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Un supplément d'âme
Merci aux reviewers – Rebecca-Black, Remi, Grispoil, Na, Alana Chantelune, Lizou et Tallia !
Merci aussi aux bêta les plus fidèles qu'il soit – Alixe, Dina, Fée et Thalys. Dette éternelle.
47. L'ordre des priorités (Cyrus)
Je me réveille péniblement. Mon corps a faim mais est fatigué, et mon cerveau n'est pas plus clair sur l'ordre des priorités. Pour faire durer le moment où je peux encore repousser l'idée de me lever, je me tourne sur le côté et j'écarte les rideaux pour laisser entrer la lumière du jour. Archi, en train de lire sur son lit, lève immédiatement les yeux vers moi et me salue à sa façon :
« Cyrus Lupin, réveillé un dimanche après dix heures. Je note la date, c'est un record ! »
J'adore ce type.
« Il ne faut jamais devenir prévisible, ça fait vieillir avant l'heure ! », je contre en souriant. Archi est sans doute le seul, avec Harry et Ginny, et pour des raisons différentes, à être capable de changer totalement mon humeur en une phrase.
« Oh, une maxime ! Je note encore. On peut te créditer comme auteur ? », il interroge, mimant le fait de tenir une plume. C'est peut-être ça, sa voie, je me dis, reporter....
« C'est mon père qui dit ça. »
« Le grand Remus Lupin ? J'aurais dû y penser ! », commente Archi et il se frappe comiquement le front.
Je tire mon oreiller de dessous ma tête et lui lance au jugé. Il m'a vu venir et l'évite facilement.
« Tu n'es pas revenu totalement au mieux de ta forme de ta petite promenade avec Rogue, dis-moi ! », il contrattaque.
« C'était pas réellement une promenade ! », je bougonne pour la forme.
« Merlin, d'abord une citation, maintenant une révélation ! »
Ah voilà, il a envie que je lui raconte. J'imagine que j'aurais pu y penser tout seul. D'un coup de menton, je désigne la porte pour indiquer que ce que j'ai à lui dire n'est pas destiné à toutes les oreilles gryffondor.
« Ils sont tous partis déjeuner », il commente comprenant bien mon souci mais l'écartant d'un haussement d'épaules. « Doit rester que nous à Gryffondor. Même Harry, je l'ai entendu descendre. »
Harry réveillé avant moi ? - décidément l'époque est aux surprises. Juste après je me demande dans quel état est mon grand frère au fond de lui, et ça m'amuse moins. Je suis persuadé qu'il est mort de trouille et bourré de questions à dégoûter un sphinx de s'être jamais mis sur le marché. Et moi, je dors. J'ai l'impulsion de me lever et de me mettre à sa recherche, mais le regard d'Archi me dit que j'aurais du mal à sortir de la pièce sans l'avoir mis à niveau avec Ginny ou Hermione. On met son honneur où l'on peut.
« Si tu veux de vraies révélations, va pourtant falloir prendre des précautions ! », j'explicite donc en me laissant retomber sur les oreillers.
« Oh, vais-je avoir droit enfin moi aussi à un sortilège de Gorge-coupée ? », il se moque, l'écervelé.
« Continue comme ça, et je te plante là pour aller déjeuner ! », je marmonne en rougissant - je ne suis toujours pas fier de l'avoir employé sur Colin, pour un motif d'autant plus futile que le fameux scooter a trouvé une fin officielle et inoffensive. C'est pas une raison pour me le jeter au visage.
« Faim ? J'ai ce qu'il te faut », réplique Archi en désignant un plateau posé sur la commode entre nos deux lits. Je dois avoir l'air sidéré de sa prévenance parce qu'il explicite immédiatement : « Linky m'a aidé. »
Tout en salivant malgré moi en voyant le plateau et en ne pouvant que me dire que j'ai sans doute le meilleur pote existant au monde, je me demande un instant si mon absence dans la grande salle va paraître suspicieuse ou inquiéter les parents – ils n'ont pas besoin de ça. Mais si Linky est au courant....
« Merci », j'accepte donc simplement en m'emparant du plateau et le mettant sur mes genoux.
« De rien. Je n'ai qu'une condition : raconte. »
Je remontre la porte d'un air insistant.
