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FicAndRea
Author of 8 Stories

Rated: K - French - General/Tragedy - Harry P. & James P. - Reviews: 18 - Updated: 08-20-09 - Published: 12-21-08 - id:4730586

Avant tout, je m’excuse de ce trèèèèès long retard. J’ai eu une subite panne d’inspiration pour cette fanfiction et beaucoup de choses dans ma vie m’a fait retarder le moment de la reprendre. J’espère néanmoins que vous serez au moins quelques uns à la reprendre à présent ! Bonne lecture.

PS : Le chapitre 5 a été corrigé ainsi que celui-ci.

Chapitre Sixième

Je partageai ma chambre avec Aleksandrina, Judith et Lucy ; cette dernière devait probablement accaparer la salle de bain. Judith était une fille plutôt modeste en apparence tout comme pour le reste. Elle avait de long cheveux noirs légèrement ondulés et difficiles apparemment à coiffer, des cils si longs qu’ils en cachaient presque ses yeux noisettes, une taille moyenne, ainsi que peu de sein et peu de fesses. Elle était en septième année et n’envisageait de réellement travailler l’examen qu’à partir de mars. Elle avait confiance en ses capacités bien que ses notes ne brillaient guère autant qu’elle le souhaiterait.

« C’est pendant les vrais examens que je brille le plus ! » disait-elle. Aux Buses, elle avait obtenu le trois quarts des matières qu’elle espérait garder rien qu’en ayant bossé pendant le dernier mois.

Lucy sortit de la salle de bain, une simple serviette comme habit, une autre plus petite sur ses cheveux. Elle n’était pas très grande mais possédait de certains avantages féminins qui, selon ses amies, faisaient craquer bien des cœurs. Elle n’était pas particulièrement belle mais son visage se révélait sans défaut, ses cheveux ondulés à souhait, ses attributs faisant le reste. Elle n’était qu’en cinquième année et avait pour but de se marier avec le Prince Charmant. Malheureusement pour elle, celui-ci devait être si parfait qu’elle n’en trouvait jamais. Elle les « essayait », les aimait un certain temps puis finissait toujours par leur trouver une faille. Ses parents la chouchoutaient beaucoup mais avaient posé une seule condition : elle fréquentait qui elle voulait du moment qu’il était de Sang Pur. Ça ne la dérangeait pas, elle n’aimait pas l’arrogance des Sang-mêlés ou même les Sang-de-Bourbe (« On t’emmerde Lucy, » grogna Aleksandrina). C’était d’ailleurs étonnant qu’Aleksandrina et elle s’entendent si bien.

« Je vais aller prendre une douche, affirmai-je en attrapant mon uniforme qui était, cette fois, recouvert des couleurs ainsi que du blason de Serpentard.

- Et ne traîne pas trop si tu veux qu’on t’attende ! remarqua Lucy.

- Oh, avec toi pas encore habillée, je pense qu’elle a tout son temps, remarqua Aleksandrina, un sourire moqueur.

- On ne sait jamais, fit Lucy en haussant les épaules. On ne l’a jamais attendu aucun matin que je sache.

- Je serais rapide, » promis-je.

Avec l’ambiance qu’entraînaient les discussions joyeuses et légères des filles, je n’ai pas eu le temps de réfléchir trop sur mon sort. Je me suis fait rapidement prendre par leur rythme joyeux. Au fond, cela me plaisait. Cela me rappelait le bon temps… La nostalgie surgit soudainement alors que je refermai la porte de la salle de bain derrière moi comme le soir précédant. Elle me prit par la gorge, s’agrippa de toutes ses forces, m’empoigna si fort que je crus étouffer. Elle se transforma en une réelle douleur et je titubais jusqu’au lavabo que j’ouvris d’un geste avant de plonger ma tête dessous.

