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Anime/Manga » Detective Conan/Case Closed » Le plus doux des supplices font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Claude le noctambule
Fiction Rated: M - French - Romance - Ai Haibara & Ran M. - Reviews: 2 - Published: 11-13-07 - Updated: 07-31-08 - id:3889960

Chapitre 11

Un index se posa sur la bouche d’une lycéenne, écartant délicatement ses lèvres l’une de l’autre tout en la réduisant au silence. L’instant d’après, le doigt s’était écarté du seuil qu’il avait entrouvert, pour aller souligner la courbe d’un menton, traçant une ligne sinueuse qu’il s’amusa à allonger indéfiniment le long d’une gorge frémissante.

Après avoir franchi la frontière d’une clavicule, le petit impertinent dévia brusquement de sa ligne droite invisible, empruntant le chemin le plus court pour rejoindre un petit monticule de chair qu’il s’amusa à remuer, arrachant un nouveau frisson à la propriétaire du corps qu’il était en train de caresser.

Malheureusement pour Ran, sa compagne se lassa de ce petit jeu au bout de quelques secondes seulement. S’éloignant de sa poitrine, l’index de la métisse s’élança vers son nombril, simple étape de son parcours, un parcours qui se ralentit brusquement au fur et à mesure qu’il se rapprochait de la frontière formé par un sous-vêtement féminin.

Les millimètres se superposèrent aux secondes dans le monde réel, pour mieux s’allonger dans la conscience d’une lycéenne, qui mesurait la trajectoire en mètre, et la durée de ce petit jeu en heures.

Combien de temps lui faudrait-il pour… ?

Ran se mordilla les lèvres pour retenir un gémissement, Shiho avait répondu à ses prières silencieuses, franchissant la ligne séparant les millimètres des centimètres, et introduisant son doigt sous une autre frontière, pour l’appliquer sur un point bien précis de l’anatomie de sa partenaire.

Un bras se referma autour des épaules d’une jeune fille, pressant son dos contre le corps de sa partenaire, une joue glissa le long de la sienne, et un doigt remua…doucement…tout doucement…se posa sur des lèvres qui étaient humides sans être imprégné de salive, et regagna instantanément l’air libre.

« Shiho… »

Une question s’était glissée sous le nom. Pourquoi ? Une supplication avait été jointe à la question. Est ce que tu n’aurais pas pu continuer un peu plus longtemps ? Un tout petit peu plus ? Et une note plaintive avait fait vibrer un murmure presque imperceptible.

« Je préfère que tu me quittes avec un désir insatisfait…cela te donnera une bonne raison de revenir, et un avant-goût de ce que je te réserves pour la prochaine fois. »

Des mots imprégnés de malice, et s’ils glissèrent dans le silence en s’engouffrant dans l’oreille de Ran, la malice en question imprégnait toujours la langue qui souligna le lobe de cette oreille.

« Mais je pourrais rester… »

« Tu pourrais…si je le voulais. »

Les bras qui emprisonnaient la jeune femme commencèrent à se mouvoir, des boutons glissèrent dans leurs boutonnières respectives, un par un, maintenant les pans d’une chemise l’un contre l’autre.

« Alors pourquoi est ce que… ? »

« Est ce que la réponse n’est pas évidente ? Parce que je ne veux pas que tu restes ici une seconde de plus…du moins tant que j’y demeurerais. »

Si Ran garda le silence, ses mains se refermèrent sur l’un des bras qui commençaient à s’écarter, un bras qu’elle plaqua contre son propre corps.

« Ma petite orchidée, si je délivre ma prisonnière de ses liens, ce n’est pas pour qu’elle s’amuse à les resserrer l’instant d’après. »

« Il faut croire que je suis en train de m’attacher à toi… »

Frottant sa joue contre celle de la métisse sans relâcher la pression exercée par ses doigts, la lycéenne attendit patiemment l’écho de ses propres paroles.

