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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Yu-Gi-Oh » Corneille et ses Choix

Eagle Eclypse
Author of 5 Stories

Rated: T - French - General/Supernatural - Atem & Seto K. - Reviews: 34 - Updated: 01-08-09 - Published: 01-13-08 - id:4009040

Bien le Bonjour,

Je ne sais comment vous présenter cette fanfiction, alors je vais utiliser le formulaire d'usage.

Auteur : Eagle Eclypse

Titre : Corneille et ses Choix

Univers : Yu-Gi-Oh ! (Manga/Anime)

Disclaimer : Les personnages répondant aux noms de Yûgi Mûto, Atem, Seto et Makuba Kaiba, Téa Gardner, Tristan Taylor, Joey et Serenity Wheeler, Maximilien Pegasus, Duke Devlin, Marek et Isis Ishtar, Bakura Ryô et Yami Bakura Ryô ne sont pas ma propriété. En revanche, par la suite, deux personnages de mon inventions interviendront dans cette fanfiction.

Résumé : La Vie n'est qu'une succession de choix plus ou moins faciles. Mais jamais Atem ne s'était douté qu'il existait une période de la vie où les choix sont plus douloureux qu'une autre.

Rating : T par précaution : il y a déjà, dès utilisation de ce chapitre, d'un langage un peu osé ; et ne connaissant pas vraiment ce qui va être écrit, je choisis ce rating par précaution.

Notes de l'Auteur (importantes à lire) :

Ceci est une fiction qui traite d'une relation amoureuse entre hommes. Je préfèrerais que ceux qui n'apprécient pas passent leur chemin, étant donné qu'il en existe deux.

Je suis consciente qu'une fiction dans laquelle apparaissent des personnages originaux n'est pas spécialement lue ni appréciée. Je tenais donc à préciser que le sujet de la fiction est le couple principal Seto Kaiba/Atem et que les deux personnages qui vont apparaître par la suite ne remplisse qu'un second rôle, même s'ils ont une place importante dans la vie de ces deux personnages.

Cette fiction est basée sur l'anime ainsi que sur les épisodes qui parsèment la série et qui n'ont jamais été dessinés par l'auteur de Yu-Gi-Oh !. Les noms sont, en général, ceux de l'anime, à part deux, je crois.

Je n'ai pas encore lu la fin du manga et je n'ai pas vu non plus la fin des animes. Par conséquent, voici quelques informations utiles sur cette fiction : Atem ne connaît que son véritable nom et ignore toujours tout de son passé ; Bataille Ville s'est déroulée et s'est donc soldée par la victoire d'Atem/Yûgi sur Marek ; Atem a eu son propre corps ; Pegasus est, aux dernières nouvelles, à l'hôpital. Il est, de plus, essentiel de savoir que c'est une version quelque peu " remaniée " de l'histoire : je ne connais pas le passé en lui même d'Atem, je n'ai juste que quelques infos et c'est donc ma propre version de l'histoire et il y a quelques ajouts dans le jeu même de Duel de Monstres.

Je m'étais promis que je ne publierais pas une nouvelle fiction avant d'avoir terminé La Malédiction des Astres. Mais finalement, je n'y suis pas arrivé. Ceci pour vous expliquez le fait que la vitesse de publication des chapitres de cette fiction se fera lentement : cela dépendera de mon temps et de Miss Inspiration qui a la fâcheuse habitude de s'envoler pour les Bahamas quand elle le veut pour une durée indeterminée. Mais je terminerais cette fiction.

Je crois que tout a été dit. Donc, si vous n'êtes pas découragés, je vous souhaite une bonne lecture !

Eagle Eclypse


Corneille et ses Choix

Lui Accorder une Seconde Chance ou Abandonner la Partie

Malgré tout ce que pouvait dire son amant, malgré tout l’amour qu’il pouvait lui jurer, Atem savait qu’il existait toujours cette rivalité épuisante entre eux, qui le bouffait jour après jour. Le Pharaon faisait tout ce qui était en son pouvoir pour l’effacer, il abandonnait certaines de ses idées pour amoindrir la rancœur, mais même s’il faisait un effort surhumain sur lui-même quand ils s’affrontaient en duel, il était toujours le vainqueur, et son amant, lui, se terrait en ruminant au fond de son éternelle seconde place. C’était leur rivalité qui les avait rapprochés, c’était leur rivalité qui les avait attirés. Et elle demeurait, virus sournois qui jouait avec les nerfs du Pharaon. Parce que le PDG de la Kaiba Corp, lui, n’avait pas l’air d’être dérangé par cette tare envahissante. La patience d’Atem s’écoulait et il avait peur que tout cela ne se solde par une dispute irrémédiable.

Que ce soit au manoir ou dans la tour de l’entreprise, la télévision du bureau de Seto était toujours câblée sur la chaîne d’information des bourses. Quand Atem venait retrouver son amant à la fin de son service – le Pharaon était un employé de la Kaiba Corp – pour ensuite rentrer ensemble, il était condamné à supporter les jacassements ennuyeux et définitivement incompréhensibles des experts et journalistes de la chaîne. A défaut de se divertir, Atem avait alors pris l’habitude de rejoindre Makuba, qui rentrait avec Seto du lycée – le PDG de la Kaiba Corp n’avait pas usurpé son titre de plus jeune PDG du Japon étant donné qu’il était président d’une entreprise tout en étant en dernière année de lycée -, allongé sur le canapé d’angle du bureau, le plus souvent sur le ventre, un livre de cours ouvert devant lui, un crayon dans une main et travaillant consciencieusement, des écouteurs enfoncés dans les oreilles pour éviter d’être distrait par la mélasse d’informations des journalistes. Atem s’emparait en général du livre d’histoire du jeune homme et se cultivait, en s’informant sur l’histoire contemporaine, n’ayant qu’une vague idée de l’époque dans laquelle il se trouvait.

