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Un supplément d'âme
Merci aux fidèles bêta – Alixe, Dina, Fée et Thalys.
Merci aux huit magiques reviewers de la semaine : Rebecca-Black, BastetAmidala, Rémi, Na, Maha, Lizou,Tallia et Lyra Sullyvan
Période couverte par ce chapitre :
Mercredi 18 et Jeudi 19 février
49. Harry : la magie réglementaireScrimgeour va nous amener les Horcruxes.
J'ai passé la nuit assis à la fenêtre de mon dortoir à retourner cette phrase dans ma tête, à me demander s'il y arriverait, si ce n'était pas un faux espoir et si, même, c'était réellement un espoir pour moi. Est-ce que je voulais affronter les Horcruxes de Voldemort encore une fois ? En étais-je capable ? La nuit n'a pas suffi à répondre à ces questions.
Le mardi matin, je suis donc un peu vaseux à l'heure du petit-déjeuner. J'ignore volontairement les nouveaux titres de la Gazette : « Nous allons rétablir la confiance », promet Dawlish en page une. Narcissa Malefoy a été transférée au service des Maladies magiques longues, annonce la dernière page. Je laisse Hermione digérer tout ça les sourcils froncés ; j'aime autant qu'elle me raconte. Surtout, je n'arrive pas réellement à discipliner mes pensées sur autre chose que la mission de Scrimgeour.
Il serait plus juste de dire qu'il va essayer d'amener les Horcruxes, je décide, en avalant machinalement la nourriture devant moi. Même si tout le monde s'est accordé à dire que nous ne pouvions pas aller en troupe dans un Manoir sous scellés ou au Ministère en dehors des heures d'ouverture nous coltiner avec ces horreurs, la réussite de Scrimgeour n'est pas totalement assurée.
D'abord, il serait faux de le penser libre de ses mouvements – on n'a qu'à réfléchir au déguisement qu'il a dû endosser pour venir parler à Mae ! Quand je pense au nombre de mecs de mon année qui ont commenté toute la journée la venue de la tenancière des Trois Balais... en commençant par Ron ! Je m'attendais d'ailleurs à ce que Cyrus explose de rire en apprenant la véritable identité de la visiteuse surprise du matin, mais ça n'a pas été le cas. Il a juste demandé jusqu'où on pouvait lui faire confiance.
« Il est désespéré, Cyrus », a objecté Mae.
« Justement », a contré mon petit frère avec cet air d'avoir plus d'expérience que nous tous.
Et on aurait voulu que je dorme calmement après ça !
Ensuite, je ne cesse de me demander ce que Scrimgeour devra faire pour les amener, si ce sera dangereux et s'il y arrivera. Personne hier soir n'en était bien sûr. Bien sûr, si on se base sur le journal que les Malefoy avaient donné à Cyrus, il peut sembler assez facile de manipuler un Horcruxe sur une courte période de temps. Mais quand même, comment être sûr que Scrimgeour ne succombera pas à leur pouvoir maléfique ? Il me suffit de repenser au serpent Nagini dans son grand cadre doré pour avoir la chair de poule. Même Malefoy, après avoir expliqué où était caché l'anneau et comment ouvrir la cachette, n'a pas pu dire si manipuler le bijou serait dangereux.
« A bien y repenser », a-t-il même finalement lâché, « je n'ai jamais vu mon père le prendre dans ses mains. Il me l'a montré, oui. Mais il ne l'a jamais pris dans ses mains. ».
J'en suis là dans mes pensées quand nous entrons dans la salle de potions. C'est quasiment le seul cours où je croise Drago, qui a gardé comme moi l'option. Je remarque qu'il s'assoit devant et seul, non qu'il ait jamais semblé totalement réintégré Serpentard depuis septembre, mais quand même. Je ne pardonne rien à ses parents mais j'ai un peu de peine pour lui. Lui aussi, comme Nero, n'a fait qu'obéir. Aurais-je été capable à sa place de voir le caractère monstrueux de leur plan et de m'y opposer ? Serais-je capable de voir si mes parents se trompaient dans leur lecture des évènements et dans leur choix ? La réponse n'est pas facile.
« Nous allons continuer notre exploration des vingt potions réglementaires du Ministère », annonce Mademoiselle Ash quand le calme s'est installé. « Je n'ai pas besoin de rappeler à ceux qui ont rempli un dossier de candidature pour une formation d'Aurors qu'ils auront à prouver leur compétence en la matière...»
Ron se redresse à ma droite et je l'envie un peu de pouvoir accorder autant d'importance à son futur. La liste des ingrédient étant apparue au tableau, Hermione et lui se mettent immédiatement en action alors que je dois réellement me pousser pour faire de même. Armoise, dents de dragon pilées, racine d'hellébore... Je finis par avoir tout ramené devant moi et je commence à préparer soigneusement les ingrédients selon l'ordre requis en essayant de ne penser à rien d'autre. Ça m'est assez difficile de rester concentré mais l'avantage des potions réglementaires, c'est qu'il n'y a pas tellement à réfléchir pour les réaliser.
Je suis en train de me demander combien de jours il va falloir à Scrimgeour pour mener à bien sa mission et revenir vers nous avec (ou sans ) les Horcruxes, quand Mademoiselle Ash se campe devant mon chaudron :
« Monsieur Potter-Lupin, avez-vous lu les instructions ? »
Toute la classe nous regarde. Ce n'est pas tous les jours qu'un prof m'engueule, il faut bien le dire, en potions sans doute encore moins qu'ailleurs – Severus ou Minerva n'ont jamais hésité à afficher de hautes exigences envers moi dans leurs matières respectives. Je suis donc presque aussi surpris que mes petits camarades, ma main levée, armée de sa cuiller qui vient de tourner neuf fois le Breuvage de désillusion, arrêtée en plein air. Me serais-je trompé de nombre ? Un coup d'œil au tableau m'apprend que non.
« Mais oui, Professeur », je proteste donc respectueusement.
