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Résumé : Après avoir embrassé Remus dans la calèche, nous avions laissé Harry dans une position des plus délicates puisque son oncle lui a ordonné de monter avec Greyabck dans sa chambre. Ils sont interrompus au dernier moment par l’annonce du meurtre de Polly, une des prostituées de Whitechapel. Que va faire Remus ? Comment va-t-il venir en aide à son adorable brun ?
PS : oui, je sais, ça fait très, très longtemps… Mais je n’abandonne pas, je poursuis entre mes différentes histoires. Merci de me suivre encore, merci pour vos messages, bises et bonne lecture, lilywen…
Littérature du dix-neuvième siècle
Chapitre 8 : Inspecteur Abberline
Depuis quelques jours, Remus Lupin ne dormait quasiment plus : son sommeil était presque invariablement perturbé par des cauchemars étranges et confus. L’homme aux tempes grisonnantes préférait ne plus compter le nombre de fois où il s’était réveillé dans ce lit bien trop grand, en sueur, alors que de magnifiques yeux verts émeraude le scrutaient avec accusation. Il lui semblait que cet ange de Whitechapel venait désormais hanter chacun de ces rêves pour le confronter à sa pathétique faiblesse. Lui qui était d’habitude si volontaire, si déterminé, lui qui s’était affranchi de sa propre famille, allant à l’encontre de ce que décrétaient la morale et les convenances, il ne se reconnaissait plus. Pire, il se détestait pour cela. Il avait été tellement lâche, une nouvelle fois.
Il y a maintenant plus d’une semaine, il avait demandé à Dobby de faire préparer de toute urgence la calèche puisqu’il ne supportait plus de rester oisif dans le manoir des Snape, à attendre des nouvelles improbables de Severus et Sirius. S’il avait été complètement honnête, il aurait simplement admis que ce qu’il désirait plus que tout au monde était de retrouver Harry, qu’il se mourrait de ne pas savoir ce qu’il devenait dans cette sordide auberge. Il ne supportait pas d’être aussi loin de lui, de ne pouvoir le toucher, l’embrasser. Il n’en pouvait plus de penser sans cesse à cette pourriture malfaisante de Greyback et à tous ces hommes qui prenaient cet ange comme une vulgaire putain. Le cocher de Severus, l’affable Ted Tonks, l’avait donc conduit jusqu’à Whitechapel et avait retrouvé assez facilement Harry alors que le petit brun se dirigeait vers Anbury Street, il était accompagné d’une des protégées de Miss Figg, la rouquine Marie Jane kelly que Remus avait aussitôt reconnue.
Son cœur avait battu si vite à l’idée qu’Harry refuse catégoriquement de monter dans la calèche, mais rien ne s’était passé comme il l’avait craint dans un premier temps. Le joli brun l’avait rejoint sans faire d’esclandres, il en aurait pourtant eu tous les droits car Remus l’avait abandonné sans crier gare le matin même où il l’avait embrassé, rompant cruellement toutes les promesses qui lui avait faites depuis leur première rencontre. Harry s’était simplement assis face à lui, silencieusement et il l’avait fixé avec ce regard un peu perdu, le garçon était visiblement très surpris de le revoir, comme si Remus avait été un fantôme revenu d’un lointain passé oublié. Pendant de très longues minutes, aucun des deux n’avaient osé parler. Le silence ponctué par les trépidations de la calèche avait quelque chose de dérangeant et Remus avait fini par le rompre en bredouillant péniblement le prénom du garçon. Il ne savait pas exactement quoi dire, des excuses peut-être, mais en découvrant la rage à peine contenue, la colère qui brillaient dans les yeux flamboyants, il arrêta sa pitoyable tentative d’explication. Harry pinçait furieusement ses lèvres pour ne pas hurler contre lui et Remus le trouva simplement magnifique. Il avait vu le gamin se lever brusquement, dans le but évident de le laisser mais un mouvement de la calèche l’avait fait tomber contre lui. Il était fasciné par son odeur douce, par son corps gracile, par son visage délicat. Cette proximité était ce qu’il avait espéré depuis qu’il l’avait abandonné dans la chambre 16, il en avait rêvé presque chacune nuit depuis son départ.