« Je pourrais te prendre au mot…tout en déformant légèrement tes propres paroles. »

« Qu’est ce que tu veux dire par là ? »

« J’aurais préféré que nous restions amies, tu sais ? Qu’il n’y ait pas d’autres liens pour nous rattacher l’une à l’autre… Que nous demeurions libres…Que tu demeures libre…Que je me sentes libre… Libre d’aller où il me plaira, de me donner à la personne qui me plait…sans me sentir coupable, et sans crainte d’éprouver le moindre regret au moment où je partirais, en laissant cette même personne derrière moi. »

Au fur et à mesure que la chimiste décomposait sa phrase, Ran sentit ses propres craintes se recomposer.

« Mais toi, ça ne te convenait pas, et ça ne te convient toujours pas, hein ? »

Ran acquiesça, tout en frottant sa joue contre celle de sa compagne.

« S’attacher à moi… Si tu t’attachais littéralement à moi, cela restreindrait ta liberté de mouvement en même temps que la mienne. Et je t’ai déjà explique que, de mon point de vue, le monde de nos sentiments n’était qu’un reflet du monde physique… »

S’éloignant de la région délimitée par le mot crainte, la jeune femme s’engagea dans un autre pays, celui dont les frontière étaient tracées par le mot lassitude, elle s’était bien attardé au seuil de la culpabilité, mais on ne lui avait pas laissé le temps d’y demeurer plus de quelques secondes…

Pourquoi ? Cette maudite organisation avait fini par se dissoudre, même si les journaux renvoyaient encore l’écho de son existence, le FBI avait rayé Sherry du monde des vivants, autorisant une métisse à faire ses premiers pas dans le monde en portant son propre nom, et sans ployer sous le poids de son passé, un passé qui cherchait toujours à la rattraper et qui obscurcissait son avenir. Elle n’avait plus aucune raison de fuir, et elle avait même des raisons de rester, alors pourquoi ? Pourquoi se ménageait-elle une possibilité de fuite ? Pourquoi est ce qu’elle donnait à ses mots d’amour la sonorité d’une accusation, et à ceux qui l’aimaient le rôle de nouveaux geôliers ?

« Est ce que l’idée est si désagréable que ça, Shiho ? »

Shiho… Un nom que Ran voulait entendre, un nom qu’elle voulait murmurer à l’oreille de sa partenaire. Parce qu’elle était enfin autorisé à le faire, dans cette chambre mais surtout en dehors de cette chambre.

« Est ce que c’est si agréable pour toi de t’attacher à moi, Ran ? Je t’ai séparée de ton ami d’enfance, et je continue de m’interposer entre vous…Enfin, ça n’a pas duré longtemps, il est vrai… »

Des mots dans lesquels on pouvait glisser tellement de signification. Au grand désarroi de Ran, qui y introduisait celle d’une trahison, en frissonnant à l’idée qu’il n’y ait aucune dissonance entre le sens que la métisse prêtait à ses paroles…et l’écho qu’elles renvoyaient dans la conscience de son interlocutrice.

« Tu m’en as voulu, non ? De vous avoir séparées… »

« Au début, oui, mais c’était il y a des mois… »

Un soupir caressa l’oreille d’une lycéenne.

« Non, Ran, je ne parle pas de ça. Ce n’est pas le poison de Sherry que j’ai en tête, ni l’antidote que la petite Haibara a mis tellement de temps à vous donner… Je parles de la réponse que Shiho a donnée à ta propre question. Une question stupide, mais c’est toi qui as insisté pour me la poser. Enfin, il s’agissait de deux questions, c’est vrai. Laquelle d’entre nous serait la première ? La première à se donner corps et âme à l’élu de son cœur. Et est ce que cet élu serait une femme…ou un homme ? Tu n’as pas oublié, hein ? J’aurais du mal à te croire si tu me le disais. »

Ran avala péniblement sa salive tandis qu’elle commençait à chanceler.

« N…non, je n’ai pas…oublié. Et je n’ai pas oublié non plus ta réponse, tu me disais…que ça n’avait aucune importance pour toi…et que nous pouvions choisir…pour toi. »

« Mais cette réponse ne te convenait pas, alors tu as posé une autre question. Si la première femme à partager le lit de Kudo s’appelait Mouri, et non pas Miyano, est ce que cela me poserait problème ? Surtout si cette femme n’avait pas partagé mon lit auparavant ? Je t’ai répondu que non mais…Mais tu n’as pas été convaincu. »

« Non et…et je ne suis toujours pas convaincu. »

Comment aurait-elle pu ? Il y avait eu ces quelques secondes de décalage entre la question et la réponse, quelques secondes de silence certes, mais un silence lourd de signification. Ran n’avait pas lu d’émotion quelconque dans le regard de la métisse à ce moment là…mais uniquement parce qu’elle avait légèrement baissé les yeux, les dissimulant derrière des mèches de cheveux auburn. La réponse avait été formulée d’un ton neutre…mais il y avait eu une légère hésitation dans la voix qui avait brisé le silence.

