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FicAndRea
Author of 8 Stories

Rated: K - French - General - Sirius B. & Regulus B. - Reviews: 25 - Updated: 08-28-09 - Published: 06-04-08 - Complete - id:4299699

Titre – Ghoster’s

Auteur – FicAndRea

Public – Pour l’instant (et je pense que cela concernera toute la fanfiction), je vise le G, si cela venait à se modifier, je vous préviendrai en début de chapitre et j’éditerai ce message.

Spoilers – J’essayerai de respecter toutes les données fournies par les sept livres, mais il peut arriver à ce que j’en oublie ou en change. Bien sûr, cette histoire n’influencera pas l’histoire des bouquins, après… j’espère ne pas me planter.

Genre – Il n’y a pas de " genre " en particulier. Si ce n’est que cela se passe dans le temps des Maraudeurs mais après leur scolarité.

Disclaimer – C’est là où ça devient intéressant. Cette histoire est un crossover entre le livre Harry Potter et la série TV Ghost Whisperer. Néanmoins, il n’est pas nécessaire de connaître celle-ci pour comprendre l’histoire. La seule chose que j’utilise c’est le contexte et le personnage principal, Melinda Gordon. Pour cette fois, je ne possède rien, ne réclame rien, ne gagne rien… Tout appartient à l’auteur du livre et à ceux qui ont travaillé sur la série, moi, rien.

Résumé – Je n’en fais pas, il suffit de lire le prologue pour le connaître !

Note – Et le chapitre 12 arrive dans les coulisses, et il se maquille, et il se termine, et il… arrive en scène ! Applaudissez ! Applaudissez !

Note 2 – Petit retard pour ce chapitre, désolée ! Mais avec mon job pendant le mois de juillet, le festival d’Avignon (théâtre) et le reste… je n’ai pas vraiment eu le choix ! Pour le chapitre 13, il faudra également attendre un peu… Je pars jeudi pour la Hollande pour 12 jours de vacances ! Et ensuite, il va me falloir préparer ma rentrée scolaire ainsi que mon déménagement à Montpellier. Donc, je n’aurais pas vraiment l’occasion d’écrire le prochain chapitre rapidement… Il vous faudra être patient !

Note 3 – D’ailleurs, en parlant de vous… Où êtes-vous passés ? N’hésitez vraiment pas à me laisser un petit commentaire ! Ca me permettra de voir qui suit encore cette histoire ! et ce que vous en pensez également !

Hobie-ho !


Chapitre 12


Melinda

Je vais m’absenter pendant une semaine. Ne t’inquiète pas, tout va bien. Il faut juste que je me retrouve un peu seul.

Je t’embrasse.

Regulus


La solitude pour guérir les maux. Voilà un titre qui résumerait leurs vies. Un titre de livre, sûrement, rédigé soigneusement par Melinda Gordon et Regulus Arcturus Black. C’était drôle comme ils dépendaient tant l’un de l’autre (en particulier elle) et comme également ils nécessitaient d’autant de solitude. Il arrivait de temps en temps que Regulus s’absentât. Il arrivait qu’elle aussi partît en promenade dans une ville voisine en profitant des marchés aux puces, des foires, des vides greniers… Elle froissa la note et la glissa dans la poche de son jean. Autant dire qu’elle ne pouvait ne pas y penser mais qu’elle refusait de le faire. Elle devait le laisser vivre, bien sûr… Cependant, l’inquiétude n’en grandissait que plus… Elle l’avait trouvé si distant, si soucieux de ne pas trop s’exposer à elle, de ne pas se confier non plus… Que se passait-il ?

Était-ce à cause d’Ethan Cliff et de sa captivité ? Se sentait-il coupable ? Non… Il savait bien qu’il n’y pouvait rien. Regulus se sentait sûrement concerné mais demeurait raisonnable et censé. Il y avait sûrement quelque chose d’autre… Peut-être, lui. Que se passait-il ? À quand cela remontait-il ? Probablement au même moment… Melinda se mordillait la langue pour éviter d’envisager ce qui ne serait que folie. Elle devait être réaliste : elle lui poserait bien plus de problèmes que n’en résoudrait en allant là-bas. En réalité, elle ne saurait même pas où chercher. Elle ignorait tout des lieux où Regulus devait se rendre.

Balayant encore une fois ses sombres pensées, Melinda tenta de se concentrer sur les paroles du professeur Dumbledore avec lequel elle avait de nouveau une entrevue. Les choses s’officialisaient alors qu’il venait de lui annoncer que Meredith était définitivement inscrite dans les registres de l’école. Melinda se demanda si elle pouvait faire confiance en cet homme, malgré tout le bien qu’elle entendit sur lui et les encouragements de Lily. C’était un homme d’une grande carrure et d’un charisme impressionnant. Très vite, Melinda s’était aperçue de la candeur qu’il dégageait et de cette générosité qui l’entourait. Seulement, elle savait également que tout ça ne suffisait pas toujours. La sécurité d’une Ghoster, surtout à l’âge de Meredith, demandait bien plus que de la bonté. Voilà pourquoi Melinda ne l’avait pas amené avec elle bien que le professeur le lui demanda.

- « Madame… Si vous n’avez pas confiance en moi, comment pourrais-je vous aider ? » finit-il par la questionner.

- « C’est de la simple prudence, monsieur, » répondit-elle calmement en ne cachant pas sa surprise qu’il l’eût appelée ainsi. Généralement, tout le monde l’appelait plutôt mademoiselle du fait de son jeune âge. « Comment savez-vous que je suis mariée ? » l’interrogea-t-elle en retour.

- « Oh, un coup de chance, peut-être, » éluda-t-il avec un sourire.

- « De toute façon, avant que vous ne la rencontriez, il y a quelque chose dont je dois vous faire part, » reprit Melinda. « Et je ne peux pas vous le dire tant que je ne serais pas assurée que vous ne délierez pas votre langue… »

- « Je vous en donne ma parole, » affirma Dumbledore sans hésitation.

