriétaires payent désormais un impôt sur leurs elfes et reçoivent de l'argent quant ils le restituent au ministère. Le problème c'est que les sorciers n'ont pas encore pris l'habitude de les employer.
- Le mouvement d'Hermione s'appelle toujours la SALE ? demanda Angelina.
- Non, on a changé le nom, indiqua Harry. Cela s'appelle 'Les amis de Dobby', désormais.
- Dobby ? J'ai entendu parler d'un livre avec ce nom là, fit Alicia.
- C'est le même, confirma Harry.
Il les fit entrer dans le salon qui avait été réaménagé pour l'occasion : une longue table, qui avait été dressée au fond de la pièce, supportait un buffet froid. Une dizaine de poufs multicolores entouraient une table basse sur laquelle était posés des amuse-gueules et des boissons.
Harry était en train de distribuer les Bièraubeurre quand la porte s'ouvrit et Katie Bell entra, cérémonieusement introduite par Kreattur.
- Katiiie ! s'écrièrent Angelina et Alicia.
Elles s'élancèrent vers la nouvelle venue et les trois filles, ravies de se retrouver, se serrèrent dans les bras les unes des autres en s'exclamant.
Owen se pencha vers Harry :
- Même si on ne doit pas se voir pendant un moment, promets-moi de ne jamais te jeter sur moi en couinant 'Oweeeen' d'une voix suraiguë.
Harry riait encore quand Ginny fit son entrée. Elle jeta un regard amusé aux trois filles, qui ne s'aperçurent même pas de sa présence et vint vers les garçons en souriant. Après un bref temps d'hésitation, elle se décida pour faire la bise à Owen et planta un baiser sur les lèvres de Harry avant qu'il puisse se sentir jaloux.
- Alors Harper, demanda-t-elle. Comment ça va ?
Pendant que ce dernier répondait, Ron et George arrivèrent. Ils contournèrent les trois amies qui n'avaient toujours pas fini d'exprimer leur joie et s'avancèrent vers Harry et son groupe. Ce dernier fit les présentations :
- Owen Harper, George Weasley.
George serra la main de Harry et Owen puis il embrassa sa sœur avant de se diriger vers le buffet.
- Hé George, tu penses faire quoi, là ! s'insurgea Harry.
- Rien de bien méchant, assura Ron. Juste pour mettre une bonne ambiance.
- On a besoin de rien pour avoir une bonne ambiance, répliqua Harry en montrant du doigt les trois anciennes poursuiveuses de Gryffondor qui s'interpellaient toujours d'une voix animée.
- Hé, les filles, on ne dit pas bonjour ? feignit de s'indigner Ron.
Katie regarda dans leur direction :
- Je suis si contente de te voir ! s'écria-t-elle en se dirigeant vers lui en courant.
Ron ouvrit les bras mais elle le contourna et sauta au cou de Harry dont les genoux plièrent sous le choc.
Tous les autres éclatèrent de rire. Quand il arriva à se dépêtrer de la jeune fille, Harry la présenta à son collègue. Owen lui fit son sourire le plus charmeur et elle sembla regretter ne l'avoir pas choisi pour cible. Elle ne le quitta des yeux que lorsque George revint vers eux.
- Et moi, je compte pour du beurre ? demanda-t-il en souriant.
Katie et Alicia se jetèrent sur lui. Angelina, qui semblait être calmée, embrassa Ron et Ginny avant de saluer le sorcier facétieux d'un simple signe de tête, qu'il lui rendit gravement. Harry eut à peine le temps de s'étonner de tant de retenue car Olivier Dubois apparût à la porte.
- Olivier ! hurlèrent en chœur Katie, Angelina et Alicia. Délaissant George, elles coururent vers leur ancien capitaine.
Quand elles arrêtèrent de l'étouffer, le gardien de l'équipe de Flaquemare put serrer les mains de George, Harry et Ron et se faire présenter Owen. Lui et Ginny échangèrent ensuite des amabilités :
- Regarde bien ta coupe, Weasley, dans quelques semaines, elle sera chez nous !