Ce jour là ne fut pas différent des autres. Quand il entra dans le bureau de Kaiba, vers dix neuf heures, heure à laquelle il finissait en général, il retrouva la télévision allumée sur la chaîne des bourses et Makuba allongé dans le canapé, écouteurs aux oreilles, livre d’histoire géographie ouvert devant lui et stylo à la main. Sa tête se balançait discrètement au rythme de la musique qui s’échappait en faible murmure de son baladeur dernière génération ; Seto pianotait sur son clavier, le regard rivé sur son écran ; il n’eu aucune réaction à l’entrée de son amant. Sans une parole, ce dernier se dirigea d’emblée vers le canapé et attrapa le roman qu’il laissait dans le bureau chaque fois qu’il le quittait depuis maintenant deux mois, ayant fini par se lasser de l’histoire contemporaine. En reprenant là où il s’était arrêté, il croisa tout naturellement les jambes ; il ne vit pas le regard gourmand que lui lança Seto en le détaillant des yeux, avant de reprendre son travail.

« Quoi ?! Illusions Industries remonte en bourse ?! »

Atem eut un violent sursaut et lâcha son livre. Seto, à demi levé de son siège, observait, stupéfait, les statistiques affichées à l’écran qui indiquaient effectivement une remontée prodigieuse de l’entreprise concurrente à la Kaiba Corp. Ne comprenant décidément rien à rien à la logique de la bourse, voire même ne comprenant strictement rien à l’essence même de la bourse, Atem haussa les épaules et reprit sa lecture, entendant vaguement Seto s’emparer de son téléphone et exiger de l’un de ses assistants des recherches sur le pourquoi du comment et des résultats le plus rapidement possible. Makuba, quant à lui, n’avait eu aucune réaction, n’ayant tout simplement pas entendu.

Seto n’avait pas décroché un mot de la soirée. Atem savait bien qu’en s’engageant avec lui, ça n’allait pas être facile. Mais il avait la nette impression de partager le cœur de Seto avec l’entreprise qu’il dirigeait – si toutefois il détenait une partie de cette forteresse inébranlable. L’atmosphère fut lourde, dans la limousine qui les reconduisait tous les trois vers le manoir Kaiba. Makuba écoutait toujours sa musique, Seto s’était muré dans un silence borné et Atem ne savait que faire. Il fut soulagé de sortir de la voiture et se dirigea d’emblée vers le manoir, sans un regard en arrière.

Seto ne fit aucune remarque.

Prétextant un mal de crâne, Atem s’enferma dans sa chambre. Seto ne s’y présenta pas de la soirée. Seul, le Pharaon s’était recroquevillé sur son lit, serrant contre lui la peluche que lui avait offert Yûgi, la peluche qu’Atem avait préférée dans la chambre de son double, lorsque le Pharaon avait quitté les Mûto pour aller s’installer avec Seto dans son manoir, il y a de cela un an. Un an que le PDG et le Pharaon étaient ensemble, mais cela faisait également un an qu’Atem s’accrochait de toutes ses forces, au point qu’il s’était lui-même perdu de vue. Il avait tant consacré de temps à Seto, dans l’espoir de briser son armure, qu’il en avait négligé ses propres amis. Si Yûgi lui avait déjà pardonné ce manque d’attention parce qu’il était incapable d’en vouloir à son double, Tristan, Joey, Téa et Maï lui montraient encore ouvertement qu’ils n’avaient pas apprécié cet abandon ; Serenity ne savait pas en vouloir à qui que ce soit. Duke, Bakura et Marek ne le lui avaient, quant à eux, jamais reproché, comprenant parfaitement ce que pouvait ressentir le Pharaon : ils avaient chacun des expériences assez concluantes sur ce qu’on est capable de faire par amour. Duke pourrait décrocher la lune si Serenity le lui demandait ; pour Bakura, Marek était prêt à perdre la vie si cela pouvait sauvé la sienne. Qu’Atem ait voulu ouvrir Seto au monde était une noble prétention qui, pourtant, s’est avérée être un échec complet.

Non seulement Kaiba n’était pas plus agréable depuis qu’ils étaient ensemble, mais en plus, ils avaient conservé leur vieille rancune. Cette histoire de remontée en bourse qui avait totalement fermé le PDG était la goutte d’eau de trop.

Il ne descendit que lorsque Makuba vint le chercher pour le prévenir que le dîner était servi. La première chose que le jeune homme remarqua fut les yeux rougis du Pharaon et les joues ravagés par les sillons humides de ses larmes. Atem remercia silencieusement le jeune Kaiba de ne pas lui poser de questions mais de lui manifester son soutien en posant sur son épaule une main réconfortante. Au fond, Makuba était bien la seule personne à pouvoir comprendre l’état du Pharaon.

Le dîner fut tendu. Atem était persuadé que Seto n’avait pas remarqué qu’il avait pleuré et cette conviction ne fit que renforcer la mélasse gluante qui bouillonnait au fond de lui, mélange peu homogène de colère, de chagrin, de déception, de douleur, de trahison. Il ne perdit pas une minute à la fin du repas et s’enfuit dans sa chambre une fois de plus sans demander son reste.

