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Attention, Manoë a fait une superbe illustration de l'épisode « Déclaration sur le Bosphore » dans la fic précédente. Vous la trouverez sur son LiveJournal : http/ / manoe. livejournal. com/ 690. html (sans les espaces).
Et c'est reparti pour un tour. Avertissement loyal : il est fait mention de sexe oral, mais sans détails graphiques. Les romantiques lèveront les yeux au ciel, mais elles auront leur revanche...
Auteur : Magnetic Pole
Titre : Pants Down
Culottés
La première pensée qui vint à Remus quand la lueur de la baguette illumina son visage fut... maintenant je comprends ce qu'on entend par « repartir la queue entre les jambes ».
Et la seconde... comment je vais pouvoir expliquer ça à maman ?
« On ne bouge plus ! » Derrière la baguette, la voix était tendue, rauque. Elle se faisait entendre à deux ou trois mètres de distance. Dans l'obscurité de minuit qui envahissait l'allée, on distinguait mal le visage.
Remus ouvrit la bouche, mais elle lui refusait le moindre son.
- Les mains en l'air. Tenez votre baguette de façon à ce que je la voie, sans la pointer sur moi.
La bouche sèche, le cœur aux abois, Remus déglutit et leva lentement ses deux mains. Sa baguette se trouvait dans sa poche, mais il était hors de question qu'il en informe leur interlocuteur. Si celui-ci n'avait pas idée de ce qui se tramait sous ses robes, il n'allait pas attirer son attention plus bas que son menton.
- N'essayez pas de transplaner. Tout acte de magie sans baguette commis à l'encontre d'un Auror ou d'un représentant du Service des usages abusifs de la magie est passible de six mois de détention à Azkaban.
Cette voix avait quelque chose de terriblement familier... oui ! C'était Alastor Maugrey ! Autant dire que si Remus ne succombait pas à l'humiliation séance tenante, ou s'il ne passait pas le restant de ses jours à Azkaban, il allait se faire jeter de l'Ordre comme un malpropre après deux réunions seulement.
- Je veux une preuve de ton identité, Lupin. Même chose pour... euh... quiconque est avec toi ici.
C'est alors qu'il l'entendit — le plus ténu des murmures, montant d'entre ses genoux. « Trois... deux... »
Si Sirius n'existait pas, il faudrait l'inventer. Malgré le fait que son ex-voisin de dortoir était au cœur du problème — attendu que c'était lui qui avait baissé le pantalon de Remus et fourré sa tête sous sa robe deux minutes plus tôt — force était de reconnaître qu'il savait garder ses esprits aux moments de crise.
Il avait sûrement un plan. Remus laissa échapper son souffle, soulagé. Sirius avait toujours un plan.
« ... un ! »
Une main ferme agrippa sa cheville et, dans un « plop ! » sonore, tous deux transplanèrent au loin.
SB – RL – SB – RL
- Aouille !
- Moony !
- Vire ton genou de mon ventre !
Ils avaient percuté dans un choc mat un tas de caisses poussiéreuses, dans une réserve sombre et sentant le renfermé. Des chauve-souris claquaient des ailes près de leurs tympans et des moutons de poussière se glissaient sous leurs coudes et leurs genoux.
Sirius fut le premier à se remettre sur ses pieds tant bien que mal, s'essuyant la bouche sur sa manche et jetant un coup d'œil curieux à la pièce.
- On est où, là ?
« Aucune idée », dit Remus en s'efforçant de ne pas prendre une voix trop boudeuse. Ou Sirius était un héros qui les avait tirés d'affaire, ou c'était un hors-la-loi qui les avait jetés dans la mouise. Remus n'avait pas encore tranché. « C'est toi qui es aux commandes. »
- Ben oui, dit Sirius. Enfin, j'étais. Tu as... euh... tous tes membres en place ?
Remus remua ses doigts et ses orteils par précaution. Tout était en place, même si son cœur battait avec un tel fracas qu'il croyait entendre son écho se répercuter sur les murs.
