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katoru87
Author of 17 Stories

Rated: M - French - Romance/Family - Remus L. & Lucius M. - Reviews: 22 - Published: 01-04-08 - Complete - id:3991477

Auteur: katoru87

Genre: romance. yaoi

Disclaimers: les personnages appartiennent à JK Rowling.

Note: Ce one-shot a été écrit pour le fanzine Troisième Oeil sous le titre "Relation longue durée".

Rencontre

Une ultime seconde s'écoule et le piaillement strident de mon réveil résonne dans ma chambre, tuant mon rêve, détruisant mon sommeil. Je hais tous les réveils de la création. Quoi de pire que ce machin qui braille un lundi matin, sept heure? Quel objet peut-être plus démoniaque et vicieux que celui-là?

L'homme moderne doit être maso pour s'imposer la tyrannie d'un tel bourreau. Pour aller jusqu'à le fabriquer aprés avoir commis la folie de l'inventer. Et tout le monde en a un en plus, nous faisons tous parti d'une vaste secte de stressés, futurs dépressifs.

Je grogne une dernière fois avant d'éteindre l'objet maudit et de sortir de mon lit. On est en plein hiver et mon appartement a beau être bien chauffé, il y fait froid tous les matins. Un long frisson remonte le long de mon dos et ma peau se couvre de chair de poule dés que je pose un pied sur le carrelage de la salle de bain. Pour le coup je suis bien réveillé tiens. Mais pourquoi je n'ai pas le chauffage par le sol? Au moins, je pourrais comater tranquillement en attendant que l'eau de ma douche me secoue un peu.

C'est décidé, je vais déménager.

L'eau chaude achève de me réveiller et me remet les pieds sur terre. Je n'ai plus vingt ans. Au jour d'aujourd'hui j'en ai vingt-neuf, j'ai des responsabilités et un enfant à charge, l'époque des coups de tête est finie. Cela fait même très exactement quatre ans et trois mois qu'elle est finie.

En parlant de l'enfant, il faut que j'aille le réveiller sinon il va être en retard à l'école.

Je finis de me laver, je noue vite fait une serviette autour de ma taille et me dirige vers la chambre de mon petit ange. Autrefois, cette pièce me servait de bureau, désormais, elle regorge de jouets et de livres pour enfant. Une veilleuse dispense une douce lumière depuis la petite table de chevet blanche. Mon bébé dort comme un petit loir, sa fouine en peluche serrée contre lui – je n'ai jamais compris pourquoi il avait choisi cette bestiole plutôt qu'une autre mais son acharnement à refuser les nounours et les lapins a bien fait rire la vendeuse le jour où je lui ai offert. Ses cheveux noirs sont encore plus ébouriffés que d'habitude, on dirait un chaton sur un gros coussin. C'est mon petit Harry.

Il râle un peu quand je l'extirpe de sa couette mais accepte quand même de se lever à condition que je le porte à la cuisine. Il me tend les bras et se laisse soulever, sa tête se pose sur mon épaule et il se rendort instantanément – et c'est là que je comprends que je me suis fait avoir. Il a trouvé le moyen d'avoir un tout petit peu de rab'. Mais vraiment un tout petit peu puisque trente secondes plus tard, je le réveille pour l'aider à s'installer sur une chaise dans la cuisine. Ma serviette commençant à tomber, je me dépêche d'aller enfiler un pantalon.

Pendant qu'Harry dévore ses tartines, je l'observe, le nez dans ma tasse de café.

Il ressemble tellement à son père que j'ai parfois l'impression de voir James en lui, sauf pour les yeux. Cette couleur émeraude lui vient de sa mère, Lily.

Lily Evans était ma demi-soeur, son père ayant épousé ma mère quand nous avions quinze ans. Transférée dans mon collège, je lui avais présenté mes meilleurs amis, et nous l'avions intégré dans notre petit groupe d'adolescents un peu immatures, un peu obsédés, plutôt populaires mais surtout, totalement solidaires. Quelques années plus tard, aprés de nombreuses crises de larmes et de doutes, elle avait commencé à sortir avec l'un de ces fameux amis, James Potter. Entre eux, ça a si bien marché qu'il y a sept ans, elle a accepté de devenir Madame Potter. Puis Harry est né.

Et il y a quatre ans et trois mois, ils sont morts dans un accident de voiture, laissant un immense vide derrière eux. Je n'exagère pas en disant que cela a bouleversé toute ma vie et toutes mes perspectives d'avenir. Je ne suis d'ailleurs pas le seul dans ce cas. J'ai obtenu sans trop de mal la garde de leur fils. Ce petit être d'à peine un an à l'époque avait tellement besoin de moi qu'il m'a aidé à ne plus penser, à relever la tête pour continuer d'avancer.

Mais je m'égare...

Harry termine son chocolat chaud et va spontanément se brosser les dents. Je l'ai bien élevé mon bébé. Pendant ce temps, je vais dans sa chambre préparer son sac pour la journée et lui sortir ses vêtements. Quand je pense qu'il va bientôt entrer en primaire... Il est déjà loin le tétard en layette qui vomissait un biberon sur deux sur les pulls en cachemire de son père.

Une petite main me tire par la manche. Il est temps d'habiller le marmot. Plus que temps si j'en juge par ce que me dit l'horloge. On va être en retard. Sa maîtresse va vraiment me détester si je continue.

Un quart d'heure plus tard, je suis lavé, rasé, habillé, caféiné et prêt à partir. Harry a mangé, il est habillé, son cartable est bouclé. Je l'aide à enfiler son manteau, son écharpe et ses gants et nous sommes partis.

Comme son école n'est pas très loin, je l'emmène à pied, même si on doit courir pour être à l'heure. Je n'ai pas perdu ma ponctualité légendaire depuis que j'ai quitté l'école et mon bébé est bien parti pour en hériter. Misère.

Sa maîtresse, Minerva McGonagall, entre dans mon champ de vision.

Ça va barder pour mon matricule.

o0O0o

Je traîne un peu les pieds sur le chemin de la maison. Mes yeux s'attardent sur les façades en briques rouges de Chelsea, sur les arbres nus qui bordent les rues, les pots de fleurs vides qui pendent tristement aux balcons. Les caniveaux sont remplis de neige fondu, boueuse et sale. Le sel a remplacé la neige sur les trottoirs. Dans un jardin, un bonhomme de neige fait de la résistance. Sa carotte est toute molle, son écharpe trempée et son balais est tombé mais il reste debout.