Il avait la désagréable impression d’être une femme trahie, trompée par l’homme qu’elle aimait, lorsqu’il ferma rageusement son sac de voyage. D’un brusque revers de manche, il effaça les nouveaux sillons humides de ses joues mâtes et allait pour attraper son sac lorsqu’il sentit deux bras puissants lui encercler sa fine taille pour l’attirer contre un torse dur et agréablement chaud.

Il ne devait pas céder. Il ne devait plus céder.

« Pourquoi as-tu pleuré ? », souffla la voix platonique de Seto.

Atem se rappelait douloureusement que Seto avait toujours eu cette voix dénuée de sentiments, même quand il disait qu’il l’aimait. Du moins, les rares fois où il avait fait cet effort… Le Pharaon ferma fort les yeux ; une larme coula.

« Tiens, tu te souviens de mon existence ? », répliqua Atem un rien agressif.

Le souffle chaud de Seto lui caressait sensuellement la nuque ; une main de Seto effleurait doucement son côté ; l’autre main de Seto le maintenant contre lui dans une tendre emprise. Tout ce que faisait Seto, tout ce qu’était Seto, rendait fou Atem, et le PDG le savait bien. Le Pharaon le soupçonnait d’en profiter sournoisement.

Mais ce soir, il était allé bien trop loin. Un mouvement anodin mais pourtant significatif fit réagir Atem ; il s’arracha rageusement des bras de son amant et lui assena sans autre forme de procès une violente gifle. Seto n’eu aucune réaction ; la barrière céda.

« Tu es un monstre », murmura hargneusement Atem, les yeux remplis de larmes prêtes à déborder. « Pour toi, j’étais prêt à tout. Pendant un an, je t’ai tout pardonné. J’ai même arrêté les recherches sur mon passé pour toi. J’ai tourné le dos à mes amis parce que t’aimais tellement que je m’étais entièrement consacré à toi. J’ai construit ma vie autour de toi. Personnellement, je n’ai pas vu la réciprocité dans notre relation. Tous tes mots d’amour étaient dits comme si tu constatais qu’il pleuvait et tu ne disais rien quand je me donnais à toi en pleine connaissance de cause. Au fond, tu ne m’as jamais montré que tu m’aimais. Notre relation n’est que physique, alors que… alors que… »

Il manquait d’air. Seto venait de remarquer le sac, et il n’avait eu aucune réaction. Atem suffoquait, les yeux exorbités.

« Alors que je crève d’amour pour toi ! »

Ses larmes coulaient à flot, et il ne pu supporter le regard vide que posa sur lui Seto. Ravalant un sanglot, il s’empara de son sac et s’enfuit du manoir. Seto n’avait pas esquissé le moindre geste pour l’en empêcher.

Il était une heure du matin et le lendemain était jour d’école. Pourtant, Yûgi passa la moitié de la nuit à bercer Atem, réfugié chez lui. Lorsqu’il avait ouvert la porte, les yeux embués de sommeil, il n’avait pas analysé la situation. Ce ne fut qu’au son de la voix tremblotante de son double et lorsqu’il s’aperçut que le regard d’Atem était inondé de larmes et se faisait fuyant, comme honteux, que Yûgi avait pris conscience que son double se tenait sur le pas de sa porte, à une heure du matin, un sac à la main et l’âme en bataille. Il l’avait alors emmené dans sa chambre et depuis, adossé au montant de son lit, il tenait contre lui le Pharaon, lui si royal, si courageux, si puissant, réduit à une loque qui avait le cœur déchiré et une blessure béante saignant abondamment dans son être. Epuisé, Atem avait finalement terminé par s’endormir, à l’abri dans les bras réconfortants de son double, la respiration encore un peu haletante, vers quatre heures du matin ; Yûgi, lui, avait longuement observé son double en lui caressant tendrement les cheveux, comme une mère était présente pour sa fille détruite par une déception amoureuse, en maudissant Kaiba de lui avoir rendu l’être qui lui était le plus cher en si pitoyable état.

L’homme abattit violemment son poing sur le bureau, faisant sursauter son occupant endormi qui se redressa brusquement, marmonnant d’une voix pâteuse « je dormais pas, je dormais pas… » en se frottant les yeux d’un air profondément endormi.

« Je suppose que vous ne verrez pas d’inconvénient à aller terminer votre nuit en dehors de ma classe, Monsieur Mûto. Je veux bien admettre que ma matière ne soit pas la plus intéressante qui soit, mais la prochaine fois, veillez à ne pas ronfler trop fort… »

Des ricanements peu sympathiques agitèrent la classe et mécaniquement, Yûgi rassembla ses affaires sans même s’en préoccuper. Après tout, ce n’était pas la première fois qu’il s’endormait en plein cours, mais les fois précédentes, au moins, il avait su être discret. Sans même accorder un regard au professeur ni à la classe, l’esprit trop embrumé pour ça, il se dirigea vers la sortie et faillit se manger la porte. Juste à temps, il arrêta son pas et actionna la poignée, puis sortit dans le couloir en prenant soin de claquer derrière lui la porte de la salle de classe où, tranquillement, le professeur d’histoire venait de reprendre son cours.

L’eau glacée qu’il se jeta négligemment sur le visage, la moitié s’écrasant sur sa veste d’uniforme, acheva de lui remettre les idées en place. Il se fixa un instant dans le miroir, et la fatigue cumulée par les multiples aventures qu’ils avaient endurées, même si elles dataient toutes de plus d’un an, alourdit un peu plus ses frêles épaules.