« Quoi ? »
« Je ne parlerai que quand elle sera bloquée et imperméable aux fuites », j'explique cette fois en haussant les yeux au ciel et en m'emparant de ma fourchette. Grâce aux soins de Linky tout est resté à température parfaite.
« Oh, mais... », commence Archi un peu intimidé tout à coup. Il est prévisible, à sa façon. Rien à faire, jamais il ne se croit un sorcier à la hauteur.
« Tu sais le faire », j'objecte la bouche pleine d'œufs brouillés absolument divins.
« Oui, mais... »
« Aussi bien que moi », je précise donc après m'être rincé la bouche de jus de citrouille.
Archi est carrément écarlate maintenant, et je me concentre sur mon plateau pour lui laisser le temps de retrouver sa contenance. C'est pas très difficile : j'ai faim. Je ne relève les yeux que quand j'entends les sorts heurter la porte.
« Si tu t'es déjà promené ce matin, tu dois savoir que Lucius s'est suicidé », je lance, le libérant charitablement du poids de devoir relancer la conversation.
« Vraiment suicidé ? », il demande oubliant ses doutes et manquant de renverser le plateau en se laissant tomber sur mon lit.
« J'étais à moins d'un mètre de lui. Personne n'a aidé ce vieux salaud. »
« Oh. »
Je raconte obligeamment notre arrivée commando dans la vieille baraque pourrie du père de Voldemort - Re « oh » - et la réaction sauvage de Malefoy. Je sais combien il aurait aimé être là.
« Pourquoi n'a-t-il pas tué Nero ? », interroge Archi après avoir pris le temps de réfléchir.
Oui, je crois que c'est ce qu'il y a de plus logique. Et pour être honnête, quand ça se complique un peu, on goberait la première excuse venue qui paraît un tant soit peu vraisemblable... Et là, ça paraît on-ne-peut-plus vraisemblable, il pensait peut-être que les pouvoirs étaient passés à Nero, ou que Narcissa finirait le travail avec Drago...
« Il s'est quand même donné beaucoup de mal à le faire exister », je remarque.
« Il n'allait pas détruire l'œuvre de sa vie ? » ironise Archi.
« Un truc comme ça. », j'acquiesce en enfournant un toast à la marmelade.
Archi me regarde en dessous cherchant sans doute à déterminer mon état d'esprit par rapport au mini-Malefoy. Je pourrais éviter de répondre à sa question muette mais le fait est que moi aussi ça m'intéresse :
« Nero n'a confiance qu'en moi... - et Drago dans une certaine mesure. Nero reste une clé dans toute cette histoire, je ne peux pas simplement arrêter de m'en occuper », j'argumente pour lui, comme pour moi, voire pour Sirius.
« Mais il a des pouvoirs immenses maintenant ? »
« Je ne crois pas qu'ils aient réellement terminé le transfert », je dis avant de me demander si cette affirmation est bien vraie. Il faudra vérifier.
« Et c'est quoi la priorité maintenant ? »
Hier encore, enfin cette nuit, j'aurais dit échapper au Ministère. Mais maintenant que tout le monde a pris la peine de me prouver que je confonds danger réel et pressions politiques, j'ai décidé que ce n'était plus réellement mon problème. Je crois que je n'aurais jamais le courage de grand-père, de Remus ou de Severus de me lancer dans ce type de bataille-là. Mon âme n'y résisterait pas.
« Trouver les Horcruxes de Voldie que semblaient détenir les Malefoy », je réponds donc. « Donner à Harry la chance d'en avoir réellement terminé avec ce monstre. »
OO
Je ne sais pas ce qu'ils ont, les autres, comment fonctionnent leurs esprits, mais j'hallucine de les voir tous sombrer au cours de l'après-midi à des degrés divers dans leurs devoirs. Moi, rien que de penser que demain matin à 8 heures je suis censé être en Botanique, j'ai envie de m'enfuir plus loin que l'Amazonie !
Quand je m'en ouvre à mon grand-frère, il soupire que s'il y avait du nouveau, ou des choses à discuter, on le saurait et semble s'enfouir avec bonheur dans un énorme devoir de potions qui pourrait dégoûter à jamais de regarder un chaudron. Hermione et Ron ne savent pas faire autre chose que l'imiter – surtout la première, trop contente, évidemment. Ginny et Archi m'écoutent plus patiemment mais finissent néanmoins par conclure de l'importance d'avoir quand même un truc à rendre à MacGo demain.
