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Author of 7 Stories |
Bien le Bonsoir,
Définitivement, je suis suicidaire. Je vous l'accorde, ça ne changera pas votre vie de savoir ça, mais je suis suicidaire. S'il y a une chose que je peine à écrire, c'est bien tout ce qui se rapporte aux sentiments des personnages, à ce qu'ils peuvent ressentir lors des épreuves qu'ils passent mais surtout lorsque deux protagonistes (les principaux, sinon c'est pas drôle) s'aiment et se retrouvent séparés pour une quelconque raison, ce qui est précisément le sujet phare de cette histoire. Alors je le dit haut et fort : je suis suicidaire. J'étais réellement déprimée quand j'ai commencé cette fiction (à l'origine, ça devait être un bête OS, et ça s'est transformé en un truc à chapitre naviguant dans les limbes obscures de mon imagination…)
Paradoxalement, pourtant, j'aime écrire cette fiction. Après tout, c'est encore un scénario (j'vous assure que j'essaie d'en construire un) qui tourne autour du surnaturel. Là n'est pas le sujet.
Après cette petite introduction, je vous présente ce nouveau et long chapitre en espérant qu'il s'agit pour vous d'une bonne nouvelle de voir sa longueur plutôt qu'un calvaire (à la réflexion, si c'était un calvaire, vous auriez déjà fui loin d'ici. Je m'égare). J'espère qu'il vous plaira (et qu'il est assez cohérent… Erm.)
Je vous remercie encore et toujours (et jamais assez) des reviews que j'ai reçues et qui m'ont toutes fait très plaisir.
Bonne lecture !
Eagle Eclypse
Disclaimer : Le jeune (?) PDG d'Illusions Industries Anera Pegasus et ses deux chers loupiots Alexandre et Arcanan ainsi que son animal de compagnie l'hargneux Cataracte sont ma propriété ; en revanche, je ne possède toujours pas le reste de nos personnages favoris (pour certains d'entre eux, à mon grand regret, mais en même temps, ce ne sont que des personnages de papier, même si je les possédais, ça ne changerais rien au fait qu'ils n'existent pas et… Erm.)
Corneille et ses Choix
Penser au Présent ou Parler au Passé
Il éternua.
« Rassure-moi, tu le fais exprès ? », demanda Atem en se pinçant l'arête du nez d'un air las.
Le regard que Seto leva vers lui devait certainement être noir mais tout ce qu'il réussit à lancer fut un regard vaseux suivit d'un nouvel éternuement et d'un reniflement énervé. De mauvaise grâce, il attrapa le mouchoir que lui tendait son amant avec un air de reproche et se moucha avant de le jeter et de se remettre au travail. Atem eut un profond soupir.
« Seto… »
« Ce n'est qu'un rhume », coupa le jeune PDG d'une voix nasillarde, les yeux rivés sur son écran. « Il ne va pas m'empêcher de travailler. »
« Et qu'est-ce que tu en sais, au juste ? Tu es médecin maintenant ? »
« Pas besoin d'être devin. »
Atem ne su rien faire d'autre que soupirer une nouvelle fois et abandonna la partie, préférant rejoindre son canapé et son bouquin, échangeant par la même occasion un regard éloquent avec Makuba qui avait lui aussi suivit toute la conversation, avant de se remettre à son travail. Seto, lui, continuait inlassablement à travailler sans faire plus que cela attention aux divers éternuements et autres crachotements, reniflant de temps à autre et daignant parfois se moucher en pestant. Il continua ainsi jusqu'à ce que leur limousine s'annonce et qu'ils ne descendent la rejoindre.
Son regard était vitreux et son teint pâle, il avait l'air fatigué et ne cessait de tousser. Si cela n'avait pas l'air d'inquiéter outre mesure le jeune PDG, son amant n'était manifestement pas du même avis. Il ne dit cependant rien, cherchant plutôt une stratégie pour le faire aller se coucher assez tôt pour qu'il puisse se reposer. Ce n'est qu'en consultant vaguement sa montre qu'il se rendit compte que ça risquait d'être dur : il était déjà neuf heures et demies. Il fallait encore dîner.
Atem ne parvint pas à convaincre son amant de faire venir un médecin alors même qu'il s'étouffait devant la télé. Exaspéré par cet entêtement, le Pharaon lui demanda quand est-ce qu'il comptait claquer, qu'ils puissent, lui et Makuba, regarder sans être dérangés ce que diffusait la télé ; ça ne manqua pas d'offusquer le jeune PDG qui voulu répliquer vertement mais qui, au contraire, envoya une volée de postillons au visage de son amant, prit d'une soudaine quinte de toux. Atem regarda patiemment son amant tenter de s'en remettre, mais étrangement, elle s'attardait, cette foutue quinte… Finalement, le PDG s'écroula à terre et le Pharaon paniqua. Makuba saisit le téléphone et appela d'urgence un médecin.
Il attendait patiemment qu'il reprenne conscience pour mieux le tuer de ses mains. C'est vrai quoi, c'était lui qui devait le faire mourir, ce privilège lui revenait, lui qui partageait son lit, son toit et sa table depuis quelques mois déjà. Pas une simple maladie. Le médecin avait annoncé que s'ils avaient attendus le lendemain pour l'appeler, ça aurait viré à la pneumonie. Atem se foutait pas mal de savoir ce que c'était réellement, après tout il n'avait pas eu l'occasion au cours de ses dernières aventures d'entendre parler de pneumonie – il voyait mal Marek lui parler de pneumonie entre deux vers de sa chanson pour réveiller le Dragon Ailé de Râ et encore moins Dartz glisser entre deux tours de leur duel acharné cette maladie juste histoire de – il savait juste que c'était une maladie et c'était apparemment assez grave pour qu'il ait envie d'engueuler copieusement son amant à son réveil avant de lui donner le coup de grâce pour lui avoir fait autant peur.
Le fait était pourtant que le jeune PDG demeurait les yeux clos, allongé dans son lit, immobile, la respiration calme et assez irrégulière. Assis dans un fauteuil, les jambes croisées, le Pharaon continuait de lire son livre en gardant un œil sur son amant encore profondément endormi, guettant une réaction qui finit par arriver à deux heures trente sept du matin, exactement, comme l'indiquait le réveil électronique aux chiffres rouges d'une banalité extrême posé sur la table de chevet du côté de Seto. Celui-ci commençait à remuer légèrement dans son lit, et à peine avait-il bougé le petit doigt qu'Atem avait fermé son bouquin et se tenait près de lui.
Il rencontra un regard bleu embué de sommeil.
« Tu ne m'avais pas écouté », fut la première phrase d'Atem en guise de bienvenue dans le monde des conscients.
Le PDG ne lui répondit rien, certainement trop dans le brouillard pour dire quoi que ce soit. Il regarda autour de lui comme pour se situer.
« Oui, tu es dans ta chambre et non pas dans un hôpital, satisfait ? »
« Tu peux parler moins fort ? », demanda le malade d'une voix éraillée.
« Comme le désire Sa Majesté. »
« Et arrête le sarcasme, s'il te plaît. »
Atem soupira.
« Tu sais que tu m'as fait peur, imbécile ? Je t'avais bien dit que ce n'était pas qu'un simple rhume, mais tu ne m'as pas cru. Quand est-ce que tu admettras que comme tout le monde tu peux être malade ? On s'est beaucoup inquiété, Makuba et moi. »
« Désolé. »
« C'est la seule chose que tu trouves à dire, désolé ? »
« Que veux-tu que je te dises d'autre ? »
Atem attendit qu'il eu fini de tousser pour lui répondre.
« Qu'à l'avenir tu m'écouteras un peu plus au lieu de t'acharner à nier que tu puisses être malade. Que tu arrêtes de temps en temps de bosser. Je n'ai pas envie de tu meures avant l'heure, si tu veux. »
Seto ne lui répondit rien en se contentant de regarder à l'opposé de son amant.
« Je n'ai pas envie de te perdre, Seto. Alors s'il te plaît, sois moins borné et repose toi pendant les deux semaines qui viennent. »
Il garda obstinément le silence et Atem soupira. Il saisit délicatement le visage du PDG entre ses mains et le tourna vers lui.
« S'il te plaît. »
« D'accord. A condition que tu restes à côté. »
Le Pharaon roula des yeux en souriant.
« Bon, okay, je vais poser les deux dernières semaines de congés payés qu'il me reste en réserve. »
« Tu peux bien faire ça pour moi, toi qui a peur que je ne parte avant l'heure. »
« C'est cruel d'utiliser un tel argument. C'est bas… »
Il se tut quelques secondes, pensif, puis reprit :
« C'est digne d'un homme d'affaire. »
Il se leva et se glissa sous les couvertures, prenant son amant dans ses bras et se couchant contre son dos. Seto se laissa entièrement faire, avant d'ajouter :
« De toute façon, je pourrais travailler d'ici. »
« Seto… »
Impossible de le faire changer d'avis, mais tant que lui était là pour veiller au grain… Okay, ça lui convenait.
« Les anciennes écritures racontaient que les monstres et les hommes vivaient dans le même monde, il y a plusieurs milliers d'années de cela. Certains avaient fait le choix de vivre reclus, loin des hommes, alors que d'autres s'associaient à eux, leur juraient fidélité, comme les Dragons Blancs aux Yeux Bleus à la Famille de Lumière, famille de laquelle vient le prêtre qui apparaît sur les bas-reliefs exposés au musée de Domino. Je pense, comme Isis, que ce prêtre est un lointain ancêtre de Seto, et je sais que tu es le Pharaon qui est représenté au même endroit. Je sais aussi que tu es à la recherche de ton passé, Isis m'a exposé dans sa totalité ta situation, mais je crains que mes connaissances s'arrêtent là. Maximilien m'a raconté l'histoire du Dragon Blanc aux Yeux Bleus de la Reine, le jour où il m'a confié la carte. Je suppose donc que tu devais être marié… Je ne sais pas quoi te dire de plus. En réalité, Maximilien est resté très secret sur ses découvertes et je n'ai jamais eu l'idée de lui poser des questions. »
« Mais il avait un objet de Millénium, tu n'as jamais songé à lui demander une explication quant à ses pouvoirs ? »
« Si, bien sûr. Il m'a raconté ce qu'il vous a dit, ce que tu sais sur les objets du Millénium. Ils sont au nombre de sept et ont chacun des pouvoirs différents. Je suis vraiment désolée de ne pas pouvoir mieux t'aider, mais je n'ai jamais été très curieuse. »
« Il n'y avait rien, dans les anciennes écritures, qui mentionnait la Reine ? »
« Non. Ou alors Maximilien a préféré garder cela secret. Mais jusqu'ici, personne n'en a jamais entendu parler. Il faut dire aussi que les noms de Reines d'Egypte, en général, ne traversent pas l'histoire. Et puis, avec ta légende, il ne lui restait pas beaucoup de place. Tu es le sauveur de l'humanité, tu t'es sacrifié pour elle, en enfermant par la suite toutes les créatures dans des stèles de pierre et usant de toute ton énergie. Comment veux-tu qu'elle perce dans l'histoire avec un Roi comme toi ? »
Atem soupira. Il n'apprendrait manifestement rien de plus que ce qu'il savait déjà, et ne repartirait du bureau de la présidente d'Illusions Industries qu'avec l'hypothèse selon laquelle il aurait été marié. Oui, mais à qui ? Les seules choses qu'Isis ait rapportées d'Egypte n'étaient que des bas-reliefs qui représentaient son combat contre ce prêtre si semblable à Kaiba, et des créatures qui se retrouvent peintes sur des bouts de carton. Tout ça ne menait nulle part et ne le faisait pas avancer dans sa recherche. Tout ce qui concernait l'Egypte ancienne était d'un noir d'encre de plus en plus frustrant.
« Pourquoi tu ne m'en dis pas plus ? »
« Parce que je n'en sais pas plus. »
« Tu mens. »
« Comment ? »
Atem secoua la tête.
« Tu mens. Je le sens, je ne saurais te dire pourquoi, mais je sens bien que tu me mens. Tu en sais plus. »
« C'est absurde… Maximilien pourrait certainement t'en dire davantage, mais j'en suis incapable. »
« Arrête de te foutre de moi », gronda le Pharaon en braquant un regard dur un brin énervé sur la jeune femme. « Tu éludes la question depuis le début, prétendant que tu n'as jamais rien demandé à Pegasus, mais tu ne peux pas être restée insensible quant à ses découvertes, si vraiment tu le considérais comme ton père. Tu devrais avoir demandé des explications sur ce qu'il s'est produit pendant le Tournoi, ce qu'était le Puzzle du Millénium. »
« Et quand voulais-tu que je lui pose la question ? », répliqua Anera dont la voix trahissait un certain agacement. « A la sortie de ce Tournoi, il n'a plus dit un seul mot. »
Atem ne su quoi répondre. Il avait lu dans le regard violine de la jeune présidente la blessure et la colère que lui rappelait l'état comateux dans lequel se trouvait son père adoptif et lui, il avait foncé tête la première dans son animosité envers Pegasus, sans tenir compte du fait que des gens l'aimaient et qu'il avait l'un de ces rares spécimens en face de lui, parlant sans aucun tact d'un homme qu'elle aimait comme son père et qui avait des chances de ne jamais se réveiller. Fébrile, il se passa une main sur le visage.