« Montrez-moi donc où les instructions demandent de tourner huit fois dans le sens des aiguilles d'une montre puis une fois dans le sens contraire ! »
« Elles disent de tourner neuf fois dans le sens des aiguilles d'une montre », j'admets, me rendant compte que j'ai, vraiment sans y penser, appliqué les conseils de Severus qui prétend que dans toute potion contenant de l'armoise, on tourne une fois le mélange dans le sens contraire du reste pour donner plus d'homogénéité au breuvage. C'est un truc que je l'entends professer depuis que j'ai cinq ans et que je ne mettrais pas plus en cause que la place du couteau à droite de l'assiette !
« Vous vous estimez au-dessus des instructions ? », reprend Ash étonnamment venimeuse. Il n'y a pas mort d'homme tout de même !
« Non professeur », je promets. Comment peut-elle même imaginer une chose pareille ? « La grandeur du maître des potions est à la hauteur de sa capacité à se soumettre à la recette à suivre », dit souvent Severus.
« Alors, expliquez-moi », elle ordonne.
Je me demande un instant si elle rigole. Je doute sincèrement qu'elle ne connaisse pas cet axiome de Severus sur l'armoise, même si elle n'a pas fait ses études ici. A moins qu'elle ne mette en scène une démonstration détournée comme les profs en ont le secret, je décide : elle va finalement me donner raison quand j'aurais expliqué pourquoi.
« Le... professeur Rogue m'a dit un jour... », je commence donc patiemment, mais mes premiers mots la font littéralement exploser :
« Le professeur Rogue !? Regardez autour de vous, Potter-Lupin, voyez-vous nulle part le professeur Rogue dans cette pièce ? »
Il y a bien quelqu'un derrière moi pour chuchoter à son voisin - « encore heureux », mais elle ne le regarde même pas. Elle me jauge comme si j'avais fait exploser mon chaudron juste pour la provoquer. Je me sens un peu rosir de gêne et d'agacement mêlés. Tout ça parce qu'elle n'a pas digéré que Severus ait été maître des potions avant elle ?
« Non, Professeur », je répète néanmoins, tenant plus ou moins pour acquis qu'un prof à qui on ne répond pas finit par se calmer tout seul.
« Voyez-vous son nom sur les instructions officielles du Ministère quant à la préparation des potions réglementaires ? », elle poursuit, aucunement radoucie par mon humilité que j'ai de plus en plus de mal à maintenir d'ailleurs.
« Non, Professeur », je réponds encore une fois, retenant que je ne vois pas son nom à elle non plus.
« Par conséquent », reprend Ash, en désignant le contenu de mon chaudron, « cette potion n'est nullement une potion réglementaire puisque sa préparation n'a pas respecté les instructions précises qui permettent de la qualifier comme telle. »
« Oui, Professeur », je soupire le moins bruyamment possible. Comme c'est parti, elle va faire disparaître ma potion et je vais me retrouver avec une sale note. Ce sera la première fois ou presque. Je ne m'inquiète pas réellement de ma moyenne mais de sa soudaine vindicte contre Severus. C'est visiblement lui qu'elle espère atteindre à travers moi. Génial.
« Compte tenu de vos résultats habituels, je veux bien vous donner une chance, Potter-Lupin », elle continue un peu plus doucement. « Si vous n'avez pas faim, vous pouvez rester le temps nécessaire pour suivre les instructions réglementaires. »
« Merci, Professeur », je réponds, sachant bien que si je laissais cours à mon sentiment d'injustice, j'empirerais les choses non seulement pour moi mais aussi entre Severus et elle. Avec tout ce qui se passe en ce moment, je ne me vois pas être la cause d'une querelle ouverte entre deux professeurs. Oui, je pense que Remus me remercierait.
Elle fait effectivement disparaître ma potion, et je n'ai plus qu'à recommencer patiemment à rassembler, mesurer et préparer les ingrédients alors que mes petits camarades terminent la cuisson et le filtrage. Quand je peux rallumer le feu sous mon chaudron, les plus rapides commencent à sortir. Hermione et Ron traînent un peu mais doivent bien finir par partir eux aussi. Quand c'est au tour de Drago, il marque un arrêt devant moi comme s'il allait me dire quelque chose puis décide du contraire. Ash attend que le dernier soit sorti pour revenir vers moi :
« Les règlements, Potter-Lupin, sont faits pour protéger les sorciers des dérives reconnues par leurs aînés, pour éviter la reproduction d'erreurs avérées », elle commence sans aucune autre introduction. On dirait qu'elle récite une leçon. Ça me fait un peu frissonner. « Les potions réglementaires sont les potions les plus sûres qui soit ; elles peuvent être utilisées par n'importe quel sorcier en n'importe quelles circonstances. Il ne s'agit pas de recherche et d'innovations audacieuses, comme les aime votre cher professeur Rogue. »
Je me permets juste de lever les yeux de mon chaudron pour lui montrer que je l'écoute. Sur quoi voudrait-elle que je commente : le respect du règlement en général, la sécurité dans les potions ou mon cher professeur Rogue ?
« La différence est souvent infime, Harry », elle reprend très doucement, presque rêveusement. « Même avec les meilleures intentions du monde, on peut quitter la voie de la bonne magie, de la magie respectueuse de la vie et des règles... Vous me comprenez ? »
Mon cœur s'est arrêté de battre, elle veut dire ! Les meilleures intentions ? La bonne magie ? Me dire ça alors que, quelque part, des Horcruxes veulent me détruire, moi, que mes parents adoptifs font chaque jour ou presque des entorses à tous leurs principes pour me protéger, que mon petit frère est mon parrain et a deux consciences ? Jamais depuis longtemps tout ça ne m'a paru aussi dangereux et embrouillé. Mes mains, qui pèlent une racine d'hellébore, tremblent.
