|
Author of 44 Stories |
Chapitre 4 Négociations
POV Athrun
« Comme je le craignais, ma première nuit à Onogoro a été courte. J'ai mis un temps fou à m'endormir, et le lendemain matin, je me suis levé à l'aube pour aller courir, histoire de me vider la tête. Je ne pensais pas que cette entrevue me stresserait autant. Il faut dire qu'avec une boule de nerfs comme Cagalli à mes cotés pour m'aider, je ne voyais pas bien comment m'en sortir.
Encore que j'ai été agréablement surpris par son professionnalisme, mais c'est bien la seule chose positive qui soit ressortie de notre collaboration de ces derniers jours.
Je m'explique : quand je suis arrivé au restaurant de l'hôtel pour prendre mon petit déjeuner le premier jour, Cagalli est déjà attablée près de la fenêtre, un dossier devant elle.
J'étais plutôt étonné de la voir là, mais quelque part, rassuré. Elle avait l'air dans de bonnes dispositions et même si notre discussion de la veille ne s'était pas passée exactement comme je l'espérais, elle avait au moins eu le mérite de nous permettre de nous expliquer. En partie. Et comme elle était en avance, je pouvais espérer qu'elle était motivée en fin de compte.
Sauf que quand je me suis approché pour la saluer, elle a à peine levé le nez et avant même que j'ai pu m'asseoir, elle me sortait d'un ton peu engageant : « Il est 9h18. »
Face à mon air perplexe, elle ajouta : « Vous avez dit que nous nous retrouvions à 9h30. Donc pendant encore douze minutes, je ne travaille pas pour vous et j'aimerai être tranquille. »
Il ne m'en fallut pas plus pour comprendre qu'elle était de mauvais poil et me laisser encore plus nerveux que je ne l'étais déjà. J'ai eu beau essayé de m'expliquer, ou simplement de lui parler, elle refusait tout commentaire de ma part qui ne soit liés au travail. Et ça n'a pas vraiment changé depuis.
Enfin bref, ce matin-là, elle est restée le nez sur les documents devant elle jusqu'à 9h30 où elle a accepté d'enfin m'adresser la parole, et encore simplement pour me demander ce que je voulais.
Elle avait eu une copie de mon emploi du temps et savait donc à quel moment je pouvais avoir besoin de ses services et elle prit un malin plaisir à me faire remarquer que quand elle ne travaillait pas pour moi en tant que traductrice, elle comptait profiter de son séjour comme elle le souhaitait, et surtout seule.
Je dois avouer que j'ai été plus que surpris par ce revirement de situation. Elle qui était si fougueuse et enthousiaste quand je l'avais rencontrée, n'était plus que l'ombre d'elle-même, une machine fermée et froide qui se contentait de faire son boulot sans intérêt ni passion.
A plusieurs reprises je me suis même demandé ce que j'avais bien pu lui trouver de si exceptionnel, en particulier quand elle fit ses allusions sur mes ambitions démesurées, comme si je ne pensais qu'au profit et à l'argent. Pour elle, le temps que je passais à visiter les entreprises, à discuter avec Lord Waltfeld sur les conditions de travail des employés pour savoir ce qu'une fusion changerait pour eux et tout ce que j'essayais de faire pour leur rendre la vie plus facile n'était que de la poudre aux yeux. Comme si je me déculpabilisais de racheter leur entreprise par des maigres actes de charité. Il m'a fallu faire beaucoup d'efforts pour ne pas lui répondre, mais avec Andrew toujours à coté, c'était plutôt délicat de s'embarquer dans un débat houleux.
Pourtant le troisième jour, tout bascula et je perdis tout envie de discuter avec ma traductrice en dehors du cadre professionnel.
J'étais en train de prendre mon café comme tous les matins quand je suis tombé sur la presse locale et découvrais avec une joie morbide que mon arrivée à Onogoro n'est pas passé inaperçue pour les tabloïds du coin. Mais ce qui retint mon attention fut un article particulièrement peu élogieux qui me ressortait presque mot pout mot le discours de Cagalli.
J'aurai certainement dû être en colère et appeler Heine pour règle le problème, mais sincèrement, j'étais avant tout déçu.
Finalement, Cagalli était comme les autres. Elle ne me jugeait que par rapport à ce que racontaient les journalistes sans jamais chercher à voir plus loin.
