|
Author of 27 Stories |
Bonjour à tous ! Voici donc le dernier chapitre de ma fic. Merci à tous et à toutes de l’avoir suivie et d’avoir laisser des review !
Bonne lecture à vous tous !
Aylala
Chapitre 10 : Nouveau départ
Les jours qui suivirent la transformation d’Esmée furent très éprouvants pour les Cullen. Car ils devaient tout faire pour protéger leur secret et la nouvelle venue parmi eux. La chose n’était pas aisée car dans la banlieue bouleversée par le drame qui frappait les Baldwin, les gens venaient chercher un peu de réconfort auprès de leur médecin. Et bien que Carlisle n’exerçait plus depuis la disparition d’Esmée, il n’était pas rare que l’on vienne frapper à sa porte pour demander un conseil ou tout simplement se confier.
Il devenait urgent de partir et Carlisle et Edward faisaient en sorte de pouvoir le faire le plus rapidement possible, et dans les meilleures conditions. En tant que jeune vampire, Esmée semblait plus calme que ne l’avait été Edward. Carlisle mettait cela sur le fait que la jeune femme savait qu’elle avait beaucoup à perdre si on venait par malheur à l’apercevoir hors de sa cachette. Néanmoins, quand la soif se faisait sentir, et c’était un phénomène très fréquent chez les nouveaux nés, elle était difficile à maitriser et il n’était pas trop de deux pour lui rendre la raison.
Il n’y eut bientôt plus de petits animaux dans les environs de la ville. Tous avaient fini égorgés pour contenter Esmée qui pourtant en réclamait toujours plus. Carlisle se désolait de devoir l’affamer ainsi et lui promettait que bientôt elle pourrait aller chasser. Mais son odorat nouvellement développé lui offrait de plein fouet l’odeur des humains qu’elle avait côtoyé et le désir d’y goûter était très fort.
Bien qu’il lui eu expliqué en détail son mode de vie, Carlisle comprenait tout à fait ce besoin qu’elle ressentait de boire du sang humain. Il l’avait lui-même ressentit jadis et y avait plusieurs fois succombé. Quand elle était plus sereine et qu’elle venait de se nourrir, ils avaient tous les trois, avec Edward de longues discussions à ce sujet. Le jeune vampire qui n’avait connu que ce régime alimentaire particulier mais qui était aussi passé par ce même besoin compulsif était un guide précieux pour la jeune femme qui appréciait grandement sa compagnie. Ils s’étaient tous deux peu fréquenté de son vivant, mais désormais, rattrapaient le temps perdu en passant souvent de longues heures seuls. Loin d’en être jaloux, Carlisle se réjouissait de les voir si bien s’entendre. Il avait si longtemps manqué à Edward une présence féminine… A lui aussi d’ailleurs…
Leur cohabitation se passait bien. Esmée paraissait se faire à sa nouvelle condition. Et même si parfois elle avait encore quelques réticences et quelques difficultés, elles s’en iraient rapidement, Carlisle ne se faisait pas de soucis là-dessus.
La veille de leur départ cependant, une dispute éclata. Et bien qu’il ait tout fait pour l’éviter, Carlisle avait pressenti qu’elle serait incontournable. Ce jour là, on enterrait James Andrew Baldwin.
Edward et Carlisle faisaient toujours tout leur possible pour ne pas évoquer l’enfant qu’Esmée avait perdu. Elle était encore très affectée par le chagrin et pensait souvent à lui d’après Edward. Lorsqu’elle s’asseyait sur une chaise près de la fenêtre, lorsque la nuit était si noire que personne ne risquait de la voir, elle repensait à son bébé, se culpabilisant de sa mort, cherchant à comprendre ce qu’elle avait pu mal faire pour que ce drame se soit produit. Au départ, Carlisle avait cherché à lui faire comprendre qu’elle ne devait pas s’en vouloir, qu’elle n’y était pour rien, et qu’aussi cruel que cela puisse paraître, c’était la vie qui avait reprit ses droits.
Mais Esmée ne voulait pas l’entendre, le temps du deuil n’était pas terminé et Carlisle savait qu’il lui faudrait énormément de temps pour prendre le dessus. Et il était prêt à l’aider et à la soutenir autant qu’il lui serait possible de faire. Cependant, toute à sa nouvelle transformation et à tous ses changements qui venaient de s’opérer dans sa vie, Esmée en avait oublié jusqu’aux plus élémentaires des rites humains.
