|
Author of 7 Stories |
Bien le Bonsoir,
Pour être franche, je n'ai pas cru que j'arriverais à arrêter un jour ce chapitre. Pour être franche, il n'y a même pas le quart de ce chapitre qui avait été au préalable prévu. Le reste a été décidé à l'écriture. J'ai beau avoir relu le chapitre, il me semble qu'il y a quelques petites incohérences que je n'ai pas su réparer, je m'excuse donc d'avance si jamais cela vous frappe.
J'ai oublié, dans les notes préalables, de notifier deux choses :
Rebecca a deux ans de moins que Yûgi et compagnie.
Tous les personnages, à l'exception de Rebecca, de Marek et d'Atem, sont en dernière année au lycée avec examen final au terme de l'année alors qu'ils auraient dû être en première année de fac. Et ce simplement parce que pendant un an, ils ont été absents: ils ont par conséquent manqué leur année de Terminale et son actuellement en passe de passer leur examen final, donc sont en Terminale.
Encore une petite précision : je savais que je ne faisais pas un mauvais choix en choisissant le rating T... Pour ceux (ou plutôt celles, je suppose) qui n'apprécieraient pas les passages où les relations amoureuses entre homme sont légèrement plus poussée (ça n'a pour autant pas viré au lemon), sautez le passage en italique qui commence le chapitre.
Voilà pour les notes, il me semble que ce sont les dernières choses que j'avais à préciser. Sur ce, je voudrais vous remercier pour toutes les reviews que vous m'avez envoyé (je n'en espérais pas tant, après tout, le fandom de Yu-Gi-Oh ! n'est pas aussi uploadé que l'est celui de Harry Potter) et vous souhaite une excellente lecture.
Eagle Eclypse
Corneille et ses Choix
Intervenir ou Laisser Passer l'Habitude
Sa main frôlait sa peau tendue, hyper sensible ; son souffle caressait sa nuque et déclenchait une myriade de frissons le long de sa colonne vertébrale. Ses lèvres douces parcouraient son cou alors que ses doigts s'aventuraient dans ses mèches, le maintenant fermement et pourtant si tendrement contre lui ; il sentait son esprit s'échapper et son désir le submerger.
Ses yeux se fermèrent et les lèvres gourmandes remontèrent le long de la clavicule, un soupir lui échappa ; il tourna la tête légèrement et elles vinrent se poser avec une tendresse infinie sur les siennes. Sa langue coquine ne tarda pas à demander l'entrée ; il n'opposa aucune résistance et plongea sa main dans la chevelure de son amant, l'invitant à ne pas en rester à un simple baiser.
Il ne se fit pas prier.
Sa langue redessina les contours de ses abdos alors que ses doigts lui chatouillaient sensuellement les côtes. Son corps blanc était chaud et envoûtant ; le sien était tremblant, frissonnant. Il avait la technique pour le rendre fou de désir ; il connaissait par cœur les points sensibles de ce corps offert de la plus délicate couleur caramel. Il n'attendait qu'une chose, et il le faisait languir comme un parfait bourreau. Un bourreau pourtant, à qui il aimait plus que tout se donner ; un bourreau avec lequel il n'était pas désagréable de faire affaire.
Son bourreau.
Des gémissements de plaisir s'échappaient de sa gorge ; la sueur commençait à perler sur son front ; sa chaleur avait atteint son apogée, et il attendait toujours. Une attente douloureuse mais tellement agréable… Il sentait sa langue remonter le long de son torse et se perdre dans son cou ; son corps exaltant commençait à se fondre avec le sien. Il rejeta la tête en arrière, offrant davantage de terrain à son puissant adversaire ; adversaire contre lequel il avait renoncé à se battre. Cet adversaire même qui le saisit, déclenchant une vague de plaisir dans son corps qui se cambra sous l'effet.
Des yeux glacés l'observaient.
Atem se réveilla en sursaut, la gorge sèche et le front couvert de sueur. Ses membres tremblaient ; le rouge honteux grimpa sur ses joues alors qu'il se rendait compte du plaisir que venait de lui procurer son rêve. Les larmes lui montèrent aux yeux et l'une d'entre elle déborda.
D'un geste rageur, il effaça toute trace de sa faiblesse et rejeta la couverture. Il n'était que quatre heures quarante cinq du matin.
Il se glissa sous le jet d'eau glacé et eut un frisson horriblement semblable à ceux qu'il avait eu dans ce rêve – ou ce cauchemar, selon le point de vue – à la différence cependant qu'il s'agissait d'un long frisson glacé. Mais pour effacer toutes traces coupables, il lui fallait passer sous cette douche. C'était une sorte de punition qu'il s'infligeait pour sa faiblesse. Cette faiblesse qui lui pourrissait ses jours et depuis quelques temps ses nuits. S'il ne passait pas sous ce jet, alors il serait sale, il se sentirait sale, sali autant par sa faiblesse que par lui. Par cet homme aux yeux envoûtants mais pourtant si glacés.
Incapable de se rendormir, il ne prit pas la peine de sécher ses cheveux et les laissa libres, après les avoir essorés et s'être frictionné le crâne à l'aide d'une serviette. Enfilant un large T-shirt et un boxer au sortir de la douche, les cheveux encore lourds d'eau lui tombant dans le dos, il se dirigea vers sa cuisine sans allumer la lumière. Rester dans l'obscurité le rassurait, étrangement, et le calmait ; du calme, c'était de cela dont il avait besoin. De beaucoup de calme.
Il s'assit à sa table et posa son menton dans sa paume de main, son regard s'enfuyant par la fenêtre flanquée de légers rideaux brodés, flânant sur les points lumineux des lampadaires que son appartement surplombait, sur les toits sombres des maisons, sur les routes parcourues de temps à autre par les phares des travailleurs de l'aube. Au loin, il le devinait, se dessinaient les contours de la tour de la Kaiba Corp, toujours en activité, qu'importe l'heure du jour ou de la nuit. Des fenêtres étaient éclairées, et Atem savaient que certains employés s'affairaient pour rentrer chez eux alors que d'autres étaient en train de passer les portiques à l'aide de leur carte d'employé.
Les étoiles s'effaçaient progressivement à mesure que le ciel s'éclairait faiblement à l'horizon, loin derrière la tour de la Kaiba Corp. Atem pouvait rester des heures attablé dans sa cuisine et observer l'agitation de la ville sans que cela ne l'ennuie un seul instant, peut-être à cause de son passé de Pharaon, il n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'était que cela le calmait, qu'il ait dans son champ de vision cette maudite tour ou pas.
Il entendit son réveil se déclencher à six heures du matin. Il n'eu aucune réaction pas, écoutant la faible musique qui lui parvenait de derrière la porte close de sa chambre ; il ne se bougea que vingt minutes plus tard. Ce matin, il ne pouvait pas se permettre de traîner. A un entretien d'embauche, la meilleure chose à faire était avant tout d'être à l'heure, voire même en avance, si on voulait avoir le poste. Pénétrant dans sa chambre, il éteignit son réveil et choisit précautionneusement ses affaires ; entrant dans la salle de bain, il enclencha la radio qu'il avait installée là et se glissa sous le jet cette fois brûlant de sa douche. Il y resta plus d'un quart d'heure.
Quand son téléphone sonna, il n'avait revêtu que son sous-vêtement et s'apprêtait à enfiler son jean. Rapidement, il remonta la braguette et le boutonna, puis sortit de sa salle de bain fumante pour attraper le portable qu'il avait laissé sur la table basse de son salon. C'était Yûgi.
« Salut ! », s'exclama le jeune homme alors que le Pharaon avait à peine décroché.
« Salut », répondit le Pharaon. « Comment vas-tu ? »
« Ah… »
A l'intonation de sa voix, Atem su d'instinct qu'il avait posé une question délicate et sourit : il s'attendait à ce que son double lui réponde qu'il avait un contrôle dans la journée et qu'il ne l'avait, comme d'habitude, pas assez révisé.
« Un contrôle en histoire géographie… »
Atem leva les yeux au ciel en souriant. Yûgi avait horreur de cette matière et, par conséquent, il avait un mal de chien à se mettre à réviser. Il ne retenait rien à rien, alors qu'Atem, lui, était particulièrement passionné par l'histoire contemporaine – en même temps, avec la mémoire passoire qu'il se traînait… Le Pharaon était pourtant persuadé que s'il allait à la place de son double, il réussirait aisément le contrôle de celui-ci.
« Tu pourrais pas me remplacer ? C'est sur la Seconde Guerre Mondiale… Je sais que tu adores ce thème ! »
« J'aurais été ravi de t'aider, Yûgi, mais non seulement tes professeurs se rendront compte de la supercherie parce qu'ils savent parfaitement que tu as un jumeau et que tu es une véritable nullité en histoire, mais en plus, j'ai un entretien d'embauche ce matin, et je vois que tu m'as bien écouté quand je te l'ai dit il y a une semaine. »
« Ah oui, c'est vrai… »
Un moment de silence durant lequel Atem se servit un verre de jus d'orange, calant son portable entre son épaule et son oreille.
« Tu me raconteras ? »
« Oui, si tu me promets de m'écouter, cette fois-ci. »
« Jurééééééé ! »
Il avait envie de rire mais résista à la tentation. Avoir son double au téléphone était bien l'une des rares choses qu'il aimait et qui le distrayait, ces dernières semaines ; la plupart du temps, il restait enfermé dans son appartement, qu'il s'était pris il y avait de cela deux semaines, à lire bouquin sur bouquin, regarder des émissions débiles à la télé ou un DVD, et ne sortait que lorsqu'il avait besoin de remplir son frigo où quand Yûgi ou Joey et tous les autres le traînaient dehors. Autant dire qu'il ne mettait le nez dehors qu'occasionnellement.