Parole qui peut toujours se délier, pensa Melinda en elle-même. Elle laissa un court silence passer alors qu’elle sondait le regard de cet homme qui ne cilla pas. Comment faire confiance à quelqu’un qui semblait si… confiant ? Seulement, pesant le tout pour le tout, elle se décida enfin. Elle lui expliqua la situation générale – hors de question de donner trop de détails – et attendit sa réaction. Le directeur l’écouta attentivement, hochant la tête quand elle prenait de courte pause pour remettre au clair ce qui lui restait à dire et garda le silence quand elle termina. Elle le sonda du regard mais encore une fois, il resta impassible.

Elle attendit bien quelques instants encore avant qu’il ne lui répondît. D’un ton posé, il lui fit émettre le doute de leur existence – sans néanmoins qu’il la pensât menteuse ni rien – mais ses propres convictions avaient toujours été que les Ghosters n’existaient que dans une certaine mesure. Il lui demanda donc plus de détails concernant ses doutes et lui posa donc un bon nombre de questions auxquelles elle répondit avec soin, n’en disant jamais plus que nécessaire. Melinda ressentait une certaine méfiance naître en elle. Bien sûr, jusque là tout laissait à croire qu’elle pouvait effectivement lui faire confiance, néanmoins, il y avait quelque chose en cet homme qu’elle ne saisissait pas. Quand l’entrevue arriva enfin à sa fin, elle en fut heureuse et soulagée voire presque satisfaite. L’avenir de Meredith semblait bien parti. Elle aura la chance de faire un choix, pensa-t-elle. Car rien ne l’obligeait encore à vivre parmi les sorciers et sous leurs lois.

La journée fut donc si remplie qu’elle ne pensa pas à la missive de Regulus. Quand elle se déshabilla pour aller prendre une douche, elle s’en rappela néanmoins et la ressortit pour finir par la jeter. À bien y réfléchir, elle ne pouvait pas comprendre seule ni même le forcer à lui expliquer. Il était difficile de ne pas vouloir creuser mais elle savait qu’elle ne pouvait pas non plus tout savoir, tout lui demander, comme elle appréciait qu’il lui laissât du champ libre pour ce qui la concernait, elle.

Ce qui la taraudait néanmoins se trouvait d’ailleurs être le fantôme qu’elle avait d’abord jugé inoffensif. Après tout, il ne faisait que jongler avec le matériel – le même par ailleurs et le moins dangereux – et ne dérangeait personne puisqu’il le faisait dans l’arrière boutique. Pourtant, hier soir, alors même qu’elle avait amené Meredith dans la boutique dans l’espoir de lui faire découvrir son premier esprit (et ainsi superviser sa première approche), il s’était passé quelque chose de très étrange et même d’un peu effrayant. Pendant l’espace d’un instant, Melinda avait vu le corps de Meredith se décomposer pour se composer un tout autre visage, une toute autre silhouette. Une métamorphose ragoutante qui avait bien manqué de lui faire retourner l’estomac… D’abord paniquée, elle comprit très vite qu’il s’agissait d’un fantôme, non pas celui de la boutique, mais quelqu’un de tout à fait différent et d’encore plus intriguant. Il n’avait pas dit grand-chose… Il n’avait prononcé que quelques mots brefs qui avait plutôt ressemblé à une missive.

- « Vous nous appartenez. Romano. »

Mais du coup, Melinda ignora dans quelle forme le prendre. Était-ce bien « Vous nous appartenez. Romano. » ? ou bien « Vous nous appartenez, Romano. » ? Qui était donc cet homme ? L’expéditeur ou le destinataire ? Sans lui laisser le temps de réagir, la silhouette disparut dans une nouvelle métamorphose qui termina de l’achever et Meredith était réapparue, elle aussi sonnée et nauséeuse.

Soudain, la brune se rappela alors qu’elle devait contacter Rick Payne, un professeur et expert des phénomènes occultes et surnaturels, un homme peu agréable, bavard, sarcastique et très lourd, mais de serviable et qu’elle avait fini par apprécier en fin de course (même si leurs contacts se faisaient aussi rares que possible). Elle termina sa douche et sortit de la salle de bain précipitamment dans l’optique d’aller le voir avant de se rappeler qu’à cette heure-ci, elle ne voulait pas spécialement se confronter à ses manières quelques peu épuisantes.

Melinda s’habilla et descendit au salon où elle s’installa confortablement dans son canapé et ouvrit la Gazette du Sorcier. Habituellement elle ne la lisait jamais, n’y trouvait qu’un ramassis de mensonges ou bien une série de faits divers inutiles. Parfois même, ça l’exaspérait de lire ce que tramait le Ministère car elle savait qu’elle ne serait jamais d’accord avec eux. Pourtant, elle le feuilletait en ce moment, s’arrêtant sur les articles fards, regardant les images bouger. Et dire que cela leur donne tant de fierté, les photos qui bougent ! N’avaient-ils jamais vu la télévision ? Les Moldus possédaient bien plus de mérites que les sorciers, tant ils comprenaient tout et savaient réaliser les mêmes phénomènes de façon plus compliquée et bien plus concrète avec, en plus, une évolution fulgurante que la Magie ne saurait jamais rattrapée tant elle restait imberbe à toute nouveauté. Une tradition qui se perpétuait et qui finirait bien, un jour, à se dilater dans le naturel moldu. Melinda ne doutait pas de l’extinction des sorciers. Leur difficulté éminente à se fondre réellement parmi les moldus les rendait vulnérable aux changements que ceux-ci procédaient. Comment feront-ils pour vivre dans un monde qui se promettait d’être plus technologique que magique ? Un monde où les moldus feront encore plus de choses incroyables que les sorciers n’en auront jamais rêvé ? Melinda ne doutait pas que les êtres humains étaient capables de tels prodiges s’ils s’ouvraient l’esprit. Or les sorciers ne le faisaient pas. Melinda n’avait qu’à observer Lily. Si celle-ci était née dans un environnement moldu, sa passion pour le monde de la magie dont elle disait appartenir lui obscurcissait l’esprit et si elle défendait ses origines avec vigueurs, elle ne s’en éloignait que plus.