C’est en devinant à travers les rideaux la petite foule qui se massait dans la rue en direction de l’église que la jeune vampire commença à se poser des questions et comprit ce qu’on avait tant espéré qu’elle ignore. Folle de chagrin, elle se leva de sa chaise d’un geste brusque abandonnant Edward avec qui elle discutait pour se ruer dans les escaliers. Par chance, son interlocuteur avait su avant même qu’elle ne réagisse ce qu’elle comptait faire et sa rapidité lui avait permis de la stopper en haut des marches. Malheureusement, Esmée était une nouvelle née, sa force bien que mal maîtrisée, était brute et décuplée par sa volonté féroce de rendre un dernier hommage à son bébé. Edward cria à Carlisle de venir le rejoindre et ils ne furent pas trop de deux pour maintenir la jeune femme que rien au monde ne pouvait raisonner. Les deux hommes furent contraints de l’attacher à son lit.
Esmée leur criait de la laisser partir, qu’ils n’avaient pas le droit de la retenir prisonnière, qu’elle n’avait aucun ordre à recevoir d’eux, qu’ils ne pouvaient de toutes façons, pas la comprendre. Carlisle avait beau savoir que c’était la douleur et la peine qui la faisaient parler de la sorte, ces mots le blessèrent tout de même. Aussi après s’être assuré que la jeune femme ne pourrait plus s’échapper, il alla s’isoler un peu dans le salon. Malheureusement pour lui, on ne pouvait jamais être vraiment seul et réfléchir quand Edward était dans les environs. Le jeune vampire avait pris place près de lui et respecta un moment son silence avant de prendre la parole.
- « Les sentiments humains ne disparaissent jamais vraiment, c’est toi-même qui ne cesse de le répéter » souffla-t-il.
- « Je sais, oui »
- « Sa réaction est normale »
- « Je le sais bien, mais elle est dangereuse. Dangereuse pour elle comme pour nous »
- « Nous avons fait ce qu’il fallait » lui assura Edward.
- « Je sais » souffla Carlisle « Je le sais mais ça n’en reste pas moins douloureux… »
Et c’était la stricte vérité. Carlisle n’aimait pas voir Esmée souffrir. Déjà quand elle était humaine, il faisait tout son possible pour lui rendre le sourire quand son moral était au plus bas. Alors il supportait extrêmement mal les douleurs physiques et mentales qu’il lui avait infligé depuis qu’il l’avait recueillit, doutant même à plusieurs reprises d’avoir fait le bon choix. Pour le moment, ni Edward ni Esmée n’avait éprouvé de regret concernant leurs transformations. Il leur avait ouvert les portes d’une nouvelle vie qui semblait leur convenir. Mais Carlisle vivait toujours dans la crainte qu’un jour on lui reproche ce qu’il avait fait. Il le craignait deux fois plus maintenant qu’Esmée avait rejoint leur rang. Il redoutait surtout que la jeune femme ne le regrette si tôt après sa transformation. Car le mal était fait désormais et plus encore que sa disparition, le vampire craignait de perdre l’affection que la jeune femme lui avait jusqu’alors porté.
C’est pour être un peu plus rassuré à ce sujet qu’il décida, une fois la nuit venue d’aller en discuter avec la principale intéressée. Esmée semblait s’être calmée. Elle se tenait parfaitement immobile sur son lit, les yeux rivés sur le plafond, le visage impassible. Elle n’avait pas répondu quand il avait frappé à la porte, mais Carlisle s’était tout de même permis d’entrer. Il comprenait parfaitement qu’elle continue à lui en vouloir pour ce qui s’était passé. D’un pas calme, il s’approcha de son lit, tira la chaise et pris place près d’elle. Seuls les yeux de la jeune femme se tournèrent vers lui.
- « Je suis vraiment navré d’avoir dû vous infliger cela » commença-t-il avec douceur « Il faut que vous compreniez que cela était nécessaire. »
- « C’était mon fils » murmura-t-elle d’une voix douloureuse.
- « Je le sais et c’est pourquoi votre réaction ne m’a ni étonné, ni choqué. Vous aviez toutes les raisons du monde de vouloir nous échapper. »
Esmée s’en retourna alors à la contemplation du plafond. Carlisle soupira.