« Harry... Je sais bien que vous ne pensez pas à mal, mais les choix du professeur Rogue ne sont pas obligatoirement des choix universels. Ils peuvent se justifier en fonction du contexte mais ils restent des prises de position souvent dangereuses. J'aimerais que vous preniez plus d'autonomie et de recul avec tout cela. Gagnez en expérience et en jugement avant de vous lancer dans des voies aventureuses et sans doute dangereuses... », elle m'enjoint sans sembler remarquer mon trouble.
« J'essaierai, Professeur », je promets en comptant neuf fois mes coups de cuiller dans le même sens.
oo
La nuit suivante n'est pas plus paisible. A mes inquiétudes envers la réussite éventuelle de la mission de Scrimgeour se mêle maintenant la mise en garde de Mademoiselle Ash.
Les meilleures intentions justifient-elles se que nous sommes en train de faire ? Je veux y croire. Je me répète que je me suis déjà une fois laissé entrainer à douter de mon père adoptif et que j'ai bien failli y laisser la vie, et permettre au fameux Voldemort de reprendre corps. Ça marche un peu, pas complètement. Je sais que ça irait mieux si j'allais voir Remus, ou même Cyrus. Mais je me dis qu'à mon âge, il serait temps que j'apprenne à assumer seul mes angoisses. Alors quand mon petit-frère m'a lancé : « Alors maintenant tu déjeunes avec Ash ? Veinard !» J'ai ri et sobrement tenu le fort en répliquant : « Jaloux ! » Comme ça il s'en est tenu aux apparences lui aussi et m'a supplié : « Chut, Ginny pourrait t'entendre ! » pour la plus grande joie de la salle commune.
Je crois pourtant que Ron et Hermione se doutent de quelque chose – enfin surtout Hermione, sauf que je veille à ne pas lui laisser le loisir de me questionner. Et comme par hasard, c'est Severus qui me prévient de la suite des évènements à la fin du cours de Défense :
« Monsieur Potter-Lupin, deux mots ? »
« C'est ta semaine, Harry », commente Seamus avec une moue désolée. « Ash, et maintenant Rogue, tu vas finir par avoir autant d'ennuis que ton frère ! »
Je lui rends son sourire aussi, après avoir répondu un « Oui, bien sûr, Professeur », et je prend mon temps pour ranger mes dernières affaires – laissant à tous ceux qui en ont encore besoin celui de sortir. Severus ne proteste pas, preuve que ce ne sont pas mes résultats scolaires qui sont en cause. Quand je m'approche du bureau, il ferme d'ailleurs la porte à clé et la rend imperméable aux sons d'un coup de baguette.
« Notre ami sera là ce soir », il annonce sans attendre.
« Ce soir », je répète un peu au hasard. Ce soir, déjà ? « Il a trouvé ? »
Le fait que ni l'un ni l'autre n'arrivions à parler franchement malgré les précautions qu'il a prises est sans doute révélateur.
« Il a l'anneau. Le portrait... se révèle difficile à déplacer discrètement... même pour une nuit », explique Severus.
« Ah, et alors, comment allons-nous faire ? »
« Nous verrons. De toute façon, détruire un Horcruxe ne sera pas une partie de plaisir. Nous ne savons même pas si nous y arriverons », précise Severus impitoyable.
« Mais le journal ! », je proteste.
« C'est toi qui l'as détruit », il répond.
« Qu'est-ce que ça change ? »
« Peut-être tout. »
Il est curieux ce regard qu'il me lance. Il est plein d'amitié et de compassion – oui, je sais, peu de gens me croiraient – mais il me fait frissonner autant que s'il était sombre et agressif. Les meilleures intentions, a dit Ash. La bonne magie. Je suis sûr qu'elle serait horrifiée.
« Ce soir, Minerva viendra vous chercher à Gryffondor, après minuit... Tu t'arrangeras pour qu'il n'y ait plus personne pour vous voir partir... »
« Cyrus aussi ? », je m'étonne.
Il a un soupir avant de répondre presque à contrecœur :
« Albus pense que sa présence peut t'aider. Sache que les Malefoy seront là aussi, d'ailleurs... »
« Quoi ? », je proteste. « Mais ! »
« La victoire de la magie blanche leur sera édifiante », propose Severus, mais je vois bien que c'est une diversion.
« La magie blanche ? », je crache.
Les yeux de Severus sondent les miens.
« Tu n'en es pas sûr ? »
Je hausse les épaules et je détourne les yeux, il me prend l'épaule :
« Harry, seule la magie blanche la plus pure, seules les forces les plus positives, des forces de vie, seront capables de générer de quoi détruire un Horcruxe », il affirme. Je sens son besoin de me convaincre, il vient par vague s'opposer à mon angoisse, mais cette dernière est la plus forte. « C'est la raison de la présence de Cyrus. »
« Lui-même débordant de magie blanche... », je lâche malgré moi.
« Harry ! »
« Pardon, je ne voulais pas dire ça... », je balbutie réellement honteux d'avoir succombé aux objections de Ash. J'ai l'impression de trahir toute ma famille. Sans parler du fait que je ne me crois pas obligatoirement capable de retenir très longtemps ce qui c'est passé hier. Je ne suis pas sûr qu'il pourrait s'empêcher d'aller lui dire sa façon de penser et que tout ça ne prendrait pas des proportions effrayantes.
« Mais il serait encore plus grave que tu le penses sans le dire ! », assène Severus en me prenant maintenant par les deux épaules et en me forçant à le regarder. « De quoi doutes-tu ? Sirius a choisi, Harry, il n'y a eu nulle contrainte et nulle manipulation ! J'étais là Harry, je lui ai redit mille fois les conditions du choix ! Rien depuis n'a pu nous amener à penser qu'il regrette ce choix ! »
« Mais Cyrus dit... »
« Qu'il est un monstre ? La belle affaire ! Cyrus a juste peur qu'on ne l'aime pas autant qu'il nous aime ! »
« Oh », je commente brillamment, désarçonné que Severus s'associe à nous pour parler de son amour pour Cyrus.
