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: B s . A A A    : full 3/4 1/2   : E E   : Light Dark Books » Harry Potter » Learn to crawl III : Le Pouvoir du Sacrifice

Elizabeth Moonstone
Author of 18 Stories

Rated: T - French - Adventure/Tragedy - OC - Reviews: 49 - Updated: 06-15-09 - Published: 07-28-08 - Complete - id:4429322

« Many that live deserve death. And some that die deserve life. Can you give it to them? Then do not be too eager to deal out death in judgement. For even the very wise cannot see all ends. I have not much hope that Gollum can be cured before he dies, but there is a chance of it. And he is bound up with the fate of the Ring. My heart tells me that he has some part to play yet, for good or ill, before the end; and when that comes, the pity of Bilbo may rule the fate of many—yours not least. »

Extrait du chapitre 2 de The Fellowship of the Ring, par JRR Tolkien

5 : La famille d’abord

Peter Pettigrow savait parfaitement qu’il y a des offres qu’on ne refuse pas.

Celles qu’on est obligé d’accepter.

Par exemple, il y a quelques années, Voldemort lui avait proposé de l’aider de son plein gré ou contre sa volonté.

Parfois, Peter se demandait s’il n’aurait pas mieux fait de s’obstiner à refuser, de forcer Voldemort à lui lancer le sortilège de l’Imperium. Peut-être que ses amis n’aurait pas su la vérité mais s’ils l’avaient apprises, ils auraient vu Peter non pas comme un traître mais comme une victime.

Cependant, il y avait quelque chose en lui, peut-être un vieux reste de fierté, qui refusait justement d’être une victime. Si ce n’avait été que sa fierté, Peter aurait pu s’asseoir dessus, comme il le faisait souvent, mais il ressentait également une peur de perdre sa liberté, sa volonté, sans trop savoir d’où lui venait cette horreur profonde.

Non, au fond de lui-même, il savait qu’il avait toujours voulu être quelqu’un. Pas une victime, pas un pantin manipulé par le marionnettiste Voldemort.

Il savait même qui il aurait voulu être idéalement.

Quelqu’un comme James et Sirius. Quelqu’un de fort et du bon côté.

James et Sirius avaient été de bons amis pour lui mais, finalement, ils lui avaient fait plus de mal que de bien. Ils lui avaient donnés l’image de ce qu’il aurait voulu être. Et de ce qu’il ne pourrait jamais être.

Peter n’était pas idiot. Pourquoi Voldemort l’avait-il pris pour cible alors qu’il aurait pu choisir Sirius ou Rémus comme espion ? Parce qu’il était en marge du groupe des Maraudeurs. Parce qu’il singeait ses meilleurs amis sans jamais parvenir à les égaler.

Voldemort avait choisi celui qui se soumettrait le plus facilement à la tentation du pouvoir et qui, s’il y résistait, résisterait moins à l’Imperium. Le plus faible du lot.

Il n’avait jamais été assez bon pour les « bons ».

Peut-être y avait-il alors un avenir en étant méchant.

En fait, il n’avait fait que passer de l’ombre des Maraudeurs à celle de Voldemort. Et s’il acceptait d’aider Severus Rogue, l’histoire ne ferait que se répéter.

Mais, face à Rogue, il avait une option qu’il n’avait pas face à Voldemort. Il n’était pas obligé de rester tranquillement ici à attendre que Rogue lui demande s’il voulait bien l’aider ou se faire Impériumer.

Il pouvait s’enfuir. Ou du moins essayer.

Il inspecta la porte. Rogue l’avait bien verrouillé, la rendant imperméable à tous sorts d’ouverture que Peter aurait pu lui jeter s’il avait eu sa baguette magique. En revanche, le sort ne la protégeait pas contre les attaques physiques.

Peter tapota prudemment la porte. Elle était en bois massif. Vu qu’il n’était ni un cracheur de feu, ni un guerrier ninja, il valait mieux éviter de s’y attaquer.

Il plongea furieusement les mains dans ses poches. Sans sa baguette, sans aucune force physique, il était démuni.

Sa main rencontra un petit paquet rectangulaire au fond de sa poche. C’était une boîte de chewing-gum.

Peter avait complètement oublié qu’il en avait. Mais il aimait bien mâcher de la gomme ; cela le détendait.

Il prit un chewing-gum avant de se rendre compte qu’il était de la mauvaise couleur. Le chewing-gum qu’il tenait à la main était vert brillant et sentait la menthe, le parfum qu’il détestait le plus au monde.

Impossible que ce soit ses chewing-gum. C’était bien sa boîte mais quelqu’un en avait remplacé le contenu.

Il se souvint alors d’où il avait vu pour la dernière fois ce vert chlorophylle et tout fut claire dans son esprit.

Vince Crabbe aimait autant la gomme que lui mais d’une manière différente. Il avait réussi à se procurer (Dieu sait comment !) des prototypes de chewing-gum explosifs. Des prototypes jamais mis en vente car les explosions qu’ils provoquaient étaient loin d’être bénignes. Vince s’amusait à offrir à ses victimes pour voir leur dent éclater au bout de trente secondes. Il en avait proposé à Peter qui, ayant entendu sa réputation, avait poliment prétexté être allergique à la menthe. Vince lui avait cassé le nez mais il ne lui avait fallu que quelques minutes pour le réparer. S’il avait du se faire repousser toutes les dents…

Apparemment, Vince, dépité après qu’il ait évité son piège, avait remplacé ses chewing-gums ordinaires par sa gomme explosive. Il avait sans doute penser que Peter ne s’apercevrait de rien car lui-même n’aurait rien vu.

Mais tout le monde n’était pas aussi stupide que Vince Crabbe.

Il n’empêchait que, grâce à lui, Peter avait de petites bombes à sa disposition.

Il regarda le trou de la serrure. Il était énorme et en métal. Même si les sorciers n’avaient pas besoin de clés pour fermer leurs portes, c’était un objet qu’ils affectionnaient et ils dotaient toutes leurs portes de serrures qui allaient avec leurs clés, souvent énormes et dorées. Ce qui arrangeait bien Peter car il pouvait largement coincé un chewing-gum là-dedans.

L’effet explosif de la gomme se déclenchait au bout de trente secondes de mastication. Il le mâcha donc tout en comptant jusqu’à vingt-cinq, puis fourra le chewing-gum dans le trou de la serrure, en espérant que cet usage peu conventionnel n’empêcherait pas l’explosion.

Au contraire, il l’accéléra. Peter, qui n’avait pas eu le temps de s’éloigner, remercia Dieu (ou plutôt les concepteurs de chez Zonko) que l’explosion était sans chaleur. Néanmoins, elle ne s’était pas faite sans bruit et Peter jeta quelques coups d’œil anxieux par l’énorme trou qui remplaçait désormais la serrure

Par chance, Rogue et Malfoy devaient se trouver trop loin pour entendre car personne ne vint. Peter se glissa hors de la pièce et prit sa forme de rat. S’ils devaient croiser Malfoy ou Rogue dans les couloirs, il préférait ne pas être trop repérable.

Alors qu’il passait devant une porte fermée, à l’étage d’en dessous, il entendit du bruit. C’étaient les voix de Rogue et de Malfoy, assez fortes. Peut-être qu’ils se disputaient. Cette idée suffit à éveiller l’intérêt de Peter, suffisamment pour qu’il s’arrête quelques instants.

« Est-ce que tu te rends compte que tu aurais pu perdre ton fils pour de bon, Severus ? », disait Lucius Malfoy d’un ton accusateur.

« Il n’était même pas blessé et il ne le sera pas. »

« Ils vont peut-être gagner grâce aux larmes de phénix mais tu n’as rien arrangé. Stanislas n’est pas stupide, il a sans doute deviné d’où venait les larmes. »

« Stanislas est comme moi. Il… comprendra. »

« S’il est vraiment comme toi, il ne pardonne pas facilement. Tu vas peut-être perdre ton fils, Severus, juste pas de la façon dont tu le pensais. »

Peter s’éloigna à toute vitesse. Apparemment, les ennemis de Voldemort étaient en train de perdre mais cela n’allait pas tarder à changer grâce à l’intervention de Rogue. Ils devaient prévenir une autorité compétente, quelqu’un, n’importe qui.