J'essaie un temps de leur tenir compagnie mais, très vite, je n'y tiens plus. Je décide d'aller carrément voir ce qui se passe à l'appartement. Peut-être serais-je capable de m'asseoir et d'étudier une fois que j'aurais vérifié qu'on ne sait rien de nouveau, qui sait ! Ou quand Papa m'aura explicitement renvoyé à mes devoirs. Je descends donc les escaliers quatre à quatre vers le hall d'entrée pour tomber presque nez à nez avec Severus qui sort de la cheminée avec Nero, suivi juste après par Drago, puis par Androméda.
Une partie de moi jubile - « je savais bien qu'il se passait quelque chose » -, mais une autre se désespère déjà – « qui de Severus ou de Drago me renverra à Gryffondor le premier ? » Et du coup, je reste stupidement planté là au milieu de l'entrée. Heureusement, Andromeda, ma grand-mère adoptive, m'ouvre les bras, sans s'inquiéter de ma fierté d'adolescent, et s'exclame :
« Oh, Cyrus, ça me fait plaisir de te voir ! »
« Moi aussi », je bafouille un peu – pour la plus grande joie de Drago, évidemment.
« Nous allions voir tes parents », continue Andromeda comme si elle venait réellement prendre un thé dominical en famille, « tu viens avec nous ? »
Quand on dit que Poudlard vient toujours en aide à ceux qui en ont besoin ?
« Bien sûr, Granny », je réponds et j'ai ma vengeance : Drago ne sourit plus.
Personne ne dit rien dans l'escalier jusqu'à l'appartement. Je monte devant et j'ouvre la porte sans frapper – je suis après tout chez moi.
« Cyrus ! Granny ! », s'exclament immédiatement nos deux petites terreurs abandonnant leurs jeux sur le grand tapis du salon pour courir à notre rencontre. Mae, qui avait dû s'assoupir sur le canapé, se redresse. Papa s'extraie de sa lecture.
Iris, qui a sauté à son habitude dans mes bras, repère Drago et Nero derrière Severus et grimace :
« Pas encore aller promener avec Linky !»
Personne n'arrive réellement à ne pas sourire – même Severus ou Drago.
« Et si cette sortie vous emmenait à Pré-au-lard acheter plein de bonbons ? », propose alors Androméda en tirant sa bourse de sa cape.
« Plein ? », s'intéresse Kane.
« Plein pour vous, plein pour Cyrus, pour Drago et Nero et pour Harry », liste Andromeda en sortant une pièce pour chacun. Honeydukes va faire fortune à ce rythme !
« Tu les connais ? », s'étonne Iris en montrant les Malefoy, plantés plus ou moins à l'aise à l'entrée du salon.
« Ce sont mes neveux, les fils de ma sœur », explique sa grand-mère avec un grand sourire. Je lis sur le visage de ma petite sœur que les relations familiales lui paraissent de plus en plus compliquées. Elle n'a pas tort.
Linky, que Papa a appelée pendant ce temps, arrive ensuite pour emmener les deux petits, qui partent assez fiers de leur ambassade. Et un silence tendu s'installe alors que nous prenons plus ou moins naturellement place au salon : Andromeda, Drago et Nero sur le canapé ; Papa et Severus chacun dans un fauteuil, Mae et moi devant l'âtre.
« Comment va Narcissa ? », demande Mae, estimant sans doute que la santé de sa tante reste le sujet le plus neutre à notre disposition.
Andromeda soupire et secoue la tête, l'air réellement désolée :
« Elle reste dans le déni et la confusion. »
« Elle ne nous reconnaît même pas », précise Drago avec une certaine violence. « Ni moi, ni Nero ! »
Je regarde le môme ; il ne m'a pas l'air plus affecté que ça par la non reconnaissance de sa mère adoptive.
« Non, Drago, elle a dit penser te connaître », lui rappelle très gentiment Andromeda. Si ça ne m'étonne pas qu'elle prenne son rôle de tuteur au sérieux, ça me fait bizarre quand même de la voir en protectrice des enfants de ceux qui ont enlevée sa fille un jour plus tôt. La vie est quand même une sacrée farceuse.
« Quand elle me voit, elle croit voir Lucius », lui oppose encore Drago.