J'arrive devant mon immeuble et je prends l'ascenseur sans vraiment faire attention. J'ouvre ma porte et jette mon manteau sur le canapé avant d'aller me servir une autre tasse de café. Je n'ai pas trop le temps de traîner, il faut absolument que je bosse – ce que je fais chez moi. La mezzanine est devenue mon atelier, Harry n'a pas le droit d'y monter. Je suis illustrateur et graphiste, je travaille principalement pour la maison d'édition Poufsouffles et Cie, spécialisée dans le livre pour enfant. Et mon dernier contrat est en train de me pomper toute mon énergie. Je dois fournir trente illustrations pour la nouvelle série d'Hermione Granger – un écrivain pour enfants très apprécié du public – intitulée « Les aventures d'un petit hippogriffe ». Une histoire mettant en scène des animaux fantastiques, dont le héros qui est un genre de croisement entre un aigle, un lion et un cheval. La galère pour illustrer ça. Heureusement que j'ai des trésors d'imagination et de bonnes descriptions de l'auteur sinon j'aurais déjà laissé tomber. Il me reste deux mois et demi pour finir et j'ai déjà terminé et rendu une douzaine de dessins. Pour l'instant ça va encore.

Je m'installe à ma table de travail et laisse mon crayon finir l'esquisse du héros de l'histoire, Buck, en train de voler dans un ciel d'orage. Pourtant je ne suis pas à ce que je fais. Mes yeux s'attardent sur une affiche de concert, collée juste en face de moi. Repenser à Lily et James ce matin m'a rendu nostalgique de la vie que nous aurions pu avoir.

L'affiche dont je parle, que j'ai dessiné moi-même à l'époque, annonce le premier concert des Maraudeurs, le douze avril 1999. Quelques mois avant la naissance d'Harry, il y a presque six ans maintenant. Les Maraudeurs, c'est ma folle jeunesse et mes amis. C'était un groupe de heavy métal dans lequel j'étais batteur et où je jouais avec mes amis de toujours, ceux-là même que j'avais présenté à Lily. James était notre chanteur et leader, Peter Pettigrew était notre guitariste et... Sirius Black, le bassiste.

Nos fans avaient repris à leur compte les surnoms que nous nous étions donnés au collège. Ainsi James était Prongs, Peter était Wormtail, Sirius, Padfoot et moi, j'étais Moony. Nous avions un bel avenir devant nous, un album professionnel à enregistrer, nous étions invités à des émissions de radio et de télé, nous avions même prévu une tournée. Et tout s'est écroulé il y a quatre ans et trois mois. J'avais un avenir doré, un amant que j'aimais profondément, des amis, tout ce dont on rêve.

Et James et Lily sont morts dans un accident de voitures. Le lendemain, Peter s'est suicidé et une semaine aprés leurs enterrements, Sirius m'a quitté. Il était effondré. Il avait trop de souvenirs en Angleterre et voulait refaire sa vie en Amérique, loin de son passé et de tout ce qui pouvait le lui rappeler. Donc loin de moi aussi. J'avais besoin de lui, plus que jamais, mais il est parti et je ne l'ai jamais revu depuis. Je sais qu'il travaille pour la maison de disques Azkaban aux Etats-Unis mais c'est tout.

On dit que chacun a droit à son quart d'heure de gloire, nous avons eu le nôtre qui a duré environ deux ans. Il arrive encore qu'on m'arrête dans la rue pour me demander un autographe, mais j'aurais préféré que tout le monde oublie.

Notre carrière était morte dans l'oeuf, mes amis avec elle. Si je n'avais pas eu la garde d'Harry, je pense que j'aurais imité Peter. Mais ce petit bout de chou m'a été confié et je suis retourné à mon premier amour artistique, le dessin. J'ai vite trouvé du travail et j'ai remonté la pente.

Il ne manque plus qu'un homme dans mon lit pour que tout redevienne parfait mais j'ai un peu peur de ce que mon bébé pourrait penser. Il ne m'a jamais vu avec personne alors si je ramène un autre homme...

La sonnette me tire de mes pensées. Vu le cours qu'elles prenaient, j'en suis plutôt content.

Je descends dans le salon en traînant un peu, j'ai besoin de revenir au présent. La personne sonne une nouvelle fois et je grogne que j'arrive. C'est peut-être Hermione Granger, elle aime bien venir me voir travailler, me donner des indications supplémentaires qu'on ne trouve pas dans ses livres. Elle a expressément demandé à ce que ce soit moi qui illustre ses nouveaux livres et elle veut toujours s'assurer qu'elle a fait le bon choix. C'est une gentille emmerdeuse.

J'enlève la chaîne de sécurité, tourne le verrou et ouvre ma porte.

Grand moment de vide dans mon esprit. C'est pas Hermione Granger, c'est le mec de mes rêves cochons qui est sur mon palier. Bon dieu, un mètre quatre-vingt-cinq de pur sex appeal, de longs cheveux, si blonds qu'on les croirait blancs, lâchés sur de larges épaules, des yeux gris, des vêtements très classes et de très grandes marques. Il doit avoir la trentaine. Je ne sais pas qui c'est mais il est magnifique.

Il semble surpris de devoir baisser les yeux pour me regarder. C'est rien, je fais souvent cet effet aux hommes, faut dire que je ne suis pas très impressionnant du haut de mon mètre soixante-cinq et demi – le demi est très important. Et encore, je suis petit mais je n'ai plus rien du gringalet que j'étais dans mon adolescence. La batterie ça muscle et je m'entretiens régulièrement.

« Je peux vous aider? Demande-je au sublime inconnu qui use mon paillasson.

- Vous êtes Remus Lupin?

- Lui-même.

- Alors vous allez pouvoir m'aider. Je suis Lucius Malfoy, enchanté de vous rencontrer. Dit-il en me tendant une main qu'il a poliment débarassé de son gant en cuir noir. »

N'empêche, Lucius Malfoy, rien que ça. Le PDG et propriétaire d'une des plus grandes multinationales anglaises. Il n'apparaît jamais dans la presse alors je me l'imaginais plus vieux, en tout cas, je ne l'imaginais pas tel qu'il est réellement. Qu'est-ce qu'il vient faire ici?

Comme disent les français, avec le plus souvent un accent déplorable, that is the question.

Je me décale pour le laisser entrer et lui offre un fauteuil, ainsi qu'un café. Il est très tôt encore et il doit être debout depuis pas mal de temps, je suppose qu'une boisson chaude lui fera du bien. Il avale d'un coup la moitié de sa tasse et me regarde quelques minutes sans rien dire. Je me fais sans doute des idées, mais son regard me rappelle celui qu'avait Sirius à l'époque où nous n'étions pas encore ensemble et que nous flirtions à la louche dés que nous en avions l'occasion. Ce n'est pas désagréable mais plutôt déstabilisant – aux dernières nouvelles, il est marié à une cousine très éloignée de Sirius, Narcissa Black.