Et comme si le destin avait décidé de me provoquer, ce fut aussi ce jour-là que Waltfeld me présenta la fille du président du conseil écologique local, Flay Alster, qui depuis l'annonce de ma visite le harcelait pour me rencontrer.
Bien sûr, officiellement, elle ne s'intéressait qu'à ma politique environnementale, mais quelque chose dans son attitude me mettait mal à l'aise.
Dans le cas d'une fusion entre ZAFT et Morgenoete, l'usine se situant un peu au nord d'Onogoro devrait être agrandie et elle se devait de vérifier que je n'avais pas pour but de saccager le paysage.
Le problème était que dès que j'abordais le sujet avec elle, elle me sortait toujours qu'on avait le temps d'en parler et insistait pour que je la retrouve un soir pour une conversation plus tranquille, sauf que comme elle ne parlait pas un mot de ma langue, et que je me gardais bien d'avouer que je me débrouillais un peu dans la sienne, nous aurions forcément eu besoin de Cagalli et l'idée de lui demander de faire des heures supplémentaires n'était pas pour m'enthousiasmer. Donc j'ai tenté de lui parler par l'intermédiaire de ma traductrice, mais visiblement, Flay n'était pas autant passionnée par l'environnement qu'elle le prétendait et elle réussit à me faire promettre de lui consacrer un peu de temps en privé avant la fin du séjour.
J'aurai dû me méfier.
Mais comme toujours quand je suis au milieu d'une affaire, je ne pense que business et malgré les allusions douteuses de Cagalli sur Flay, j'avoue ne pas avoir pris le temps de me soucier à ses avances éventuelles. J'étais tellement remonté contre ma traductrice que je ne faisais pas attention à ses mises en garde.
En plus, je me disais qu'elle était plutôt mal placée pour suggérer que je sois un play-boy qui ne pense qu'avec ses hormones dans la mesure où elle-même se laissait ouvertement draguer par cet abruti de Yuna Seiran.
C'est le fils du président du Conseil d'Administration de Morgenoete et apparemment, il a décidé de me pourrir l'existence.
Il est arrivé ce fameux troisième jour et ne nous a plus quittés depuis. Il est devenu l'ombre de Cagalli et s'acharne à la harceler de questions toutes plus idiotes les unes que les autres, mais pas une fois je ne l'ai vue lui répondre sèchement comme elle le fait avec moi.
En revanche j'ai été plus qu'impressionné par ses réponses.
Elle connait visiblement son sujet, ayant étudié les diverses activités de Morgenoete et de ZAFT, de même qu'elle avait pris la peine de retenir le nom de plusieurs personnalités de mon entreprise, mais aussi les interlocuteurs, en plus de Lord Waltfeld que nous avons rencontrés jusque là.
J'avoue être plus que satisfait par son professionnalisme et si elle n'était pas aussi distante et glaciale avec moi, je crois que je serai le plus heureux des hommes. Ou au moins si ce traitement ne m’était pas uniquement réservé. Je veux dire, Yuna est un crétin ! C'est une évidence.
Mais non, elle reste polie et souriante avec lui, minaudant comme une lycéenne et ça m'insupporte, et le pire c’est que je ne peux rien dire, toujours pour éviter un esclandre. C'est vraiment frustrant !
Bon je sais que j'avais dit qu'elle m'avait déçue, mais quand à la fin de ce troisième jour, elle m'avoua que c'était la première fois qu'elle se retrouvait au milieu d'une négociation commerciale et que ses notions de droits étaient plus que succinctes ce qui l'angoissait un peu, j'ai oublié tous mes griefs. Elle redevenait la jeune femme honnête et intrépide que j'avais rencontrée dans le parc et alors qu'elle me regardait avec ses grands yeux dorés, je me sentais sous le charme.
Elle m'expliqua que tout ce qu'elle connaissait en matière juridique, elle le devait au père d'une Nicky, dont elle semble très proche et elle craignait donc de ne pas toujours être à la hauteur, mais j'ai pu la rassurer facilement. Un peu trop même...
J'ai limité son rôle à la communication avec Lord Waltfeld et ses associés et laissé de côté toute la partie juridique pour plus tard. Si jamais nous arrivons à nous entendre.
Comme elle paraissait surprise par ma dernière remarque, je me suis lancé dans un de mes grands discours sur ma vision du capitalisme, oubliant un instant tous les préjugés qu'elle avait à mon sujet et je lui ai détaillé mon plan.