« Assassinats dans un monastère magique…

L’antique Cloître d’Edel Dame en Allemagne, connu par son herméticité rigoureuse, vient de subir de lourdes pertes dont la mort d’un homme que les moines ne reconnaissent pas et dont l’origine est apparemment anglaise… Ce bourgeois de la société, dont on ignore encore l’identité exacte et l’intention, se serait introduit dans le cloître et aurait tué quatre moines, un vrai drame pour cette unité religieuse qui ne compte parmi ses fidèles seulement quarante-sept adeptes dont on ignore encore leurs motivations, leurs croyances et leurs buts… Ce nombre de quarante-sept membres n’aurait jamais dû changer, explique le professeur Coop (expert en la matière à l’université magique de Londres, Flagwoop), si on ignore quasiment tout de cette secte – car nul doute qu’il s’agit bien d’un de ces ordres privés qui pullulent le monde – on sait au moins ça. La raison ? se demande-t-il. Seul l’avenir pourra peut-être nous éclaircir sur ce point… On peut se demander quelles seront les conséquences exactes de ces meurtres sur le cloître… et ce que cette unité peut bien cacher qui ait attiré l’attention d’un noble de nos rangs, car nul doute qu’il s’agit d’un Lord lorsque l’on aperçoit à l’index de sa main droite, la très fameuse bague portant la rose rouge et blanche… »

Melinda interrompit sa lecture déjà hachée de l’article, surprise que les sorciers considéraient nobles ceux qui portaient une bague où était gravée, comme elle le voyait sur la photo prise par le journaliste, la rose Tudor. Les moldus considéraient, eux, comme preuve de noblesse ceux possédant la lettre patente délivrée par les rois d’armes au nom du souverain et ceux recevant la concession de noblesse (seul titre héréditaire de nos jours). Elle s’abandonna à la réflexion durant de longues minutes avant d’être interrompue par l’arrivée de Meredith. Celle-ci défit ses chaussures à l’entrée et en s’apercevant Melinda dans le salon, la regarda surprise, les sourcils légèrement froncés. Quelque chose dans son attitude avait changé depuis hier soir. C’était comme si elle ne supportait plus que Melinda s’inquiétât pour elle et la jeune femme ne comprenait pas pourquoi.

Meredith finit par soupirer, curieusement courroucée. L’ambiance n’était plus à son beau fixe et Melinda commençait à se demander que quelque chose ne tournait vraiment pas rond dans cette affaire. Non pas qu’elle doutait que la jeune fille pouvait avoir ses états d’âme comme toute adolescente de son âge, mais surtout que cela s’était d’un seul et simple coup, sans lien avec elle ou quasiment pas. Pour la jeune brune, tout cela se liait à Romano, d’une façon ou d’une autre.

- « Bonsoir, » finit-elle par dire d’un ton qui se voulait chaleureux, mais restait hésitant.

- « Bonsoir, » lâcha Meredith avec froideur et reluctance. « Tu m’attendais ? » Elle lui parlait d’un ton sec comme si elle l’accusait déjà de l’avoir fait.

- « Oui et non, » répondit Melinda en observant la jeune fille avec attention.

Meredith renifla avant de se mettre à soupirer profondément, ce qui acheva de l’agacer.

- « Oui parce qu’il est largement l’heure de diner et non parce que j’étais simplement venue lire ici. »

La jeune fille pinça ses lèvres et regarda le journal dans les mains de Melinda.

- « Je croyais que tu n’aimais pas lire la Gazette ? » lui lança-t-elle sans plus d’intérêt.

- « Je n’aime pas lire la Gazette mais il m’arrive de le faire de temps en temps… » Ce qui était faux, bien sûr. « …et aussi de voir dans quelle situation le monde où tu vas être plongée dans deux semaines se trouve. » Ce qui restait en partie vrai, en effet.

Meredith fronça les sourcils avant de comprendre ses paroles. Une lueur passa dans ses yeux et Melinda crut retrouver l’entrain de la jeune fille avant que celle-ci ne se refermât de nouveau.

- « Ah… Bien. D’accord. » Elle acquiesça plusieurs fois, le regard dans le vide, le sourire inexistant.

Melinda dut se retenir de lui demander ce qui lui arrivait. Elle savait que cela n’aboutirait qu’à une dispute. L’adolescence… Elle ne s’était jamais rendue compte à quel point c’était compliqué. D’ailleurs, elle n’avait jamais eu l’occasion de s’énerver contre un adulte.

- « Je vais aller préparer le repas, » finit-elle par annoncer, renonçant à prolonger cette discussion lancinante et peu satisfaisante, un peu énervée aussi, ayant espéré une réaction plus franche de sa part.

Autant dire que le reste de la soirée se passa dans cette même ambiance tendue. Melinda ne dormit que très peu dans la nuit et se leva très tôt le lendemain. Elle prit une courte douche, s’habilla et quitta l’appartement sans même avoir pris de petit-déjeuner. Elle se retrouva donc dans une rue déserte à cinq heures et demie du matin. Elle ne réalisa pas encore que c’était bien trop tôt, la tête obscurcit par sa mauvaise nuit et encore alourdie par le manque de sommeil. Une seule direction lui vint à l’esprit : chez Tom. Pendant trois ans elle vécu chez lui avant de prendre un appartement à elle. Elle grimpa dans sa voiture et démarra avant d’allumer sa radio.