Accessoirement, il avait peur de le rencontrer. Mais le dire serait blesser son ego ; d'ailleurs, il ne l'avait pas admis. Il ne sortait pas tout simplement parce qu'il n'en ressentait pas le besoin, point barre.
Ils restèrent encore dix minutes au téléphone, et Yûgi réussi à convaincre Atem de se joindre à eux pour aller au cinéma après les cours des plus jeunes, après quoi ils iraient tous dîner au restaurant pour fêter la fin des cours – et accessoirement le début de la longue semaine de révision - avant de rentrer joyeusement chacun chez eux.
« Dis… J'pourrais dormir chez toi ce soir ? »
Atem arqua un sourcil perplexe.
« Pourquoi ? »
« Ben… Ca fait longtemps qu'on a pas passé du temps rien que tous les deux, je n'ai plus trop le temps avec l'examen final et puis… ça pourrait être sympa, non ? »
« Je n'en doute pas un instant. Mais tu es sûr que tu ne me caches rien ? »
« Je t'assure que non. Tout ce passe bien au lycée, crois-moi ! Je veux juste passer un peu de temps avec toi. »
« Bon, très bien. Tu préviendras ton grand-père. »
« Oui ! »
Manifestement, Yûgi avait attendu le moment de pouvoir passer du temps avec son double avec impatience et ce depuis longtemps. Après s'être dit « à tout à l'heure », chacun raccrocha et Atem observa un instant son téléphone, pensif. Au fond, il savait que Yûgi continuait de s'inquiéter pour lui, et passer une nuit chez lui était une bonne excuse pour être sûr que le Pharaon ne lui cachait rien. Bien sûr, Atem lui était reconnaissant de tout ce qu'il faisait pour lui, mais le jeune homme avait tendance à l'étouffer. Si le Pharaon ne savait pas que son double avait un fort penchant pour une certaine demoiselle blonde à qui il avait été confronté par le passé pour une histoire de Dragon Blanc aux Yeux Bleus, il aurait eu des doutes quant à la fraternité spirituelle censée les lier.
Terminant de se préparer, il laçait ses chaussures quand son téléphone sonna une nouvelle fois. Fronçant les sourcils – ce n'était pas le genre de Yûgi de rappeler alors qu'il savait que son double allait avoir un entretien d'embauche – il jeta un œil à l'appelant et se figea en apercevant le nom de « Kaiba » inscrit sur l'écran lumineux. Et pas de doute possible : s'il s'était agi de Makuba, il y aurait justement eu marqué « Makuba K. » et non pas son nom de famille tout simplement.
Il refoula les images de son rêve qui lui revinrent subitement en tête et ignora l'appel. Il pria pour que son ex amant n'insiste pas ; il avait terminé d'enfiler sa veste que le téléphone n'avait pas recommencé à chanter. Sa prière semblait avoir été entendue et finalement, il saisit son portable, ses clés et son portefeuille et sortit de son appartement. Quelle ne fut pas sa surprise – et l'immense sursaut qu'il effectua – lorsqu'il se retrouva nez à nez avec Kaiba lui-même, son portable à la main.
« Ka… Kaiba », balbutia-t-il, sous l'effet de la surprise.
Le jeune homme resta silencieux et continua de le fixer de son regard inexpressif. Se rendait-il seulement compte qu'il allait être le responsable d'une crise cardiaque du Pharaon ? Le cœur de ce dernier battait tellement vite et tellement fort qu'Atem avait l'impression qu'il allait lâcher d'un instant à l'autre.
« Comment as-tu su que j'habitais ici ? », finit par dire Atem en reprenant une certaine contenance, sans pour autant arriver à calmer son cœur.
« J'ai mes sources », fut la simple réponse atone de Kaiba.
Cette voix qu'il aimait tant, malgré sa neutralité. Non, il ne devait pas y penser. Atem se retourna et ferma son appartement à clé.
« Tu m'excuses, j'ai un rendez-vous. »
« Galant ? »
« Je ne vois pas en quoi cela peut te regarder. »
Peut-être Kaiba n'avait-il pas répondu, mais son silence était particulièrement éloquent. Il ne su pourquoi, mais Atem eu la subite nécessité de lui répondre honnêtement.
« Non… », soupira-t-il. « Un entretien d'embauche. Si tu pouvais me laisser passer… »
« Ta place est encore libre, à la Kaiba Corp. »
Le Pharaon se figea et leva les yeux vers l'homme qu'il aimait encore, à son grand désarroi.
« Qu'es-tu venu faire ici ? Tu ne devrais pas être en cours ? »
« J'étais venu te rendre quelques de tes affaires que tu avais oubliées… chez moi. »
Le Pharaon baissa les yeux et se rendit compte, effectivement, que le jeune PDG tenait à la main un sac de voyage apparemment rempli. Il se mordit la lèvre inférieure. Lui qui pensait avoir tout prit…
« Et tu te déplaces pour ça ? Je pensais que tu avais assez de personnel pour qu'il puisse s'occuper de ces futilités. D'autant plus que ça va faire un mois que je suis parti, tu aurais pu me les rendre plus tôt. »
Il ne s'était pas douté un seul instant que Kaiba puisse avoir cette réaction. Lâchant subitement le sac, l'éternel second coinça le Pharaon entre lui et la porte de l'appartement, les mains posées sur le mur à la hauteur de la tête d'Atem ; le visage de Kaiba était si proche du sien qu'il en sentait le souffle sur ses joues. Un souffle caressant, et un souffle saccadé. Etrangement saccadé. Le regard bleu de Kaiba était planté dans le sien, et dégageait une sorte de férocité qui n'était certainement pas due à la colère. Atem retint son souffle instinctivement.
« Tu ne peux pas comprendre que j'avais envie de te voir ? Que j'avais besoin de te voir ? », murmura Kaiba, une étrange intonation dans la voix. « Le jour où tu as quitté la maison de Yûgi sans que j'en sois au courant, tu ne peux pas t'imaginer la douleur que j'ai ressentie. Tu es parti loin de moi, tu m'as fuis, je ne savais plus où te trouver. »
« Et tu as mis deux semaines à retrouver ma trace ? Faudrait que tu changes de personnel, il commence à devenir lent. »
Atem n'avait pas passé un mois à tenter de combattre ses démons intérieurs pour céder si facilement devant Kaiba la première fois qu'il le revoyait depuis deux semaines. Sa voix était assurée, claire, et ses yeux reflétaient sa stabilité et son assurance, sa détermination déstabilisante, alors que son cœur et le tremblement incontrôlable de ses mains trahissaient sa fébrilité. Il ne se laisserait pas faire aussi facilement. Il était un ancien Pharaon, que diable.
Un instant, Kaiba paru décontenancé par la tournure que prenaient les choses. Atem en profita sournoisement, aussi bien que Kaiba avait profité de lui lorsqu'ils étaient encore ensemble.
« Ce n'est pas comme ça que tu arriveras à me ramener auprès de toi, Kaiba, et quoique tu fasse, j'ai bien peur que ce ne soit pas pour tout de suite. Et je n'ai pas quitté la maison de Yûgi dans le but de te fuir, mais parce que je suis assez grand pour me débrouiller tout seul et que j'ai une vie, et Yûgi aussi. Merci pour les affaires, s'il me manque autre chose, je me déplacerais. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je dois aller voir si je peux aller gagner ma vie quelque part. »
Avant même que Kaiba n'ait eu le temps de réagir, Atem s'était dégagé de son emprise, avait saisi le sac et emprunté les escaliers. Il était fier de ne pas avoir cédé et, fort de cette « victoire », il se dirigea vers son arrêt de bus ; il dû courir pour l'attraper. Kaiba ne l'avait pas suivi et n'avait pas tenter de l'arrêter.
« Marek ? »
« Eh, tu croyais quoi ? C'est mon café, ici », répondit l'égyptien en faisant signe au Pharaon de le suivre.
Evidemment, c'était Bakura qui lui avait trouvé cet entretien d'embauche. Souriant, Atem se dit qu'il aurait dû se douter qu'il y avait anguille sous roche, le jour où l'innocent petit Bakura s'était présenté à lui pour lui dire qu'il lui avait trouvé un poste et que le patron désirait s'entretenir avec lui tel jour à tel heure. Et comme le café de Marek venait d'ouvrir, il était normal qu'Atem n'y soit jamais allé. Il avait juste oublié que Bakura avait annoncé un jour que Marek avait trouvé les fonds nécessaires pour ouvrir son café.
Le bureau de Marek, situé derrière le comptoir de bois lustré, était petit mais suffisant. D'un geste, l'ancien Gardien du Tombeau invita le Pharaon à prendre de place dans le fauteuil face à son bureau et lui-même s'installa dans son fauteuil. Il croisa les jambes et se mit à dévisager son vis-à-vis. Atem resta de marbre. Ce n'était pas la première fois que son ancien ennemi l'inspectait ainsi et, de toute façon, avec les regards inquisiteurs de son double, Atem était vacciné.