Quand il parvint enfin à sortir de la Tour blanche, il remarqua immédiatement au loin un terrible champ de bataille. Il y avait des centaines d’Inferi et, au milieu d’eux, quelques silhouettes qui les combattaient bravement. Peter faillit avoir une crise cardiaque avant de réaliser que les Inferi ne dépassaient pas un certain périmètre, comme s’ils étaient enfermés. Une fois rassuré, il s’avança, toujours sous sa forme Animagus. Les ennemis de Voldemort avait l’air trop occupés pour le remarquer mais il n’avait tout de même pas envie de se faire repérer.

Après avoir contourné le champ de bataille, il poussa un soupir de soulagement en apercevant Evelyn Rosier.

« Peter !, s’exclama celui-ci quand il reprit sa forme humaine. Quand je ne t’ai pas vu revenir, j’ai pensé que… Comment t’en aies-tu tiré ? »

« Je vous expliquerais plus tard. Comment se déroule la bataille ? »

« Très bien. Ils sembleraient qu’ils n’en aient plus longtemps, après l’évanouissement de la princesse Eméra. »

« Ca va changer. Severus Rogue et Lucius Malfoy sont des traîtres. Ils leur ont donnés des larmes de phénix. »

Evelyn sortit aussitôt sa baguette et murmura :

« Accio larmes de phénix ! »

Il tendit la main mais aucune larme ne vint s’y déposer.

« Ca veut dire qu’ils les ont utilisés, dit Peter, jusqu’à la dernière goutte. »

Au moment où il achevait sa phrase, les Inferi qui se tenait à quelques mètres d’eux s’enflammèrent. Peter avait l’impression qu’une gigantesque boule de feu était tombé du ciel et était en train de consumer le terrain entier. Mais le feu s’arrêta aussi vite qu’il était venu.

Maintenant que les flammes et les Inferi ne lui bloquaient pas la vue, Peter pouvait les voir tous, clairement. Les ennemis de Voldemort.

Eméra Potter étaient bien là. Il l’avait à peine aperçu quand il avait attaqué le garçon la dernière fois et il n’avait pas pu être sûr de son identité. En regardant ses yeux verts émeraude, une sensation très désagréable l’envahit.

Vous ne pouvez pas le tuer. Vous ne pouvez pas !

Il détourna rapidement le regard. Non loin d’Eméra se trouvait le garçon qu’il avait aveuglé. Il semblait avoir regagné toutes ses capacités désormais. Peter espérait qu’il n’était pas du genre revanchard.

« Ils sont hors de portée de sort et les Inferi ne vont pas tarder à ressortir de terre. Nous ne pouvons que regarder, dit Evelyn. Alors, pourrais-tu enfin me raconter tes aventures, Peter ? »

Celui-ci lui résuma rapidement la proposition de Rogue, sans évoquer sa trahison passée. Puis il décrit la manière dont Rogue avait brutalement quitté la pièce et comment il avait réussi à s’échapper. Evelyn haussa un sourcil quand il évoqua le chewing-gum explosif.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Rien, rien. Ca paraît juste assez extravagant comme moyen d’évasion. Mais continue, je t’en prie. »

Peter acheva son récit sur la conversation qu’il avait surprise entre Rogue et Malfoy.

« Je suis assez surpris que Lucius Malfoy soit impliqué dans tout ça. Je pensais qu’il était fidèle. Rogue, en revanche, ça ne me surprend pas. Et qu’il soit un traître est une assez bonne chose pour nous. Il devait reporter l’identité de ses ennemis à Voldemort mais, comme il a changé de camp, cette tâche va nous incomber. Et le Seigneur des Ténèbres sera bien plus indulgent envers notre défaite si nous lui ramenons ces informations. »

Peter hésita. Il savait qu’Evelyn était marié et avait des enfants.

« Qu’est-ce vous auriez fait à la place de Rogue ? Si vous aviez du dénoncer vos enfants à Voldemort ? »

« Je ne sais pas. », dit Evelyn et il avait l’air sincère.

Un silence gêné s’ensuivit. Quelques instants plus tard, Peter et Evelyn remarquèrent que les Inferi ne sortaient plus de terre. Les ennemis de Voldemort étaient en train de se débarrasser des derniers qui restaient.

Evelyn les regarda faire, comme fasciné. Quand ils eurent fini, c’était évident qu’ils avaient gagnés.

« Hm.., dit Peter, je n’ai pas de baguette. »

« Tu n’en auras pas besoin. », dit Evelyn d’un ton absent.

Il remua la sienne d’un geste souple tout en murmurant :

« Spero patronum. Destinataires : Rabastan Lestrange, Bellatrix Lestrange. Le message est : Votre vœu s’est réalisé. Venez vous battre. »

Deux cygnes argentés sortirent de sa baguette, se séparèrent et disparurent.


« Combien ? », demanda Stanislas d’une voix monocorde.

« Dix dans le Laboratoire, dix dans l’Hôpital, répondit Kévin. Vous devriez les voir dans une seconde. »

« Oh mon Dieu, ils ont réussi à réveiller leur unité entière… », soupira Eméra.

« On ne pouvait pas s’attendre à ce qu’ils tricotent et écoutent de la musique classique pendant qu’on s’occupait des Inferi. », dit Deimos.

« Rosier n’a rien fait, lui. »

« Je parie qu’il n’a jamais eu l’attention de se mêler à ça. A mon avis, lui et Pettigrow veulent jouer le petit rapporteur auprès de Voldemort. Mais, ils en savent trop, il faudra se débarrasser d’eux… après. »

« Le problème, c’est qu’ils vont déguerpir dès la bataille terminée. Et, vu que nous sommes bloqués par cette barrière, ils en auront parfaitement le temps. »

« Ne vous inquiétez pas pour Rosier et Pettigrow. J’ai toutes les raisons de croire que soit Pettigrow travaille pour mon père, soit il a révélé à Rosier que mon père est un traître. Et mon père ne laissera jamais quelqu’un qui en sait trop sur lui sortir d’ici vivant. », dit Stanislas.

« Comment peux-tu en être aussi sûr ? », demanda Kévin

« J’ai bien vu l’état dans lequel était Pettigrow après ton attaque et l’état dans lequel il est maintenant. La seule chose qui aurait pu le faire se remettre aussi vite, c’est des larmes de phénix. Bien peu de gens en ont. Je pense que mon père nous a donné les siennes pour soigner Eméra et Kévin mais qu’il a aussi soigné Pettigrow, probablement pour le recru… »

Stanislas s’interrompit. Ils arrivaient.

Bellatrix marchait en tête, d’un pas de général qui ouvre un défilé de soldats triomphants. Mais elle perdit son sourire quand une large crevasse s’ouvrit juste sous leurs pieds. Le fossé n’était pas profond mais, dès que les Mangemorts touchèrent la surface de l’eau ensorcelée, ils s’y retrouvèrent prisonniers. Certains y étaient plongés jusqu’à la taille et agitaient pitoyablement les jambes pour essayer de se dégager, d’autres avaient leur pied bloqués comme dans un piège à loup. Les Inferi remuaient toujours à l’intérieur de leur prison aqueuse et ils eurent vite faits d’agripper les Mangemorts et de les entraîner vers les profondeurs. L’eau vitreuse les fit rapidement suffoquer, heureusement pour eux, car mourir aux mains des Inferi aurait été bien plus long et douloureux.

Quelques Mangemorts attentifs réussirent à éviter l’eau en lévitant ou en sautant par dessus la crevasse. Bellatrix, un pas en avant des autres, et Rabastan, qui se tenait un peu en retrait ne furent pas touchés. Mais il ne restait qu’en même plus que la moitié des Mangemorts.

« Ca, Eméra, c’était une très bonne idée. », dit Stanislas d’un ton admiratif.

Quatre Mangemorts du genre baraqué se dirigeaient vers la jeune femme d’un air menaçant. Ti’lan se rapprocha d’elle et ils échangèrent un regard complice.