Le contact avec l’eau glacée me fit sursauter comme si je venais de nouveau de me réveiller et alors tout ce qui m’était arrivé précédemment me revint en tête comme un cauchemar. Je vivais dans le passé et je ne pouvais prédire combien de temps j’allais y rester. Je me suis mise à me battre contre moi-même alors que deux courants de pensée me divisaient. D’un côté, je savais pertinemment que je n’avais pas ma place ici, que j’étais comme une bombe à retardement, un danger que personne n’aurait pu prévoir. D’un autre, je ne voyais pas ce que je pourrais retrouver dans le futur. Merlin seul pouvait savoir si mes amis n’étaient pas déjà morts après ma disparition ? Et puis même, que pourrais-je y faire ? Ici…

Je balayais cette autre pensée d’un coup de tête. Ce n’était pas prudent, je n’avais pas le droit d’agir dans le passé. Dumbledore avait raison : quelles conséquences mes actes engendraient-ils ? Ma seule présence avait déjà agi comme un venin, bouleversant le futur à un point que je ne connaissais pas encore. Que se passerait-il si je « tentais » vraiment de faire quelque chose ? Si je réussissais, bien sûr que ce serait bénéfique. Mais en cas contraire ? Cela pourrait être bien pire que le chaos de mon propre passé. Quelqu’un pourrait mourir par ma faute. L’enfant de cette personne, que j’aurais peut-être connu, ne naitra pas. Les amis qu’il aurait dû avoir ne bénéficieront pas de son influence, positive tout comme négative. Surtout positive.

Je n’avais aucun droit de faire ce choix-là.

« Annah, tu peux te dépêcher s’il te plait ? On va finir par ne pas pouvoir manger !! supplia Aleksandrina à travers la porte.

- J’arrive ! »

Je me dépêchai de prendre une bonne douche brûlante mais brève, me séchai les cheveux d’un coup de baguette, me rhabillai tout aussi facilement et quittai la salle de bain embrumée par l’eau chaude. J’appréciai ce moment ; l’empressement que je ressentais me permettait de ne plus penser, comme si j’oubliais tout pendant l’espace d’un court instant.

« Waouh ! souffla Lucy en regardant la salle de bain. À quelle température tu te douches pour que ça soit si vite rempli de vapeur ?

- J’aime l’eau chaude, répondis-je, un demi-sourire sur les lèvres. On y va ? »

On quitta ainsi le couloir de notre dortoir, traversa la grande salle commune sans y prêter attention – les filles discutaient sur du Quidditch, enfin, jusqu’à ce qu’elles m’interrogent – et on se rendit dans la Grande Salle.

« Non, tu rigoles ? s’exclama Lucy en papillonnant des yeux – un véritable tic chez elle. Qui n’aime pas le Quidditch ?

- Moi, Judith et moi répondîmes d’une même voix.

- Ça me donne des vertiges, expliquai-je avec honnêteté. Je n’ai jamais trop aimé les hauteurs…

- Tu es mal tombée alors, réagit Jasper qui nous avait écouté. À Poudlard, c’est – il jeta un coup d’œil vers Judith – quasiment forcé d’aimer le Quidditch ! On ne jure que de ça. C’est un bon moyen de se venger des bouffons sans se prendre des retenues !

- Tu parles, répliqua Aleksandrina. C’est plutôt eux qui se vengent… Depuis que les Maraudeurs – elle prononça ce mot avec un vif dégoût avant de se reprendre en me jetant un coup d’œil – sont là, ils n’ont cessé de nous ridiculiser.

- Sauf il y a deux ans, protesta Jasper.

- N’oublie pas une chose ! Potter n’était pas là ce jour-là… »

Ils continuèrent de se chamailler mais je n’écoutai déjà plus. Le nom de Potter m’ayant immédiatement fait penser à Harry… mais non, elle parlait de son père. De James Potter. Je résistai à l’envie de me retourner pour le regarder. Hormis de loin, je ne l’avais vu qu’une seule fois en détail et par Merlin ! C’était dur de le voir sans espérer retrouver son fils en lui… Finalement, malgré Malfoy et tous les autres que je haïssais, j’étais contente de me retrouver à l’écart des Gryffondors. Cela aurait été dur de vivre avec eux. Ou plutôt, impossible !

Un coup de coude me fit remonter à la surface.

« Je crois que tu as une touche, me glissa Lucy à l’oreille en pouffant.