« C'est un poison, Harry, bien sûr. Mais cette jalousie-là est un poison bien bénin, crois-moi », il affirme avec un air un peu triste, avant de reprendre sur un ton d'autorité : « Cyrus a plus de vie que de mort en lui ; il donne plus qu'il ne demande ou ne prend ; il est une force positive pour toi, pour Remus, pour Nymphadora, pour les jumeaux, pour Androméda... voire pour ce petit Nero. Tu n'as pas le droit de douter maintenant, Harry ! Pas aujourd'hui ! »
« Ok », j'abdique parce que rarement il a été aussi véhément. Et aussi parce que j'ai envie de le croire.
Severus me jauge un peu avant de reprendre.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Harry ? Qu'est-ce qui t'inquiète tant que tu en viens à douter de Cyrus ? »
Présenté comme ça, j'ai envie d'aller me cacher dans la forêt interdite pour ne plus jamais en sortir. Il serait si simple de tout mettre sous le dos de Ash... A défaut, je me tairais bien mais les yeux noirs profonds de Severus sont sur moi.
« C'est juste que parfois... je me demande si nous avons raison... », j'avoue honteusement.
« Raison ? Aurions-nous tort de vouloir définitivement débarrasser le monde de Voldemort ? »
« Non », je reconnais. « Mais tous les moyens sont-ils... »
« Les moyens ne sont pas les siens. Jamais Voldemort n'a cru au pouvoir de l'union et du don de soi. »
« Le don de soi ? »
Pour la première fois, je sens son regard fuir un peu. Il lâche mes épaules et répond sobrement :
« Il y a tant de façons de le faire, Harry... »
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Minerva nous attend comme promis à l'entrée de la tour.
« Monsieur Rusard est près de l'entrée de Serdaigle, mais je vais vous accompagner jusqu'au Grand Hall », elle précise.
« Tu ne viens pas ? », demande Cyrus.
« Je reste veiller sur le château », elle nous apprend. « J'espère que tu ne lui en voudras pas, Cyrus, mais ton père m'a prêté ta carte. »
On fait quelques pas avant que Cyrus ne trouve une réponse adéquate.
« Tant que tu ne m'en veux pas de l'avoir créée, Minerva ! »
« J'ai toujours respecté l'imagination et la compétence, Cyrus », répond notre professeur de Métamorphoses.
Cyrus rosit sous le compliment, et ça me fait sourire – tiens, je peux encore sourire, je m'étonne. « Tant qu'elles ne sont pas utilisées pour provoquer la douleur d'autrui ou la destruction », ajoute-t-elle.
Je me demande si Severus a parlé à d'autres de ma petite crise de foi. Je ne crois pas, mais pourtant l'affirmation de Minerva y répond étrangement.
Dans l'entrée, Papa nous attend. A sa suite, nous sortons du château pour nous enfoncer dans le parc en direction de la forêt magique. Nous y pénétrons sans même ralentir.
Sortez vos baguettes, indique-t-il juste en montrant l'exemple.
Remus ouvre la route non sans se retourner régulièrement pour vérifier que nous ne sommes pas suivis ou qu'un danger ne nous menace pas. On marche une dizaine de minutes, jusqu'à une colline pierreuse où je me souviens être venu enfant une fois avec Hagrid. A mi-pente, je crois me rappeler, il y a une grotte élargie avant l'époque des Fondateurs par des sorciers. Selon Hagrid, elle servait alors de refuge pour les sorciers qui devaient se rendre dans la forêt pour récolter certaines plantes.
« La grotte ? », demande Cyrus qui a dû faire la même promenade éducative que moi avec le garde-chasse – à moins que Sirius ait connu l'endroit, évidemment.
« Hagrid t'y a amené ? », s'enquiert Papa qui est sans doute bien placé pour connaître les limites des connaissances des Maraudeurs dans la forêt. Et mon frère opine.
« Moi aussi », j'ajoute.
« Il doit vraiment aimer cet endroit », commente Remus en commençant à grimper entre les rochers. « C'est lui qui nous l'a proposé... J'en avais entendu parler mais j'ignorais qu'elle se trouvait si près du château. »
On échange un regard avec Cyrus, chargé d'excitation et d'inquiétude mêlée. C'est sans doute une vraie aventure comme les Mauraudeurs auraient aimé en vivre, je me dis. Ça me donne un regain d'optimisme et je m'engage à la suite de Papa.
On arrive à une entrée assez large soutenue par des piliers de pierres taillées et gravées de runes – paix, repos, vie, je déchiffre. Le porche est assez bas. Comme Remus, je dois me pencher pour entrer. Je me souviens que Hagrid avait dû se mettre à quatre pattes. Après un court couloir, on pénètre dans une salle circulaire. Elle est plus impressionnante que dans mes souvenirs. Peut-être à cause des torches qui l'illuminent ce soir et animent d'une sorte de vie les restes, bleu, rouge et or, des fresques qui ornaient ses murs. Je distingue un chasseur, un centaure, une sorte de géant, une licorne, une dame vêtue de bleu. Mais je ne m'y attarde pas. Grand-père, Mae, Severus, les frères Malefoy et Scrimgeour, regroupés autour d'une table ronde qu'ils ont dû amener, nous regardent entrer en silence. Leur gravité est papable.
Au centre de la table, est posé un minuscule objet.
L'anneau.
Je pense à Regulus, le frère de Sirius, qui avait établi cette curieuse liste et l'avait cachée dans une photo dans sa chambre. Avait-il même vu ces objets ? Qu'espérait-il en faire ? Que nous conseillerait-il aujourd'hui ? Je regarde Nero qui me semble très pâle, et je suis étrangement convaincu que ses pensées ressemblent aux miennes.
« Maintenant que nous sommes tous ici », commence Grand-père sans autre introduction, « je propose que nous ne perdions pas de temps. L'aube sera vite là, demandant que nous nous séparions pour respecter les apparences... »
« Vous n'avez rien tenté en nous attendant ? », s'étonne Cyrus avec son inimitable refus des convenances.