« Alors, monsieur Malfoy, que puis-je pour vous? Je m'installe en face de lui en sirotant mon thé. J'essaye d'avoir l'air détaché mais je ne sais pas si je suis très convainquant.

- J'ai entendu dire que vous étiez un des meilleurs dans votre domaine. Je me suis renseigné et j'aime ce que vous faites, j'aime votre utilisation des couleurs, votre manière de dessiner les corps et les visages de vos personnages. J'aimerais que vous travailliez pour moi.

- Je croyais que votre entreprise était spécialisée dans l'informatique et les hautes technologies. Mon détachement étudié n'a pas résisté plus longtemps. Il sourit.

- Ce n'est qu'une des parties visibles de l'iceberg. Impero Corporation fait aussi dans l'agroalimentaire, l'aviation , l'armement et même les jouets. J'ai eu envie de diversifier davantage nos secteurs d'activités en rachetant la maison d'édition Salazar Serpentard, spécialisée dans le fantastique et la science-fiction. C'est un caprice personnel puisque cette maison d'édition n'est pas très importante et que je ne compte pas la développer plus.

- Et vous voulez que je travaille pour vous par caprice aussi?

- En quelque sorte. Je suis un perfectionniste et vous êtes le meilleur, nous sommes fait pour nous entendre.

- Peut-être mais jusqu'ici, j'ai surtout illustré des livres pour enfants, ça ne vous pose pas de problème?

- Aucun. Vous avez du talent, je ne m'inquiète pas.

- Je suis flatté mais ce n'était pas la peine de vous déplacer en personne pour me dire ça. Un coup de fil aurait suffit.

- Je sais mais j'étais curieux de rencontrer l'homme que mon fils cherche désespérément à imiter. Il est votre plus grand fan vous savez? Les murs de sa chambre sont tapissés d'illustrations que je lui ai trouvé sur internet ou de posters trouvés dans des revues pour enfants. Son préféré vient d'un magazine japonais que je lui avais rapporté d'un voyage d'affaire à Tokyo. Pour me « renseigner » sur votre style, je n'ai eu qu'à ouvrir une porte. »

Ça me fait plaisir d'entendre ça. Les enfants qui connaissent mes livres, pour la grande majorité, ne savent pas lire, ou presque pas. Je m'efforce de les entraîner dans l'univers du bouquin sans passer par les mots, c'est un monde qui leur est encore inconnu. Ceci dit, mon plus grand fan et ma muse, c'est mon Harry.

« Est-ce que c'est pour lui que vous voulez m'embaucher?

- Non, mais je lui en ferai la surprise quand même. Dit-il en riant.

- Je vois. Quel âge a-t-il?

- Huit ans. »

Sans que je lui demande quoi que ce soit, il sort son portefeuille et me tend une photo format polaroïd. Elle montre un petit garçon aussi blond que son père, vraiment adorable, en train de souffler les huit bougies d'un énorme gâteau au chocolat.

« C'est votre miniature. Dis-je en lui rendant le cliché. Et c'est la pure vérité. Je n'ai vu sa femme qu'une fois lors d'une soirée où Sirius m'avait traîné et je peux affirmer qu'elle n'a rien donné à son fils. Elle a mis au monde un Lucius bis, point à la ligne.

- Je sais et ça rend mon ex-femme complètement folle de rage. Et ce dernier point m'amuse beaucoup.

- Vous êtes divorcé?

- Depuis deux ans. Face à la tête que je dois faire, il se sent obligé de développer. Depuis que j'ai succédé à mon père j'ai cultivé l'art et la manière de tenir la presse éloignée de ma vie privée. Quitte à utiliser certains moyens, disons, détournés pour y arriver. Sinon, que pensez-vous de ma proposition?

- Je n'accepte jamais rien sans réfléchir un minimum, c'est un principe. Et mon contract actuel ne se terminera pas avant deux mois. Jusque-là, je serai occupé à temps complet.

- Je comprends très bien. Je vous enverrai les papiers que je souhaite vous faire signer, vous n'aurez qu'à les lire tranquillement et m'appeler pour me donner votre réponse. Il n'y a pas urgence. »

Il tire de sa poche une carte de visite gravée sur un papier de très grande qualité et la pose sur ma table basse. Classe et soigné jusqu'au moindre détail ce cher Malfoy.

« Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. J'espère néanmoins que vous réfléchirez à ma demande.

- Je n'y manquerai pas. »

Je l'accompagne jusqu'à la porte et m'apprête à refermer derrière lui quand il se retourne et bloque vivement le battant, ses yeux plongent dans les miens, me clouant sur place. Il est vraiment beau.

« Si je vous invite à dîner un soir, il vous faudrait combien de temps pour me donner une réponse positive?

- Ça dépend du restaurant.

- Chez Louis, le restaurant français sur Picadilly Circus? Me demande-t-il en souriant, entrant dans mon jeu avec une facilité bien agréable.

- Dans ce cas, je dirais dix secondes à quelques dixièmes prés.

- Vendredi soir, ça vous convient? Je passerai vous chercher vers vingt heure?

- C'est parfait. »

Il me fait un clin d'oeil et part pour de bon. Je l'ai déjà dit mais il est vraiment magnifique. Quelles épaules!

Je n'en reviens pas. Depuis plus de quatre ans que je suis seul, je n'aurais jamais cru que je reviendrais dans le circuit au bras d'un tel apollon. Bon, j'ai peut-être accepté son invitation un peu vite mais qui viendra me le reprocher?

Je n'ai plus qu'à appeler ma meilleure amie, Nymphadora « Nymph' » Tonks, pour savoir si elle peut me garder Harry vendredi soir – ce sera ma première soirée sans lui depuis que je l'ai adopté, j'espère ne pas subir le « syndrome de la jeune maman » qui panique dés que son bébé sort de son champ de vision. Il ne devrait pas y avoir de problème puisqu'elle ne travaille pas en ce moment et vu le nombre de fois où elle m'a bassiné pour que je sorte, elle me doit bien ça. Selon elle, je serais en manque de sexe, de baise, d'orgasme et elle n'a pas tord. Les travaux manuels sous la douche ça va bien cinq minutes mais ça ne remplace pas un corps chaud contre lequel se pelotonner la nuit. Je crois que c'est ça qui me manque le plus, ne plus me réveiller dans les bras de quelqu'un, ne plus avoir de bisous du matin.