- « Puis-je vous détacher maintenant ? Me promettez-vous de ne plus chercher à partir ? »
- « Je ne savais pas que j’étais devenue votre prisonnière ! »
- « Vous ne l’êtes pas » répondit Carlisle en tâchant de ne pas lui montrer combien cette simple phrase avait pu le blesser « Si notre compagnie ne vous plait pas, vous aurez toute la liberté de nous quitter une fois que nous vous aurons fait quitter la ville, je vous le promets. »
Esmée soupira alors et hocha la tête. Le vampire comprit alors qu’elle ne chercherait plus à partir et il en fut soulagé. Il n’aimait pas la garder séquestrée ainsi. Aussi se hâta-t-il de défaire les liens solides qu’Edward et lui avaient utilisés. La jeune femme se releva alors et avec souplesse s’installa en tailleurs sur le lit. Elle frotta un moment ses poignets, par réflexes car elle ne ressentait pas de douleur. Elle évita un moment le regard de Carlisle avant de finalement relever le visage vers lui. Elle avait l’air sincèrement peinée et désolée.
- « Je suis navrée d’avoir été si dure » lui souffla-t-elle.
- « Ce n’est rien, je vous assure. Je comprends tout à fait votre chagrin et l’indignation que vous avez ressentie. Cependant, vous êtes morte aux yeux de tous ses gens, votre retour aurait été une catastrophe. Sans compter que vous êtes encore trop jeune pour résister à tant d’humain vulnérables et rassemblées en un même lieu … »
- « Je sais que vous avez raison » reprit la jeune femme « Mais… J’aurais tant voulu voir mon petit James une toute dernière fois ! »
Un sanglot souleva alors sa poitrine et se mua en gémissement. Gênée, Esmée baissa les yeux. Carlisle tendit alors sa main pour prendre la sienne en guise de soutien.
- « Puis-je vous poser une question ? » demanda alors la jeune femme.
- « Tout ce que vous voulez ! » lui assura Carlisle avec bienveillance.
- « Pensez vous que… Si j’étais morte ce jour là… J’aurais pu le rejoindre ? »
Elle parlait de son fils, Carlisle le savait parfaitement et la question était délicate. Le vampire était loin de connaitre la vérité sur la vie, la mort et tout ce qui tournait autour de ces questions spirituelles. Mais avoir été le fils d’un homme d’église lui avait tout de même enseigné certaines choses qu’il n’avait pas oubliées.
- « Pour être tout à fait franc avec vous Esmée » commença-t-il après un court instant de réflexion « Je ne suis sûr de rien concernant toutes ces questions, mais il est dit dans les Ecritures que le suicide est un péché mortel qui conduit droit en Enfer tandis que votre fils a sans doute rejoint le Paradis et ses anges. »
La jeune femme releva alors la tête et vint plonger son regard dans le sien. Un regard si profond que Carlisle s’y perdit un moment.
- « C’est vrai » murmura-t-elle « Vous avez raison… Alors, je crois que tout a été fait pour le mieux »
L’estomac du docteur se serra en la voyant esquisser un faible sourire.
- « Si je n’ai aucune chance de rejoindre mon fils où qu’il soit désormais, alors c’est auprès de vous que je veux être » souffla-t-elle.
Carlisle lui rendit son sourire et serra un peu plus fort sa main dans la sienne.
- « Ma situation n’a rien de facile et je suis encore submergée par le chagrin mais… Mais je n’ai pas oublié la déclaration que vous m’avez faite cette nuit là et bien que vous ne l’ayez pas réitérée, j’ai la faiblesse de croire qu’elle est toujours d’actualité… »
- « Esmée, je… »
Le vampire était sous le choc. Jamais il ne s’était imaginé qu’elle puisse lui parler si librement. Et malgré la timidité que l’on sentait poindre dans sa voix et qu’on devinait dans son regard, elle avait le courage de lui parler ainsi.