Il y a un échange de regards : Grand-père, Papa, Mae, Severus. Ce n'est pas la première fois depuis que nous sommes plongés dans cette histoire d'Horcruxes. Toutes les autres fois, j'ai eu le sentiment que d'une certaine façon ils parlaient silencieusement de moi, et cette fois n'est pas différente. Toutes les autres fois, je n'ai rien dit parce que j'espérais en apprendre plus en me taisant ou obtenir un indice à leur insu, par hasard ou par accident. Mais rien. Je n'ai toujours pas d'idée de ce qu'ils cachent et qui me concerne tant dans cette histoire – hormis le fait qu'un Horcruxe peut toujours permettre à Voldemort de retrouver une forme d'existence, mais ça ils ne me l'ont jamais caché. Je croise le regard de Drago et j'ai l'impression étrange qu'il se pose exactement les mêmes questions que moi.
« Détruire un Horcruxe n'est jamais une petite entreprise », commence Grand-père sur le ton de quelqu'un qui va faire un exposé. « La magie contenue est gigantesque, à la mesure du sacrifice consenti pour le créer – qu'est-ce qui a plus de valeur qu'une âme ? Il faut donc employer des moyens magiques importants et adaptés. Tous nos pouvoirs sont importants... »
Instinctivement, je regarde autour de moi : Mae, Severus, Drago, Nero, Kingsley, Scrimgeour, Grand père, Cyrus, Papa. Tous des sorciers hors du commun d'une certaine façon, mais aucun n'ayant, à ma connaissance, de savoirs ou de capacités spéciales permettant d'imaginer détruire l'anneau posé sur la table.
« Pourtant l'athamé de Mae que j'ai utilisé pour détruire le journal n'avait aucun pouvoir particulier », je remarque donc, et ma déclaration déclenche de nouveaux regards croisés auxquels Papa met fin, cette fois, en se tournant vers moi et en affirmant : « Mais c'était toi qui le tenais, Harry, l'athamé. ».
Il y a une sorte d'émotion dans ses yeux, comme une prière, comme une excuse. Je sais tout ce que je dois à mon père adoptif et il y a vraiment peu de choses que je ne serais pas prêt à lui pardonner. Sauf que tout ça reste obscur. Qu'avait dit Severus quand je lui avais parlé à lui aussi la destruction du journal ? « C'est toi qui l'as détruit » « Qu'est-ce que ça change ? » « Peut-être tout. »
« Vous pensez que j'ai un pouvoir particulier sur les Horcruxes ? », j'essaie. L'idée est sidérante, et pour le moins inquiétante, et j'aimerais bien qu'elle me soit immédiatement arrachée sauf que c'est le contraire qui se passe.
« Sur les Horcruxes de Voldemort », précise grand-père comme si d'autres horreurs du même type pullulaient ou comme si celles-ci ne suffisaient pas à me faire faire des cauchemars.
« Oh », je fais l'effort de répondre. Mon cœur a accéléré sa course sans attendre mon avis. « Vous voulez que je le détruise, moi ? » Et je regarde le petit anneau de bronze avec ses runes noircies sans avoir la moindre idée de comment m'y prendre pour obtenir un tel résultat. Le faire fondre peut-être ?
Papa pose sa main sur mon épaule. Mae me prend la main. Rien n'aurait pu me faire plus peur.
« Nous préférerions que tu en prennes le contrôle, Harry », répond alors Grand-père, l'air grave et désolé.
« Vous voulez quoi ? », j'hoquète presque.
De nouveau, les regards courent autour de la table. Scrimgeour secoue la tête comme si je le décevais ou qu'il était triste pour moi. Drago les observe, Nero a l'air de s'ennuyer. Mais nous sommes au beau milieu de la nuit et ce n'est qu'un gosse, il préférerait sans doute être dans son lit.
« Nous aimerions que tu sois capable de dominer cet objet et la force qu'il contient », reformule lentement Papa, sa main toujours sur mon épaule.
« Pas pour toujours », ajoute Mae comme si ça allait me rassurer. Pour être sincère, je ne me vois pas dominer même un fragment de l'âme de Voldemort même pendant une seconde. Tout mon être s'y refuse.
« Il faudrait que tu sois capable de porter l'anneau », précise Severus, et son calme me fait du bien. « Pas en permanence, comme vient de te dire Nymphadora, mais il faudrait que tu sois capable de le faire pendant un temps assez long. »
« Pourquoi ? », demande Cyrus l'air furieux contre eux tous.
Encore une fois, ils se regardent. Papa a aussi mauvaise mine qu'un lendemain de pleine lune quand il me répond :
« Nous pensons qu'il serait plus efficace de détruire tous les Horcruxes d'un coup », répond Papa, et j'ai le sentiment qu'il a dû se faire violence pour le dire. Pourquoi est-ce si subversif, je ne peux m'empêcher de me demander ? N'empêche que toute l'assemblée rumine ses paroles dans un silence grave – ceux qui savent comme ceux qui se posent des questions.
« On ne risque pas, au contraire, de se retrouver avec un monstre aux pouvoirs décuplés s'ils entrent en contact les uns avec les autres ? », enquête encore mon petit frère.
« Nous pensons qu'ils devraient entrer en concurrence les uns avec les autres et s'affaiblir mutuellement », répond Mae avec ce ton froid et détaché qu'elle prend quand elle utilise ses savoirs d'Auror. Mon esprit, avide de diversion, se demande un instant si mon vieux pote Ron en sera capable après sa formation. Peut-être parce que je suis en mal d'innocence, ça m'inquiète un peu. Je me secoue pour demander :
« S'affaiblir les uns les autres ? » D'où sortent-ils ça d'abord ?
Une nouvelle fois, je peux sentir la question muette passée de Mae à Papa, puis de Severus à Albus. Je sais déjà que je ne comprendrai sans doute pas la réponse.