Pour l'instant, je ne faisais que visiter leurs usines et vérifier que leurs conceptions du travail étaient bien en accord avec les miennes. Elle fronça les sourcils et je suis retrouvé à lui expliquer mon point de vue sur une bonne entreprise.
Les bénéfices, s'ils sont faits au détriment de la qualité du produit, ou pire en rognant sur la sécurité des employés au niveau technique comme organisationnel, sont parfaitement inacceptables. Et même si Orb se ventent d'avoir de lois très strictes en matière de protection des ouvriers, je tiens absolument à voir par moi-même les usines de Morgenoete avant de leur faire une proposition.
Cagalli me dévisagea bizarrement mais avant que je n'ai pu lui demandé ce qui la choquait, elle a reçu un appel et ne voulant pas être indiscret, je l'ai laissée seule.
Je pensais qu'à partir de là, notre relation allait s'améliorer un peu. Mais c'était sans compter ma chance naturelle.
En arrivant à l'hôtel le soir, j'ai eu l'immense privilège de trouver Flay dans ma chambre et il m'a fallu user de beaucoup de discernement pour réussir à la raccompagner sans créer d'incident diplomatique. Et bien sûr, à peine mettais-je un pied dans le couloir en tenant la jeune femme par le bras que je tombais sur Cagalli.
Elle eut une drôle de réaction que même maintenant je n'arrive pas à comprendre et avant même que je ne puisse ouvrir la bouche, elle me claqua au nez la porte de sa chambre en me murmurant entre ses dents une histoire de beau parleur.
Et comme si je n'étais pas assez miné par toute cette affaire, le lendemain, je l'ai surpris avec Yuna dans la salle de réunion de Morgenoete, et à la façon dont il la collait, je doute qu'il ne faisait que lui parler de la météo.
D'ailleurs heureusement que Lord Waltfeld était avec moi et qu'il est intervenu, sinon je crois que j'aurai mis mon poing dans la tête de ce type. Mais dans la mesure où nous repartons demain matin, je pense que je devrais pouvoir me tenir encore quelques heures. Le plus dur va être ce soir, puisque nous sommes invités par Andrew et que je sais déjà qu'en plus de sa femme, il y aurait cette pourriture de Yuna qui a sans la moindre gêne décidé de s'imposer. La soirée va être longue et sincèrement, je crains le pire. »
POV Cagalli
« J’entrouvre lentement les yeux. La lumière aveuglante d’un soleil radieux m’irrite les yeux et m’a réveillée. Je referme mes paupières lourdes de sommeil et je grimace légèrement. Ma tête me fait horriblement mal, j’ai l’impression qu’un marathon se court dans mon crâne. Seigneur que c’est douloureux ! Je n’ai souffert qu’une seule fois comme cela au réveil, c’était le lendemain de la remise des diplômes secondaires. Avec nos amis, nous avions fait une fête et j’avais pour la première fois de ma courte vie, bu de l’alcool … Peu habituée, je m’étais retrouvée saoule au bout de trois ou quatre verres seulement et j’avais horriblement souffert le lendemain matin. Comme maintenant… Maudit soit l’alcool ! En fait, j’aurais dû dire non quand mon voisin de table au restaurant me servait verre sur verre. Mais comme depuis que Monsieur Seirian s’est joint à nous, je me montre gentille et diplomate avec lui, le laissant me draguer sans vraiment le repousser… Histoire de ne pas le vexer et de ne pas mettre le contrat avec Zaft en danger. J’essaie de me remémorer la totalité de la soirée et …. Et … mes souvenirs s’arrêtent au plat consistant ! Zut ! comment suis-je revenue dans ma chambre ? … Suis-je dans ma chambre ???
Je me relève brusquement, mais un bras passé en travers de mon dos m’empêche de finir mon mouvement. Mes yeux sont grands ouverts et fixent la fenêtre en face de moi. J’inspire lentement pour calmer les battements désordonnés de mon pauvre cœur et reprendre mes esprits. Peu à peu je me rends compte que si Seirian me servait autant de vin, c’est qu’il avait une idée derrière la tête, et pas des plus galantes ! Dire que j’ai insulté et considéré Zala comme un playboy qui joue avec les femmes, alors que je ne l’ai jamais vu avoir un geste déplacé, enfin pas envers une femme non consentante ; et moi, je me suis laissée piéger ! Il devient clair que mon voisin de table, me pensant plus ou moins séduite, s’est dit que un peu saoule je ne lui refuserais pas une nuit. Je pensais pourtant avoir été claire dans la salle de réunion avant d’avoir été surprise par mon patron… J’avais pourtant explicité qu’il était agréable de lui parler mais que je n’étais point intéressée par une relation avec lui. Et j’ai fini par me laisser avoir, mais je ne peux rien lui reprocher.
