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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Anime/Manga » Saint Seiya » Rédemption

Niacy
Author of 11 Stories

Rated: T - French - Romance/Drama - Milo & Hyoga - Reviews: 160 - Updated: 12-17-09 - Published: 06-09-08 - id:4312217

Auteur : Niacy

Titre : Rédemption

Disclamer : Les personnages inspirés de cette fic sont issus de l’imagination ô combien fertile et prolifique de ce cher Masami Kurumada.

Résumé : Comment retrouver goût à la vie alors que l’on a perdu la personne que l’on aimait le plus ? Suivez l'histoire parallèle de Milo et Hyôga, deux chevaliers blessés au cœur qui luttent pour retrouver le chemin de la paix et peut-être de l'amour...


NB 1 : Au commencement de l’écriture de cette fiction, je n’avais pas encore eu connaissance de la partie Hadès, cependant je vais tâcher de rattraper les quelques lacunes au fur et à mesure du récit pour se retrouver au début de l'OAV. Donc, l’histoire se situe après la guerre contre Poséidon. Les chevaliers d’or disparus ne sont pas revenus à la vie.

NB 2 : Pour des raisons pratiques et morales (pour moi) Hyôga est majeur au moment des faits. En fait, tous les personnages évoqués ont six ans de plus que dans l’animé.

NB 3: oui, oui, je sais, je suis embêtante. Et grand Merci à toutes celles qui m'ont laissé des reviews pour mes autres fics, notamment aux anonymes que je ne pouvais pas joindre personnellement :)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture qui j’espère vous donnera autant de plaisir à lire que j’en ai eu à l’écrire.


Chapitre I : "Une nouvelle vie sans lui..."


Milo entendit des pas résonner derrière lui mais il ne s’en inquiéta pas. Il savait qui venait à sa rencontre.

Assis sur les premières marches de son temple, il observait le Sanctuaire qui s’étendait un peu plus bas. Quelqu’un vint s’asseoir à sa droite, à l’ombre bienfaitrice d’une des colonnes de pierre qui soutenait le linteau de marbre du temple du Scorpion. Milo sourit à demi et jeta un coup d’œil à son jeune ami dont le regard se perdait à l’horizon. Cela faisait un mois maintenant que Hyôga s’infligeait toujours le même rituel sans pour autant parvenir à aller jusqu’au bout. Le jeune Russe, âgé d’une vingtaine d’années, avait le cœur meurtri, le désespoir l’accompagnant à chacun de ses pas.

Le Grec tourna la tête vers son cadet et posa sa main sur son épaule pour le réconforter un peu. Il savait la douleur qu’il ressentait pour la vivre lui aussi. Camus était un homme hors du commun, un brave et fier chevalier et à lui aussi, sa disparition pesait. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un amour filial comme pour Hyôga, mais d’un amour différent.

- Hyôga, il faut que tu acceptes les choses à présent !

Le jeune Russe ne lui répondit pas, ne bougea pas d’un cil, ses cheveux blonds se soulevant avec la légère brise qui venait de se lever. Milo l’observait. Bien que n’ayant aucun lien de parenté avec Camus, Hyôga lui ressemblait énormément. Non pas physiquement mais leurs manières d’agir, d’être, de penser… L’air triste qui se dégageait de leurs personnes, l’indifférence qui les habitait, cet air légèrement hautain qui figeait leurs traits dès qu’ils portaient leurs regards sur quelqu’un. Personne au Sanctuaire ne les comprenait, ni même n’essayait. Au contraire, ils avaient tous deux la réputation d’être des personnes froides, distantes presque inhumaines de par cette capacité à fuir les autres, la rudesse de leur propos, la sévérité et le détachement dont ils faisaient preuve à chaque instant.

Pourtant ils n’étaient pas comme cela. Milo le savait bien pour les avoir côtoyés tous les deux un certain temps. Ils s’étaient forgés une carapace de glace pour se protéger de leurs sentiments. Et celle de Hyôga devenait de plus en plus large et lourde sur ses jeunes épaules et menaçait de l’emporter à tout jamais dans l’indifférence et le désespoir le plus profond, un précipice sans fond duquel il ne pourrait jamais sortir.