- De qui tu parles, Lu ? demanda Jasper avant de se tourner à sa gauche. Oh ! Oui, je vois… Rogue qui s’intéresse à quelqu’un et une fille qui plus est ! Voilà qui n’est pas commun.

- ROGUE ? » m’exclamai-je, surprise avant de m’en mordre les lèvres alors que j’avais attiré l’attention d’une bonne partie de la table.

En me tournant vers la droite à mon tour et en fouillant les visages, je suis immanquablement tombée sur celui de mon ex-professeur de potion. Le dit Severus Rogue ! Par Merlin ! Qu’est-ce qu’il ne lui ressemblait pas ! Certes ses cheveux étaient tout aussi affreusement raides et d’apparence – si ce n’est de réalité – grasse et son nez aussi crochu, mais ses traits avaient changé, ou plutôt allaient changer. Méconnaissable ! Sa peau n’était pas aussi livide que chez son lui futur, ses traits étaient mieux dessinés bien qu’assez inégal et trop fin. À ma grande surprise et avec reluctance, je devais avouer qu’il n’était pas si laid. Pas beau ni mignon non plus, certes, mais… potable. Plus avenant que dans le futur, en tout cas.

Bien sûr, je détournai la tête quand je m’aperçus que je le fixais. Lui, me semblait-il, m’observait toujours avec curiosité et… je-ne-sais-quoi. Je n’ai jamais su réellement lire dans le visage des personnes. En tout cas, ses yeux n’exprimaient pas le dégoût qu’il avait normalement envers moi. « Normalement ». Voilà un mot qui ne sonnait plus vraiment vrai. Difficile de l’utiliser et encore moins de l’accepter dans ma situation. Habituellement. Normalement. D’usage et d’usure. Tout cela m’était devenu prohibé. Comment exprimer des habitudes qui n’existaient pas à cette date ?

« Tu le connais ? me demanda finalement Aleksandrina.

- Heu… Non mais mon ancien professeur de potion s’appelait comme ça, » balbutiai-je en tentant de paraître le plus sincère possible.

Après tout, ce n’était qu’un demi-mensonge.

« Vraiment ? Ce n’est pas très commun pourtant comme nom de famille, remarqua Jasper.

- Héhé, oui, c’est bizarre comme coïncidence, non ? mentis-je en sentant très bien que j’en faisais un tantinet trop.

- En tout cas, si tu veux un conseil, ne va pas traîner avec lui… C’est un vrai barje. Il est répugnant, égoïste et se croit supérieur à toute sa classe ! Le pire – et je dis bien, le pire ! – c’est qu’il n’est pas si mal vu du côté des « populaires ». Je ne sais pas comment il s’y est prit, mais Malfoy et sa clique semblent plutôt s’intéresser à lui, si tu vois ce que je veux dire… Enfin, il a sa propre bande d’amis et crois-moi, ce n’est pas des enfants de cœur.

- Je vois… Dîtes, il y a pas mal de gens que je dois éviter de côtoyer, non ? Vous, Rogue, Malfoy et compagnie, les Gryffondors…

- Bienvenue dans la charmante demeure des Serpentards ! lança-t-il.

- Tout dépend de ton niveau d’autodéfense en somme, continua Judith, un demi-sourire sur le visage.

- Ce qu’elle veut dire c’est qu’il y a pas mal de coûts foireux qui se font les uns contre les autres, expliqua Aleksandrina. Et même si les Gryffondors sont les principaux auteurs de ces blagues de mauvais goûts – et qu’ils n’épargnent aucun d’entre nous, même ceux qui ne leur font rien ! – certains Serpentards s’amusent à le faire aussi auprès des nouveaux, surtout, ou de leurs « ennemis ».

- Pour te tester en quelque sorte, » termina Judith en secouant la tête.

Chouette ! Il ne me manquait plus qu’une guerre de maisons. Dans mon temps ( !) rien ne pouvait se décrire comme tel. D’accord, les Gryffondors et les Serpentards ne s’aimaient guère, se faisaient la guerre mais malgré quelques brefs mauvais coups (généralement organisé par Malfoy fils—tel père tel fils ?) celle-ci ne se ressentait qu’à travers les jurons et les matchs de Quidditch, rien de plus. Aucun Serpentard ne jouerait des tours à un autre sauf motif réellement valable. Allais-je finalement les regretter ?