- Rien de tout cela ne serait arrivé si Monsieur avait bien voulu attendre qu'on soit à la maison, dit Remus d'une voix revêche. Tu as vraiment l'esprit mal placé, et pas que l'esprit ce soir. Voilà pourquoi James ne nous adresse plus la parole.
Sirius renifla.
- Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Il doit se tramer des choses pas nettes derrière la « Tête de Sanglier », le Service des usages abusifs de la magie a d'autres chats à fouetter d'ordinaire.
Il avait sorti sa baguette, prononcé un Lumos et un filament de lumière voletait au-dessus de Remus, puis des caisses, puis du mur auquel elles étaient adossés.
- Hmpff, dit Remus.
Mais de fait, ils étaient en temps de guerre, et il y avait tant de sorciers et sorcières qui méritaient Azkaban bien plus que Sirius, dont le seul crime était de ne pas savoir attendre, ou que Remus dont le tort était de ne pas savoir dire non à Sirius.
Azkaban.
Alastor Maugrey.
Sa maman à lui.
Oh mon dieu, qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir raconter à sa mère ? Remus gémit tout bas et s'efforça de se remettre sur son séant. Ces boîtes étaient terriblement inconfortable et il avait les fesses...
Il avait les fesses à l'air et l'air était frisquet. Remus glissa une main sous l'ourlet de sa robe. Oh mon dieu.
- Sirius, où est passé mon pantalon ? Et mon boxer ?
Sirius avait l'air de s'en fiche comme de l'an quarante. « Oh, je les ai fait disparaître. Je voulais pas que tu te vautres pendant qu'on se faisait la belle. »
- Merci, dit sèchement Remus.
L'éclipse de son pantalon était comme qui dirait la cerise sur le gâteau.
- Alors ? demanda Sirius avec un demi-sourire que Remus ne connaissait que trop bien. J'ai fait des progrès, non ?
Ce n'était même plus une cerise. C'était la goutte d'eau qui mettait le feu aux poudres.
- SIRIUS ON VA FINIR TOUS LES DEUX A AZKABAN, explosa Remus. ON VA SE FAIRE BOUTER HORS DE L'ORDRE ET NOS MAMANS NE NOUS ADRESSERONT PLUS JAMAIS LA PAROLE – enfin la mienne, vu que pour la tienne c'est déjà fait (Remus remplit à nouveau d'air ses poumons) – ET AU VU DE LA CONJONCTURE ACTUELLE JE ME CONTREFICHE DE SAVOIR SI TU MAITRISES OU NON L'ART SUBTILE DE LA FELLATION.
Sirius renifla. « Je voulais dire des progrès en transplanage, mais comme tu voudras. »
« Oh », dit Remus, penaud. « Oh, d'accord. » Et de fait, Sirius avait fait des progrès : Remus n'avait pas encore l'assurance requise pour un transplanage d'escorte, surtout dans un pareil état de stress. « Mais je serais plus serein si nous ne risquions pas de purger six mois à Azkaban quand les Aurors nous auront rattrapés. »
- On ne court aucun risque, dit Sirius. Je me demande combien de mages noirs ils ont déjà chopés si c'est comme ça qu'ils procèdent. Ou combien de pervers de notre espèce, tant qu'on y est. Le Ministère tient aux sommations d'usage, en somme.
- Je parie qu'ils font le guet devant chez mes parents en ce moment, dit Remus d'une voix sinistre.
- Meuh non, dit Sirius, mais à l'instant même tous deux entendirent un craquement suspect et un carré de lumière apparut au-dessus de leurs têtes. Pour la seconde fois de la soirée, Remus cligna des yeux sous la lueur crue d'une baguette.