- Rêve, Dubois, rêve !
Hermione arriva enfin. Pendant qu'on lui disait bonjour, Harry fit le service et bientôt tout le monde fut installé sur un pouf avec une bouteille à la main.
- Au Quidditch ! proposa Olivier.
- Au Quidditch ! reprirent-ils tous en chœur.
Ils commencèrent à piocher dans les amuse-gueule disposés sur la petite table.
- George ! grinça Katie quand elle se retrouva avec les doigts palmés.
- C'est pas moi, c'est Ron, affirma tranquillement celui-ci.
- T'aime pas ? demanda benoîtement le coupable. Tu peux saisir beaucoup plus de cacahouètes en une seule fois, maintenant, ajouta-il en poussant vers elle un des plats qui se trouvait sur la table.
- T'as pas changé, Ron.
- Je sais, j'ai toujours eu beaucoup de sens pratique.
Ils évoquèrent leurs matchs et leurs victoires passées sur leurs ennemis héréditaires, les Serpentard. Au début, Alicia eut quelques scrupules :
- Je vous rappelle qu'Owen est là…
- T'en fait pas. J'aime pas Malefoy non plus et je ne jouais pas quand vous jouiez ensemble, la rassura le Serpentard.
- Et Montague, t'étais copain avec Montague ? demanda Oliver.
- Pas spécialement.
- T'es un gars bien, affirma Oliver en tendant sa bière pour trinquer avec lui.
Les souvenirs continuèrent à défiler. Olivier narra l'arrivée de Harry : 'McGo est venue me chercher en cours avec un gamin maigrichon qui ne savait même pas ce qu'était le Quidditch' et les diverses mésaventures de son attrapeur : 'Jamais vu un Cognards agir comme ça…', 'C'était affreux ces Détraqueurs et Harry qui se met à tomber de son balai…', 'Un superbe Patronus et Malefoy était sur le cul, avec ses deux gorilles !'.
Angelina raconta ses malheurs en tant que capitaine : 'Et Harry qui a manqué tous les entraînements au début parce qu'il s'arrangeait pour être tout le temps en retenue',puis 'Vous vous rendez compte ? Je me suis retrouvée dans batteurs et sans attrapeur au beau milieu de la saison !'.
On évoqua aussi le capitanat de Harry :
- Tu parles d'un capitaine, même pas là le jour où on a gagné la coupe ! se moqua Ron.
- Si c'était pour attirer l'attention de Ginny, c'était réussi, sourit Katie.
- C'est vrai, je l'avais jamais remarqué avant, confirma l'intéressée. Il faut dire qu'il était si discret !
- Mince alors, moi qui t'avais pris dans l'équipe juste pour que tu te rendes compte que j'existe ! soupira Harry.
- C'est vrai, il n'y avait aucune autre raison de la choisir ! renchérit Olivier.
Personne ne fut étonné quand il se retrouva, trois bouchées plus tard, affublé de deux cornes, d'une chevelure bleu électrique et d'un nez de cochon.
Avec le plat de résistance, ils échangèrent leurs impressions sur les professeurs et racontèrent leurs plus beaux souvenirs d'école. Une fois de plus, le souvenir de Fred s'invita et certains sourires se firent nostalgiques. Harry sentit qu'il n'y avait pas que l'absence du défunt qui troublait ses invités : fréquemment, Alicia, Katie et Olivier regardait George d'un air troublé.
Sans doute, ceux qui le fréquentaient régulièrement depuis trois ans s'étaient habitués à sa nouvelle personnalité, plus cynique et moins insouciante qu'auparavant — et son oreille en moins. Malgré sa participation à la conversation et son plaisir évident de revoir ses camarades, il manquait au nouveau George ce pétillement si caractéristique des jumeaux. Ainsi que l'avait prédit Lee lors de l'enterrement, l'ancien George était mort à Poudlard et ses anciens amis étaient en train de s'en rendre compte.