Quelques minutes plus tard, Rabastan se battait en duel avec Dalila tandis que Deimos, non loin d’elle, esquivait sans peine les attaques de son adversaire et s’amusait apparemment à le faire enrager.

Contrairement au loup-garou, Lucy échouait à voir le moindre aspect amusant dans cette situation. Elle avait participé à la bataille contre les Inferi mais affronter des êtres vivants n’était pas pareil. Elle ne voulait assister à aucune mort, même pas à celle de Rabastan Lestrange.

Bien sûr, les morts qui la préoccupaient vraiment étaient celles de ses camarades : plus que jamais, ils risquaient leur vie. Particulièrement Stanislas. Il semblait peiner face à la redoutable Bellatrix Lestrange, plus que Kévin, qui affrontait pourtant trois Mangemorts à la fois.

Lucy soupçonnait Bellatrix de reporter sur Stanislas la haine qu’elle vouait à son père et, tout en évitant la pluie mortelle des sorts, elle s’inquiétait de plus en plus pour lui.

Tant pis ! Tant pis pour le fait que cette folle homicide pouvait probablement la balayer comme un fétu de paille ! Elle aiderait Stanislas.

Mais, alors qu’elle se précipitait pour aider son petit ami, son corps se figea soudain. Elle pouvait juste respirer sans peine et bouger les yeux. Lucy connaissait quelque sorts qui faisaient cet effet, comme le maléfice du Saucisson ou le sortilège de Ligature, mais elle ne sentait pas de cordes qui la ligotaient.

Soudain, elle se mit à reculer, exactement comme si elle était un cerf-volant qu’un gamin ramenait vers lui en tirant sur la ficelle. Elle regarda sur les côtés aussi loin qu’elle le pouvait et…

Il y avait bien un fil. Et il la reliait à Rabastan Lestrange.

Ses pas la menèrent jusqu’à lui. Il l’attrapa avec le bras qui ne tenait pas sa baguette et la retourna brusquement. Maintenant, elle pouvait voir le regard surpris et horrifié de Dalila.

« Qu’est-ce qui se passe ? », souffla t-elle sans bruit.

Lucy aurait voulu s’excuser, s’expliquer mais elle ne pouvait toujours pas émettre un son. Même sa respiration devint erratique quand elle sentit quelque chose de froid se poser contre son cou. Une lame de couteau.

« Mes amis, nous allons nous amuser un peu. », dit Rabastan d’une voix forte.

En l’entendant, la majorité des Mangemorts s’arrêta immédiatement de combattre. L’un des Mangemorts qui affrontaient Ti’lan et Eméra reçut même un coup de coude dans l’estomac parce qu’il continuait de jeter des sorts :

« Arrête ! Monsieur Lestrange fait son truc. »

Les membres de Ceux-qui-doivent-ramper avaient désormais tous le regard fixé sur Lucy et leurs baguette tournés vers Rabastan. Celui-ci les embrassa froidement du regard :

« Si l’un de vous s’attaque à moi, j’aurais le temps de la tuer. »

Puis il s’adressa exclusivement à Dalila :

« Si tu veux que ton amie vive, retourne plutôt ta baguette contre toi-même. A moins, ajouta t-il en regardant Stanislas, que l’un de tes amis ne te tue pour sauver la vie de cette fille. »

« Vous savez très bien que je me sacrifierais pour Lucy si c’était nécessaire, tout comme j’ai essayé de me sacrifier pour John et Will. Et moi, je sais très bien qu’une fois que je serais morte, vous trancherez la gorge de Lucy. Je ne suis pas idiote. Donnez moi une preuve que vous la laisserez partir vivante. »

En plein milieu de cette réplique, Eméra sentit son corps se paralyser. Elle pouvait voir un fil fait d’obscurité mouvante partir de son cœur et rejoindre Rabastan. Kévin, Ti’lan et Lucy étaient victimes du même phénomène. Tous prisonniers d’une monstrueuse toile, dont un nouveau fil se dirigeait maintenant vers Stanislas. Celui-ci ne se rendait compte de rien. Il regardait Lucy et ses yeux noirs paraissaient énormes, comme des gouffres sans fond.

S’il n’avait pas été concentré sur Lucy, Stanislas se serait rendu compte que quelque chose clochait chez ses camarades. Il aurait pu sentir l’attaque de Rabastan et essayer de l’éviter.

Rabastan était en train de tous les berner. La menace qu’il faisait peser sur Lucy n’était qu’une habile diversion pour pouvoir les prendre tous au piège.

« Quelle preuve accepterais-tu ? », demanda Rabastan.

« Un Serment Inviolable. »

Lucy frémit de soulagement lorsque la lame de Rabastan quitta son cou. Mais il ne fit que la remplacer par sa baguette. Il tendait sa main droite, désormais vide, vers Dalila, comme pour l’inciter à venir faire le Serment Inviolable.

Celle-ci commença à approcher, soupçonneuse. Mais elle était à peine à mi-chemin que Rabastan cria :

« Expelliarmus ! »

La baguette de Dalila lui échappa et Rabastan l’attrapa habilement de sa main libre.

« Tu n’en a pas besoin, dit-il en agitant la baguette puis en la rangeant dans sa poche. Tu n’as pas besoin de mon Serment. Car je tiens la vie de tous tes chers camarades entre mes mains.

Regarde les ! Ils ne peuvent pas bouger. J’ai utilisé sur eux une de mes spécialités ; un sort de peu de gens connaissent, et presque tous se trouvent ici… », dit-il en regardant la troupe de Mangemort.

Peter écoutait ce monologue avait une gêne grandissante. De vieux souvenirs commençaient à remonter et, cette fois, leur flot était trop fort pour qu’il parvienne à l’endiguer. L’image de fenêtres obstruées, d’une porte fermée tanguait devant ses yeux.

Pas d’échappatoires.

La scène s’était déroulé il y a plus de vingt ans mais elle était d’une clarté et d’un réalisme presque violent dans son esprit. Il se souvenait d’avoir essayé d’expliquer. Quel balbutiement ridicule était sorti de sa bouche, aussitôt balayé par l’impétueux Sirius !

Tu aurais dû mourir plutôt que de trahir tes amis, mourir comme nous serions morts pour toi s’il l’avait fallu !

Le réseau de fils noirs se mit alors peu à peu à réapparaître, aux yeux de tous. Rabastan poursuivait :

« Ce sortilège est un peu plus dur à lancer que l’Imperium mais, une fois la personne prise dans la toile, je ne contrôle pas que son conscient mais également ses actions inconscientes. Celles qui nous sont aussi naturelles que de respirer, comme de faire battre notre cœur... »

Cet air horrifié et dégoûté qu’avaient ses victimes quand ils regardaient Rabastan… James et Lily l’auraient-ils regardé comme ça ?

James n’aurait pas voulu qu’on me tue. James aurait compris, Harry.

Un mensonge. James aurait voulu sa vengeance même s’il considérait que tuer un homme était mal, tout comme il avait choisi de mettre de côte ses principes moraux pour humilier Rogue, qu’il haïssait viscéralement.

Mais Harry, lui, l’avait épargné.

Je ne fais pas ça pour vous. Je le fais parce que je pense que mon père n’aurait pas voulu que ses meilleurs amis se transforment en tueurs… simplement à cause de vous.

« Alors, qui va mourir en premier ? Ta cousine et meilleure amie ou ton petit ami le loup-garou ? »

Dalila se tenait, immobile, comme paralysée par une douchée glacée. Tout comme Peter, elle était victime d’une cascade de souvenirs. Tout se répétait. Encore une fois Rabastan menaçaient la vie des personnes qui lui étaient le plus chers.

Elle se sentait incapable de faire quoi que ce soit. Totalement impuissante, et terrifiée. Sa seule pensée était une supplique sans fin. Que cet enfer s’arrête.

Rabastan regardait alternativement Eméra et Deimos comme s’il hésitait entre deux produits à acheter.

Acheter… Racheter… Aujourd’hui, la fille d’Harry Potter se tenait à la place que Peter avait occupé autrefois, menacé de mort. Il pouvait faire comme Harry, s’interposer, refuser d’approuver en silence un meurtre qui le révulsait. C’était sans doute là sa dernière chance de rembourser la dette qu’il avait envers Harry.