- Je sais, Milo, mais je ne peux pas. Je suis incapable de franchir le seuil de sa maison. Trop de souvenirs douloureux m’assaillent.

Milo vit l’œil d’un bleu presque transparent de son jeune ami briller, comme si les larmes ne demandaient qu’à sortir mais il n’en fut rien. Hyôga était tout de même différent de Camus. Leurs regards… Leurs regards étaient différents. Celui de Camus était froid, inaccessible et ne montrait aucune émotion, jamais ! Celui de Hyôga avait cette même froideur mais on pouvait lire à travers. 'Les yeux sont le miroir de l’âme' dit-on. Alors l’âme du Russe était bonne et sensible. La glace ne l’avait pas encore enfermé à tout jamais. L'amitié y avait trouvé sa place, alors peut-être que l'amour et la paix, elles aussi, pourraient un jour habiter son cœur et son âme ?

- Hyôga, cela fait presque un mois que tu viens tous les jours… Demain cela fera un an que c’est arrivé. Il faut que tu acceptes que… Camus n’est plus.

Milo avait répété ces mots des dizaines de fois au jeune chevalier et chaque fois la même douleur, le même déchirement dans son cœur qui lui rappelait que malheureusement lui aussi était seul ; mais ceux-ci ne trouvaient aucun écho dans le chevalier du Cygne. Il s’était juré à la mort de son ami de veiller sur son disciple bien aimé mais Hyôga s’enfonçait chaque jour un peu plus dans cet abîme de malheur.

Hyôga considéra le chevalier d’or qui se tenait à ses côtés. Il avait raison, il devait se reprendre et pourtant… Camus lui répétait sans cesse de laisser ses émotions de côté, qu’un chevalier ne devait jamais ressentir de sentiments envers personne. Cela n’entraînait que de la faiblesse et un Saint d’Athéna ne pouvait se permettre de faillir.

Milo était un fier chevalier qui se laissait aller à ses émotions, à la colère surtout. Toujours très entier dans tout ce qu’il entreprenait. Le Grec n’en était pas moins puissant, vaillant, noble et fidèle à la déesse. Hyôga l’appréciait énormément, il avait été d’un grand soutien à la disparition de son maître, le veillant, l'encourageant. Il ne laissait rien voir, pourtant le Russe savait son cœur piétiné et attristé. Il avait perdu son meilleur ami et aurait du être effondré mais non, il le soutenait encore et toujours…

- Merci Milo ! Demain, c’est promis !

- On verra…

Hyôga voyait bien aux grands yeux couleur méditerranée de son ami qu’il en doutait. Il lui avait trop souvent fait cette promesse. Milo regardait droit devant lui, ses longs cheveux épais bleus volaient dans le vent chaud qui s’était levé.

Ils restèrent assis l’un près de l’autre, un long moment, à contempler la vue qui s’offrait à eux. S’ils suivaient les marches du temple du Scorpion des yeux, leurs regards se posaient sur le temple de la Balance en contrebas, puis celui de la Vierge, du Lion, du Cancer et ainsi de suite jusqu’au Bélier. S’ils portaient leurs regards encore un peu plus loin, le camp d’entraînement des apprentis chevaliers leur faisait face, avec l’arène centrale qui servait de lieu de combat, de réunion, de retrouvailles parfois. Sur la droite, caché derrière la colline se trouvait le camp d’entraînement des femmes chevaliers et plus loin, on distinguait Rodorio, seul petit village de l’île. Hyôga y avait loué une chambre. Et plus loin encore, il y avait la mer Egée, d’un bleu profond et réconfortant qui les protégeait du monde civilisé qui leur faisait face à quelques kilomètres, en Grèce.

La vie d’un chevalier n’était pas de tout repos. Les guerres saintes, les combats entre chevaliers n’étaient pas leur quotidien heureusement. Pourtant la vie n’en était pas moins difficile. La première règle pour devenir un protecteur d'Athéna était d’oublier tout ce qui pouvait les rattacher au monde extérieur. Aucun lien avec les populations environnantes, pas d’électricité, pas de confort, pas ou plus de famille. Tous les chevaliers et apprentis avaient juré allégeance à la déesse Athéna et leurs vies n’avaient plus aucune importance, tout ce qui comptait était celle de la déesse. La rigueur, l’obéissance, le dévouement, l’oubli de soi étaient les qualités indispensables pour pouvoir un jour accéder au rang de chevalier.