« Bakura m'a dit que tu cherchais un travail depuis un mois, depuis que tu avais démissionné de ton poste à la Kaiba Corp », commença le jeune homme en appuyant ses doigts les uns contre les autres. « Et comme mon café est tout nouveau, j'ai besoin de personnel. Odion travaille déjà comme serveur, mais un seul, c'est très peu : je m'occupe du bar et également de la paperasse, donc ça me fait double boulot. Alors je te propose de travailler ici, derrière le bar. Je ne sais pas si tu as la motivation de le faire, ce n'est pas simple. »
« Tu sais, j'ai souvent eu l'occasion d'observer les serveurs travailler dans les bars… »
Marek hocha la tête, pensif ; Atem ne doutait pas du fait qu'il soit en train de penser à toutes les fois où le Pharaon s'était rendu dans un bar, que ce soit seul ou à plusieurs, dans le but de s'amuser ou de noyer son chagrin. Il s'était fait une sacrée réputation auprès de ses connaissances, en une seule année…
« Et tu penses t'en sortir ? »
Le Pharaon considéra son ancien ennemi quelques secondes, avant de lui sourire. Son regard en disait long sur sa détermination.
« Je pense. »
« Très bien. On ne va pas s'éterniser, on se connaît et je n'ai pas grand-chose à rajouter. Peut-être… Tu peux commencer maintenant ? »
« Volontiers. En revanche, j'ai promis à Yûgi que les accompagnerais au cinéma cet après-midi, à la fin de leurs cours. Je ne pensais pas commencer aujourd'hui. »
Marek hocha la tête.
« Bakura m'a prévenu. Je vous rejoins pour le restaurant. Je pense pouvoir m'en sortir sans toi pendant trois heures. »
L'égyptien se leva, signifiant la fin de l'entretien et accessoirement le début du travail ; Atem retint un instant Marek avant que celui-ci ne sorte du bureau.
« Où est-ce que je peux… laisser ça ? »
Il désigna du doigt sans vraiment le regarder le sac que lui avait laissé Kaiba une heure auparavant. Marek le considéra un instant avant de reporter son attention sur le souverain, fronçant les sourcils. Il ne su pas vraiment pourquoi mais Atem eu le besoin de se justifier.
« Kaiba est venu chez moi ce matin pour me rendre des affaires que j'avais oubliées chez lui », énonça-t-il rapidement, comme s'il désirait se débarrasser de sa charge dans les plus rapides délais, fuyant le contact visuel – comme à chaque fois qu'il abordait, contre son gré, le sujet épineux qu'était son ex amant.
« Oh… »
L'ancien Gardien du Tombeau n'ajouta rien et se contenta de dire :
« Laisse le ici, je te le ramènerais au restaurant. »
« Merci. »
C'était presque si le Pharaon semblait soulagé de ne pas se traîner au cinéma un simple sac de voyage, mais certainement pesait-il plus lourd parce qu'il avait été amené par Kaiba lui-même…
Il n'y avait que quatre personnes qui attendaient dans le café, deux assises à des tables, lisant chacun quelque chose de différent, leurs sacs plus ou moins conséquents posés à côté d'eux ; la troisième semblait être un homme déboussolé, assis devant le comptoir, somnolant devant son verre de bière vide, et la dernière personne était une jeune femme d'une élégance rare, installée au comptoir, lisant son journal étalé devant elle. Odion était occupé à confectionner un café quand ils revinrent dans la salle principale de l'endroit ; avant de prendre place derrière le comptoir, comme le lui avait demandé son nouvel employeur, Atem prit le temps d'observer les lieux.
Pour un café qui venait d'ouvrir, on pouvait supposer que le gérant avait des moyens plutôt conséquents. Le comptoir était en bois verni et les tabourets alignés en cuir noir ; un nombre incalculable de bouteille s'alignait dans un ordre presque parfait dans les étagères accordées au comptoir derrière celui-ci ; deux cafetières sophistiquées ainsi que tout le nécessaire pour confectionner des cocktails venaient s'y ajouter. La fontaine à bière rutilait dans sa nouveauté ; il y avait un choix impressionnant de boissons alcoolisées comme non alcoolisées. La salle en elle-même était inondé de soleil, décorée sobrement et avec goût, quelques plantes vertes rendant l'endroit plus convivial, et les tables, également en bois verni, s'éparpillaient dans la salle dans un désordre harmonieux.
« Mais dis-moi, où as-tu trouvé l'argent pour avoir ton propre commerce ? », demanda finalement Atem, sa curiosité piquée au vif, au vu de l'endroit plutôt luxueux pour quelqu'un qui avait autant de moyen que lui – du moins autant de moyens que lui depuis le jour où il avait quitté le manoir Kaiba.
« A vrai dire », commença Marek en attrapant le verre de bière alors qu'Atem s'affairait à la confection d'un café noir, « c'est Isis qui m'a un jour envoyé une lettre en me disant qu'elle m'offrait de quoi ouvrir un café. Je lui avais dit que j'allais travailler et économiser pour avoir assez et puis, quelques jours plus tard, elle me disait que mon compte avait été crédité et que je n'avais pas besoin de la rembourser. Je ne sais pas d'où vient l'argent, mais je lui fais confiance. »
« D'ailleurs, où est-elle ? »
Il haussa les épaules en essuyant le verre.
« Je n'en ai aucune idée. Elle a disparu peu de temps après la finale de Bataille Ville, et je ne l'ai plus revue. J'ai régulièrement de ses nouvelles, mais c'est tout. »
« Elle ne m'a rien dit non plus lorsqu'elle est partie », intervint Odion qui revenait de la salle, son plateau chargé d'une tasse de café vide. « Elle s'est tout simplement volatilisée. Un grand café et un chocolat chaud, s'il te plaît. »
La mine renfrognée de l'ancien serviteur de Marek intrigua le Pharaon qui préféra cependant garder le silence. La voix d'Odion avait eu une intonation étrange, comme s'il en était particulièrement affecté. Sans pour autant poser de questions, Atem hocha la tête et, après avoir donné le café noir à la dame lisant son journal au comptoir, il s'activa autour des machines. On aurait cru qu'il avait fait ça toute sa vie.
Marek s'approcha de lui et fit mine de s'affairer dans les bouteilles avant de lui souffler :
« Odion a des sentiments pour ma sœur, il n'a pas beaucoup apprécié qu'elle parte sans laisser d'adresse. Depuis, il n'a pas esquissé un seul sourire, autant te dire que si Bakura n'était pas là, je m'ennuierais ferme chez moi. »
Le Pharaon n'eu pas le temps de répondre à son nouveau patron, celui-ci s'éloignant peu après avoir terminé de parler.
Le service d'Atem se passa dans un calme relatif. Il se sentait bien, dans son travail de barman. Marek avait assuré, avec Odion, le service en salle ; il avait reçu dans la journée un postulant pour devenir cuisinier, ou du moins travailler dans les cuisines : on ne pouvait pas appeler un « cuisinier » quelqu'un qui ne faisait que des croque-monsieur ou des sandwiches, mais c'était déjà un bon début. N'étant pas très exigeant, étant donné qu'il venait d'ouvrir, Marek accepta le nouveau venu qui alla se présenter à Atem ; ils sympathisèrent un court instant avant que le nouvel employé ne rejoigne ses cuisines.
« Atem, tu peux y aller ! »
Plongé dans ses pensées et absorbé par son travail, le Pharaon n'avait pas vu l'heure passer. Quand il releva la tête vers l'horloge, il se rendit compte qu'il n'était pas en retard mais pas non plus en avance. Poussant une commande vers un client accoudé au comptoir, il jeta le torchon qu'il avait en main et attrapa sa veste, rejoignant Marek.
« Tu es sûr que tu vas pouvoir assurer le service seulement avec Odion ? », demanda-t-il en regardant autour de lui.
Marek eut un sourire rassurant en déposant la commande qu'il portait sur son plateau à un couple de jeunes qui le remercia.
« Ne t'en fais pas, il n'y en a jamais que pour deux heures et demi, Odion et moi avons encore de l'énergie à revendre. Et puis, ce n'est pas comme si tous ces gens là étaient pressés… S'ils sont en salle, c'est parce qu'ils veulent prendre leur temps, non ? »
Atem acquiesça et remercia Marek de le laisser partir avant l'heure ; saluant Odion au passage, il quitta le café et se rendit au lycée de ses amis d'un pas énergique, n'ayant pas tellement envie d'être en retard… même s'il préférait éviter toute rencontre fortuite. Alors qu'il arrivait aux grilles encore closes du bâtiment, la cloche sonna la fin des cours pour certains et la pause pour d'autres ; Yûgi et toute la bande faisait partie de la première catégorie. Y compris, malheureusement, le PDG de la Kaiba Corporation.
Leurs regards se croisèrent un bref instant et Atem supporta avec quelques difficultés ce regard glacial s'accrocher au sien. Il avait retrouvé cet éclat antipathique et hostile qui le caractérisait si bien ; ce regard si dur qu'Atem avait tant voulu changer. Refoulant la douleur au plus profond de lui-même, faisant appel à toute sa puissante volonté d'ancien souverain, il ne détourna pas le regard et supporta fièrement l'attention que lui portait cet homme qui, malgré tout, était toujours responsable de son accélération cardiaque.
Ce fut Makuba rejoignant son frère qui interrompit cette altercation silencieuse. Atem bénit intérieurement le ciel : le jeune Kaiba semblait finir à la même heure que son frère aîné. Ils montèrent tous les deux dans la limousine qui les attendait sagement à la sortie des cours ; avant de disparaître dans les entrailles de l'engin, Makuba jeta un coup d'œil à Atem, lui sourit et lui adressa un petit signe de la main auquel répondit l'ancien Pharaon. Une fois que le plus jeune se soit retrouvé enfermé dans la longue voiture, Atem respira un grand coup et se passa une main sur le visage.