Une voix de femme poussa un long hurlement au-dessus de leurs têtes. « Des squatters ! »
Et avant qu'ils aient eu le temps de re-transplaner, un filet poisseux, répandant une odeur sucrée, atterrit sur leurs têtes et Remus sentit tout son corps se raidir désagréablement sous l'impact du sort Impedimenta.
SB – RL – SB – RL
- Ne vous affolez pas, madame. Nous avons la situation sous contrôle.
Il s'avérait que Sirius, à l'instant crucial, les avait transplanés sans réfléchir dans un de leurs anciens QG, la cave de Honeydukes, et que la vieille Mme Lebecfin s'était révélée plus habile à appréhender de dangereux criminels qu'Alastor Maugrey. Qui plus est, elle avait refusé mordicus de les laisser plaider leur cause tandis qu'elle les faisait léviter à travers la trappe jusque dans la confiserie. Soit les mises en garde préventives du Ministère l'avaient mise à bout de nerfs, soit elle ne se rappelait que trop bien les deux adolescents en maraude, tripotant ses sucreries et résolus à infiltrer ses réserves. Quoi qu'il en soit, elle avait réquisitionné séance tenante un Auror par cheminette.
Dix minutes plus tard, Kingsley Shacklebolt faisait son entrée et arpentait la confiserie vide de long en large tandis que Sirius et Remus enlevaient les longs fils dentaires mentholés qui collaient à leurs robes en fuyant de leur mieux le regard d'une minuscule sorcière aux cheveux blancs et en peignoir.
Heureusement qu'ils étaient sous la juridiction de Kingsley. Ça avait fait tout drôle et réconfortant à Remus de le revoir — Kingsley qui s'était montré un Préfet-en-chef gentil et fraternel quand Sirius et lui étaient en Seconde Année, et qui n'avait jamais su à quel point ils avaient joué les trouble-fêtes après son départ. Avec un peu de chance, sa loyauté envers les Gryffondors était restée intacte.
Kingsley adressa un sourire un peu tiède aux deux garçons. « Je suis sûr que ces charmants jeunes gens ont une explication parfaitement sensée. »
- Mais bien sûr, m'sieur, dit Sirius. Même si Remus saura bien mieux vous la dire que moi.
- C'est une simple erreur, commença Remus. On a transplané un peu vite, ce n'est pas du tout ce que vous croyez...
- Des mages noirs ! dit Mme Lebecfin d'une voix sifflante. Ou pire, des voleurs de bonbons.
Kingsley soupira en se massant les tempes. « Les garçons, on retourne au Ministère. Je sens qu'une conversation raisonnable et une bonne tasse de café ne seront pas de trop. »
SB – RL – SB – RL
Des années plus tard, Remus devait se rappeler cette nuit que Sirius et lui avaient passée dans les boyaux du Ministère comme une étape-charnière dans sa jeune existence.
Bon, ce n'était pas une cellule, pas tout à fait. Plutôt un bureau vide dont la porte était scellée par un charme.
Mais une étape-charnière, malgré tout.
Alastor Maugrey les attendait de pied ferme au Ministère. Il avait l'air deux fois plus inabordable que lors des séances de l'Ordre. Il leva les yeux du rapport qu'il rédigeait, récupéra sans un mot leurs permis de transplaner et désigna du doigt la porte du bureau le plus proche. « Là-dedans », dit-il.
Remus et Sirius s'assirent sur des chaises de bureau à une extrémité et l'autre de la pièce, interposant entre eux un bureau énorme et passablement mal rangé ainsi que deux plantes vertes d'aspect un tant soit peu menaçant. Maugrey verrouilla la porte d'un sort. Dehors, ils entendaient Mme Lebecfin relater leur capture à Kingsley sans lui épargner un iota de la chose.
Sirius commença à détacher le dernier fil dentaire de sa robe. Remus se prit la tête à deux mains et soupira.
Tout ça, c'était de la faute de Sirius. Depuis quelques temps, Sirius n'était plus seulement tel qu'en lui-même — buté et pénible. Il était devenu la source de tous ses problèmes ou presque, et il ne servait à rien de se dire que ces problèmes étaient largement compensées par quelques gâteries à l'improviste.