Le comportement d'Angelina à l'égard du jeune homme étonna Harry. Elle semblait mettre un point d'honneur à ne jamais regarder ni lui parler. De son côté, George en faisait autant à son égard. S'étaient-t-ils fâchés sans que Harry ne soit au courant ? Avait-il fait une gaffe en les invitant tous les deux ce soir-là ? Deux autres de ses convives, par contre, ne manquaient pas de croiser le regard : les yeux de Katie rencontraient souvent ceux d'Owen, qui déployait tout son charme.
Quand les récits passés furent épuisés, on parla du présent :
- Je travaille pour la Société de Balais de Course Nimbus, leur apprit Katie. Je suis au service des sortilèges. On tente d'inventer et de mettre au point des sort pour rendre nos balais plus compétitifs, tant pour une utilisation familiale que sportive.
- Quel genre de nouveautés pour le prochain modèle ? demanda Olivier.
- Tu le sauras quand on le mettra sur le marché, répliqua Katie. J'ai pas le droit de le révéler. Au fait, Harry, je ne t'ai jamais remercié mais c'est grâce à toi que j'ai eu ce travail.
- Vraiment ?
- Oui, on était trois en compétition, avec des notes équivalentes en cours de sortilège. Je suis certaine que c'est avoir dit que j'avais joué avec toi à Poudlard qui m'a permis de me démarquer.
- Pour une fois que cela porte chance de me connaître, se réjouit Harry.
Angelina et Alicia racontèrent leur expérience. La troisième année chez les aspirants Aurors semblait nettement plus difficile que les précédentes.
- On apprend des techniques contre la magie noire, révéla Alicia. Ça fait froid dans le dos des fois. L'idée qu'on ait pu inventer des choses pareilles et qu'on les mette en pratique…
Pour alléger l'atmosphère, Angelina leur confia qu'elle répétait déjà le texte de sa prestation de serment.
- Je ne veux pas me mettre à bégayer en plein milieu, expliqua-t-elle se moquant d'elle-même.
Ginny et Olivier parlèrent du plaisir qu'ils avaient à jouer au Quidditch au niveau professionnel et tombèrent d'accord sur le fait que c'était une pratique très différente de celle qu'ils avaient connu à Poudlard : plus technique, plus exigeant, plus de pression.
- Plus de pression que quand Olivier était capitaine ? s'étonna George. Il a réussi à persuader Harry qu'il fau mettre sa vie en jeu pour gagner !
- Ça a fini par payer, répliqua le joueur des Flaquemare.
- Pour combien de séjours à l'infirmerie avant ? bougonna Ginny.
- Dites les vedettes, on pourra avoir des autographes ? demanda Katie avant qu'Olivier puisse répondre.
Harry alla chercher du parchemin et des plumes et les deux joueurs se livrèrent à une séance d'autographes improvisée. Olivier avait l'air blasé mais c'était la première fois qu'on en demandait à Ginny et Harry remarqua que ses pommettes en étaient roses d'émotion.
ooOoo
Une fois leurs amis partis, tard dans la nuit, Harry posa à Ginny la question qui le turlupinait — une fois de plus dans leur salle de bains, pendant qu'elle se brossait les cheveux.
- George et Angelina, ils sont fâchés ?
- Je ne dirais pas ça, répondit énigmatiquement Ginny.
- Mais encore ? insista Harry.
Ginny posa sa brosse sur le rebord du lavabo et regarda Harry par l'intermédiaire du miroir.
- Je pense qu'ils ne se sont pas revus depuis l'enterrement de Fred.
Elle laissa passer un moment avant de reprendre sa brosse et de lâcher :
- Fred et Angie sortaient ensemble. Ça a commencé quand Angelina est sortie de Poudlard et c'est devenu sérieux pendant la guerre.
- Mais pourquoi elle et George ne se sont pas revus ensuite ?
- Je suppose que c'était trop dur pour eux deux. Trop de souvenirs.
- Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Je ne les aurais pas obligés à se revoir, si j'avais su.