J’inspire profondément et prends mon courage à deux mains, pour me retourner et observer mon compagnon d’une nuit. Je bouge lentement et doucement, pour ne pas le réveiller… Une fois face à lui j’ouvre lentement les yeux et …. Ma bouche s’entrouvre toute seule de surprise. En face, de moi dort paisiblement Asuran Zala ! Première constatation, c’est donc avec lui que j’ai passé la nuit… Seconde constatation qui me parvient subitement à l’esprit, lui comme moi sommes totalement habillés comme la veille en soirée et allongés au-dessus du couvre-lit. Donc il ne s’est rien passé cette nuit. Mais comment suis-je arrivée ici avec lui qui me tient contre sa poitrine ? Je remonte les yeux vers son visage et me surprend à l’observer. Il faut que je reconnaisse que c’est un bel homme, avec des traits fins mais masculins quand même et lisses. Dommage qu’il soit parfois aussi désagréable en parole ! Un soupir passe mes lèvres encore maquillées. Je prends délicatement son bras, qui est toujours posé sur moi et le dépose sur le lit. Une fois libérée de son étreinte, je m’assois et dépose mes pieds nus sur le tapis. Ma tête tourne et je ferme les yeux avec un léger gémissement de douleur. Mon mouvement fut trop rapide. Une fois la douleur moins forte, je lance un rapide regard à la chambre. Ce n’est pas la mienne non plus, je dois donc être dans celle de mon compagnon. Je tente de me mettre debout mais de nouveau ma tête me lance et tourne et je retombe assise sur le lit en gémissant. Je porte mes mains à mes tempes et les masse lentement, espérant vaguement que cela suffira à diminuer mon malaise.
« Dur les lendemains, n’est-ce pas ? » murmure une voix ensommeillée dans mon dos. Je me contente de grogner un peu, me sentant toujours nauséeuse.
«’Jour à vous aussi » je finis par murmurer.
« Hum, bonjour… aurais-tu mal à la tête ? » me questionne-t-il.
« Dois vraiment vous répondre ? » Je demande toujours en massant les tempes et en me sentant mal.
« Non, ta figure parle pour toi » murmure-t-il d’une voix base, « Allonge-toi, je vais te donner de quoi calmer ton mal de tête et ta nausée. »
Je lui lance un regard un peu surpris, mais vu que je me sens très mal, je préfère obéir que de me lancer dans une joute verbale avec lui. Je me rallonge lentement sur le lit, alors que lui se dirige vers la salle de bain. Je ferme les yeux un peu, espérant vaguement me rendormir et me réveiller dans quelques heures en parfaite forme. Je sens une main tiède se poser sur mon front et me force à regarder mon compagnon. Il m’offre un sourire rassurant avant de déposer une bouteille d’eau, un verre et deux cachets sur la table de nuit.
« Avale-les et essaie de te rendormir un peu, tu iras mieux après. » me déclare-t-il.
Il se dirige de nouveau vers la pièce attenante, pour une bonne douche je suppose. Je pourrais lui demander ce que je fais ici et comment j’y suis arrivée, mais je préfère attendre que mon état s’améliore pour cela. Je m’appuie doucement sur un coude et me sers un grand verre d’eau. Je prends avec mon eau les calmants qu’il m’a apportés. Ensuite je me recouche et ferme les yeux. Je me sens toujours mal mais peu à peu je sombre dans un léger sommeil….
Je me réveille à nouveau deux bonnes heures plus tard. Je m’étire paresseusement dans le lit et remarque que Zala m’a couverte du couvre-lit. Je constate avec bonheur que mon mal de tête et ma nausée sont apaisés. Je me sens mieux. Je jette un coup d’œil au réveil et constate avec effarement qu’il n’est pas loin de midi, ce qui me fait me relever un peu trop vite. Je remarque que mon patron est assis dans le fauteuil un dossier à la main. N’arrête-t-il jamais de travailler ? Au fond, il n’a pas menti quand il a dit que sa maitresse était sa compagnie. L’aurais-je mal jugé ? Sentant mon regard sur lui, il relève la tête et m’offre un sourire poli. J’y réponds avant de détourner le regard.