La situation était déjà compliquée à Poudlard, quand ils partageaient un dortoir. Blagues à part, c'était toujours Sirius qui commettait les pires bourdes. Il y avait eu l'incident Snape, l'incident McGonagall, les deux incidents avec Lily juste avant leurs ASPICs et, pire que tout, le Grand Incident de King's Cross impliquant Peter, le chariot à bagages et la jeune sœur de Lily, alors qu'ils descendaient du Poudlard Express pour la toute dernière fois.
Passe encore, ce sont des choses qui arrivent. En plus ils n'aimaient pas Pétunia.
Mais du jour où Sirius avait admis d'une voix chevrotante qu'il avait mis fin à dix-neuf ans et demi de virginité dans les bras du frère aîné de Davy Gudgeon, la vie de Remus avait volé en morceaux.
Il avait couché avec Sirius presque aussitôt. Et ça, oui, c'était entièrement la faute de Remus, qui était le plus aguerri des deux — lui n'avait pas attendu dix-neuf ans et demi pour quoi que ce soit — et qui savait que jamais au grand jamais il ne faut coucher avec un ami qui découvre sa sexualité. Parce que c'est toujours un désastre.
Une erreur de jugement, dont il était le seul responsable.
Là-dessus, Sirius avait emmené James et Peter dans un bar gay en plein Londres moldu. Remus, qui n'avait jamais osé leur faire part de sa connaissance étendue des bars gays londoniens, avait intercepté ce projet sans réussir à le faire capoter.
Après quoi, un Peter outré avait cessé de leur adresser la parole.
Sirius, comme toujours, n'avait pas compris pourquoi Remus se désolait. « Si Peter n'avait pas été aussi con, j'avais mes chances là-bas », dit Sirius le surlendemain en sirotant son café. (Remus, pour son malheur, avait re-couché avec Sirius après l'avoir sérieusement réprimandé. Nouvelle erreur de jugement.)
- Peter n'est pas un con, Sirius. C'est juste qu'il était si mal à l'aise qu'il est parti se cacher dans les toilettes.
James, avec force rougeurs et bégaiements, lui avait raconté toute l'histoire et les sympathies de Remus étaient acquises à Peter.
Sirius sourit — lentement, méchamment. « Tu parles d'une bonne idée. »
- Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il ne me parle plus à moi, dit Remus. (C'était tout qui comptait pour lui.)
Sirius avait haussé les épaules. « Peut-être parce que tu n'étais pas là », dit-il d'une voix lourde de sous-entendus et Remus soupira. Peter trouvait toujours le moyen de les coincer dans une impasse.
Puis, deux semaines plus tôt, Sirius avait séduit le mari de sa cousine Bellatrix. Pour voir si je pouvais, avait-il expliqué à un Remus effondré. Ce qui, en soi, était déjà catastrophique puisque Bellatrix était d'une jalousie maladive et que Rodolphus était un Mangemort réputé (et disgracieux, de surcroît). Mais le lendemain, le charme calorifique était tombé en panne dans l'appartement de Sirius et il avait demandé s'il pouvait loger quelques jours chez les parents de Remus. Lorsqu'Andromeda s'était pointée sur leur palier, livide et verbalement déchaînée comme seul une héritière Black pouvait l'être, Sirius lui avait crié dessus en retour et les parents de Remus en avaient appris soudain beaucoup plus sur les mœurs de son fils et de son ex-compagnon d'internat qu'ils ne l'auraient souhaité.
Comme Remus n'avait toujours pas trouvé de job qui lui permettrait d'avoir son propre chez-soi et que Sirius dormait dans sa chambre, l'incident pesa considérablement sur l'atmosphère des dîners familiaux. Mais ce fut Remus à qui ses parents, soucieux de rester hospitaliers jusqu'au bout, désignèrent le sofa.