- « Non, Carlisle, je vous en prie ne dites rien. Laissez-moi finir… C’est assez gênant comme ça… » le coupa-t-elle visiblement assez mal à l’aise « Vous savez, il n’y a pas beaucoup de raison qui poussent une femme déjà mariée à chercher autant la compagnie d’un autre homme. J’ai aimé passé du temps avec vous, j’ai aimé apprendre à mieux vous connaître et à de très nombreuses reprises j’ai regretté de n’être plus une jeune fille à marier. Vous avez tellement de qualités, Carlisle ! Vous avez un tel sens des convenances … Et je sais que, si tous ses malheurs ne m’étaient pas arrivés… jamais vous ne vous seriez déclaré. Jamais vous n’auriez rien tenté pour me séduire… »
La jeune femme marqua alors un petit temps de pause. Carlisle restait suspendu à ses lèvres attendant la fin de ses explications avec impatience. Il avait tellement hâte de savoir enfin ce qu’elle pensait de toute cette situation, de lui, de ce « eux » dont il rêvait…
- « Edward m’a confié que vous redoutiez que je ne vous reproche ma transformation. » reprit-elle alors d’un ton plus sérieux « N’ayez crainte, cela ne se produira pas. »
Cette simple phrase fit un bien fou à Carlisle et laissa échapper un léger soupir de soulagement.
-« Ma vie n’était pas heureuse avant, ma seule joie m’a été cruellement arrachée. Je suis convaincue qu’il n’y a que vers vous désormais que je puisse me tourner pour espérer trouver un peu le bonheur dont j’ai tant envie. Enfin, si vous acceptez toujours de me l’accordez… » termina alors Esmée, hésitante.
Carlisle se mit alors à sourire, entièrement soulagé et touché encore plus qu’il n’aurait pu le dire par cette femme qui se tenait devant lui et remettait tous ses espoirs entre ses mains et qui le regardait maintenant avec inquiétude.
Il avait tant rêvé de cet instant qu’il lui parut étrangement irréel. Pourtant, lorsque son visage se pencha vers le sien, il n’avait désormais plus que des certitudes et lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, il sut qu’il avait trouvé ce qui lui avait tant manqué pendant toutes ses années : une femme à aimer.
oOoOoOoOoOoOoOo
Leur maison de Forks était devenue bien calme, presque triste depuis que leurs enfants étaient partis.
Rosalie et Emmett profitaient de leur cinquième voyage de noces, Alice et Jasper avaient eu aussi eu envie de se retrouver un peu seuls quand à Edward et Bella… Ils profitaient pleinement du temps passé ensemble pour visiter le Canada. Leur grande maison était désormais vide de toutes agitations et même si cela faisait du bien de temps en temps, le joyeux brouhaha de tout ce petit monde manquait à Carlisle.
Et encore plus à Esmée.
Assise sur une balancelle que l’on avait fait construire dans le jardin, elle se balançait doucement d’un air absent. Elle n’avait pas réagit quand il était venu la rejoindre, esquissant juste un sourire quand il avait prit sa main dans la sienne et l’avait portée à ses lèvres. Ils se balancèrent ainsi un moment avant que finalement, elle ne se tourne vers lui. Une certaine tristesse brillait dans ses yeux, mais elle n’était pas réellement malheureuse. Le fait de savoir sa tribu loin d’elle pendant un temps incertain l’avait toujours rendue mélancolique. Edward, Rosalie, Emmett, Jasper, Alice et Bella étaient finalement les enfants que la Nature n’avait pas voulus lui accorder et son instinct de mère était pleinement actif.
- « Tu sais bien qu’ils sont grands » souffla Carlisle avec un sourire amusé « Et surtout qu’ils ne partent jamais longtemps. »
- « Oui, mais je trouve la maison si triste sans eux… »
- « Je trouve aussi… »
Délicatement, il passa sa main autour de ses épaules et l’attira contre lui. Elle vint blottir sa tête contre son épaule et ferma les yeux. Il était rare que le couple manifeste son affection quand leurs enfants étaient là. Même quand il n’y avait encore qu’Edward, ils avaient toujours été discrets et réservés. Mais l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre n’avait fait que se renforcer au fils des ans et des épreuves qu’ils avaient connues ensemble et cela les avaient rendus plus fort.