Autant d’indices qui révélaient un mensonge. Non, cette question n’était pas futile…Pas du tout.

« Oui, tu étais sceptique. Alors tu m’as reposé cette question…et tu as insisté pour que j’y réponde en toute franchise. Et tu as meublé mon silence, tu m’as signalé que je n’avais pas à me sentir coupable si je répondais oui, que j’avais le droit de m’immiscer dans ta…non, votre vie, à tout les deux, parce que c’était aussi la mienne. »

Pour la fille de la reine du barreau, cela ressemblait un peu trop à un acte d’accusation énumérant les circonstances aggravantes d’un crime qui allait être révélé au grand jour…au cours d’un procès où son rôle ne serait pas celui du juge, ni même de l’avocate…et encore moins celui de la victime.

« Et je me suis pliée à ta requête, je t’ai répondu sincèrement, et j’ai même poussé la politesse jusqu’à ne pas te renvoyer la question. Peut-être que j’ai eu tort, parce qu’en agissant ainsi, j’ai laissé cette même question en suspens. En partant du principe que tu y aurais donné la même réponse que moi, exactement la même. »

Rétractant ses lèvres, Ran les mordilla de nouveau, et même si elle n’osait pas rompre le silence, elle savait que cela revenait à donner sa réponse à la question hypothétique, la réponse qu’une scientifique avait anticipée.

« Mais bon, même si tu avais donné cette réponse, nous ne nous serions pas retrouvées dans une impasse pour autant. La situation se serait débloquée d’elle-même, il suffisait que la première personne à partager notre lit…ne s’appelle pas Kudo. Une solution toute simple, vraiment. Et pourtant…pourtant tu as mis du temps à t’y résoudre. En fait, tu ne t’y es pas résolu… »

Un frisson parcourut l’échine d’une jeune femme, une jeune femme qui se retrouvait dans la peau d’une criminelle, la criminelle qui se glissait petit à petit dans le rôle de la suspecte, et qui anticipait le moment douloureux où on lui donnerait celui de la coupable, sans lui laisser le temps de s’habituer à celui d’accusée.

« Je… »

« J’ai attendu que tu prennes l’initiative, j’ai attendu en vain… »

Les paroles de la chimiste n’avaient toujours pas franchi la ligne de l’ambiguïté. Au grand désarroi de Ran…ou à son plus grand soulagement. Qu’est ce qui serait le plus douloureux ? Faire face à son crime et à sa victime, la victime qui serait aussi l’accusatrice et le juge ? Ou bien rester dans l’incertitude, à osciller entre l’espoir de l’impunité et la crainte de la condamnation ?

« Je…je sais, mais…mais ce n’était pas si facile, j’avais peur… »

Tout comme Shiho, Ran demeurait dans l’ambiguïté, plus précisément sur la ligne séparant la plaidoirie du mensonge. Et les mots maladroits avec lesquels elle commençait à ériger une ligne de défense précaire ? Ils étaient absorbés par un mur de silence, un mur ne lui renvoyant aucun écho, que ce soit celui du scepticisme ou de la rancœur. Une absence de réponse qui était pire que toutes les réponses possibles…peut-être parce que, justement, elle pouvait constituer une réponse possible.

Un léger souffle caressa l’oreille d’une lycéenne, ouvrant le chemin à un murmure.

« Si j’étais de trop, Ran, il suffisait de me le dire. Me dire qu’il n’y avait de place que pour une seule personne dans ton petit cœur de jeune fille, et que cette personne ne s’appelait pas Miyano. Reconnaître sincèrement que tu avais fait une petite infidélité à ton ami d’enfance dans un moment de doute, ou pour lui faire payer ses propres mensonges. Tu as pardonné ses propres fautes à Kudo, il pouvait se payer le luxe de te pardonner les tiennes. Ca n’aurait pas été un luxe d’ailleurs, ça aurait été simplement équitable. »

Relâchant progressivement la pression exercée par ses doigts, Ran se décida finalement à libérer le bras de Shiho de son emprise.