L'excitation qu'il avait ressentie lorsqu'il était entré dans ce bureau avait momentanément effacé de sa mémoire la scène qui avait précédé sa visite à la présidente d'Illusions Industries dont l'acteur principal avait été l'homme dont il était fatalement tombé amoureux et que, manifestement, son cœur ne voulait toujours pas oublier. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer tout et n'importe quoi pour le chasser de son esprit. Et puis, finalement, tout cela n'avait été qu'un faux espoir. Ne pas en apprendre davantage était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase, il le sentait bien. Et avec cette puissante désillusion, le souvenir de cet enfoiré de Kaiba qui les avait traités comme des moins que rien. Comme des fous, des imbéciles. Comme des aliénés. Mélangez tout cela, et vous avez l'état actuel d'Atem.
Exaspéré, énervé, fatigué. Le regard dur, sombre, colérique.
« Pourquoi aie-je ta voix dans ma tête, si il n'y a rien qui nous lie ? », grinça-t-il au bout de quelques minutes durant lesquelles il avait laissé planer un lourd silence.
Anera, qui s'était replongée dans son travail, releva la tête et lança un regard surpris, sincèrement surpris, au Pharaon.
« Pardon ? »
« Ta voix », répéta Atem, impatient. « Je l'ai dans ma tête. Ecoute, j'ai horreur qu'on me prenne pour un imbécile. J'ai l'impression de te connaître. Nous avons la même apparence, un physique qui ne diverge que par son sexe. Et ta voix dans ma tête. Celle que j'entends quand tu ouvres la bouche est exactement la même que celle qui passe son temps à me faire la morale alors que tu es à des pièces de là où je me trouve et je l'entendais déjà avant même que nous nous rencontrions. Alors explique-moi tout ça, puisque j'ai l'impression que tu en sais plus que moi. Qui es-tu ? »
Anera semblait totalement prise au dépourvu, tant et si bien qu'elle ne su quoi lui répondre sur le coup. Elle resta là, figée, le fixant d'un regard trahissant son désarçonnement. Puis elle s'ébroua, reprit un minimum de contenance et finit par lui répondre, regardant plus ses feuilles que son interlocuteur :
« Que… Que veux-tu que j'en sache ? Je suis Anera Pegasus, fille adoptive de Maximilien Pegasus, présidente d'Illusions Industries et… »
« Future femme de Seto Kaiba, je sais, inutile de préciser tout ça », cracha le Pharaon d'un ton mauvais.
« Quoi ? », s'exclama Anera en relevant vivement le regard sur Atem, ahurie. « Mais… »
« Je me fiche de tout ça ! », s'écria le Pharaon, à bout de patience. « Ce que je veux savoir, c'est ton rapport avec moi ! »
« Si j'en avais un, tu ne crois pas que j'aurais cherché à te défendre, au Royaume des Duellistes, puisque je suis la fille adoptive de Pegasus ? Tu ne crois pas que j'aurais préféré te connaître toi plutôt que de nouer une relation, qui n'est absolument pas vouée à se transformer en mariage, avec Seto Kaiba et te dédaigner, te rencontrer juste aujourd'hui alors que ça fait pas mal de temps que je connais ton existence ? Tu donnes l'air d'être sûr de toi, comme si tu avais brillamment déduit qu'il y avait quelque chose entre toi et moi, alors que les faits, mes agissements, prouvent le contraire ! »
Atem ne répondit rien, les mâchoires serrées. Il ne pouvait pas opposer un argument qui tenait la route ; elle n'avait pas tort. Jamais elle n'avait cherché à le rencontrer et n'avait pas pensé le protéger de l'emprise de son père sur lui, lors du Tournoi au Royaume. Si vraiment il y avait une quelconque relation entre eux, comme à celle qu'il imaginait… Mais comment pouvait-il expliquer la présence de sa voix dans sa tête ?
Anera se pinça l'arête du nez en fermant les yeux. Les doigts de sa main posée sur le bureau pianotèrent avec agacement, le claquement de ses ongles étouffé par les dossiers. Cataracte, resté tranquille depuis le début de l'entretien, s'avança finalement vers sa cavalière et la poussa du nez, gentiment. Elle passa une main absente sur son chanfrein, comme si elle voulait combler son manque d'affection au plus vite pour qu'il la laisse tranquille, mais le cheval insista. Finalement, elle se tourna vers lui et prit sa tête entre ses mains.
« Je n'ai pas le temps de t'emmener dehors, j'ai encore du travail. Va donc galoper un peu, on sortira plus tard, d'accord ? »
Comme s'y attendait Atem, qui n'avait rien d'autre à faire que de regarder l'étrange couple que formait la présidente avec l'animal, Cataracte ne répondit rien mais il lui sembla qu'il comprenait chacune des paroles de sa cavalière. Il finit par retirer sa tête des mains de la jeune femme et, l'encolure basse, quitta le bureau en ouvrant d'un coup de tête expérimenté la porte close de la pièce. Anera soupira.
« Je suis désolée de ne pas t'être d'une grande utilité, Atem », dit-elle calmement en fixant le Pharaon, « mais je ne sais pas quoi te dire d'autre. Je ne sais pas t'expliquer cet étrange phénomène. Je ne sais rien. Maintenant, si tu veux bien quitter mon bureau… J'ai encore du travail. »
Marek se mordit la lèvre inférieure et observa avec attention la réaction du Pharaon face à la présidente qui considérait déjà qu'ils avaient mis les voiles. Atem resta figé quelques secondes, les poings serrés, puis finalement tourna les talons et quitta la pièce, ses inséparables amis sur les talons. Le Gardien du Tombeau se demanda vaguement comment il faisait pour supporter toujours que ses amis soient dans ses pattes. Certes, c'était noble de leur part, mais il aurait vite étouffé. Atem était constamment entouré de ses amis, comme s'il était la raison de vivre de ces duellistes. Que ce soit Yûgi, Marek le comprenait, après tout, ils avaient partagé le même corps pendant un certain temps. Mais les autres… Ils étaient gentils, à n'en pas douter, ils avaient un cœur d'or, mais ils étaient toujours, toujours en train de suivre le Pharaon. Toujours.
Marek sortit de ses pensées quand il sentit qu'on lui tirait sur la manche ; il se retourna et regarda Bakura qui, d'un mouvement de tête, lui indiqua qu'ils devaient aussi y aller.
« Je te rejoins dans quelques minutes », répondit le Gardien du Tombeau en lui déposant un léger baiser sur les lèvres.
Bakura voulu certainement lui demander pourquoi il ne le suivait pas, mais un regard appuyé de Marek le dissuada de le faire et il sortit également du bureau, faisant entièrement confiance à son amant. Une fois que la porte se fut refermée, il se tourna vers le bureau d'Anera.
Elle l'observait, ayant délaissé ses documents.
« Je me demandais si tu avais fait les mêmes déductions que ta brillante sœur aînée », dit-elle lorsqu'elle se retrouva seule en sa compagnie.
Marek mit une main dans son dos et s'inclina légèrement et respectueusement devant elle. Anera le salua à son tour d'un hochement de tête, l'invitant par la même occasion à se redresser.
« Je n'aurais jamais cru que vous seriez aussi concernée. »
« Je préfèrerais que tu n'en parle à personne et que tu évites toute visite à Isis. J'ai une confiance aveugle en toi, malgré ton passé accablant, mais je ne peux pas me permettre de prendre le risque que ta langue ne fourche. »
« Pourquoi ne pas le leur dire ? »
« Pour quoi faire ? Je ne peux pas non plus prendre ce risque, c'est beaucoup trop dangereux. Et puis… »
Elle eut un rire amer.
« Seto ne me croirait pas. »
« Alors prouvez-le-lui. »
« Si c'était aussi facile, Marek… Ecoute, joue l'indifférent, joue l'ami fidèle et dévoué à l'image des amis du Pharaon. Fais comme si tu ne savais rien, et surtout, ne parle pas à Isis. De toute façon, elle mettra toute son énergie à te fuir, à t'éviter. Je suis la seule à pouvoir agir pour le moment, même si je n'ai pas beaucoup de marge d'action. Le seul qui soit réellement capable de raisonner Atem dans cette histoire, c'est bien Yûgi… J'ai dans l'idée, pourtant, qu'il n'apprécierait pas trop que je lui dise quoi faire. Alors je dois agir seule, pour le moment, en espérant que ça ne s'aggrave pas… »
« Et si jamais vous n'y arriviez pas ? Si jamais vous aussi, vous vous retrouviez acculée, emportée par le courant sans pouvoir lutter ? Vous connaissez leur énergie mieux que personne. »
« C'est bien pour cela que je suis préparée à les affronter mieux que quiconque. »
« Comment comptez-vous vous y prendre, si vous restez dans l'ombre ? »
« Marek, je sais ce que je dois faire. Mais j'aimerais te demander un service, si tu veux bien. »
Le Gardien du Tombeau hocha la tête et écouta attentivement. Anera se leva, fit quelques pas au hasard, les mains dans le dos, pensive.
« Je parlerais à Yûgi en temps voulu, mais en attendant, je vais te demander d'observer attentivement le Pharaon et de me signaler tout agissement extravagant. Je ne te demande pas de te faufiler dans sa chambre la nuit, mais tu es le seul qui puisse m'écouter pour le moment. Les autres ne m'apprécient pas, c'est une évidence, ils ne m'écouteraient pas et ne me croiraient pas, même si je leur apprenais des choses sur le passé de leur glorieux Pharaon… Ils ne me croiront pas si jamais je me risquais à leur raconter la vérité. Tu es la seule carte que j'ai de leur côté. J'ai besoin de ton aide. »
« Je vous l'accorde. »
Anera lui offrit un sourire de remerciement qui lui réchauffa le cœur. D'un côté, il trouvait dans cette « mission » un bon moyen d'expier ses fautes passées, son incursion à BatailleVille et sa prétention de prendre les pouvoirs du Pharaon. En acceptant d'aider Anera de cette manière, il protégeait indirectement le Pharaon, et c'était la seule chose qu'il avait vraiment désirée. Même s'ils paraissaient tous lui avoir plus ou moins pardonné, il ne restait pas moins une certaine gêne quand il parlait avec eux, quand il sortait avec eux ; Marek avait la sensation que s'il ne sortait pas avec Bakura, il ne serait pas ici, dans le bureau du PDG d'Illusions Industries, et ne serait pas patron d'un café dans lequel travaillerait le Pharaon en question.
« Je ne vous décevrais pas. »
« J'en suis certaine. »
Un silence plana pendant un instant durant lequel le regard d'Anera s'échappa pensivement par la baie vitrée qui donnait sur l'immense forêt bordant le Château aux Dragons, située juste derrière le bureau. Elle semblait mélancolique ; elle avait quitté son air dur et sévère de PDG.
« Excusez-moi… »
Elle se retourna vers lui et l'interrogea du regard.
« Puis-je me permettre de vous poser une question ? »
« Je ne te le dirais pas, Marek », sourit Anera en revenant vers son fauteuil de cuir. « Encore une fois, ce serait prendre un gros risque. Si tu le savais, malheureusement, tu serais contraint de tout faire pour les fuir et entrer entièrement à mon service. C'est le sacrifice qu'a fait Isis en pleine connaissance de cause, mais je crains que tu ne puisses vivre loin de ton cher et tendre. Et tu ne peux pas l'emmener de mon côté avec toi. Je préfère que tu l'ignores tant que seule Isis sait comment. »
Marek n'insista pas, et comprit le message que lui transmettait Anera en restant derrière son fauteuil en lui souriant aimablement. Après s'être incliné une nouvelle fois, il tourna les talons et avant de pousser la porte, elle ajouta :
« Oh, et la prochaine fois que nous nous parlerons, veille à me tutoyer et évite de plier l'échine… Il y a longtemps que ce n'est plus nécessaire. »
Bakura sursauta lorsque deux bras vinrent caresser ses hanches avant de le ramener contre un torse musclé et agréablement chaud. La merveilleuse odeur de sable chaud qui émanait de son amant le rassura immédiatement, et il se lova confortablement entre les jambes du jeune Ishtar qui s'appuya contre le montant du lit. Les lèvres douces de l'Egyptien frôlèrent son épaule et déposèrent un léger baiser sur son cou.
« Tu en as appris davantage ? », demanda Bakura en fermant les yeux, se laissant emporter dans les bras de son amant.
« Non… Elle n'a rien voulu dire. Elle n'a pas voulu daigner m'expliquer ce que faisait Isis à son service. »
« Oh… Tu dois être déçu. »
« Non, pas vraiment… Si Isis à trouvé un travail qui lui plaît, alors tant mieux. Je suis sûr qu'elle adore s'occuper du petit Alexandre ou de son frère Arcanan. Elle a toujours aimé s'occuper des plus jeunes. »
« Elle a dû avoir du fil à retordre avec toi. »
« Eh, qu'est-ce que ça veut dire ? »
Bakura roula sur le lit en riant aux éclats, les doigts agiles du Gardien du Tombeau lui frôlant vivement les côtes. Il tenta de se défaire de son emprise, mais Marek était bien plus fort que lui à ce jeu là et avait nettement l'avantage ; il le coinça sous lui, l'empêcha d'user de ses jambes pour se dégager et continua sa torture jusqu'à ce que Bakura, les larmes aux yeux et quelques perles translucides coulant sur ses joues, les zygomatiques douloureux, ne le supplie d'arrêter de le chatouiller. Ce que fit Marek à la seule condition cependant que Bakura ne l'embrasse avec passion ; le jeune homme ne se fit pas prier et enlaça le cou de l'Egyptien pour l'attirer un peu plus contre lui. Marek s'allongea totalement sur le corps sensible de son amant, ses mains parcourant amoureusement ses fines courbes presque androgynes.
Un étrange grognement les sortit de leur léger début. Marek jeta un regard étrange au ventre de Bakura, ce dernier finissant par éclater de rire.