- J'ai pensé que c'était pour eux une bonne occasion de se revoir. D'ailleurs, s'ils sont venus tous des deux sachant que l'autre serait là, c'est qu'ils étaient d'accord.
Elle ne semblait pas avoir terminé, alors Harry attendit. Elle ajouta :
- Avec le temps ça devient (sa voix se fit un murmure) … moins insupportable.
Profondément touché, il s'approcha et, placé derrière elle, la serra contre lui. Dans la glace, il la vit baisser la tête. Ses cheveux lui cachant le visage, il ne pouvait déterminer si elle pleurait mais il ressentit profondément sa peine. Se sentant impuissant, il raffermit son étreinte autour d'elle.
- Des fois je rêve qu'ils sont encore là tous les deux. Avant, je n'aimais pas ces rêves, parce qu'au réveil, c'était affreux de savoir que ce n'était pas vrai et qu'il était parti pour de bon. Mais maintenant, j'ai peur de ne plus rêver et de l'oublier. J'ai de plus en plus de mal à me souvenir d'eux, avant. On a des photos, bien sûr mais j'ai l'impression que, peu à peu, elles remplacent tous mes souvenirs.
Harry la berça un moment, pour lui permettre de reprendre le contrôle de ses émotions. Puis il la fit se retourner et lui releva le visage pour qu'elle le regarde. Elle n'avait pas vraiment pleuré mais ses yeux étaient rougis, comme si les larmes y étaient venues et qu'elle les avait retenues.
- Ginny, tu sais ce que c'est une Pensine ? demanda-t-il.
- Je crois oui. Mais c'est très rare et très cher.
- J'en ai une, lui révéla Harry. Le professeur Dumbledore me l'a léguée. Tu voudrais y mettre les souvenirs qu'il te reste ? Comme ça, tu pourras les retrouver s'ils disparaissent un jour.
Le visage de la jeune fille refléta une immense émotion.
- Oh, Harry ! Ce serait merveilleux !
Harry alla à son placard et y prit la bassine de pierre. Il la posa sur le bureau et montra à Ginny comment déposer un souvenir.
- Pour le retrouver, il faut regarder dedans en pensant à la scène que tu veux voir. Cela te permettra de faire le tri entre tes souvenirs et les miens.
- Tu en as mis beaucoup ?
- Pas encore, répondit Harry. Il n'y a que ceux de Dumbledore et de Rogue pour l'instant. Le mieux est qu'on les regarde ensemble. Il faut que je t'explique certaines choses, parce que c'est très troublant si on ne sait pas à quoi ça correspond.
- Harry, je ne veux pas être indiscrète.
- Mais moi je veux vraiment partager cela avec toi. Cela compte beaucoup pour moi. Ce n'est pas facile à aborder, c'est pour ça que je n'en t'ai jamais parlé mais je pense que le moment est venu. Enfin, pas ce soir parce qu'il est tard mais dès qu'on arrive à avoir un moment à nous, d'accord ?
- D'accord.
Harry rangea soigneusement l'objet, puis se coucha avec Ginny. Blottis l'un contre l'autre, ils restèrent longtemps plongés dans leurs propres souvenirs avant de réussir à s'endormir.
ooOoo
Quelque temps après la soirée Quidditch, Ron et Hermione allèrent dîner chez les Granger. Harry et Ginny décidèrent d'en profiter pour sortir la Pensine. Ils dînèrent rapidement et montèrent directement dans leur chambre. Harry décida de commencer par le plus difficile.
Il expliqua à son amie dans quelles conditions il avait récupéré les souvenirs de Severus Rogue. Il lui en résuma le contenu dans les grandes lignes et indiqua dans quelle mesure l'image renvoyée d'Albus Dumbledore était erronée.