Enfin, quelques jours plus tôt, Sirius avait annoncé tout de go qu'il ne voulait plus être le témoin de James parce qu'il n'y avait pas de raison qu'il soutienne James dans ses hauts faits amoureux si James ne lui rendait pas la pareille.
- Ça revient à lui déclarer la guerre, Sirius, avait dit un Remus très inquiet.
Laisser tomber James sans préavis, c'était du sérieux — bien plus que de torturer Peter, séduire un Mangemort patenté ou tirer son meilleur ami du placard devant ses parents par inadvertance. Ils étaient dans un café moldu, perdu dans une petite banlieue londonienne : une garantie pour Remus que cette conversation ne s'achèverait pas au lit, ou sur le plancher, ou contre le mur.
- C'est sa faute à lui, dit Sirius.
Remus soupira.
- Quoi ?
- Il faut que tu ailles lui dire deux mots, dit Remus d'une voix ferme.
Maintenant que Peter et James avaient cessé tous deux de lui parler, toute tentative de communication passait par une Lily excédée, qui surgissait dans la cheminée de ses parents plusieurs fois par jour au point que sa mère, troublée, lui avait demandé si elle ne faisait pas erreur sur la personne et si lui, Remus, s'était remis à aimer les filles. La situation était intenable.
- Envoie-lui un hibou, point final.
- Non. (Sirius glissa une main sous la table pour toucher le genou de Remus, et Remus sentit la raison le déserter avec armes et bagages. Il résista à la tentation de battre retraite par la cheminée. Pour James.)
- Tu sais à quel point il tient à ce mariage.
- Non. (Sirius retraça de l'index la couture intérieure du pantalon de Remus.)
- Laisse-lui un peu de temps, dit Remus en avalant péniblement sa salive. Et arrête de l'emmener dans des endroits qui le mettent mal à l'aise. Il finira bien par s'y faire. Peut-être que si tu te trouves un gentil copain, si tu te montres plus discret...
Sirius lui jeta un regard étrange. « C'est une question de principe », dit-il. « Tu comprends, n'est-ce pas, Moony ? »
A l'époque, Moony ne comprenait pas, non. Ses parents étaient embarrassés et ne savaient comment aborder le sujet — sa mère pleurait continuellement. Deux de ses trois meilleurs amis ne lui parlaient plus et Remus ne voyait pas trop où était le principe dans tout ça.
Sirius lui rendait la vie dure, voilà ce qu'il voyait. Tirant le verrou des toilettes sur eux, Remus maudit silencieusement son ami en espérant que la gentille dame qui leur avait servi leur thé ne se demandait pas ce qu'ils faisaient tous les deux là-dedans.
Mais ce soir-là, tandis qu'ils restaient assis en silence dans le bureau mal rangé du Ministère en attendant que Mme Lebecfin ait fini son histoire, Remus eut soudain une révélation : il s'en fichait.
La vie était dure de toute façon, n'est-ce pas ?
Et qui d'autre lui aurait proposé une gâterie dans la cour arrière de la « Tête de Sanglier » ?
- Sirius ? (Chuchoté.)
- Oui ? (Sirius leva la tête et le regarda, se mordant la lèvre.)
Remus esquissa un sourire timide. Il se sentait toujours un peu étrange quand Sirius était celui qui lui faisait dire oui, et encore oui plutôt que le non habituel. « Je suis toujours cul-nu », chuchota-t-il.
Sirius lui rendit son sourire en plus malicieux. « Et la bureaucratie du Ministère étant ce qu'elle est... »
- Et comme Kingsley est plutôt du genre à frapper avant d'entrer... surtout si Maugrey l'a briefé sur les événements de la soirée...
- C'est le bureau de qui, à ton avis ?
Remus éclata de rire tout en s'y juchant. « Celui de Maugrey ? »
SB – RL – SB – RL
L'aube était presque venue quand Kingsley Shacklebolt et Alastor Maugrey entrèrent dans leur cellule, à en juger par la fenêtre (ensorcelée) et la plante verte (qui bâillait).