Remus avait alors compris que ce qui n’aurait jamais dû arriver, était simplement inévitable, inéluctable, comme un jeu du destin dont il était la pathétique marionnette. Il avait resserré, presque inconsciemment, sa prise sur le corps juvénile, son regard semblait comme accroché à celui si vert, si puissant, il était comme hypnotisé. Harry s’était redressé légèrement et l’avait embrassé, naturellement. Une seconde fois. C’était encore plus fort, bouleversant. Il avait répondu avec ferveur, oubliant où il était, oubliant qu’il salissait cet ange, comme les autres. Sa langue le découvrait dans une caresse extraordinaire. Ses mains glissaient avec frénésie sur ses hanches, sur ses fesses et progressivement, il l’avait poussé contre la banquette, le bloquant de toute la force de son corps, le dominant complètement. Même maintenant, il ne saurait expliquer son emportement inconsidéré mais il avait brusquement réalisé qu’il n’agissait pas différemment des autres, qu’il était prêt à prendre le garçon, dans une calèche, juste pour combler cette sensation qui le rendait complètement fou depuis des semaines. Il le traitait comme tous les autres le faisaient, ni plus, ni moins et il s’était reculé aussitôt, effrayé. Depuis, il ne pouvait oublier… Il était hanté par le regard émeraude qu’Harry lui avait adressé. Il l’avait blessé. Encore. Cruellement. Il ne se le pardonnait pas.
Pourquoi Diable n’avait-il pas saisi cette occasion unique lorsqu’Harry avait accepté de monter dans la calèche ? Il aurait dû parler avec l’adolescent, s’expliquer avec lui, le convaincre et fuir, partir pour la France, la lointaine Amérique, les Indes, peu importe, il aurait dû le sortir de ce quartier miséreux avant qu’il n’arrive malheur au jeune garçon mais non, à la place, il avait cédé à la tentation, trahissant ainsi la mémoire de James, traitant Harry comme une putain de Whitechapel, piétinant le peu de respect qu’il pouvait encore avoir de lui-même. Il plaidait coupable pour toutes les charges retenues. Il avait l’impression insupportable de l’avoir pratiquement forcé. Bien sûr, il avait conscience qu’Harry ne s’y était pas opposé le moins du monde mais ce doute persistait. Après tout, le garçon n’avait jamais appris que cette réponse chez les Dursley, toujours répondre aux désirs des hommes qui croisaient son chemin, céder aux moindres de leurs caprices, sans jamais penser à son propre bien-être, à son bonheur. Il n’avait pas agi autrement avec Remus, il se rappelait parfaitement comment Harry avait commencé à se dévêtir dans la chambre 16, simplement parce qu’il était furieux de ce qui s’était passé avec Greyback et qu’il s’était emporté contre lui. Harry se comportait toujours comme s’il s’excusait d’être ce qu’il est et Remus maudissait chaque jour davantage cette soi-disant famille qui avait brisé cet enfant, ne lui apprenant jamais que la soumission, la terreur.
Même s’il reconnaissait l’incohérence de son raisonnement, il avait également reporté une grande partie de sa colère sur Severus. L’ancien bras droit de Lord Riddle lui avait fait promettre de ne rien tenter d’inconsidéré avant son retour et l’homme se maudissait maintenant d’avoir accepté cela si facilement. Quand allait-il revenir avec Sirius ? Dans un jour, dans un mois, dans un an… A l’époque de sa promesse, il ignorait la situation dans laquelle se trouvait Harry. Après tout, lorsqu’ils avaient mis au point leur plan à Paris, Severus et lui n’avaient qu’une seule certitude, obtenue grâce aux confidences de Nott sur son lit de mort : le garçon était encore vivant. L’avocat avait bel et bien fait croire au Lord durant toutes ces années que l’enfant s’était enfui peu après le départ des Potter pour les Indes, disparu à tout jamais dans une quelconque ruelle sombre de Londres. Ils en avaient naturellement déduit qu’Harry était heureux, quelque part, auprès de la famille de sa mère. Combien de temps pouvait-il encore attendre, sachant tout ce qu’endurait le garçon ? Il ne le supportait plus, il ne se supportait plus.