« Je suis désolé, je suis affamé », dit-il en guise d'explications à son amant.
« Je vois… Mais ce n'est certainement pas ce que nous nous apprêtions à faire qui allait te nourrir, ou du moins nourrir ça… »
Il enfonça légèrement son doigt dans l'estomac du jeune homme.
« Aïe, tu me fais maleuh ! »
« Ca t'apprendra à ne rien manger quand il faut ! »
Marek se jeta voracement sur les lèvres de son compagnon, partageant avec lui un dernier baiser enflammé avant de le libérer du poids de son corps et de lui tendre la main. Bakura s'en saisit et ils se levèrent.
« Allons voir si les autres sont prêts à aller dîner. »
Bakura ne fit qu'hocher la tête et, main dans la main, ils sortirent de leur chambre pour rendre une petite visite à leurs voisins, Joey, Tristan et Maï.
Yûgi soupira, et Atem n'eut aucune réaction. Encore une fois. Depuis qu'ils avaient rejoint la chambre qu'il partageaient depuis qu'ils étaient arrivés sur cette île, Atem n'avait pas décroché un mot, son regard violine passablement énervé braqué sur l'extérieur qu'il observait depuis la banquette placée dans l'enfoncement du mur où avait été construit la fenêtre derrière laquelle il se tenait, les bras croisés et le dos collé au mur de pierre brune.
Yûgi avait horreur d'avoir un mur à la place de celui qu'il considérait comme son frère.
« Atem, on en apprendra davantage après le tournoi… », tenta-t-il finalement de cette voix qu'on prenait pour parler à un enfant contrit.
« Elle m'énerve », fut la simple et brusque réponse du Pharaon qui n'avait pas bougé d'un pouce, gardant le regard obstinément rivé vers l'extérieur.
L'énerver était bien gentil, Atem s'était totalement renfermé sur lui-même depuis cette altercation. Jusqu'ici, il n'y avait jamais eu que Kaiba pour le mettre dans un état pareil… Cette réflexion éclaira subitement l'esprit de Yûgi alors qu'il semblait enfin comprendre pour le Pharaon était dans un état pareil : ni Anera ni Seto n'avait caché leur relation plutôt proche. Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures.
Non seulement Anera n'avait pas satisfait la curiosité légitime du Pharaon, mais en plus elle entretenait une relation pour le moins étrange avec l'homme qu'avait quitté Atem et dont il était encore, et très certainement, amoureux. Atem était… jaloux. Et Yûgi ignorait totalement comment était le Pharaon quand il était jaloux…
« Pourquoi ? »
« Pourquoi quoi ? »
« Pourquoi t'énerve-t-elle ? »
Le Pharaon haussa les épaules et éluda la question par un silence qui demandait juste que son double lui foute la paix. Soit Yûgi ne l'entendait pas de cette oreille, soit il n'avait pas saisit le message. Ce qui étonnait fort l'esprit vieux de cinq milles ans.
« Tu ne serais pas par hasard… jaloux ? »
Atem se retourna vivement vers son double, piqué au vif, ses joues prenant une légère teinte rosée qu'il rejeta sur le dos de la colère qui bouillait au fond de lui, une colère qui était d'ailleurs étrange, elle avait un goût vraiment très acide, il avait l'impression que ses entrailles fondaient quand il ne faisait ne serait-ce que penser à Anera…
« Jaloux ? », demanda-t-il sèchement. « Et de qui pourrais-je être jaloux ? De cette greluche qui me ressemble comme si j'étais devant un miroir ? Pourquoi serais-je jalouse d'elle ? Parce qu'elle côtoie cet enfoiré de Kaiba ? Redescend sur Terre, Yûgi, je n'ai aucune raison de la jalouser. »
Bizarrement, ça sonnait faux dans sa bouche, mais il prit le parti d'ignorer totalement et superbement les notes fausses de chacune de ses paroles. Il ignora aussi les ratés de son cœur à chacune de ses paroles en pensant à tout ce qu'ils pouvaient faire ensemble, seuls dans une chambre ; il choisit aussi de ne pas prendre en compte sa gorge se serrant progressivement, à mesure qu'il dénigrait le fait qu'il était déjà fou de jalousie. Il ne pouvait pas admettre qu'il était jaloux. Bassement jaloux de savoir que Kaiba l'avait si rapidement remplacé… Même qu'il avait déjà trouvé sa remplaçante alors même qu'ils étaient ensemble et qu'ils… qu'ils couchaient ensemble !
« Je ne suis pas… jaloux ! »
Il n'était pas jaloux. Ça ne pouvait pas être vrai. Il n'était pas jaloux. Impossible. Pas jaloux de cet enfoiré. Il n'était pas jaloux, pas du tout… C'était tout simplement inconcevable.
« Où tu vas ? », s'écria Yûgi en essayant de rattraper le Pharaon qui sortait de leur chambre.
« Me changer les idées. Seul. »
Il claqua presque la porte au nez de son double sans se retourner et se mit à arpenter furieusement les couloirs à la recherche de son calme. Il ne pouvait pas être jaloux de cette présidente de pacotille parce qu'il n'avait rien à lui envier. Après tout, tout ce qu'elle avait, c'était deux gosses, une multinationale à diriger et cet imbécile de Kaiba. Celui qui les avait si bassement dénigrés. Comment peut-on envier à quelqu'un un être aussi malfaisant, aussi ignoble ? Il n'était pas jaloux parce qu'il n'avait rien à envier à Anera. Au mieux, il la plaignait de se coltiner Kaiba ; au pire, il la détestait parce que qui se ressemble s'assemble…
Tu es bien placé pour le savoir…
« Tiens, ça faisait longtemps que je ne t'avais pas entendu… Ca te manquait, de jouer le rôle de ma conscience ? »
Tes sarcasmes ne prennent pas avec moi.
« M'étonne pas. Tu veux pas une fois dans ta vie me foutre la paix ? »
Dans ton état, je serais tentée d'accepter ta requête.
« Mais ? »
Je ne le ferais pas tant que tu n'auras pas entendu raison.
« Entendre raison ? Le meilleur choix que j'ai fait jusqu'ici, ça a été de rompre avec lui. »
Je ne suis pas du même avis.
« Franchement, si tu l'étais, tu ne serais pas là. »
Atem se figea dans le couloir et il fut secoué par un rire amer.
« Je parle tout seul à une voix qui murmure dans ma tête. Je deviens complètement fou. »
Tu es loin d'être fou.
« Et t'appelle ça comment, se parler à soi-même ? », demanda-t-il en se remettant en route, les mains dans les poches.
Une introspection. Ou bien la preuve que tu as besoin que quelqu'un te prouve que tu n'es pas sur la bonne voie et que, par conséquent, tu n'as pas fait le bon choix.
« C'est marrant, tu m'énerves plus que tu ne m'aide. »
C'est tellement plus drôle quand c'est comme ça. Si tu m'obéissais dès l'instant où je t'ordonnais quelque chose, ça perdrait de sa saveur. C'est bien pour ça que les humains font parfois, voire même souvent, des erreurs. Parce qu'ils sont parfois trop bornés pour tendre l'oreille à ce qui est chuchoté au fond d'eux-mêmes.
« T'as eu un doctorat en philo ? Je croyais que tu étais Présidente d'Illusions Industries. »
La voix ne lui répondit pas mais une autre le fit sursauter.
« Combien de fois vais-je te dire que je regrette ! »
Atem se figea net sur place, son cœur manquant douloureusement deux battements. Cette voix… Il se colla au mur, comme un voleur, par pur réflexe, et passa la tête dans l'angle du couloir qu'il s'apprêtait quelques secondes plus tôt à passer. Juste dans un couloir qui faisait intersection, la silhouette élancée de Seto Kaiba en personne, son lourd manteau d'argent sur le dos et ses ceintures bizarres sur les bras et les jambes - qu'Atem trouvait tout à fait originales, du moins jusqu'à ce que tout commence à partir en vrille - se tenait devant la silhouette déjà un peu plus petite mais non moins agile de la Présidente d'Illusions Industries manifestement aussi énervée que lorsqu'elle avait quitté l'arène quelque temps plus tôt.
« A d'autres, Seto, tu ne regrettes jamais ce que tu dis à propos de mon père, et pourtant, tu sais à quel point j'ai horreur que tu parles de lui sur ce ton ! »
« Any... »
« C'est trop facile de me dire « Any » à tout bout champ pour se racheter. On avait un accord à ce sujet. »
Kaiba se passa une main fébrile dans les cheveux, à court de réponse et le regard fuyant. Cette attitude, il ne l'avait jamais eue avec lui, même quand ils s'engueulaient. En général, lors de leurs fréquentes disputes, Kaiba se défendait avec plus de véhémence, trouvant toujours quelque chose à lui rétorquer, mais ne baissant jamais sa garde comme il le faisait avec Anera. Cette différence énerva un peu plus le Pharaon qui serra les poings, sentant la jalousie revenir goutte par goutte dans ses veines.
« Je... Je ne sais pas ce qu'il m'a pris. J'ai perdu le contrôle. »
« Tu l'as remarqué, c'est déjà bien », lui répondit Anera sans quitter son ton brusque, continuant certainement à lui en tenir rancune. « Tu n'as pas l'impression que tu perds très souvent le contrôle ces temps-ci ? »
« Ne recommence pas, je t'en prie. »
« Je ne recommence rien du tout, je ne fais que constater l'évidence. Tu es seulement trop borné pour l'accepter. Sincèrement, ta vie prend un tour qui me déplaît et... »
Elle fut coupée soudainement par la sonnerie d'un portable qui se mit à chantonner joyeusement dans le couloir dont le silence n'était brisé que par la dispute des deux PDG. Anera plongea instinctivement sa main dans sa poche et en retira son téléphone, qu'elle ouvrit en s'excusant auprès de Kaiba.
« Allô ? »
L'attention que portait le jeune PDG à la Présidente d'Illusions Industries amplifiait de plus en plus la sournoise jalousie qui s'emparait progressivement de ses tripes. Lui qui était partit seul pour se calmer les nerfs, pour oublier ne serait-ce qu'un instant l'injure qui lui avait été faite à lui et à ses amis, ou pour au pire y repenser jusqu'à ce qu'il ait imaginé cent mille façons de tuer son ex amant dans les pires souffrances pour se soulager un peu la conscience et son pauvre organisme qui subissait les effets malencontreux de sa jalousie dévorante – qu'il n'avait, soit dit en passant, toujours pas admise –, il s'était finalement retrouvé à écouter une dispute entre les deux PDG qui semblaient si proches et à constater que son ex amant accordait manifestement plus d'attention et cédait plus facilement à cette fille lui ressemblant trait pour trait sortie de nulle part, deux enfants sur les bras et Isis à son service.
Atem se pinça l'arête du nez et s'adossa entièrement contre son pan de mur, quittant la scène des yeux pour préférer rechercher en lui un calme qui commençait cruellement à lui faire défaut. La colère lui nouait la gorge, des larmes de rage montaient laborieusement à ses yeux. Ses poings se serraient, ses mâchoires se contractaient et l'image souriante de l'Anera mère de deux enfants qu'ils avaient rencontrée en premier l'écœura. Elle cachait bien son jeu, cette garce...
« Maximilien est sortit du coma... »
Il sursauta et une telle nouvelle eut pour effet d'effacer toute image d'Anera et de lui faire oublier Kaiba et ses phrases blessantes, la dispute et la douloureuse constatation qu'une personne avait son ex amant à sa merci. Anera était profondément marquée par la surprise et ne semblait pas en revenir, alors que le visage de Kaiba s'assombrissait. Quelque chose souffla à Atem que ce n'était pas la nouvelle de Pegasus qui le rendait si sombre...
« Tu vas... »
Anera hocha la tête.
« Il faut que j'aille le voir. »
« Je viens avec toi. »
« Seto... »
Sa voix s'était faite plus douce, comme si la bonne nouvelle de savoir Pegasus de retour parmi eux avait effacé la rancune qu'elle semblait lui tenir depuis la fin de leur match. Doucement, elle prit la tête de Kaiba entre ses mains et le força à la regarder dans les yeux. A ce moment précis, le jeune PDG avait l'air miséreux d'un enfant qu'on allait séparer d'un être cher...
« Tu as une demi-finale à disputer demain, et je ne pense pas que la nouvelle te réjouisse réellement. Je vais là-bas pour voir le seul homme que tu n'as jamais su encadrer, je ne veux pas que tu perdes ton temps pour voir quelqu'un que tu n'aimes pas. Tu dois rester ici. »
« Tu es l'organisatrice de ce tournoi, tu ne peux pas partir. »
« Tessa s'en occupera très bien sans moi. Arrête de faire cette tête. Makuba est là, il me semble. Et ce n'est que pour quelques jours. Tu t'es passé de moi pendant un an et demi, quelques jours, ce ne sera pas grand chose. »
Il lui prit son poignet mais elle se dégagea doucement.
« Je t'appelle demain. »
Elle commençait à s'en aller quand il lui prit le bras et l'attira contre lui. Le cœur d'Atem se serra si brusquement que le Pharaon en eut un hoquet. Il y avait tant de tristesse sur le visage d'habitude si impassible de Kaiba, tant de tendresse dans le geste qu'il venait d'avoir... Tant de tendresse qui se dégageait de leur étreinte alors qu'Anera le serrait également dans ses bras. Il avait déjà eu une telle réaction avec lui, mais c'était il y a si longtemps...
Une larme glissa sur sa joue.