Il n'allait pas tenir longtemps, à ce rythme là…
« Atem ? Ca va ? »
Il ne les avait pas vus venir, trop plongé dans ses pensées et occupé qu'il était à récupérer un rythme cardiaque normal. Pour toute réponse, il leur adressa un sourire qu'il aurait voulu plus convainquant ; au moins, aucun de ses amis ne chercha plus loin. Après les quelques salutations d'usage, ils se dirigèrent vers le cinéma, Serenity et Duke main dans la main sous l'œil vigilant de Joey, Bakura et Yûgi encadrant Atem et Téa était légèrement en retrait, silencieuse. Tristan lui jetait de temps en temps un œil inquiet, tout en continuant de discuter avec son meilleur ami.
Le film qu'ils allèrent voir changea les idées d'Atem qui se sentit plus léger à la sortie. Ses amis parlaient avec animation du film et lui restait silencieux, observant ce petit groupe de personnes dans lequel il se sentait bien. Cela faisait si longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien… Il était enfin heureux, du moins, relativement heureux. Il s'en contenta.
Marek vint les rejoindre juste à l'entrée du restaurant qu'ils avaient choisi, à cheval sur sa puissante moto qu'il gara sur le parking, avant de les rejoindre et de prendre dans ses bras l'homme qu'il aimait, le saluant d'un baiser amoureux avant de serrer la main aux garçons et faire la bise à Téa et Serenity. Voir Bakura et Marek dans les bras l'un de l'autre fit fléchir légèrement l'apaisement qu'il ressentait et serra son estomac ; mais il se fit une raison rapidement et récupéra son sourire lorsqu'il serra pour la seconde fois de la journée la main de son patron.
« Atem est un serveur formidable ! On a du mal à croire que tu te faisais servir dans ton ancienne vie ! », annonça Marek, son verre à la main en regardant son nouvel employé.
« C'est un talent caché que je n'ai jamais pu mettre à l'œuvre quand j'étais encore sur le trône », répliqua l'ancien Pharaon sur le ton de la plaisanterie.
Le repas se déroulait à merveille. Ils avaient réussi à dénicher une table de neuf personnes, Maï les ayant rejoints elle aussi devant le restaurant, et n'avaient pas cessé de plaisanter, rire, parler avec animation. Pour la première fois depuis un mois maintenant, Seto Kaiba était entièrement sorti de ses pensées. Bien sûr, il éprouvait une certaine pointe de tristesse lorsque Bakura et Marek s'échangeait des marques de tendresse et d'attention, également lorsque Duke faisait les yeux doux à sa petite amie, mais elle s'effaçait bien vite devant la bonne humeur contagieuse de ses amis. Ils occupèrent la table trois heures et demie durant, emplissant la salle d'éclats de rire et de gaieté.
Cependant, au cours du repas, Marek bondit subitement sur ses pieds et se rua hors du restaurant. Il avait été si rapide et si soudain qu'il interrompit sans le vouloir les conversations et s'attira des regards étonnés et intrigués de la part de ses amis ; ceux-ci ne tardèrent pas à comprendre pourquoi Marek n'avait pas pris la peine de les avertir qu'il sortait.
Dehors, sur le trottoir, se découpait la fine silhouette d'Isis Ishtar, semblant attendre quelque chose.
Sans un mot, ils regardèrent Marek aborder sa sœur et celle-ci rester de marbre face à lui. Elle n'eu aucun geste fraternel à l'encontre de son frère ; elle resta immobile, impassible, elle n'avait pas eu un sourire. L'expression inquiète de Marek laissait supposer qu'il ne comprenait pas ce qu'il se passait ; Isis restait très froide envers lui. Au bout de cinq minutes, elle le quitta et monta alors dans une limousine noire si semblable à celles de la Kaiba Corp sans pourtant en être l'une des leurs. Marek la regarda s'éloigner, une expression déroutée sur le visage, et il ne revint vers eux que lorsque la voiture eut disparu dans la nuit.
« Ca va ? », s'inquiéta Bakura en attrapant la main de son amant.
« Elle a refusé de me dire pourquoi elle était partie… Elle est restée muette sur le pourquoi du comment… Elle est juste venue me demander si j'avais bien ouvert le café pour lequel elle m'avait envoyé l'argent… Je ne la suis plus, pourquoi est-elle venue juste pour me dire ça ? Et cette limousine ? Comment se l'ait-elle procurée ? »
Il était désarçonné, perdu. Manifestement, il était très attaché à sa sœur. Bakura lui embrassa la tempe en lui frottant le dos doucement. Un peu plus tard, la peine de Marek s'effaça légèrement avec la bonne humeur de ses amis.
Il était près de minuit quand ils réglèrent l'addition. Ils restèrent encore un quart d'heure devant le restaurant à continuer de bavasser ; Duke et Serenity, accompagnés de Joey, furent les premiers à partir, Serenity commençant à montrer des signes de fatigue, et furent suivis quelques minutes plus tard par Téa et Tristan, ce dernier la raccompagnant chez elle. Maï les quitta également en voiture ; il ne resta plus que Yûgi, Atem, Bakura et Marek.
« Bon, eh bien, à demain alors », sourit Marek en serrant la main des jumeaux.
« Prenez soin de vous », salua à son tour Bakura.
« Oui, vous aussi », répondit Yûgi. « Et… ne t'en fais pas, je suis sûr qu'Isis a une bonne raison de te cacher autant de choses. Elle ne fait pas les choses par hasard. »
Marek eut un maigre sourire.
« Tu as sûrement raison, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle ne me fait pas confiance. Qu'elle me cache des choses… c'est comme lorsque nous étions enfants, et qu'elle me cachait de lourds secrets pour ne pas m'effrayer. »
« Laissons la faire », conseilla Atem à son tour. « Elle a toujours pensé aux autres avant de penser à elle. Allez, bonne nuit. »
Ils se séparèrent sur des sourires et les jumeaux se dirigèrent vers l'appartement du Pharaon en silence. Atem sentait bien que Yûgi attendait qu'ils soient assis chez lui pour aborder le sujet épineux qu'était son état actuel et, avec cela, Kaiba. Il appréhendait ce moment, ne se sentant pas d'humeur à repenser à ce qu'il éprouvait à ce moment là, à ce mal être qui l'habitait depuis qu'il avait quitté Kaiba. Le bonheur de cette soirée était bien trop fragile…
Atem s'arrêta au milieu de la rue et Yûgi ne se rendit compte de son absence à ses côtés que quelques mètres plus loin. Il s'arrêta et se retourna, lançant un regard perplexe à son ami.
« Ecoute, Yûgi… », commença le Pharaon. « J'apprécie ce que tu fais pour moi, j'apprécie beaucoup ta présence, mais je ne veux pas parler de Kaiba ce soir, ni même dans les jours qui suivent… Fais le pour moi, je t'en prie. »
Yûgi haussa les sourcils. Il ne s'attendait apparemment pas à ce que son ami lui dise cela, mais il lui sourit bientôt et acquiesça vigoureusement. Le Pharaon fut un peu désarçonné par une telle réaction mais finalement, il laissa le tout de côté et rattrapa son ami.
Arrivé en bas de l'immeuble, Atem récupéra le courrier de sa boîte aux lettres qui dormait depuis ce matin et c'est en arrivant au pas de sa porte qu'il se souvint que Marek avait oublié de lui ramener le sac d'affaire que lui avait apporté le matin même son ex amant. Au fond, ce n'était pas plus mal, Yûgi n'avait pas ainsi l'occasion de lui demander ce qu'était ce sac et Atem ne sera pas contraint de lui raconter la visite inopinée de Kaiba. En rentrant chez lui, alors que Yûgi enlevait son manteau et ses chaussures, il consulta son courrier et se figea devant une lettre, les sourcils froncés. Il la retourna plusieurs fois et attira l'attention curieuse de Yûgi.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Une lettre d'Illusions Industries… »
« Hein ? »
Yûgi s'approcha et regarda l'en-tête de l'enveloppe en constatant qu'effectivement, il s'agissait bien d'Illusions Industries. Sans se consulter, Atem ouvrit la missive et déplia la lettre qu'il parcouru des yeux rapidement. A mesure qu'il avançait dans sa lecture, ses sourcils se fronçaient.
« Pegasus est sorti de l'hôpital ? », demanda Yûgi, aussi intrigué que son double.
« Je n'en sais rien… », murmura Atem. « Illusions Industries organise un tournoi… Il n'est pas précisé que c'est Pegasus qui en est à l'origine, mais toute l'équipe de la direction de l'entreprise. Leur façon de nous en avertir est étrange, et… »
Le portable de Yûgi l'arrêta. Le jeune homme attrapa l'engin dans sa poche et constata l'appelant : Joey. Il décrocha et le mit sur haut-parleur.
