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Author of 39 Stories |
Merci pour vos reviews, vos compliments et vos encouragements !
Je suis très enthousiaste à l'idée que ce nouveau tournant vous plaise !
Tout de suite, la suite !
18.
J’ai les yeux fermés et je lis encore sur mes paupières closes les images floues qui me sont revenues en mémoire. Rien n’est précis, tout est si furtif, ce ne sont que des bribes d’images, des parcelles de messages codés dont je n’ai pas la clé. Je me rappelle d’une silhouette qui me fait de l’ombre quand je suis sur le sol, agonisant, de quelqu’un qui me parle pour me maintenir conscient, mais je ne parviens pas à dire si c’est la même personne, quel moment s’est produit avant, après, ou si ce sont de véritables souvenirs, des souvenirs de ce jour là ou des souvenirs d’une autre fois, des rêves ou des inventions.
« Ca va aller ? »
Je parviens à hocher la tête pour la rassurer, mais alors que mon idée d’origine était de dire oui, je fais un mouvement de gauche à droite. Ma main gauche est toujours posée à plat sur la table tandis que mon pouce et mon index de l’autre main sont posées sur l’arrête de mon nez. J’entre-ouvre les yeux seulement pour voir ma main gauche trembler lorsque je tente de la soulever à quelques centimètres au dessus de la surface métallique.
« On s’arrête là pour aujourd’hui. On a fait de gros progrès. Les remises en contexte sont toujours éprouvantes, je suis désolée, j’aurais dû –
- Ca va, je m’en remettrai. C’était juste- Je m’y attendais pas. C’est tout… J’ai… »
Je m’interromps. Je ferais sûrement mieux de me taire, ça n’en vaut pas la peine.
« Qu’y-a-t-il ?
- C’est stupide… Je crois que j’en ai rêvé. Cette phrase, ces mots là, je les ai rêvés. Mais ça n’avait rien de, enfin c’était pas réaliste, c’était pas un souvenir.
- Racontez-moi.
- C’est trois fois rien. Je me réveille, je suis à l’infirmerie. Mais quand je sors de la chambre, c’est plus vraiment l’infirmerie. Ca ressemblerait plus à un hôpital terrien. C’est idiot.
- Ca vous parait familier ?
- Oui. Le moment où je crois que c’est l’infirmerie, l’endroit est familier. Mais quand je me rends compte que c’est plus l’infirmerie, ça reste familier, sans vraiment l’être.
- Vous voulez me décrire cet hôpital ?
- C’est juste un hall avec des lits qui s’alignent. On dirait un vieux bâtiment en fin de vie des années quatre-vingt dix, avec un style vieilli, la peinture sur les murs qui a terni et le système électrique défaillant.
- Est-ce que ça vous rappelle quelque chose ? Un moment, un endroit, ou même une époque ? Une personne ? »
J’hésite un instant.
« Peut-être… Non, je vois pas la logique là-dedans…
- Dites toujours.
- Le Letterman. Le Letterman Army Hospital, à San Fransisco.
- Vous y avez séjourné ?
- En 1990. Au retour du Koweit. Mon supérieur a fait en sorte que je rentre à la maison après une double fracture du fémur : j’étais dans ses bonnes grâces, on supportait la même équipe de football universitaire. »
Les tremblements de ma main se sont arrêtés.
« Mais je vois pas le rapport avec aujourd’hui.
- Parfois il suffit d’un simple détail. Ce n’est pas toujours évident, ça peut être une sensation, un nom, quelque chose d’insignifiant qui a pu se passer. Les associations qui se font entre deux souvenirs sont parfois assez tirées par les cheveux. Une question d’odeur, d’atmosphère… Un simple point commun dans l’environnement peu faire s’activer nos mémoires au quart de tour.
- C’est ça.
- … Ca, quoi ?
- L’environnement !
- Il y a un point commun entre M-je sais plus quoi et San Fransisco ?
- Non, non, pas ça ! »
Elle fronce les sourcils et je sens que je l’ai perdu dans mon raisonnement. Pourtant il a tout ce qu’il y a de plus logique et je comprends même pas comment j’ai pu ne pas y penser avant.
« Vous venez de le dire. Il suffit d’un point commun entre le souvenir et l’endroit où on se trouve pour qu’il revienne en mémoire. Mais pourquoi on se contenterait d’un simple point commun ? »
Je vois sur son visage qu’elle a compris où je voulais en venir, elle écarquille les yeux et ouvre la bouche une seconde comme un poisson hors de l’eau.
« Non ! Non c’est pas ce que je voulais dire.
- Bien sûr que si ! Si je veux savoir ce qui s’est passé sur cette planète, il me suffit d’y retourner ! »
°0°
Je suis assis au mess en face de Sheppard, que j’ai cherché pendant plusieurs minutes avant de réaliser que c’était l’heure de sa pause déjeuner. Il mange tranquillement le contenu de son plateau pendant que je lui explique mon idée. Cela faisait un moment que je n’avais pas mis les pieds au mess. Mes tentatives depuis mon autorisation de sortie relative de l’infirmerie m’ont mises mal à l’aise. Pas évident de manger quoi que ce soit quand on a l’impression que tous les regards sont posés sur vous et que vous êtes le sujet de toutes les conversations. (Ce qui est irrationnel, on est bien d’accord. Mais c’est pas pour autant que mon impression s’évapore.)
