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- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.
XXVII : La voyante
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
Période couverte par le chapitre : 26 janvier 2005 au 9 février 2006
A la fin du mois de janvier, deux semaines après l'éprouvant procès que Harry avait porté à bout de bras, Ginny atteignit son troisième mois de grossesse. Tout se passait à merveille pour elle : elle avait la chance de ne pas ressentir les petits maux qui empoisonnent parfois la vie des femmes enceintes. Cependant, cet enfant — qu'on ne soupçonnait toujours pas tant sa silhouette était restée inchangée — prenait de plus en plus de place dans sa vie et ses conversations.
Durant toute la période où Harry avait été occupé par l'affaire Grimstone, il avait été très concentré sur son dossier, passant de longues heures à relire ses livres policiers et était même allé dans une librairie moldue spécialisée pour y acheter un livre de police scientifique. Il y avait recherché de l'inspiration — ce qui n'avait pas été évident tant les outils auxquels recouraient les moldus étaient inconnus dans le monde sorcier.
Il était resté attentif à ce que lui disait son épouse mais ne se sentait pas aussi impliqué qu'elle par la grossesse. Il n'ignorait pas complètement l'enfant à venir : il donnait son avis sur les aménagements apportés à sa maison, s'inquiétait de la santé de sa femme et souhaitait bonsoir à cette petite promesse de vie quand il se couchait, à travers la paroi douce du ventre de Ginny. Mais le reste du temps, ce n'était qu'un projet en devenir, pas une personne présente dans la maison, comme on aurait pu le croire en écoutant la future mère.
C'est à cette époque que le futur enfant fit son entrée dans le monde, ou du moins dans la presse sorcière. Après une réunion familiale, il fut décidé de rendre son existence publique et Ginny cessa de se dissimuler quand elle sortait de chez elle. De son côté, son club fit savoir que son contrat avait été suspendu pour des raisons personnelles.
La joueuse ne tarda pas à se voir solliciter une entrevue pas les différents organes de presse. Elle reçut les journalistes chez ses parents un après-midi et leur confirma ce qu'ils suspectaient et avaient commencé à évoquer dans leurs articles. Elle fut également interrogée sur ses prévisions professionnelles. Elle répondit avec honnêteté qu'elle ne savait pas encore si elle reprendrait son poste ni si ce serait chez les Harpies.
L'encre des journaux annonçant la venue de l'héritier du Survivant n'était pas encore sèche que le futur père se retrouva assailli par les félicitations et, qu'une fois de plus, le trajet entre la cheminée d'arrivée de l'Atrium et son bureau fut long et laborieux. Après avoir serré des dizaines de mains, Harry parvint enfin au QG où ses collègues ne purent faire moins que de le congratuler.
Kevin Whitby le complimentait quand Owen signala à Harry :
— Kevin aussi va devenir papa.
— C'est vrai ? Félicitations, mon vieux.
— Oh, c'est pas pareil, se défendit Kevin avec confusion — ce qui fit plaisir à Harry qui n'avait rien contre le fait de partager son embarras.
— A mon avis, vous vous y êtes pris de la même façon, fit remarquer Owen, faisant rire leurs collègues qui laissèrent enfin Harry continuer sa journée.
ooOoo
Le mardi de la seconde semaine de février, Harry leva les yeux de son travail quand un de ses collègues passa devant son bureau. Il eut la surprise de reconnaître le brigadier Thruston qui lui fit un signe en passant et qui alla frapper à la porte du bureau de Faucett.
Quand il en ressortit avec le commandant, dix minutes plus tard, ce fut pour revenir vers lui.
— Potter, le brigadier a une affaire qui pourrait nous concerner. Je vous laisse l'exposer.
— La famille Wiggleswade nous a contactés cette nuit. Meghan, leur fille de dix-huit ans avait disparu de chez eux pendant que ses parents dînaient chez des amis. Ils nous ont alertés dans la nuit mais elle est majeure et elle a le droit de découcher. Ce matin, l'affaire a pris une autre tournure car ils ont trouvé une lettre déposée sur leur paillasson. Elle comportait une demande de rançon : ils ont jusqu'à demain midi pour réunir mille gallions.