« Oui ? »
« Eh, Pegasus a organisé un tournoi, t'as vu ça ? »
« Oui, Atem a reçu la lettre… Tu en as une, toi ? »
« Bien sûr que oui ! Lui au moins sait reconnaître les bons duellistes ! Tu me diras si tu en as eu une, moi je vais me préparer de suite pour le tournoi ! »
« Joey, nous avons notre examen final à passer ! »
« Ouais, je sais, mais t'en fais pas ! Ca ne commence qu'après la période. C'est trop bien de sa part de l'avoir prévu après les exam's ! Bon allez, tchao ! »
« Je trouve ça d'ailleurs étrange, cette attention… », commenta Atem en posant la missive sur la table. « Lors du Royaume des Duellistes, il n'avait pas tenu compte des périodes scolaires. »
« Oui, c'est vrai… », lui répondit son double, pensif.
« Il y sera certainement… »
Yûgi tourna un regard interrogateur sur son double avant de constater que le regard d'Atem s'était fait lointain, distant, comme s'il était plongé dans ses souvenirs. Il su alors d'instinct de qui il parlait.
Oui, il y avait de fortes chances pour que Kaiba ait été également convié à participer à ce tournoi.
Le bureau était plongé dans la pénombre, il n'y avait que la blafarde clarté de l'écran d'ordinateur s'étalant sur son visage impassible aux yeux fatigués et la lumière argentée de la lune qui donnait un semblant d'éclat à l'endroit. L'immense pièce surplombant la ville entière, perchée en haut de la plus haute tour de verre jamais construite à Domino, était pour la première fois, depuis qu'elle existait, encore occupée à une heure avancée de la nuit. Luttant avec acharnement contre la fatigue de ses yeux, Seto continuait de taper sur le clavier de son ordinateur, consultant différents graphiques ou autres documents, envoyant mail sur mail, cherchant des réponses et ne trouvant que des questions. Depuis un mois, il n'avait pas l'impression d'avoir abattu un travail efficacement. Le visage d'Atem n'avait de cesse de le hanter, et cela avait de fortes répercussions sur ce qu'il faisait, de son poste à la Kaiba Corp jusqu'aux décisions qu'il prenait au sein même de son manoir.
La désagréable impression de n'avoir rien fait depuis un mois conjugué à cette absence qui lui pesait plus qu'il ne l'avait prévu le rendait malade de colère. Son poing frappa violemment son bureau quand il constata qu'il n'avait, une fois de plus, rien fait qui puisse faire avancer ses projets.
« Monsieur Kaiba… »
Il releva vivement la tête et darda un regard incandescent sur sa secrétaire qui avait entrouvert la porte et y avait passé la tête. Elle ne fut pas le moins du monde impressionnée par ce regard de feu et continua, imperturbable :
« Quelqu'un désirerait vous voir. »
« Vous ne pensez pas qu'il est un peu tard pour recevoir de la visite ? », claqua le PDG d'une voix sèche.
« Je dois bien avouer que ce n'est pas une heure propice aux visites surprises, mais je n'ai pas pu me libérer avant. »
Son cœur fit un bond énorme dans sa poitrine au son de cette voix, et il ressentit cette chaleur, certes moindre, mais salvatrice, qui lui avait tant fait défaut se répandre dans tout son être. Une silhouette noire pénétra dans son bureau alors que la secrétaire refermait derrière elle la porte et Seto n'eut pas besoin de lumière pour voir les traits du visage de son visiteur.
« J'ai entendu dire que tu t'intéressais à Illusions Industries… »
Son prénom, murmuré dans un souffle, comme s'il avait peur de briser le charme si jamais il le prononçait trop fort, s'échappa de ses lèvres. Un sourire chaleureux étira les lèvres du visiteur.
Travailler avec un ami pour patron, mine de rien, était quelque chose de formidable. Du moins, c'était ce que pensait Atem. Marek et lui passait leur temps à se faire des accords pour se soulager chacun leur tour d'une journée trop pesante de travail, et établissait leur emploi du temps en fonction de ce qu'ils avaient prévu de faire dans la journée. Odion était également de la partie ; le cuisinier s'accommodait de ce qu'on lui donnait. La semaine du tournoi auquel Atem et Marek avaient tous deux étaient conviés par Illusions Industries, le café était fermé. Odion n'aurait jamais pu supporter de faire tout le travail à lui seul, et même s'il avait insisté pour que Marek le laisse tout de même essayer, l'égyptien avait tenu bon et radicalement refusé que son serviteur prenne en charge une semaine entière le café.
Depuis qu'ils avaient appris que tous deux étaient conviés à ce tournoi, Marek et Atem n'avaient de cesse d'en parler. Rapidement, ils avaient fait l'inventaire de ceux qu'ils connaissaient et qui avaient été invités aux festivités : Joey était de la partie ainsi que Bakura, Yûgi, Maï, Rebecca – passée en express annoncer la bonne nouvelle à Yûgi, non sans, involontairement, faire monter le rouge aux joues du jeune homme – ; Duke était également de la partie et ils avaient appris, de la bouche de Makuba, que Kaiba y participait également, et qu'il comptait être présent.
Le jour, d'ailleurs, où Makuba était venu au café autant pour se détendre que pour prendre des nouvelles du Pharaon, il avait semblé bien plus heureux que d'habitude. Son visage avait littéralement rayonné.
Personne, cependant, ne savait si Pegasus était réellement derrière tout ça. La question de savoir qui organisait ce tournoi en prenant soin de le prévoir après les éventuels rattrapages à l'examen final, à la première semaine des grandes vacances, occupait les esprits et donnait lieu à de longs débats. Personne ne savait si Pegasus était oui ou non sortit de l'hôpital. Ils craignaient tous que l'épisode du Royaume des Duellistes ne se répète et, de ce fait, préparait très soigneusement le jeu qui allait constituer leur unique arme en cas de problèmes. Ils espéraient que ce tournoi n'avait pas le même enjeu que les deux derniers, même si cela avait son lot d'excitation. Il n'était pas rare que Yûgi appelle Atem le soir et qu'ils passent de longues heures à déblatérer sur de telles éventualités.
Au moins, toute cette agitation avait le don de chasser un intrus fort gênant de l'esprit du Pharaon.
La semaine d'examen se passa dans une lourde atmosphère. Atem et Marek ne cessaient de surveiller l'horloge du café, épiant l'heure de fin d'épreuve. En effet, juste après avoir terminé chacune de leurs épreuves, les plus jeunes rejoignaient le café et s'attablaient au comptoir ; Joey était toujours arrivé avec le sourire alors que l'humeur des autres avait toujours été variable. Une fois, Atem avait vu débarquer Yûgi avec le regard de quelqu'un qui était tombé sur LE sujet qu'il connaissait le moins et il n'avait pas décroché un mot de la soirée, quelques grognements tout au plus.
Le vendredi de la semaine d'examen, à la fin de leur ultime épreuve, tous avaient le sourire, qu'ils pensent avoir raté cette épreuve ou non. Soulagés que l'examen prenne enfin fin, ils égayèrent le café d'éclats de rire contagieux. A ce moment-là, Atem sentit enfin Marek se détendre et soupçonnait Bakura d'y être pour beaucoup. Il fallait croire que le jeune homme était d'un naturel stressé et que la semaine n'avait pas due être drôle dans leur appartement. Maintenant, Marek souriait plus qu'il ne l'avait fait durant la semaine.
D'un commun accord, ils décidèrent de passer la soirée dans l'appartement du Pharaon. Seuls Bakura et Marek refusèrent poliment l'invitation, Marek invoquant la raison selon laquelle il ne pouvait pas fermer le café plus tôt que prévu, mais tous se doutèrent que les deux jeunes gens n'aspiraient qu'à se retrouver en la simple compagnie l'un de l'autre pour seuls eux savaient quoi. A la tombée de la nuit, la joyeuse bande avait terminé de faire les courses et se dirigeaient vers l'immeuble du Pharaon. Les conversations allaient joyeusement : Joey, Tristan et Yûgi parlaient du tournoi à venir, n'ayant plus que ça en tête ; Duke et Serenity, main dans la main, parlaient tranquillement en amoureux, tandis que Téa et Atem menaient un bout de conversation timidement. Etrangement, Atem sentait que la jeune fille était tendue à côté de lui, et qu'elle n'était pas totalement à l'aise ; ce n'était pourtant pas la première fois qu'ils parlaient seuls de leur côté. Ils avaient effectué auparavant des sorties tous les deux, seuls, et cela s'était remarquablement bien passé.
Réflexion faite, ces rendez-vous avaient eu lieu avant qu'Atem n'avoue être attiré que par les hommes et plus précisément par un ours polaire répondant au nom de Seto Kaiba. Téa, après cette découverte, n'avait plus été la même avec lui. Et cela, Atem le regrettait amèrement. Il ne voulait pas que leur relation amicale soit changée pour une histoire de sentiments. Il tenait, étrangement, beaucoup trop à elle, elle était trop précieuse à ses yeux pour qu'ils s'éloignent à cause de sentiments non partagés.
Mais comment lutter ? Atem savait que fréquenter quelqu'un dont on était amoureux en sachant pertinemment que ces sentiments ne seront jamais partagés était douloureux. Il en avait fait l'expérience, avant qu'il ne découvre qu'en réalité ses sentiments étaient réciproques. Enfin…
Il s'ébroua. Ne pas penser à cette histoire, c'est du passé. Rien d'autre que du passé. Maintenant, il devait regarder dans l'avenir, sans jeter un regard en arrière…
Il secoua vigoureusement la tête, surprenant Téa qui ne s'attendait visiblement pas à une telle réaction. Voilà qu'il se mettait à penser comme Kaiba lui-même…
Atem récupéra le courrier dans sa boîte aux lettres et consulta vaguement ce qu'il avait reçu en montant les marches menant à son appartement. Il venait de découvrir une lettre frappée des initiales d'Illusions Industries quand il arriva devant sa porte, rentrant au passage dans Tristan. Surpris de le trouver sur son chemin, il releva la tête de son courrier et constata que tous s'étaient arrêtés sur le pas de sa porte, un peu en désordre, formant comme un demi-cercle autour de la porte d'entrée de son appartement, étrangement silencieux. Passant devant le jeune homme, Atem découvrit alors le cadet des Kaiba campant sur le pas de sa porte.