« Vas-tu mieux ? » M’interroge-t-il.
« Oui, merci… Je ne pensais pas dormir aussi longtemps cependant… » Je réponds après un léger silence.
« Aucun problème, nous n’avions aucun rendez-vous aujourd’hui et j’ai reporté à demain matin notre départ. » Me déclare-t-il avant de se replonger dans sa lecture.
«Comment suis-je arrivée ici ? » je finis par demander, attirant son regard surpris sur moi, « je ne me rappelle pas la fin de la soirée… »
« Et bien, tu étais saoule, et tu ne semblais plus avoir les idées très claires… Je t’ai arrachée aux bras de Seirian qui devenait trop entreprenant et que tu essayais mollement de repousser. » M’explique-t-il après un silence de réflexion, « J’ai dû prétexter que nous étions fiancés pour qu’il accepte de te lâcher. Ensuite je t’ai montée ici, comme je n’avais pas la clé de ta chambre et que tu étais à moitié endormie. Je t’ai déposé sur le lit et me suis laissé tombé à tes côtés, et j’ai dû m’endormir sans vraiment m’en rendre compte. »
« Vous lui avez dit que nous étions fiancés ! » J’ai haussé la voix tout en me mettant debout, les poings serrés et essayant de contenir ma colère. Il semble un peu surpris par ma réplique.
« Et bien, nous le sommes par contrat… et puis voyons le bon côté des choses, nous n’aurons pas à trouver un motif pour la presse, Seirian s’en chargera… Me serais-je fourvoyé en pensant que tu voulais le repousser ? Peut-être aurais-tu préféré être dans son lit ce matin… après ce que j’ai vu dans cette salle de conférence… » Me répond-il avant que je ne l’interrompe durement.
« Ne soyez pas idiot ! J’étais juste polie et coopérante pour ne pas mettre votre contrat à mal ! Et pour information, je ne suis pas une fille facile moi ! Je le repoussais poliment ce jour-là… Oh et puis vous me faites la morale mais vous et mademoiselle Alster… » Je lâche d’une voix cassante.
« Jalouse ? » questionne-t-il avec un sourire amusé.
« Moi ? Pas du tout ! » Je rétorque avec une voix cassante et un regard froid.
Il dépose son dossier sur la table voisine et se lève. Je m’attends à ce qu’il m’invite à regagner ma chambre. J’en meure d’envie d’ailleurs, mais je reste plantée là, poings serrés avec un air de défit sur le visage. Contrairement à mes attentes, il s’approche lentement de moi et ne s’arrête qu’à quelques centimètres, bien trop près à mon goût. Je dois relever la tête pour le regarder droit dans les yeux, et je réalise seulement maintenant qu’il a bien 15 à 20 centimètres en plus que moi. Ma respiration se bloque un peu au fond de ma gorge, mais je fais en sorte de ne rien laissé paraitre du léger trouble qui commence à m’envahir. Il dépose une de ses mains sur ma joue droite et continue de me fixer droit dans les yeux.
« Tu devrais prendre une douche, cela te détendrait un peu. » susurre-t-il d’une voix calme.
« Je comptais retourner dans ma chambre justement » je réponds d’une voix que j’essaie de maitriser.
« Tu peux la prendre ici, après tout pour tout le monde nous sommes amants maintenant que nous avons dormis ensemble » me rétorque-t-il m’imposant un silence méditatif. »
POV Athrun
« Honnêtement, je n’imaginais pas que ma petite provocation la ferait réagir de la sorte.
Cagalli me dévisage avec un mélange de colère, d’indignation et sans doute un peu de peur, mais avant qu’elle ne s’emporte, je me détourne calmement et lui annonce que je serai sur la terrasse si elle a besoin de quoi que ce soit.
J’imagine facilement le flot de protestations dont elle rêve de m’abreuver, mais quelque part, elle doit bien être consciente que j’ai raison et qu’elle ne peut rien faire.
Nous sommes fiancés, qu’elle le veuille ou non, et nous ne pouvons pas prétendre être chastes dans la mesure où elle est supposée emménager chez moi dès notre retour à December City.