Leur déménagement en catimini de Chicago, au milieu de la nuit, comme s’ils étaient des voleurs, l’adaptation d’Esmée dans leur nouvelle vie, le besoin d’indépendance d’Edward et son départ comme son retour, les premiers meurtres d’Esmée… tant de choses avaient rythmées leurs vies au cours de ses dernières années. Mais Carlisle ne s’en plaignait pas. Jamais, il ne s’était sentit aussi vivant que depuis qu’elle était entrée dans sa vie. Et quand ils étaient seuls tous les deux, ce qui arrivait rarement, il ne perdait pas une occasion de lui montrer combien il l’aimait et combien elle était importante pour lui. Et elle le lui rendait bien.
Cependant, il la sentait perdue dans ses pensées, un peu inquiète, comme si elle n’osait pas lui parler de quelque chose. C’était ridicule car elle savait parfaitement qu’elle pouvait tout lui confié, qu’il pouvait tout entendre et qu’il avait déjà montré à de très nombreuses reprises qu’il serait toujours un soutien pour elle.
Il posa alors sa main sur son magnifique visage glacé et releva son menton à l’aide de ses doigts. Les yeux d’Esmée se plongèrent alors dans les siens et il lui offrit un sourire confiant.
- « Que se passe-t-il ? » demanda-t-il simplement.
- « Je voudrais retourner à Chicago » souffla-t-elle alors d’un air grave « Juste quelques jours… Je voudrais simplement y retourner ».
Carlisle n’eut alors pas besoin d’explications supplémentaires. Il hocha la tête en signe d’acquiescement et se pencha pour l’embrasser doucement.
Nous étions en 2020 et cela faisait cent ans que son fils était mort.
C’est ainsi que le voyage se décida. N’ayant pas besoin de beaucoup d’affaire, les bagages furent rapidement prêts et dans les heures qui suivirent, Esmée et Carlisle arpentaient les routes dans leur voiture la plus puissante en direction de Chicago.
Carlisle se souvenait combien le voyage dans le sens contraire avait été long et difficile. Cent ans après, il constatait que le retour était bien moins dur qu’il ne l’aurait cru. Seule Esmée gardait cet air pensif et triste. Concentrée sur la route qui défilait à vive allure sous ses yeux, elle restait muette et Carlisle respectait son besoin de silence. Ce voyage revêtait des allures de pèlerinage et ce ne serait certainement pas lui qui viendrait rompre le fil des pensées de la femme qu’il aimait.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la rue où tous les deux avaient vécus cette année là, ils furent surpris par tous les changements qui s’y étaient opérés. Bien sûr, ils savaient que les choses n’avaient pas pu rester comme dans leur souvenir, mais un tel bouleversement en l’espace d’un siècle leur fit tout de même un choc. Lorsqu’ils eurent trouvé un hôtel et posé leurs affaires dans la petite chambre qu’on leur avait attribuée, ils décidèrent d’aller se promener un peu dans ses rues qu’ils avaient connues étroites, sombres et cahotante. Désormais, où qu’ils posent le regard, des buildings, des grands magasins, des bureaux avaient remplacé les vieilles maisons et les charmantes demeures. Les rues fourmillaient de monde et de voitures. La vie semblait aller bien plus vite qu’à l’époque. Esmée serra un peu plus fort la main de Carlisle, ce dernier l’enlaça alors à la taille.
Ils prirent leur temps pour marcher sans autre but que celui de découvrir la ville qui avait remplacé leur petite banlieue tranquille où tout le monde se connaissait, où il était si dur de conserver un secret. Désormais, Carlisle trouvait tout cela froid et impersonnel. Il ne regrettait vraiment pas d’être parti et appréciait d’autant plus le calme qui régnait aux alentours de leur maison à Forks.
Quand ils eurent marché suffisamment longtemps pour s’habituer à l’endroit, Esmée prit les devants et tenant la main de Carlisle fermement serrée dans la sienne, elle l’entraina vers le seul endroit qu’ils n’avaient pas encore visité.
Le cimetière était le lieu qui avait le moins changé. Il était bien sûr, plus vaste que dans le souvenir qu’ils en gardaient tous deux, et surtout bien plus moderne. Les nouvelles tombes détonnaient à côté des plus anciennes dont les noms et les épitaphes disparaissaient à cause du temps et de l’usure.
Carlisle sentit sa compagne se raidir et étouffer un sanglot. Il lui prit la taille et posa un baiser sur son front.
- « Prends tout le temps qu’il te faudra » lui murmura-t-il avec douceur.