De lourds cernes violets soulignaient ses yeux d’une couleur plus ou moins égale, les traits de son visage étaient affaissés et quand il tenta de sourire, il se rendit compte combien il avait perdu de l’innocence et de son éclat de vie qui avaient fait de lui le jeune garçon le plus attachant du lycée auparavant. Il avait grandi, il avait mûri, il le savait ; mais la contrepartie était lourde, et sa conception de la vie, même si tous les malheurs semblaient aujourd’hui terminés, s’était sensiblement ternie.

Le malheur qui habitait aujourd’hui son double n’était qu’une confirmation de ce qu’il pensait actuellement. Il regrettait amèrement le temps où ils étaient tous réunis contre les forces du Mal, amis et rivaux. Certes, c’était une épreuve plus dangereuse que celle que traversait en ce moment même le Pharaon, mais au moins, ils étaient tous ensemble, les uns pour les autres, dans le même bateau. Depuis que la vie avait repris son cours tout à fait normal, ils s’étaient dispersés, vivaient chacun leur vie ; finalement, ils pouvaient se soutenir mais ce n’était plus comme avant. Plus rien n’était comme avant.

« C’est la vie… », soupira Yûgi en repensant à la seule réflexion que fut en mesure de prononcer son grand-père lorsqu’il lui avait parlé de ses problèmes.

Et Dieu qu’il avait raison. C’était pourtant si douloureux de s’en rendre compte.

Attrapant son sac, Yûgi quitta les toilettes et se dirigea vers la cour de récréation, vide à cette heure là. A une heure avant la pause de midi, tous les élèves étaient en classe et lui, il avait réussi à se faire virer de sa salle dans le premier quart d’heure. Il devait bien avouer que cette fois-ci, il avait fait fort.

Mécaniquement, il se dirigea vers le coin le plus reculé de la cour, à l’abri des regards indiscrets des surveillants sournois qui se tapissaient dans l’obscurité dans l’espoir de confondre des élèves en fraude. Mais on n’avait pas affronté les forces du Mal pour se faire par la suite attraper aussi facilement qu’un lapin insouciant en pleine forêt par les surveillants de son lycée. S’adossant au mur, Yûgi tira de sa poche le paquet de cigarettes qu’il se traînait depuis deux mois. Il n’était qu’un fumeur occasionnel et ne s’en allumait une que lorsqu’il en ressentait réellement le besoin, un besoin de décompresser important. Ce qui était le cas maintenant, soutenant autant la déprime de son double que sa déception croissante.

Toute l’agitation de son ancienne vie lui manquait terriblement.

Il observa le morceau de ciel bleu qui s’étendait au-dessus de lui, parsemé de petits nuages moutonneux se baladant librement, insouciants, dans l’immensité de la voûte céleste. Il prit le temps de savourer la seule cigarette de sa journée. S’il n’en fumait pas plus, c’était également à cause de son grand-père et de ses amis. Ils ne comprendraient pas pourquoi il s’adonnait à une telle pratique pour alléger ne serait-ce qu’un instant ses épaules. De toute façon, ils ne comprenaient pas ce qu’il ressentait depuis que l’aventure s’était terminée. Ils n’avaient pas partagé leur corps et leur esprit avec un autre esprit qui, finalement, avait eu son propre corps. Ils ne savaient pas ce que c’était, et Yûgi n’espérait pas qu’ils le comprennent un jour.

Ecrasant sa cigarette, Yûgi attrapa son téléphone portable et composa le numéro de celui de son double, en espérant que, dans sa précipitation, le Pharaon ne l’ait pas oublié chez cette enflure de Kaiba.

« Oui ? »

Sa voix était fatiguée, brisée. Le cœur de Yûgi manqua un battement. C’était comme si lui aussi ressentait la douleur du Pharaon. Il n’y avait qu’avec son double que son don d’empathie était aussi puissant : il pouvait ressentir le mal être d’Atem même sans le voir, à des kilomètres à la ronde.

« Atem ? C’est Yûgi. »

« Oh, bonjour. »

« Je te réveille ? »

« »

« Atem ? »

« Je suis désolé, pour hier soir. Tu dois être fatigué. »

« Y’a pas d’mal. Tu vas mieux ? »

Le Pharaon ne lui répondit pas ; Yûgi, au fond, n’avait posé cette question que par pur réflexe, il savait que son double n’allait pas mieux, qu’il allait mettre un certain temps à lui répondre et finalement le remercier d’avoir été là, même si il n’allait pas mieux.

« Non… Mais je te remercie d’avoir été là. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi… »

Une fois encore, Yûgi savait exactement ce qu’aurait fait Atem si jamais il n’avait pas été là pour le recueillir cette nuit-là. Le Pharaon, malgré tout ce qu’il pouvait dire sur sa non intégration complète dans l’époque dans laquelle il s’était retrouvé projeté, avait bien vite compris les différentes fonctionnalités de l’alcool. Si Yûgi ne lui avait pas ouvert la porte, Atem se serait réfugié dans les bars et se serait soûlé jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout et pouvoir dormir sans trop d’incommodité dans la rue jusqu’à ce qu’il se réveille avec une gueule de bois monstrueuse et qu’il décide enfin à se trouver un hôtel dans lequel il aurait dormi toute la journée. Par contre, après, Yûgi ignorait ce qu’aurait fait le Pharaon. Parce que malgré tout, il avait sa fierté… même si, actuellement, elle avait mis les voiles en quatrième vitesse.