« Tu lui ressembles effectivement beaucoup. »
« Non », aboie Drago, et je sais mieux qu'il ne l'imagine ce qu'il ressent à ce moment-là. La mémoire de Sirius me donne en effet les moyens de le faire. Nier sa ressemblance physique avec ses parents est un acte profondément violent mais d'autant plus révélateur. Andromeda semble hésiter à le contredire puis abandonne et se retourne vers Mae pour expliquer :
« D'une certaine façon, c'est comme si elle avait tout oublié, toute sa vie après son mariage...voire plus tôt que ça. Elle était contente de me voir, comme si... comme si j'habitais encore avec elle, chez nos parents. »
« Et que disent les médecins ? » s'enquiert Papa.
« Qu'elle a subi un choc, qu'il ne faut pas tirer de conclusions hâtives... »
« Bref qu'ils vont l'enfermer », termine sombrement Drago.
« On ne sait pas ! », proteste Androméda.
« Allons, ma tante, ne me dites pas que ce ne serait pas la meilleure solution pour vous tous », crache son neveu.
« Drago, Cissa est ma soeur ! »
« La question n'est pas là », intervient Mae.
« Ah non, vraiment, chère cousine ? », continue Drago.
« Narcissa n'est pas dans cet état à cause de nous », rétorque Mae, impériale. « Son esprit souffre manifestement de la mort de son mari et, quoi que je puisse penser d'elle, je suis capable de la plaindre pour son deuil et l'état dans lequel elle se trouve. Bien sûr, il aurait été... embêtant qu'elle bouscule la version des événements que nous avons proposée aux Aurors... mais il aurait encore fallu qu'elle puisse les convaincre et la vérité n'est pas meilleure pour elle que pour nous, au contraire, Drago. »
« Dans trente secondes, je vais devoir vous remercier ! »
« Vous avez voulu cet accord entre nous, Drago », rappelle sombrement Papa. « Taire ce qu'il s'est passé à Little Hangleton vous protège vous plus que nous. »
« Protège Narcissa », renchérit Mae.
« Si vous permettez », intervient alors Severus, l'air d'avoir décidé qu'il se passerait bien de nos petites querelles de famille. « Narcissa ne m'a paru ni en danger ni menaçante à Ste-Mangouste, en tout cas pour l'instant. Si nous devons nous préoccuper de quoi que ce soit, nous devrions plutôt nous interroger sur Fudge... »
« Fudge !? », s'étonne Mae.
« Ah oui », confirme Andromeda, avec un air méprisant indéniablement Black, « cet homme ne m'a jamais paru très malin mais, cet après-midi, je me suis dit qu'il devenait vraiment fou ! »
« Il était venu voir Narcissa », reprend Severus, captant immédiatement tous les regards. « Avec un aréopage d'Aurors comme s'il s'attendait à être attaqué dans l'enceinte de Sainte-Mangouste. Mais surtout, il racontait à qui voulait l'entendre que Lucius était victime d'un complot et qu'il serait la prochaine victime...»
« La victime, la victime de qui, de quoi ? », questionne Papa.
Severus grimace et soupire avant de répondre :
« Il n'a pas été très précis. Mais je ne crois pas qu'il nous soupçonne sinon il aurait parlé différemment. Ses accusations semblaient plutôt porter sur des gens proches de lui... des collaborateurs... »
« Des collaborateurs ? Ombrage ? », je m'esclaffe malgré moi.
« Je me trompe peut-être mais je dirais plutôt Scrimgeour », répond Severus sans réellement s'émouvoir de mon interruption. Comme le léonin Rufus n'est pas, loin s'en faut, un ami de la famille, personne ne commente.
« Tout ça n'a aucun sens », soupire Andromeda résumant l'avis de tous, enfin le mien.
« Quelles relations votre père entretenait-il avec Cornélius Fudge, Drago ? », demande finalement Papa.
« Ils... ils avaient des idées en commun », répond trop prudemment Drago, ça m'exaspère.
« Genre brûler tous les Sangs de bourbe et les garous ?! »
« Il n'y a que des écervelés comme toi pour penser que tout le monde devrait les aimer », me rétorque le nouveau chef des Malefoy – rien ne devrait changer.
« Drago ! », s'indigne Andromeda, mais Mae pose une main sur le bras de sa mère et questionne :.
« Est-ce que tu es en train de dire, Drago, que Fudge trempait dans le plan visant à faire de Nero un mage noir ? »
Autant pour tous ceux qui la cantonnent dans le rôle de la jeune et iconoclaste femme de Remus Lupin.