Il sortit un papier de sa poche et le leur tendit :
— En voici une copie. Bien entendu, nous avons immédiatement commencé l'enquête. Nous avons examiné la maison et interrogé le voisinage. Il n'y a pas de traces d'effraction, ni de désordre à l'intérieur laissant entendre que la victime se soit débattue. Quand elle est partie ou a été enlevée, elle était en train de manger. Elle a laissé son assiette de soupe à moitié vide sur la table et le plat principal était toujours sur le fourneau.
— Elle a peut-être suivi volontairement son agresseur parce qu'elle le connaissait, remarqua Pritchard dont le bureau était en face de celui de Harry et qui avait suivi leur conversation.
— C'est ce que nous avons pensé, surtout qu'une voisine pense l'avoir croisée dans le noir vers vingt heures, accompagnée d'un homme qu'elle n'a pas pu décrire, car il était enveloppé dans une cape.
— Elle pense, seulement ? s'étonna Harry.
— Elle a dit —Thruston sortit un carnet pour consulter ses notes — 'Je croyais l'avoir reconnue, mais comme elle n'a pas répondu à mon salut, j'ai pensé m'être trompée car la petite Meghan est toujours extrêmement polie et m'aurait dit bonsoir'. Par ailleurs, ses parents affirment que si elle avait dû s'absenter, elle aurait laissé un mot pour qu'ils ne s'inquiètent pas.
— Son ravisseur l'aurait donc convaincue de le suivre volontairement, en conclut Pritchard.
— Ce qui est étrange, c'est qu'on a retrouvé sa cape pendue à sa place près de la porte d'entrée, ainsi que ses chaussures.
— Si on lui a dit que ses parents étaient malades ou autre chose, elle est peut-être partie précipitamment, avança Harry.
— Sauf que la voisine a affirmé que le couple qu'elle a croisé hier marchait sans hâte. Par ailleurs, elle a confirmée que la jeune fille qu'elle a croisé était en simple robe. Mais elle était trop confuse d'avoir parlé familièrement à quelqu'un qui n'était pas celle qu'elle croyait et n'y a plus pensé avant que nous ne l'interrogions là-dessus.
— Si quelqu'un voulait enlever cette fille, pourquoi ne l'a-t-il pas faite transplaner dès qu'elle a ouvert la porte ? interrogea Harry.
— La maison est située dans une sorte de hameau avec quatre maisons sorcières, répondit Thruston. Un sort anti-transplanage a été installé pendant la guerre et n'a jamais été retiré. Les habitants utilisent leur cheminée ou sortent du périmètre protégé pour transplaner.
— Bien, résuma Harry, le ravisseur a frappé chez les Wiggleswade. Meghan qui était en train de dîner lui ouvre. Il lui sort un baratin qui la convainc de partir avec lui sans tarder et il l'entraîne ainsi là où il peut transplaner.
— Sauf que lorsqu'on ne prend pas le temps de prendre sa cape ni de mettre ses chaussures, on part généralement en courant, opposa Pritchard. Vous pensez que le ravisseur a utilisé un Imperium ?
— Disons que c'est une hypothèse qu'on ne peut pas écarter, reconnut Thruston. Du coup, cela relève de votre juridiction.
— Potter, je veux que tu prennes l'affaire avec le brigadier, indiqua Faucett. Tu as besoin de quelqu'un, Stan ?
— Non, je pense que je peux m'en tirer tout seul pour quelques jours, répondit Prichard.
— Parfait. Potter, au boulot !
Faucett salua Thruston de la tête et les laissa.
— J'aimerais voir le dossier, commença Harry.
— Il est sur mon bureau, répondit le brigadier.
Harry suivit ce dernier vers les locaux de la police magique sous le sourire encourageant de son partenaire.
ooOoo
En milieu d'après-midi, après qu'il eut étudié toutes les pièces de l'enquête, Harry fut présenté aux parents éplorés. Il connaissait de vue le père qui travaillait au département de la Justice magique. Par le dossier, il savait que la mère tenait une épicerie sur le Chemin de Traverse. Le couple avait les traits tirés et semblait épuisé. Ils n'avaient pas dû beaucoup dormir depuis qu'ils avaient constaté la disparition de leur fille.
Harry remarqua l'habituel éclat dans les yeux des parents et, pour une fois, fut content que sa notoriété puisse apporter un peu de soutien à des parents inquiets.
— J'aurai la somme demandée par le ravisseur demain matin, leur indiqua Mr Wiggleswade en tiraillant sur sa barbe grisonnante.