« Reviens vite. »
Il lui embrassa le front puis la laissa partir. Cataracte se détacha de l'ombre, là où Atem ne l'avait pas vu, et suivit sa cavalière qui termina par laisser seul Kaiba dans le couloir. Le jeune PDG ne bougeait pas. Atem, la rage au ventre, préféra s'enfuir.
Il n'y arrivait pas. Il n'y arriverait jamais. Il avait l'impression d'être dans une impasse. Quoiqu'il fasse, Kaiba continuait de le hanter, il ne le lâchait pas. En deux mois, Atem avait appris certes à ne plus le voir apparaître dans le couloir de son appartement et à ne pas le sentir se glisser dans les couvertures à côté de lui, mais il n'avait toujours pas appris à se passer de sa présence, de sa chaleur, de ses bras, des battements de son cœur, de sa respiration caressant sa nuque, de ses bras puissants et de ses doigts agiles. De sa voix chaude et grave, de son regard bleu et autoritaire de PDG de multinationale. Des traits sévères de son visage qui lui donnait plus que son âge, qui exprimaient son caractère propre à ne jamais se laisser faire.
C'avait été si facile avant. Il n'avait plus été contraint de le croiser sans cesse. Il n'avait plus été contraint de lui parler, d'avoir des relations avec lui, de croiser son regard. Il avait fui et avait réussi à remonter un peu la pente, même s'il continuait de souffrir de son absence. C'avait été moins dur et entre temps, il avait réussi à se forger toute une histoire autour de Kaiba pour se convaincre, même inconsciemment, qu'il n'avait pas eu tort et qu'il était mieux comme ça. Il s'était créé des raisons pour lesquelles il ne devait pas retourner dans les bras de Kaiba, il avait trouvé de quoi justifier son refus de répondre à son cœur et de suivre ce que lui disait cette pénible voix dans la tête lui assurant sans cesse qu'il devait écouter un peu plus son cœur que son orgueil de Pharaon, et qu'il devait faire quelque chose pour arrêter de se détruire ainsi. Maintenant, c'était différent.
Il pouvait le croiser à tout moment, il devait partager ses repas avec lui et il courait le risque de se retrouver face à lui en demi-finale. Son cœur saignait abondamment, et il avait cru que l'insulte de Kaiba à leur encontre avait été suffisante pour attiser la haine et le rejeter violemment. Il fallait croire que ce n'était pas suffisant. Certes, cela l'avait blessé, mais il devait admettre que malgré cela, il crevait de le voir avec cette fille. Cette relation si proche le rendait malade. Son cœur battait plus fort, cognait contre sa cage thoracique, ses tripes bouillonnaient, ses poings et sa mâchoire se serraient ; s'il le niait plus longtemps, il n'allait jamais tenir. Il était évident que Yûgi avait raison.
Il était jaloux. Follement jaloux.
Apprendre qu'il allait affronter Yûgi en demi-finale avait été bizarre, mais d'un côté, ça avait été un véritable soulagement. Ce n'était pas contre Kaiba qu'il allait se battre, et même s'il avait du mal à se convaincre que Maï vienne à bout de la puissance du jeu du PDG, il y avait un espoir qu'il ne se retrouve pas en finale : malgré tout ce qu'on peut bien raconter sur lui, Yûgi avait une puissance de jeu et un sens de la stratégie à ne surtout pas ignorer. Il était un adversaire de taille, et Atem était le mieux placé pour le savoir. Même si le combattre allait lui donner une étrange impression, au moins, ce ne serait pas le lendemain qu'il allait affronter, comme lorsqu'ils étaient encore ensemble, son ex amant. Et dans deux jours, il aura eu le temps de changer d'état d'esprit. Enfin… l'espérait-il.
Il avait réussit à penser quelques temps à autre chose pendant le dîner. Yûgi avait réussi à le tirer de ses pensées, lui avait parlé ; puis Tristan et Duke avait diverti l'assemblée, le tout saupoudré de conversations animées avec la présidente de la table, c'est-à-dire la vice-présidente d'Illusions Industries, toujours aussi fraîche et pleine d'énergie positive. Elle dégageait véritablement une force tranquille agréable. La seule différence qu'avait remarquée Atem durant le repas, fut l'absence étrange de Joey. Physiquement, il mangeait avec eux, mais il n'ouvrait la bouche que rarement, son regard était lointain et son sourire absent. Atem n'était pas le seul à l'avoir remarqué et malgré l'insistance de son inséparable meilleur ami et les questions incessantes de Téa sur son état d'esprit, Joey restait loin d'eux. Tessa plaisanta sur le sujet, insinuant que les duels de la journée avaient été particulièrement épuisants et que le climat de l'île n'était pas idéal pour un tel tournoi.
Kaiba n'avait pas participé à la conversation, contrairement à son jeune frère, alors que lui aussi n'était pas particulièrement bien vu par la bande, sauf par Atem et son double. Les autres nourrissaient encore et toujours une certaine méfiance et retenue vis-à-vis de lui, et le Pharaon le savait bien. Il l'encourageait pourtant à continuer d'essayer de démentir son nom de famille.
Son frère ne devait pas lui pourrir la vie.
Le vent balayait agréablement la cité animée sous ce soleil de plomb, le ciel dégagé de tout nuage. S'avançant vers la balustrade de pierre de l'immense balcon de sa chambre, il rattrapa une mèche blonde malmenée par le vent joueur et son regard violine couvrit les rues et ruelles poussiéreuses zigzagant entre les petites maisons humbles et blanches, sillonnées par les allées et venues des femmes et enfants faisant leurs courses, par les ouvriers vaquant à leurs occupations et différents monstres aidant les humains dans leurs démarches, les marchands hurlant à qui mieux mieux pour vanter la qualité de leurs produits. La rumeur enthousiaste des conversations allait bon train et montait jusqu'aux oreilles du souverain admirant, un sourire jouant sur ses lèvres, sa cité pleine de vie.
Cette journée s'annonçait aussi calme que la précédente, et toutes celles d'avant également. La paix régnait sur sa cité, et il n'en n'était pas peu fier. L'œuvre de son père était bien conservée.
Vers les portes de la cité se dirigeait une délégation de cavaliers et de divers monstres, s'apprêtant à quitter la cité avec, à sa tête, deux cavaliers dont l'un était vêtu d'une cape blanche et l'autre d'une cape rouge. Juste au-dessus d'eux planait le majestueux Dragon d'Or aux Yeux Noirs, allant à la même vitesse que les chevaux. Atem les regarda franchir le pas de la porte de la cité avant de se détourner de son balcon et de sortir de ses appartements.
Il n'y avait pratiquement rien à dire sur la vie de la cité, tout allait bien, ceux qui perturbait l'équilibre étaient appréhendés avec plus ou moins de facilité, jugés puis enfermés selon la peine qu'ils méritaient. Les lignes de défense étaient bien positionnées, aucune alerte n'était donnée ; il n'y avait vraiment rien à signaler. Après la réunion quotidienne du Roi avec sa Garde Royale chargée de faire régner l'ordre et sa protection, amputée seulement d'un membre partit la veille pour voir les troupes sur les lignes de défense, Atem se rendit dans les immenses jardins de son Palais et y retrouva son amie d'enfance qui lui sauta au cou.
« Comment vas-tu aujourd'hui ? », demanda le Pharaon en déposant son amie sur le sol.
Mana sauta sur le bord surélevé du petit cours d'eau décoratif et y sautilla à la vitesse de son Roi, qui lui préférait une marche tranquille sur le couloir de pavé.
« Je m'ennuie un peu depuis que Maître Mahad est parti », confia la jeune sorcière sur un ton triste. « Tu n'es pas très disponible depuis que tu es Roi, toi non plus. »
« Tu devrais y être habituée, depuis deux ans », sourit Atem.
« Mais c'est dur ! », s'écria-t-elle se tournant vers lui, les yeux brillants. « C'est plus comme avant, tu as tout plein de responsabilités ! »
« Il me semble que nous avons déjà eu une telle conversation… Pourquoi ne pas tout simplement profiter de ma présence, toi qui te plains que nous ne nous voyions plus ? »
Mana regarda avec de grands yeux étonnés le Pharaon sans savoir quoi dire, s'étant certainement attendue à pouvoir continuer de se plaindre de l'injustice de la vie avec son meilleur ami. Ce simple regard eu l'effet de faire rire le Roi.
« Maieuh… », bouda la jeune sorcière.
« Ne fais pas cette tête, Mana, et allons nous promener à cheval. »
« Tous seuls ? La Reine ne va pas être contente ! »
Mana semblait paniquée à l'idée que la Reine apprenne leur escapade solitaire, comme si un lourd châtiment l'attendait.
« Ne t'inquiètes pas, elle a beau avoir un tempérament autoritaire, elle serait incapable de te punir pour si peu, elle te connaît un minimum. Et puis, ce que la Reine ignore ne peut pas lui faire de mal. Allez, viens. »
Mana sembla hésiter encore un peu, puis finalement elle se laissa tenter par la main tendue du Pharaon et la lui saisit, le suivant vers les écuries où il fut demandé que le cheval du Roi soit sobrement préparer. L'on s'exécuta à une vitesse étonnante, et une fois l'animal prêt, le Pharaon grimpa sur son dos et aida Mana à s'installer derrière, quittant l'écurie royale tranquillement.
Ils traversèrent la cité au pas, salués de toute part par la petite gens qui le regardait passer avec beaucoup de respect et d'admiration. Il était évident que le Roi était apprécié dans sa cité et même s'il ignorait s'il en allait de même dans son Royaume entier, Atem se sentait bien. Il plaisanta beaucoup avec Mana, acheta quelques fruits et ils quittèrent l'enceinte de la cité, seuls, avant que le Magicien et la Magicienne des Ténèbres ne vinrent les rejoindre.
« Pas un mot à Son Altesse ni à ses protecteurs, d'accord ? », dit le Pharaon lorsque sa créature se fut inclinée devant lui, ainsi que la créature de Mana.
Le Magicien hocha la tête alors que son homonyme féminin l'imitait de manière plus vigoureuse et souriante.
S'ils n'avaient pas eu la faculté de voler, ils auraient été bien embêtés pour suivre la galopade effrénée à laquelle ses cavaliers contraignaient le cheval. Cela sans lui déplaire : l'animal allongeait volontiers ses foulées, le nez au vent tant les rênes que tenait le Pharaon était lâches. Ils parcoururent un bout de chemin indéterminable en longueur, mais Mana s'en donnait à cœur joie. Le sourire aux lèvres, Atem laissait libre cours aux envies de sa monture qui ne semblait vouloir qu'une chose, aller encore plus loin encore plus vite.
Il fallait pourtant qu'ils s'arrêtent un jour. Reprenant doucement les rênes, il intima à sa monture de ralentir l'allure jusqu'à repasser au pas. Soufflant comme un bœuf, l'animal obéit et ils regardèrent aux alentours. Il n'y avait que le désert et quelques maisons isolées où s'activaient calmement les paysans. Lorsqu'ils les apercevaient, ils s'inclinaient respectueusement avant de reprendre leur tâche comme si leur Roi n'était plus dans les parages.
« Eh, ce ne serait pas dans cette maison que la Reine a été retrouvée ? », demanda soudainement Mana en indiquant du doigt une maison apparemment inhabitée.
Atem arrêta son cheval et regarda la petite bâtisse.
« Si. »
S'il avait voulu en dire davantage, il n'en aurait pas eu l'occasion. La porte de cette maisonnée apparemment vide s'ouvrit pour laisser passer une jeune fille aux yeux bleus et aux cheveux blancs familière au Roi, mais ce fut surtout la seconde silhouette qui sortit à l'air libre qui lui fit l'effet de prendre une douche d'eau glacée. Vêtu de son habituelle tenue de Prêtre de la Garde Royale, Seto sortait également de la maisonnée, et ce n'est qu'à cet instant que le Pharaon remarqua la monture alezane de son subordonné, attendant sur le côté. La jeune fille semblait particulièrement heureuse d'être en la compagnie du Prêtre, apparemment aussi heureux qu'elle, à en juger par le léger sourire qui étirait ses lèvres. Ils étaient plus calmes que le couple que le Roi formait avec Mana.
Pendant quelques secondes furtives, ils furent recouvert de l'imposante ombre d'un Dragon Blanc aux Yeux Bleus qui vint se poser non loin du cheval qui, apparemment habitué, ne fit que jeter un regard ennuyé à la magnifique et fière créature avant de repartir dans sa contemplation passive du lointain. La jeune fille entoura l'imposante tête de la créature de ses bras et Seto ne fit que poser une main amicale sur son chanfrein, avant qu'il ne monte sur le cheval et n'aide son amie à faire de même. Atem empêcha Mana de les interpeller et les regarda partir au grand galop. Subitement refroidi, le Pharaon laissa passer quelques instants, le temps que le Dragon Blanc aux Yeux Bleus disparaisse, avant de revenir vers la cité sans un mot. Mana, malgré sa persistante inquiétude, ne pu rien lui tirer, et elle fut laissée en plan par le Roi une fois rentrés au Palais, avec juste la promesse qu'il passerait la voir un peu plus tard ou au pire le lendemain. Elle se retrouva seule pour tout le reste de la journée, sans savoir quand revenait son maître ni même ce qui arrivait au Pharaon pour qu'il fasse une tête d'enterrement pareille.
« Mon Pharaon. »
La silhouette longiligne posa un genou à terre puis se releva, sous le regard noir de son souverain.