Sa dernière chance de devenir un homme meilleur.

Non seulement, quelqu’un mais quelqu’un de bien.

Quelqu’un dont je pourrais être fier.

Peter se mit à marcher droit devant lui, comme un zombie.

« Qu’est-ce que tu fabriques… », commença Evelyn. Mais il n’acheva pas sa phrase. Il sentit son esprit se vider, comme une baignoire dont on tire soudainement la bonde.

Quel bonheur d’être libre de tout soucis ! Il était tout simplement euphorique.

Il entendit alors une voix familière résonner dans sa tête. Mais il ne prit pas la peine de l’identifier. Il devait juste lui obéir.

« Aide nous à briser la barrière… »

Evelyn s’exécuta en souriant. Puis la voix lui dicta mot pour mot pour ce qu'il devait dire aux Mangemorts.

« Après avoir donné cette explication aux Mangemorts, tu reviendras sur tes pas et au moment où tu te retourneras, tu oublieras tout ce qui concerne de près ou de loin cet incident. »

Une deuxième voix, toujours familière, se mêla à la première. Elle parlait à haute voix d’un ton pressant, ce qui faisait une étrange dissonance avec la voix qui s’exprimait dans sa tête. Mais Evelyn repoussa rapidement ce désagrément.

« Je ne fais pas confiance à ton plan, Severus ! Comment puis-je être sûr que cette homme qui connaît mon implication ne survivra pas ? »

« Protège toi comme tu le souhaites, Lucius. »

« Alors, Evelyn, tu oublieras également que Lucius Malfoy est un traître. Je ne serais rien d’autre que le plus fidèle Mangemort à tes yeux. »

Plusieurs minutes s’étaient écoulés et Rabastan commençait à se lasser de faire monter la pression. Peter, sentant qu’il devait se dépêcher, avançait désormais à petites foulées. Evelyn le regardait sans le voir, d’un long regard fixe et vide.

« Tu n’as rien à dire ? Alors, la famille d’abord. »

Tu aurais du comprendre que si Voldemort ne te tuait pas, c’est nous qui le ferions. Adieu, Peter.

« NOOOOOOONNNNN ! »

Peter se mit à courir et s’interposa entre Rabastan et Eméra. Celui-ci fut d’abord surpris mais il se reprit avec une rapidité étonnante. Sa baguette se tourna vers Peter, qui fut aussitôt frappé par un éclair violet. Il mordit la poussière.

Rabastan regarda le corps inanimé avec un petit sourire satisfait. Il faudrait qu’il interroge Pettigrow plus tard. Mais, pour l’instant, il devait se concentrer sur ses victimes actuelles.

Il se retourna pour les observer toutes. Le sourire glissa aussitôt de son visage. Il ferma un instant les paupières, les rouvrit. Ces yeux devaient lui jouer des tours.

De ses huit fils, il n’en demeurait plus que sept. Pettigrow n’avaient pas réussi à rompre son lien avec la fille Potter mais un autre fil avait purement et simplement disparu. En même temps que la personne se trouvant à l’autre bout.

« Comment ça a pu se passer ?, rugit Bellatrix. Personne ne peut disparaître avec une telle barrière ! »

Evelyn s’approcha alors :

« Rogue et Pettigrow m’ont jeté le sortilège de l’Imperium pour que je les aide à briser la barrière. »

Bellatrix jura et lui demanda de manière assez grossière s’il n’aurait pas pu résister. Mais Evelyn poursuivit calmement, comme s’il récitait une leçon apprise par cœur :

« Puis je suppose que Rogue a envoyé son subordonné faire diversion et qu’il a récupéré son fils. »

Rabastan eut un petit rire moqueur et se tourna vers Ceux-qui-doivent-ramper :

« Quand les Rogue vous abandonnent, c’est que vous êtes foutus. »


La voix de son père qui égrenait le compte à rebours. La lumière bleutée dont s’illuminait le Portoloin. Tout cela était familier sauf que cela n’aurait pas dû être.

Dès qu’il sentit à nouveau le sol sous pieds, Stanislas s’écria :

« Où diable sommes nous ? »

« Tu ne reconnais pas ? »

Stanislas ne pouvait voir qu’une étendue vert pommelé. Mais l’air marin lui piquait les narines alors il se retourna. En contrebas et jusqu’à l’infini, il n’y avait que la mer d’un gris bleu d’acier.

« Les falaises de Cornouailles… Mais nous ne sommes pas en vacances, père ! Et qu’est-ce que Monsieur Malfoy fait là ? »

« Lucius est venu vous observer comme moi. Il m’a aidé à te secourir, tu devrais lui en être reconnaissant. », dit Severus Rogue d’un ton sévère.

« Merci de m’avoir libéré de l’emprise de Lestrange. Maintenant, vous pouvez me ramener que j’aille aider les autres ? »

« Si tu veux mourir, te jeter du haut de cette falaise sera plus rapide. »

« Tu te trompes, rien n’est encore fini ! Nous pouvons gagner, surtout si je suis libre de mes mouvements et que j’attaque par surprise… »

« Tes amis et toi seriez morts une première fois face aux Inferi sans mon intervention. Puis, vous vous êtes fait avoir par un quelconque lieutenant de Voldemort. Si vous gagnez cette fois-ci, ce sera encore une fois à l’aide d’une intervention extérieure. Mais, face à Voldemort, vous ne pourrez pas compter sur la chance ou l’aide d’amis plus forts que vous. »

« Alors, qu’est-ce que tu me suggères ? Les laisser mourir maintenant parce qu’ils seraient morts de toute façon face à Voldemort ? »

« Je ne peux pas te laisser risquer ta vie pour une expérience vouée à l’échec. », dit sobrement Rogue.

« Lorsque j’ai appris que tu m’avais caché la vérité concernant les Mangemorts postés à la Station Endoloris, je me suis senti trahi. Puis, je t’ai pardonné parce que je croyais que tu étais là pour nous aider si les choses tournaient mal. Mais, en fait, tu n’as jamais eu l’intention de nous aider, n’est-ce pas ? Tu étais juste là pour me tirer d’affaire si tu le jugeais bon. »

« Je pensais que tu avais rejoint ce groupe parce que c’était la meilleure chose à faire. »

« C’est vrai. Mais, j’ai des amis dans ce groupe, plus que des amis… et même ceux que je connais pas vraiment sont mes camarades. Je ne peux pas les abandonner. Mais je te promets que je reviendrais. »

« Ta mère aussi était persuadé qu’elle reviendrait. »

Stanislas ouvrit la bouche, puis la referma. Son père lui avait si peu parlé de sa mère… Tous ceux qui l’avaient connus lui avaient dit qu’elle était une Sang-pure très respectable et Stanislas avait interprété le silence de son père comme étant le résultat de sa froideur face à un mariage arrangé.

Et voilà qu’elle ressurgissait soudain, de la manière la plus inattendue.

« Comment est-elle morte ? », demanda Stanislas, la bouche sèche.

« Lors de la bataille finale. Comme une foutue héroïne. »

« Elle était membre de l’Ordre du Phénix ? », s’écria t-il, abasourdie.

« Elle était l’un des espions de Dumbledore, tout comme moi. Infiltrée dans la haute société, chargée de découvrir qui soutenait discrètement Voldemort. Insoupçonnable grâce à sa famille respectable et à son fiancé Mangemort. Moi. »

« Alors, c’était bien un mariage arrangé… »

« Bien sûr que non, répondit sèchement Rogue, autrement tu ne serais pas là. Au début, ce n’était évidemment qu’une couverture. Mais c’est devenu une relation authentique. Ta mère était ma femme, ma partenaire, toujours à mes côtés, mais elle avait des idéaux. Quand est venu le moment de se battre, elle a décidé d’aller là où sa loyauté la poussait. Je savais qu’elle mourrait si elle y allait. Mais je ne pouvais l’en empêcher ; elle était libre. »

« Pourquoi tu n’as pas essayé de la sauver comme tu l’as fait pour moi ? »

« La voie qu’elle avait choisi… n’était pas la mienne. Et quand on a un fils de deux semaines, ce n’est pas le moment idéal pour risquer sa vie. Tes amis sont les enfants de héros ? Dis toi plutôt que ce sont des orphelins. »

Stanislas eut un sourire triste. Apparemment, son père n’avait jamais pardonné à sa mère d’avoir choisi son combat plutôt que sa famille. Stanislas ressentait une absence étrange de ressentiment à son égard. Le choix de sa mère, le choix des parents de nombre de ses amis, lui paraissait aussi honorable que celui de son père. Celui-ci se souciait de son bonheur et de sa sécurité, sa mère aussi sans doute : elle avait peut-être voulu qu’il vive dans un autre monde que celui de Voldemort.