« Euh… salut… »
Makuba semblait mal à l'aise sous les regards inquisiteurs de tout ce monde, et ne regardait personne d'autre que le Pharaon, le seul qu'il connaisse réellement parmi tous ces gens. Son regard semblait s'accrocher désespérément à lui, lui demandant de l'aide pour le soustraire à autant d'attention gênante. Saisissant rapidement le message, Atem termina par réagir et s'approcha du jeune Kaiba.
« Makuba ? Que fais-tu là ? »
« Eh bien… »
Le regard du Pharaon invitait Makuba à prendre un peu plus d'assurance : après tout, il ne craignait rien.
« Ca faisait longtemps que je n'avais pas passé un peu de temps avec toi et… Je dois t'avouer que ce n'est pas joyeux à la maison. Et comme Seto va encore passé sa soirée à travailler… »
Au nom de cet homme froid et distant, le cœur d'Atem se contracta mais rien sur son visage ne laissa transparaître ce léger contretemps. Depuis le temps qu'il le voyait sans pouvoir avoir droit à une quelconque attention particulière, le Pharaon avait réussi plus ou moins à dompter ce qu'il ressentait et à ne rien laisser voir. Même si ça l'épuisait.
« Tu peux rester avec nous, je ne pense pas que ça les dérange. N'est-ce pas ? »
Seuls Yûgi, Serenity et Duke répondirent un « oui » audible ; les autres grognèrent leur approbation alors que Téa restait silencieuse. Si Yûgi ne se méfiait pas de Makuba – Duke et Serenity n'étaient pas assez proches d'Atem pour réagir comme eux –, Joey et Tristan associaient toujours le nom de Kaiba à Seto automatiquement, qu'il s'agisse de Makuba ou non. De ce fait, ils n'avaient pas confiance en le jeune homme, au souvenir de l'époque où le plus jeune Kaiba était sans cesse du côté de son frère, sans vraiment porter son soutien sur eux. Ils pensaient donc que Makuba était là sous une quelconque demande de son frère adoré, et n'approuvaient pas vraiment le fait qu'Atem le laisse entrer chez lui avec autant de facilité.
Mais Atem n'avait pas vécu un an avec Makuba pour ne pas lui faire confiance. Lui seul savait vraiment comment avait changé le cadet des Kaiba, et il faisait partie des personnes en qui le Pharaon avait le plus confiance.
Si le début de la soirée avait été légèrement tendu par la présence de Makuba, vers dix heures trente, tout le monde plaisantait avec tout le monde et Joey et Tristan semblaient avoir oublié le nom de Kaiba associé au prénom de Makuba. Ce dernier n'avait pas autant rit depuis… depuis longtemps. Il ne savait dire depuis combien de temps exactement il ne s'était pas senti aussi heureux. Avec Seto Kaiba, c'était difficile de partager un bon fou rire. Il avait beau adorer son frère aîné, le plus jeune PDG du Japon n'était pas la compagnie la plus joyeuse qui existait. Surtout depuis que son amant avait quitté le manoir…
Duke et Serenity furent les premiers à quitter l'appartement, le Maître des Dés ayant invité sa petite amie à dormir chez lui ce soir là – Joey avait fait une crise mais un argument de choc de sa sœur avait terminé par le faire taire et accepter le fait qu'elle était la petite amie de Duke – et Joey, Yûgi et Tristan suivirent le couple une demi heure plus tard. Atem avait obtenu de son double qu'il rentre chez lui cette nuit là, Makuba n'ayant apparemment pas l'envie pressante de rejoindre le manoir Kaiba. Bien lui en prit : le cadet des Kaiba demanda l'hospitalité pour la nuit.
« Mais pourquoi ne veux-tu pas rentrer chez toi ? », demanda tout de même l'ancien Pharaon en s'asseyant à côté du jeune Kaiba, dans le canapé.
Le regard de Makuba s'enfuyait par la fenêtre du salon, pensif.
« Seto n'est pas très… divertissant. Disons que l'ambiance est électrique à la maison… Atem », continua-t-il en tournant alors son regard sombre vers le Pharaon, « la situation au manoir s'est dégradée depuis que tu es… »
« Ecoute, Makuba », coupa Atem, plantant son regard violine dans celui de son vis-à-vis, « je ne veux pas reparler de tout ça. Ce qui s'est passé entre ton frère et moi appartient maintenant au passé, je ne veux pas y repenser. J'ai déjà assez ruminé tout ça, je ne veux pas en rajouter alors que je ne fais que recommencer progressivement à m'en remettre. Le tournoi qui s'annonce va nous permettre de reprendre une relation « normale » : il va vouloir me battre, va mettre toute sa hargne dans cette tentative et moi je vais me défendre. Nos relations vont se limiter à des tournois, et je crois que c'est la meilleure chose pour nous… »
« Non ! », s'écria le cadet des Kaiba en se levant subitement. « Non, ce n'est pas vrai ! Tu ne peux pas contraindre Seto à ne te voir que dans des duels, il ne s'en remettra jamais ! »
Sans qu'il ne s'explique pourquoi, une vague de colère submergea Atem et son regard violine s'assombrit.
« Cela ne l'a pas beaucoup dérangé quand nous étions ensemble, Makuba. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai eu une journée éreintante. »
Ne laissant pas le temps au jeune Kaiba de répliquer, Atem se leva et alla chercher dans une armoire des couvertures et un oreiller. Mais quand il revint dans le salon, Makuba avait disparu et la porte d'entrée était ouverte.
Atem laissa tomber les couvertures et l'oreiller sur le sol ainsi que lui-même dans le canapé, et se prit la tête entre les mains. Sa colère laissa place à la culpabilité et il passa une bonne partie de la nuit à repenser aux paroles du plus jeune des Kaiba. Après tout, le seul qui était en mesure de savoir le fond des pensées de Kaiba ces derniers temps était Makuba. Se pourrait-il qu'il ait raison ? Le cœur d'Atem se réchauffait à cet espoir, mais à cette vision de réconciliation se superposaient ce regard glacial et ce manque de réaction le soir où il avait fuit le manoir Kaiba de l'homme qu'il aimait. Non, c'était impossible que Kaiba puisse ressentir de la douleur, c'était impossible que Kaiba puisse ne pas se remettre d'une relation redevenue normale entre eux, une relation basée uniquement sur cette putain de rivalité qui les avait tant éloignés.
Mais c'est en perdant une chose que l'on se rend compte à quelle point on y tenait… lui disait une voix, étrangement féminine, venue du plus profond de lui-même, du plus profond de sa mémoire, des zones encore inexplorées. Une voix familière…
Qui es-tu ? ne cessait de demander le Pharaon.
Mais la voix ne faisait que répéter inlassablement cette citation, qui prenait du sens dans l'état actuel des choses.
Cependant, Atem était un Pharaon d'un caractère borné qui ne croyait que ce qu'il voyait. Et jusqu'ici, Kaiba n'avait jamais fait montre d'un quelconque regret chaque fois qu'ils s'étaient croisés.
Et le matin où il est venu te rendre tes affaires ?
Il se retourna dans son lit et se prit la tête entre les mains, serrant les dents et hurlant mentalement : La ferme !
Ce regard désemparé et cette lueur féroce, cette soif, ce manque qui transparaissait au fond de ses prunelles glaciales. Ce n'était que de l'envie, de l'envie charnelle : Kaiba n'avait considéré Atem que comme un jouet, jusqu'ici. Ce qu'il avait vu dans ses yeux, ce n'était pas la douleur d'un amour parti, non, c'était le manque de ne plus avoir quelqu'un sous la main pour satisfaire ses désirs.
Arrête de te mentir, Makuba sait mieux que toi ce que ressent Seto ! Il t'aime, il a mal, aussi mal que toi !
« SILENCE ! »
Atem se recroquevilla dans son lit et deux larmes s'échappèrent. Etrangement, il n'entendit plus cette voix qu'il considérait instinctivement comme de bon conseil… Mais cette fois, il ne voulait pas la croire. Il ne voulait pas aller se jeter dans les bras de Seto en implorant qu'il le reprenne auprès de lui, qu'il avait fait une faute. Il avait sa fierté, et il avait un trop mauvais souvenir de ce qui s'était passé. Qu'avait-il, comme preuve d'un quelconque sentiment de Kaiba à son égard ? La parole du petit frère qui était en admiration devant l'aîné et une voix qui provenait du fond de sa mémoire lui affirmant elle aussi que Kaiba n'était pas bien, qu'il l'aimait. Il n'avait rien de concret. Rien. Même ce fameux matin où il était venu lui rendre des affaires n'était pas une preuve de sentiments.
Tu vas te détruire…
Ce fut la dernière phrase que la voix prononça, une phrase dans laquelle perçait la désolation d'une personne impuissante face à tant d'entêtement. Oui, peut-être allait-il se détruire, mais Kaiba ne serait pas étranger à sa descente aux Enfers. Qu'on le laisse sombrer en paix, bordel !