« Tu sais parfaitement que tu pourras toujours compter sur moi, quoiqu’il arrive. Nous n’avons pas partagé le même destin, nous n’avons pas risqué nos vies pour que je t’abandonne. »

« Oui… »

Il n’était pas convaincu. Mais allez tenter de convaincre quelqu’un qui, sur le plan affectif, ne tient plus la route, que vous, vous ne le trahirez pas. La personne à qui Atem avait quasiment offert sa vie l’avait profondément blessé, que ce soit sciemment ou pas. Le reconstruire allait prendre un temps infini ; Atem allait devoir réapprendre à avoir confiance en certaines personnes. Si Yûgi lui-même n’arrivait pas à le convaincre de son soutien, alors personne n’arriverait à le faire.

Yûgi avait envie de tuer Kaiba.

Ils discutèrent un moment. La conversation eu du mal à démarrer, mais finalement, Yûgi réussi à l’enrayer et il fut persuadé qu’à un moment, en lui racontant comment il s’était fait virer de sa salle de cours, il avait réussi à le faire au moins sourire. Un petit sourire, mais un sourire quand même. Ce ne fut qu’à la sonnerie de fin des cours qu’il raccrocha, plus par précaution que parce qu’ils avaient terminé de se parler : les élèves allant affluer dans la cour, les surveillants allaient débarquer, plus attentifs que jamais, et la punition pour un élève usant de son téléphone dans l’enceinte de l’école n’était pas désirable si l’on comptait conserver son téléphone portable et son intégrité. Ses amis ne mirent pas longtemps à le rejoindre.

« Alors, on a passé une courte nuit ? », plaisanta Joey en lui assenant une claque amicale dans le dos.

« Disons que… », commença Yûgi.

Il fut coupé dans son élan par une longue ombre qui vint le recouvrir de sa hauteur. Levant les yeux, il croisa le regard glacé de Kaiba, se découpant à contre-jour devant lui, arborant son air le plus aimable. Autrement dit, ne présentant ni sourire ni chaleur sur son visage.

« Où est Atem ? », demanda d’entrée de jeu le jeune PDG.

Joey, Tristan, Téa, Bakura et Duke froncèrent les sourcils, alors que Yûgi, supportant sans aucune difficulté le regard inexpressif de Seto Kaiba, serrait les poings de colère. Son regard n’avait jamais été aussi agressif, ni même sa voix aussi lourde de menaces.

« Tiens, tu te souviens de son existence ? », cingla-t-il.

Il eut une légère impression d’écho mais n’y prêta aucune attention. Ce n’était qu’une impression de déjà-vu, certes différentes de celles qu’il avait de temps en temps, mais une impression de déjà-vu quand même. Il avait d’autres choses à penser que d’analyser cette étrange sensation, comme par exemple élaborer toutes les tortures qu’il pourrait faire subir à cet enfoiré.

A cette pensée, Yûgi se surprit lui-même. Il ne s’était pas rendu compte à quel point il avait changé…

A la réplique de Yûgi, Kaiba avait haussé un sourcil, avant de répéter :

« Où est Atem ? »

« Je ne vois pas pourquoi tu me poses cette question. Tu devrais savoir où il se trouve. Il me semble qu’il vit avec toi, non ? Ou alors il vivait avec toi ? »

Kaiba ne répondit rien. Ils s’affrontèrent encore quelques secondes silencieusement du regard, avant que le PDG ne tourne les talons d’un air suffisant et ne s’éloigne de leur groupe. Avant qu’il ne disparaisse, Yûgi, poussé par un élan de colère particulièrement puissant, oubliant momentanément que personne ne savait et ne devait savoir, à part leurs amis, qu’Atem et Kaiba étaient ensemble, lança :

« Je t’interdis de traîner autour d’Atem pour les trois prochaines générations, Kaiba ! »

Joey, Tristan, Téa, Bakura, et Duke se tournèrent vers Yûgi une fois qu’il eu disparu, ayant assisté à un étrange échange dans lequel ils n’avaient pas bien saisi le sujet.

« Que se passe-t-il ? », demanda alors Téa.

Le regard de Yûgi, hargneux, se porta sur un autre point que ses amis. Il ne supporterait pas qu’ils fassent les frais de sa colère.

« Atem est arrivé chez moi à une heure du matin et a passé le plus clair de la nuit à se vider de toutes les larmes de son corps. Ce salop… »

Il ne su finir sa phrase. Il savait parfaitement que s’il choisissait de continuer, il ne pourrait contenir le flot d’injures qu’il voulait déverser sur Kaiba, et ce n’était pas à ses amis d’en faire les frais.

Serenity, arrivant comme une fleur, fut frappée de plein fouet par la lourde ambiance qui planait dans ce coin de la cour. Son sourire s’effaça instantanément en avisant l’absence de sourire sur le visage de ses amis, et surtout en croisant furtivement le regard brûlant de Yûgi. Ils avaient tous l’air grave, comme si on venait de leur annoncer la mort d’un proche ; Yûgi fulminait littéralement sur place. Aucun n’avait remarqué son arrivée.

« Il s’est passé quelque chose ? », s’inquiéta Serenity d’une toute petite voix.