Les épreuves étaient longues et difficiles ; des années et des années d’entraînement, sans promesse de réussite. Il y avait peu d’élus au rang de chevaliers seulement 88, autant qu’il y avait de constellations dans le ciel. Pas un de plus.

Des camps d’entraînement, il y en avait partout dans le monde, ce qui expliquait la diversité linguistique de la chevalerie, mais celui-ci était unique car c’était en ce lieu appelé Sanctuaire que la déesse avait ses quartiers principaux.

La chaleur devenait étouffante, le soleil brillait haut dans un ciel dépourvu de nuages. Seule l’ombre des colonnes du temple de Milo parvenaient à soulager Hyôga de l’atmosphère brûlante du Sanctuaire. Le chevalier vivait d’ordinaire en Sibérie, lieu d’entraînement où Camus, chevalier d’or du Verseau, avait fait de lui le chevalier de bronze du Cygne ; et cette température de début d’été l’indisposait de plus en plus. Milo ne semblait aucunement souffrir de cette canicule, comme tous ceux qui vivaient en cette région méditerranéenne.

Après avoir pris congé du chevalier d’or du Scorpion, le Russe descendit les marches de pierres blanches d’un pas nonchalant en direction de Rodorio… afin de profiter du frais de sa chambre d’hôtel, sans oublier de saluer chaque chevalier d’or qu’il croisait au cours de son passage dans chacune de leur maison. Même si aucun d’eux ne faisait de commentaires, Hyôga était gêné de passer par leur temple deux fois par jour pour se rendre devant celui du Verseau dont il n’arrivait toujours pas à franchir le seuil. Demain, il emprunterait le chemin de traverse secret que Milo lui avait montré pour se rendre directement de Rodorio au onzième temple du Zodiaque.

Le Scorpion attendit du haut de la volée de marches menant à son temple que la chevelure blonde de son jeune ami du Cygne disparaisse de sa vue. Il avait le cœur lourd. Une fois de plus, le Russe repartait avec un sentiment d’inachevé sur la conscience.

- Hyôga, pourquoi t'infliges-tu de telles tortures ? Quand accepteras-tu la vérité ?

Puis il leva son visage tanné par le soleil vers le ciel, ses boucles bleues cascadant sur ses larges épaulettes dorées, comme cherchant une réponse à ses interrogations dans le firmament et il poursuivit pour lui-même:

- Camus, pourquoi ? lâcha-t-il dans un soupir... Comment puis-je l'aider à t'oublier, alors que je n'y arrive pas moi-même ?... Aide-moi, s'il te plait.

D’un mouvement majestueux, Milo tourna les talons, faisant voler derrière lui sa cape blanche qui rajoutait à son charisme. D’un pas décidé, il se dirigea vers le onzième temple. Demain, cela allait faire un an.

Un an. Milo se le martelait dans la tête. Trois cent soixante cinq jours sans lui, sans sa présence silencieuse à ses côtés. Il ferma ses prunelles turquoise et serra les poings. S’il avait su, tout aurait été différent, il aurait peut-être réussi à lui faire part de ses doutes et peut-être même le convaincre qu’ils combattaient dans le mauvais camp. Ils auraient pu combattre côte à côte pour protéger leur déesse enfin réincarnée. Ils auraient pu… Ils auraient pu faire tant de choses... tous les deux.

Mais cela faisait une année qu’il était parti, l’abandonnant sur Terre, le laissant seul. Qui allait veiller sur lui maintenant ? Qui allait le sermonner gentiment lorsqu’il dépassait un peu les bornes ? Qui allait réchauffer son cœur et son âme à présent ? Se recueillant une fois de plus devant l’armure sacrée du Verseau, Milo ne put empêcher une unique larme de cristal de s’échapper de ses yeux douloureux. Il ne voulait pas pleurer, il ne le voulait plus. Un an. Demain.