Un croche-pied (heureusement bien évité) me fit penser que oui, la paisible et froide entente des Serpentards de mon époque allait en quelque sorte me manquer. Je me rattrapai très vite mais guère assez pour éviter les rires moqueurs de mes très chers nouveaux camarades. Je leur jetai un regard glacé et m’en allai sans mot dire. Mieux valait encore que je ne me fasse pas trop remarqué. Pas tout de suite.

Sans trop y faire attention, je bousculai quelqu’un en voulant sortir de la Grande Salle.

« Ça va pas ? beugla celui-ci—c’était un garçon de Gryffondor. Tu pourrais au moins t’excuser !

- Tu ne m’en as guère laissé le temps ! soupirai-je. Bon, je m’excuse, ça te va ? »

Il me regarda interdit avant de prendre un air aussi supérieur que ridicule. Je le dépassai en l’ignorant. Ça me faisait drôle de retomber dans cette ambiance… Après ce que j’avais vécu, ces gamineries me rendaient perplexe. Comment pourrais-je m’abaisser de nouveau à ce jeu-là ?

Je n’allais pas tarder à me rendre compte que c’était bien plus facile que je le pensais. Même si j’avais vécu les pires choses qu’on pouvait vivre, j’étais restée une jeune adulte perturbée par une adolescente inachevée. Je n’avais pu évoluer correctement dans un univers sain et mon passage à l’âge adulte s’était fait bien trop brutalement. Me retrouver ainsi plonger à l’âge où j’aurais dû grandir tranquillement allait me replonger dans mon adolescence. Et si mon esprit et mon vrai corps étaient ceux d’une personne approchant les vingt ans, je me retrouvais toujours à l’âge de seize ans, mon anniversaire tombant à la fin de l’année.

J’entrai dans la salle de potion et m’installai à une table. Je ne tournai pas la tête quand quelqu’un s’assit à côté de moi, persuadée qu’il s’agissait d’Aleksandrina ou même de Jasper.

« Quel arrogant ce Gryffondor ! lâchai-je.

- Je suis bien d’accord… » susurra une voix qui n’appartenait guère à ceux que je côtoyais depuis peu.

Quand je tournai la tête, je vis avec surprise qu’il s’agissait de Severus Rogue. Severus Rogue ! Mon ancien professeur de potion ! Et directeur de ma maison ! Je déglutis. Ce n’était pas vraiment la personne avec laquelle j’aurais réellement voulu me lier. Je me demandais également pourquoi il s’intéressait à moi. Je n’imaginais pas qu’il soit très sociale dans son adolescence, vu son état adulte. Abjecte.

Néanmoins, je n’allais certainement pas le lui faire remarquer. Je m’efforçai de le regarder comme quelqu’un qui ne l’aurait jamais vu.

« Tu es… Severus Rogue, n’est-ce pas ?

- En effet, acquiesça-t-il avec ce haussement de sourcil qui lui était particulier. Je suis étonné que tu me connaisses… Annah Bröck de la Volière... Ma lignée n’étant guère aussi prestigieuse que la tienne…

- Je ne connais de toi que ton nom, » lui indiquai-je.

Et c’est bien assez, pensai-je. Quoique je connais très bien ce que tu vas devenir.

« Dans ce cas, nous sommes deux, sourit-il. Nous aurons l’occasion de faire plus ample connaissance par la suite, j’espère…

- Sans aucun doute, » confirmai-je sincèrement. Et ce n’est guère dans les termes que tu l’entends.

Nous fûmes interrompus – et ce fut avec plaisir – par l’arrivée du professeur Slughorn qui, à son tour, tînt à me tester. Je réalisai pour cela deux potions du niveau de fin de cinquième année et de début de sixième, puisque nous étions déjà en novembre. La potion n’était pas tellement mon fort mais j’avais eu l’occasion de m’entraîner grâce à Hermione. Nos séances de révision m’avaient souvent permise d’obtenir de bonnes notes à cette matière, ou du moins, des notes suffisantes pour continuer.

