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Quatre
Avec un manque de grâce affligeant, Quatre Raberba Winner se laissa tomber sur le siège de la limousine, ferma les yeux et lâcha un soupir qui provoqua un ouragan astral quelque part dans la constellation d’Orion. La vitre entre l’avant et l’arrière était montée, ce qui lui laissait la possibilité de se frotter les yeux d’un geste rageur tout en poussant des grognements inintelligibles.
« Gaaaaaaaaaah. Nyaaaaaaaark. Mrr. Prrrrrrr. »
Puis il secoua la tête avec énergie, se redressa, croisa une jambe par-dessus l’autre et après avoir réarrangé son costume et sa coiffure, il plaqua une expression paisible, sereine, digne sur son visage et rétablit la communication entre les deux parties de la voiture.
« Nous pouvons y aller, Henry.
– Bien, Monsieur. »
S’il avait été un peu plus concentré, il se serait rendu compte que le ton était amusé et que la voix n’était pas celle de son chauffeur, mais Quatre Raberba Winner était fatigué. Il avait vécu des mois – des années – qui avaient redéfini sa notion de la difficulté, s’était rendu compte qu’être sensible aux émotions des gens ne voulait pas forcément dire qu’il n’avait pas envie de les jeter par la fenêtre du dernier étage du plus haut immeuble possédé par la Winner Inc., et qu’au bout d’un moment, les bals de charité, bonne cause ou non, devenaient plus que pesants.
Il s’était demandé à plusieurs reprises déjà s’il pouvait adapter le système Zéro aux réunions d’investisseurs et pourquoi il avait pris la décision oh si stupide de détruire Sandrock.
Mais le pire de tout, peut-être, c’était qu’il aimait ça et qu’il n’avait encore rien trouvé de plus satisfaisant que d’avoir reconstruit l’économie de X-765435. Entre autres colonies.
Du moins s’il ne pensait pas à une grasse matinée dans les bras de Trowa, bien sûr, mais c’était devenu tellement rare que Quatre se demandait souvent si cela n’avait pas été une hallucination, un fantasme de mythomane stressé.
« Allez courage, trois heures de représentation et après tu peux aller te coucher. »
Le matin du 25 décembre, fête chrétienne ou pas, il s’autorisait à dormir. Jusqu’à au moins neuf heures et demi. Une vraie débauche. Et peut-être qu’il appellerait Wu Fei; si ce dernier n’était pas occupé ils pourraient déjeuner ou dîner ensemble avant que Quatre ne reprenne sa navette privée pour les Colonies.
Quatre tourna la tête pour regarder les décorations de Noël par la vitre, et après quelques secondes, fronça les sourcils. Cela faisait cinq ans qu’il faisait le même chemin pour aller au même bal de charité de Noël et ce n’était pas celui-là.
Il prit quelques secondes pour s’assurer que la fatigue ne la faisait pas délirer mais non, il ne s’agissait pas du chemin de Buckingham. Il alluma l’interphone entre l’avant et l’arrière.
« Henry ?
– Monsieur ? »
Mmmmh.
« Trowa, qu’est-ce que tu fais à la place de mon chauffeur ? Tu n’es pas censé être avec Catherine ?
– Prends l’air terrifié. Tu as été kidnappé.
– … pardon ? »
La vitre s’abaissa. Quatre, après avoir changé de côté, constata que son amant, petit ami, fiancé, ex, compagnon, âme sœur, quel que soit le qualificatif que la presse people lui donnait en ce moment, était bien en train de conduire en lieu et place de son chauffeur habituel.
« Je suis armé, ajouta Trowa sans quitter la route des yeux. Mon pistolet projette des cotillons dont il est très difficile de se débarrasser.
– Trowa…
– Je te l’ai dit, tu as été kidnappé. Ne t’inquiète pas, la Winner Inc. sera représentée au bal de Buckingham, par ta sœur Sonia. Ce soir…»
Leurs regards se croisèrent dans le rétroviseur.
« Ce soir, tu fêtes Noël avec nous. C’est à ton tour.
– Je ne savais pas que c’était à tour de rôle, dit Quatre.
– Ça l’est maintenant. »
Il devrait protester. Il devrait. Après tout, Noël n’avait, religieusement, rien à voir avec lui. Mais le regard de Trowa qui passait de la route au rétroviseur lui fit garder le silence. Nous. Avec Trowa, Catherine, Heero…?
Un sourire, honnête, rare, naquit sur ses lèvres, et la voiture s’arrêta. Avant que Quatre ne puisse poser de question, portes avant et arrière droites s’ouvrirent.
« 20h07 pile poil, toujours aussi précis, Tro ! » lança une voix devant qui lui fit écarquiller les yeux, alors que Wu Fei lui demandait de se pousser.
Quatre s’exécuta.
« J’ai été kidnappé », annonça-t-il au Preventer d’un ton joyeux.
Duo. Duo était là.
« Je ne suis pas en service, répliqua Wu Fei alors qu’il attachait sa ceinture.
– S’lut, Quat. Content de te voir. »
Quatre sourit encore, à se faire mal aux joues.
« Et moi donc. »
Paix sur la Terre, décidément.
/Fin
(à suivre: Relena)