Ils eurent un léger sursaut et portèrent tous leur attention sur elle, à l’exception de Yûgi ; Duke fut le premier à réagir et alla la serrer dans ses bras pour la réconforter, sans se préoccuper du grognement de Joey. D’une nature très protectrice, le duelliste blond n’avait pas encore placé toute sa confiance en Duke et continuait de se méfier de lui, alors que jusqu’ici, jamais Serenity n’avait autant rayonné que depuis qu’elle avait accepté de sortir avec le Maître des Dés. Joey les laissait faire, mais il ne manquait jamais de questionner sa sœur sur leurs sorties au point qu’il arriva une fois qu’elle le gifle pour l’avoir trop interrogée. Au début, elle avait été clémente, mais sa patience avait des limites.

« Ne t’inquiètes pas », l’entendirent-il murmurer à l’oreille de la jeune fille, « il ne s’est rien passé de grave. C’est juste… Atem semble avoir rompu avec Kaiba. »

« C’est vrai ? », demanda Serenity en tournant la tête vers Yûgi, qui s’obstinait à fuir les contacts visuels. « Mais ils semblaient si… »

« Amoureux ? », gronda le jeune homme en plantant son regard furibond dans celui de Serenity. « Lui, il l’était. Kaiba, il faut croire qu’il ne faisait que jouer avec lui. A cause de cet enfoiré, Atem n’a plus que ses yeux pour pleurer, et son cœur s’est tellement brisé qu’il faudrait utiliser une loupe pour retrouver tous les morceaux. Kaiba ne touchera plus à un seul cheveu d’Atem. »

La véhémence des paroles de Yûgi les surprit tous mais aucun n’en fit la remarque. Yûgi, lui, était si furieux, qu’il ne se rendit compte de rien ; il ne se rendit pas compte que ses amis étaient enfin en train de voir à quel point toutes ces histoires avaient affecté le cœur et le caractère de leur ami. Jamais auparavant, Yûgi n’aurait parlé de quelqu’un avec tant de ferveur haineuse dans la voix ; jamais auparavant il n’aurait insulté quelqu’un, que ce quelqu’un lui ait fait du mal ou pas. Jusqu’ici, il avait toujours considéré Kaiba avec du respect, et même si celui-ci ne cessait de le rabaisser, Yûgi n’avait jamais dit du mal de lui et ne s’était jamais monté contre lui. Il ne fallait pas toucher à Atem, ça, ils le savaient ; ce qu’ils ne savaient pas, en revanche, c’était justement la réaction que pourrait avoir le jeune homme si jamais quelqu’un osait s’en prendre au Pharaon. Pour qu’il s’en prenne ainsi à Kaiba, pour qu’il dégage une aura si meurtrière, Atem devait non seulement être revenu aussi détruit que le prétendait Yûgi, mais il fallait également que ce dernier ait énormément changé.

Yûgi était resté le même avec eux, mais ses réactions étaient aujourd’hui celle d’un jeune homme frappé de désillusion.

Makuba vint les voir un peu avant que la cloche ne sonne la reprise des cours de l’après-midi. Prenant Yûgi à part, il demanda des nouvelles du Pharaon, sachant pertinemment que ce dernier s’était réfugié chez lui, puis, à la demande du jeune homme, exposa les raisons qui auraient poussé Atem à s’enfuir ainsi. Faisant ce qu’il pouvait pour analyser la situation, Makuba tenta de construire un exposé plus ou moins complet ; il ne réussit à lui dire que le fait que Kaiba, c’était vrai, ne s’était pas beaucoup occupé d’Atem durant leur relation. La plupart du temps, Atem avait été en la compagnie du jeune Kaiba et, ensemble, ils s’étaient beaucoup amusé ; Makuba ne pu s’empêcher de dire que la présence du Pharaon lui manquait. Il savait, avant même d’en avoir fait l’expérience, que ça allait redevenir comme avant…

Yûgi le remercia d’avoir était là pour être avec Atem, lorsque celui-ci avait fait partie du quotidien du manoir Kaiba. Il promit à Makuba de lui donner des nouvelles du Pharaon aussi souvent qu’il le pouvait et ne pu s’empêcher de penser, en regardant le jeune Kaiba s’éloigner vers son groupe d’amis, qu’il était plus facile de parler avec Makuba depuis que ce dernier s’était progressivement démarqué de son frère aîné, sans pour autant l’abandonner. Depuis, il s’était considérablement rapproché du groupe rival de son frère, plus particulièrement d’Atem et de Yûgi.

L’après-midi se passa rapidement. Pour une fois, Yûgi terminait tôt les cours et accompagna Téa sur le chemin du retour, prenant tous les deux le même chemin pour rentrer chez eux, à la différence que Téa allait un peu plus loin que le magasin de jouets du grand-père de Yûgi. Sur le chemin, elle ne cessa de questionner Yûgi sur l’état d’Atem.

« Tu es toujours amoureuse de lui, n’est-ce pas ? », finit par demander, très franchement, Yûgi.

Téa déglutit difficilement et sentit le sang lui monter aux joues. Elle détourna la tête et ne répondit rien ; son silence était éloquent.

Yûgi était le seul à être au courant de l’attirance qu’elle éprouvait depuis sa première rencontre avec le Pharaon. Ca n’avait fait que croître à mesure que le temps passait et même un an après avoir appris qu’Atem n’était pas du même bord, elle conservait toujours cette affection particulière pour lui, n’espérant que le jour où il se rendrait compte, miraculeusement, qu’il s’était trompé sur toute la ligne et qu’au final, c’était elle qu’il aimait. Si Yûgi avait abandonné tous ses rêves utopiques, Téa continuait à croire que la puissance de son amour pouvait révéler l’absolue vérité au Pharaon.