Cet univers impitoyable et injuste le laissait froid mais il comprenait que d’autres le trouvent répugnants et veulent y mettre fin. En fait, la position de son père (« Peu importe le reste du monde, du moment que moi et ma famille nucléaire nous sommes heureux et en sécurité. ») semblait incroyablement égoïste d’un point de vue objectif. Mais il n’avait guère de leçon à lui donner à ce sujet.

« Père, il t’arrive de te tromper. Peut-être que je ne mourrais pas, peut-être que je… »

« Risquer ta vie pour sauver des compagnons aussi faibles est de toute façon stupide. Tu es mon fils et tu es sous mon autorité. Je ne vais pas te laisser faire. »

« Pour preuve, tu viens de te tromper. Deux fois. Tout d’abord, nous ne sommes pas faibles. J’ai mis ma confiance en Ceux-qui-doivent-ramper et, même si je mets … l’affection que je ressens pour certains membres du groupe de côté, ils ont toute ma confiance. Et d’abord, je ne crois pas que tu puisses m’empêcher de faire quoi que ce soit. »

Il referma sa main comme un serre sur le Portoloin. Le père et le fils sortirent leurs baguettes en même temps mais un rayon rouge surgit de la droite, désarmant Severus.

Celui-ci regarda alors Lucius Malfoy, d’un air… trahi.

« Je ne risque pas ma vie pour un idéal mais juste pour sauver des gens que j’aime. Et pas seulement… tu as dit que le chemin qu’avait choisi ma mère n’était pas le tien. Hé bien, le chemin de Ceux-qui-doivent-ramper est aussi le mien. »

Severus essaya de se ruer vers son fils mais Stanislas le repoussa violemment. Il se tourna vers Lucius :

« Merci, monsieur Malfoy. Je vous revaudrais ça. Au revoir, papa. »

Il récupéra le Portoloin avec un sortilège d’Attraction. Après lui avoir murmuré quelque formules, celui-ci s’illumina à nouveau. Et Stanislas disparut, un faible sourire aux lèvres.

La bataille faisait rage, deux fois plus fort qu’avant. Le sourire de Stanislas s’élargit. Il avait toujours su que ses amis n’avaient pas besoin de l’aide de son père pour vaincre Rabastan et, maintenant, il en avait la preuve !

En effleurant les combattants du regard, il remarqua aussitôt l’absence de Lucy. Où pouvait-elle être ? Il la chercha partout, de plus en plus affolé.

Il finit par l’apercevoir, guère plus qu’un petit tas amorphe qu’il reconnut à la couleur de sa robe. Elle était roulée en boule, un peu à l’écart de la bataille.

En s’approchant, il vit que l’avant de sa robe était maculée de sang.

« Lucy, Lucy, tu vas bien ? »

Elle ouvrit doucement les yeux. Stanislas inspecta sa robe mais il ne pouvait voir aucune déchirure, aucune blessure.

Lucy se releva comme un zombie qui sort de sa tombe, jeta les bras autour de son cou et se mit à sangloter.

Il prit un moment pour la consoler, la rassurer avant de lui demander :

« Raconte moi tout ce qui s’est passé après qu’on m’ait emmené. »

Les larmes de Lucy s’était tari mais elle hoquetait et bafouillait de manière incontrôlable.

« Il a recommen-cé à nous mena-cer. Il ne fai-sait plus aaaa-attention à moi et j’ai sen-ti que je pouvais bbb-bouger un peu. Il y avait un cccc-couteau dans sa poche et j’ai réu-ssi à l’attraper. »

« Tu n’as pas… », commença Stanislas.

Lucy se remit à pleurer de plus belle :

« Je n’a-avais pas le choix, il allait ttt-tuer Eméra. J’étais la seule à pou-voir… l’ar-rêter. »

« J’aurais dû être là. », murmura Stanislas.

Si seulement son père ne l’avait pas arraché de l’endroit où il aurait dû être... Quand ils se reverraient, ils auraient une petite discussion.

« Le cccc-couteau est rentré comme dans du beurrre, continua Lucy qui ne semblait pas l’avoir entendu. Je pensais qu’il mmmm-mourrait immédiate-ment mais il est resté consci-ent pendant plusieurs minutes. Il essa-yait peut-être de tuer les autres mais, dès que je l’ai fff-frappé, tous les liiiens ont disparus. La bataille a re-commencé. Il est re-sté deux minutes à me rr-r-regarder comme s’il me voyait pour la première fois, d’un air tellement surpris et hor-rifié. Je ne pou-vais pas détourner les yeux. C’était horrible. »

« Rabastan était un homme horrible. »

« Un homme horrible mais tout de même un homme ! Je suis une meurtrière, Stanislas ! »

« Tu es une héroïne. »

Rosemary avait réussi à s’extraire des combats et elle tendait son mouchoir à Lucy d’un geste impérieux. Celle-ci le prit maladroitement.

« Tu as sauvé la vie de six de tes compagnons ! Tu devrais être fière, au lieu de pleurer. »

« Je suis contente de les avoir sauvé mais j’aurais voulu… »

« …ne pas avoir à le tuer ? Je suis désolée, Lucy, mais ce sont dans les contes de fée que les héros sauvent le monde sans jamais se salir les mains. Moi, tout ce que je vois, c’est que tu m’as sauvé la vie et je t’en suis reconnaissante. »

Et le plus étrange était qu’elle avait l’air sincère.

« Merci. », dit Lucy d’une voix un peu plus ferme en lui rendant son mouchoir.

Un sortilège fila alors juste sous leur nez. Le mouchoir s’enflamma. Rosemary le jeta au loin avant de se brûler les doigts.

« Qu’est-ce qui se passe ? Qui nous attaque ? », demanda Lucy.

« Je pense que c’est Bellatrix Lestrange, dit Rosemary d’un ton froid. Elle a quelques difficultés face à Kévin donc elle s’attaque à ses points faibles. Excusez moi un instant. »

Elle retourna auprès de Kévin et lui posa une main sur l’épaule :

« C’est bon, je vais m’occuper d’elle. »

Kévin ne répondit rien mais l’expression de son visage parlait pour lui.

« Elle m’a attaqué si obstinément que je n’ai pas eu le temps de lui jeter un seul sort. Je veux le faire. »

« Et quel genre de sort pourrais-tu me lancer ? Stupéfix ? Tarentallegra ? Rien que je ne puisse balayer d’un simple mouvement de baguette ! »

Bellatrix partit dans un éclat de rire hystérique. Rosemary l’interrompit :

« Est-ce que vous pourriez arrêter de rire comme ça ? Nous seulement vous êtes ridicule mais, en plus, c’est irritant. »

Toute trace de rire s’évanouit du visage de Bellatrix. Ses traits émaciés se durcirent tandis que ses lèvres s’étiraient en un sourire cruelle. Elle ressemblait plus que jamais à une tête de mort.

Le regard de Kévin passait alternativement de Bellatrix à Rosemary, sans savoir sur laquelle se fixer. Son visage était pâle et tendu.

« Tu vas regretter d’avoir dit… »

Ses pensées toutes entières tournées vers l’attaque, Bellatrix ne pensait même plus à se protéger. Mais Rosemary était prête.