Sans attendre, j’attrape mon dossier et mon portable, et je pars m’installer face à la mer pendant que Cagalli fulmine en me traitant de pervers entre ses dents.
Je suis plongé dans une étude de marché quand une voix fluette interrompt mes réflexions.
« Monsieur Zala ? »
Je n’ai pas besoin de me retourner pour comprendre que Cagalli a fini sa toilette.
« Athrun. »
Je lui réponds simplement avant de me retourner vers elle. J’essaie de sourire gentiment, mais entre son regard perplexe, ses sourcils froncés et sa manière possessive de tenir son peignoir bien fermé sur sa poitrine, je ne peux m’empêcher d’avoir envie de la provoquer à nouveau.
Elle est vraiment irrésistible avec ses cheveux mouillés qui lui collent à la peau et je me lève malgré moi pour écarter un peu sa frange.
« Nous sommes fiancés, je te rappelle, alors je crois que tu peux m’appeler par mon prénom. »
Mes doigts restent sur sa joue plus longtemps que nécessaire et je la sens rougir à cette simple caresse ce qui me donne immédiatement envie d’en faire plus.
Alors que ma main glisse vers son cou, elle a un mouvement de recul et d’une voix tremblante, me demande :
« Je… je peux retourner dans ma chambre maintenant ? »
« En peignoir ? »
Je ne peux me retenir de hausser un sourcil et d’avoir un sourire amusé devant sa surprise. Elle rougit un peu plus et marmonne quelques mots que je ne comprends pas mais devine facilement. Elle n’a rien d’autre que sa robe d’hier soir qui n’est pas tellement plus présentable qu’un peignoir si jamais elle croise quelqu’un dans le couloir.
Je me penche alors vers elle et lui glisse à l’oreille :
« Je peux te prêter quelques vêtements. Ca se fait bien après une nuit de folle passion. »
Je lui parle d’une voix lourde de sous-entendus parfaitement inutiles en veillant bien à rester le plus près d’elle possible, sans vraiment la toucher et je me délecte de la sentir frissonner.
Elle est tellement innocente et timide que c’est un régal de tenter de la séduire. Le seul problème, c’est que l’effet n’est pas à sens unique.
Depuis que je l’ai vue avec ce porc de Seiran, je suis maintenant convaincu que je ne suis pas aussi indifférent que je le voudrais. Elle me plait. Et ce n’est pas que physique.
Bien sûr, je serai ravi de la mettre dans mon lit, mais si ce n’était que ça, j’aurai parfaitement pu coucher avec elle hier soir.
Elle était plus qu’éméchée et se collait à moi comme si j’étais son prince charmant.
Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse avec elle. Il y a autre chose. Je veux qu’elle en ait envie elle-aussi, pour de vrai. Qu’elle ait envie de moi comme j’ai envie d’elle et qu’elle me désire en tant qu’Athrun, pas comme son patron, son prétendu fiancé ou le directeur d’une entreprise pesant des millions sur les marchés boursiers.
Et pour l’instant, c’est loin d’être gagné !
Par chance, je ne suis pas pressé. Je peux donc prendre tout mon temps pour apprendre à la connaître entièrement avant de me lancer sérieusement.
Et en attendant, rien ne m’empêche de jouer un peu avec ses nerfs. Ne serait-ce que pour voir jusqu’où elle me laisse aller ! Surtout que j’ai dans l’idée que je l’intrigue d’une certaine manière, ce qui définitivement jouera en ma faveur.
Je la laisse sur la terrasse le temps d’aller chercher un grand pull à capuche dans mes affaires, et le dépose sur le lit avec un caleçon. C’est le sweat que je mets après avoir couru et même pour moi il est un peu grand donc il devrait la couvrir sans problème. Puis je l’informe qu’elle peut aller se changer, et retourner dans sa chambre pour s’habiller convenablement.
A son regard interrogateur, je lui réponds simplement que je l’emmène déjeuner dehors, histoire de profiter encore un peu du bord de mer.
Evidemment, elle veut protester et refuser mon invitation, mais je lui rappelle froidement que ce n’est pas une proposition. Les clauses de notre accord premier à notre arrivée ont changé depuis hier soir et maintenant, elle doit commencer son rôle de fiancée comme indiqué dans notre contrat.