- Jeunes gens, dit Maugrey d'une voix bourrue en regardant fixement un point au-dessus de leurs têtes. Pour vous, ça a été une longue nuit.
- Oui, m'sieur, dit Sirius. Et pas pour la bonne raison.
Remus aurait juré que Kingsley avait pouffé.
- Black, je dois vous dire que je vous suivais, Lupin et vous, hier soir. Activités suspectes. On vous a vu frayer avec un Mangemort confirmé il y a deux semaines, un jeudi.
- Pures rumeurs, dit Sirius, mais le cœur de Remus se figea dans sa poitrine.
- Malgré tout, nous aimerions vous garder ici pour un petit interrogatoire, dit Maugrey en les scrutant avec attention. Quelqu'un viendra à neuf heures vous administrer du véritasérum, après quoi, si tout va bien, vous pourrez sortir.
- Oui, m'sieur, dit Sirius. Mais j'ai droit à un appel de cheminette, non ?
Remus sentit le soulagement déferler en lui. Il avait oublié que la famille de Sirius, même hostile, même ayant coupé les ponts, avait le bras suffisamment long et doré pour le sortir de ce mauvais pas. Un avocat saurait y faire. Un appel à Gringotts pourrait s'avérer utile. Andromeda n'était peut-être pas l'interlocutrice la plus indiquée, mais Remus savait que le père de Sirius ignorait les scandales liés à son fils et n'était pas aussi fâché avec lui que le prétendait sa mère.
Maugrey acquiesça, un peu brusque. « Tout à fait. Nous voulons juste tirer les choses au clair. »
- Bon réflexe, chuchota Remus à Sirius.
Ce dernier sourit. « Si quelqu'un peut nous tirer d'affaire, c'est bien James. »
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- Sirius ? (Le visage de James, dans la cheminée, était plissé de sommeil et perplexe comme Remus l'avait rarement vu. Il avait l'air curieusement enfantin sans lunettes, appuyant ses coudes sur l'âtre.) Que se passe-t-il ?
Le visage de Lily, chiffonné de fatigue, apparut à côté du sien. « Le Ministère ? Qu'est-ce que vous fichez là-bas à une heure pareille ? Kingsley, c'est vous ? »
- Salut, Lily ! dit Kingsley d'une voix joviale.
Maugrey se racla la gorge et Kingsley battit en retraite.
- Miss Evans, nous avons ici des amis à vous arrêtés la nuit dernière pour, hum, activités suspectes. (Moody se racla la gorge à nouveau.) Et nous nous posons des questions sur les faits et gestes de Black il y a quinze jours.
- James, dit lentement Sirius. Nous pensions que si tu acceptais de venir ici, tu pourrais contribuer à éclairer cet étrange... malentendu au sujet de ma relation avec Rodolphus Lestrange.
Et voilà, se dit Remus, toute la différence entre Sirius et lui. Ce n'était pas juste que Remus n'avait pas l'habitude de traîner ses amis hétéros dans des bars gay, qu'il évitait de faire l'amour en public ou qu'il tenait assez à sa vie pour fuir les Mangemorts en puissance d'épouse. Non, c'était surtout qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de demander à un ami qui ne lui parlait plus et avec qui il avait rompu sans appel quelques jours plus tôt de se rendre au Ministère pour négocier une trêve avec Alastor Maugrey.
Mais James écouta attentivement le compte-rendu vague et filandreux de Sirius sur son « erreur de jugement » à la Tête de Sanglier et sur le « malentendu » subséquent dans la cave de Honeydukes, et il devina plus ou moins que l'allusion mystérieuse au mari de Bellatrix signifiait un gros, gros problème.
- Nous serons là d'ici une demi-heure, dit James dès que Sirius eut terminé. Et nous amènerons Dumbledore.