« Avada Kedavra. Je vais regretter d’avoir dit quoi ? »

Le rayon vert avala Bellatrix. Elle tomba presque gracieusement, et sans bruit, mais sa chute fut remarquée. Leurs deux leader étaient tombés par la main de Ceux-qui-doivent-ramper et les autres Mangemorts commençaient à s’inquiéter. Naturellement, ils se tournèrent vers la dernière personne qui représentait une autorité supérieure à leurs yeux, Evelyn Rosier.

Celui-ci leur fit signe de se replier. Aussitôt, les sept Mangemorts restant se mirent à fuir le champs de bataille comme un seul homme.

« On ne peut les laisser partir !, s’exclama Deimos. Autrement, on est foutus ! »

Ils échangèrent un regard sombre. Ceux qui connaissaient Voldemort savaient à quel point la traque qu’il leur ferait subir serait douloureuse et sans fin et les autres l’imaginaient sans peine.

Ils rattrapèrent donc les Mangemorts et gênèrent rapidement leur progression. La bataille recommença, tout près du point de transplanage. Ceux-qui-doivent-ramper s’attendaient à tout moment à un bruit de craquement familier.

Mais il ne vint pas.

Le point de transplanage explosa.


« Est-ce que tout le monde va bien ? », demanda Stanislas.

« On est vivants, si c’est ce que tu veux savoir. », répondit Deimos.

Vivants mais pas intacts. Les membres de Ceux-qui-doivent-ramper collectionnaient les brûlures. La robe d’Eméra, qui avait été la plus proche de la zone de transfert, était brûlée au niveau du bras et de l’abdomen, dévoilant une vilaine plaie.

« Ca fait affreusement mal. »

« Ca veut dire que les nerfs ne sont pas morts, dit Lucy, essayant d’apporter une touche d’optimisme. La peau, on peut la faire repousser. »

« Si ce traitement est aussi agréable que le Poussos, c’est vraiment mon jour. »

« Je ne comprends pas, l’interrompit Rosemary. Les Mangemorts ont réussis à faire une percée, nous les avons poursuivis, et puis, Stanislas, tu nous as dit de reculer. Tu savais ce qui allait se passer ? »

« Le liquide explosif d’Eruptif a une odeur très particulière. »

« C’était ça qui sentait affreusement mauvais alors, dit Deimos. Je n’avais pas pu identifier l’odeur. »

« Peu de gens la connaissent. »

« Oh, laisse moi deviner… Ton père possède du liquide d’Eruptif ? Je croyais qu’il voulait te sauver la vie, pas la mettre en danger. »

« Mon père ne voulait pas que me sauver la vie. Cela aurait été inutile si Voldemort savait que j’avais comploté contre lui. Alors, il a piégé l’unique point de transplanage, en répandant le liquide explosif et en l’enchantant pour que le transplanage serve de déclencheur. Ainsi, les Mangemorts ne pourraient jamais rejoindre Voldemort et l’informer de ma trahison, de sa trahison également d’ailleurs. »

« C’était très risqué, on aurait pu sauter avec. »

« Il pensait être dans le coin pour veiller à ce que cela n’arrive pas. »

« Et où est-il maintenant ? »

« Sans doute en train d’essayer de nous rejoindre. J’espère qu’il ne s’est pas désartibulé au dessus de l’Atlantique. », dit Stanislas avec un petit sourire.

« Lucy, si j’étais toi, je ferais attention à ma future belle-famille, dit Dalila. Entre le père prêt à tout pour préserver ses secrets et le fils qui se réjouit que la jambe de son père surnage dans l’Atlantique… »

« Disons que je ne vais pas lui pardonner facilement ses interventions intempestives dans ma vie. Il a rendu tout plus compliqué. »

« Parle pour toi, l’intello. Moi, je trouve qu’il nous a drôlement facilité la vie. », dit Deimos en regardant la pile de cadavres carbonisés. Evidemment, les Mangemorts n’avaient pas eu la chance de Ceux-qui-doivent-ramper.

« Je n’arrive pas à croire que tout soit fini. », dit Kévin.

« Nous devons encore rechercher le Horcruxe… et guérir ces blessures. », dit Ti’lan. Il lança un regard inquiet à Eméra. Comme elle clopinait, il lui prêta son bras.

« Tu es nerveux, n’est-ce pas ? », demanda t-elle alors qu’ils fermaient la marche.

« J’ai failli te perdre trois fois aujourd’hui. Ca rendrait n’importe qui nerveux. »

Il s’arrêta un instant, laissant les autres les dépasser encore un peu plus, et esquissa un mouvement vers elle.

« Ne me prends pas dans tes bras. Ce n’est pas que je ne veux pas mais… mes brûlures. »

Ti’lan fit un pas en arrière, puis eut un petit sourire et embrassa doucement Eméra sur les lèvres.

Aucun d’eux ne remarqua l’œil bleu qui les observaient. Trois minutes après qu’ils furent partis, tout était calme. Au bout de cinq minutes, le tas de cadavre commença à remuer alors qu’un homme s’en extrayait péniblement.

Evelyn Rosier avait eu beaucoup de chance. Il avait été le plus éloigné du point de transplanage et le Mangemort devant lui, soufflé par l’explosion, lui était tombé dessus, l’écrasant tout en le protégeant.

Et le cachant.

Ceux-qui-doivent-ramper, tout à leur victoire, n’avaient pas pensés à vérifier qu’il n’y avait pas de survivant. Ils étaient doués pour des débutants, mais tous de même des débutants.

Le liquide d’Eruptif n’exploserait pas une seconde fois. Il pouvait repartir maintenant, aller tout raconter à Voldemort. Mais, une idée lui trottait dans la tête, quelque chose d’énorme, qui pourrait transformer leur défaite en sa victoire.

Il ne pouvait se contenter de se tirer de cette aventure vivant. Il voulait la gloire, toutes les récompenses que pourrait lui offrir Voldemort. Mais s’il s’enfuyait maintenant, il ne les aurait jamais. Rapporter au Seigneur des Ténèbres l’identité de ses ennemis ne serait pas suffisant. Celui-ci remerciait rarement les porteurs de mauvaises nouvelles. De plus, il serait le seul auquel Voldemort pourrait faire payer un lamentable fiasco. Le Seigneur des Ténèbres ne s’en priverait pas.

La possibilité était certes extrêmement mince mais il savait qu’il regretterait de ne pas l’avoir vérifié. Evidemment, il ne pouvait y aller seul. Il ne lui fallut que quelques secondes pour trouver le compagnon idéal.

« Merci de m’avoir réveillé, couina Peter Pettigrow. J’ai l’impression que j’ai passé la journée à être jeté au sol. Mais vous êtes blessé ! Vous devriez rentrer à Poudlard. »

Evelyn releva le « vous » au lieu du « nous » :

« Tu n’as pas l’intention de m’accompagner ? »

Peter rougit :

« C’est-à-dire… Ce n’est pas que je veux trahir… J’en ai assez justement. Les deux côtés de cette guerre m’ont conduits à devenir quelqu’un que je n’apprécie pas. Maintenant, j’ai l’intention de faire ce que je veux. Voyager un peu, voir le monde… Vous n’allez pas m’en empêcher, j’espère ? »

« Non, bien sûr. On ne fait pas ça à un ami. Et nous sommes amis, maintenant, n’est-ce pas ? »

Peter acquiesça en souriant.

« Justement, en tant qu’ami, j’aimerais que tu me rendes un service. Il y a quelque chose que je dois vérifier avant de rejoindre Poudlard. »

« Que devons-nous faire ? »

« D’abord retrouver Eméra Potter. »

« Vous ne voulez pas lui faire de mal ? », se récria Peter.

« Bien sûr que non !, s’exclama Evelyn. Si c’était le cas, je ne te demanderais pas ton aide après que tu aies risqués ta vie pour la sauver. Je veux juste lui jeter un petit sort, pour savoir quelque chose. C’est parfaitement indolore. »

« Que voulez-vous donc savoir sur Eméra Potter ? »

« Fais moi confiance, Peter, je t’en prie. Je te jure sur mon nom que je ne lui veux pas de mal. »

« D’accord. », répondit sombrement celui-ci.