Sans compter le livre du Prince au Sang-mêlé. Que j’avais sous les yeux d’ailleurs. C’était étrange de penser que Rogue fût aussi doué alors qu’il allait échouer plusieurs années à obtenir la place qu’il convoitait : professeur de Défense Contre les Forces Magiques. Je me demande par ailleurs quel genre de professeur tyrannique il aurait pu être. Vu la manière dont il enseignait les potions. C’était d’ailleurs d’autant plus étonnant que notre échange, bien qu’assez froid, n’avait pas été si glacial. Voire même cordial. Etrange…

Les autres cours s’enchainèrent jusqu’à la pause de midi où Aleksandrina s’absenta pendant une grande partie de la pause. Quant elle revint, elle était complètement retournée.

« Il y a une autre sortie à Pré-Au-Lard de prévu pour samedi prochain ! s’exclama-t-elle, aux anges. Je vais enfin pouvoir me venger…

- Te venger ? Et de qui ? demandai-je, curieuse, je voyais mal Aleksandrina faire une farce à quelqu’un, elle qui semblait assez sérieuse.

- Des Maraudeurs, bien sûr ! ricana Jasper.

- Je croyais que vous ne vous mêlez pas de ces « gamineries » ?

- C’est vrai, acquiesça Lucy qui s’installa à son tour à nos côtés. Sauf quand l’un de nous est attaqué. Et ils ont été forts sur ce coup…

- Même s’ils ont décrété qu’elle avait été touchée « par erreur » ? rappela Judith en secouant la tête exaspérée.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? demandai-je mais en vain.

- Attends, Judith, elle s’est retrouvée manchote pendant deux semaines à cause de ces imbéciles !

- Manchote ?! m’écriai-je. Comment ça ?

- Comme la définition le dit : sans bras, grommela Jasper. Ça a été assez horrible à voir quand elle a littéralement perdu ses bras…

- Et tout ce sang ! s’exclama Lucy en plaquant sa main devant sa bouche. Si tu avais vu ça, tu aurais eu le ventre retourné. Heureusement que ce n’était pas réellement son sang !

- Je ne comprends pas comment ils ont pu faire ça, affirmai-je, surprise. Je n’ai jamais entendu d’une chose pareille. »

Ce n’était pas étonnant alors qu’ils détestaient tant les Maraudeurs. Quelle idée sordide ! Moi qui, comme Harry, les admirait commençais à me dire qu’ils ne semblaient plus si admirables que ça… Comment pouvait-on inventer une chose pareille ?

« Ce sont les Maraudeurs, conclut Jasper. Géniaux dans ce qu’il y a de pire. Des crétins à cervelle, c’était ce qui pouvait arriver de pire sur cette Terre.

- Tu parles de toi, Casper ? » demanda une voix que je reconnaissais. C’était Sirius.

Nous étions déjà sortis de la Grande Salle mais il y avait assez de monde autour de nous pour former une ronde. Je les voyais avide de combats, de confrontations. Certains discutaient entre eux, sans doute pariant sur la suite. De mon côté, je ne voulais pas intervenir. C’était assez dur de poser les yeux sur ce qui allait devenir le parrain d’Harry, le criminel le plus dangereux et recherché ainsi que la plus grande victime de la justice du monde magique.

« La ferme Black ! grogna Lucy. Tu nous emmerdes.

- Quelle politesse, Miena ! Je ne faisais que vous saluer… et voir comment se portait Feddai et ses bras.

- Suffit ! rugit Jasper. Je ne crois pas que tu sois bien placé pour venir faire le fier ici. Après m’avoir fait ce sal coup bas ! Tu te crois peut-être gagnant dans l’histoire, Black, mais n’en sois pas si sûr. Car malin ou pas, tu n’en es guère moins qu’un Sang-Pur raté et idiot. Tu penses qu’en ayant tourné le dos à ta famille te rend plus humain, meilleur que nous ? Et tu espères qu’on peut gober ça ? Crois-moi, Black. De nous tous, tu es probablement le plus faible maillon des Gryffondors. Pour dire, même ce crétin de Petigrow vaut mieux que toi. »

Aleksandrina approuva de la tête. Elle paraissait vraiment en colère mais n’avait pas dit un mot. Sans doute, craignait-elle perdre le contrôle. Je la voyais serrer discrètement la main de Jasper avec force. Jasper, de sa haute carrure, poussa littéralement Black de côté, celui-ci ne se laissant pas faire répliqua aussitôt en sortant sa baguette. Mais il dut la ranger aussitôt au son de la voix du professeur Slughorn.