Je ne sais pas si cette histoire me mènera quelque part, mais si j'ai une chance avec le beau blond, je compte bien la saisir, foi de Remus.

o0O0o

Et merde! Il fallait que Harry tombe malade pile ce soir. Bien sûr, je ne lui reproche rien mais quand même, si ça c'est pas une mise en pratique de la loi de l'emmerdement maximum, je sais pas ce qui vous faut. Mon bébé a de la fièvre et même s'il dort, son sommeil est agité. J'ai appelé un médecin et il est hors de question que je le laisse seul. J'ai déjà prévenu Nymph' qu'elle n'aurait pas à venir le garder et elle était presque aussi énervée et déçue que moi – c'est dire si la solidarité entre copains va loin avec elle.

J'ai tenté de prévenir Lucius mais quand j'ai appelé à son bureau il était déjà parti. Je vais devoir annuler notre rendez-vous en face-à-face et ça ne me plaît pas beaucoup. Je ne pense pas qu'il ait l'habitude de se voir refuser quoi que se soit mais lui aussi a un enfant, il doit comprendre ce que c'est. En tout cas j'espère parce-qu'il baisserait franchement dans mon estime s'il prenait la mouche pour si peu.

Je remplace la couette de Harry par un drap plus léger avec lequel je le couvre bien. Quand on a de la fièvre, il vaut mieux ne pas être trop couvert. Je lui enfile tout de même une paire de chaussettes pour que ses petits pieds restent bien au chaud. Je l'aime mon petit ange.

Un coup de sonnette me tire de ma contemplation et je me précipite sur la porte avant qu'Harry ne se réveille. Déjà là il a grogné.

La porte, une fois ouverte, me révèle un Lucius Malfoy souriant, impeccable dans son costume taillé sur mesure. Vu les transformations qui s'opèrent sur son visage quand il me voit, il ne devait pas s'attendre à ce que je lui ouvre en jean élimé et sweet-shirt deux fois trop grand pour moi.

« J'étais pourtant persuadé de vous avoir précisé le restaurant dans lequel je comptais vous emmenez. Dit-il, visiblement désappointé. Tu m'étonnes, tiens.

- Vous l'avez fait mais j'ai un contretemps de dernière minute, je ne pourrais pas sortir ce soir.

- Ce n'est pas grave j'espère?

- Mon fils est malade, je n'ai pas envie de le laisser seul.

- J'ignorais que vous aviez un fils. Son visage est surpris, mais c'est tout. Il n'y a ni colère, ni déception en lui. Comme je l'ai dit, il a lui aussi un enfant, ça rapproche. Vous savez, la rumeur vous dit homosexuel.

- Et la rumeur a raison pour une fois. Harry n'est pas mon fils, en fait c'est mon neveu. Je l'ai adopté quand ses parents sont morts.

- Je suis désolé d'apprendre ça. Vous ne sortez donc pas ce soir?

- Non, j'attends le médecin.

- Je vois. Une pizza ça vous dit?

- Pardon?

- Je voulais passer une soirée tranquille avec vous, alors je vais passer une soirée tranquille avec vous. Je pense même qu'on sera bien plus à l'aise dans votre appartement que dans un restaurant, aussi bon soit-il.

- Vous êtes sérieux?

- Tout à fait. Alors? »

Je le laisse entrer sans vraiment réfléchir. La première chose qu'il fait est de jeter son manteau, son écharpe, ses gants, sa veste et sa cravate sur un de mes fauteuils en cuir marron. On le croirait chez lui. Il me fait un regard d'excuse et me demande si ça ne me dérange pas qu'il se mette à l'aise.

« C'est bon, et puis c'est déjà fait alors... »

En fait, ça me dérange d'autant moins que sa « mise à l'aise » à dévoilé à mes yeux frustrés une superbe chute de reins prisonnière d'un pantalon à pinces, ainsi que des fesses rondes et fermes. Je suppose que ce serait mal élevé si je les mordais, hein? Il ouvre les deux premiers boutons de sa chemise et je rends grâce. Ce tout petit bout de torse est appétissant comme tout. Heureusement que j'ai appris depuis longtemps à contrôler mes hormones sinon je serais déjà raide comme un piquet de tente. Je dois être sacrément en manque pour réagir aussi vite mais pour ma défense, je ne suis qu'un homme ordinaire.

Et il faut croire que lui aussi.

Nous commandons une pizza avec plein de fromage dégoulinant et je vais nous chercher des bières dans le frigo. Nous ne nous connaissons pas encore alors nous sommes un peu nerveux, au départ. Mais l'alcool aidant, nos langues se délient et les révélations tombent.

Je lui apprends que j'étais un Maraudeur, il m'avoue qu'il aimait notre musique et qu'il craquait sur le « mignon petit batteur aux yeux dorés ». Il sourit quand je rougis. J'ai l'impression qu'il avait bien plus de raisons de vouloir m'embaucher que ce qu'il m'a laissé entendre, peut-être même que les éditions Serpentard n'étaient qu'un prétexte. Veut-il seulement m'engager pour de vrai?

Notre pizza arrive mais nous ne nous interrompons que le temps de payer le livreur.

Il m'apprend que son mariage avec Narcissa était arrangé depuis son enfance et qu'ils ont divorcé d'un commun accord, étant incapables de se supporter l'un l'autre plus de quelques minutes. Et puis, ils se trompaient mutuellement. Je lui dis que j'ai longtemps vécu avec Sirius Black avant sa « fuite » vers les States qui a sonné le glas de notre histoire. Je lui dis aussi qu'il m'a fallut des mois pour m'en remettre.

Au fur et à mesure de nos confidences, nos corps se rapprochent, jusqu'à se frôler, jusqu'à se toucher franchement.

Aprés notre troisième cannette, il m'installe sur ses genoux et me murmure qu'il est gay, que je lui plais depuis des années et qu'il s'est décidé à tenter sa chance avec moi il y a quelques semaines, quand il m'a vu à travers la vitrine d'une librairie à Soho.

Nos corps se rapprochent encore, jusqu'à être collés l'un à l'autre. Nos bouches se frôlent doucement, se cherchent, se goûtent. L'ambiance presque romantique laisse rapidement sa place à des années de passion et de frustration contenus. À califourchon sur ses cuisses, les mains dans ses cheveux longs, je lui bouffe littéralement la bouche et il me rend la politesse avec une brusquerie délicieuse. Ses mains ont depuis longtemps passé la barrière de mes vêtements, elles caressent mon dos, mes cuisses, palpent sensuellement mes fesses.