— Nous allons noter le numéro des pièces, rappela Thruston. Je ne sais pas comment il compte récupérer l'argent, mais ce sera le moment où nous avons le plus de chance de le coincer. En attendant, mes agents enquêtent sur les amis de Meghan. Si l'un d'eux n'a pas d'alibi, nous étudierons son cas de plus près.
Harry regarda la mère, assise dans un fauteuil, la main crispée sur un pull, sans doute appartenant à sa fille. Thurston entreprit d'expliquer les moyens prévus pour suivre l'argent jusqu'à son destinataire :
— S'il tente de récupérer la rançon avec un Accio, il devra s'approcher à moins d'un kilomètre. Dès que vous recevrez les instructions pour la remettre, nous bouclerons tout le périmètre de l'endroit indiqué. Nous avons également étendu le périmètre anti-transplanage. Nous prévoirons aussi des balais dans le cas où il enverrait un hibou prendre la livraison.
Mr Wiggleswade hocha la tête :
— Nous vous faisons confiance, dit-il d'une voix lasse.
Le visage de Faucett apparut dans la cheminée dans un crépitement. Harry s'empressa d'aller voir ce qu'il avait à lui dire.
— J'ai reçu du courrier concernant votre affaire en cours, indiqua-t-il. Une femme qui prétend avoir des infos à communiquer. Elle s'appelle Dione Pennifold et habite au 12, passage des Sirènes, sur le chemin de Traverse. Elle affirme avoir des informations sur un enlèvement commis avec l'utilisation d'un Imperium.
Harry jeta un regard vers le brigadier qui était assez proche pour avoir entendu. Ce dernier hocha la tête et Harry indiqua à son supérieur :
— On y va.
Le brigadier utilisa à son tour la cheminée pour appeler des collègues qui resteraient en faction avec les Wiggleswade, que la nouvelle avait remplis d'espoir. Une fois la relève arrivée, ils se rendirent à l'adresse indiquée.
Le passage des Sirènes était mieux fréquenté que l'allée des Embrumes, mais les maisons qui le bordaient étaient pour la plupart décrépites. Ils finirent par trouver le numéro indiqué dans la lettre. Le nom qu'ils recherchaient était écrit sur une plaque de cuivre, ainsi que la mention : 'Devineresse diplômée – Amour – Carrière - Santé'.
Les deux hommes échangèrent un regard déçu. Visiblement, le brigadier ne faisait pas davantage confiance aux prédictions que Harry. Le policier sembla hésiter puis fit remarquer :
— Maintenant qu'on est là…
Il frappa. Au bout de quelques instants, une femme ouvrit la porte. Elle était assez petite, un peu plus âgée que Harry et vêtue d'une robe de sorcier toute simple. L'odeur d'encens rappela au jeune Auror la pièce où Trelawney officiait.
Le brigadier les présenta et la femme les fit entrer. Elle referma le battant et se tourna vers eux. Harry vit le visage de leur hôtesse prendre une expression stupéfaite alors qu'elle le dévisageait :
— Oui, je suis Harry Potter, confirma-t-il patiemment.
Elle secoua la tête comme si ce renseignement ne l'intéressait pas.
— Je vois deux âmes en vous ! dit-elle d'une voix incrédule.
Harry accusa le coup. Il entendit son sang battre dans ses oreilles et ressentit une sorte de vertige.
— J'ai deux âmes ? demanda-t-il confirmation. Maintenant ?
Les yeux de la femme papillonnèrent et elle dit :
— Non, je n'en vois plus qu'une. Mais il y avait...
Elle secoua la tête comme pour sortir de sa transe.
— Je suis désolée, dit-elle d'une voix plus posée. Ce que je dis n'a aucun sens. J'ai dû mal interpréter ma vision.
— Ça, pour n'avoir aucun sens, ça n'en a aucun, renchérit Thruston d'une voix sèche.
Encore sous le choc, Harry retira son chapeau pour se donner contenance. La femme le regardait pensivement, cherchant manifestement à comprendre ce qu'elle avait perçu. Elle se ressaisit enfin et tenta de sourire :
— Je vous remercie d'être venus, Messieurs. Vous pouvez pendre vos capes ici. Comme vous pouvez le voir (d'un geste elle engloba la pièce où ils se trouvaient), je suis devineresse et je pense avoir vu des éléments graves. Veuillez-vous asseoir, je vous en prie.