« Ce sont des morceaux de la même âme, Harry. Comme l'a noté Cyrus, on pourrait penser qu'ils voudraient se réunir. C'est sans compter sur la magie noire qui a présidé à leur création. Elle les a doté de beaucoup trop d'ambition chacun pour pouvoir s'unir. Ma théorie est qu'ils voudront au contraire se dominer mutuellement."
« Notre idée est alors d'en profiter pour les détruire tous », renchérit Severus.
Tous ? J'ai du mal à voir pourquoi on ne peut pas détruire l'anneau puis le portrait successivement. Je peux entendre que cela demandera à chaque fois une puissance magique importante mais puisque nous savons déjà que nous ne pourrons pas atteindre le tableau facilement, cette puissance aura le temps de se reconstituer. Même si c'est moi qui suis obligé de la porter en raison de je-ne-sais-quelle puissance symbolique que je détiendrais selon eux.
« Pour être sûrs que tu y arriveras, nous voulons déjà affaiblir cet objet », reprend alors Mae, en me reprenant la main comme si j'étais un môme perdu. Ca m'agace un peu.
« Plus nous serons nombreux, mieux nous y arriverons », ajoute Papa.
« Ça marche comme un Épouvantard ? », veut alors savoir le petit Nero. Seul Drago rit brièvement de l'idée.
« En quelque sorte, Nero, en quelque sorte », répond Grand-père. « Je ne pense pas qu'un Horcruxe de Voldemort ait beaucoup plus le sens de l'humour. Mais à la différence d'un Épouvantard, un Horcruxe n'a pas de forme corporelle, c'est même ce qu'il désire le plus au monde... »
« Alors comment l'affronter ? », je questionne. Je suis quand même celui censé en prendre le contrôle si j'ai bien compris leur raisonnement.
« Par l'esprit », répond Papa. « Et c'est ici qu'en effet l'analogie de Nero est intéressante. Aux forces de mort de l'Horcruxe, nous devons opposer nos forces de vie. Comme le rire détruit le pouvoir de l'épouvanteur, comme l'espoir renforce le patronus, c'est la même logique. »
« Mais... l'Épouvantard a une forme », j'objecte, incertain comme devant une nouvelle théorie d'arithmancie. « Le patronus est une émanation de notre aura magique... Comment s'opposer aux forces de mort de l'Horcruxe ? On ne va pas faire apparaître Voldemort ? », je demande en désespoir de cause, un peu honteux de mettre mes craintes les plus intimes à jour devant tout le monde, et en particulier Scrimgeour et Drago, mais incapable de les taire. « Ce n'est qu'un morceau d'âme... une sorte d'esprit ! »
Mes derniers mots résonnent dans la caverne, comme la confirmation d'un mauvais pressentiment. Esprit contre esprit, le contrôle de l'esprit, telle est la clé....
« Harry, tu connais le moyen », confirme Papa avec une nouvelle pression amicale pour mon épaule.
« Même si ce moyen te répugne », ajoute Severus un peu narquois comme il sait l'être quand il s'est lui-même profondément réfugié derrière une carapace de froidure et d'amertume. Je l'envie d'en être capable. Une nouvelle terreur glacée s'empare de mes entrailles. La légilimancie, je comprends. Le problème est que je suis loin d'être un légilimens accompli.
« A tour de rôle ? », s'enquiert Cyrus, technique.
« Tous ceux qui en sont capables », confirme Papa en se tournant vers les Malefoy.
« Nero ne sait pas », réagit immédiatement Drago.
Severus se tourne vers le garçon, l'observe longuement, sans doute pas seulement avec ses yeux et annonce :
« Nous ne comptions pas réellement sur lui. Je vais vous demander de reculer, Nero, au-delà de cette ligne argentée matérialisée sur le sol », il précise quand l'enfant regarde autour de lui. « Vous y serez en sécurité quoi qu'il arrive... »
Nero a un regard pour Drago qui acquiesce avant de s'exécuter. En chemin, il questionne aussi silencieusement Cyrus - tout le monde s'en rend compte, j'en suis sûr - qui opine lui-aussi pour l'encourager à se mettre à l'abri.
« Nous allons y aller à tour de rôle, en alternant deux adultes et un de nos jeunes », reprend Grand-père. « Nymphadora et Rufus, puis Cyrus ; Kingsley, Severus et Drago ; Remus, moi et Harry. »
Tous avant moi ? Je voudrais protester mais le regard de Papa m'en empêche.
« L'idée est de tenir , de revenir à la charge plusieurs fois chacun, donc ne cherchez pas une confrontation trop longue qui vous épuiserait, voire vous renverserait », précise encore Grand-père avec un petit geste de la tête vers Mae qui s'éloigne légèrement de moi.
Elle lève sa baguette avec détermination et calme, ça se lit sur son visage, les yeux braqués sur l'anneau au centre de la table. Elle ne dit rien, mais on sent sa concentration et la magie qui émane d'elle est palpable. Pendant plusieurs minutes pourtant, il ne se passe rien – pas que je sache bien à quoi m'attendre d'ailleurs. Puis on voit une perle de sueur apparaître lentement sur son front. Ma gorge se serre.
« A vous, Rufus », indique alors Grand-père, et Severus tire Mae en arrière comme pour la sortir physiquement du lien mental qu'elle semble avoir créé avec l'objet.
Ça me fait tellement penser aux cristaux de Neelps que je frissonne. L'anneau est un objet de magie noire de la même nature que les cristaux envoyés à Andromeda Tonks par sa mère pour la rendre folle et découverts par moi dans une vielle malle un Noël d'ennui. Granny les avait gardés pour ne pas oublier d'où elle venait et ce qu'elle avait refusé. Ignorant tout cela, j'avais imprudemment joué avec eux et avec la folie. Ils m'avaient coupé du monde, m'enfermant dans un univers mortifère où mes parents biologiques me donnaient raison envers et contre tout. Si Remus n'était pas arrivé, j'en serais peut-être mort. Un combat avait beau être mental, j'avais appris dans la douleur les dommages qu'il pouvait causer. Dans quoi nous lançons tous ?, je me demande en jetant un regard haineux à l'anneau.