Oh, bien sûr, il connaissait parfaitement les arguments de Severus pour les avoir entendus si souvent lors de leur retour vers Londres. Il ne devait surtout rien tenter, aux risques d’attirer l’attention de Riddle sur l’existence encore secrète d’Harry. Il fallait d’abord prouver l’innocence des Potter et de Sirius dans cette sombre histoire de corruption, faire tomber cette accusation de haute trahison envers la couronne anglaise, lever les charges pour complicité et arrangement illicite avec la France dans le commerce des soieries. S’il parvenait à cela, il pourrait sortir Harry de cet enfer, le protéger du machiavélique lord… Tout cela, il le savait, mais c’était sans compter sur ce qu’il avait découvert en séjournant dans l’auberge des Dursley. La condition détestable du joli brun, vendu au plus offrant, maltraité par son oncle sous l’œil bienveillant de la sœur de Lily. Il y avait aussi les derniers événements…
Remus se releva du large canapé qui trônait majestueusement dans le vaste salon. Il se dirigea vers la porte du fond donnant sur la salle de réception, là où se déroulaient les repas mondains chez les Snape. Il traversa rapidement l’espace qui le mettait généralement mal à l’aise de part sa magnificence exagérée. Il emprunta le long corridor ; depuis son installation dans le manoir, il avait parfois la désagréable impression que les portraits des ancêtres qui décoraient les murs de chaque côté, le suivaient du regard et l’observaient. Il accéléra encore le pas et referma la porte de la petite bibliothèque bureau qui était devenue une sorte de refuge pour lui, dans ce manoir oppressant. Tout y était plus cosy, plus confortable. Les meubles aux couleurs sombres, les tentures vertes foncées lui donnaient l’impression d’un lieu hors du temps. Il s’installa avec nonchalance sur l’un des fauteuils près de la petite cheminée et attrapa sur la table basse la pile de journaux qui avaient été déposés avec soin par Dobby. C’était devenu presque un rituel pour lui, il compulsait presque frénétiquement tous les articles, à la recherche de la moindre information sur Whitechapel, c’était pathétique, c’était son seul lien avec Harry désormais.
Il avait découpé de nombreuses coupures de presse après cet événement qui avait marqué ce début du mois de septembre. Cette femme, déjà marquée par une vie de soumission, de pauvreté, avait croisé le chemin d’un monstre. Curieusement, il avait aussitôt repensé au meurtre qui l’avait tant perturbé au cours du mois d’août. Objectivement, sans la présence d’Harry, peut-être aurait-il seulement vaguement prêté attention à tout ceci, il aurait réagi comme la plupart des Lords de Westminster qu’il croisait lorsqu’il se promenait dans Hyde Park. Cela aurait alimenté quelques conversations polies sur les mœurs dévoyées de cette femme qui justifiaient presque sa mort prématurée. Il était pourtant bien loin de cet état d’esprit car lorsqu’il pensait à cette dénommée Polly tuée dans des circonstances plus que douteuses, ses souvenirs le ramenaient inexorablement vers Harry.
Comme le garçon, elle n’avait pas d’autres choix pour survivre que de se vendre et probablement que le meurtrier était un client quelconque ou alors s’agissait-il d’un règlement de compte organisé par le gang des Old Nichols. Forcément, cette simple pensée le ramenait à cette brute qui l’avait contraint à abandonner l’ange brun. Que lui faisait-il endurer maintenant ? Est-ce que le tenancier avait cédé aux exigences de cette immonde pourriture ? Le temps de son séjour, Remus avait tenté de mener sa propre enquête sur Greyback, le vieille Miss Figg l’avait d’ailleurs bien aidé dans sa tâche. En fait, il avait découvert que les Old Nichols faisaient régner un régime de terreur sur l’East End, sous l’égide d’un homme mystérieux que les filles de Whitechapel dénommaient ‘Voldemort’.