- Tu comprends, il ne voulait pas dire la vérité à Rogue, car si je l'avais sue, Voldemort aurait pu la connaître également et rien n'aurait marché. Il fallait que j'aille de mon plein gré vers ma mort. Cela a non seulement permis la destruction du morceau de Voldemort mais cela a aussi protégé tous ceux qu'il a tenté de tuer par la suite, car en agissant comme je l'ai fait, j'ai reproduit le sortilège de ma mère.
- Je vois, dit lentement Ginny.
- Bon, alors on y va.
Il lui prit la main et ils plongèrent dans la Pensine. Il les dirigea vers les souvenirs de Rogue. Sachant à quoi s'attendre, il s'attacha davantage aux détails. Il se concentra sur sa mère et le visage qu'elle avait enfant. Il regarda sa tante aussi, se demandant ce qui l'avait ensuite rendu si sèche et maigre. Il fut davantage sensible au désespoir que ressentait Rogue, quand il était venu demander à Dumbledore de lui redonner sa chance. Il mesura aussi ce qu'il avait fallu de courage pour insister malgré la dure réprobation du directeur.
Les plaintes que le professeur de potions à son encontre, quelques années plus tard, au lieu de l'ulcérer lui firent ressentir de la pitié. C'était comme si Rogue, en refusant de le voir comme il était réellement, s'infligeait volontairement le supplice de se retrouver avec James Potter dans sa classe. Son aveuglement avait figé Harry dans ce qu'il y avait de pire pour lui : un rappel incessant qu'un autre avait pris la place qu'il convoitait dans le cœur et le lit de Lily.
Jusque là, quand il prenait la défense du professeur Rogue c'était par honnêteté, car il ne voulait pas recevoir seul des félicitations qu'il ne méritait qu'en partie. Mais la reconnaissance qu'il éprouvait pour l'aide qu'il lui avait apportée ne lui faisait en rien oublier ce qu'il avait subi dans les cachots.
Cette fois-là, alors que les images passaient sous ses yeux, Harry lui pardonna du fond du cœur. Rien n'était effacé, ni la méchanceté mesquine, ni les injustices, ni les mots blessants mais la rancune avait disparue. Quand il en prit conscience, Harry se sentit comme délivré d'un grand poids.
Le temps passait et maintenant Rogue discutait avec un Dumbledore à la main noircie. Harry admira avec quel brio le vieux directeur mêlait le vrai au faux pour que le message qu'il voulait faire parvenir à Harry lui soit correctement délivré. Savait-il que qu'il en entendrait chaque mot ? Qu'il recevrait en plein cœur son apparente froideur, son indifférence à l'idée de sa mort ? Espérait-il que Rogue indique la marche à suivre à Harry, sans préciser le nom de celui qui avait tout manigancé ?
Quelle importante ? Après avoir vu à deux reprises les souvenirs que le vieil homme lui avait légués, Harry ne doutait plus des sentiments de son directeur à son égard. Même si Dumbledore l'avait volontairement fait désespérer ce soir là, qu'il l'avait poussé par ses manœuvres à désirer mourir, il l'avait fait dans un but qu'il savait être approuvé par Harry. Il n'avait rien fait faire à Harry que ce dernier n'eut pas accepté de faire en connaissance de cause.
Il vit Rogue quitter son bureau l'épée de Gryffondor à la main. Sachant que cela marquait la fin des souvenirs du professeur de potions, il tira la main de Ginny vers l'arrière pour qu'elle comprenne qu'elle devait sortir de la Pensine.
A peine furent-ils de retour dans la chambre que la jeune fille s'effondra contre lui, secouée de sanglots. Il plia les genoux pour l'asseoir sur le sol et la bercer doucement.
- Je te l'ai expliqué, lui dit-il doucement quand elle fut un peu calmée, il ne pensait pas ce qu'il disait. C'était juste pour que je fasse ce que je devais faire.
- Mais c'est affreux, comment a-t-il pu ! Oh Harry ! tu le croyais sincère quand tu l'as entendu la première fois. Tu as dû avoir tellement mal. Je ne lui pardonnerai jamais de t'avoir fait vivre ça ! Jamais !