Yûgi en doutait sérieusement : l’état dans lequel sa violente « rupture » avec Kaiba l’avait mis témoignait assez bien de la véracité et de l’existence des sentiments d’Atem pour le PDG de le Kaiba Corp, et, de ce fait, confirmait qu’il n’était vraiment pas du même bord.

Il la quitta sur le pas de sa porte après lui avoir dit qu’il préférait qu’elle ne monte pas voir Atem pour le ménager. Elle avait un peu insisté, mais il s’était montré particulièrement ferme ; elle avait cédé et était partie chez elle.

Atem était installé, dos contre le mur et genoux au menton, sur le lit qu’il avait occupé depuis qu’il avait eu un corps et qu’ils en eurent terminé avec les nombreux problèmes qui s’étaient opposés à eux. Son regard terni s’envolait à travers la fenêtre fermée.

Il avait encore pleuré.

A l’approche de son double, il tourna son regard vidé d’énergie vers lui et lui offrit un piètre sourire. Il n’était pas en mesure de lui donner plus. En réponse, Yûgi afficha un sourire réconfortant et vint prendre place à côté de lui ; passant son bras autour des épaules du Pharaon, il l’attira contre lui. Atem se laissa faire et bientôt, il s’allongea contre son double et ferma les yeux.

C’était comme s’il avait attendu l’arrivée de Yûgi pour s’endormir sereinement.

Jamais il n’aurait pensé que l’absence d’Atem le marquerait à un tel point. Incapable de se concentrer plus d’une minute depuis que l’horloge de l’église avait sonné les sept coups de dix-neuf heures, Seto avait terminé par éteindre rageusement sa télévision et son ordinateur pour ensuite monter dans la limousine qui l’emmènerait chez lui. Il était dix-neuf heures trente.

Pendant une demi-heure, il n’avait cessé de penser à cet homme qui l’avait accompagné pendant plus d’un an. Il n’avait cessé de repenser à ces yeux, ces magnifiques yeux, débordants de larmes ; il n’avait cessé de repenser aux paroles blessées, à sa voix trahie, à ses poings serrés de colère.

Et surtout, la dernière phrase d’Atem ne cessait de se cogner en écho sur les parois de son crâne : « Alors que je crève d’amour pour toi ! »

La limousine s’arrêta devant les grilles du manoir et le chauffeur vint ouvrir la portière de son patron. Machinalement, Makuba sortit le premier de la limousine ; s’apercevant qu’il n’était pas suivi, il se retourna pour voir le chauffeur claquer la portière. Seto n’était pas descendu.

« Je pensais t’avoir dit de ne plus l’approcher », gronda Yûgi.

Il n’arrivait pas à comprendre comment son grand-père avait laissé passer Kaiba. Pourtant, Sugoroku était bien placé pour savoir ce qui arrivait à Atem, et comme Yûgi, il avait été le premier mis au courant de la relation amoureuse qu’avaient entretenu les deux meilleurs duellistes.

« Je voudrais le voir, Yûgi… Je t’en prie. »

Le jeune homme faillit s’étouffer en ravalant la réplique acerbe qu’il était sur le point de lancer dans le but de défendre la tranquillité et l’équilibre de son ami. Que venait-il de dire ? Et n’était-ce pas une intonation de supplication qu’il avait décelée dans la voix de son interlocuteur ? Yûgi s’ébroua. C’était techniquement impossible. Kaiba était incapable de prier quelqu’un pour obtenir ce qu’il voulait ; Kaiba était incapable d’avoir une voix presque suppliante à s’en attirer la pitié des vieilles dames pour demander quelque chose.

Ses certitudes reprenant bien vite le dessus, sa véhémence lui revint tout naturellement.

« Tu ne crois pas que tu lui as assez fait de mal comme ça ? »

« Je ne l’ai pas voulu. »

« Ca revient au même. Il est détruit, et je crains que tu ne puisses pas l’aider maintenant. »

« Laisse moi le voir au moins une minute. »

« Abandonne, Kaiba, même si ce n’est pas ton genre. Je ne te laisserais pas passer, qu’importe… »

« Yûgi, laisse le passer. »

Alors que Kaiba ne faisait que relever la tête, Yûgi se retourna vivement. Dans l’encadrement de sa porte, se tenant au chambranle, se dressait Atem, ses yeux encore légèrement rougis rivés sur Kaiba. Il ne souriait pas, mais son regard, bien que terne, était déterminé. Yûgi s’avoua vaincu et s’écarta ; Kaiba ne se le fit pas dire deux fois et s’approcha d’Atem. Ce dernier rentra dans sa chambre avant même que son ex amant ne l’ait atteint ; Kaiba ferma la porte derrière et tenta une approche, bien vite réprimée par le regard meurtrier d’Atem. Le Pharaon croisa les bras sur sa poitrine.

« Que veux-tu ? »

« Je suis désolé. »

« Tu ne penses pas que c’est trop tard ? »

« Pourquoi ? Pourquoi est-ce trop tard ? Je ne comprends pas… »

« Tu ne comprends que les choses qui sont en relation avec ton entreprise, l’économie et les bourses ; tu ne comprends que les stratégies commerciales, tu ne comprends que ton ordinateur et ses putains de statistiques. Je comprends que tu ne comprennes pas ce qui t’arrive aujourd’hui. Ou plutôt ce qui est arrivé hier. »

Kaiba ne su quoi répondre et détourna le regard, pour la première fois gêné, passant une main fébrile dans ses courts cheveux bruns.