C'était comme si toute la pièce avait laissé échapper un soupir de soulagement à ce nom. Maugrey hocha la tête, Kingsley sourit, Lily tapota le bras de James et Remus relâcha le souffle qu'il retenait à son insu.
- Plus vite cette affaire sera classée, mieux ce sera, dit Maugrey. J'ai du pain sur la planche, et du sérieux.
- Vous avez besoin d'autre chose ? demanda Lily. Tu veux que j'envoie un hibou à tes parents, Remus ? Ils doivent s'inquiéter.
Jetant un coup d'œil discret à Maugrey par-dessus son épaule, Remus tendit le cou dans la cheminée. « Un caleçon », chuchota-t-il.
- Un quoi ? aboya Maugrey.
- Un caleçon, m'sieur, dit Sirius. Ils sont tous chez sa tante parce que Remus a trop de respect pour ses parents. C'est pour ça qu'il est si bien élevé.
Cette fois, Kingsley ne put retenir un gloussement qui s'acheva en quinte de toux. Remus eut un sourire poli.
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James et Lily finirent par arriver en remorquant Peter et Dumbledore. James avait lissé ses cheveux avec une potion et portait des robes bleu foncé et un chapeau orné d'étoiles, qui lui donnait au moins vingt-deux ans. Peter serra la main de Kingsley et lui demanda s'il avait vu jouer les Bourdons le samedi précédent. Lily glissa discrètement un des boxers de James — celui aux petits vifs d'or — dans la main de Remus au moment où personne ne regardait et Dumbledore disparut dans un coin avec Maugrey.
Une demi-heure plus tard, l'affaire était réglée et plus personne ne parlait de Rodolphus Lestrange ou de véritasérum. Maugrey dit qu'ils étaient libres de partir et Dumbledore hocha la tête en disant que tout était bien qui finissait bien... mais Remus était à peu près sûr que beaucoup d'eau coulerait sous les ponts avant qu'il leur confie une autre tâche que de servir le thé aux membres confirmés de l'Ordre.
Maugrey signa leur ordre de remise en liberté sans un mot. Remus espérait qu'il s'était jeté un sort d'Oubliette concernant leur dernière rencontre : c'était bien ce que lui avait l'intention de faire. Kingsley leur rendit leurs permis de transplanage. Et Dumbledore s'engouffra dans la cheminée sans dire au revoir ni pétiller de la prunelle comme à son habitude.
Remus, Sirius, Lily, James et Peter rentrèrent petit-déjeuner chez Peter. Tout n'était pas entièrement pardonné, comme le devina Remus quand Sirius et lui héritèrent des œufs brûlés et des plus petites tomates. Mais ils s'adressaient de nouveau la parole, même embarrassée, ce qui était déjà quelque chose.
- Qu'est-ce que vous avez raconté à Dumbledore ? demanda Remus.
James haussa les épaules.
- Il sait à quel point c'est difficile d'être un Black. Les rumeurs pullulent ces jours-ci.
- En parlant de rumeurs, dit Sirius, j'en ai entendu une sur Remus.
Remus le foudroya du regard et James découpa sa tomate avec un soin tout particulier.
- Moony est gay, vous ne saviez pas ? demanda Sirius d'une voix nonchalante. Et à ce qu'il dit, je maîtrise enfin l'art subtile de la fellation.
Le silence se fit dans la pièce. Même Peter reposa sa fourchette.
- Ah oui ? dit enfin Lily en souriant à Sirius. Dis-moi, tu vas jusqu'au bout ? Parce que moi, j'ai encore du m...
- Je vous ai dit qu'on s'est fait bannir à perpétuité de chez Honeydukes ? demanda Remus désespérément.
- C'était la vieille Lebecfin ? demanda James. Ça fait des années qu'elle nous soupçonne. On aurait dû faire gaffe au lieu de prendre toujours le même souterrain pour revenir au Château.