Hyôga se réveilla le cœur lourd. Aujourd’hui cela faisait un an, jour pour jour, que son maître Camus avait disparu tragiquement. Cette journée allait s’avérer longue, très longue… Ses cheveux blonds en bataille, la bouche pâteuse, le jeune homme se leva de son lit et se dirigea en traînant des pieds vers la salle de bain adjacente. Après une bonne douche froide qui lui remit les idées en place et le débarrassa de la sueur qui couvrait son corps après une nuit caniculaire, Hyôga posa ses yeux sur le miroir qui lui faisait face au-dessus du petit lavabo de grès blanc.

Il avait les traits tirés après une longue nuit blanche passée à ressasser ses souvenirs, des poches sous les yeux et son teint d’ordinaire blanchâtre avait pris quelques couleurs sous le soleil ardent de Grèce, ce qui finit de l’achever. Il détestait ce pays, cette région, cette moiteur, cette île maudite. Et pourtant, il y revenait régulièrement depuis un an. Il posa un bandage sur son œil gauche qui ne le lui était plus d’aucune utilité, enfila un pantalon et une chemise blanche en lin et sortit à contre cœur de sa chambre d’hôtel après avoir jeté un coup d’œil furtif sur le coffre métallique où dormait son armure de bronze.

Perdu dans ses pensées, le jeune Russe marchait lentement dans les rues pavées de Rodorio, regardant d’un air glacial tous ceux qui posaient les yeux sur lui. Il n’aimait pas beaucoup la compagnie, la solitude était sa seule amie. Non, il y avait Milo et puis ses compagnons d’infortune Seiya, Shiryu, Shun et son frère Ikki, eux aussi chevaliers de bronze, avec lesquels il avait combattu récemment pour la déesse Athéna.

Cela faisait plusieurs heures maintenant que Hyôga errait sur les pistes poussiéreuses du Sanctuaire, la tête baissée, les mains dans les poches sans guère prêter attention à l’endroit où il allait. Il devait aller au temple du Verseau mais c’était trop difficile. Il se trouvait quelques part dans les environs du Sanctuaire, il ne savait pas où et il ne s’en souciait guère. C’était l’heure la plus chaude de la journée. Le soleil au zénith enflammait l’air.

Sa chemise lui collait à la peau, la poussière se déposait sur ses vêtements, s’insinuait dans sa bouche, au plus profond de lui. Mais comment faisaient les autres pour supporter cette… cette chaleur ? Ses pas l’entraînèrent un peu plus loin, l’atmosphère torride ne parvenait plus à chasser de son esprit les préoccupations qui l’habitaient.

Il y avait quelqu’un en train de s’entraîner ici. L’endroit semblait inapproprié : un terrain rocailleux et inégal où il n’y avait pas la moindre parcelle d’ombre. Et le chevalier était là en train d’exécuter des mouvements d’arts martiaux sous le soleil de plomb. Ou plutôt la femme-chevalier. Il la reconnaissait maintenant. Vêtue d’une simple tunique d’entraînement, un masque en acier avec des arabesques noires autour des yeux, elle enchaînait tous ces gestes avec une rapidité et une fluidité étonnante. Elle tourna le visage vers lui un instant. Il ne vit rien à travers son masque doté d’une expression figée.

Un souffle de vent frais venait de soulever ses cheveux verts mi-long et de souligner sa parfaite silhouette, apportant par-là même un peu d’air dans cette chaleur accablante. Aucun signe ne fut échangé entre eux. Shina était le chevalier d’argent d’Ophiuchus et vivait en reclus au fin fond du Sanctuaire. Sa réputation n’était plus à faire : farouche, coriace, autoritaire et surtout animée par une animosité féroce envers tous les hommes sauf un : Seiya, le chevalier de bronze de Pégase et aussi meilleur ami de Hyôga. Elle poursuivit son entraînement, ignorant le Russe qui s’était arrêté pour la regarder. Ils avaient combattu ensemble pour sauver la déesse mais cela n’avait rien changé dans leur relation. Il s’en fichait de toute façon, ses pensées le portaient à nouveau sur Camus.

Il se détourna et poursuivit son chemin. La chaleur commençait à être difficile à supporter et il éprouvait le besoin de retrouver un peu de fraîcheur. Il soupira et leva les yeux, suivant du regard le sentier sinueux et quasi invisible qui serpentait le long de la falaise escarpée, pour aboutir sur un plateau à quelques centaines de mètres au-dessus. La maison du Verseau s’y trouvait. Il le savait. Ses pas l’avaient mené jusque là, il devait y aller.