- « Ouaf ! »

Melinda donna un coup de volant, faisant dériver sa voiture sur la voie de droite avant de se reprendre. Encore une fois, Sini l’avait surprise. Il adorait la faire sursauter, elle, beaucoup moins.

- « Sini ! » gronda-t-elle encore une fois. « Tu as failli me faire tuer ! »

Elle se concentra sur la route, inquiète de se faire suspendre encore une fois. Cependant, elle était surprise de le voir réapparaître après un mois et demi de disparition et également heureuse de le retrouver. Son fidèle compagnon lui manquait terriblement.

- « Où étais-tu donc passé pendant tout ce temps ? » demanda-t-elle, consciente néanmoins qu’il ne pouvait pas lui répondre.

Sini gémit en secouant sa tête comme s’il refusait lui-même d’en parler. Melinda augmenta le volume de sa radio et se tut. Les boutiques filaient à côté d’eux, la voiture avançait vite alors que tout semblait absolument désert – effet rare dans la capitale. Melinda dévia sa route vers la nationale et s’y engagea. Elle avait changé d’avis. Elle n’irait pas voir Tom. Elle conduirait la voiture et c’était tout.

Le paysage défilait à côté d’elle et plus le temps passait et plus Melinda se trouvait idiote. Pourquoi se laissait-elle déprimer de la sorte ? Elle en avait connu d’autres et des biens pires. Peut-être était-ce parce qu’elle ne faisait toujours pas le deuil de son amie. Non, il ne s’agissait pas de cela. Elle le sentait. Elle perdait son énergie et ses mauvaises pensées ne la quittaient pas même lorsqu’elle se rendait compte de leur absurdité. La dépression ? Elle refusait de l’envisager. Elle valait plus que ça, était plus forte. Elle arrêta sa voiture sur le bas chaussée et la quitta. Elle se trouvait à l’orée d’un petit bois. Elle s’était bien éloignée de la ville à présent.

- « Ouaf ! » aboya Sini en gambadant vers la forêt.

- « Où vas-tu ? » demanda-t-elle en se tournant vers lui, intriguée.

Sini commença à disparaître dans les broussailles. Elle savait qu’il avait flairé quelque chose. Et c’était bien ce qui l’inquiétait et l’exaspérait. Ne pouvait-elle donc pas être tranquille et ruminer sa médiocre vie un instant sans qu’un mort ne se manifestât ? Jetant un dernier coup d’œil à sa voiture avant de se dire que personne ne viendrait la lui chapardait en ces lieux, elle suivit les traces du chien fantôme, s’enfonçant dans les bois. L’aube avait bien commencé à présent et des filets de lumière s’infiltraient à travers le feuillage des arbres. Le chemin encore plat ne se révéla pas difficile et Melinda en fut reconnaissante : elle ne portait que des petites chaussures sans talons, peu adaptées pour de telles randonnées.

- « Sini ? » appela-t-elle en fouillant du regard les environs.

Un nouvel aboiement se fit entendre plus à l’est et elle suivit la direction. Elle marcha ainsi guidée par la voix de son compagnon pendant une dizaine de minutes avant qu’elle ne rencontre une route. Sûrement une voix parallèle qui aurait tôt ou tard conduit vers la route où elle s’était arrêtée. Sini se trouvait au milieu de la voix, devant une voiture retournée. Melinda s’avança prudemment. Elle regarda Sini, celui-ci s’était assis tranquillement et baillait comme si de rien n’était. Allait-elle trouver un mort ? Ou quelqu’un au seuil de la mort ?

Elle s’approcha de la voiture et la contourna pour pouvoir regarder par une fenêtre. Ce qu’elle vit lui retourna le ventre et elle s’éloigna aussitôt, la main posée sur son abdomen et l’autre sur son cou alors que, penchée, elle vomissait. Un seul coup d’œil l’avait dissuadée de regarder de nouveau. C’était bien un mort. Ou plutôt un cadavre en plein décomposition. Depuis combien de temps était-il là ? Il fallait qu’elle prévînt quelqu’un. Elle fouilla dans ses poches et trouva une feuille. Cependant, elle n’avait aucun stylo à sa portée. Elle jeta un coup d’œil à la voiture et se refusa l’idée d’aller fouiller à l’intérieur. Melinda se tourna vers Sini en se rappelant que le chien, bien que fantôme, était capable d’attraper des objets.

- « Amène-moi au plus vite mon sac, s’il te plait, » lui dit-elle. « Il est sur le siège arrière. »

Le chien noir se leva et faisant volteface, il partit en courant dans les sous-bois. Elle n’avait plus qu’à attendre qu’il revînt. Mais que faire entretemps ? Elle s’écarta de la carcasse retournée, se rendant alors compte de l’odeur qu’elle dégageait, s’étonnant de ne pas l’avoir remarqué plus tôt. Elle entendit le son d’une voiture au loin et se retournant pour apercevoir un vieux cabriolet apparaître et s’arrêter prêt d’elle. Dedans se trouvait…

- « Melinda Gordon ! Quelle surprise ! »

- « Professeur Payne ! » fit-elle étonnée. « Que faites-vous là ? »

- « Je rendais visite à ma mère, une femme très charmante, généreuse aussi et pleine d’esprits, hé, hé. Vous l’adorerez, j’en suis sûre. » Le voilà qui recommençait… Elle préféra ne rien répondre. « Oui, bon. Et si vous me disiez un peu ce que vous faites ici avec… oh, jolie voiture. Vous êtes sortie indemne ? Impressionnant. Il va falloir que vous me racontiez ça. Autour d’un café peut-être ? »

Melinda soupira, agacée.

- « Bon, d’accord. Pas de café. Mais vous avez tord, je connais justement un coin très sympa dans le quartier le plus chic de Londres et… Oh, mon dieu ! »

- « Quoi ? » Melinda se tourna pour regarder autour d’elle. Elle l’entendit sortir de sa voiture alors qu’elle aperçut Sini rapporter son sac qu’il lui tendit.