J'avais oublié le goût que pouvait avoir un autre homme, j'avais oublié la chaleur du contact. Tout me revient en mémoire. Dans les bras de Lucius, je me souviens de tout. J'aurais pu craindre de le comparer avec Sirius, pire, j'aurais pu avoir la sensation de le tromper puisque je n'ai eu personne d'autre depuis notre rupture mais il faut que je me rende à l'évidence, mes sentiments pour lui sont définitivement morts. Et je ressuscite dans les bras d'un autre homme.

Je suis sur le point d'ouvrir son pantalon, de le caresser de la manière la plus intime qui soit quand la sonnette retentit de nouveau, me ramenant illico sur terre. Pour le coup, j'ai vraiment honte. Mon fils est malade dans sa chambre, à seulement dix mètres de moi, et je ne pense qu'à me faire sauter sur mon canapé. Le miroir accroché sur le mur derrière le canapé me renvoie mon image et ce n'est pas très glorieux, mes lèvres sont gonflées et rouges, mes cheveux sont en pagaille et les quelques vêtements qu'il me reste sont à demi-enlevés et froissés. Je suis toujours assis sur les cuisses de mon invité, aussi indécent qu'une fille qui se balade avec le string qui dépasse de son pantalon. Lucius est dans le même état et visiblement, il pense aussi qu'on a failli griller les étapes.

L'homme n'a pas évolué d'un iota depuis l'époque où il vivait dans des cavernes. C'en est désespérant.

La sonnette retentit à nouveau et je sursaute. Je me rhabille tant bien que mal en allant ouvrir la porte, n'osant même pas regarder Lucius dans les yeux.

Mon médecin, car c'est bien lui qui a sonné, est un homme d'une cinquantaine d'années avec une longue barbe et des cheveux blancs. Ses yeux bleu clair, pétillants de malice, sont cachés derrière de petites lunettes en demi-lune. Je l'apprécie beaucoup et Harry le considère un peu comme un grand-père.

« Bonsoir Remus. Me dit-il en faisant semblant de ne pas remarquer le désordre de ma tenue et la présence d'un autre homme tout aussi débraillé que moi dans mon salon. J'apprécie aussi beaucoup sa délicatesse et sa discrétion.

- Bonsoir professeur Dumbledore. Je vous remercie de vous être déplacé si tard.

- C'est bien normal voyons. Alors, que se passe-t-il avec Harry?

- Il a de la fièvre, presque trente-neuf, des maux de crâne et la gorge irritée.

- Bien je vais voir ça. »

Je fais un petit sourire d'excuse à Lucius et conduis le médecin dans la chambre de mon bébé qui, heureusement, ne s'est pas réveillé. Il râle un peu quand je le secoue et serre sa petite fouine contre lui en essayant de se rendormir. Il finit par daigner lâcher son oreiller pour se laisser examiner. Je reste appuyé contre le chambranle de la porte pendant que Dumbledore fait son travail; observant ses gestes assurés et précis.

Il ne lui faut que quelques courtes minutes pour faire son diagnostique: mon petit brun a la varicelle et devra rester à la maison une bonne semaine. Il faudra que je prévienne son école, c'est tout de même une maladie contagieuse et j'aimerais que les autres parents soient au courant que leurs enfants peuvent l'attraper – mieux vaut maintenant que plus tard, c'est vrai mais c'est toujours mieux de savoir. Harry, lui, n'a pas attendu le verdict pour se rendormir aussi sec. Une vraie marmotte – le choix de la fouine m'étonne un peu moins maintenant.

Dumbledore me donne une ordonnance et se laisse raccompagner jusqu'à la porte, saluant Lucius au passage. Avant de partir, il lui jette un dernier coup d'oeil et me murmure « Foncez! », me laissant totalement estomaqué. Je ne suis pas encore remis quand je ferme le battant derrière lui.

« Tu regrettes ce qu'on a fait? Me demande Lucius. Il n'a pas bougé depuis tout à l'heure. Ses yeux sont rivés à la boîte de pizza désormais vide qui trône sur ma table basse.

- Non.

- Moi non plus. En vérité, j'aimerais qu'on recommence souvent.

- Dans le genre sortir ensemble?

- Dans le genre construire les bases d'une relation longue durée. »

Je lui souris et retrouve le chemin de ses genoux pour l'embrasser. Je pense que les mots ne sont plus utiles ce soir. Nous finissons la soirée devant un DVD que m'a prêté Nymph', tous les deux d'accords pour y aller lentement. On ne peut rien construire sur des fondations construites à la va-vite.

J'ai poireauté quatre ans et trois mois mais ça valait le coup.

Maintenant, nous avons tout notre temps.

o0O0o

Les semaines ont défilé à une vitesse prodigieuse. J'ai finalement rendu toutes mes illustrations pour Poufsouffles et Cie, m'attirant de partout des compliments admiratifs et de nouvelles demandes sur lesquelles je réfléchis. Actuellement, je travaille pour le compte des éditions Serpentard.

Ceci dit, je n'ai pas signé le contrat que me proposait Lucius – sa demande était parfaitement sérieuse, même si son choix n'était pas désintéressé – car il s'agissait d'un contrat d'exclusivité. Moi, j'aime la diversité, pouvoir choisir de travailler avec des gens différents, dans des contextes et sur des sujets différents. Autrement dit, ma participation aux publications Salazar Serpentard sera ponctuelle. À part ça, pour la première fois depuis longtemps, ma vie sentimentale est aussi plaisante et prenante que ma vie professionnelle. Ça fait plaisir de ne pas avoir à choisir entre les deux – quand on a le choix ce qui n'arrive pas toujours. Tout se passe merveilleusement bien avec Lucius. Nous ne venons pas du même milieu donc ce n'est pas rose tous les jours, on a déjà eu quelques jolies disputes mais rien d'insurmontable et puis, ça a aussi de bons côtés, comme la réconciliation à l'horizontal – à la verticale c'est pas mal non plus d'ailleurs.

Bref.

Je n'y connais rien en vin, il n'a jamais mis les pieds dans un pub avant de me rencontrer. Il aime me voir débarquer à son bureau pour le traîner à déjeuner – ce que j'ai eu la décence de ne faire qu'à partir de notre deuxième mois ensemble – et j'adore le voir arriver chez moi avec une bonne bouteille de vin qui contribuera à faire mon éducation oenologique. On se complète.