Hyôga regrettait d’avoir choisi des vêtements aussi clairs sachant qu’il devait escalader cette falaise. Il se trouva quelque peu honteux à être recouvert de poussière et de terre face à ce temple somptueux. Sa gorge se noua, ses mains se crispèrent, sa respiration se faisait de plus en plus difficile. Une angoisse terrible s’emparait de lui et une boule à l’estomac commençait à lui donner la nausée. Il avait pourtant connu des situations terribles en temps de guerre mais cette bâtisse représentait tout ce qui le terrorisait à présent. Camus !

Le chevalier du Cygne prit une grande inspiration et avança péniblement vers l’entrée de la maison du Verseau. Les quelques marches de marbre franchies, il se sentait appelé au centre du temple par une force invisible. Ses jambes flageolaient, d’ordinaire c’était à cet instant qu’il renonçait et partait rejoindre son ami du Scorpion mais aujourd’hui c’était différent. Il devait vaincre son angoisse, résister à la tentation de la fuite. « Un chevalier n’a peur de rien, ni de personne, jamais ! » lui répétait sans cesse Camus lors de leurs entraînements. Il hésita un instant.

Les yeux fermés, la respiration bloquée, le russe fit un premier pas sur le sol de marbre blanc, puis un deuxième… Rien ne se passait. A quoi s’attendait-il au juste ? D’une démarche mal assurée, Hyôga poursuivit sa progression jusqu’au centre du temple, écoutant ses pas résonner dans ce bâtiment maintenant si vide. Il longea un couloir interminable, jalonné de hautes colonnes de pierre et s’arrêta à l’entrée d’un immense hall, très lumineux.

Il y avait quelqu’un devant lui, à quelques mètres. Un homme grand, doté d’une épaisse chevelure bleu-vert et d’un regard énigmatique qui le fixait avec sévérité, les mains posées sur ses hanches. Un chevalier d’or ! Mais cette armure, il la connaissait ! Camus ?

- Camus ? interrogea-t-il tremblant comme une feuille.

L’homme en question ne bougea pas d’un millimètre, se contentant de plonger son regard perçant et glacé dans le sien. Cette silhouette, cette allure familière, le froid qui se dégageait de cet homme… Le doute n’était plus permis. Il s’agissait bel et bien du chevalier d’or du Verseau, Camus, son maître vénéré.

Hyôga était pétrifié, ne comprenant plus ce qu’il lui arrivait. C’était impossible ! Camus était mort devant ses yeux et pourtant il était là, devant lui.

- Maître ? C’est bien vous ? parvint-il à prononcer non sans douleur tant sa bouche était asséchée par la chaleur et l’émotion qui l’envahissaient de plus en plus.

Toujours aucune réponse.

Le jeune homme s'était décidé à avancer d’un pas timide vers celui qui lui avait tout appris lorsque celui-ci changea de position. Stupéfait, Hyôga se mit à trembler tout à coup. Cette position… Par Athéna, Camus allait l’attaquer. Il avait écarté ses jambes et mis ses mains jointes au-dessus de la tête, une aura dorée l’entourait, éblouissant le chevalier de bronze puis une vision de son signe zodiacal apparut derrière lui : une femme tenant une amphore sur son épaule versant le contenu devant elle.

- Non, maître, balbutia-t-il. NOOOON !!

Hyôga se recroquevilla sur lui-même pour échapper à la colère de son maître sans essayer de s’y soustraire, chose qu’il savait impossible. Il aurait beau lutter, le résultat serait le même et puis…

Un flash lumineux et un souffle glacé envahirent la pièce pour laisser place à la pénombre et au silence.

Hyôga était agenouillé sur le sol, tremblant mais vivant. Il ouvrit son œil et ne vit que ses pieds. Lentement, il osa relever la tête vers son maître ne comprenant pas ce qui s’était passé mais à sa grande surprise, celui-ci avait disparu.

- Maître ? chuchota-t-il.

Sa voix résonna dans l’immense salle. Craintif, il se releva et observa autour de lui mais le Russe ne ressentait aucune présence, aucune aura, rien.