- « Alors ça ! Vous ne me l’avez jamais encore faîtes ! Un sac qui vole ! » Payne souriait, narquois. « Cela dit, il est bien dressé. »

- « Je vous ai déjà dit que je ne faisais rien voler, » répliqua-t-elle exaspérée.

- « Oui, oui, vous me l’avez dit, mais notez qu’il y a toujours des choses qui volent quand je vous rencontre ! » Melinda affaissa les épaules en soupirant. « Oh, oui, c’est vrai. Vous me l’avez bien dit… Il est là ? Le Sinistros ? » Il s’interrompit, l’air soudain choqué. « Non ! Ne me dîtes pas que c’est pour moi !? Non ! C’est trop tôt ! »

- « Vous n’arrêtez donc jamais ? »

- « À vrai dire ? Non, jamais, » répondit-il du tac-au-tac. « Bon, O.K. Je redescends sur terre… mais vous me connaissez, j’aime bien vous taquiner… Alors ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »


Sirius se leva de son lit avec difficulté. La nuit fut longue, même dans le sommeil, il le sentait. En découvrant qu’il avait dormi jusqu’à onze heures, il comprit pourquoi. Pourtant il se sentait encore plus lourd que le soir précédent, pourtant bien occupée par sa mission pour l’Ordre. Étirant les bras puis se massant le cou, Sirius ne réalisa pas qu’il s’agissait du premier jour de la semaine et que, par conséquent, il devait se rendre au travail au plus vite. Il fila dans la salle de bain et plongea son visage sous l’eau froide pour mieux se réveiller. Il s’attarda encore quelques instants et finit par se décider de prendre une bonne douche. Il faisait plutôt chaud ces temps-ci…

Une fois lavé et habillé, Sirius glissa jusqu’à sa cuisine où il prépara le café. Il ne se rendait toujours pas compte du jour qu’il était. Il chercha des yeux la Gazette du sorcier et fouilla dans ses affaires entremêlées qu’il n’avait toujours pas rangées, faute de temps… ou d’envie. Ou un peu des deux. En fait, il n’y pensait jamais trop. Cela faisait longtemps qu’il n’avait rien organisé chez lui ni invité personne. En farfouillant dans ce fouillis, il se dit que peut-être il devrait y faire quelque chose puisqu’il y était. Il attrapa une pile de vêtements et se releva en se tournant… quand il se retrouva face à James et Maugrey, il eut comme un blanc. Le premier semblait amusé et légèrement désabusé et le second, lui, paraissait curieux mais exaspéré.

- « Alors Black ? On fait le ménage en plein heure de service ? » L’épais sourcil de Maugrey se leva, plissant son front dégarni.

- « Heu… » Sirius ne trouva rien à dire, un peu penaud. « Oh merde ! »

- « Bien, bien, je suis content que vous reveniez à la réalité… Vous voyez, Potter, pas de quoi s’inquiéter. Allez, on a des choses à faire de plus urgents que votre ménage, Black. »

Sirius eut le droit d’aller arrêter sa cafetière avant qu’elle n’explosât et d’en boire une tasse à la quatrième vitesse (et sans sucre, ordonna Maugrey qui savait que le jeune homme ne buvait jamais ni café ni thé sans sa dose de sucre). Après cela, ils transplanèrent au Ministère où Sirius se retrouva plongé devant une nouvelle mission : éplucher les rapports. Génial, grommela-t-il. C’est clair que c’est plus urgent que mon ménage ça… En lisant la date de 1950, il sut que Maugrey se moquait carrément de lui. Néanmoins, il se retrouva coincé dans ce bureau étroit alors que James devait bien s’amuser dehors. Enfin, tout dépendait de ce qu’il faisait… Après tout, depuis leur entrée au service des Aurors, leur brigade était intervenue plusieurs fois déjà généralement en vain car la moitié de ces alertes étaient soient erronées soient données trop tard. Au fond, ils occupaient surtout le rôle d’inspecteurs… fastidieux en plus. Sirius adorait élaborer des théories, cependant tous refusaient de lui donner le moindre crédit. Pourtant, rien qu’avec l’affaire de ce Ethan Cliff, ils auraient pu éviter certains tords… En y repensant, le jeune homme se rendit compte que depuis, il n’avait pas croisé la route de la jeune femme. Il nota dans un coin de sa tête d’aller faire un saut à la boutique après le travail. Ça l’occupera, les soirées étaient plutôt vides ces temps-ci. Peut-être même pourrait-il l’inviter à dîner.

Néanmoins il n’eut guère l’occasion de mettre en œuvre ses plans car aussitôt demanda-t-il à Lily où se trouvait sa patronne, il apprit que la jeune femme était occupée ailleurs. Quand il demanda pourquoi, Lily se contenta d’éluder la question en haussant les épaules. Encore un mystère… Et dire qu’il n’avait toujours rien résolu d’elle et il ne comprenait pas encore pourquoi tout semblait lui échapper.

Une fois chez lui, il se changea, se vêtit de vêtements moldus et quitta son appartement, cette fois par la porte d’entrée. Il monta deux étages et toqua à la porte 42. Il attendit une minute avant de frapper de nouveau sans réponse. Il allait repartir quand on ouvrit derrière dans un craquement sinistre de bois. En se retournant, il vit une longue entaille sur la porte. Tenant encore la poignée, Catherine sembla à peine surprise, secouant la tête d’un air désabusé. Elle le regarda alors et leva les sourcils sans dire un mot comme si elle était choquée de le voir sur son paillasson. Elle cligna deux fois des yeux avant de balbutier son nom.

- « Hey ! On croirait que tu vois un fantôme ! » plaisanta-t-il en se demandant quelle serait sa réaction si elle venait à réellement en voir un.

- « Ah…euh…désolée, je ne m’attendais pas à ce que tu viennes me voir, » fit-elle lentement, la main toujours fixée à la poignée de sa porte.