Pendant que la femme leur versait du thé, Harry observa la pièce où ils se trouvaient. Tout y indiquait sans équivoque le métier qu'elle pratiquait. Outre l'odeur entêtante, il y avait une boule de cristal posée sur une table à côté d'un jeu de tarot et sur une étagère se trouvaient des bâtons divinatoires et de nombreux ouvrages se référant au sujet.
Un fois qu'ils furent servis, leur hôtesse s'assit à son tour et grimaça :
— Je suis consciente que mes paroles de tout à l'heure ne jouent pas en ma faveur, mais je vois souvent des choses qui se sont produites ou qui vont se produire.
Harry s'agita, mal à l'aise. Il se demanda comment elle avait pu savoir qu'il avait un moment porté un fragment de l'âme de Voldemort. Il y avait tellement peu de personnes au courant. Dumbledore, bien sûr, qui avait été le premier à le deviner. Rogue ? Non, ses souvenirs étaient sans équivoques : il ne l'avait pas compris. Harry n'en avait parlé qu'à Hermione et Ron, dans un premier temps, puis à Ginny. Il leur faisait confiance.
Qu'en était-il de Kingsley et des autres Weasley ? Il lui semblait être resté très flou sur la façon dont il avait survécu au sortilège de Mort de Voldemort quand il leur avait raconté son périple au lendemain de la bataille de Poudlard. L'un d'eux avait-il laissé filtrer des informations qui auraient pu faire comprendre la vérité à cette femme ?
Il fallait qu'il en ait le cœur net :
— Quel genre de visions avez-vous ? demanda-t-il.
Elle parut soulagée qu'il s'intéresse à son don.
— Cela dépend. Je fais des rêves, je lis dans les lignes de la main, dans ma boule de cristal ou d'autres supports. Je vois des choses quand je suis près des gens aussi, comme c'est arrivé tout à l'heure. La difficulté est de comprendre ce que je vois.
— Vous lisez l'avenir dans le thé, aussi ? demanda Thruston d'une voix sarcastique en observant sa tasse avec méfiance.
— Non, répondit-elle. Je n'ai d'affinité ni avec le thé ni avec le marc de café.
— Qu'avez-vous vu de moi ? insista Harry, trop angoissé par les paroles de la femme pour passer à autre chose.
Il sentit la surprise du policier, mais il tenait trop à définir ce que cette femme savait sur lui.
Elle parut gênée :
— C'était très fugace, expliqua-t-elle. C'était comme si vous aviez deux têtes. Une normale et l'autre avec le même visage, mais vos pupilles étaient rouges et votre expression... était presque inhumaine.
Elle déglutit.
— Ensuite, quand vous m'avez demandé si c'était toujours vrai, j'ai vu votre seconde tête se transformer et être remplacée par un visage de bébé en train de crier. Ensuite, elle a disparu.
Un bébé. Harry était certain de n'avoir parlé à personne du bébé agonisant qu'il avait vu dans sa vision de King's Cross avec Dumbledore. Il frissonna.
— Je suppose que cela a un sens pour vous, avança la femme.
— Peut-être, dit lentement Harry répugnant à reconnaître qu'elle avait découvert un de ses secrets les mieux gardés.
Elle hocha la tête d'un air satisfait. Elle savait que sa vision était correcte, même si elle pensait l'avoir mal interprétée. Thruston regardait Harry, cherchant à comprendre.
— Bon, reprit le jeune Auror. Que vouliez-vous nous raconter ?
— C'est un rêve que j'ai fait la nuit dernière. Mes rêves prémonitoires sont très nets, très différents des songes sans importance que tout le monde fait. Je vois que vous n'y croyez pas, mais si vous êtes venus, surtout vous, monsieur Potter, c'est que c'est déjà arrivé.
Harry ne put qu'approuver de la tête.
— Quand nous enquêtons, nous avons beaucoup de personnes qui prétendent savoir ce qui s'est passé, mais qui cherchent surtout à se rendre intéressantes, objecta Thruston qui avait reporté son attention sur la voyante. Sachez dès maintenant que nous n'avons pas pour habitude de rémunérer les renseignements qu'on nous propose.