« Son Altesse est-elle parmi nous ? »
« Je crains que la réponse ne soit négative », répliqua froidement Atem de son trône surplombant légèrement le Prêtre qui lui faisait face dans la Salle du Trône. « Elle est partie il y a deux jours, il me semble pourtant que toute la Garde Royale en avait été informée. »
« Certes, mais il se peut que son retour ne nous ait pas été communiqué. »
Atem le fusilla du regard et se leva.
« Si tu veux lui transmettre un message, son faucon est ici et il ne repartira que ce soir. Je vais me retirer dans mes appartements, je suis fatigué. Que l'on vienne me chercher en cas de problèmes. »
« Oui, Votre Majesté », répondit Shimmon, le vieil intendant.
Le Roi descendit de son estrade et quitta sans un regard en arrière la Salle du Trône.
« Je suis désolé, Sa Majesté ne veut voir personne à l'exception de la Reine si elle rentre dans la journée. »
« J'ai une importante information à transmettre en propre au Roi », répondit la voix dure et implacable du Prêtre Seto.
Atem soupira et se tourna sur le côté, tournant le dos à la porte d'entrée de sa chambre, confiant quant aux compétences des gardes pour garder le Prêtre de sa Garde Royale dehors. Même s'il savait que Seto n'était pas du genre à se laisser faire, ses gardes non plus.
Pourtant, la porte s'ouvrit. D'abord, il cru que c'était un garde pour lui demander s'il voulait recevoir le Prêtre, mais comme personne ne lui parlait, il se retourna pour voir qui avait ouvert sa porte. Il sursauta violemment en constatant que Seto était entré et qu'il était relativement proche de lui…
« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? », demanda le Prêtre d'un ton dur.
Il n'avait apparemment pas tellement apprécié la façon dont l'avait traité son Roi une heure auparavant. Atem se redressa subitement et recula au fond de son lit non sans lui lancer un regard noir.
« Qui t'as permis d'entrer ? »
« Tes gardes ne sont pas très solides. »
« Tu les as assommés ? »
« C'était le seul moyen dont je disposais pour te voir. »
« Si je n'avais pas envie de te voir, c'est bien qu'il y a une raison, tu ne penses pas ? »
« Dans ce cas, je voudrais savoir ce que je t'ai fait. »
« Pourquoi tu es retourné là-bas avec elle ? »
Seto sembla pris de court, à en juger par l'expression surprise de son visage. Atem interpréta ça comme un aveu et il se leva furieusement de son lit.
« Je vois. Et je dois encore te faire confiance ? »
« Quoi ? Atem, que vas-tu t'imaginer ? »
« Je ne m'imagine rien. Je vois simplement que j'avais raison. »
« Arrête, tu n'y es pas du tout ! »
« Alors explique-moi ce que tu faisais là-bas ! Et avec elle ! »
« Tu ne crois pas que tu exagères un peu trop les choses ? Il me semble que j'ai encore le droit de voir Kisara en toute amitié, et d'aller où je veux aller en sa compagnie ! Elle m'a demandé de retourner là-bas, c'est quand même dans cette maison qu'elle a grandit et qu'elle a vécu pendant des années, je ne lui ai pas refusé ce service. Nous n'avons que parler et je te répète une fois de plus que Kisara n'est qu'une amie ! »
« Bien proche, comme amie », grogna le Pharaon en se détournant de lui.
« Que devrais-je dire à propos de Mana, si j'étais aussi jaloux que toi… »
« Jaloux ? », s'exclama Atem en se tournant brusquement vers lui, les poings serrés.
« Mais regarde-toi ! Tu vas t'imaginer toutes sortes de choses alors que Kisara et moi n'avons que des rapports amicaux, certes proches mais qui restent de l'ordre de l'amitié, comme toi avec Mana, alors je t'en prie, arrête un peu ! »
Le Pharaon ne lui répondit rien mais son attitude laissait à penser que ça le contrariait de n'avoir rien à répliquer. Il fit quelques pas énervés dans la chambre, fuyant le contact visuel, alors que Seto se pinçait l'arête du nez en soupirant.
« S'il te plaît, arrête. Je n'aime pas te voir énervé de la sorte. »
« Tu ne comprend pas, Seto. Je suis énervé… pourquoi tu ne me le dis jamais ? »
« Quoi ? »
Atem s'arrêta et fit face au Prêtre désarçonné.
« Tu ne me le dis jamais. »
« Atem… »
« Pourquoi ? »
« Tu ne vas t'attacher à de simples mots ! »
« Les mots en disent pourtant long sur l'état d'esprit d'une personne. »
« Un Pharaon ne devrait pas tenir de tels propos. »
« Ce n'est pas en temps que Pharaon que je te parle, Seto. Toi-même, tu as été le premier à faire la différence entre le souverain et l'homme. »
« Je… »
Atem secoua la tête et se détourna de lui, quelque part blessé. Il voulu rejoindre son balcon, mais une pression sur son bras le retint. En se retournant, il rencontra le regard d'un bleu sombre désolé.
« Excuse-moi », murmura Seto en prenant doucement le Pharaon dans ses bras, assez lentement pour qu'il puisse se dérober s'il le désirait. « Tu sais très bien que je ne pourrais jamais toucher quelqu'un d'autre que toi et en ce qui concerne Kisara, je serais tout à fait incapable d'avoir une relation plus poussée avec elle. Elle est comme ma sœur, je pensais que tu le savais… »
Il s'arrêta. Atem s'était laissé prendre dans ses bras, mais il restait ainsi, il ne bougeait pas, il ne retournait pas de geste envers lui. Seto sentit sa gorge se nouer. Bien qu'il le pensait, le dire était nettement plus dur. Foutue fierté familiale.
« Je t'aime, mon Roi. »
Toujours aucune réaction. Atem avait-il fini par vraiment se laisser submerger par la jalousie facile à provoquer chez lui ? Seto attendait toujours avec appréhension, mais rien ne venait, le Roi en question ne bougeait pas… Il allait pour le relâcher quand les bras du jeune Roi entourèrent sa taille et il sentit son menton se loger dans le creux de son épaule.
« Je me contenterais de cela, Maître Seto. »
Il ouvrit brusquement les yeux. Son cœur battait vite, mais il n'était pas en sueur. Ce n'était pas un cauchemar, et il ne s'était pas réveillé en sursaut. Ce n'était pas un cauchemar. C'était… la réalité.
Doucement, il s'assit dans son lit en prenant soin de ne pas trop bouger les draps pour ne pas réveiller son jeune double qui dormait à poings fermés juste à ses côtés. Tout était silencieux, il n'y avait pas un bruit et seule la clarté pâle de la lune était source de lumière dans leur immense chambre plongée dans la pénombre. Il ne savait pas quelle heure il était. Certainement très tôt dans la matinée, son rêve lui semblait avoir duré une éternité. Son rêve où il était Pharaon.
Un Pharaon amoureux d'un Prête semblant aussi épris de lui qu'il ne l'était. Un Pharaon jaloux parce qu'il était amoureux. Un Prêtre désolé… parce qu'il était amoureux. Le Prêtre avait baissé sa garde comme le contemporain Seto le faisait avec Anera. Atem se passa une main sur le visage.
Etait-ce réellement une vision de son passé ? Etait-ce la réalité, est-ce que ça s'était vraiment passé il y a cinq milles ans ? Ce n'était qu'un rêve, après tout. Son imagination pouvait très bien lui jouer des tours… Que croire ? Prendre le partie de croire que c'était la réalité ou faire comme si ce n'était rien d'autre qu'une illusion ? Atem fixa un point dans le vague, troublé par ce qu'il avait vu. Il avait réellement eu l'impression d'y être. Presque ressentait-il encore la chaleur dégagée par le Prêtre, cette chaleur si semblable à celle de son ex amant… Le Pharaon frissonna.
Quelque chose bougea dans la chambre, sortant brutalement le Pharaon de ses réflexions, effaçant subitement les images tournoyantes dans lesquelles il se voyait dans les bras du Prêtre ou à cheval avec Mana. Une étrange jeune fille, d'ailleurs… comme cette autre fille, Kisara… Les sens aux aguets, il écouta le silence de la chambre et un léger bruit parvint à ses oreilles.
« Qui est là ? », demanda-t-il.
Un simple réflexe. Qui serait assez stupide pour répondre à cette question alors qu'il s'était escrimé à entrer en toute discrétion ? Comme il s'y était attendu, personne ne lui répondit, et plus aucun bruit ne se fit entendre.
Une ombre glissa silencieusement dans les couloirs, contourna en ralentissant l'allure la statue royale du Dragon d'Argent aux Yeux Etincelants, ses yeux sombres le scrutant avec attention, puis quitta l'enceinte du Château aux Dragons avec la présence d'un fantôme.
Une ombre le survola quelques secondes avant que la Lune ne vienne à nouveau le recouvrir de sa bienveillante clarté. Sans un mot, sans même faire un seul mouvement, il observa l'immense créature se poser silencieusement à ses côtés et replier ses ailes le long de son corps éclatant aux muscles puissants. Ses griffes fermement ancrées dans le sol de la petite clairière, le dragon leva ses yeux bleus vers l'astre de la nuit.
Ils restèrent silencieux durant encore une bonne dizaine de minutes, immobiles, les yeux tournés vers le ciel, comme s'ils attendaient que quelque chose en tombe. Les étoiles, pourtant, restèrent à leur place, et la Lune ne leur adressa aucun signe particulier. Comme à son habitude, la cour céleste nocturne brillait de milles éclats dans un ciel sombre dégagé de tout nuage ; il n'y avait rien d'inhabituel, et pourtant, ils gardaient obstinément le nez en l'air dans l'attente de quelque chose qui tardait. Finalement, les brousses derrière eux remuèrent et la Magicienne des Ténèbres entra dans la clairière.
« Alors ? », demanda-t-elle d'une voix teintée d'inquiétude.
« Il n'y a rien de changé », soupira le Magicien des Ténèbres en retournant son regard vers la voûte céleste. « Et pour ne rien arranger, le Roi a rêvé de son passé. »
« Comment ? », s'exclama le Dragon Blanc aux Yeux Bleus en baissant son regard sur le petit être comparé à lui.
« Une altercation entre lui et le Prêtre, simplement, mais tu n'es plus une inconnue pour lui, Mana, ni toi, Kisara. »
« Nous étions dans sa vision ? », interrogea la Magicienne des Ténèbres en penchant la tête sur le côté.
Le Magicien hocha la tête.
« Il ne m'a pas vu, mais il a été fait mention de mon existence. A présent, s'il croit que ce rêve était véritablement une scène vécue il y a cinq milles ans, alors il saura que tu es sa meilleure amie, Mana, et que toi, Kisara, tu es considérée comme une sœur par le Prêtre Seto. »
« Mais… quelle est la scène précise qu'il a revécu ? », demanda le Dragon en s'allongeant sur le sol et en posant sa lourde tête pour être un peu plus à la hauteur des deux magiciens.
La Magicienne en profita pour sauter sur le cou du Dragon, juste sur sa nuque, posant ses coudes sur le crâne de la créature.
« Une scène de jalousie. Il t'a vue en compagnie de Seto sortir de la maison de ton enfance, là où tu habitais avant de venir vivre au Palais, alors qu'il se baladait à cheval avec Mana. Il est retourné au Palais et a refusé que l'on vienne le déranger dans ses appartements, ce que Seto n'a pas fait et après s'être disputés, ils ont finis par se réconcilier. »
« Comme d'habitude », commenta la Magicienne en haussant les épaules.
« J'aurais aimé que ce soit pareil aujourd'hui », répliqua d'un ton réprobateur le Magicien en croisant les bras sur sa poitrine.
« Eh, on se calme, ce n'est pas le moment de commencer une de vos querelles, aussi gentilles soient-elles », intervint le Dragon en redressant légèrement la tête pour empêcher la Magicienne, perchée sur sa nuque, de répondre à son Maître. « Dis-nous plutôt comment se sent le Pharaon, Mahad. »
« Mal, comme tu dois t'en douter… », répondit le Magicien en changeant radicalement de ton. « Il était stable lorsqu'il vivait seul et tant qu'on ne lui parlait pas de sa relation passée avec Kaiba, mais maintenant qu'ils ne sont qu'à quelques mètres l'un de l'autre… »
« Et que Kaiba soit aussi proche d'Anera n'arrange pas les choses », compléta la Magicienne d'un ton pensif, approuvée d'un hochement de tête par le Magicien.
« Il croit qu'ils sont ensembles et la déteste pour être aussi proche de lui. »
« Il est jaloux », nota le Dragon.
« Oui… comme par le passé. »
« Pourtant, la cible de sa jalousie à changé. »
« De nature, le Roi est jaloux, et même avec cinq milles ans de plus il ne changera pas. Mais c'est vrai que j'aurais préféré que sa jalousie maladive se dirige plus vers toi, Kisara, sans vouloir t'offenser. »
« Tu ne m'offenses pas, Mahad », répondit le Dragon en redressant le cou, la Magicienne bien accrochée. « Je préfèrerais aussi en faire les frais, malheureusement je n'en suis pas capable. J'ai peur de la tournure que peuvent prendre les choses. »
« Je ne te cache pas que je suis aussi inquiet que toi. Tu as des nouvelles concernant Kaiba ? »
Le profond soupir que poussa la créature éclatante fit plier la cime des arbres environnant la clairière.