Esmée hocha la tête et ferma un court instant les yeux. Puis, elle lui offrit un faible sourire et ses doigts toujours solidement enlacés aux siens, elle s’avança dans les allées, le gravier crissant sous leurs pas. Ils se dirigèrent en silence vers les allées les plus anciennes du cimetière, les moins bien entretenues aussi et ils ne mirent que quelques minutes à trouver la tombe qu’il recherchait.
Comme elle semblait petite et fragile, la tombe de James Baldwin à côté des imposants blocs de marbres qui l’entouraient. Elle était simple, bâtie dans une pierre blanche, sans ornement particulier. La simplicité, tout comme Esmée l’aurait voulu.
La jeune femme s’agenouilla d’ailleurs devant le petit autel et se recueillit en silence. Carlisle recula d’un pas, respectant ce moment qui ne lui appartenait pas. Son regard erra un peu jusqu’à trouver une pierre sur laquelle le nom d’Andrew Baldwin était gravé. Il était mort une vingtaine d’année plus tôt. Carlisle ne ressentit rien en voyant son nom gravé dans le marbre. C’était dans l’ordre des choses et il avait depuis longtemps oublié la colère et le mépris que cet homme avait pu lui inspiré le temps où il l’avait connu. Dans une moindre mesure, il avait participé à son bonheur actuel…
- « Tu as vu ? » souffla alors Esmée qui s’était relevée et qui était venu se placer à ses côtés. « Il s’est rapidement remarié… »
Et tandis que Carlisle lisait effectivement le nom d’une illustre inconnue sur le même caveau, il sentit la main douce et délicate de sa compagne glisser sur son bras et venir retrouver sa place dans la sienne.
- « Il a eut d’autres enfants sans doute… » poursuivit-elle alors tandis que son regard se posait sur un vase dont les fleurs fraîches indiquaient une visite récente.
- « Tu le regrettes ? » demanda Carlisle avec une pointe d’anxiété.
A moins que cela ne fût de la jalousie.
- « Pas le moins du monde ! » répondit la jeune femme d’un ton presque joyeux « Je sais désormais qu’il n’était pas celui qu’il me fallait… »
Carlisle la regarda alors en souriant et se pencha pour l’embrasser doucement. Puis, Esmée se tourna une nouvelle fois vers le lieu où reposait son enfant.
- « Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à lui » murmura-t-elle.
- « Je le sais »
- « Et je pense que j’y penserais toujours mais… L’avoir auprès de moi aurait été incompatible avec la vie que je mène avec toi, celle qui me rend heureuse… »
Carlisle la regarda alors d’un air surpris, elle se tourna vers lui avait un curieux sourire aux lèvres bien que ses yeux soient teinté d’une vieille tristesse.
- « J’ai commencé à tomber amoureuse de toi bien avant de lui donner naissance » commença-t-elle « Et même si ce genre de choses ne se faisait pas à l’époque, j’aurais fini par me tourner vers toi. Je t’aurais choisi à Andrew, ce n’était qu’une question de temps. Tu me fascinais, même si au fond de moi quelque chose me poussait à te craindre. J’avais la certitude pourtant que jamais tu ne me ferais de mal et j’avais raison… »
Carlisle voulu alors parler mais elle le fit taire d’un simple regard.
- « J’aurais donc fini par quitter mon mari pour toi, mais jamais je n’aurais abandonné mon enfant. Tu n’aurais jamais voulu le transformer et c’est normal… Je serais alors restée seule et misérable. »
Elle lança un dernier regard triste à la petite tombe blanche.
- « Le prix à payer pour être heureuse a été si lourd, si douloureux et j’aurais souhaité ne jamais avoir à connaitre ceci mais… Le destin en a voulu autrement et pas un seul instant je ne regrette d’être resté auprès de toi » lui confia-t-elle.
Carlisle hocha la tête.
- « Et puis, tu m’as offert une famille et des enfants… » lança-t-elle en souriant.
Le vampire lui rendit son sourire.
- « Quelle femme ne serait pas heureuse après tout ça ? » lui demanda-t-elle.
Et tandis qu’ils s’embrassaient à nouveau Carlisle ne pu s’empêcher de se réjouir.
Leur vie était aussi parfaite qu’elle pouvait l’être. Et il ne demandait désormais rien de plus.