Dix heures sonnèrent dans la petite pièce et Remus se cala un peu mieux dans le fauteuil, rejetant sa tête en arrière, contre le dossier. Son invité serait bientôt là, il en saurait enfin un peu plus sur toute cette sordide histoire et il n’eut guère le temps d’approfondir ses pensées que deux légers coups furent portés contre la porte en chêne massif. Remus pesta légèrement et se redressa vivement :
« Entrez ! »
La silhouette longiligne de Dobby apparut l’instant suivant dans l’encadrement, il se tenait droit, dans une attitude presque défensive et Remus s’en voulut aussitôt. Il ne cessait de rabrouer le pauvre domestique qui pourtant, s’acquittait remarquablement de sa tâche, répondant à la moindre de ses exigences :
« Pardonnez-moi, Monsieur Lupin.
- Ce n’est rien, Dobby, j’étais juste préoccupé. Qu’y a-t-il ?
- Monsieur, votre invité est aux grilles du manoir.
- Comment ? »
Remus s’était brusquement relevé, à la fois fébrile et impatient. Il savait que si Severus apprenait sa démarche, il le tuerait probablement mais il ne pouvait rester assis, les bras ballants alors que la vie d’Harry était peut-être menacée.
« Bien, faites-le entrer tout de suite et conduisez-le jusqu’ici. »
Le domestique se retourna prêt à accomplir sa mission mais s’arrêta lorsque la voix de Lupin reprit fermement :
« Amenez-nous du thé et quelques collations, ainsi que tout le dossier vert qui doit se trouver dans ma chambre, sur le bureau.
- Bien, Monsieur… »
La porte se referma et Remus ne put retenir un profond soupir de soulagement. Il se sentait aussi curieusement excité, pressé de pouvoir enfin agir. Bien sûr, il ignorait encore s’il pourrait faire confiance à cet homme mais d’après quelques relations à Scotland Yard, il était un homme droit, honnête.
Il tournait tel un lion en cage, les secondes lui paraissaient des minutes, les minutes des heures. Lorsque finalement il entendit de nouveaux coups contre la porte, il se retint de justesse de se précipiter pour l’ouvrir. Dobby s’effaça devant l’autre homme, il était plutôt bien fait de sa personne, malgré quelques mèches grisonnantes qui marquaient ses tempes, il devait avoir une quarantaine d’années. Remus s’avança vers lui et désigna presque machinalement les deux fauteuils qui se faisaient face, enjoignant muettement son invité à y prendre place. Dobby fit une légère révérence avant de s’éclipser, laissant les deux hommes, seuls, dans un silence étrangement pesant.
Sans doute par habitude professionnelle, l’inspecteur scrutait le moindre détail de la pièce, les livres luxueux classés dans la bibliothèque, le tapis persan, les tentures… Remus se racla brièvement la gorge et commença d’une voix qu’il espéra assurée :
« Inspecteur Abberline… C’est bien cela ?
- Oui, Monsieur. Cependant, puis-je me permettre de vous demander, Monsieur Snape… »
Remus se sentit encore plus mal à l’aise et il l’interrompit, avec difficulté :
« Non… Je… Vous êtes bien au manoir des Snape. Severus est actuellement en voyage d’affaire et je suis un ami de la famille, Remus Lupin, Inspecteur Abberline.
- Bien… Sauf votre respect, pourrais-je savoir pourquoi vous m’avez instamment convié ici-même, Monsieur Lupin ?