« J'ai vu Seto et il m'a confié qu'il avait perdu toute envie de faire quoi que ce soit… Son cœur est lourd et il le sait entouré d'une haute et solide muraille construite avec une attention toute particulière. S'il n'avait pas eu sa sensibilité de créature, il ne m'aurait rien dit, il m'aurait envoyée balader avec sa douceur caractéristique. Il souffre de cette absence créée par le Pharaon dans le cœur de Kaiba. Il n'a plus envie de se lever, il n'a plus envie de voler, il n'a même plus envie de se battre. »
« Qu'en dit sa famille ? »
« La seule chose qui peut lui redonner l'envie de vivre est de rendre ce qui manque à Kaiba… »
« Mais tu connais aussi bien que moi son caractère. Seto était comme lui, et si lui a tiré des leçons de ses erreurs, Kaiba n'en est malheureusement pas encore à ce point là, et je doute qu'il le soit de sitôt… »
Le silence tomba comme une pierre sur les trois créatures pensives. Finalement, le Magicien s'approcha du Dragon et grimpa sur son dos, juste à la base du cou de la créature. La Magicienne glissa le long du cou et vint se loger entre les bras protecteurs de son Maître alors que le Dragon se levait.
« Nous n'avons pas le choix », dit-elle en déployant ses ailes. « Pour le moment, c'est aux humains d'agir, et peut-être qu'on aura à notre tour un rôle à jouer. »
« Atem ? »
Le Pharaon sursauta légèrement et baissa le regard sur la forme qui se dessinait sous les couvertures à ses côtés. Les grands yeux embués de sommeil de son jeune double le fixaient comme s'ils s'assuraient qu'ils ne rêvaient pas, que le Pharaon était bien assis contre le montant du lit, les yeux grands ouverts, le visage fermé et apparemment réveillé depuis un bout de temps. Quand apparemment l'information fut suffisamment fiable, Yûgi se redressa péniblement et se frotta les yeux.
« Rendors-toi, Yûgi, tu as besoin de te reposer », dit doucement Atem en attrapant une mèche blonde de son jumeau, jouant légèrement avec, comme il en avait l'habitude à chaque fois qu'il se réveillait en pleine nuit.
« Qu'est-ce que tu as ? », demanda d'une voix pâteuse le jeune garçon sans prendre en compte le conseil – ou plutôt l'ordre, venant d'un papa poule comme lui… – du Pharaon. « Pourquoi tu ne dors pas ? »
« Je n'ai plus sommeil. »
« Pourquoi ? »
« Rendors-toi, Yûgi. »
« Non. »
Le Pharaon fut étonné de la façon dont son double posa cette négation qui signifiait sans détour sa volonté d'en savoir plus. Le jeune garçon s'assit à son tour dans le lit, en tailleur, face à l'ancien Roi, se frottant encore les yeux dans l'espoir d'en faire partir tout ce qui rendait sa vision désagréablement floue. Pour autant, il semblait avoir les idées particulièrement claires.
« Tu ne dis plus rien, tu te renfermes sur toi-même et quand ça ne va pas, c'est nous qui en faisons les frais sans savoir quoi faire pour te rendre le sourire. Tu ne parles plus de tes humeurs, et nous sommes obligés de les subir en silence. Je suis conscient que ce ne doit pas être simple ce que tu vis, mais ce n'est pas une raison pour nous envoyer balader parce que tu es de mauvaise humeur. Je n'aime pas te voir dans des états pareils et mon seul souci est de t'aider à t'en sortir, mais je ne peux pas y arriver seul, alors s'il te plaît, dis-moi ce qui te tracasse pour que tu sois réveillé à une heure pareille. »
Ca avait le mérite d'être clair. Atem ignorait si son double avait conscience qu'il le dévisageait, surpris par le ton qu'il venait d'employer pour lui intimer de lui en dire davantage, mais il savait que Yûgi attendait une réponse. Malgré tout cela, il continuait d'hésiter entre lui confier son étrange rêve et en débattre avec lui ou attendre qu'il se rendorme, abattu par son sommeil. Quoiqu'avec les efforts qu'il mettait en œuvre pour se réveiller, c'était mal parti…
Atem détourna le regard et observa un instant ce qui semblait être la vague silhouette de ses chaussures posées non loin du lit, cherchant rapidement une solution à son problème. Il ne savait pas s'il devait garder tout cela pour lui ou lui en parler ; il hésitait encore, mais étrangement, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il hésitait entre tout lui dire ou rester silencieux. Ca n'avait aucun sens. Yûgi était la personne en qui il avait le plus confiance, la seule personne dont il savait qu'il ne pourrait pas se passer. Il avait toujours été là pour lui ; le jour et les semaines qui suivirent sa rupture, il avait pratiquement tout laissé tomber pour rester à ses côtés et si Atem ne lui avait pas dit d'aller en cours et de continuer à travailler, il aurait volontiers tout plaqué pour rester. Yûgi était ce qu'il avait de plus cher, son meilleur ami, son frère jumeau.
Finalement, la question ne se posait plus. Atem lui raconta en détail son rêve.
« Tu penses que c'est une vision de la réalité ? », demanda son double une fois qu'il eut terminé son récit.
« Je ne sais pas. Je serais tenté de le croire, mais alors cela signifierait que lorsque j'étais Roi, j'étais également avec Seto ? Tout cela ne serait qu'une vulgaire répétition du passé ? »
« C'est possible, tu sais. Ton esprit est vieux de cinq milles ans et ce n'est pas en restant enfermé pendant autant d'année dans un Puzzle que tu peux changer de mœurs, donc je suppose que tu aimais déjà les hommes il y a cinq milles ans. »
« Et je serais marié ? Il a été fait mention plusieurs fois de la Reine dans mon rêve, et apparemment nous avions d'excellents rapports… »
« Qu'est-ce qui te fais dire que vous aviez d'excellents rapports ? »
Atem haussa les épaules.
« C'est un peu ce que j'ai ressenti lorsqu'on en parlait, et puis lorsque je suis sorti sur mon cheval, Mana était réticente à l'idée de ce que la Reine serait capable de faire si jamais je sortais de l'enceinte du Palais, et si jamais je n'avais pas eu de bons rapports avec elle, je ne me serais pas amusé de la peur de Mana parce que la Reine punissait quiconque me faisait sortir de l'enceinte du Palais, ce qui signifierait par conséquent qu'elle me garde prisonnier du Palais, ce que je n'aurais pu tolérer en temps que Roi… Non je crois avoir eu de bons rapports avec la Reine. Donc… je serais marié et en même temps avec un homme ? »
« Les mœurs d'il y a cinq milles ans sont sensiblement différentes de celles d'aujourd'hui, et un Royaume doit avoir un Roi et une Reine. Tu peux être marié et avoir une maîtresse, en l'occurrence un amant, puisque ce sont pour la plupart des mariages arrangés. Ce n'est pas tant ça qui me dérange. »
« Et qu'est-ce qui te dérange ? »
« Je ne sais pas trop… Cette relation entre ce Seto et toi. Ca sonne trop comme aujourd'hui. En même temps… Si Kaiba est bien le descendant de Seto, ça ne m'étonne pas tant que ça que tu sois tombé amoureux de lui. »
Un silence s'installa entre les deux jumeaux et les méninges d'Atem fonctionnaient à plein régime. Il avait souvenir de quelqu'un qui lui avait parlé d'erreurs à ne pas commettre qui étaient en relation avec son passé… Il se rappela subitement où il avait déjà entendu ça.
« Je crois vraiment que c'est une répétition du passé », déclara-t-il.
« Hein ? »
Yûgi semblait s'être légèrement rendormi.
« Bon, ça va te paraître bizarre mais j'ai toujours eu une voix qui me parlait, au fond de ma tête, une voix féminine qui est étrangement semblable à celle d'Anera… »
« Tu as la voix d'Anera dans ta tête ? »
« Il faut croire… Quoiqu'il en soit, elle m'a affirmé que mon passé de Pharaon me rattrapait et quand je lui ais demandé de me le raconter, elle m'a répondu qu'il ne fallait pas que je fasse les mêmes erreurs que dans le passé, ou un truc du genre… »
« Attends, tu as la voix d'Anera dans la tête et elle t'affirme qu'elle connaît ton passé ? »
Atem hocha la tête, apparemment insensible à la stupéfaction de son double, perdu dans ses pensées. La solution était donc peut-être dans son passé… En le découvrant, il allait peut-être en savoir plus, si réellement ce n'était qu'une répétition… il allait trouver ce qu'il s'était passé et tout faire pour l'éviter et ainsi oublier Kaiba et redevenir aussi libre qu'il ne l'était avant…
« Mais comment c'est possible ? »
Tellement enthousiaste d'avoir trouvé une telle voie qui pourrait le mener à la délivrance, même si elle était infime, Atem n'entendit pas la question de son double. Il fallu que celui-ci le secoue pour le faire revenir à la réalité.
« Je n'en ai aucune idée, mais elle persiste depuis longtemps dans ma tête. Elle n'était pas aussi présente avant quelques temps, mais elle est là… »
« C'est pour ça que tu insistais, hier, en disant qu'elle mentait… »
Atem hocha la tête, pensif.
« Tu es sûr que ce soit vraiment sa voix ? »
« Quand elle a parlé pour la première fois, ça m'a fait bizarre, et puis je l'ai entendu, tout à l'heure, dans ma tête, et tout de suite après, j'ai vraiment entendu Anera s'engueuler avec Kaiba. »
« S'engueuler avec Kaiba ? »
« Oui… »
En y repensant, les entrailles d'Atem se nouèrent et la colère revint progressivement couler dans ses veines. Il respira un grand coup en revoyant l'expression de Kaiba lorsqu'il apprit qu'Anera allait partir…
« D'ailleurs, elle est partie », déclara-t-il pour changer de sujet.
« Ah ? Pourquoi ? »
« On l'a appelée pour l'informer du réveil de Pegasus. »
« C'est vrai ? Pegasus est sortit du coma ? »
Atem ignorait si Yûgi se réjouissait de cette nouvelle ou s'il était choqué, mais il était clair que c'était un soulagement pour lui de savoir qu'il allait finalement bien, qu'il n'allait pas mourir. Au fond, le Pharaon le comprenait, il s'était toujours sentit coupable de l'état de Pegasus après le Royaume des Duellistes sans savoir ce qu'il s'était réellement passé pour qu'il tombe dans le coma. Lui-même, Atem, ne savait pas ce qu'il s'était passé en réalité. Ce n'était pas une si mauvaise chose qu'il soit réveillé, et n'étant plus PDG d'Illusions Industries, il ne devait pas avoir les moyens de recommencer ce qu'il avait entrepris autrefois pour s'emparer du Puzzle du Millénium.
Atem espérait simplement que sa fille adoptive ne lui accorde pas les moyens de le faire.
Comme il l'avait imaginé, se retrouver face au Pharaon pour un duel était éminemment bizarre, mais il n'avait pas prévu que ce soit aussi jouissif. C'était bien simple : Yûgi s'amusait comme un petit fou à combattre celui qui avait longtemps été son coéquipier. Il connaissait son jeu aussi bien qu'Atem connaissait le sien ; ce qui constituait les surprises était la manière dont ils combinaient leurs différentes cartes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ils épuisaient leurs points de vie à la même vitesse et retombaient immanquablement, à la fin de chaque tour, au même nombre de point de vie. Leurs monstres s'affrontaient, leurs cartes magiques défilaient et leurs cartes pièges valsaient, mais rien n'y faisait ; ils s'approchaient inexorablement d'un match nul.
« Se pourrait-il réellement qu'Anera ait raison ? », s'écria Yûgi à l'adresse de son double.
Le concerné haussa les épaules en souriant.
« Il faut bien un vainqueur, pourtant. »
Leur duel avait commencé il y avait de cela une heure trois quarts et bientôt, le délai accordé allait se terminer. Pour les demi-finales, le délai avait été allongé à deux heures ; ils avaient commencé à neuf heures, il allait bientôt être onze heures et à la vitesse à laquelle s'écoulaient leurs points de vie, ils allaient dépasser le temps imparti. Yûgi ignorait encore qui allait être désigné comme vainqueur si jamais ils dépassaient le temps imparti et, à vrai dire, il s'en fichait un peu. Tout ce qui lui importait pour le moment était qu'il se battait contre le Pharaon, plus que son ami, et qu'il s'éclatait. C'était un pur bonheur.
« Le temps imparti est écoulé ! », s'écria finalement Tessa en s'approchant de l'arène. « Selon le règlement fixé à l'occasion de ce tournoi, le vainqueur est celui qui recevait l'attaque d'un monstre ou subissait une carte magique ou piège au moment où le temps se terminait ! Par conséquent, le vainqueur de cette demi-finale est Atem Mûto ! »
Yûgi adressa un grand sourire à son double, mais celui-ci ne semblait pas particulièrement ravi d'une victoire qu'au fond il n'avait pas remportée. Il souriait alors qu'on l'applaudissait et que Duke et Tristan le félicitaient à grand renfort de cri, pourtant son sourire sonnait faux. Ses yeux trahissaient quelque chose que Yûgi se surprit à ne pas savoir déchiffrer alors qu'il lui semblait connaître la raison pour laquelle Atem ne se réjouissait pas autant qu'il le devrait de sa victoire : maintenant qu'il avait remporté ce duel, il allait en finale ; une finale dans laquelle il avait de grandes chances d'y retrouver Kaiba. Il était peu probable, très peu probable, que Maï remporte son duel contre lui… Jusqu'ici, Atem avait été le seul à vaincre Kaiba, personne n'y était arrivé, et ce ne serait pas maintenant que ça changerait. Même si Maï y mettait tout son cœur, toute son âme, toute son énergie.