Il sentit que ce n'était pas le moment de lui expliquer dans quel était d'esprit il était désormais. Il fallait qu'elle prenne du recul. Il la garda encore un moment contre lui, attendant que les reniflements s'espacent.
- Il m'a donné d'autres images. Je voudrais que tu les voies aussi, avant de le juger définitivement.
Ginny secoua la tête, pour refuser. Harry continua à la serrer contre lui. Elle finit par s'essuyer les yeux et le regarda. Ce qu'il lut dans son regard le chavira. Avait-il ressenti autant de peine qu'elle semblait le penser ? Tout ce qui s'était passé durant cette longue journée était parfois confus dans sa tête. Il se sentit profondément ému de constater la profondeur de la compassion qu'elle éprouvait pour lui. Il lui embrassa les paupières pour ne plus voir la peine qu'il lui inspirait.
- C'est derrière moi maintenant, lui assura-t-il. Je suis maintenant heureux comme je ne l'ai jamais été.
Elle dût voir à son expression que c'était vrai car elle sembla se détendre et son regard perdit de son intensité. Harry alla lui chercher un verre d'eau qu'elle but lentement. Elle se moucha bruyamment et dit :
- Tu penses que je dois encore voir quelque chose ?
- Oui, mais on peut attendre si tu veux.
Elle secoua la tête :
- Je ne pense pas que j'aurais le courage d'y revenir. Finissons-en ce soir.
Harry l'embrassa doucement et l'aida à se relever. Ils se rapprochèrent du bureau où la bassine de pierre les attendait. Harry enlaça Ginny pour qu'elle se sente moins seule devant les images, regrettant de n'y avoir pas pensé plus tôt.
Connaissant bien ce qu'il lui montrait, il s'en détachait parfois pour regarder comment elle y réagissait. Les voir tous les deux au début de leur amour lui rendit le sourire. Elle regarda ensuite avec attendrissement Harry rajeunir jusqu'à redevenir bébé puis elle recula avec lui tandis qu'un autre couple, lui aussi brun et roux, se perdait dans le parc de Poudlard.
Elle pleurait de nouveau mais souriait à travers ses larmes. Elle resta un long moment serrée contre Harry.
- On se couche ? proposa Harry, épuisé par toutes ces émotions.
Elle hocha la tête et ils se déshabillèrent en silence. Quand ils se retrouvèrent dans leur lit, Ginny posa sa tête sur l'épaule de Harry. Elle soupira profondément et dit :
- Quand même, je n'arrive pas à comprendre qu'il ait pu t'envoyer à la mort, s'il t'aimait autant.
Harry songea tout d'abord que Ginny était simplement trop jeune pour envisager une telle conduite. Puis il réalisa que ce n'était pas seulement une question de maturité. Peu de personnes en seraient capables. Cela demandait un recul, une force d'âme et surtout une expérience du mal peu commune. Il en vint à espérer que Ginny ne puisse jamais comprendre.
Il préféra changer de sujet.
- Tu as vu où je rangeais ma Pensine. Tu peux la prendre quand tu veux pour y mettre tes souvenirs.
- Je te les montrerai quand ce sera fait.
- Tu n'es pas obligée, lui indiqua Harry.
- Mais j'ai envie de le faire. Cela me fera du bien, je crois.
Harry songea que peu de couples avaient la possibilité de partager leurs sentiments avec autant d'intimité. Il faudrait qu'il pense à y déposer ses moments de bonheur, pour qu'elle comprenne à quel point elle comptait pour lui.
Encore un héritage de Dumbledore.
ooOoo
Bonjour à tous ! Vous allez bien ? Vous profitez bien de notre mois de mai à trous ?
Pas de notes spéciales sur ce chapitre mais il y a une petite nouveauté dans le chapeau : j’indique les repères chronologiques et où on en est dans l’histoire, car je vous sentais un peu perdus.
Selon mon calendrier, on se retrouve le 24 mai 2008 (je sais, c’est long deux semaines, mais je ne peux pas écrire plus vite).