De l'autre côté de la table, l'Auror déchu a pris le relais, avec une mine sombre et farouche. Il est terriblement immobile, ses yeux, sa main levée, comme s'il s'était pétrifié. Le temps semble suspendu. Puis d'un coup, la main tremble, les yeux s'agitent et Grand-père, une nouvelle fois, intervient :
« Cyrus, à toi ! »
Mon petit frère, séparé de moi à gauche par Papa, était déjà prêt. Quand il murmure : « Légilimens », sa voix me paraît irréelle de gravité. A-t-il recours à l'âme de Sirius pour une chose pareille ? Je ne sais pas si je dois le souhaiter ou le redouter.
« Fais lui confiance », souffle Mae à ma droite et je hoche la tête – c'est tout ce que je peux faire.
Comme les deux fois précédentes dès qu'un signe extérieur apparaît - sa main crispée sur sa baguette tremble, Grand-père appelle le suivant. Kingsley lève son bras droit avec un élégant geste ample mais déterminé. Il me semble qu'il tient plus longtemps que ses prédécesseurs – est-ce que l'âme de Voldemort peut déjà fatiguer ? Sa main ne tremble pas, ses yeux restent fixés sur l'anneau, et les minutes s'écoulent sur ma montre bracelet. Mais soudain son visage grimace de douleur et Rufus le tire en arrière comme Severus l'a fait pour Mae, que j'entends soupirer à ma droite comme si elle s'inquiétait pour l'Auror en face d'elle. Sans doute sait-elle plus que moi ce qu'il a rencontré ! Je me rends compte que ce qui m'inquiète le plus est l'inconnu et cette réalisation me calme un peu. N'a-t-on pas travaillé sur ça avec Severus, Mae et Papa pendant des semaines ?
Severus est entré en action avant que Grand-père ne l'appelle. Sa concentration envoie des vagues de magie dans toute la pièce, des vagues chaude et décidées que je ne peux qu'associer à de la magie blanche. Pour la première fois depuis le début de l'expérience, mon cœur se calme un peu. A la différence de ses prédécesseurs, il n'est pas totalement immobile mais s'autorise des mouvements horizontaux et verticaux avec sa baguette. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il tient aussi longtemps. Ça me paraît une éternité, au point que je regarde Grand-père : n'avait-il pas dit qu'il ne fallait pas s'épuiser ? Mais Albus observe Severus avec l'intérêt tranquille du spectateur qui apprécie la virtuosité d'un attrappeur pendant un match de Quidditch. Il faut encore plusieurs minutes avant qu'il n'annonce :
« Drago, quand vous serez prêt.... »
A la droite de Severus, Malefoy a dû mal à cacher son inquiétude en étant appelé par Grand-père. Il jette un regard affolé à son voisin, Kingsley, qui a repris des traits normaux et l'invite de la main à lever sa baguette. Drago hésite encore pourtant, et je ne peux m'empêcher de le comprendre. Qui voudrait affronter l'esprit de Voldemort ? Si je n'y étais pas contraint par le désir d'en finir une bonne fois, le ferais-je ? Si Rufus n'y jouait pas sa place, serait-il là ? Si les autres ne m'aimaient pas autant... Puis je regarde Severus et je m'inquiète de ce qui va se passer si Drago ne prend pas sa suite. Combien de temps encore peut-il tenir ? Est-ce que Papa devra prendre la suite un tour plus tôt ?
Je suis presque surpris quand Drago lève sa baguette après une inspiration courte. Je ne sais pas ce qui l'a décidé. Il articule « légilimens » d'une voix étranglée et son accent traînant me donne l'impression que c'est du fourchelang tant le s final dure. Severus baisse alors sa propre baguette avec une longue expiration de détente. Ses yeux noirs me regardent avec plus de bonté qu'ils n'en ont rarement affichée, et j'ai envie de faire le tour de la table pour aller lui assurer combien il compte pour moi. Sauf qu'évidemment, ce n'est pas le moment. Sans parler de la manière dont il risquerait de me rejeter. Papa à ma gauche, se prépare d'ailleurs déjà, je le vois, pariant sans doute que notre nouvel ami forcé ne va pas tenir bien longtemps.
Mais finalement Drago tient plusieurs minutes, ses yeux gris fixés sur l'anneau avec une défiance marquée comme s'il s'attendait à ce que l'objet l'attaque physiquement. J'ai le temps de me demander ce qu'il oppose aux forces du mal contenues dans l'Horcruxe - son attachement à son frère ? Sa volonté de sauver sa mère ? Son envie de vivre ? - avant que ses yeux ne s'écarquillent et que sa main ne soit prise par de violents soubresauts comme si quelque chose essayait d'entrer dans sa baguette.
« Coupez le lien, Drago », intime Severus en le tirant lui aussi en arrière alors que Kingsley produit un bouclier entre Malefoy et l'anneau, comme si un obstacle physique pouvait agir sur le lien psychique. Si j'en crois leurs interventions à tous, ils le tiennent pour acquis, je décide.
Mais Papa s'est déjà jeté dans la bataille, son esprit contre le morceau d'âme contenu dans l'anneau. Sa main droite est levée vers le bijou, là, juste à ma gauche, je pourrais la toucher. Comme Severus, il n'est pas totalement immobile, même s'il bouge quand même moins. Papa. Depuis le jour où il est apparu à la limite du jardin de Tante Pétunia et qu'il m'a offert sa protection, il a été au centre de ma vie. Je sais à quel point je me suis appuyé sur lui pour grandir. Et même ses traits les plus agaçants, comme son goût du secret, ses inquiétudes ou son besoin de nous surprotéger, j'aurais été prêt à les défendre contre quiconque à cet instant. J'espérais même que le loup serait un atout.