O’Cland, qui m’a suivi, est assise à côté de moi et se contente de lever les yeux au ciel.
« Si on a évacué les habitants c’est parce qu’ils n’avaient plus les moyens de reconstruire leur village, mais la planète, elle, est toujours aussi viable. Et elle n’est plus peuplée, ce qui veut dire qu’elle n’a aucun intérêt pour les Wraiths.
- Sauf si c’est un piège.
- Je les imagine mal camper pendant onze semaines à attendre notre retour. En plus de ça, ils me croient mort, et si j’étais mort, je vois pas de raison pour laquelle on retournerait là-bas.
- Alors là, on est bien d’accord. »
Hm. Je suis pas sûre que je m’aide moi-même là.
« C’est la meilleure idée que j’ai eue pour retrouver le maximum de souvenirs pour faire plaisir au CIS. Woolsey ne pourra pas être contre ça.
- Vous me demandez officiellement, en plein milieu de mon déjeuner, de préparer une équipe pour une mission qui consiste à visiter une planète déjà connue, et vous protéger pendant que vous attendez une illumination ?
- Qui dit planète déjà connue dit aucune surprise. Ils verront ça comme une mission tranquille, un peu de temps à prendre l’air. Ca ne fera de mal à personne, et au risque de le répéter, ça montrera au CIS qu’on fait des efforts.
- Oui, c’est évident. L’objectif ultime de cette mission est de faire un geste vers le CIS pour améliorer nos relations et qu’il nous lâche un peu la bride ! »
Il rit doucement pendant que je lève les yeux au ciel avec exagération.
« C’est un oui ?
- Non ! »
Je sens une grimace capricieuse criant « pourquoi ?! » se dessiner sur mon visage quand il dirige son regard vers O’Cland. Ah, forcément, s’il lui demande à elle.
« Doc ?
- Merci de vous intéresser à ce que je peux en penser, Colonel !
- Vous savez toute l’affection que je porte aux membres de l’infirmerie, enfin !
- Je suis contre. »
Je soupire bruyamment et regarde Sheppard d’un air lui demandant ‘vous vous attendiez vraiment à autre chose ?’
« Vous ne pouvez pas sérieusement envisager de l’envoyer en mission. Il marche avec des béquilles, franchement, vous l’imaginez se frayer un chemin dans la forêt ? Il retarderait vos équipes considérablement, et si vous subissez une attaque il sera un poids non négligeable. »
Je la regarde d’un air outré : encore heureux que je ne me vexe pas facilement !
« Elle marque un point.
- On ne se fera pas attaquer, et les remèdes athosiens font de vrais miracles. Je n’ai pratiquement pas besoin de ces béquilles. »
J’exagère peut-être un petit peu, mais j’ai besoin d’arguments.
« Il est sorti du coma il y a huit jours, il n’est certainement pas en forme physique pour une mission, de toutes façons. Ses constantes ne rentrent certainement pas dans les normes imposées pour envoyer des hommes en mission extra-planétaires.
- Ca se joue vraiment pas à grand-chose, je suis près !
- Hors de la norme ça reste hors de la norme »
Son assurance m’agace au plus haut point. Je m’apprête à répliquer quand elle ajoute :
« Et psychologiquement parlant, c’est hors de question. »
Je me fige en remarquant que j’ai vraiment rien à répondre à ça. Je me retourne vers Sheppard qui avait l’air plutôt amusé de cet échange.
« Monsieur, je suis près. Si j’avais le moindre doute sur la possibilité de me mettre en danger ou de mettre en danger mes coéquipiers, jamais je ne vous demanderais une telle faveur. Vous le savez. »
Sheppard se repose au fond de sa chaise et nous jauge un instant du regard. Il soupire et se lève, saisissant son plateau.
« Je peux rien faire, Lorne. Vous le savez, les médecins ont toujours le dernier mot. »
Je le regarde s’éloigner et ne trouvant plus rien à dire, je finis par quitter le mess à mon tour.
°0°
Je suis assis au bord d’un des pontons d’Atlantis, les jambes tombant dans le vide. Je suis là pour regarder la vue, à présent dégagée des nuages qui l’encombraient ces derniers jours. Je suis là surtout pour me vider la tête.
J’entends des pas derrière moi qui sont désormais familiers et je peux pas m’empêcher le sarcasme :
« Vous ne pouvez vraiment plus vous passer de moi, n’est-ce pas ? »
Je l’entends faire un pas de plus et s’asseoir par terre quelques mètres derrière moi :
« On peut discuter ? »
Je tourne la tête vers elle, et je la trouve bien loin pour une discussion. Elle doit noter la question sur mon visage car elle répond d’un air un peu gêné :
« J’ai le vertige. »
Je m’éloigne du bord et me glisse jusqu’à sa hauteur en limitant les efforts sur mes jambes, et elle replie les siennes contre sa poitrine, les entourant de ses bras.