- Je… Etes-vous, Inspecteur, l’homme en charge de l’enquête de Whitechapel ? »
L’homme sembla aussitôt sur la défensive, surpris par la question inattendue de son hôte, il allait répondre lorsque quelqu’un frappa à la porte de la bibliothèque. Remus sembla prodigieusement agacé par cette interruption mais n’osa émettre le moindre commentaire alors que le domestique posait élégamment un plateau sur la table basse. Une théière d’où s’échappait l’odeur prenante d’un Earl Grey fumant, des pâtisseries appétissantes et deux tasses en porcelaine de chine composaient l’ensemble. Dobby se redressa et tendit avec fermeté une pochette de documents à l’ami de son maître, avant de déclarer :
« Y a-t-il autres choses, Monsieur Lupin ?
- Non, Dobby, c’est parfait, qu’on ne nous dérange sous aucun prétexte, est-ce bien clair ?
- Oui, Monsieur Lupin. »
Le serviteur disparut dans une dernière révérence polie à destination des deux hommes et la porte claqua, les laissant seuls pour la seconde fois.
« Hmmm… Désirez-vous… Une tasse de thé ? »
L’inspecteur hocha de la tête et Remus s’empressa de verser le thé dans une des tasses, il la tendit ensuite à son vis-à-vis. Il fit de même pour lui, avant de se caler plus confortablement dans le fauteuil, il allait reprendre mais visiblement, l’homme n’était pas du genre à s’embarrasser de politesses excessives et surannées :
« Monsieur Lupin, pourrait-on en venir à la raison de ma présence ici ? Est-ce lié aux crimes de Whitechapel ? »
Remus sentit aussitôt qu’il devait jouer franc jeu avec lui, il avait un regard honnête qui ne pouvait tromper, qui ne savait mentir, ce qui le rassura grandement.
« En partie, oui…
- C’est-à-dire ?
- J’ai moi-même passé quelques temps à Whitechapel. »
Cette simple déclaration eut le mérite de faire réagir Frederick Abberline qui regarda Remus avec une curiosité évidente, ce n’était pas tous les jours qu’un membre de la bonne société admettait sans aucune équivoque fréquenter ce quartier. Bien sûr, il savait que les aristocrates allaient s’encanailler là-bas, dès que leur femme partait quelques jours dans leur maison de campagne, mais jamais, il n’en était fait mention. Remus coupa court au cheminement des pensées de l’inspecteur avec empressement :
« Ce… Ce n’est pas ce que vous croyez.
- Vraiment ? »
L’incrédulité était clairement lisible dans la réponse d’Abberline.
« Je sais que vous devez probablement penser que je vous ai fait venir pour cacher quelques histoires scandaleuses, en liaison avec cette pauvre femme retrouvée morte. »
Le simple fait de parler en des termes si prévenants d’une putain de Whitechapel troubla l’inspecteur ; d’habitude, les Lords de Westminster parlaient avec tellement de suffisance des petites gens. Il ne comprenait pas très bien cet inconnu, il semblait étrange, différent peut-être.
« Alors que faisiez-vous à Whitechapel et pourquoi m’avez-vous fait venir jusqu’ici si vous n’étiez pas lié à cette femme ?
- J’ai passé plus d’un mois dans une auberge de ce quartier…
- Un mois ? Pourquoi donc ?
- C’est une histoire compliquée, mais il me faut votre parole de gentleman de ne jamais dévoiler de façon inconsidérée ce que je m’apprête à vous dévoiler, il y va de la vie d’un jeune garçon. »
Au moins, Abberline semblait attentif et il avait réussi à capter toute son attention. Son visage paraissait encore plus soucieux, ses rides légères au bord des yeux se dessinaient encore plus, il hocha finalement la tête :
« Je vois… Qui est ce jeune homme ? Et surtout, qu’est-il pour vous ?
- Harry Potter, le fils d’un de mes meilleurs amis. Ses parents sont morts, il y a bien des années lors d’un voyage aux Indes. Je ne prendrais pas la peine de dévoiler ici tous les motifs qui font que ce garçon, ancien héritier d’une des plus riches familles anglaises, s’est retrouvé à Whitechapel… De toute façon, il vous faudrait peu de temps pour trouver trace de cette affaire dans les archives de Scotland Yard. Cependant, je veux vous informer de certaines choses concernant Whitechapel, en échange de votre promesse que vous veillerez sur lui.