« Tu ne veux plus de moi ? »

Atem soupira. Il sentit les larmes lui revenir aux yeux mais il se fit violence pour les refouler.

« Il ne s’agit pas de ça. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. »

« Alors laisse-moi une chance de tout rattraper. »

Et Atem voulait le croire. Il voulait le croire, de toutes ses forces. Dieu qu’il le désirait. Mais Kaiba resterait Kaiba, quoiqu’il dise. Quoique son regard exprimât en ce moment même. Jamais auparavant, Atem n’avait vu de douleur dans le regard bleu glace de son ex amant, jamais il n’avait vu autant de détresse.

Mais il ne comprenait pas. Il n’avait pas compris pourquoi Atem était parti la veille, alors comment ferait-il pour rattraper des erreurs dont il n’avait même pas conscience ?

Putain.

« S’il te plaît… »

Kaiba s’approcha doucement, comme on s’approcherait d’un animal craintif. Atem ne se déroba pas. Le PDG leva une main ; le Pharaon ne bougea pas. Il la posa doucement sur sa joue ; il ne détourna pas la tête. Peut-être ne le regardait-il pas, mais il sentait cette douce caresse sur son visage, et se rappelait le nombre incalculable de fois où Seto avait eu le même genre d’attention. Il aimait que Seto le touche ainsi. Il aimait la douceur que mettait Seto dans cette caresse. Il aimait cette caresse. Et il aimait Seto.

Dieu qu’il aimait Seto.

« Merde ! », s’exclama le Pharaon alors qu’une larme s’échappait.

Il se dégagea et se recula de deux pas, fermant les yeux pour empêcher une autre fuite. Pour ne pas céder. Surtout… ne pas céder.

« Comment… Comment peux-tu prétendre que tu réussiras à tout arranger, alors que tu ne sais même pas ce qui ne va pas ! Tu ne sais même pas ce qui a déclenché tout ça ! Tu ne… Comprends pas ! »

Ce n’était plus la peine de lutter. A quoi bon ? De toute façon, il était bon pour se refaire une nuit dans les bras de son double, s’asséchant pour la seconde fois. Autant être franc avec lui-même et… devant l’homme qu’il aimait, accessoirement. Homme dont le cœur peinait à battre correctement, tant ce qu’il avait sous les yeux le lui serrait.

« J’aurais aimé… J’aurais aimé t’accorder cette seconde chance… Je t’aime, Seto… »

« Alors où est le problème ? », demanda Kaiba, en désespoir de cause.

Sa voix trahissait la peur qui grandissait sournoisement. La peur de perdre quelqu’un… qu’il ne pouvait pas perdre s’il voulait survivre.

« C’est toi le problème ! », hurla Atem à s’en déchirer la gorge, plantant son regard inondé de larmes dans celui de Seto.

Le cœur de Kaiba manqua un bon nombre de battements et sa respiration se bloqua. Atem tomba à genoux et se recroquevilla contre le mur. Kaiba tenta de l’approcher.

« Ne t’approche pas ! », s’écria Atem.

La porte derrière Kaiba s’ouvrit à la volée et Yûgi, affolé, surgit dans la chambre. Son regard changea immédiatement, lorsqu’il vit Atem collé contre le mur et Kaiba désemparé. Il se ficha de savoir ce que pensait actuellement son ancien rival ; il vit rouge immédiatement et la fureur le submergea presque instantanément.

« Dégages ! », hurla-t-il avec férocité. « Je savais bien que te laisser entrer ici n’arrangerait rien ! Fous le camp ! Tu n’as plus rien à faire dans cette maison ! »

Kaiba ne su se défendre et prit la fuite sans demander son reste. Il se réfugia en quatrième vitesse dans sa limousine et ordonna au chauffeur de le ramener chez lui, sans poser de question ; à peine la voiture avait-elle démarré qu’il laissa pour la première fois de sa vie ses émotions le submerger. Des larmes coulèrent silencieusement sur ses joues ; de retour chez lui, il s’enferma dans sa chambre. Quand Makuba vint timidement frapper à la porte de sa chambre, personne ne lui répondit ; il prit le risque d’entrouvrir la porte et jeta un coup d’œil. Ce qu’il vit eu le mérite de le clouer littéralement sur place.

L’armoire avait été rageusement vidée et les vêtements de Seto gisaient sur le sol en parfait désordre ; la commode avait été renversée et l’écran de la télévision crevé. Des statuettes et autres vases s’éparpillaient en morceaux sur le sol et la plupart des étagères avaient perdus leurs livres, ceux-ci ayant rejoints la joyeuse bande de victimes de la fureur de Seto. Ce dernier était assis sur le rebord de son lit, la respiration précipitée, le regard hagard ; il se tenait inconsciemment le poignet droit et Makuba remarqua que sa paume droite saignait abondamment. L’explication de cette blessure se trouvait juste en face de Seto : le miroir au cadre doré et ouvragé n’avait pas été épargné.

Le jeune Kaiba pénétra doucement dans la chambre de son grand frère et s’en approcha ; la bête sauvage n’eut aucun mouvement pour l’en dissuader. Avec précaution, Makuba s’accroupit à côté de lui et lui prit le poignet ; Seto demeura toujours sans réaction.

« Viens, il faut soigner ça… »

Seto le suivit sans rechigner.

Le lendemain, un de ses assistants lui annonçait qu’Atem Mûto avait envoyé sa lettre de démission qui a été acceptée par son supérieur. Deux minutes plus tard, le supérieur en question était renvoyé.



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