Atem lui lança un regard significatif et s'éloigna. Recevant le message comme s'il lui avait été dit de manière claire, Yûgi hocha la tête et s'occupa de retenir toute sa bande d'amis qui aurait voulu le suivre ; ils lui demandèrent pourquoi il les empêchait de le rejoindre, et Yûgi ne su leur dire autre chose que « il a besoin d'être seul ». Sûrement voulait-il encore réfléchir à son étrange rêve ou, pour une fois, écouter « la voix d'Anera »… Il semblait déjà plus calme que lorsqu'il était parti de leur chambre la veille, pour devenir le spectateur involontaire d'une dispute entre les deux PDG.
Pour une fois, Atem fut heureux d'être dans un endroit doté d'innombrables couloirs. Loin des exclamations et du brouhaha de ses amis qui, même s'il les adorait, étaient lourds quand ils le félicitaient d'une de ses victoires. D'autant plus que celle-ci, il ne l'avait pas tout à fait obtenue. Elle lui avait été accordée par défaut parce que le temps imparti était écoulé.
A croire qu'Anera avait prévu qu'il se retrouve face à Yûgi et que, du coup, cela fasse comme lorsqu'elle avait été opposée à Kaiba, à la différence qu'ils avaient fait un match nul. Quoique, Atem était persuadé que s'ils avaient continué, eux aussi auraient eu droit à un match nul…
« Tu le savais, n'est-ce pas ? »
Quoi donc ?
« Que nous n'allions pas nous départager. »
Pour qui me prends-tu, Atem ? Je ne comprends pas pourquoi tu me pose une telle question.
« Tu es la voix d'Anera. »
Ca ne veut pas dire que je suis Anera.
« Tu l'admets ? »
Quoi donc ?
« Que tu es la voix d'Anera. »
A quoi cela t'avancerais-t-il, si jamais cela s'avère être vrai ?
Atem soupira. Au fond, c'était vrai que ça ne lui servirait à rien de savoir que cette voix insistante était celle d'Anera. Après tout, Anera ne pouvait pas être dans sa tête… Dans ce cas, comment cette voix pourrait-elle affirmer qu'elle connaît son passé de Pharaon si derrière il n'y avait pas quelqu'un pour le savoir ? La voix de la conscience, c'était une petite voix agaçante qui veut toujours avoir raison mais qui réagit en fonction des choix que fait son propriétaire, elle ne peut pas savoir quelque chose que celui qui l'entend ne sait pas…
C'était à en devenir fou.
« Mais bon sang, tu peux m'expliquer une bonne fois pour toute qui tu es ? »
« J'ignorais que tu parlais tout seul. »
Atem sursauta violemment et se retourna vivement, le cœur cognant fortement contre sa poitrine. Non seulement il n'avait entendu arriver personne, mais en plus il ne s'était vraiment pas attendu à entendre cette voix s'adresser à lui. Pas qu'il croyait que plus jamais il ne lui adresserait la parole, mais c'était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait…
Pris au dépourvu, Atem ne su que répondre. Ce n'était pas comme si Kaiba attendait une réponse, non plus. Apparemment, il n'était que de passage dans ce couloir où s'était arrêté Atem, en pleine réflexion sur l'origine troublante de cette voix dans sa tête. Mais bon sang, pourquoi fallait-il que des innombrables couloirs de ce château, Kaiba ait choisi celui-ci pour passer ?
Le jeune PDG allait pour passer à côté de lui sans s'occuper davantage de son cas que la main d'Atem lui attrapa le poignet. Etonné, Seto s'arrêta et interrogea du regard son ex amant, mais celui-ci demeurait le regard fixé devant lui. Il ne semblait même pas avoir conscience qu'il venait de l'arrêter pour une obscure raison ; même, il ne paraissait pas savoir non plus pourquoi il avait eu ce geste. Quoiqu'il en soit, Seto n'avait pas le temps de s'arrêter plus longtemps. Il dégagea sans beaucoup de délicatesse son poignet de l'emprise d'Atem et reprenait son chemin quand enfin le Pharaon sembla doué de parole :
« Quel type de relation entretiens-tu avec Anera Pegasus ? »
Seto stoppa net et se retourna vers son ex amant, surpris d'une telle question. Celui-ci avait enfin levé le regard sur lui et ses yeux violines luisaient d'une étrange lueur, confusion de sentiments indéfinissables. La seule chose qu'il arrivait un tant soit peu à déceler était cette détermination brillante qu'il avait toujours vue dans ses yeux, une détermination qui faisait étrangement écho à la sienne. Cette détermination qui faisait partie de ces innombrables choses qui lui avaient plu, et qui lui plaisait, fatalement, encore…
« Je ne vois pas en quoi cela te concerne », répondit Seto au bout de quelques secondes de silence.
« Elle n'a pas hésité à nous révéler qu'elle a habité avec toi, tu la connaissais donc forcément quand nous étions encore… ensemble… »
Un mot douloureusement prononcé, à n'en pas douter. Furtivement, Seto pensa que lui aussi aurait eu du mal à dire qu'il fut un temps où ils étaient ensemble… Aujourd'hui, ça lui paraissait si loin. Trop loin.
« Oui, mais elle n'était pas présente, Makuba vous l'a expliqué, il me semble. »
« Je veux savoir quel type de relation vous entretenez. »
Cette conversation commençait à irriter le PDG de la KaibaCorp. S'il y avait bien une chose qu'il n'aimait pas, c'était parler de sa relation avec le PDG d'Illusions Industries. Déjà que lui-même la considérait comme étrange, il était toujours gêné, mal à l'aise, quand il y pensait. Il avait la désagréable impression de dépendre d'elle, d'avoir besoin d'elle dans sa vie. Depuis qu'elle était arrivée dans sa vie, elle ne semblait pas vouloir en sortir ; pourtant, ce n'était pas les disputes qui manquaient, ils étaient très souvent opposés l'un à l'autre. Seto ignorait pourquoi il tenait tant à elle, alors qu'elle était la fille adoptive de son ennemi, alors qu'elle le défendait, alors qu'elle était le PDG de l'entreprise concurrente, alors que rien ne devait pouvoir les rapprocher.
« Pourquoi veux-tu le savoir ? », demanda abruptement le jeune PDG. « Il me semble pourtant que c'est toi qui m'a jeté. »
Atem tiqua et Seto en déduisit qu'il était piqué au vif.
« Alors… », reprit le Pharaon tandis que ses yeux devenaient plus sombres sous l'effet de la sourde colère que Seto devinait monter en lui. « J'avais raison de croire que… »
Il laissa sa phrase en suspens, faisant flotter dans l'air toutes sortes de propositions. Seto fut réceptif d'une seule d'entre elles qui eut pour effet de l'énerver soudainement. Pourquoi n'avait-il pas songé avant aux idées que l'on pouvait se faire du fait qu'Anera avait des enfants…
« Ne va pas croire que je suis le père d'Alexandre et d'Arcanan… », gronda-t-il.
« Tu m'as laissé carte blanche pour croire ce que je voulais », répliqua acerbement le Pharaon. « Et disons que la couleur des yeux d'Alexandre m'a beaucoup aidé. »
« La couleur des yeux d'Alexandre ? »
« Ne me dis pas que tu n'as jamais remarqué qu'ils étaient aussi bleus que sont les tiens… »
C'était vrai, Seto n'avait jamais réellement fait attention à la couleur des yeux de l'aîné d'Anera. Il avait remarqué qu'ils étaient bleus, mais il n'avait jamais pensé faire un quelconque rapprochement avec la couleur de ses propres yeux ; et en général, c'était quelque chose qui ne trompait pas…
« Arrête de délirer, Atem, quand j'ai connu Anera, Alexandre avait déjà plus d'un an et elle attendait Arcanan ! Je croyais que tu faisais confiance à Makuba ! »
« Je te faisais aussi confiance, et tu m'as délibérément caché l'existence de cette fille, qui me ressemble beaucoup, d'ailleurs. »
« Je l'avais oubliée ! », s'écria Seto, à bout de nerf.
Les yeux d'Atem s'agrandirent sous l'effet de la surprise. Visiblement, il ne s'était pas attendu à ce que son ex amant perde patience aussi rapidement ; ça avait l'air de l'avoir tellement surpris qu'il ne répliquait rien, qu'il restait planté là, ses yeux violines indécis plongés dans le regard bleu énervé du jeune PDG. Ce dernier était haletant, son cœur cognait douloureusement contre sa poitrine ; parler d'Anera et tenter de démentir une éventuelle trahison de sa part envers Atem était plus éprouvant que ce qu'il avait pensé. Jusqu'ici, il n'avait pas vraiment envisagé le scénario selon lequel il devrait rendre des comptes au Pharaon à propos du PDG d'Illusions Industries, et maintenant qu'il devait le faire, il voyait à quel point c'était douloureux de se rendre compte que son ex amant, qu'il essayait d'oublier depuis la dernière fois où Atem l'avait foutu à la porte, croyait sans vergogne qu'il l'avait trompé et qu'il avait par deux fois mis enceinte Anera.
Qu'Atem pense cela de lui le blessait profondément.
Nerveusement, il passa sa main dans ses courts cheveux bruns en regardant ailleurs, partout où il ne rencontrerait pas le regard violine d'Atem, pour tenter de retrouver un semblant de calme et terminer le plus rapidement – et accessoirement sans trop de casse – cette conversation qui tournait à une dispute de couple alors même… qu'ils étaient séparés…
« Je l'avais oubliée », répéta plus calmement le jeune PDG. « Anera est partie, et quand tu es arrivé… Je l'appelais moins, et elle n'insistait pas ; au bout d'un moment, nos contacts se firent rare et je n'ai plus eu de nouvelles pendant à peu près un an, jusqu'à ce qu'elle revienne pour ce tournoi. J'ignorais qu'elle avait pris la tête d'Illusions Industries quant Pegasus est tombé dans le coma. »
« Comment… », commença le Pharaon, visiblement déboussolé. « Tu sembles si proche d'elle…Comment peux-tu l'avoir oubliée… »
« J'aimais quelqu'un… », souffla Seto en tournant le dos et en s'éloignant. « Quelqu'un qui lui ressemble beaucoup, qui a assez occupé mes pensées pour que je ne pense plus à elle, quelqu'un qui était plus précieux qu'elle ne l'était à l'époque. Aujourd'hui, elle est la seule personne en dehors de Makuba en qui j'ai entièrement confiance. »
Atem garda le silence, interdit. Seto interpréta cela comme une fin de conversation et s'en allait lorsque son ex amant reprit la parole :
« Je sais que tu n'y crois pas mais, lorsque j'étais Pharaon… J'entretenais une liaison avec un homme qui te ressemblait beaucoup et qui était lié à un Dragon Blanc aux Yeux Bleus… On l'appelait Prêtre Seto, et il semblerait que je sois aussi attaché à lui qu'il ne l'était à moi… »
« Et que veux-tu que cela me fasse ? »
« Je pensais que cela pourrait n'être qu'une simple répétition du passé. »
Seto soupira en entendant des fadaises pareilles. Même dans ces moments là, Atem tenait des propos affabulateurs sur un quelconque passé de Pharaon, comme quoi il serait vraiment ce Pharaon vieux de cinq milles ans. Ne désirant pas en entendre davantage, il tourna résolument les talons mais stoppa une nouvelle fois malgré sa bonne volonté de ne pas rester dans le coin lorsque son ex amant déclara :
« Tu n'as toujours pas répondu à ma question. »
« Je ne saurais pas y répondre correctement, mais puisque tu insistes, je vais te dire ce que je ressens… »
Il marqua une pause, sans même se retourner. Il ne désirait pas voir le visage de l'homme qui avait été son amant, qui lui avait donné tant mais qui lui avait tout pris sans qu'il ne comprenne pourquoi, qui ne lui avait pas accordé une seconde chance, cet homme qui le faisait suffisamment souffrir pour qu'il ne désire plus tenter de le récupérer, qu'il désirait oublier.
Il se fichait de savoir ce que le Pharaon ressentait maintenant. C'était à son tour de souffrir.
« Aussi étrange que cela puisse paraître, elle m'est indispensable. Je n'envisage pas ma vie sans elle, comme je ne l'envisage pas sans Makuba… Elle fait partie de ma famille. Et avant… Avant, c'était différent. »
Et sur ces mots, il quitta résolument le couloir sans même un regard en arrière. Atem ne lui dit rien de plus.
« Oui ? »
« Je suis ravi que tu répondes enfin à ton portable. »
« J'étais dans un hôpital, Seto, je ne pouvais pas te répondre parce qu'il était éteint. Et puis, c'était à moi de t'appeler, pas le contraire. Tu n'écoutes jamais ce qu'on te dit. »
Seto leva les yeux au ciel et s'enfonça dans son siège, une tasse de café à la main.
« Tu es où ? »
« Chez moi, au fond de mon canapé, la zapette en main, les yeux rivés sur l'écran de télévision et la tête de Cataracte sur les genoux. Ah, et une tasse de thé à la main, histoire que je m'endorme ce soir. Pourquoi ? »
« Pour savoir si je pouvais te parler sans me presser. »
« Ouais, c'est bon, je n'ai rien à faire ce soir. »
« Dans ce cas, pourquoi tu ne reviens pas ? »
Anera soupira.
« Seto, je te l'ai déjà dit : Maximilien vient de se réveiller et je vais rester ici, d'autant plus que le tournoi prend fin demain, Tessa s'occupe très bien de lui, on n'a pas absolument besoin de moi là-bas donc je reste là, ça ne sert à rien d'y aller pour une demie journée. De plus, comme je te l'ai dit, je suis chez moi, c'est-à-dire aux Etats-Unis. Je sais que ça te contrarie plus qu'autre chose, mais deux voyages aussi rapprochés vont fatiguer inutilement Alexandre et Arcanan, je ne vais pas leur imposer ça. Je reviens au Japon demain. »
« Isis peut bien s'occuper d'eux. »
« Seto… »
« Je vais affronter Atem en finale demain. »
Silence au bout de la ligne. Au moins, l'annonce eu l'effet escompté.