- Sur Potter ?
- Oui.
- Pourquoi ne le faites-vous vous-même s’il vous importe autant ?
- Connaissez-vous les Old Nichols ? »
Le rire grave d’Abberline surprit quelque peu Remus mais l’inspecteur se redressa et reprit sans attendre, assez agacé :
« J’enquête sur des filles de Whitechapel !
- Excusez-moi, ma question était effectivement stupide.
- Certes, se pourrait-il qu’un Lord tel que vous ait eu maille à partir avec cette organisation ?
- Disons que j’étais auprès d’Harry, je veillais sur lui, à la demande de mon ami, Severus Snape, mais j’ai dû fuir le quartier à cause d’une menace sérieuse des Old Nichols sur le garçon. Il voulait me viser par son intermédiaire.
- Quel lien avec mon enquête ?
- Peut-être aucun… Sincèrement, je l’ignore, c’est juste un pressentiment. Ecoutez, Harry connaissait très vraisemblablement cette femme. Il traîne souvent au Britannia et au Ten Bells et je n’ai pas besoin de vous préciser que la plupart des filles s’y rejoignent.
- Et quelles informations vouliez-vous me donner ?
- Juste les résultats de mon enquête. Un mois à observer, à noter toutes les malversations de Greyback…
- Qui vous dit que je suis intéressé ? J’ai également mon réseau d’indicateur…
- Tenez. »
Remus tendit le dossier vert que Dobby lui avait apporté il y a seulement quelques minutes. Pendant un temps qui parut une éternité, il crut que l’inspecteur refuserait son aide, n’acceptant pas de consulter toutes les informations qu’il avait accumulées au fil des semaines.
« Prenez. Je me fiche de ce qui peut m’arriver, même si Severus me tuera probablement pour cela, je veux simplement que vous ayez toutes les cartes en main pour que ces crimes cessent et surtout qu’Harry ne soit pas la cible de ces pourritures. Protégez-le, c’est tout ce que je vous demande. Rien d’autre. »
Frederick semblait hésiter réellement. Son esprit avait la désagréable sensation de se laisser corrompre par cet homme qui lui était inconnu mais une autre part de lui-même était persuadée que le Lord était sincère avec lui, qu’il se souciait de ce gamin de Whitechapel plus que de tout au monde. Ses yeux dorés brillaient étrangement à chaque fois qu’il prononçait son prénom. Il s’empara brusquement de la pochette et détacha le lien qui retenait les documents. Il la positionna du mieux qu’il put sur ses genoux, dans un équilibre précaire. Les premières feuilles étaient découpées dans les journaux de ces derniers jours, il relut brièvement quelques passages du Times :
« Abomination dans l’East End. L’œuvre du démon. L’enquêteur de Scotland Yard, Frederick Abberline s’est rendu ce matin-même dans Buck’s Row où a été découvert le corps de la victime au beau milieu de la nuit. Une femme d’une quarantaine d’années, Mary Ann Nichols dite Polly a été retrouvée la gorge tranchée, la langue lacérée et l’abdomen entaillé. Malgré les consignes de la police londonienne, certains éléments de l’enquête n’ont pu rester confidentiels. Ainsi, nous avons appris que parmi les abominations de ce crime, les organes génitaux de la victime étaient également profondément entaillés, sans doute en raison de l’activité illicite que pratiquait cette femme depuis de nombreuses années… »
Abberline ferma un bref instant les yeux, les souvenirs du corps revenant aussitôt à sa mémoire, comme des flashs qu’il n’arrivait pas à gérer. Il avait déjà vu de nombreuses scènes de crime depuis toutes ces années au service de Scotland Yard, mais, ce meurtre dépassait largement tous les autres, par la cruauté dont avait fait preuve l’assassin, cet acharnement incroyable à détruire, à salir cette pauvre femme. De par sa longue expérience, il avait réalisé en fermant délicatement les paupières encore ouvertes de Polly qu’il était confronté à un déséquilibré comme jamais il n’en avait croisé, c’était une certitude. Il avait compris aussitôt que cette affaire ne serait pas comme les autres pour lui, qu’elle serait même l’enquête de sa carrière.