« Oui, nous aurions pu rester amis, tous les trois. Et si tu ne pouvais pas concevoir de romance sans fidélité, nous aurions pu rester amies, toutes les deux. Tu aurais pu choisir de ne t’offrir qu’à Kudo, et tu aurais pu exiger de lui que son affection avec moi ne dépasse pas une certaine limite. J’aurais accepté ton choix, tout comme j’aurais accepté le sien s’il s’était plié à tes exigences. Malheureusement, cette petite histoire entre nous, si c’était une erreur, tu as préféré en faire autre chose plutôt que de le reconnaître, et si tu voulais simplement profiter de tes derniers mois de liberté, avant de t’engager pour de bon, tu as préféré te représenter cette liberté comme un nouvel esclavage… »

Ran avait espéré dissimuler sa culpabilité derrière un mensonge, Shiho lui épargnait par avance cette peine, en noyant cette même culpabilité dans la mélancolie.

« S’il te plaît, arrêtes… »

« Est ce que je te l’ai racontée ? Mitsuhiko avait écrit une pièce de théâtre, Conan avait reçu le rôle de Yaiba, et moi…celui de l’espionne qui trahissait le méchant de l’histoire par amour pour le héros. C’est ironique avec le recul, non ? »

Si les bras de Ran étaient retombés inertes le long de son corps, Shiho n’avait pas pour autant brisé son étreinte…sans pour autant la resserrer.

« Non, je ne me rappelle pas de cette pièce… »

« C’est normal, nous n’avons jamais dépassé le stade des répétitions. En fait, il n’y a eu qu’une seule répétition en tout et pour tout, et elle a été interrompue par un meurtre…Après cela, notre petit dramaturge en herbe a du ranger son chef d’œuvre dans un de ses tiroirs et l’oublier… »

Ecartant ses lèvres de l’oreille de la jeune femme, la métisse frotta doucement sa joue contre une chevelure d’un noir de jais. Un geste insignifiant mais qui contribua néanmoins à dissiper légèrement l’anxiété de son amante.

« Et à la fin de la pièce, est ce que le héros et l’espionne se séparait ou bien… ? »

« Tu t’imagines que Mitsuhiko avait achevé la pièce ? Il était beaucoup trop impatient de commencer les répétitions, et de ce que je m’en rappelle, son intrigue n’avait pas l’air de suivre une direction bien définie, je crois donc que la fin reste ouverte à notre imagination… Quelle importance de toutes manières ? Ce n’était qu’un jeu, tout comme notre relation…qui devait s’achever elle aussi par une répétition, celle de ta future nuit de noce. D’ailleurs, est ce que tu te rappelles de cet après-midi là ? Celui où je t’ai fait répéter dans ta chambre ? »

« Comment est ce que j’aurais pu l’oublier ? »

Pendant quelques secondes, Ran s’immergea avec délice dans ses propres souvenirs, des souvenirs qui se traduisirent en sensations, des sensations qui donnaient naissance à des désirs, des désirs qui s’accompagnaient de sentiments, des sentiments qui se muèrent en une douce chaleur. Un simple reflet de ces interminables minutes où son propre corps s’était enflammé, tandis que ses désirs se pliaient aux caprices d’une petite métisse, des liens qui, loin de restreindre son plaisir, l’avaient tiré jusqu’à un point que son imagination n’avait fait qu’effleurer.

Avant même de s’en rendre compte, la jeune femme avait commencé à faire glisser ses mains le long de sa chemise…et des formes qu’elle dissimulait.

« Une expérience fascinante…de part et d’autre. Ca ne me déplairait pas de la renouveler… »

« Moi non plus…mais nous pourrions peut-être inverser les rôles, cette fois. Ce serait à mon tour de te caresser… et ce serait à ton tour de me prêter tes mains. »

Délaissant son propre corps, Ran posa doucement les doigts sur la main d’une métisse, cette main qui avait commencé à agripper son épaule.