« Voyons ! Voyons ! Que se passe-t-il ici ? Dispersez-vous, allez ! Les cours ont repris, je vous signale ! »

Je m’attendais à ce que Jasper, Lucy, Judith ou même Aleksandrina ne lui rapporta les faits mais à la place, Jasper me tira vers lui et m’emmena loin du professeur, suivant les élèves devant nous. Dans mon époque, il n’y aurait pas un Serpentard qui aurait lâché le mot à son directeur de maison, espérant que celui-ci prît partie pour nous (et avec Rogue, cela avait toujours été le cas). Mais pas à ce temps-là.

« C’était lui, Sirius Black ? demandai-je, mimant l’ignorance.

- Ouais, et bien le pire des Maraudeurs avec son ami James Potter, grommela Jasper. On ne craint rien de Peter Petigrow, il est trop faible. Quant à Lupin, c’est un chien qui suit sa troupe, mais outre mesure, il ne mord pas beaucoup. »

Oh ça, rien n’était moins sûr, vu sa véritable nature… pensai-je tout bas.

« Mais James Potter et Sirius Black sont le noyau du groupe. Ce sont eux qui inventent, dirigent et font le plus gros de leurs conneries. Et ils n’hésitent pas à nous provoquer, même si on tente de les ignorer au mieux. Crois-moi, ce que tu as vu là, ce n’était même pas un échantillon de nos relations habituelles.

- Je dirais même plus que tu n’as rien vu, rajouta Lucy. A mon avis, tu vas devoir faire très attention à toi dans les jours qui viennent. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils tentent quelque chose pour te tester.

- Super. Je dois me méfier de tout le monde en gros. Serpentards comme Gryffondors. Et pour les autres maisons ?

- Pas de problème. Les Serdaigles sont malins, mais ils ne font de coups foireux que lorsque tu les provoques en premier. Pour ce point-là, ils sont assez fair-play. Par contre, leurs coups sont généralement très bien portés alors mieux vaut ne pas trop les provoquer. Quant aux Pousouffles… ils ne sont ni très doués, ni très malins. En générale, ils se tiennent à carreaux… Tu auras beau les provoquer, tout ce qu’ils feront sera de t’insulter, rien de plus. C’est ennuyant.

- Je remarque quand même que malgré ce que vous dîtes, vous vous amusez bien de ce système… remarquai-je.

- Bien sûr ! Quand on vit entouré d’imbéciles heureux, mieux vaut profiter du spectacle. Cela dit, on n’y participe nous-mêmes que par force majeure.

- Et là, c’en est un. Je dois me venger. Ce qu’ils m’ont fait est trop horrible pour être laissé sans punition…

- Mais ils n’ont pas été punis ? Je veux dire, par les professeurs ? C’est trop gros pour passer inaperçu !

- Oui… mais ça ne change rien. Le professeur McGonagall leur a enlevé des points et donné une retenue, mais rien de plus. C’est clair qu’elle n’a pas envie de perdre la Coupe des Maisons cette année… »

Nous arrivions à la serre où nous avions cours avec les Serdaigles. Encore une fois, Rogue s’imposa comme partenaires. Nos échanges ne furent guère plus alimentés qu’en cours de potion mais je sentais toujours ce regard inquisiteur et fixe de mon ancien professeur. Cela ne devenait pas que gênant, mais également très inquiétant. L’après-midi se déroula tranquillement. Ce ne fut que le soir après le repas que je parvins à m’isoler du groupe, prétextant un mal de ventre. Ils étaient bien sympas, j’avais besoin de me retrouver seule. Cela ne faisait que deux jours que j’étais arrivée mais déjà j’avais beaucoup à réfléchir. Et je ne pouvais le faire en leur présence.