« Il a… gagné contre Yûgi ? »
« Comment tu sais qu'il a affronté Yûgi ? Tu n'étais pas là lorsque le tirage au sort à été fait. »
« Tessa m'a mise au courant hier soir. »
« Je vois… Non, il n'a pas tout à fait gagné contre lui, disons que leur duel s'est éternisé et il a dépassé la limite de temps imparti, et selon ton règlement, c'est celui qui s'est défendu lors de la dernière attaque qui gagne le duel à défaut d'un véritable vainqueur. »
« Et tu as gagné contre Maï dans le temps imparti et bien avant qu'il ne soit écoulé, je suppose… »
« Trois quarts d'heure. »
« Tu n'es vraiment pas sympa avec tes adversaires. Tu ne fais même pas durer le suspens. »
« Elle s'est quand même défendue, en général j'expédie en un quart d'heure. »
« Oui, quand tu affrontes des aspirants duellistes. C'est bien ce que je dis. »
« Je ne vais pas perdre mon temps avec des débutants qui savent à peine tenir des cartes. »
« Je conviens que certains d'entre eux ne sont pas bien doués de leurs dix doigts, mais tu ne laisse pas beaucoup de marge d'erreur à ces pauvres gamins. Ils sont en admiration devant toi, et ta seule réponse c'est un regard froid et une invocation de Dragon Blanc aux Yeux Bleus qui balaie toute leur joie et leurs espérances. »
« Any, depuis quand tu prends leur défense ? »
Il y eut un long silence au bout de la ligne.
« Aie-je le droit d'invoquer la maternité comme excuse ? »
« Non. »
« Tu es méchant. »
« Anera… »
« Quoi ? »
Le ton de la jeune femme à des kilomètres de l'Île aux Dragons avait perdu son ton enfantin et s'était sensiblement voilé d'inquiétude. Il semblait à Seto qu'elle attendait anxieusement qu'il continue ; maintenant qu'il avait enclenché le processus, il ne pouvait plus reculer. C'était une décision qu'il avait longuement méditée ; il avait besoin de lui en parler. A elle. A Anera. Pegasus. Anera Pegasus…
« Je… J'ai rencontré Atem au détour d'un couloir et nous avons… »
« Echangé des civilités ? »
« On peut dire ça comme ça. »
L'attention d'Anera s'était nettement aiguisée, la télé qui s'agitait devant elle n'était plus qu'un vulgaire élément du décor pour elle, il le sentait. Même à des kilomètres d'elle, même sans la voir, il savait ce qu'elle ressentait, il savait ce qu'elle pensait, il voyait l'expression de son visage et celle de ses yeux.
C'était certainement parce qu'il la comprenait autant qu'il s'attachait un peu trop à elle…
Seto posa son front entre ses doigts et ferma les yeux, le téléphone toujours collé à l'oreille. Il cherchait la meilleure façon de lui expliquer les choses tout en restant vague, de toute façon il n'avait jamais eu besoin de s'étendre sur les sujets avec elle. C'était surtout pour éviter de trop en faire, il n'aimait pas réellement… ce genre de situation, d'autant plus que c'était la première fois que ça lui arrivait.
« Il m'a… demandé… »
Non, en réalité, c'était une mauvaise idée. Pourquoi avoir choisit de lui en parler à elle, alors qu'elle était la principale concernée de leur altercation dans le couloir ? Se rappeler qu'Atem avait cru à une trahison de sa part avec le PDG d'Illusions Industries lui resserrait une nouvelle fois le cœur et alourdissait son estomac. Comment pouvait-il croire cela de lui ?
« Il t'a interrogé sur nous, n'est-ce pas ? »
Seto ne lui répondit pas, mais son silence était particulièrement éloquent.
« Je suis désolée, Seto, de te causer autant d'ennuis. »
« J'ai démenti sa vision des choses », reprit le jeune PDG en redressant la nuque, son regard s'échappant vers le ciel d'encre ponctué d'étoiles. « Il croyait qu'on se voyait pendant que nous étions… »
« Tu ne lui as jamais parlé de moi, sa vision des choses est modifiée par les sentiments qui continuent de l'habiter… Vous avez vécu un an ensemble, tu ne peux pas lui en vouloir de croire à une éventuelle trahison, tu es le seul à savoir à quel point il t'a aimé… »
« Et tu as l'air d'en savoir autant que moi sur le sujet », répliqua sèchement Seto en fronçant les sourcils.
« Seto, ce n'est pas nécessaire de sortir de polytechnique pour s'en rendre compte. »
« Polytechnique ? »
« Oh… C'est une école prestigieuse en France… C'est une expression. Ce n'est pas le sujet. »
« Il croit que tout ça n'est qu'une simple répétition. »
« Comment ça ? »
« C'est bien la seule chose qui n'a pas changé… J'ai encore eu le droit à ses vagues élucubrations sur son soi-disant passé de Pharaon, comme quoi il aurait eu une relation avec un Prêtre qui porterait le même nom que moi et qui aurait été lié au Dragon Blanc aux Yeux Bleus… »
Anera devait être en train de boire du thé lorsqu'il lui annonça sur le ton de la précision futile ce détail de la fin de leur « conversation » car il lui sembla l'entendre nettement s'étouffer au bout du fil. En tout cas, elle fut prise d'une violente quinte de toux manifestement surprise et quand elle retrouva l'usage de la parole, non seulement son ton était stupéfait mais sa voix était également éraillée :
« Comment le sait-il ? »
Seto fronça les sourcils.
« Parce que c'est vrai ? »
« Hein ? Non, non, j'en sais rien si c'est vrai ou pas, mais où est-ce qu'il est allé pêcher tout ça ? Pourquoi t'a-t-il dit ça ? »
« Que veux-tu que j'en sache, Anera ? Je ne sais pas, il doit l'avoir rêvé ! De toute façon, lui et ses sangsues d'amis ont toujours eu une imagination fertile sur ce sujet. Pourquoi ça t'étonne autant ? »
L'entendre ainsi surprise était bien la seule chose à laquelle il s'était attendu. Au contraire, il croyait qu'elle allait elle aussi admettre que c'était tout à fait absurde… Quoique, la dernière fois, elle lui avait tenu un discours de la trempe de la bande de duellistes au grand cœur lorsqu'ils s'étaient battus en duel et qu'ils avaient finis en match nul.
Pourquoi fallait-il qu'il perde le seul appui potentiel au sujet d'un foutu passé qu'ils n'arrêtaient jamais de rabâcher pour une obscure raison ? Très franchement, ça l'énervait qu'Anera n'ait pas la même opinion que lui sur ce coup-là.
« Non, je ne suis pas étonnée, juste que… Oh, je suis désolée, Seto, mais il faut que je te laisse, Arcanan m'appelle… enfin je veux dire, il pleure, je dois y aller, il va finir par réveiller son frère et pour les rendormir, ça va être coton… Ecoute, on se voit demain, hein ? Allez, bonne nuit ! »
Et elle raccrocha sans même laisser le temps au jeune PDG d'en placer une. Pendant quelques secondes, il écouta la tonalité résonner dans son appareil avant de raccrocher à son tour, fixant son portable comme s'il venait d'ailleurs.
Pourquoi avait-il la nette impression qu'elle venait de fuir sans beaucoup de discrétion la fin de leur conversation ? Elle avait eu un ton trahissant comme de la panique lorsqu'il lui avait annoncé qu'Atem lui avait fait part de ses obscures élucubrations à propos de son passé de Pharaon, si tant est qu'il en est vraiment eu un… D'accord, c'était étrange qu'à un moment il n'y avait pas un Yûgi mais deux, que l'un des deux apparaisse plus mûr et plus sûr de lui – légèrement plus grand aussi – et qu'il dise s'appeler Atem, mais surtout qu'il entretienne une relation si proche avec le plus jeune qu'on avait l'impression qu'ils se connaissaient depuis l'enfance. C'était vrai que Seto ignorait d'où sortait Atem. Il était apparu un jour, voilà tout, et il en était tombé amoureux. Il n'avait pas cherché plus loin. Pourquoi irait-il se casser la tête ? Au final… L'existence même d'Atem avait donné de la couleur et du sens à la vie de Seto.
Mais de là à croire qu'il avait un passé de Pharaon alors même qu'ils n'existaient plus depuis des milliers d'années… Non, il y avait des limites à tout. Et puis, que viendrait faire une histoire de passé dans le présent ? Par définition, ce qui est passé est terminé, donc il faut regarder devant soi au lieu de s'enfermer dans les images du passé et les invoquer en tant que défense.
Seto s'ébroua. Voilà qu'il recommençait avec ses réflexions qui lui donnaient mal à la tête. Il ne s'était jamais arrêté sur le sujet quand il était encore avec Atem, pourquoi allait-il commencer maintenant ? Il était évident qu'il regardait en arrière depuis deux mois, qu'il s'accrochait encore à ce qu'il avait vécu avec son amant… Pour qu'il se pose autant de questions, c'était bien parce qu'il ne voulait pas que ça se termine ainsi, il ne voulait pas qu'Atem sorte de sa vie comme ça, il se donnait l'impression qu'il était encore là… En réfléchissant ainsi, Atem était toujours dans ses pensées, encore et toujours, et ce n'était que maintenant qu'il se rendait vaguement compte à quel point il l'avait obsédé ces deux derniers mois…
Aujourd'hui, c'était terminé. Bel et bien terminé. Il fallait qu'il regarde en avant, comme il le répétait sans cesse… Il le fallait.
« Seto ? »
Le concerné s'extirpa tant bien que mal de ses pensées et leva un regard fatigué sur son petit frère qui passait la tête dans l'entrebâillement de sa porte. Makuba dû prendre ce regard pour une invitation car il entra et ferma la porte derrière lui.
« Ca va ? »
Le jeune PDG hocha la tête sans rien dire. Il fronça les sourcils lorsqu'il s'aperçut que le regard du plus jeune le fuyait.
« Qu'y a-t-il ? », interrogea Seto.
« Je… »
Makuba marqua une longue pause et inspira à fond.
« Je vous ai surpris dans le couloir, Atem et toi… »
Le cœur de Seto fit un bond. Voilà que ça recommençait…
« Pourquoi tu ne m'en parles jamais ? »
Par contre, celle-là, il ne s'y était mais alors franchement pas attendu. Connaissant Makuba et son amitié pour le Pharaon, Seto aurait plutôt entendu un truc du genre « pourquoi vous ne vous remettez pas ensemble ? Il est évident que rien n'est fini entre vous », ou toutes sortes de choses dans le même genre. Il avait découvert en Makuba une qualité d'entremetteur quand il arrivait qu'Atem et lui se fassent la gueule plus d'une soirée, toujours à courir entre les deux pour tenter de réparer les pots cassés, étant donné que ni la fierté de l'un ni celle de l'autre n'avait pris l'option « colle en cas de casse en couple », alors très franchement, quand son petit frère lui avait dit qu'il les avait surpris, il aurait plutôt eu tendance à croire qu'il se serait ramené avec sa glue des cas d'urgence.
Surtout quand il a cette petite frimousse mi-désolée mi-apeurée de petit frère inquiet pour la santé physique ou mentale de son grand frère.
« Que veux-tu dire ? », demanda Seto à son tour.
« Tu parles toujours de tes problèmes à Anera… C'est toujours elle qui sait tout sur tout sur ton état d'esprit, sur tes sentiments… C'est vrai que c'est peut-être plus facile de se confier à elle et je ne t'en veux pas de la choisir quand tu vas mal ! Mais s'il te plaît, ne me laisse pas à côté. Depuis que tu as rompu avec Atem, j'ai l'impression d'être un étranger pour toi. Je subis tes humeurs sans savoir pourquoi tu es dans cet état là, je te voix changer d'expression sans en comprendre la raison et tu t'enferme des heures sans que je sache vraiment de quoi il retourne. Anera a peut-être réussi à te décrypter, mais je n'y arrive pas comme elle. Jusqu'ici, c'est toujours toi qui es venu à mon aide, j'ai toujours été la demoiselle en détresse, et maintenant que c'est toi qui va mal, je suis totalement inutile. Tu ne me parle pas, et je n'aime pas te voir dans un état pareil… Pourquoi tu ne me dis jamais rien, Seto ? »
Le jeune PDG resta littéralement sans voix devant la longue tirade de son cadet qui le fixait de ses grands yeux sombres innocents qui ne l'avaient jamais laissé insensible. Makuba était plus que sincère dans ses paroles, il souffrait de l'absence de dialogue entre eux. Et… c'était vrai qu'il n'avait jamais rien dit jusqu'ici, et qu'il avait fait subir à son petit frère, sans que celui-ci ne proteste, ses sautes d'humeurs et son humeur exécrable.
Seto tendit le bras ; Makuba hésita. Finalement, il fit un pas en avant et s'avança vers son frère aîné ; celui-ci, dès qu'il l'eut à sa portée, l'attira contre lui et l'étreignit. Surpris, Makuba n'eu aucune réaction.
« Je suis désolé, petit frère. »
Il était Seto Kaiba, et n'avait jamais su s'excuser. Peut-être que cette fois Makuba avait-il réussi à saisir le message au vol ; en tout cas, il rendit son étreinte au centuple à son frère aîné qu'il adorait tant.
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