« Oui…ce serait…intéressant… De cette manière, je pourrais comprendre pleinement ce que je t’ai fait ressentir, ce jour là. »

Savourant le trouble qui faisait vibrer la voix de sa compagne, la lycéenne referma les doigts sur son poignet, la forçant à écarter la main de son épaule…pour la faire glisser en direction de sa poitrine.

« Hum… Mais peut-être que ce serait plus intéressant si je demandais à Shinichi de me prêter ses mains. Tu ne crois pas ? »

À défaut de pouvoir contempler les joues que sa proposition avait du colorer d’une teinte rosâtre, Ran pouvait très bien se les imaginer, et elle ne s’en priva absolument pas, tout en pressant la paume de Shiho contre son propre sein.

« Bien sûr, ce ne sera amusant que si tu te montres aussi docile que moi, cet après-midi là… »

Brisant l’étreinte qu’elle avait elle-même initiée, la jeune femme se retourna pour faire face à son amante, et caresser son visage d’un regard qui ne dissimulait ni sa malice, ni sa gourmandise.

« Tu…te montres bien généreuse vis-à-vis de Kudo… »

« Oh mais c’est avant tout à moi que je penses. Si je l’autorise à aller jusque là, il ne le fera qu’en ma présence. »

Deux nez rentrèrent en contact tandis qu’une championne de karaté refermait ses bras sur le dos de sa proie, la privant par avance de toute possibilité de fuite.

« Tu te relègues au rôle de spectatrice quand tu pourrais être actrice ? »

« Non, ma petite Sherry, je me réserves le rôle de metteur en scène, et que ce soit l’acteur ou l’actrice, ils ne seront pas autorisé à improviser. »

Glissant les doigts dans la chevelure de la métisse, Ran les ramena doucement au niveau de son front, la forçant délicatement à relever la tête.

« Si tu n’as pas oublié notre petite répétition privée, tu dois savoir mieux que moi à quel genre de plaisir on peut retirer du corps de sa dulcinée, sans même l’effleurer du doigt. »

« Je…peux te rendre la faveur, mais je ne dois rien à Kudo. En tout cas sur ce point précis. »

Si la métisse dissimulait ses émotions derrière une moue renfrognée, la sollicitude exprimée par le visage de Ran contrastait avec la lueur de malice qui pétillait dans son regard.

« Oh ? Ca te dérangerait tant que ça qu’il te caresse ? J’aurais plutôt pensé que c’était le contraire… »

« Cela ne me dérangerait pas de me faire bénéficier de mes propres caresses…en utilisant ses mains. Et je n’ai pas besoin de t’expliquer la nuance. »

Ran adopta une expression digne de la reine du barreau lorsqu’elle avait décelé une faille dans l’argumentation de son adversaire, et se préparait à s’y engouffrer.

« Voyons… Est ce que cela te dérangerait que je te caresse, et de la plus intime des façons ? Tu m’as prouvé le contraire tout à l’heure. Est ce que cela te dérangerait que mes caresses se fassent par l’intermédiaire d’autres mains que les miennes ? Tu as reconnu que non. Est ce que cela te dérangerait de sentir les mains de Shinichi se poser sur ton corps ? Tu viens, à l’instant, de reconnaître que non, à condition que les mains de notre détective adoré obéissent à une autre volonté que la sienne. En conclusion… Est ce que j’ai besoin de t’exposer la conclusion ? »

La chimiste avala péniblement sa salive.

« Ma démonstration est parfaite, non ? Je dirais même qu’elle est digne de Shinichi. Si jamais elle est fausse, un mensonge s’est glissé dans le témoignage de ma suspecte. Et si c’est le cas, il va falloir que je recommence l’interrogatoire depuis le début. »

Après avoir écarté sa main du front de son interlocutrice, l’amie d’enfance du détective la fit doucement redescendre au niveau de son ventre, un ventre qu’elle caressa en glissant les doigts sous sa chemise.