Il fit quelques pas sur le sol aux grands carreaux marbrés, le regard hagard. Ses yeux se posèrent à l’endroit même où son maître se trouvait quelques secondes auparavant. A son grand étonnement, il y découvrit un autel. Un autel majestueux sur lequel reposait l’armure d’or du Verseau. Aucune trace de Camus. Avait-il eu une hallucination ? Pourtant, il en était certain, Camus était là.

Des larmes se mirent à rouler sur les joues du chevalier du Cygne, l’émotion était trop grande. Il venait de réaliser que son maître avait bel et bien disparu. Son esprit lui avait joué un tour, sa détresse avait trompé ses sens…

Il tomba à genoux, les mains sur le sol glacé, la tête basse. Bientôt ce furent des spasmes de douleur qui envahirent son corps ; toute la peine, toute la colère, toute la détresse qui l’habitaient, fuyaient à mesure que ses larmes lui échappaient. Tout chevalier de bronze qu’il était, il n’avait pu contenir son chagrin devant l’armure sublime mais néanmoins vide du chevalier d’or du Verseau qui le narguait.

Combien de temps était-il resté dans cette position ? Il l'ignorait mais compte tenu de la résistance du chevalier, la douleur qui montait de ses genoux et irradiait dans son dos, attestait d'une longue période d'immobilité. Lentement, il s’assit sur le marbre glacé, les bras serrés autour de ses genoux et le menton posé contre sa poitrine comme un enfant qui tenterait de se consoler. Les larmes salées continuèrent leur chute, aidées par la gravité, pour rouler sur ses joues avant de disparaître dans le tissu clair de son vêtement et il laissa son esprit vagabonder au gré de ses douloureux souvenirs. Aussitôt, un flot d’émotions remonta progressivement à la surface...

Flash back

Il avait huit ans quand il fut envoyé en Sibérie orientale afin de subir son entraînement pour devenir chevalier du Zodiaque. Il était arrivé seul par le transsibérien puis après de longues heures d’autocar sur les routes verglacées de la Russie, Hyôga débarqua sur le trottoir désert d’un petit village perdu au milieu de la banquise. Personne ne l’attendait. Le froid commençait à engourdir ses petits membres, il devait souffler sur ses doigts pour se réchauffer.

Le froid, il le connaissait bien pour avoir vécu en Russie de nombreuses années avec sa mère. Puis la fatalité voulut qu’il la perde et se retrouvât dans un orphelinat au Japon, loin de son pays d’origine, loin de sa mère disparue. Il avait réussi à reprendre quelques repères, à surmonter autant que possible la douleur du deuil mais il était à nouveau livré à lui-même, seul, dans une contrée éloignée, étrangère et hostile…

Un homme très impressionnant, sûr de lui, à l’allure gracieuse s’avança vers lui avec un regard indigo glacial :

- Ton nom ?

Le petit garçon blond et pétrifié qu’il était, ne réagit pas sur le moment, ne réalisant pas qu’on lui parlait.

- Tu m’as entendu ? Ton nom ? insista-t-il.

- Hyôga. Je m’appelle Hyôga, monsieur.

- Je suis Camus et tu m’appelleras Maître Camus ou Maître.

Hyôga hocha la tête en signe d’acquiescement.

- Bien Hyôga, en route.

- Où allons-nous ?

- …

- C’est loin ? On y va à pied ? balbutia-t-il.

- …

Hyôga n’insista pas et suivit Camus dans le froid. Après avoir traversé la rue principale, couverte de neige et être passé devant la petite église, ils continuèrent leur chemin. Hyôga regardait partout autour de lui, ce lieu qui lui était inconnu. Les maisons étaient petites, faites de pierre grise, de petits magasins à la devanture terne se jouxtaient dans les rues adjacentes. Au loin, des rires d’enfants résonnaient. Il esquissa un sourire l’espace d’une seconde pensant être arrivé mais Camus le prit par les épaules et lui signifia d’avancer. Hyôga fut étonné de voir les personnes qu’ils croisaient s’incliner sur leur passage, tant par respect que par crainte, peut-être.

