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Troisième Chapitre
" Seth! Restez assis la plaie risque de s´ouvrir!"
Le paladin n´eut pas le temps de répondre que les mains de la princesse parcouraient ses hanches, resserrant les bandelettes de tissu.
Seth observait ces doigts fins, couverts de sang séché, son sang ...
Il ne faisait aucun doute qu´elle avait passé une bonne partie de la nuit à le veiller, pansant ses blessures.
" Ne vous en faites pas Madame, tout va bien je vous remercie."
La douleur crispa son visage quand il se releva en s´aidant du tronc.
Il se traîna tant bien que mal jusqu´au cheval.
" Il nous faut reprendre la route Votre Altesse, les soldats de Grado sont à nos trousses et nous ne serons hors de danger qu´une fois à Frelia, mieux vaut passer la frontière le plus vite possible."
Ce disant, il décrocha un fourreau de sa selle et le tendit à la Princesse.
" Le pays n´est plus sûr, bandits et autres malfrats doivent profiter de la situation et errer de village en village, vous devez impérativement être armée en toutes circonstances."
Eirika tira sur un manche ouvragé, découvrant une rapière.
" - Savez vous manier l´épée?
- Oui, Ephraim a consacré des heures à mon n´est pas d´un naturel enthousiaste mais s´est déclaré satisfait de mes résultats.
- Très bien, nous pouvons donc y aller. "
Ils reprirent la route à travers les bois leur fuite prenant des allures de promenade champêtre. Les arbres, unis en un tunnel vert offraient un ombrage relatif aux voyageurs, leur épargnant la chaleur de ce début de journée.
Seth maniait les rênes et tenait bon malgré les quelques nausées qu´occasionnaient ses blessures, quelques peu apaisées par deux mains jointes sur sa taille.
Leur propriétaire promenait vaguement son regard alentours, luttant contre une angoisse qui ne cessait de croître.
Son père, son frère...autant de sujets d´inquiétude auxquels elle préférait se soustraire.
"Je suis...contente d´avoir pu faire votre connaissance...L..."
Trois quarts d´heure plus tard, ils débouchaient sur une immense plaine. Verdoyante mais dépourvue d´arbres, elle était traversée par la petite rivière Mulan qu´enjambait un modeste pont de pierres taillées.
" Nous y sommes Madame, la frontière... Passé ce pont nous serons à Frelia " , déclara Seth qui tenait le cheval par la bride.
Eirika toujours en selle observait cette terre, dont le silence n´était troublé que par le souffle d´air qui agitait ses cheveux...quoique.
" Mais Général, n'entendez vous pas quelque chose? "
En effet, des bribes de rimes grossières retentissaient, lointaines dans la lande. Seth fronça les sourcils.
" Mettons nous à couvert. "
Un imposant rocher fit office de refuge.
Ils s´accroupirent sans bruit en tendant l´oreille.
L´écho se faisait plus proche, Eirika pouvait à présent entendre clairement les paroles d´un hymne paillârd fredonnées par un groupe d´individus mâles visiblement emêchés. Se hissant, elle aperçut les chanteurs, au nombre de trois.
En tête, deux paysans de robuste constitution, chargés de lourds sacs de toile. L´un deux buvait au goulot d´une bouteille d´alcool.
Un homme plus grand encore, leur chef sans doute, fermait la marche, un peu en retrait. Mais! leurs vêtements!...
Eirika plaqua une main sur sa bouche réprimant une exclamation et s´assit, choquée.
Seth qui ne comprenait pas regarda à son tour et marqua un temps d´arrêt.
Ces hommes...étaient des brigands.
Probablement réjouis par leur dernier pillage qui semblait avoir été fructueux.
Ils arboraient fièrement des parures, ôtées aux cadavres de leurs adversaires...des épaulières, un bouclier et même une épée, portant les armoiries rouge et or de la Maison de Renais.
Les trois compères avaient été achetés par les soldats de Grado et, en l´échange de quelques informations , avaient eu la vie sauve, s´en tirant à bon compte avec le pillage d´un village dévasté ainsi que de ses morts. Sinon comment auraient ils pû l´emporter sur les troupes de l´armée?
Des traîtres... qui buvaient à la chute de leur patrie...
Le paladin se leva calmement et ôta sa lance de la selle.
" - Restez à l´abri Madame, je m´occupe de ces lâches.
- Mais...vous n´allez tout de même pas...dans votre état...
- Il est de mon devoir de venger mes camarades. "
Il avança à couvert jusqu´à être à hauteur des bandits et attendit qu´ils le dépassent. Là, il bondit hors de sa cachette et transperça le premier corps qu´il rencontra. Alertés par les cris de leur chef les deux sous fifres se retournèrent. Le temps qu´il réalisent, l´un des deux avait reçu un violent coup sur la nuque.
Restait l´homme à la bouteille. Dernier à boire, il était moins soûl que les deux autres et d´instinct tapa devant lui avec sa bouteille. Malheureusement, le hasard fit qu´il touchât le flanc du général, à l´endroit même de sa blessure. La douleur le stoppa net dans son geste et sa lance tomba au sol. Les genoux à terre il serrait son ventre , pris de nausée.
Le bandit allant au plus simple leva son arme de fortune prêt à la fracasser sur le crâne du jeune homme mais...
CRAC
Il mordit la poussière, découvrant une rapière figée dans son dos.
Eirika réprima un gémissement de dégoût devant ce spectacle.
Choquée, elle essayait de dégager son arme mais n´y parvenait pas, tirant et secouant sa rapière dans la chair du mort.
Seth qui s´était relevé, toujours mal en point mais dont la nausée s´était estompée s´approcha.
Il posa sa main sur la sienne, pivota légèrement puis sortit la lame sans mal.
" - Un coup bien ajusté Madame" , dit -il avec un faible sourire, l´épée s´était fichée dans sa colonne vertébrale. Il planta la rapière dans le sol pour en ôter le sang et la tendit, brillante de nouveau à sa propriétaire.
- Merci, Votre frère serait fier de vous.
- ... Alors ...c´est ça la guerre... "
- ...
- Je... ne m´attendais pas à tant de barbarie... pourquoi... pourquoi tout cela? Ne peut-on pas régler cette histoire pacifiquement par le dialogue? ... "
Eprouvée par le combat, son premier combat , elle tremblait un peu ses yeux commençaient à la piquer.
" Mais...je n´abandonnerai pas! Parce qu´il faut que cela cesse, pour tous ces innocents qui souffrent d´une querelle qui ne les concerne jure de faire tout mon possible pour retrouver mon frère et mettre fin à cette guerre! "
Ces paroles déterminées, dans la bouche de cette frêle jeune fille dont les yeux commençaient à s´embuer de larmes, debout là dans la plaine, devant un cadavre taché de poussière était un exemple bouleversant des changements qu´apportait la Guerre. La Princesse... sa Princesse... elle devrait être en sécurité dans le château plutôt qu´ici... au milieu du champ de bataille. Il devait la ramener à Frelia... vite ...
Quelques minutes plus tard, ils passaient au dessus de la rivière, étrange cortège que ce général, évanoui sur un cheval, tiré par une enfant au regard bleu.