Beaucoup de questions tournaient dans ma tête sans que je ne puisse réellement m’y concentrer. Il me fallait d’abord m’organiser. Savoir où en étaient les choses… Mais tout d’abord, je tenais à sortir du château. Je parcourus des couloirs sombres et poussiéreux d’un passage secret que j’avais appris par cœur. C’était le plus pratique pour aller du couloir où se trouvait la porte menant aux cachots de Serpentard jusqu’à la Grande Porte du Hall d’entrée. J’y parvins en un rien de temps et me glissai à travers la porte avec soulagement. Quand je sentis l’air frais de la nuit envahir mes narines et mes poumons je poussai un grognement de satisfaction. Des souvenirs me revinrent en mémoire alors que j’avançais doucement vers le lac.

Nous étions alors qu’en première année, Ginny et moi et nous ne nous aimions guère réellement. Tout ça, principalement à cause de nos préjugés respectifs. Après tout, elle était Gryffondore et moi Serpentarde. Nous étions ennemies mortelles. Elle, vouée à servir le bien, et moi, je ne pouvais que tourner mal. C’était ce qu’elle pensait. C’était la seule chose que je pouvais envisager. Je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je n’arrivais pas à imaginer un après Poudlard. Que devenir ? Et surtout qui pourrait m’accepter vu ma situation particulière ? Je passais mes nuits à me morfondre devant le lac ou dans la forêt. Bien qu’elle soit dangereuse et interdite, elle se révélait pour moi un élément plus sécurisant et familier que le château lui-même. J’y avais déjà passé de très nombreuses nuits pendant plusieurs années alors que les élèves qui se succédaient dans l’école me saluaient de manière vague. Certains me parlaient avec sympathie, d’autres me regardaient de travers. Pour tous, j’étais un élément étrange et inhabituel. Que pouvait faire une fille qui n’avait pas l’âge d’étudier, qui sortait de nulle part, au château ? Et ce, tous les ans ? Qui était-elle vraiment ? À cette époque de ma vie, personne ne devait savoir que je faisais partie de la famille Bröck de la Volière. Pour ma propre sécurité. Si cela s’était su, ma famille aurait très vite fait de me faire assassiner. Et je ne suis pas certaine que Dumbledore lui-même aurait pu me protéger longtemps. Mais cela ne s’était jamais su avant mon entrée dans l’école, et je suis restée en vie.

Je me souviens du premier soir où Ginny et moi nous nous sommes croisées dans ce même parc. Où elle m’avait demandé suspicieuse ce que je faisais là. Où je lui avais répliqué qu’elle était aussi suspecte que moi et qu’elle ferait mieux de ne pas me chercher si elle ne voulait pas avoir affaire à moi et le regretter ensuite. Mais elle l’avait fait. Elle m’avait provoqué. Bien qu’elle était encore très timide. Entre nous, il s’était passé quelque chose qu’on ignorait et dont on n’avait pas encore conscience, qui nous poussait toutes les deux à nous confronter. À partir de cet instant, elle ne cessait de me narguer et je ne cessais de l’embêter. Jusqu’au jour où je lui ai sauvé la vie. Où elle s’est rendue compte que je n’étais pas si mauvaise que ça. Jusqu’au jour également où j’ai cru qu’elle était morte. Mais où Harry Potter, l’ennemi mortel de Serpentard qui avait survécu au pire Mage Noir que la Terre eût jamais porté, la sauva. Je réalisai alors que je tenais à elle. Qu’il y avait quelque chose entre nous qui s’approchait de l’amitié. À partir de là, nos rencontres ont changé. Petit à petit. Les mots évoluaient, nos esprits et nos cœurs aussi. Jusqu’au soir où elle et moi nous nous sommes jurés loyauté. Elle m’a présenté à ses amies, je l’ai défendue face à ceux que je côtoyais. Nous nous fréquentions.

Et j’étais devenue la traitresse de ma maison. L’ennemie que Drago Malfoy s’était juré de faire renvoyer. Chose qu’il n’a jamais réussi à faire. Tout comme de battre Harry Potter. Au fond, il était voué à l’échec.

Et j’étais vouée à perdre tous ceux que j’aimais.



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