Nos enfants respectifs pensent que nous nous sommes fait de nouveaux amis et si je n'ai encore jamais rencontré Draco – son père veut attendre son anniversaire, dans un mois et demi, pour lui faire une belle surprise – Harry aime beaucoup mon « nouveau copain ». Et Lucius apprécie énormément mon petit ange alors tout va bien.

Avec mon nouveau contrat j'ai beaucoup de boulot mais mon homme est très doué pour me rendre mon énergie et ma motivation.

Et Dieu sait si en ce moment j'ai besoin de motivation. En fait, c'est surtout l'inspiration qui pêche.

Je dois illustrer le dernier roman d'un jeune talent de la littérature fantastique, Charlie Weasley. Son héros, Tom Riddle, est un jeune orphelin qui a reçu le don de pouvoir parler aux reptiles et qui voyage avec un bébé dragon lui aussi orphelin, timide et maladroit appelé Norbert. Ensemble, ils parcourent le monde à la recherche de leurs parents, travaillant pour subsister et continuer leur route. C'est la jolie histoire d'une quête initiatique de deux enfants qui se cherchent une famille et qui, au bout du compte, construisent la leur à force de rencontres et d'aventures. Dans l'un des premiers chapitres, ils arrivent devant un vieux château, autrefois enchanté, et s'y arrêtent pour passer la nuit.

Mon problème vient du château en lui-même car je n'arrive pas à le dessiner, je n'arrive pas à lui donner ce côté « conte de fée perdu » que je cherche. J'ai déjà fait des dizaines de croquis mais ça ne vient pas et je m'acharne depuis deux jours. Et je pompe l'air de Lucius depuis deux jours mais comme il a toujours réponse à tout, il m'a appelé il y a une petite heure pour m'inviter à passer quelques jours avec lui, en Irlande. Déjà pour me faire changer d'air et aussi parce-qu'il veut me montrer une bâtisse qui, selon lui, m'inspirera beaucoup.

Il m'a dit avoir déjà trouvé quelqu'un pour garder Draco et je n'ai plus qu'à passer un coup de fil à ma chère Tonks. Heureusement qu'elle est là, sinon je ne sais pas ce que je ferai. Quand il est question de Harry j'ai beaucoup de mal à accorder ma confiance, je n'arriverais pas à le laisser pendant plusieurs jours en compagnie d'un inconnu – dusse-t-il être Mère Thérésa réincarnée en personne.

Je pars dans trois jours, seul avec mon homme. Je ne lui ai pas encore dit, mais je l'aime.

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Lucius m'avait parlé d'un voyage en première classe, je m'imaginais donc que nous allions prendre un avion de la compagnie irlandaise Aer Lingus, normal quoi. Et ben non. Ce que mon homme voulait dire c'est que nous allions utiliser son jet privé, avec fauteuils en cuir, champagne à volonté et télé à écran géant. Entre parenthèses, c'est vraiment un putain de bel appareil avec tout le confort moderne.

Nous avons fait un très bon voyage malgré les turbulences quasi-constantes qui nous ont cloué à nos sièges. Au bout d'une petite heure, nous avons atterri à l'aéroport de Shannon où une voiture avec chauffeur nous attendait.

L'endroit que veut me montrer Lucius est perdu au beau milieu du Connemara, à une demi-journée de marche de toute civilisation ou voie de communication. Ce sera donc un séjour camping ce qui n'est pas mal au final. On va pouvoir profiter l'un de l'autre tranquillement, entourés par la nature et éventuellement quelques moutons – et encore, ce dernier point n'est pas sûr.

Nous avons traversé une région sublime, The Burren. C'est un paysage aussi vert que rocailleux, comme des landes, avec beaucoup de mousse et de fleurs sauvages. C'était tellement beau que nous nous sommes arrêtés au moins dix fois pour que je puisse prendre des photos. Il y a du vent, le ciel est gris mais ça ne gâche absolument rien. Au contraire, cela ajoute à l'aspect mélancolique de la région.

Nous avons fait une halte pour manger dans une petite auberge au bord de la route avant de repartir sitôt le dessert avalé.

Nous venons d'entrer dans le comté du Connemara.

Malgré la grisaille, j'ai un coup de foudre. Ces petites montagnes, toutes ces nuances de vert, cette nature qui explose de chaque côté, où que l'on regarde, donne envie d'enfiler des chaussures de randonnée pour aller y crapahuter à son aise. Quelques champs de tourbe apparaissent, noirâtres et sales mais s'alliant parfaitement avec le décors. Lucius me dit que par temps de pluie, l'eau forme de petites rivières qui dégringolent les montagnes, donnant l'impression qu'elles pleurent.

Un jour, je pense que je m'installerai ici, dans la patrie de Wilde et de Beckett.

« Remus, on est arrivé. Prend ton sac, on y va. Dit Lucius, me sortant de mes vertes pensées.

- Tu disais?

- On est arrivé, répète-t-il. À partir de maintenant, on continue à pieds. Je chauffeur viendra nous chercher dans quatre jours, ici-même.

- Compris. »

Il m'aide à mettre mon énorme sac à dos – étant donné le poids de la chose, je me demande si on a pas pris un peu trop de bouffe – et nous voilà partis. La voiture s'éloigne derrière nous alors que la verdure du comté s'étale par devant. Nous enjambons un vieux mur de pierres sèches couvert de fuschias par endroit, c'est maintenant que ça commence vraiment.

Je reste derrière Lucius pendant un moment, d'abord parce-que je ne connais pas le chemin et aussi parce-que c'est la première fois que je peux regarder ce que donnent ses fesses quand elles sont moulés dans un jean. J'affirme que c'est bavant comme vision. Qui aurait cru qu'il puisse être si beau habillé en randonneur?

En plus du jean, il porte de grosses chaussures de marche et un sweet-shirt beige. Ses longs cheveux sont noués en un catogan lâche. Ils caressent son superbe fondement à chaque pas. J'ai envie de lui.

Nous sommes seuls au milieu de nulle part, nos mains se frôlent sans arrêt, il arrive que l'une d'elles parte à l'aventure sur le corps de l'autre. Certains passages plus difficiles nous obligent à nous aider mutuellement et je reconnais qu'on en profite beaucoup pour se tripoter. Nous faisons de nombreuses pauses bisous.

Il nous faut cinq heures pour arriver à destination et j'avoue que le jeu en vaut vraiment la chandelle, même si je suis sur les rotules.