Eméra ne remarqua pas le sortilège qui la frappa. Elle n’aurait même jamais su qu’elle avait été touché si sa peau ne s’était pas soudain illuminé d’une subtile lueur rouge.

Elle attendit anxieusement que sa peau cuisent ou que ses entrailles fondent mais l’aura disparut aussi vite qu’elle était apparu.

Elle se sentait parfaitement normale.

Ti’lan lui tournait le dos, passant le détecteur de magie noire sur un coffre. Il n’avait rien remarqué.

Elle se tourna dans la direction d’où venait le sortilège. Il y avait une grande armoire qu’elle ouvrit à la volée, furieuse.

Aussitôt, une main l’agrippa. Elle reconnut le visage d’Evelyn Rosier, transfigurée par une joie presque démente. Peter Pettigrow essayait de lui faire lâcher prise :

« Tu avais dit que tu ne lui ferais pas de mal ! »

Evelyn eut un soupir agacé et poussa Peter vers Ti’lan comme on lance un os à un chien enragé. Puis il disparut dans une tourbillon de capes.

« Disparition sur courte distance. Vous savez faire ça ? », dit Eméra à Evelyn alors qu’ils réapparaissaient juste devant les cadavres des autres Mangemorts.

« Il y a beaucoup de choses que je sais. Tu sais, je ne veux pas te tuer. Si ça avait été le cas, j’aurais pu le faire plus tôt. Je veux juste… discuter. »

La main gauche d’Eméra, plongée dans sa poche, était crispée sur sa baguette mais elle ne la sortit pas. Les propres d’Evelyn semblait si… étrange pour un Mangemort. Et elle ne comprenait pas la logique derrière ses actes.

Celui, conscient d’avoir ferré Eméra, continuait :

« Je parie que tu veux savoir quel genre de sort je t’ai lancé… »

Les yeux d’Eméra brillèrent de curiosité et d’anxiété mêlés. Evelyn la lâcha alors, comme pour la laisser libre. En fait, il le fit pour la frapper de toutes ses forces. Le coup de point brisa la concentration d’Eméra. Elle cessa d’être sur le qui-vive et, de sa main gauche, Evelyn put aisément la désarmer.

« Une seule chose était vrai dans votre baratin.., cracha Eméra en essuyant le sang qui coulait de sa bouche. Vous ne voulez pas me tuer. Alors, que comptez-vous faire de moi ? »

« Vous ramener au Seigneur des Ténèbres. »

Eméra pâlit et elle se rebella, mettant toute sa force dans la bataille. Evelyn lui lia les mains et entreprit de la traîner jusqu’au point de transplanage.

« Vous êtes une jeune fille très imprudente, princesse, et moi, un homme chance.... »

La fin de sa phrase fut couvert par un fort bruit de craquement.

Les yeux d’Evelyn s’écarquillèrent. Il n’y avait pas de surprise sur le visage de Lucius Malfoy, juste une sombre résignation. Severus Rogue avait son habituel air sinistre.

« Pas toi aussi, Lucius. », dit Evelyn, son regard passant de Malfoy à Rogue.

« Je suis sincèrement désolé, répondit-il. Avada… »

Evelyn poussa brutalement Eméra devant lui :

« Est-ce que tu la tuerais, Lucius ? A moins que tu ne tues aussi les tiens désormais ? »

Eméra écrasa le pied d’Evelyn, qui glapit de douleur. Rogue en profita pour murmurer :

« Sectusempra. »

Mais Evelyn réussit à se mettre hors du portée du sortilège, du moins le crut-il, et il sourit :

« Il semblerait que vous m’ayez manqué, Severus. »

« Il ne vous a pas manqué. Il ne vous a jamais visé. », dit Eméra.

Elle arracha sa baguette à Evelyn, la retourna contre lui et prononça la formule du sortilège de la Mort. Puis elle débarrassa ses mains ensanglantés du restes des cordelettes.

« Est-ce que vous pourriez guérir ces coupures maintenant ?, demanda t-elle à Rogue. Je ne veux pas de cicatrices.

Stanislas va bien. », ajouta t-elle à sa question muette.

« Je suis bien content de l’entendre, dit Lucius Malfoy. S’il était mort, Severus n’aurait pas trouvé le repos avant que je ne le rejoigne. »

« Si tu en étais conscient, répondit sèchement Rogue, je ne vois pas pourquoi tu as joué ta vie dans un pari aussi risqué. Je ne te savais pas aussi sentimental, Lucius. »

« J’ai essayé de faire de Drago ce qu’il n’était pas, un Mangemort, et ça l’a tué. Nous pensons trop souvent que nos enfants sont comme nous et, quand nous découvrons le contraire, il est trop tard. »

Rogue lui jeta un regard noir, ce qui encouragea apparemment Lucius à poursuivre :

« Et ils arrivent parfois que nos enfants nous apprennent des leçons. Drago avait raison et j’avais tort. Je ne laisserais plus Voldemort me prendre quoi que ce soit. »

Dès que la main d’Eméra fut guérie, ils rejoignirent la Tour Blanche. Eméra retrouva Ti’lan là où elle l’avait laissé, avec Peter Pettigrow, enfoncé le plus profondément possible dans le sofa comme s’il voulait disparaître sous terre.

« Je vous le demande encore une fois : Où votre ami a t-il emmené Eméra ? Est-ce qu’il avait un Portoloin ? »

« Je ne s-sais pas. »

La voix de Ti’lan se durcit :

« Qu’a t-il l’intention de lui faire ? »

« Il m’a juré qu’il ne lui voulait pas de mal ! »

« Et vous l’avez cru ? », dit Ti’lan en haussant un sourcil.

« Je pensais qu’il était mon ami. Mais il m’a laissé derrière lui comme bouc-émissaire. »

« Pourquoi devrais-je vous croire au juste ? »

« Moi je le crois. », dit Eméra.

Le visage de Ti’lan s’éclaira en la voyant. Il se serait précipité vers elle s’il n’avait aperçu Rogue et Malfoy qui la suivaient.

« Quand il m’a sauvé la vie, son attitude n’a pas été celle d’un Mangemort qui épargne la vie d’une proie à cause d’un plan soigneusement pensé. Puis, il a essayé d’empêcher Rosier de m’emmener donc l’idée de Rosier n’était pas la sienne. Pourquoi m’avez vous sauvé au juste ? »

« Votre père m’a épargné une fois, bien que nous étions ennemis. C’était une dette… d’honneur. »

Il jeta un coup d’œil à Rogue comme s’il s’attendait à ce que celui-ci le contredise, mais il n’en fit rien. A la place, il dit :

« Pettigrow, venez avec moi. »

« Quoi… non ! »

« Ce n’est pas un ordre mais un conseil, dit Rogue d’une voix doucereuse. Si vous sortez de ce camp pour aller autre part qu’à Poudlard, face aux Seigneurs des Ténèbres, vous êtes un fugitif. Avez-vous déjà été un fugitif, Pettigrow ? »

« Non. », avoua celui-ci d’un ton sec.

« Donc, sans ma protection, vous êtes un homme mort. Nous devrions nous dépêcher : dès que Voldemort ne recevra pas son rapport de la Station Endoloris, il m’appellera pour que je lui dise l’identité de ses ennemis. Et, avant de partir, je dois prévenir Stanislas qu’il risque d’être un peu malmené. Même si, grâce à moi, il ne sera pas directement mis en cause, il ne fait pas bon être le fils d’un traître. »

« Pourquoi faîtes-vous ça ? Je ne pensais pas que ça vous aurait gêné, de me laisser mourir dans le monde extérieur. »

« En effet, je ne fais pas ça par charité chrétienne. Je ne vous fais pas confiance, Pettigrow. Qu’est-ce qui me dit que vous ne déciderez pas, à un moment ou à un autre, de révéler à Voldemort ce que vous savez ? Les informations contenues dans votre petite tête ont une valeur inestimable pour lui. Soit je vous tue, soit je vous surveille. Choisissez. »

« Et lui, vous lui faîtes confiance ? », demanda Pettigrow en pointant Lucius du doigt.