Ils marchèrent un long moment, une éternité pour le garçonnet, cependant le ciel était avec eux. Le vent et la neige avaient pris congé ce jour là et la température d’ordinaire glaciale tournait autour du zéro degré centigrade. Hyôga peinait à suivre son maître mais ne voulant montrer aucun signe de faiblesse, il portait seul son sac de voyage avec le peu d’affaires qu’il possédait et courageusement talonna Camus qui ne lui adressa pas un mot de tout le trajet. Hyôga avait le cœur lourd mais il s’était fait une promesse et allait tout faire pour l’honorer : être courageux pour que sa mère soit fière de lui où qu’elle soit.

Le froid lui brûlait les poumons, ses mains répondaient difficilement mais il ne se plaignit pas. Son regard se posa sur son maître qui ne portait comme vêtement qu’un pantalon en toile épaisse et un tee-shirt aux manches retroussées aux épaules, en partie cachées derrière une longue chevelure océane.

Ils arrivèrent devant une petite maison faite de rondins de bois. Il y avait une petite terrasse avec un auvent à l’avant du chalet, un tas de bois sur la gauche et l’immensité de la banquise pour toute voisine. Ils pénétrèrent dans la maison ; une douce chaleur émanait de la grande cheminée en pierre qui trônait fièrement devant lui. La pièce principale n’était pas très grande : une table en bois, quatre chaises, un vaisselier et un poêle formait la cuisine. Une fourrure d’ours polaire habillait le seuil de la cheminée où reposaient deux fauteuils usagés, en cuir bordeaux. Une salle de bain et deux chambres aux lits étroits finissaient la description des lieux.

- C’est ici dorénavant que tu vas habiter. Pose tes affaires, je t’emmène voir le seigneur Cristal qui participera à ton entraînement.

Hyôga fatigué, obéit et suivit Camus sans rien dire. A quelques mètres de là, il pouvait distinguer deux silhouettes. Un petit garçon qui devait être du même âge que lui et un homme très grand aux cheveux gris clair hérissés sur la tête. Camus le présenta brièvement et repartit, laissant le petit Hyôga avec cet inconnu.

- Bonjour Hyôga.

- Bonjour.

- Je suis Cristal et je vais t’entraîner pour devenir le chevalier de bronze du Cygne… Il faudra être fort et courageux. Le chemin pour devenir chevalier est long et semé d’embûches. Es-tu prêt ?

- Oui, oui ! Je serai brave et fort. Et je deviendrai un chevalier d’Athéna.

- Bien. Suis-moi !

Hyôga était rassuré. Cristal était un homme doux et souriant aux grands yeux gris clair tendres et durs à la fois, ce qui contrastait avec la froideur de Camus qui lui avait à peine jeté un regard. Cristal était élancé et portait une combinaison de cuir bleu ciel et blanche qui révélait à la fois sa musculature et sa légèreté. Il le conduisit près du mur de glace éternelle où le petit garçon qu’il avait aperçu s’entraînait. Il était déjà très fort et frappait avec attention la glace de ses poings.

- Isaac, je te présente Hyôga qui, comme toi est un futur chevalier. Il va habiter avec toi.

Le jeune garçon se retourna et lui lança un grand sourire. Il avait de grands yeux verts, pétillants de gaieté et des cheveux vert foncé très épais et ébouriffés.

- Enfin un nouveau ! Salut, moi je m’appelle Isaac et ça me fait bien plaisir que tu sois là, lui dit-il en lui tendant la main.

- Oh ? Oui, oui, moi aussi, répondit Hyôga en répondant à son geste.

- Attends ! Tu vas vite changer d’avis. Y'a pas un seul nouveau qui ait tenu le coup longtemps, ici. Le plus coriace a du rester au maximum un mois !

- C’est vrai ?

- Ne raconte pas de bêtise. Tu vas le terroriser ! gronda gentiment Cristal.

- Mais c’est la vérité ! s'écria-t-il en croisant ses bras derrière la tête. Vous êtes tellement sévère maître Camus et vous, que moi-même j’ai pensé plusieurs fois à m’évader ! Oh, la gaffe !

Tous les trois se mirent à rire de bon cœur. Isaac poursuivit :

- Ca fait presque un an que je suis tout seul. Alors tu comprends que je sois heureux d’avoir de la compagnie. Essaie de te montrer plus résistant que les autres. Et puis moi, je serais là pour t’aider.