« Non », marmonne Drago, l'air un peu embêté par le revirement de la conversation.
« Fudge était au courant ? », insiste Mae.
« Non. J'ai dit : non. »
« Mais il servait la cause, sans le vouloir », extrapole Severus.
« Ils ne seraient jamais revenus sans le soutien de Fudge », j'interviens en désignant Nero de la main. « Il n'aurait jamais eu la nationalité britannique ! »
« Ils le tenaient comment ? », interroge Mae les yeux rivés sur Drago qui fait de son mieux pour éviter son regard.
« Impérium », répond alors Severus très bas. « Tout y est : le changement brusque de comportement, les sautes d'humeur, la paranoïa maintenant que Lucius est mort... »
« Mais Lucius n'était pas en permanence fourré au Ministère », objecte Mae les sourcils froncés. « Comment maintenait-il le lien ? »
« Il n'en avait pas besoin », intervient alors Papa, l'air aussi satisfait que quand il trouve la bonne traduction d'un obscur parchemin latin à moitié dévoré par les rats. « Il avait mieux. Il avait le tableau, le Horcruxe de Voldemort lui-même, dans la place, surveillant et soufflant des idées à ceux qui voulaient les entendre... »
« Comme le journal aurait dû le faire avec Cyrus il y a quatre ans », ajoute Mae, l'air de suivre le même fil que Papa. Ils vont un peu vite pour moi surtout qu'une question terrible me vient:
« Mais, dites-moi, il lui parlait comment le serpent du tableau ? Fudge est Fourchelang ? »
« Non » , répond Papa. « Mais les Horcruxes ont... comment dire... semblent avoir des capacités psychiques importantes, proches de la Légilimencie »
Encore celle-là, je ne peux m'empêcher de penser mais je le garde pour moi.
« Tu veux dire qu'il suggérait par la pensée des trucs aux gens du Ministère ? »
« Exactement. D'ailleurs à ce qu'on nous a raconté, certains ont demandé que le tableau soit déplacé, preuve qu'ils en ressentaient les effets... »
« Reste que ce tableau nous est difficilement accessible aujourd'hui », intervient alors Severus avec un regard appuyé sur Papa comme si celui-ci allait dire le contraire.
« Reste l'anneau », lui répond Remus sur le même ton – on dirait Harry et moi !
« Quel anneau ? », demande la petite voix de Nero dans le silence assourdissant qui a suivi. Androméda soupire, Severus lève les yeux au ciel, Mae s'humecte les lèvres, Drago se tend, Papa hésite et, moi, je me lance :
« Regulus avant de mourir a laissé une liste d'objets... on a fini par comprendre qu'une partie de cette liste correspondait à des Horcruxes de Voldemort. Sans doute les traquait-il. Sans doute est-ce même pour cela qu'il a été tué. »
« Par Voldemort ? », veut savoir le môme, ses grands yeux gris curieux et calmes.
La vérité me fait hésiter. Je lui ai déjà balancé que sa vraie mère avait été tuée, maintenant je dois lui dire que son père adoptif est sans doute aussi celui qui a assassiné Regulus. Il va finir par me détester, non ? Mais je regarde tous les autres autour de moi et je me rends compte que moi seul peux le dire.
« Nous pensons que c'est Lucius... »
« Mensonge ! », hurle Drago. « Calomnie ! »
« Malheureusement non, Drago », intervient Severus – et là encore, qui d'autre que l'ancien ami de Lucius serait plus légitime ? « J'étais là le jour où ton père a apporté à Voldemort la preuve du décès de Regulus... Moi aussi, j'étais un Mangemort », ajoute-t-il au bénéfice de Nero avant même que celui-ci ait dit quelque chose. Papa lui fait un de ses sourires tristes.
« Drago, Lucius a-t-il jamais... parlé de la fin de Regulus ? », questionne alors très doucement Andromeda. « Comment détenait-il ce Horcruxe qui lui a permis de créer Nero ? » Elle n'a même pas frémi en jouant avec toutes ces horreurs. Le sang des Black, je me dis, sans trop savoir si c'est une excuse à quoi que ce soit.
Il a l'air coincé, l'héritier Malefoy.
« Vous voulez l'anneau ? », il demande finalement, choisissant une défense en forme d'attaque.