« Vous m’en voulez ?
- Non. »
Sauf que ce non là avait un ton qui voulait dire oui.
« D’accord, oui, peut-être. J’ai juste vraiment besoin de retourner là-bas, Anna. Il faut que je comprenne. Et je sais que là-bas, je me rappellerai. Et je pourrai comprendre.
- Je ne peux pas vous laissez y aller. C’est trop dangereux, enfin.
- Je me fiche que ce soit dangereux !
- C’est pour ça que les médecins sont là. Je sais que vous pensez le contraire mais je fais ça pour votre bien, pour votre santé. Ne le prenez pas- »
Elle a une seconde d’hésitation puis elle termine :
« Ne le prenez pas comme quelque chose de personnel.
- Mais ça l’est ! »
Cette réponse est peut-être bien partie un peu vite. Elle me regarde d’un air intrigué et je me sens obligé de clarifier.
« Je veux dire, pour moi, c’est personnel. Ce sont de mes amis dont il s’agit, de mes souvenirs, de ma vie. J’ai failli mourir là-bas et j’ai perdu certains de mes meilleurs amis, j’estime que j’ai le droit de comprendre pourquoi. Et si le seul moyen c’est d’y retourner, et ce même si l’idée même de retourner là-bas me fout les jetons plus que tout, peu importe ! »
Elle baisse les yeux et son regard repart vers la vue de l’océan. Et on reste silencieux pendant plus longtemps qu’on ne l’a jamais été.
°0°
« Dites-moi ce que je suis sensée faire… »
Carson émet un rire compatissant en entendant le ton désespéré d’Anna. Il est allongé à même le sol de la salle de repos tous conforts de l’infirmerie, tandis qu’elle et Keller sont assises adossées contre des fauteuils. Il y a une bouteille de whisky au milieu, et aucun des trois n’est en mesure de dire si c’était de l’écossais ou de l’irlandais – telles se tiennent les soirées où Biro est de garde.
« C’est ton patient, c’est toi qui décide ! répond Keller qui tient en fait beaucoup mieux l’alcool qu’on aurait pu le penser.
- T’as raison. Absolument. Je suis médecin, je sais ce que je fais, et si je dis que c’est dangereux c’est que ça l’est ! J’ai raison. »
Beckett se contente de soupirer et O’Cland tourne la tête vers Jennifer en quête d’une traduction.
« Il se demande si tu dis ça pour nous convaincre ou pour te convaincre toi.
- Merci du soutien ! J’ai tort alors ?
- C’est pas ce que j’ai dit, réplique Carson.
- Si tu arrêtais les énigmes ça m’aiderait peut-être un peu plus ! »
Jennifer est submergée par une image de Beckett en vieux sage détenant la vérité et la donnant aux plus braves via de subtiles charades, et éclate dans un rire de jeune fille. Elle ne tient peut-être pas si bien l’alcool que ça, tout compte fait.
« On n’envoie pas sur le terrain quelqu’un qui n’est pas en bonnes conditions physiques et mentales pour y aller. C’est ce qu’on fait. C’est notre job !
- Une des premières choses que j’ai faites dans les premiers mois de mon arrivée ici, ça a été de laisser John Sheppard repartir sur un vaisseau ruche avec l’abdomen recousu d’un fil blanc alors qu’il avait une hémorragie interne.
- Mais c’est mal ! C’est pas ça qu’il faut faire. On doit, on doit traiter nos patients en notre âme et conscience. C’est dans notre serment !
- Tout à fait !
- On peut pas les laisser se mettre en danger !
- Mais ici… Ici c’est pas pareil. Ils mettent tous les jours leurs vies en danger.
- Mais est-ce qu’on doit pas tenter le maximum pour les empêcher de faire des trucs stupides ? »
Carson qui était resté silencieux jusque là, laisse à nouveau s’échapper un rire, et apprécie lorsque Jennifer vient une fois de plus clarifier le point, apportant les conclusions au dilemme de la jeune doctoresse.
« Exactement. On tente le maximum. Mais sur Atlantis, nos patients, ce sont des soldats, des scientifiques, des gens qui sauvent le monde. Ils sauvent des vies, et tant qu’ils sont pas à l’article de la mort, ils se contrefichent de leur santé. On leur donne notre aval pour leurs départs en mission, mais en fait, même quand on s’y oppose… En fait, c’est eux qui ont le dernier mot. »
Epuisée de son moment de lucidité, Jennifer ferme les yeux et pose la tête sur l’épaule de sa collègue. Et repensant à ce qui venait de se dire et la tête lourde, Anna, elle, laisse son regard se perdre dans le vague.
J'attends vos reviews (qu'elles soient positives, négatives, curieuses, enthousiastes, septiques ou confuses, chapitrales, longues, courtes, ou brèves, en français, en anglais ou en allemand mais pas en russe sinon ça va s'avérer compliqué) avec une grande impatience !
Et bonnes vacances à ceux qui en ont, et bon courage à ceux qui n'en ont pas !