- « …Tu me fais entrer ? »

- « Ah…euh…oui, oui, vas-y. » Cependant, elle ne bougea pas. Il fallut qu’il insistât du regard pour qu’elle réagît et s’écartât du chemin.

Il sentit à son passage le regard de Catherine le suivre jusqu’au salon sans néanmoins le suivre immédiatement. Il l’entendit se battre contre la porte d’entrée et entrer dans une autre salle avant de venir le rejoindre, changée. Elle avait extorqué ses vêtements précédents par un vieux t-shirt et un jean délavé qui ne lui seyait guère plus que le short rapiécé et le large débardeur qu’elle portait juste avant mais était néanmoins plus présentable. Légèrement. Elle détacha un instant ses cheveux et Sirius put admirer l’épaisseur de ceux-ci et leur boucle naturelle. De tout son corps, c’était bien le plus beau. Une fois qu’elle refit sa tresse, son visage reprenait des formes plus carrées, des traits plus durs. Cette femme n’était pas belle mais Sirius ne pouvait pas non plus dire qu’elle était laide. Sa peau ne souffrait d’aucune imperfection et il ne trouva ni irrégularité ni grossièreté sur son visage. Seulement, ses muscles trop développés et ses traits trop géométriques ne lui donnaient malheureusement aucun charme.

Catherine ne paraissait pas à l’aise, elle n’arrêtait pas de se mouvoir sur le canapé qu’elle avait choisi et de se tripoter la lèvre avec les doigts, le regard tantôt sur Sirius, tantôt sur le décors, tantôt sur la télévision encore allumée mais le son coupé.

- « Alors…, » entama Sirius lentement. Sa voix la fit sursauter et il vit son visage s’empourprer. « ...tu fais quoi dans la vie ? »

Un instant elle sembla butter sur la question mais parût aussitôt après soulagée.

- « Je travaille dans un gymnase, » répondit-elle en reprenant une certaine contenance. « Je fais des animations, j’aide les gens à commencer ou à s’entraîner comme il faut… Je m’occupe aussi de la gérance en général… C’est un petit gymnase en banlieue, tout ce qu’il y a de plus modeste… On n’est pas beaucoup à s’en charger alors en réalité, je fais un peu de tout… Pas facile à expliquer. »

- « Tu y travailles depuis longtemps ? » continua-t-il, peu surpris de sa réponse.

- « Ben, en quelque sorte… ouais. Enfin, c’est un peu compliqué ça aussi. J’ai fait plusieurs petits jobs avant ça… Je n’ai pas fait beaucoup d’études, c’était pas pour moi. Enfin, maintenant j’y travaille à temps plein. Mais je m’occupais déjà des animations avant. »

- « Tu as toujours trainé dans les salles de gym ? »

- « Ouais, c’était mon truc le sport, les muscles et tout. Je n’ai jamais eu trop de goût pour la mode, le féminisme et le reste… C’est peut-être un tord, mais je me plais bien comme ça. »

Elle frotta ses mains sur les muscles de son bras pour illustrer ses paroles et souriait de manière bien plus franche. Sirius tut ses pensées mais sourit avec un brin d’ironie qu’elle perçût cependant.

- « Tu peux le dire ce que tu penses ! » rigola-t-elle, cette fois bien plus à l’aise. « Je sais d’ailleurs ce que tu dois te dire, que c’est moche… M’en fous ! C’est vrai qu’avec ça, » - elle tapa sur son abdomen en contractant son ventre, ce qui faisait ressortir ses abdos même à travers son t-shirt, Sirius se retint de grimacer – « je ne risque pas de me mettre à draguer ou qu’on me drague… Non, je suis plus de celles qu’on fuit comme la peste mais au moins, j’ai la paix ! Enfin, à part ces emmerdeurs de camionneurs qui profitent de la moindre aubaine… bien sûr, mais on n’en voit pas beaucoup en ville des comme ça. »

- « Tu viens d’où ? » s’enquit Sirius, un sourire amusé par la franchise de Catherine.

- « D’un patelin que tu dois même pas connaître, laisse tomber, » soupira-t-elle en balayant l’air d’un geste comme si elle voulait chasser la question de sa main. « Et toi ? – Et ne me balance pas le coup du Joker, tu l’as déjà utilisé, souviens-toi. »

- « D’ici même, j’ai presque toujours vécu à Londres. »

- « Presque ? » releva-t-elle avant de sursauter de nouveau. « Tu veux peut-être quelque chose à boire ? J’ai complètement oublié de te le demander tiens ! J’ai pas de café, mais je peux te servir de la limonade, du whisky ou de la bière ? »

- « Limonade s’il te plait, » répondit-il. « Tu bois du whisky ? »

- « Pourquoi est-ce que cela étonne toujours ? » sourit-elle. « C’est une question d’habitude, c’est tout. C’est le premier alcool que j’ai bu, offert par mon père pour mes seize ans – oui, je sais, mais mon père est un mec plutôt original… »

- « Quelle chance… »

- « Pardon ? Tu dis ? Je ne t’ai pas entendu… » Catherine s’était levée et s’était dirigée vers le petit bar callé près de la fenêtre.

- « Non, non, rien, » éluda-t-il.

Catherine revint les mains chargées de deux verres et les posa sur la table avant de se rasseoir.

- « Vas-y précise, qu’est-ce que tu entends par « presque toujours vécu à Londres » ? T’étais où avant ? »

Sirius ne répondit pas immédiatement. Il se concentra sur son verre qu’il fit tourner devant lui lentement, faisant semblant d’être hypnotisé par le mouvement du liquide.

- « Pendant mes études, j’étais… ailleurs, » répondit-il.