Elle reste sans voix, clairement stupéfaite et vexée et elle me bouscule délibérément en retournant dans la chambre pour prendre les vêtements que je lui ai sortis et s’enfermer à la salle de bain. Elle en ressort quelques secondes plus tard, avant même que j’ai pu me remettre à mon étude et sans un regard, elle m’annonce qu’elle me retrouve dans vingt minutes dans le hall de l’hôtel.
J’ai à peine eu le temps de la voir avec mon pull, mais une chose est sûre, elle le porte à merveille. Je me replonge dans mes fichiers pour éviter d’imaginer à quoi elle ressemblerait dans une de mes chemises après avoir passé la nuit avec moi et m’efforce de me concentrer sur mon projet pour ZAFT.
A nouveau, je suis tiré de mes calculs par Cagalli et je réalise que j’ai dépassé l’horaire de notre rendez-vous.
Je m’apprête à m’excuser mais quand je la vois devant moi avec encore mon pull sur les épaules, les mains dans la poche à l’avant et ses cheveux simplement relevés en queue de cheval, je perds l’usage de la parole. Oh, je sais bien qu’elle a quelque chose dessous, je peux deviner les franges de son jean coupé à mi-cuisse, mais il n’empêche qu’elle reste superbe et je ne peux me retenir de détailler ses longues jambes fuselées avant de remonter jusqu’à ses yeux dorés qui me dévisagent plutôt froidement.
« Un instant, j’ai vraiment cru que votre entreprise était réellement la seule chose qui vous intéressait, mais apparemment, vous êtes aussi friands des jambes à l’air. »
Je reste un peu surpris par sa remarque et me demande si elle flirte avec moi puis me ravise rapidement, ce n’est pas son genre et son ton n’est pas exactement engageant.
Dommage, ça m’aurait plu qu’elle participe un peu, mais je peux tout de même jouer tout seul. Je referme mon ordinateur et range mes dossiers en lui annonçant tranquillement :
« J’aime admirer les belles choses, c’est assez naturel, non ? »
Cagalli hésite sur la réaction à avoir et choisit finalement de soupirer en détournant la tête. Et d’un coup, alors que je commence à déboutonner ma chemise, elle s’écrit :
« Mais qu’est-ce que vous faites ?! »
Je m’approche d’elle et je la voir déglutir lentement comme si elle était choquée mais ses yeux trahissent son intérêt en suivant mes doigts qui défont l’intégralité des boutons.
« Et bien ça me paraît évident… »
Mon regard court à nouveau sur elle et elle recule un peu mais se retrouve piégée contre la balustrade. J’avance encore un peu vers elle et elle sert les poings quand j’arrive à sa hauteur, mais je ne m’arrête pas et continue vers ma chambre en tentant de cacher mon sourire face à sa réaction.
De là, je lui explique que je me change. Puisqu’elle a choisi une tenue décontractée, je me mets à l’aise moi-aussi. J’aurais l’air idiot en costume à côté d’elle.
Elle se retourne alors que je l’enlève mon pantalon et je la devine qui rougit. Elle balbutie des excuses avant de s’intéresser à l’océan et je me mets à rire devant sa gêne en la rassurant que ça ne me dérange pas.
Ce n’est pas que je sois exhibitionniste, mais elle m’a déjà surpris avec moins sur le dos et très franchement, je n’ai pas de problème à être vu en caleçon.
J’enfile un jean et un polo avant d’attraper mes baskets et je lui tends la main pour enfin quitter la chambre et aller déjeuner.
Le début d’après-midi est très calme. Les gens sont encore au bureau et du coup, les rues sont presque désertes ce qui fait que nous pouvons marcher tranquillement et discuter un peu.
J’avais prévu de la conduire dans un petit restaurant assez chic qui donne sur la baie, mais comme il est un peu tard pour être encore servi et que nous n’avons pas la tenue adaptée, je choisis à la place de nous prendre de quoi manger à un vendeur ambulant avant de la guider vers la plage.
Cagalli me sourit alors que je lui tends son kebab et je sens mon cœur s’emballer. Elle n’attend pas pour se jeter sur la viande grillée noyée de sauce piquante et soupire de satisfaction dès la première bouchée.
Elle m’avoue alors tout en mastiquant qu’elle raffole de tout ce qui est épicé et je ne peux que rire de son air gourmant quand elle pioche ses morceaux de veau au milieu de ses légumes dès que nous nous installons sur les rochers au bord de l’eau.