« Je… »

« Tu voulais comprendre pleinement ce que j’ai ressenti, cet après midi là, non ? C’est une expérience fascinante et très enrichissante, surtout pour une personne timide. Un plaisir dénué de toute retenue et de toute culpabilité, puisque c’est une autre personne qui assume tes désirs à ta place. Et je ne te demande pas d’être docile avec Shinichi, seulement d’être docile avec moi, aussi docile que je l’ai été avec toi. »

Baissant les yeux face à sa tortionnaire, Shiho contempla cette main qui se rapprochait dangereusement de sa culotte, une culotte qui n’était pas dissimulée par une jupe.

« Que ce soit tes mains ou celle de Shinichi, cela ne change pas grand chose à mes petits phantasmes, mais cela ferait peut-être une différence pour tes petits phantasmes à toi, non ? Sans égratigner le moins du monde ta petite fierté… »

Un soupir s’échappa des lèvres tremblotantes d’une métisse, un soupir qui exprimait tout sauf de la lassitude, les doigts d’une lycéenne avaient franchi une ligne de tissu.

« Où…est ce que tu veux en venir ? »

« Tu ne vois vraiment pas ? Notre petit pervers adoré, tu crois que ça lui déplairait de sentir à quel point tu es docile pendant qu’il te caresse? Et si ça ne te déplait pas d’être docile sous ses caresses… Allez, il n’y a pas de honte à le reconnaître, tu sais. En tout cas, devant moi…»

Du point de vue de la scientifique, son supplice n’avait rien à envier à celui d’Ulysse. Forcé d’endurer les délices du chant des sirènes, mais en demeurant entravé par les liens que votre propre volonté avait enroulé autour de votre corps. Et la sirène qui la tourmentait ne se contentait pas de caresser ses désirs par une voix mélodieuses, elle joignait le geste à la parole, en appuyant légèrement le doigt sur le point sensible de sa proie, au sens propre comme au figuré…

« Ta propre fierté s’interpose entre tes désirs les plus secrets et ceux de notre détective ? Vous pouvez résoudre ce problème, si vous faites appel à un intermédiaire, et je suis toute disposée à tenir ce rôle… »

« Ran, je n’ai jamais dit que… »

« Oh, mais tu n’as pas besoin de le reconnaître tout haut, même pas devant moi, il suffit de garder le silence…et d’accepter ma proposition. Ce qui vous passera par la tête à ce moment là, ça ne me regarde pas… »

Jusqu’à présent, la scientifique avait été frappée du contraste entre Ran et une certaine Sonoko. Mais à l’instant présent, le contraste entre les deux meilleures amies du monde lui paraissait inexistant. Totalement inexistant…

« …mais laisses-moi te rappeler que je n’ai rien oublié de cet après-midi, rien. La moindre de tes petites tortures, elles sont restées gravées dans ma mémoire. Alors, si tu es prête à me rendre la faveur, je m’arrangerais pour que l’échange soit le plus équitable possible. »

Le plaisir de la lycéenne se superposait totalement au désarroi de sa victime, une victime qui se tortillait légèrement tandis que le doigt de sa tortionnaire avait commencé à osciller.

« Tu…tu as conscience que Kudo ne nous dois rien à ce niveau là, non ? En d’autres termes, il exigera peut-être que tu lui rendes la faveur…et pour que l’échange soit équitable, comme tu dis, il va bien falloir que je participe… »

« Oh, mais moi ça ne me dérangerait absolument pas… Est ce que cela te dérangerait tant que ça ? Même si c’était le cas, ce serait toujours à mes propres caprices que tu te plierais, pas ceux de Shinichi. »

S’écartant de quelques centimètres insignifiants d’un point de vue objectif, non négligeables du point de vue d’une métisse, Ran prit un malin plaisir à explorer les moindres recoins du corps comme de l’imagination débridée de son amante.

« Je…je pourrais exiger une compensation à mon tour… »

« Oui, ce petit jeu serait vraiment sans fin, non ? »

Réduite à l’impuissance, Shiho s’abandonna à la volupté de sentir deux corps étrangers s’immiscer entre ses lèvres, une langue et un doigt. Une intrusion qui se prolongea durant plusieurs secondes de pur délice. Et lorsqu’un semblant de distance commença à se rétablir entre les lèvres des deux jeunes femmes, il fût instantanément parcouru par un gémissement plaintif…que Ran interpréta comme une invitation à renouer le contact.



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