- « Ailleurs, c’est vaste… Oh allez Sirius ! Tu peux bien me le dire, non ? » Devant son silence borné, elle soupira. « Je vois, ça veut dire non. Mais dis-moi, si tu n’es pas venu ici pour discuter, qu’est-ce que tu veux ? »

Sirius ouvrit la bouche pour répondre mais s’aperçut qu’en fait, il n’en avait aucune idée. Il resta sans voix pendant plusieurs secondes avant d’hausser les épaules en répondant simplement qu’il n’en savait rien. Catherine secoua la tête en poussant un autre soupire avant de laisser un autre silence embarrassant s’installer. Sirius joua avec son verre cette fois vide tandis que son hôtesse regardait par la fenêtre. Il se sentit coupable d’être venu l’embarrasser ainsi, surtout qu’à présent qu’il y pensait, il se demandait bien ce qu’il foutait là. Il ne la connaissait pas, se sentait complètement patraque à ses côtés et elle ne l’intéressait pas… Qu’était-il venu vraiment chercher ?

- « …Bon, je crois que je vais y aller, » finit-il par dire en se redressant.

- « Ah ? Déjà ? » fit-elle sans grande conviction, elle aussi peu convaincue de l’intérêt de poursuivre cette pseudo conversation.

- « J’ai… des choses à faire, » mentit-il pour se donner contenance.

- « Ah… Bien… Je te raccompagne alors. »

- « Non ! Non… Ce n’est pas la peine. »

- « De toute façon, il va bien falloir que j’aille signaler ma porte cassée au concierge, alors… »

- « Ah oui, c’est vrai. Bon. »

Sirius se gratta le menton, gêné. La situation dans laquelle il se trouvait était une première pour lui et il fut soulagé de quitter l’appartement. Il descendit les étages et quitta l’immeuble sans destination précise. Il faisait cela juste pour garder contenance devant elle. Nom de Merlin ! Mais qu’est-ce qui m’arrive, ces temps-ci ? se demanda-t-il en se massant le visage alors que la pluie commençait à tomber.


- « Dis-moi Remus, tu saurais où est passé Sirius ? » demanda James en s’installant à sa chaise alors qu’ils trainaient dans un café en compagnie de Lily, en attendant Peter. « J’ai bien tenté de le joindre, je suis même allé à son appartement, mais il n’était pas là. »

- « Comment veux-tu que je le sache ? » demanda le blond.

James haussa les épaules en s’ébouriffant les cheveux.

- « Qu’est-ce qui se passe avec lui ? » râla-t-il. « J’ai tenté de lui en parler après le travail mais c’est à peine s’il m’a écouté ! »

- « Il est venu à la boutique cette après-midi, » intervint Lily. « À peu près à l’heure où vous quittez le boulot, il voulait voir Mélinda. »

- « Ah ah ! » s’exclama James en souriant. « Voilà donc où il se trouve ! Sûrement encore en train de charmer ! Je me demandais quand il allait tenter le coup. »

- « Je ne crois pas, non, » nia Lily. « Mélinda n’était pas là aujourd’hui. Et Sirius ne m’a pas vraiment paru intéressé par elle, je me trompe ? »

- « Il prend peut-être son temps, » répliqua-t-il en haussant les épaules.

- « Sirius ? » rigola Remus. « N’oublie pas de qui on parle. Il aurait déjà tenté le coup s’il l’avait voulu. »

- « J’sais pas… Il a un peu changé ces temps-ci, je trouve… »

- « Oui, c’est vrai, » approuva Lily. « J’étais un peu inquiète pour lui tout à l’heure. Je n’ai pas osé lui poser des questions, j’aurais peut-être du… »

- « Non, tu as bien fait. Il ne t’aurait probablement pas répondu. »

- « Tu sais quelque chose Remus ? » l’interrogea James.

Celui-ci secoua la tête. « Je sais juste qu’il a pratiquement vu son frère récemment. »

- « Merde, » grimaça Cornedrue.

- « Regulus Black ? » s’étonna Lily. « Où ? »

- « Près de là où habite ta patronne, » répondit Lunard. « Ils ne se sont pas parlés, mais bon… vu comme réagit Sirius à la moindre allusion à son frère… »

- « Pourtant ils se sont vus durant une bonne partie de leur scolarité, non ? Il n’a que… combien de différence déjà ? »

- « Deux ans, » affirma James, l’air grave. « N’oublie pas ce qui s’est passé la soirée d’Halloween pendant notre septième année… Quand Amy a été tuée… Sirius est certain d’avoir vu son frère sur la scène du crime en train de fuir… sans compter qu’on ne l’avait plus revu ensuite. »

- « Oui, cette pauvre Amy… c’était peut-être la seule qu’il ait jamais réellement aimée… »

Un lourd silence s’installa alors que les trois amis repensaient à cette funeste soirée où Hogwarts avait été attaquée. Amy ne fut pas la seule victime. On retrouva quatre autres adolescents blessés et un autre mort. Après cela, Sirius refusa de s’attacher de nouveau à une fille et aggrava son statut de Don Juan en couchant avec bon nombre de filles des quatre maisons. Si ses trois amis ne l’avaient pas remis dans le droit chemin, il aurait peut-être pu rater complètement son année scolaire. Heureusement, le jeune homme s’était repris en se concentrant sur l’idée de devenir Auror et un jour faire payer à son frère le meurtre qu’il avait commis.

Ce fut à ce moment que Peter décida d’apparaître. Les trois jeunes adultes se retournèrent vers lui et restèrent un moment interloqués. Peter possédait un énorme bandage sur sa tête ainsi qu’un œil au beurre noir et la lèvre déformée.

- « Par Merlin, Peter ! Que t’est-il arrivé ? » s’écria James.

- « Qu’est-ce qui s’est passé ? » s’exclama Lily.

- « Ça va ! Ça va ! » les rassura le jeune Queudver en levant les mains d’un signe d’apaisement. « Laissez-moi d’abord m’asseoir avant tout, j’ai un de ces mal au dos ! »

Peter s’installa donc sur la chaise libre, interpela une serveuse et lui commanda un remontant avant d’entamer son témoignage.