« Tu sais où il est ? », s'excite Mae immédiatement.
« Vous en feriez quoi ? », questionne encore Nero de sa petite voix.
« Tant qu'il restera des Horcruxes, Harry ne sera jamais libéré de la prophétie, de Voldemort », j'explique.
« Vous allez le détruire ? », conclut l'enfant.
Il y a un drôle de flottement chez les adultes là. C'est pas la première fois que je m'en rends compte, il y a un non-dit autour des Horcruxes de Voldemort. Un truc qui les fait flipper et qu'ils gardent pour eux.
« C'est quoi le problème ? », je gronde.
« Bien sûr, qu'il faut le détruire. Nous ne savons seulement pas encore comment », biaise Papa avec un regard pour moi qui me promet un sale quart d'heure si je ne trouve pas opportun d'arrêter d'insister. Ok, je la boucle. De toute façon, si c'est aussi grave que je le pressens c'est pas maintenant que je le ferais parler.
« Vous avez déjà détruit le journal pourtant ? », remarque Drago sentant sans doute qu'il y a là matière à gagner des points. Il a ça dans le sang, pas à dire.
« Voyons déjà l'anneau, nous verrons ensuite si nous pouvons le détruire et comment », intervient Severus au secours de mon Papa. S'ils ne sont pas mignons mes menteurs préférés !?
« Qu'est-ce que nous y gagnerions ? », monnaie sans détour notre nouvel ami Drago.
Papa regarde Severus avec une demande claire : négocie-moi ça vite et bien parce que moi j'ai envie de l'étriper. Enfin, c'est ce que je pense moi, et à l'agacement perceptible dans les mains de Papa, je ne me crois pas le seul.
« Drago, toi et Nero, vous n'avez jamais autant eu besoin d'alliés », intervient alors Andromeda. « Ne crois pas que la fortune que laisse ton père suffira à vous assurer prospérité et liberté dans le monde où nous vivons. Attends que les journaux s'emparent de la folie de ma sœur, attends que les Gobelins commencent à te mesurer leur crédit... Et tu n'as pas beaucoup d'options, Drago. Soit tu nous aides à mettre de l'ordre dans les affaires de ton père, à défaire son projet de malade, soit tu cours demander la protection de Fudge. Je ne sais pas ce que tu as pensé de lui cet après-midi à Sainte-Mangouste, mais le docteur semblait réfléchir à l'enfermer... »
« Admettons que je vous dise où est l'anneau en preuve de ma bonne foi – je me fiche sincèrement de votre Voldemort. Je ne fais pas ça non plus pour Harry. Oui, je sais où il est mais ça ne vous aidera pas plus. Il n'est pas plus accessible que le tableau. Voire moins encore. »
« Où ? » demande Papa même si je pense que nous avons tous compris.
« Au manoir Malefoy. Dans le bureau de mon père. »
OOO
Le reste du dimanche est passé comme une gueule de bois – non, je n'en ai pas profité pour descendre les réserves familiales, c'est une métaphore. On a eu beau ressasser tout ce qu'on savait, on n'arrivait à aucune autre conclusion que le fait qu'on était bloqués de tous côtés : le manoir était sous scellés et demander à Kingsley d'y retourner c'était l'inviter à démissionner ; le tableau au Ministère était impossible à approcher de jour comme de nuit sauf à provoquer une nouvelle crise de paranoïa de notre ministre. Brytan était entre les mains des Aurors.
Mae et Severus sont retournés à la maison du Pays-de-Galles et l'ont fouillé jusqu'à la nuit sans trouver de nouvelles pistes des méthodes utilisées par le maître des potions bulgare pour créer Nero. D'après Severus, le laboratoire dans la maison n'avait pas servi depuis des mois. Ça correspondait plus ou moins à l'arrêt de la croissance miraculeuse du gosse. Ça ne nous apprenait rien.
J'ai même fini par retourner de moi même à Gryffondor. Et Harry, une fois que l'ai eu mis au courant des dernières non nouvelles, m'a convaincu de faire mes devoirs, peut-être pas avec le zèle et l'application attendus d'un élève de sixième année mais suffisamment pour survivre au lundi. Oui, j'étais désespéré.