Les secondes et les minutes passent. Je n'ose pas regarder ma montre. Je n'ose pas quitter sa main des yeux. J'ai peur de la voir trembler à son tour. Plusieurs fois, il me semble percevoir des tremblements mais, à chaque fois, il semble les repousser d'un geste - son autre main, son corps, l'inclinaison de son bras... Et je me rappelle des paroles de Severus : le lien entre le corps et l'esprit est puissant. Finalement, le bruit de l'anneau glissant sur la table me sort de mon inquiétude : on dirait qu'il veut fuir le contact mental de mon père.
« A mon tour, Remus », propose alors lentement Grand-père.
Un instant, je me demande si Papa l'a entendu tant il semble rester dans sa transe. L'anneau frémit, la pointe de la baguette tremble une fraction de secondes, la main de mon père se lève un peu plus haut pour affirmer sa résistance, j'imagine, et il répond :
« Quand vous voulez, Albus. »
Grand-père est déjà prêt, et la rencontre de son esprit avec l'anneau est signalée par un nouveau mouvement du bijou sur la table. On a tous nos yeux dessus, je crois. Comme Severus et Papa, Albus est plus mobile que les Aurors qui se sont mesurés à l'anneau. Son visage me semble moins tendu que ceux des autres, il semble surtout intéressé, ouvert à l'expérience. Il irradie de forces positives, je dirais. L'anneau semble très agité maintenant, il répond (en sens contraire) à chaque mouvement de main de Grand-père. Ça ressemble à un jeu de chat et de souris, un truc un peu enfantin, toutes circonstances gardées. Ça dure, une fois de plus. Ma montre me dit que ça fait maintenant près d'une heure que nous avons commencé, et j'ai l'impression que Grand-père et l'anneau pourraient continuer pendant des heures à se courir après. Soudain, alors qu'il avait une fois de plus reculé, l'anneau s'immobilise dans sa glissade et semble résister, puis cède, dizaine de millimètres par dizaine de millimètre, en direction d'Albus.
« Prépare-toi », indique alors Mae à ma droite, et le sang reflue dans mon corps.
Mon tour, déjà ? C'est la première idée qui me vient à l'esprit. Merlin, Harry, je m'engueule, ils l'ont tous fait ! Même Drago ! Tu peux bien t'y coller. Non, tu vas faire mieux que ça, je décide. Tu vas faire de ton mieux !
Je serre donc mes doigts autour de ma baguette, les jointures sont un peu blanches. Je tends le bras, les yeux sur l'anneau, si petit, si insignifiant sur cette grande table. Pas trop tendu, je m'intime, et mon épaule se relâche. Je me sens étonnamment calme.
« Je suis prêt », j'annonce et je suis heureux d'estimer ma voix assez sereine, vu les circonstances.
« A toi, Harry », lâche Grand-père d'un coup.
J'inspire sans attendre et prononce l'incantation dans ma tête. La rencontre est immédiate. C'est étonnant, un esprit sans corps. On pourrait dire qu'il remplit tout l'espace.
« Encore un !? », demande une voix jeune et curieuse plus qu'inquiète
« Oui », je confirme.
« Les autres ont eu peur ? », elle questionne encore, et je crois déceler une certaine satisfaction dans son ton.
« Non. »
« Que tu prétends ! Je sais que je suis fort », se vante l'espèce d'horreur immatérielle. « Je suis là depuis tant d'années ! J'attendais mon heure ; tu crois que je vais me soumettre ? Bon d'accord, ce vieux madré d'avant toi m'a un peu embêté, mais il n'a pas tenu la distance ! Tu crois que tu vas réussir, toi ? Je sens ta jeunesse, ta fougue, mais je ne te crois pas assez fort, encore. J'ai été comme toi, tu sais ? Au fait, qui es-tu ? »
Plusieurs réponses fusent dans ma tête. Elles ne viennent pas avec des mots mais avec des images – sans doute à cause de la légilimantie. Il y a un éclair vert. Il y a le placard sous l'escalier. Il y a le poids de Dudley sur mon dos, et la voix rit :
« Oh, un orphelin, avec une revanche à prendre ? Intéressant ! »
Il y a Poudlard sous la neige, Hagrid qui me montre des licornes, mon premier match de Quidditch et des cadeaux sous un sapin. Cyrus verse un verre d'eau glacée sur ma tête ; il m'a chippé ma baguette et je lui cours après jusque dans le parc. Ça se transforme, la forêt devient amazonienne et une pirogue file sous des arbres bas ; Papa me serre dans ses bras en me nommant les oiseaux. Mae me prend la main dans le labyrinthe ; Aurore prend ma main au cinéma. Les jumeaux rient alors que je les trouve sous une table où ils se sont cachés. Kane ressemble tellement à Papa.... Et les mots se forment :
« Lupi filium sum », j'affirme.
ooo
Si certains viennent encore dire dans celui-ci qu'il ne se passe rien...
Aux autres, qui ont le droit d'aimer ou de détester en silence, un petit message perso : je connais quelques uns des mystérieux visiteurs qui viennent lire de France, de Belgique ou du Canada. Je sais même qui vient d'Israël et d'Espagne. Mais je n'ai aucune idée de qui vient me lire de Suisse, des Etats-Unis, du Mexique, du Venezuela, de Martinique, d'Afrique du Sud, d'Allemagne ou du Royaume-Uni !!
Avouez que certaines provenances mériteraient d'être révélées ! Je veux savoir !!!
Sinon, la traditionnelle suite s'appelle "Le plan, dans les détails" et je l'ai confiée à Remus....
Pour les curieux, je viens de finir un brouillon du chapitre 52, et trois pages encore plus brouillon du chapitre 53... Les encore plus curieux - qui voudraient la liste des personnages, la chronologie, mes petites histoires, tout ça, peuvent aller sur mon blog : fenoire point livejournal point com. A bientôt.