- « Figurez-vous qu’avant-hier soir, j’étais allé voir un ami de la fac chez lui avec lequel j’ai bien picolé et tout comme il vient de trouver un travail… enfin, bref. Je sors d’une soirée bien arrosée dans les avenues de Londres quand je croise… vous savez qui ? Regulus Black ! Ouais ! »

- « … ?! Vraiment ? » fit Remus étonné, jetant un coup d’œil vers James et Lily qui paraissait aussi surpris.

- « J’ai donc décidé de le suivre, on sait jamais… qu’est-ce qu’il faisait là à Londres en pleine nuit alors qu’il est l’un des Mangemorts les plus recherchés… ? – Je suis soulagé que Sirius ne soit pas là… vous savez, à cause de… »

- « Oui, oui, » le coupa James. « On sait, on n’en parlait à l’instant. »

- « Ah oui ? » fit Peter, surpris.

- « Figures-toi que tu n’es pas le seul à l’avoir vu, » reprit Cornedrue. « Sirius aussi… »

- « Oh ! Merde ! » grimaça Peter. « Il va bien ? Il est où ? »

- « On ne sait pas… mais vas-y, continue ! Quel est le rapport entre Regulus et ton état ? »

- « Oui, oui, j’y viens… Donc, je décide de le suivre et me transfo—vous savez-quoi. J’ai réussi à m’agripper à son manteau avant qu’il ne transplane… - franchement, c’est horrible comme sensation, j’ai bien cru mourir… Oui, oui, j’y viens Cornedrue ! » râla-t-il alors que celui-ci allait intervenir. « Donc, on finit par atterrir dans un endroit vraiment sombre, j’aurais dit une grotte… mais en fait, non, c’était un endroit souterrain… Autant dire que ça pouvait être n’importe où. Je commençais à me demander si j’avais réellement bien fait de le suivre comme ça… Surtout que très vite, d’autres se sont joints à lui… »

- « Tu as vu leurs visages ? » l’interrompit James.

- « Non, ils étaient tous capuchonnés et ils avaient un sacré accent… »

- « Alors ? » s’impatienta Lily à son tour.

- « Alors j’ai tenté de savoir ce qu’ils devaient y faire… et j’ai raté mon coup car en les suivant je suis tombé sur un groupe de rats qui n’ont pas vraiment apprécié me voir débarquer dans leur territoire… Comme je ne pouvais pas me retransform—vous savez quoi, et bien je me suis défendu comme j’ai pu. Et voilà où j’en suis… »

Un silence suivit la fin de son discours et Peter récupéra sa boisson avant de la boire d’une traite en grimaçant. James échangea un regard vers Remus et tous deux éclatèrent de rire. Lily, elle, sourit, soulagée.

- « Surtout ne cachez pas vos rires… ! » se vexa Queudver.

- « Ce n’est pas méchant, Peter, » assura Remus en se calmant. « C’est juste que je m’attendais à bien pire que ça. Ça me rassure un peu. »

- « Oui, c’est sûr, me faire passer au tabac par des rats… c’est tellement moins dangereux ! »

- « Aurais-tu préféré que ce soient ces mecs ? » répliqua James entre deux rires. « Crois-moi, je ne suis pas sûr que tu t’en serais mieux sorti. »

- « Non, c’est vrai, mais… ! Quand même ! » bougonna-t-il.

- « Et c’était quel genre d’accents qu’ils avaient ? » le questionna Remus.

- « Un peu de bas quartier, je dirais, » réfléchit Peter. « Ah, et aussi en roulant leur r de la même manière que certains vampires… »

- « ... ! Es-tu sûr que ce n’étaient pas… ? » entama James, pâlissant un peu.

- « …des vampires ? Mais non ! Qu’est-ce qui…te… ? OH ! » Peter réalisa soudainement la possibilité de leur réelle nature et devînt encore plus pâle que son ami. « Merlin ! J’ai failli… J’ai pas réfléchi à ça… »

- « Ça pourrait être le gang de Rosberta, » réfléchit Cornedrue. « On sait qu’il intègre toujours des malfrats et des voyous en tout genre… »

- « Arrête James ! » le gronda Lily. « Regarde un peu l’état de ce pauvre Peter ! On n’en est pas sûrs… et l’important, c’est qu’il ne se soit rien passé. »

- « Lily a raison, » approuva Remus gravement. « C’aurait pu être bien pire que ta propre mort… »

- « Et je devrais me sentir mieux avec ça… ? »

- « Non mais il faut que tu sois réaliste, » poursuivit le blond. « Tu aurais pu tout simplement lui envoyer un sort silencieux afin que nous puissions le pister et nous prévenir immédiatement plutôt que de te lancer à l’aveuglette comme ça ! »

- « Peut-être bien ! Mais sur le coup, j’ai surtout pensé qu’il fallait faire quelque chose ! » riposta Peter sur la défensive. « Vous êtes toujours là à m’accuser de ne pas prendre d’initiatives et quand j’en prends, vous me dîtes de ne rien faire ? » s’emporta-t-il.

- « Calme-toi Queudver, ce n’est pas ce que Remus voulait dire, » intervint James, plus sérieux. « Il y a une différence entre agir quand il le faut et agir de façon inconsidérée. Regarde où ça t’a mené. Et qu’as-tu vraiment appris de plus ? »

Peter ne répliqua rien et détourna la tête, en colère mais résigné. James soupira.

- « Allez, ça ne fait rien, » reprit-il. « Tu raconteras tout ce que tu as vu pendant la prochaine réunion, peut-être que d’autres auront appris des choses qui seront en rapport avec cette affaire concernant Black. »

- « Et… Où est Sirius au fait ? » interrogea Peter en y repensant.

- « Ah ça… C’est bien ce qu’on se demande aussi. »



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