Les Malefoy sont revenus dîner dans la grande salle et dormir dans leurs maisons respectives. Jamais Drago n'avait été plus hautain et distant, ni Nero, son ombre – il ne s'était séparé de son grand frère que pour la durée du repas ; Drago l'a ostensiblement raccompagné jusqu'à sa salle commune après. On chuchotait derrière leur dos, évidemment. Un suicide fait toujours mauvais effet. Je savais que Papa, Mae et Severus allaient se relayer toute la nuit devant la carte, je devrais dire ma carte, pour les surveiller. Et tout cela ne me rendait pas plus calme.
Alors que je regardais les deux Malefoy s'éloigner au milieu de nos charmants condisciples, il m'a semblé que Sirius aurait aimé être à la place de Drago, juste pour ce pied de nez aux règles tacites de Poudlard comme de sa famille.
« On va dire bonsoir à Hagrid », a alors soufflé mon grand frère en me prenant le coude et m'attirant en arrière.
« Sur ce ton, on dirait un ordre », j'ai contré, déjà agacé de sa sollicitude, de son calme, de son aînesse, et tout ce qui semblait aller avec.
« Tu préfères réellement retourner à tes devoirs ? Ou te battre avec le premier pauvre imbécile qui passera à ta portée ? »
« J'avais oublié que tu crois toujours pouvoir tout deviner de mes intentions ! », j'ai craché. Archibald et Ginny ont presque reculé derrière moi, mesurant les risques imminents d'explosion. Un instant très bref, j'ai imaginé Papa sommé de statuer sur notre sort si on se battait à mains nues dans le hall d'entrée. Ça ne m'a même pas calmé.
« Bref, tu ne veux pas aller voir Hagrid », m'a opposé Harry avec ce calme qu'il a hérité de Remus, en dépit de tout l'atavisme Potter et Evans que ses gènes auraient dû lui imposer. Vous ne trouvez pas ça injuste quand on y pense ? Mais ça me fait le même effet de qu'un seau d'eau glacée. Puis-je aller plus bas dans le ridicule ?
« Aies le triomphe modeste », je lui intime donc, ce à quoi il fait mine de saluer avec un chapeau imaginaire :
« S'il plaît finalement à Monseigneur de m'accompagner... »
« Harry ! », je menace.
« Attrape-moi donc si tu peux, ça te défoulera », il répond et, profitant éhontément de son statut de préfet, il court dès le Hall. Je le suis sans me retourner sur les menaces de Rusard. J'espère confusément que quelqu'un de l'équipe professorale saura le calmer.
Il court vite, l'animal, je ne le rejoins que devant la cabane de Hagrid qui nous a vus arriver et nous attend sur le pas de la porte.
« Qu'est-ce qui vous arrive ? », il s'inquiète immédiatement.
« Rien, promis », répond Harry reprenant son souffle. « Juste besoin de se défouler. »
« Oh, tant mieux, j'ai eu peur », répond le garde-chasse, l'air sincèrement soulagé. « Vous entrez cinq minutes ?»
« On a une bonne heure avant le couvre-feu », lui rappelle Harry en le suivant.
« T'as vu comme on ne risque rien avec lui ? », je grince en pénétrant à leur suite.
« Cyrus, avec tout ce qui se passe en ce moment... », commence Hagrid – j'aurais dû le prévoir, je sais.
« Ne le gronde pas », intervient Harry qui s'est déjà assis à la grande table de bois qui prend la plus grande partie de la pièce. « Il est beaucoup plus inquiet qu'il n'est prêt à le reconnaître... Mais je te dis ça sous le sceau du secret, il déteste que j'ai l'air de le comprendre », il ajoute en faisant semblant de baisser la voix.
« Harry, je... »
« Chocolat, alors ? » intervient Hagrid.
On sort de table mais Harry accepte avec un grand sourire qui me fait comprendre pourquoi il m'a entraîné là. Combien de tasses de chocolat on aura bu à cette même table avec Hagrid ? Harry encore plus que moi. C'est son enfance, sa naïveté et sa sécurité que Harry est venue chercher ici. Comme s'il était moins inquiet que moi. Je m'assois, dompté.
« Il marche bien le scooter », je commente quand je récupère assez de culot pour le faire. Comme je l'espérais, Harry se marre.
« Magnifique, magnifique, Cyrus », convient Hagrid avec empressement. « Mieux encore qu'hier depuis que le professeur McGonagall m'a aidé à stabiliser sa trajectoire... »
« Minerva ? », vérifie Harry, toujours tellement joyeux et rigolard que ça dénoue le noeud que je traine dans la gorge depuis le milieu de l'après-midi.