Le réveil du lendemain fut rude. Il sentait de désagréables picotements dans ses yeux rougis et gonflés d'avoir retenu ses larmes et de s'être battu corps et âme pour sauvegarder ses convictions qui avaient su jusqu'ici le tenir à la surface, son cou était raide et les séquelles d'une crampe dans sa cuisse le faisaient boiter. Tant bien que mal, il se rendit dans la salle de bain où il délassa ses muscles encore tendus de s'être tant énervé durant la nuit et lorsqu'il sortit, un tilt provenant de son téléphone portable attira son attention. Marek l'avait déjà appelé trois fois. En jetant un coup d'œil à l'horloge, Atem se rendit compte qu'il avait plus de deux heures de retard.
« Merde ! »
Oubliant la douleur de sa cuisse, il se précipita dans sa chambre et enfila ce qu'il trouva le plus rapidement dans son armoire et se rendit dans le salon pour terminer de se préparer. Au moment de prendre ses clés, ses yeux furent attirés par les initiales d'Illusions Industries et l'existence de la lettre lui revint en tête. S'en saisissant, il décida de la lire en chemin.
« Cher Monsieur Mûto,
Nous avons bien reçu votre confirmation suite à notre invitation à participer au tournoi organisé par les entreprises Illusions Industries qui aura lieu dans une semaine et demie. Nous sommes très heureux de vous accueillir parmi nos participants, un tel privilège nous honore. Vous trouverez ci-joint une carte spécialement éditée afin que vous puissiez prouver votre inscription au tournoi : il est fort déconseillé que vous ne soyez pas en sa disposition le jour de votre premier duel.
Cette lettre vous est envoyée afin que vous puissiez prendre connaissance du déroulement du tournoi. Ce tournoi n'aura pas lieu dans l'ancienne Bataille Ville ni même au Royaume des Duellistes : il tiendra séance sur une île au large de Domino, spécialement aménagée afin de vous accueillir, vous et les autres participants au tournoi.
Comme tous les tournois, celui-ci comportera quatre phases : la première consistera à qualifier les huit participants aux quarts de finale, la seconde correspond aux matches de quart de finale, la troisième à la demie finale et enfin, la dernière est ni plus ni moins la finale. Nous vous souhaitons d'atteindre ce sommet.
Vous serez logé dans le château qui accueillera ces duels. Tout est prêt pour que vous puissiez passer un agréable séjour, sans que cela ne se transforme en une répétition pure et simple du Royaume des Duellistes, là n'est pas notre intention.
Le rendez-vous afin de se rendre sur l'île est fixé la veille du jour d'ouverture officielle du tournoi, à 20h00 précises, sur le quai de Domino. L'embarquement se terminera à 20h30 et au-delà de cette heure-ci, plus aucune personne ne sera acceptée, même s'il s'agit d'un participant confirmé. Voyez dans cette phrase l'autorisation d'emmener quelques de vos amis, si vous le souhaitez.
Nous vous souhaitons d'agréables journées, et dans l'attente de vous voir briller lors de notre tournoi, veuillez agréer nos sentiments distingués.
La Direction d'Illusions Industries »
La direction de l'entreprise manquait d'originalité : au Royaume des Duellistes, le déroulement avait été le même. Mais c'est justement le fait qu'il soit précisé dans la lettre que ce ne sera pas la même chose qui troublait Atem. Jamais Pegasus n'aurait pris autant de précautions dans sa lettre s'il voulait leur tendre un piège et puis, surtout, Pegasus n'a jamais envoyé de lettre pour les convier à quoi que ce soit, il a toujours préféré les vidéos.
Le café était presque plein, et Bakura semblait avoir été recruté pour aider son amant au service. Quand Atem débarqua dans la salle, Marek fondit sur lui comme un aigle sur sa proie, le regard brillant de colère.
« Bon sang, où étais-tu passé ? », s'exclama-t-il en le tirant par la manche à l'écart, la voix lourde de reproches. « Je t'ai appelé trois fois ! Tu as deux heures et demies de retard ! »
« Je suis désolé, j'ai passé une mauvaise nuit », fut la seule excuse qui vint à l'esprit du Pharaon.
« Une mauvaise nuit ? Je ne sais pas ce qui s'est passé et, à vrai dire, je m'en fiche un peu. Avec les beaux jours, les clients affluent, et le bouche à oreille marche du tonnerre, alors évite d'être en retard, je n'ai déjà pas beaucoup de personnel ! »
« Eh bien, engages-en. »
Le ton froid et cassant ainsi que le regard assombri du Pharaon suffit à faire taire l'ancien Gardien du Tombeau. Marek scruta un instant le Pharaon, avant finalement de le lâcher sans rien dire, et de repartir en salle. Atem rejoignit le comptoir et prit son poste comme s'il était arrivé à l'heure.
La journée fut longue et lourde. Atem n'était pas totalement dans ce qu'il faisait. L'histoire de la lettre d'Illusions Industries et de ce qui s'était passé cette nuit ne cessaient de le travailler. Plusieurs fois, il se trompa dans la commande des clients ; plusieurs fois, il dû recommencer certaines opérations en se rendant compte trop tard que ce qu'il faisait n'était pas totalement ce qui était prévu. Marek, qui l'observait du coin de l'œil, ne lui en décocha pas un seul mot, et quelques messes basses qu'il entretenait avec son amant n'échappèrent pas au Pharaon. Cela ne fit qu'aggraver sa mauvaise humeur, et quelques fois, il se montrait brutal avec la clientèle. Avant la fin de la journée, il avait fait fuir quatre clients. Même une visite de Yûgi ne réussi pas à lui rendre le sourire, et il jeta rageusement le torchon qu'il avait en main lorsqu'il aperçut son double parler à voix basse en lui jetant un regard inquiet avec Marek et Bakura.
Qu'ils s'inquiètent pour lui aurait pu lui faire chaud au cœur, aurait pu l'apaiser, mais Atem avait un caractère de Pharaon. Il était borné et n'appréciait guère qu'ils désirent se mêler de ses affaires. Il avait une folle envie d'être seul.
Elle était partie loin, sa tristesse déchirante. Il avait mit les voiles en quatrième vitesse, son besoin de réconfort.
A la fin de son service, Atem quitta le café sans saluer qui que ce soit. D'un pas furieux, il rejoignit son appartement, dont il claqua la porte et se mit à arpenter frénétiquement, les mains dans le dos, les dents serrées et les yeux dans le vague, son salon. Pourquoi ressentait-il autant de colère en lui, pourquoi en voulait-il à ses amis qui ne cherchaient qu'à l'aider ? Pourquoi s'emportait-il pour de pareilles broutilles ? Pourquoi avait-il envie de mettre en pièce tout ce qui lui tombait sous la main ? Son portable sonna ; il ne prit pas la peine ni de regarder l'appelant ni de décrocher, laissant l'engin s'égosiller dans la poche de son jean.
Il avait l'impression d'être extérieur à lui-même. Il se voyait arpenter son salon, ruminant une colère un peu trop paradoxale pour être normale. Il n'y avait même pas un mois, il pleurait sa rupture d'avec Seto Kaiba. Maintenant, il ne pouvait pas y penser sans s'énerver et sans avoir envie de casser quelque chose, de passer sa colère sur quelque chose, voire même quelqu'un. La sollicitude de Yûgi l'épuisait, l'inquiétude de ses amis l'irritait.
Et parce qu'il se comprenait de moins en moins, Atem s'énervait contre lui.
Ils eurent tous leur examen final. Si Joey et Tristan l'eurent tout juste, Téa eut droit à une mention ; Yûgi se situait à quelques points seulement de l'obtention de la plus petite mention. Tous heureux de ne pas avoir à passer les épreuves de rattrapage, ils fêtèrent leurs résultats toute la journée. Seuls Marek, Atem et Bakura ne furent pas de la partie : le café n'allait pas tourner par la seule force de leurs pensées ou des bras d'Odion et du cuisinier. Bien que leurs amis passèrent la majeure partie de leur journée dans le café, ils finirent par les quitter pour aller faire autre chose. Mis à part boire en bonne compagnie, il n'y avait pas grand-chose à faire. A sa grande surprise, Atem se sentit soulagé de les voir quitter la salle. Ils avaient tous exprimé une certaine retenue vis-à-vis de lui, comme s'ils avaient tous choisi leurs mots pour s'adresser à lui. Tout cela n'avait réussit qu'à faire grandir cette irritation qui lui retournait l'estomac et donner à ses yeux un éclat sombre inquiétant.
Une solitude dévorante commençait peu à peu à prendre possession de son existence.
Ton passé de Pharaon te rattrape…
« Tu le connais ? »
Ca se pourrait.
« Alors explique-moi. »
Ca ne changerait rien.
« Qu'en sais-tu ? Je pourrais essayer de faire le contraire de ce que j'ai fait par le passé. Alors dis-moi ce que tu sais. Raconte-moi mon passé. »
Il ne vaut mieux pas que tu le saches. Ce sera… plus simple. On évitera bien de lourdes erreurs.
« Si mon passé me rattrape, c'est qu'il a de grandes chances de se répéter. Et si je ne connais pas mon passé, il est clair que j'ai toutes les chances de refaire les mêmes erreurs. »
Ce n'est pas sûr.
« Je ne veux pas prendre de risques. »
Le risque zéro n'existera jamais. Quoique tu fasses, tu prendras des risques. Alors ça ne sert à rien.