Au bord d'un lac, au pied d'une montagne, se trouvent les ruines fort bien conservées d'un château fort. Lucius me dit qu'il a plus de mille ans et je n'ai pas trop de mal à le croire. C'est presque un château de conte de fée, un peu biscornu ou tordu par endroit à cause des ajouts et des transformations qui ont été fait au fil des siècles, mais le charme est là. Au niveau des toits, il y a des dizaines de tours et de tourelles qui pointent vers le ciel comme pour aller déloger les anges et Dieu lui-même. Le lierre et la mousse bouchent presque entièrement les meurtrières, le pont-levis est pourris et la herse, rouillée. L'endroit n'a plus rien d'agressif, plus rien de guerrier. Quelques vitraux indiquent la présence d'une chapelle, qui selon Lucius, a été construite au XVème siècle.

L'aile sud semble avoir été rongé par les flammes. C'est la seule partie du château qui soit entièrement détruite et cela me permet d'estimer un peu l'épaisseur des murs – plus de deux mètres.

C'est très exactement cet endroit qu'il faut à Tom et Norbert. C'est ici qu'ils doivent passer la nuit et pas ailleurs. Il faudra que j'apporte quelques modifications bien sûr, mais le travail est globalement accompli.

« C'est vraiment magnifique Lucius.

- Je savais que ça te plairait. Ce château s'appelle Poudlard. Les légendes locales disent que c'était une école pour les créatures peuplant le Royaume du Milieu (1), c'est là qu'elles apprenaient leur futur « métier ».

- C'est ici que seraient venu étudier les elfes, les fées, les lutins, les gobelins et toute la smala du Milieu?

- C'est une légende, ce château est là depuis si longtemps qu'on croirait qu'il a poussé avec les montagnes. En réalité, il appartient depuis toujours à la famille Malfoy. Il fait parti de l'héritage qui se transmet de père en fils. Son existence était tombée dans l'oubli depuis le XVIIIème siècle, je l'ai redécouvert en fouillant dans les papiers de mon père quand j'avais quinze ans.

- Quand a-t-il été abandonné?

- Au XVIIème siècle. Quand mes ancêtres ont fui les persécutions et se sont réfugiés avec armes et bagages à Paris. Les catholiques ne risquaient pas d'être massacrés en France (2). »

J'aimerais qu'il m'en raconte plus sur sa famille mais le temps est très instable dans ce pays et le ciel gris annonce qu'il risque de pleuvoir. Nous montons rapidement notre tente pour pouvoir nous abriter – elle est largement assez grande pour nous deux et le reste de nos affaires. Les premières gouttes commencent à tomber quand nous installons nos sacs de couchage.

C'est râpé pour ma balade en amoureux autour du lac. Tant pis, ce sera pour plus tard. Et puis, mes crayons me démangent trop. Il faut que je dessine.

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Il pleut à verse mais je dessine quand même. J'ai soulevé les pans de toile qui ferme la tente, les maintenant ouvert grâce à des scratchs, et de là, je suis parfaitement au sec tout en ayant une vue imprenable sur la château. Bon, ma vue est brouillée par un épais rideau de pluie mais mon imagination compense le flou des lignes. Je fais de nombreux croquis du château, je commence à cerner le résultat final. J'avoue aussi que dans les coins de mes feuilles, on trouve un certain nombre de gribouillages dont les traits rappellent étrangement ceux du visage de Lucius – qui bouquine à côté de moi. Je le regarde, en fait, il s'est endormi, le livre ouvert sur le torse.

Mes crayons s'enflamment et le résultat n'a plus aucun rapport avec mon boulot.

J'oublie Poudlard pour croquer Lucius de toutes les manières possibles. En chevalier du Moyen-Âge au service de son seigneur, en dieu grec (ici, le travail d'interprétation est minime et je dis ça en toute modestie. Sincèrement, mon mec est une bombe anatomique!), en elfe irlandais ou encore en homme-oiseau. Il devient sur le papier ce en quoi mon esprit le transforme. Quand je le dessine nu, le corps remplace l'esprit et ma libido prend le contrôle de ma main.

Quand le corps se calme, je continue de noircir des pages et des pages. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi inspiré. Au bout de quelques heures, j'ai pratiquement terminé un carnet de croquis – il déborde et certains dessins donnent l'impression de vouloir se sauver de leur feuille. Mon crayon a diminué de moitié.

Je ferme notre tente car le vent a tourné et l'eau commence à rentrer.

La fatigue me saisit et je me blottis contre Lucius. Ses bras se referment sur moi et je m'endors sans même avoir posé mon crayon de papier.

Il fait nuit quand je me réveille mais la pluie a cessé de tomber. Lucius bouge à côté de moi et ouvre les yeux à son tour. Il me sourit et m'embrasse.

Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais les choses dérapent et notre simple baiser se transforme en préliminaires brûlants. Pas que je m'en plaigne non plus...

J'aime son corps, je l'aime lui, tout entier et aujourd'hui, j'ai envie de le lui dire.

Nos vêtements tombent un à un et je gémis quand nos peaux complètement nues entrent en contact, se frottant l'une à l'autre. Il est tellement chaud, tellement sexy que j'en aurais presque envie de passer directement aux choses sérieuses – mais bon, pour le confort de mon délicat postérieur, je vais m'abstenir de toute suggestion. Et puis, j'aime quand il prend son temps, j'aime quand mes mains l'explorent tout entier, apprenant par coeur chaque courbe, chaque ligne de son corps. Si j'étais aveugle, il serait mon seul et unique livre érotique.

Nos langues se caressent dans un ballet sans fin qui me laisse à bout de souffle. La sienne est douce mais ferme, je lui abandonne la dominance avec plaisir.

Mon dos est cambré malgré le poids de son corps qui pèse sur le mien. Il connaît toutes les manières de me faire jouir et il abuse de son savoir. J'ai l'impression qu'il a mille mains, qu'il est partout à la fois. Sa bouche descend le long de mon ventre, sa langue traçant un sillon de feu de ma clavicule à mon nombril et de mon nombril à mon entrejambe.

Ses longs cheveux me torturent. Les douces mèches blondes reposent sur moi, titillant doucement mes tétons, chatouillant mes côtes. Son corps entier contribue à me faire voir des étoiles.

Je ne vois plus que lui, je ne sens plus que lui. Sa bouche sur mon sexe, ses doigts qui pénètrent en moi pour me préparer à sa venue. Ils m'étirent, me détendent, me caressent. Des étoiles blanches explosent devant mes yeux et mes gémissements se transforment en cris. La respiration de Lucius est saccadée, difficile comme la mienne. Sa gorge vibre autour de moi et je me raidis de plaisir.

Je ne jouirai pas avant lui.

Je veux le faire en même temps que lui et surtout, je veux le voir venir.