« Oui, après votre départ... elle m'a demandé comment je l'avais enchanté... », explique Hagrid un peu gêné quand même. Il nous verse le chocolat promis avant de s'asseoir et de demander dans un soupir : « Vous ne direz rien à votre père ? »
« Hagrid, la seule personne dont tu dois te méfier dans cette histoire, c'est Rogue », j'affirme.
« Severus sait que nous te l'avons donné », intervient Harry en levant les yeux au ciel comme pour me reprocher ma couardise. « Ne t'inquiète pas Hagrid, Papa a d'autres chats à fouetter pour l'instant que ce scooter, sa provenance et comment il vole. Tant que tu restes dans le parc, il s'en fiche complètement. »
« C'est grave, hein ? », demande pensivement Hagrid, tournant machinalement une cuiller dans son énorme tasse, comme s'il pensait qu'on pouvait mesurer l'inquiétude du directeur de Poudlard à son respect du règlement. On parle quand même de Remus Lupin ! Celui que ses amis appelait Lunard en souvenir de courses folles et nocturnes dans les bois !
« On ne sait pas », soupire Harry, en avalant une gorgée. Et je me mords les lèvres, je voudrais lui dire le contraire, lui assurer qu'on va s'en sortir mais ce serait mentir. De nouveau, la menace est diffuse plutôt que précise. Pour un peu, je le regretterais.
« Disons surtout, qu'on est un peu bloqués pour l'instant », j'essaie maladroitement. «On dépend des autres, de Fudge, de Scrimgeour, de Drago... »
« Cyrus n'a aucune confiance en Drago » , souligne Harry avec un rictus amer qui ne m'est pas forcément destiné.
« Drago n'est pas obligatoirement un méchant garçon » , énonce alors Hagrid.
« Hagrid » , reproche doucement Harry sidéré. « Il ne t'a jamais montré la moindre considération, ni pour toi ni pour ton enseignement, ni.. »
« Non, Harry, non » , lui oppose le demi-géant en secouant sa grosse tête ébouriffée. « Il n'a fait que ce qu'il pensait qu'on attendait de lui, de l'héritier des Malefoy... Il n'a jamais pris d'initiatives personnelles montrant qu'il partageait réellement tout ça... Je me souviens de la guerre, Harry... quand ton père, tous les maraudeurs étaient élèves, quand Bellatrix Black ou Rabastan étaient ici... Tu peux me croire, il n'y avait pas de doute sur leur sincérité... pas à tous, non... Le professeur Rogue jeune, il était avec eux pour le prestige... un peu comme Drago... pas parce qu'il était convaincu par ce qu'ils disaient ! »
Cet étalage de souvenirs nous rend songeur. J'hésite, essaie de me retenir puis n'y tiens plus.
« Et Regulus ? » , je murmure, essayant d'assumer le regard triste de Harry sur moi.
« Regulus Black ? » , précise Hagrid les sourcils froncés. Mon coeur bat très fort. Hagrid ne sait pas officiellement pour moi ; il n'a jamais même souligné que je ressemblais à Sirius. Pourtant il l'a connu. A-t-il remarqué la ressemblance entre Nero et Regulus ? Est-ce une chose à laquelle il accorde la moindre importance ? « C'était un petit très triste et très solitaire.... Il avait peur de tout ou presque en arrivant... »
« Et son grand frère ne l'a pas aidé » , j'ajoute, l'idée venant directement de Sirius évidemment. Hagrid me regarde longuement avant de répondre.
« Je ne sais pas ce qu'on t'a dit, Cyrus » , il finit par répondre. « Mais Sirius Black n'était pas un si mauvais garçon que tu sembles le penser. Il était trop jeune pour se rendre compte qu'il n'aurait pas obligatoirement le temps, ou la chance, de se réconcilier avec son frère... et puis il détestait trop tout le reste de sa famille pour oser baisser la garde devant lui... » Il boit le fond de sa tasse avant de conclure : « Oui, Regulus Black était aussi seul que Drago aujourd'hui » .
oooo
La dernière fois j'avais oublié d'annoncer le prochain ! Vous n'avez même pas protesté ! Mais bon je renoue avec la tradition !
Le quarante-huitième chapitre est narré par Dora et s'intitule : "Les dangers de la profession"..