Je fouille à mon tour mon pain à la recherche d’un bout de piment couvert de curry et je retiens mon souffle quand elle vient le prend directement entre ses lèvres, effleurant mes doigts au passage.
Et d’un coup elle s’arrête de manger et me regarde bizarrement, ce qui me fait craindre le pire. Pourtant, son visage reste serein et calme, seuls ses paupières se plissent, comme si elle cherchait à deviner quelque chose.
« Mais en fait, vous parlez très bien japonais ! »
Je me sens rougir et me concentre sur mon kebab avant de lui répondre que je connais quelques bribes, des formules de politesse et des petites phrases parce que j’ai passé mes vacances dans les îles environnantes étant enfant.
A mon tour, je l’interroge sur ce qui l’a poussée à choisir d’apprendre cette langue et elle me parle de son père qui rêvait d’une grande carrière pour elle et l’a toujours poussée à être ambitieuse dans ses choix. Et comme elle a une passion pour les cultures asiatiques, elle s’est tournée naturellement vers l’apprentissage des langues orientales. En plus du japonais et de l’anglais, elle parle vietnamien et chinois et maîtrise quelques bases de dialectes plus rares comme le khmer ou le thaï.
Honnêtement je suis plus qu’impressionné par ses connaissances, surtout quand elle part dans une longue explication sur les différences culturelles qui existent entre les civilisations de la péninsule indochinoise et celles du continent, souvent confondues par les Occidentaux.
Elle est passionnée et passionnante quand elle parle de ce qui l’intéresse et je suis littéralement suspendu à ses lèvres quand elle me raconte comment la construction des langues permet de mieux appréhender la logique culturelle d’un peuple.
Puis comme elle avait commencé, elle s’arrête, brusquement, brutalement et s’excuse en regardant ses pieds.
«Pardon, mons… Athrun, je dois vous ennuyer à mourir avec toutes mes histoires… » murmure-t-elle à ses genoux.
Je souris et passe mon bras autour de ses épaules. C’est un geste complètement naturel et je ne m’en rends même pas compte en fait. J’adore qu’elle m’appelle par mon prénom.
« Pas du tout, je trouve ça captivant. Aussi bien le contenu que la façon dont tu en parles. Mais si j’ai un point sur lequel me plaindre, c’est ta manie de me vouvoyer… »
Elle tourne la tête vers moi et je me perds dans son regard d’ambre. J’ai très envie de l’embrasser, seulement je sais que ce n’est pas le moment. Je me redresse et lui tends la main pour l’inviter à faire de même.
Elle fronce les sourcils, visiblement perplexe et je lui propose :
« On va se baigner ? »
Du tac au tac elle me répond ne pas avoir pris son maillot de bain mais je me contente de hausser les épaules. J’attrape sa main et la tire vers moi.
« Moi non plus, mais on s’en fiche ! »
Elle paraît surprise quand je l’entraîne vers la plage et elle commence à protester tout en me suivant quand même.
Je me débarrasse de mes chaussures et de mes chaussettes avant de rouler le bas de mon pantalon pour me tremper les pieds dans l’eau.
J’avais plus en tête de me jeter à l’eau en sous-vêtements, mais j’ai dans l’idée qu’elle ne va apprécier alors je me contente de marcher un peu sur le sable humide et de savourer la sensation des vagues qui viennent de temps en temps jusqu’à moi.
Cagalli me rejoint et avance même plus que moi dans la mer, son short lui permettant d’avoir de l’eau jusqu’aux genoux et à nouveau, elle soupire, heureuse d’être là. Elle ferme les yeux pour faire face au soleil et je sens ma respiration se bloquer.
Les rayons se perdent dans ses cheveux dorés et elle semble irréelle.
« Quel dommage qu’on parte déjà demain » murmure-t-elle avec un demi-sourire.
Elle a toujours les paupières closes quand je m’approche d’elle, mouillant mon jean au passage et enroule mes bras autour de sa taille.
Elle se raidit instantanément puis se détend doucement alors que je pose simplement mon menton sur sa tête.
« On reviendra si tu veux. »
« C’est vrai ? » Elle a ton enfantin qui me fait sourire.
« Tout ce que tu veux, princesse. »
Je voudrais lui avoir dit comme une provocation mais au fond de moi, je sais que je le pense. »
Fin du chapitre 4