- Oh, merci.

Ils s’exercèrent avec acharnement sous le regard de Cristal qui menait la plupart des entraînements. Camus en effet, était le chevalier d’or du Verseau et de ce fait, il était amené à quitter régulièrement la Sibérie pour des affaires urgentes en Grèce, au Domaine Sacré où vivaient la déesse Athéna et le Grand Pope. Mais quand il était présent, celui-ci restait des heures entières, figé dans le froid glacial de la banquise, les bras croisés sur la poitrine à les regarder s’échiner sous l’effort et donnant des instructions à son disciple et ami Cristal : porter un bloc de glace à bout de bras au-dessus de la tête des heures durant, frapper la glace à mains nues, nager dans l’eau glacée de l’océan Arctique sous une épaisse couche de glace ou bien rester immobile, les jambes emprisonnées dans la glace en tentant de résister au mordant du froid, du vent et de la neige.

Les entraînements de Camus étaient beaucoup plus terribles que ceux de Cristal mais à la fois ils signifiaient tellement plus. Bien que d’un abord difficile, Camus aimait profondément ses élèves et savait où placer les limites. Hyôga se sentait proche de ce professeur pourtant si froid, dont le regard semblait se faire plus doux lorsqu’ils étaient tous les deux. Une joie incommensurable l’envahissait quand il apprenait le retour du Verseau, comme un fils impatient de retrouver son père.

Camus était impressionnant de par son charisme, sa beauté et son comportement avec les autres. Ses longs cheveux bleu-vert retombaient sur ses épaules jusqu’au milieu de son dos et contrastaient avec la blancheur de sa peau, la finesse et la douceur apparente de son visage, ainsi que ses yeux d’un bleu profond bordés de longs cils noirs. Il parlait peu, évitait la compagnie des autres et lorsqu’il s’adressait à quelqu’un une expression hautaine se figeait sur ses traits et son regard devenait aussi glacé qu’un iceberg. Un fait était certain, c’était le respect que tous avaient envers lui. Il était vrai qu’il était dur et intransigeant mais il arrivait à faire ressortir le meilleur de chacun.

Hyôga aimait lorsqu’une tempête se levait sur la banquise car cela pouvait durer plusieurs jours et Camus semblait serein à ce moment là. Il les rejoignait au chalet et tous les quatre se réunissaient autour de la cheminée. Cristal et lui prenaient alors place dans leurs fauteuils en cuir respectifs et discutaient longuement, fait assez rare. Quelques fois, Camus oubliait son côté sérieux et glacial pour devenir plus protecteur. Il prenait alors un livre et leur contait des histoires sur les légendes de son pays, la France. Son histoire préférée : la quête du Graal, une histoire de chevaliers. Hyôga l’admirait énormément, il chérissait le rêve secret de devenir comme lui : un chevalier du Zodiaque sage, bon, avec un courage sans borne et une foi indéfectible en la déesse de la sagesse et de la guerre, Athéna.

Fin du flash-back

Ses poings se serrèrent avec rage, la colère et la culpabilité montaient en lui. Il était malheureusement le meurtrier du chevalier d’or du Verseau.

Les larmes se mirent à couler à nouveau sur ses joues. Depuis ce fameux jour, un an tout juste, où il avait dû combattre son maître, Hyôga n’était plus que l’ombre de lui-même. La culpabilité ne cessait de le ronger, l’empêchant de dormir la nuit et le tourmentant la journée. Bien sûr, sa cause était noble mais son geste n’en était pas moins terrible. Jamais le chevalier du Cygne ne pourrait se pardonner cet acte immonde.

Il avait ôté la vie de la personne qu’il chérissait le plus au monde après sa défunte mère. Il avait tué l’homme qu’il considérait comme son père spirituel, celui qui lui avait tout appris, celui qui avait fait de lui l’homme qu’il était, celui qui avait fait de lui un chevalier d’Athéna. Dorénavant, il ne vivait que pour protéger la déesse ; son esprit, son cœur, son âme étaient brisés, fermés à jamais, hermétiques à tout.


J'espère que vous aurez le courage de poursuivre votre lecture jusqu'au prochain chapitre! Qui ne tardera pas trop, normalement.

Alors qu'en pensez-vous?



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