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Prologue
C’était Georges qui l’avait trainé à cette fête Moldue. Pour mettre une touche finale a leur dernier été en tant qu’étudiants. Dans un an, ils seraient enfin libres; il avait su utilisé des arguments percutants.
Il avait parlé de jolies filles, d’alcool, de musique, de sexe.
Comment résister?
Fred avait fait enrager Ron, passé un jean, et l’avait suivi. Ils avaient transplaner, dans le noir, jusqu'à la place d’une ville voisine; la chaleur de l’été était moite; il y avait des lanternes accrochés aux arbres, et la mélopée que crachait des enceintes primitives était chaude, sensuelle, langoureuse; Georges, les cheveux en arrière, son T-shirt très sobre froissé par la brise, s’était immédiatement écarté de son frère; Fred s’était retrouvé seul, les mains dans les poches, les mèches rousses et rebelles de sa chevelure retombant sur son front, sa chemise blanche brillant dans la nuit. Il regardait autour de lui en mordillant ses lèvres.
Il laissa vagabonder son regard sur la foule en jurant. Il attendait l’alcool, le sexe; si il ne flirtait pas ce soir, il allait faire la peau à Georges.
C’est alors qu’il rencontra le regard sombre et brillant d’une de ces «jolie fille» qu’on lui avait promis. Il sentit son souffle se tarir en la voyant. Elle était au cœur d’un cercle de curieux et dansait. C’était une Moldue, mais il émanait d’elle une magie infernale, une de ces aura mystique et sublime qu’on confère aux déesses.
Fred ouvrit la bouche; elle lui sourit immédiatement, mais son visage disparut dans sa danse, revint; et chaque fois, ses yeux noirs rencontraient ceux, émeraudes, de Fred, et elle souriait.
Elle était…
Sublime.
Peut-être était-ce la douce lumière dorée, ou la chaleur de la nuit; mais sa peau, qu’il voyait ambrée, dorée, prenait les reflets délicieux des égyptiennes; ses lourds cheveux noirs, aux ondulations épaisses et paresseuses, virevoltaient dans sa valse endiablée; Ses cils vertigineux laissaient jouer des ombres sur ses joues; Ses prunelles noires, ou noisettes, immenses, soulignées de khôl, étaient envoûtantes, hypnotiques; elle avait des lèvres charnues, lascives, couleur de framboise; et son corps, son corps ondulait sur la musique, ondoyait magnifiquement, suivait le rythme, l’attirait.
Il avança d’un pas, et il haletait, abruti par la vision féerique de cette créature irréelle.
Par Merlin! Elle ressemblait à un fantasme. A une fantaisie. Comme si la luxure, dans un instant de bonté, lui avait permis d’effleurer de son regard impur la perfection de la sensualité charnelle faite femme. Il ne sentait plus son cœur, tant il battait vite.
Il la détailla, sans vergogne, sans discrétion, et sentait le regard sombre et oriental qu’elle posait sur lui lorsqu’elle arrêtait de tourner sur la musique. Elle portait une robe, une de ces robes superbe et éclectique qu’ont les gitanes; et le tissu roulait sur ses jambes nues, vaporeux, collant a son corps moite; il n’en voyait pas tous les plis, toutes les facettes, mais elle alourdissait encore cette impression de maléfice, de péché délicieux qui émanait d’elle. Son corsage, rond et léger, était aussi lumineux que sa peau, comme de l’or en fusion; froncé, plié, il mettait en valeur les formes pleines, la taille fine de la danseuse; il se rattachait délicatement a ses épaules par une cordelette d’or, qui passait comme un serpent d’Afrique, mince et doré, sur sa peau, enserrait le haut de ses bras, et chutait dans son dos vers ses reins, sans s’encombrer de tissus; Sa jupe, s’évasant en plusieurs jupons tons sur tons, se divisait en un camaïeu de rouge, pourpre, lit-de-vin, rappelant ses lèvres écarlates et son charme aguicheur; ses longues jambes fines, ses petits pieds ornés de ballerines d’or, tout était parfait, rêveur, fantasmagorique; Il s’avançait encore, et ses yeux se voilaient lorsque le dos nu et mat de la jeune fille passait devant lui. Il était si proche, maintenant, qu’il aurait pu la toucher. Il remarqua des bracelets tintinnabulants à ses poignets et une chaîne d’or a son cou; le pendentif se perdait sous son corsage. Il rencontra une nouvelle fois le regard de la fille. Elle arrêta soudain de tourbillonner et jeta ses bras ronds autour de son cou.
Il passa ses mains sur sa taille, et ils ondulèrent sur la musique, les bouches proches, les yeux scellés, le souffle mêlés, collés, serrés, écumant de désir, de chaleur, inconnus et subjugués.
Il l’embrassa rapidement.
Il y avait dans leur baiser un tel magnétisme, une telle passion, une vigueur déferlante, un irrésistible rapport de force; La jeune fille le faisait reculer, mordillait ses lèvres, tout en ondulant au son de la musique; elle croisa ses poignets sur la nuque de Fred, en laissant ses doigts languides retomber; Il serra sa taille contre lui, ferma les yeux; La lumière disparut derrière ses paupières; il y eut un bruit de porte qu’on pousse doucement, et ils continuaient a reculer a l’aveuglette, imbriqués l’un à l’autre, terriblement aimantés.
-Ici.
Sa voix le fit frissonner: elle avait une voix aux accents suaves et bas, un timbre de reine, de Cléopâtre, impérieuse, tigresse. Il buta contre un lit, jeta un bref coup d’œil au meuble drapé de vert, et s’y assit pour attirer la fille contre lui.
Il desserra la ceinture d’or dans le noir; Elle fit passer la cordelette d’or par-dessous ses bras, et sa belle robe tzigane tomba a terre comme des pétales autour d’une rose rouge; la corolle de tissus enjambée, elle s’assit sur lui, a califourchon, et il laissa glisser ses yeux sur la dentelle écarlate de ses sous-vêtements, et sur l’or brillant de son collier; elle glissa une main sous sa chemise, sur son épaule, effleurant sa joue de ses lèvres ourlées, sa lourde crinière noire ondulant dans son dos; il prit entre ses beaux doigts tremblants le pendentif ovale et sculpté qui vacillait entre les seins de la danseuse, et le regarda lentement, comme pour la laisser languir; il l’ouvrit d’une pression du pouce, et vit au creux du bijou un N ouvragé.
Elle lui prit le pendentif des mains et le laissa retomber sur sa gorge, et il se logea dans un pli de son soutien-gorge; elle se pencha de nouveau sur lui, sa crinière sombre formant un voile soyeux autour de son visage ambré, et dit de sa voix souveraine et basse:
-Je m’appelle Niahm.
Il la fit rouler sur le lit et n’en demanda pas plus.