- Eh bien comme ça vous serez obligés de m'offrir des vrais cadeaux pour Noël, dit Peter en attaquant de nouveau ses œufs. Même moi je trouve ça lassant à la longue, les bonbons.
- En parlant d'ados attardés et incapables de se contenir, dit Lily, je suis enceinte. On va avancer le mariage pour que je puisse encore rentrer dans la robe.
Voyant Peter continuer de manger tout au long de cette annonce, Remus se dit qu'ils devaient être les derniers informés.
- Félicitations, dit-il.
Sirius acquiesça.
- Pétunia a enfin accepté d'être ma demoiselle d'honneur, dit Lily. Elle est tout excitée à l'idée de danser avec le charmant meilleur ami de James.
James renifla. « Comme si j'allais lui redemander, à ce branleur. Hé, Pete ! Tu ne veux pas être témoin à mon mariage ? »
- A la place de Sirius ? demanda Peter. Oh chic, c'est moi le charmant meilleur ami, alors. (Il adressa un sourire goguenard aux deux autres.) Merci les gars !
Et ce fut le mot de la fin — ou presque. Lily et James se marièrent, un peu plus tôt que prévu. Sirius fut témoin après tout. Peter ne fut pas ravi d'être rétrogradé mais il se montra un ami loyal en acceptant de servir de cavalier à la vieille grand'tante de James. Sirius s'amusa comme un fou entre deux remarques sarcastiques sur le mariage et personne ne tomba le pantalon ce jour-là.
Malheureusement, la vieille grand'tante n'était autre que Bellatrix Lestrange sous polynectar. Bellatrix n'était pas femme à oublier une offense et Peter était un garçon prometteur, quoi qu'en disent ses amis. Ils eurent une longue conversation affable sur les projets de Peter pendant que James dansait avec Lily. Comme Andromeda le dit par la suite à Sirius et Remus, des années plus tard, Bellatrix avait toujours considéré Peter comme un jeune homme plein d'avenir.
Andromeda leva un sourcil austère, le sourcil Black, en relatant l'histoire. « Contrairement à toi ou à ton autre ami, Sirius, c'est ce qu'elle sous-entendait. » Andromeda ne mâchait pas ses mots, y compris quand son cousin préféré eut ressurgi sur le seuil de sa porte après une longue absence, en quête d'un repas correct et d'un peu de compagnie. Sirius prit l'air vexé mais Remus ne put s'empêcher de penser que Bellatrix avait perçu quelque chose qui leur avait échappé à tous et de se poser quelques questions.
Remus, lui, oublia de parler du mariage à ses parents et ceux-ci continuèrent d'espérer des années durant qu'il se caserait avec « cette charmante petite Evans ».
Ni Remus ni Sirius ne se laissèrent plus jamais prendre en posture (dé)culottée même si Kingsley les surprit un soir à s'embrasser dans la réserve d'Honeydukes pendant que Maugrey et le reste de l'Ordre arrêtaient une douzaine de Mangemorts à l'entrée. Kingsley se douta bien que Sirius avait empoché quelques bonbons au passage, mais il restait loyal envers Gryffondor et Mme Lebecfin ne lui avait jamais inspiré beaucoup de sympathie. Ni Remus ni Sirius n'allèrent à Azkaban. Pas tout de suite, en tout cas.
Et, comme nous le savons, Sirius finit par s'échapper de toute façon.
Quant à Maugrey... eh bien, lorsque la seconde guerre se profila, alors que Remus et Sirius vivaient square Grimmauld, il s'était suffisamment assoupli pour leur confier de vraies responsabilités au sein de l'Ordre.
Mais il n'a jamais pu regarder Remus dans les yeux, et il frappe toujours avant d'entrer.
Et Remus n'en est pas peu fier, après toutes ces années.
D'autant plus qu'il y a belle lurette, maintenant, qu'il s'en tient à la chambre à coucher pour mener ses activités illicites.
FIN