« Réponds-moi ! »
Atem releva les yeux de son livre et fixa sa porte d'entrée comme s'il cherchait à voir qui se cachait derrière à une heure aussi tardive. Furtivement, l'idée qu'il s'agisse de Kaiba, comme la dernière fois, lui traversa l'esprit, mais il la chassa aussi vite qu'elle était venue. Le PDG ne devrait plus se risquer à venir ici, après ce qu'il s'était passé la dernière fois : Atem avait été assez clair. Il doutait que Kaiba soit du genre à se pointer à dix heures et demi du soir avec un bouquet de fleurs à la main pour lui demander pardon, non sans lui déclamer tout son amour.
Le Pharaon s'ébroua. D'où lui venait des scénarios aussi clichés ? Jetant un œil au bouquin qu'il avait entre les mains, il se dit qu'il ferait mieux d'abandonner cette lecture pour quelques temps, histoire de se reprendre un peu. Kaiba avec un bouquet de fleurs… Où va le monde, si le PDG le plus jeune du Japon a ce genre de manière ?
C'était Yûgi.
« Je te dérange ? », demanda le plus jeune d'une petite voix.
Comme si Atem l'impressionnait. Une vague d'irritation submergea une fois de plus l'ancien Pharaon qui leva les yeux au ciel. Depuis quand celui qui avait partagé son corps avec lui, qui l'avait depuis le début considéré comme son égal, s'aplatissait ainsi devant lui ?
« Non, j'étais en train de m'imaginer Kaiba avec un bouquet de fleurs à la main. »
Ce n'était pas tant ce qu'était en train de faire le Pharaon qui surprit Yûgi, mais plutôt le ton indifférent et distant qu'il avait adopté, alors qu'il avait prononcé le nom de Kaiba dans sa phrase. Interceptant le regard perplexe de son double, Atem haussa les épaules et s'écarta, permettant ainsi que jeune homme d'entrer dans son appartement.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Atem ? »
Le concerné arqua un sourcil perplexe. Au moins, son double n'y allait pas par quatre chemins.
« Comment ça ? »
« Ca fait quelques temps que tu n'es plus le même, je ne te reconnais plus. Tu es distant. C'est presque comme si… tu ne nous considérais plus comme ton égal, comme si nous n'étions pas assez bien pour toi. »
Atem eut un petit mouvement de recul en même temps qu'un regain d'irritation.
« Mais qu'est-ce que tu racontes ? »
« Regarde-toi ! Regarde ton comportement ! Tes yeux sont suffisants pour que nous nous sentions mal à l'aise en ta présence ! »
« Yûgi, arrête ton cirque ! C'est vous qui vous faites des illusions, à chaque fois que je m'approche de vous depuis quelques temps, j'ai l'impression d'être impressionnant, à tel point que vous n'êtes plus aussi naturels ! »
« Mais tu ne te rends pas compte à quel point tu ES impressionnant ! », s'écria Yûgi. « Tu n'as plus le même regard, tu dégages une aura écrasante, c'est presque si on a peur de toi ! Tu ne peux pas savoir à quel point il est difficile d'encore te considérer comme quelqu'un de normal ! »
Les phrases frappèrent Atem comme si Yûgi venait de lui coller son poing dans la figure.
« Ton passé de Pharaon te rattrape… »
Il observa un instant, les yeux écarquillés, le visage de son double dont les yeux couleur améthyste, désertés de cette innocence qui l'avait si longtemps caractérisé, brillaient de cette lueur blessée d'une personne qui semblait au bord de perdre l'être qui lui était le plus cher. Quelqu'un qui était capable de tout faire pour raisonner cette personne. Au plus profond de lui-même, Atem sentit s'effondrer cette irritation dévorante, ce malaise constant, cette étrange douleur. Il se passa une main fébrile dans les cheveux et son regard dériva vers la fenêtre, fuyant le contact visuel.
« Je… je suis désolé. »
Yûgi ne lui répondit pas.
Les deux jours qui suivirent, Atem eu la nette impression que son humeur dépendait de la fréquence à laquelle il voyait Yûgi. Le Pharaon avait longuement réfléchi sur le sujet, et s'était rapidement rendu compte qu'il avait commencé à être de mauvaise humeur quasiment constamment depuis que son double et ses amis étaient partis en semaine de révision. Pendant deux semaines, il avait été exécrable avec son entourage et peu à peu, il commençait à comprendre pourquoi Marek s'était fait distant pendant ces deux semaines. Pourquoi il avait été aussi tendu.
Ce n'était pas uniquement parce son amant avait été stressé toute les deux semaines, mais également parce qu'Atem, son ami et collègue, avait été particulièrement désagréable. Ajouté à tout cela, la mauvaise humeur d'Odion depuis la « fuite » d'Isis.
Atem s'excusa auprès de l'ancien Gardien du Tombeau pour son comportement et Marek ne lui répondit que par un sourire qui signifiait « t'en fais pas, c'est déjà oublié » avant de retourner travailler. Le Pharaon se doutait que ce passage n'était pas totalement oublié pour le jeune homme. Marek était tout de même d'un naturel rancunier.
Le jour du départ était enfin arrivé. En deux jours, Atem avait réussi à renouer des contacts plus ou moins normaux avec ses meilleurs amis, et lorsqu'il arriva sur le quai, son sac sur l'épaule, c'était comme si rien ne s'était passé. Sans doute était-ce dû à l'excitation du tournoi qui se profilait à l'horizon, mais Joey ne manifesta aucune retenue vis-à-vis de lui, ce qui n'avait pas été le cas récemment. Tristan était aussi enjoué que son meilleur ami et Yûgi, qui n'avait pas mis plus de deux heures à pardonner à son double, le rejoignit dès qu'il l'eut aperçu. Téa, quant à elle, n'avait pas eu besoin du passage caractériel du Pharaon pour se tenir à distance de lui…
Le bateau était presque semblable à celui qui les avait amenés au Royaume des Duellistes. Des participants au tournoi commençaient déjà à grimper sur le pont et ils reconnurent Mako Tsunami qui les salua du haut du pont dès qu'il les eu aperçus ; à leur grand déplaisir, Insector Haga et Rex Raptor avaient également été conviés à participer au tournoi. Fort de ses anciennes victoires, Joey répondit à leur provocation silencieuse avec zèle, comme d'habitude, en somme. Ils attendirent que Marek, Bakura, Rebecca et Maï les rejoignent pour monter à bord.
Kaiba et Makuba furent plus rapides.
Atem croisa son regard et son cœur fit un bond énorme dans sa poitrine avant de cogner avec force comme si sa seule ambition était de sortir de cette cage de chair pour rejoindre celui qui le faisait autant battre. Son regard brillant de sa détermination naturelle, enterrant avec la force de sa volonté souveraine ses sentiments, Atem supporta avec fierté – et toujours quelques difficultés – les glaces mêmes d'un lac gelé. Aucun muscle du visage de Kaiba ne tressaillit et aucun des siens non plus. Le silence s'était fait autour d'eux et Atem pouvait sentir son double à côté de lui, prêt à le défendre s'il advenait quoique ce soit. De cela, Atem se sentit nettement plus fort, parce qu'il n'était pas seul.
Il n'était plus seul.
Le regard glacé de Kaiba finit par dériver pour s'arrêter sur Joey. Un rictus malsain étira ses fines lèvres.
« Il y a sûrement une erreur », déclara-t-il d'une voix basse et dangereuse. « Seuls les meilleurs duellistes sont conviés à ce tournoi. Tu n'y as pas ta place, Wheeler. »
« Contrairement à d'autres, j'ai terminé dans les premiers au Royaume des Duellistes », grogna Joey en guise de défense, les yeux flamboyants. « Et cette fois, je t'écraserais en bonne et due forme. »
« Pff, c'est beau de rêver. »
« Ca suffit, Kaiba. »
La voix d'Atem, grave et profonde, avait claqué dans l'air marin du port. Il ne s'en rendit pas compte, mais Makuba se terra un peu plus sur lui-même. Il ne semblait pas particulièrement à l'aise…
« Que tu ne veuilles pas reconnaître la valeur de Joey est une chose », continua le Pharaon sans quitter des yeux son ex amant, « mais ce n'est pas une raison pour continuellement l'abaisser. Il a affronté des situations bien pires que les tiennes et de cela, il peut être fier et te surpasses. Mais tu es incapable de le comprendre, parce qu'il n'y a jamais eu que ton entreprise qui comptait réellement. Tu ne vois rien d'autre et tu considères les autres comme des êtres inférieurs, alors que tu ne vaux pas mieux. »
Il n'arrivait pas à s'arrêter. Il ressentait une folle envie d'en dire davantage, encore et encore plus. Dans le seul but de le blesser.
« Arrête de t'en prendre à lui parce que tu n'es pas capable d'admettre que des personnes qui ne sont pas seules puissent être aussi douées que toi, si ce n'est meilleures. »
Les muscles du visage de Kaiba tressaillirent et à ce seul détail, Atem su qu'il avait réussit.
Il venait de faire un choix. Il avait eu le choix entre ne rien dire et laisser passer cette habitude énervante qu'avait Kaiba de toujours rabaisser Joey, pour la seule et unique raison qu'il ne l'appréciait pas le moins du monde, et intervenir. Il avait choisi la seconde option.
Atem ne su que bien plus tard qu'il venait de faire le choix d'une terrible douleur vengeresse.
|
Review this Chapter |