Il reprit sa lecture, faisant défiler les articles des journaux du plus récent au plus ancien. Toutes les coupures étaient classées avec grand soin, quelques passages étaient annotés. L’écriture de Lupin était fine, légèrement penchée vers la droite, soigneuse, digne et élégante - honnête. Il avait lu un ouvrage français, il y a quelques années, une étude très récente qui tendait à prouver que l’écriture était un révélateur du caractère d’un homme, beaucoup donnaient peu de crédit à ces nouvelles théories scientifiques, lui, il pensait que c’était là que se trouvait l’avenir de sa profession. Perdu dans ses pensées, il s’arrêta brusquement devant un autre article qui ne concernait pas Mary Ann Nichols mais Martha Tabram. Il fixa aussitôt son regard vers Remus Lupin, ne pouvant masquer sa surprise :
« Pourquoi avez-vous joint des articles sur cette autre femme ? Je n’étais pas responsable de cette enquête.
- Oui… Je le sais… J’avais quitté précipitamment Whitechapel peu de temps avant ce meurtre et à l’époque, je lisais absolument tout ce qui me permettait d’en savoir un peu plus sur l’East End, les opérations immobilières comme les plus sordides faits divers. J’ai gardé tous les articles concernant Martha Tabram… Même s’il n’y a aucun lien. Je ne voulais pas les jeter, en mémoire de cette femme... Je ne pouvais pas. »
Remus se sentait épié par l’inspecteur qui le fixait comme s’il pouvait ainsi lire ses pensées les plus profondes. Abberline toussota légèrement, il hésitait mais il sentit que c’était là une chance pour lui de confronter enfin ses théories.
« J’ai déjà avancé l’idée auprès des mes supérieurs que ces deux meurtres étaient peut-être liés. Il y a des similitudes… Enfin, je ne saurais comment vous l’expliquez, c’est la première fois que je vois quelque chose d’aussi effrayant. »
Remus trembla, presque inconsciemment. Jamais, il n’avait pensé qu’un homme pouvait tuer de façon si cruelle, si sordide, de façon répétée, mais Abberline semblait réellement très sérieux. Il n’osa contredire l’homme aux tempes grisonnantes qui reprit sa découverte du dossier. Lupin avait également mis quelques articles économiques sur le projet de réhabilitation des docks londoniens et l’East End par quelques sociétés immobilières. En somme, rien de bien important mais, c’était pourtant là tout ce qui le reliait encore à son tendre Harry et il s’accrochait désespérément à cette idée.
Le silence devint de plus en plus pesant, Remus se tordait convulsivement les mains. Il n’avait jamais été un ardent défenseur de la religion, il se serait même défini comme athée, mais, alors que l’inspecteur lisait assidument le dossier qu’il avait composé, il pria Dieu de toute son âme, il le supplia pour qu’Abberline protège son ange mieux qu’il ne l’avait fait jusque là, qu’il vienne en aide à Harry avant que Greyback et ses accolytes ne le brisent définitivement. Il ne pouvait pas le perdre, pas alors qu’il l’avait tout juste retrouvé, il fut sorti de ses pensées lugubres par la voix profonde de l’enquêteur :
« Vous m’avez demandé la plus grande discrétion concernant cette affaire, n’est-ce pas, Monsieur Lupin ?
- Oui… Harry est probablement en danger pour une toute autre raison et son identité doit à tout prix rester secrète. Il ne faut pas que les journaux apprennent l’existence du descendant des Potter, ni qu’ils dévoilent où il se trouve, mais j’ai peur pour sa vie…
- Je crois que nous allons travailler ensemble si vous le souhaitez toujours, Monsieur Lupin. »
A suivre…