Sa main libre se promène sur l'intérieur de mes cuisses, bientôt suivie de sa bouche qui abandonne cruellement son précédent jouet, me laissant tremblant de désir, criant de frustration. Je le sens sourire contre ma peau alors que sa langue dessine de subtiles arabesques le long de mon aine, redescend vers mon membre gonflé. Mes mains se crispent dans ses longs cheveux.

Je n'en peux plus. J'ai trop envie de lui.

« Lucius, s'il te plaît... »

Il sourit en m'entendant couiner – je n'ai même pas l'idée d'avoir honte, c'est dire si j'ai besoin de lui! – et s'éloigne de moi le temps de prendre les préservatifs et le lubrifiant, rangés dans son sac.

Dés que nous sommes protégés, je me jette sur lui, prenant le contrôle d'une situation trop lente à mon goût. J'efface son sourire lubrique et satisfait en l'embrassant comme un affamé, envahissant sa bouche autant qu'il l'est humainement possible.

Je l'allonge sur le dos et m'installe à califourchon sur lui, le chevauchant sans la moindre trace de pudeur. Il gémit quand je le guide en moi d'un profond coup de reins. J'ai eu du mal à m'habituer à sa taille plus qu'honorable, il faut dire aussi que plus personne ne m'avait pris depuis quatre ans, mais maintenant que c'est fait, j'en profite outrageusement.

J'aime faire l'amour avec lui.

Je ne bouge pas, lui non plus. Nous profitons de l'autre, de sa chaleur, de sa présence. Je sens son sexe pulser en moi, se gonfler encore un peu, se tendre à l'extrême. Je ressers mes muscles autour de lui et il se crispe en gémissant. Ses mains agrippent mes fesses et mes hanches entrent en mouvement. Je me soulève et me tortille sur son corps, le laissant me posséder aussi profondément et complètement qu'il le veut.

Mes mains errent sur son torse, le caressent, comme par réflexe.

Putain, c'est tellement bon! Cette friction délicieuse en moi, ce corps sublime sous moi... Je perds la tête. Je cris et gémis sans discontinuer, sa voix accompagnant la mienne.

Nous bougeons à l'unisson, nous séparant pour mieux nous rejoindre, sans plus retenir notre violence, ni notre désir d'atteindre le septième ciel. Ma peau claque contre la sienne chaque fois que nous nous rejoignons.

Je sens un bras s'enrouler autour de ma taille et une bouche marquer mon cou. Lucius s'est redressé et me sert contre lui, me soulevant à la force de ses bras. J'enroule mes jambes autour de lui. Mes bras tendus derrière moi soutiennent mes mouvements, ma tête est rejetée en arrière et Lucius en profite pour me faire un suçon à la base du cou.

Encore! Oh oui, encore...

Je ne vois plus que du blanc. Je n'entends plus que ses halètements.

La tente sent le sexe et la sueur, le corps de Lucius luit sous la lumière nocturne qui perce le tissus de notre abris. Notre cadence devient effrené, délicieusement animale. Il me serre brusquement dans ses bras et crie mon nom. Je le sens palpiter en moi, jouir dans le caoutchouc.

Mon corps se crispe à son tour et je le rejoins sur son nuage, son propre nom sur les lèvres. Mes ongles griffent la peau douce de son dos.

On s'écroule sur nos sacs de couchage en désordre. Il se retire et m'ouvre ses bras, m'emprisonnant dans sa chaleur et l'intimité que nous venons de partager. Je n'ai plus envie de quitter ces bras-là, c'est ici que se trouve mon bonheur.

« Lucius?

- Oui?

- Ça fait un moment que j'ai envie de te le dire, je t'aime. »

Il sourit et m'embrasse avant de me murmurer « je t'aime aussi » au creux de l'oreille. Nous nous glissons dans son duvet, serré l'un contre l'autre et j'attrape mon sac pour en sortir une tablette de chocolat que nous partageons en riant. Nous nous sommes dit ce qui était vraiment important, le reste peut attendre.

« Toi et ton chocolat. Murmure-t-il sur un ton désespéré.

- Tu sais très bien que je ne pourrais pas vivre sans.

- Autrement dit, si tu devais choisir entre moi et du chocolat je ne suis pas sûr d'avoir la préférence. C'est vexant, tu sais?

- Ça dépend. Si tu te tartines avec le chocolat de la tête aux pieds, je te choisirais sans hésiter. Et je me ferais un plaisir de te lécher, j'ai horreur du gaspillage.

- Tu es plein de principes. Dit-il en me piquant le carré où j'allais mordre. M'en fous, j'en ai d'autres, c'est moi le gardien de la plaquette.

Je manque avaler de travers quand je le vois se frotter le visage avec un morceau de chocolat à demi fondu, un sourire pervers sur les lèvres. Puisqu'il me cherche, se serait dommage qu'il ne me trouve pas. J'ouvre le duvet pour qu'on ait plus de place et je commence à lui lécher le visage, très délicatement, tout en faisant fondre un carré sucré sur son torse.

C'est le début d'un deuxième round.

o0O0o

Alors que Lucius me prend pour la seconde fois, mon esprit s'égare et je repense à mon passé, aux évènements qui m'ont amené à partager une tente avec l'homme le plus riche et le plus séduisant de Grande-Bretagne dans un coin du Connemara. Finalement, je ne regrette rien, pas même la perte de mon avenir de star, pas même la fin de ma relation avec Sirius.

Aujourd'hui, j'ai le futur devant moi et il est autrement plus effrayant que le passé.

Je sais que notre relation sera semée d'embûches, ne serait-ce que parce-qu'il est « Monsieur Malfoy ». La société et les gens qui la composent sont cruels, ils ne nous épargneront pas. Je sais aussi que nous devrons très bientôt faire face à nos enfants, à leur incompréhension, à leur naïveté.

Ça ne sera pas facile. Je sais tout ça.

Mais très franchement, je pense que le plus dur est déjà derrière nous.

FIN

(1): Le Royaume du Milieu appartient au folklore irlandais. Ce serait le lieu magique où vivent les elfes, fées, gobelins, lutins et autres créatures qui peuplent leur pays. C'est aussi là-bas que vont vivre éternellement les âmes des morts.

(2): En France, nous avons eu le massacre de la St Barthélemy en 1572 durant lequel les catholiques ont massacré les protestants. En Irlande, pendant des décennies, les colons britanniques, protestants, ont massacré les irlandais, catholiques. Les principales persécutions ont été mené au XVIIème siècle, par le tristement célèbre puritain britannique Oliver Cromwell. Dans l'histoire, les Malfoy étaient catholiques, donc leur choix d'aller en France était très logique.


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