« Severus sait que mon désir de changer de camp est sincère. Mais, même si je me mettais à douter, il serait toujours dans mon intérêt de ne rien dire. Ma position actuelle est très confortable : si vous gagnez, je gagne, mais si vous perdez, je ne perds rien. », dit-il à Ti’lan et Eméra.

« Vous devriez partir vous aussi, dit Ti’lan. Le quinze octobre, vous serez à Venise, envoyé par Voldemort. Vous rencontrerez le moi qui n’a pas encore remonté le temps. Pourquoi vous ne m’avez rien dit, d’ailleurs ? »

« Visiblement, tu n’en avais pas besoin. », dit Lucius avec un sourire un peu tordu.

Il se reprit et il ne lui fallut que quelques secondes pour redevenir l’obséquieux aristocrate Mangemort :

« Ca a été un plaisir de travailler avec vous, Prince. Mes hommages à mademoiselle. », dit-il en inclinant la tête en direction d’Eméra.

Il fut rapidement suivi par Rogue et Pettigrow, qui insistait toujours sur le fait que ce ne se passerait comme la dernière fois. Pas question qu’il serve à nouveau à boire à Rogue, non mais !


« Pas d’Horcruxe ? Pas la moindre petite miette de bout de Horcruxe ? », insista Kévin.

« Pas la moindre. Désolé. »

Le groupe de Stanislas et Lucy était le dernier à partager leurs résultats. Ou plutôt leur absence de résultats.

« Ca veut dire que j’ai été aveuglé, Eméra brûlée, que tout le monde a failli se faire tailler en pièce par des Inferi pour rien ? »

« Peut-être que le Horcruxe était ici mais qu’il a été déplacé. Il y a de fortes traces de magie noire, mais impossible de savoir si elles sont dues à la présence d’un Horcruxe ou aux… autres activités de Voldemort ici. »

« Peut-être que les deux sont liés et que Voldemort a déplacé son Horcruxe en même temps que le résultat de ses recherches. », suggéra Eméra.

« On n’a pas vraiment le choix, dit Deimos. Il ne reste plus qu’une Station, soit où la fouille, soit on bat le reste du continent. »

« Je sais bien, soupira Stanislas. Mon père m’a confié une carte du Continent Interdit. La Station Avada Kedavra est assez près pour qu’on puisse y aller à pied. Il faut absolument qu’on se repose du combat et de nos blessures pour s’y rendre demain. »

« De la marche à pied, ça devrait être tranquille. », dit Kévin.

« Je ne parierais pas sur ça, à ta place. », gloussa Deimos.

« En attendant, bonne nuit. La Tour Blanche est très confortable et il y a largement assez d’endroits où dormir. »

Mais alors qu’Eméra se glissait entre des draps de velours pourpre, quelque chose lui revint. Elle se releva aussitôt et se rendit à l’étage du dessous.

Heureusement, le salon baignait encore dans une douce lumière orangé. Stanislas, béni soit-il pour être aussi ordonné, était en train de ranger soigneusement ses affaires.

« Stanislas, je suis désolée de te déranger mais tu es celui qui a le plus de connaissances encyclopédiques du groupe... »

Il se retourna, surpris, et demanda à Eméra :

« Que puis-je faire pour t’aider ? »

« Evelyn Rosier m’a jeté un sort… »

« Tu sais je ne connais pas tous les sorts d’attaque… »

« Justement, ce n’en était pas une. Le sort ne m’a absolument rien fait, aucune douleur. »

« Il a sans doute manqué son coup alors. », fit remarquer Stanislas.

« C’est ce que j’aurais pensé aussi si je n’avais vu l’expression de son visage…, insista Eméra. Il était, on peut le dire, follement heureux. »

« Quels étaient les caractéristiques du sortilège ? »

« Il n’a pas employé de formule, le sort a eu pour seul effet de m’envelopper d’un halo rouge pendant quelques secondes. C’est tout. »

Stanislas réfléchit pendant quelques temps et Eméra était prête à parier qu’elle aurait pu l’estimer rien qu’en regardant son visage se décomposer de seconde en seconde. Elle déglutit péniblement. Ca y est, elle allait mourir dans quinze jours, la bave aux lèvres.

Stanislas confirma ses craintes :

« Eméra, ce serait mieux que tu t’assois. Je n’arrive pas à croire que ça soit à moi de t’annonce ça… Comment te dire… »

« Tu pourrais commencer par le sort qu’il m’a jeté. », suggéra Eméra d’une voix blanche.

« Très bien, très très bien. Je connais ce sort parce que j’ai une petite amie… »

La crainte d’Eméra laissa place à une franche incrédulité :

« Tu as une petite amie. Lucy. Et alors ? »

« Hé bien, il vaut se préparer à toute éventualité, n’est-ce pas ? Je dois te demander quelque chose, Eméra, et j’ai besoin que tu me répondes franchement. Ti’lan et toi avez vous été… prudents ? »

Vous êtes une jeune fille très imprudente, princesse…

« Est-ce que tu es en train de me dire que je suis enceinte, Stanislas ? »

« Je sais que ce n’est sans doute pas ce que tu voulais maintenant, s’empressa de dire celui-ci. Je suis désolé. »

Stanislas détourna les yeux mais il ne pouvait ignorer le bruit étouffé des sanglots qui agitaient Eméra.

« Je ne peux pas avoir un enfant maintenant, Stanislas, ou même jamais. Il faut que je… »

Elle s’interrompit, se mordant la lèvre.

« Tu peux choisir l’avortement si tu veux mais c’est un geste médical et je doute que Voldemort te laisse approcher d’un guérisseur qui ne lui soit pas totalement dévoué. »

« Voldemort veut ce bébé... C’était pour ça que Rosier était si content. »

« Et toi ? Qu’est-ce que tu veux faire ? Non, qu’est-ce que vous voulez faire ? Il faut absolument mettre Ti’lan au courant. Tu veux que je… »

« Non !, s’écria Eméra. Ce bébé… ça ne change rien. Je dois… continuer. »

Ses yeux brillèrent plus que jamais de larmes et elle se retira dans l’ombre de la pièce.

« Je sais ce que je dois faire maintenant. Merci, Stanislas. Je suis désolée. Tellement désolée. »

« Pourquoi… », commença Stanislas mais il ne finit pas sa phrase.

« Oubliettes ! », réussit à articuler Eméra.

Le regard de Stanislas devint vitreux pendant quelques secondes puis Eméra dit d’une voix forte, qui tremblait à peine :

« Tu as sans doute raison. Il a raté son sortilège. »

« Je ne viens pas d’avoir une sorte d’absence ? », demanda Stanislas.

« Hé bien, tu piquais un peu du nez. Tu devrais aller te coucher. »

« Tu ne veux plus me parler du sort de Rosier ? »

« Je ne veux plus te faire perdre ton temps. Bonne nuit, Stanislas. »

« Bonne nuit, Eméra. », dit machinalement Stanislas.

Mais il était troublé et cette impression ne la quitta pas jusqu’à le sommeil le prenne.


Dalila Weasley fut réveillée par sa cousine, lorsque celle-ci passa devant la porte de sa chambre. Elle se leva, curieuse de savoir pourquoi Eméra déambulait la nuit dans la Tour Blanche. Mais une lueur orange provenant de la fenêtre attira son attention.

Quelqu’un avait allumé un feu. Un énorme brasier.

Dalila enfila ses chaussures, se glissa dans une robe de chambre et sortit à l’extérieur. L’air était froid et piquant, la nuit complètement noire. Mais elle reconnut sans peine la silhouette qui se découpait sur les flammes.

« Qui est-ce ? », demanda t-elle en désignant la personne qui finissait de se consumer.

« Bellatrix Lestrange. »

« Pourquoi fais-tu ça ? »

Deimos ne répondit rien mais la regarda longuement dans les yeux.

Ils restèrent longtemps, jusqu’à ce que du bûcher funéraire, il ne reste plus que des cendres.


On se retrouve dans un mois environ pour le chapitre 6 The Swallow, the Bait and the Wardrobe. Ce ne sera pas les Chroniques de Narnia mais il y aura bien des géants, des animaux magiques, de dangereux esprits, et bien sûr, l'armoire magique.



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