La femme parut blessée :
— Si je vous ai contacté, ce n'est pas pour me faire remarquer ni pour gagner de l'argent ! Mais ce que j'ai vu est grave et je ne peux pas le garder pour moi.
— Racontez-nous ce que vous avez rêvé, coupa Harry d'une voix sèche, pressé d'en finir.
Elle tourna son regard vers le jeune Auror et commença :
— D'abord, je vois une porte. Elle est en bois, assez massive, ça doit être une maison assez cossue. Une main d'homme frappe avec le heurtoir qui a la forme d'une tête de chat. Au bout d'un moment, une jeune fille ouvre. Elle porte une robe marron clair en tissu épais, et ses cheveux châtains foncés sont retenus par un serre-tête bleu. Elle s'apprête à demander ce qu'il veut mais une baguette est brandie vers elle et une voix masculine dit 'Impero'. C'est tout.
Harry n'avait pas besoin de se tourner vers son compagnon pour savoir qu'il avait lui aussi remarqué les similitudes : la forme du heurtoir, le serre-tête, la description de la jeune fille et de ses vêtements. Tout correspondait au dossier dont il avait pris connaissance.
— C'est tout ? questionna le brigadier.
— Hélas, oui.
— Vous ne nous apprenez rien de nouveau, lui reprocha le brigadier.
— Je suis désolée, dit la femme d'un ton déçu. Mais je ne rêve jamais sans raison. Soit il y a un indice important dans ma vision, soit j'aurais d'autres images, j'en suis persuadée.
— Eh bien, vous nous recontacterez quand vous en saurez plus, dit abruptement Thruston en se levant.
Un peu gêné par la sècheresse de son compagnon, Harry se mit plus lentement sur ses deux pieds :
— Merci de nous avoir contactés, dit-il doucement.
Une fois que la porte se fut refermée derrière eux, ils repartirent vers la cheminée la plus proche. Harry dit au brigadier :
— Que pensez-vous de tout ça ?
— J'ai assez rencontré de prétendus devins pour savoir que c'est une erreur d'appuyer une enquête sur leurs divagations.
— Mais comment aurait-elle pu connaître des détails comme la forme du heurtoir ou ce que portait Meghan ? opposa Harry.
— Si elle se trouvait sur place hier, elle a pu voir tout ça de visu et elle en profite pour faire sa petite publicité. Ou bien elle est amie avec une voisine qui lui a tout raconté. La plupart des gens interrogés dans une affaire d'enlèvement en parlent autour d'eux car c'est la chose la plus excitante qui leur soit arrivé depuis des années. Ce n'est donc pas difficile de savoir ce que nous avons dans le dossier et de broder autour. Je ferai quand même une enquête sur elle, car elle peut bien se révéler être une complice du ravisseur et tenter de nous envoyer sur une fausse piste.
Harry ne répondit pas. Le brigadier s'arrêta et se tourna vers Harry :
— Il y a vraiment du vrai dans ce qu'elle a dit de vous ?
— C'était troublant, avoua Harry.
— C'est toujours comme ça avec la divination, lui rétorqua le brigadier. Ils racontent des choses tellement générales qu'on a l'impression qu'on peut l'appliquer à sa propre vie. Le truc des deux âmes, si c'est pour dire que vous portez quelqu'un de disparu dans votre cœur, après une guerre comme on a eue, ça marche avec presque tout le monde.
Avant que Harry ait pu répondre, Thruston reprit :
— Je suis désolé, je n'ai pas à vous parler comme ça.
— Non, c'est bon, assura Harry. On discute de cette affaire, vous exposez vos arguments. Vous avez sans doute raison.
Il y eut un petit silence et le brigadier compléta :
— Mais je ne vous ai pas convaincu.
— C'est peut-être un hasard si j'ai eu l'impression de comprendre de quoi elle parlait, reconnut Harry. Vous ne croyez pas du tout à la divination ? demanda-t-il pour changer de sujet.
— Je sais que ça existe, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui ne soit pas un charlatan, expliqua Thruston.
— On peut être un charlatan et énoncer de vraies prédictions, assura Harry.
— Vraiment ? s'étonna le brigadier.
—Le professeur Trelawney à Poudlard raconte n'importe quoi la plupart du temps mais a plusieurs prédictions avérées à son actif.
— Trelawney ? Eh, je l'ai eue aussi, vous ne me ferez pas croire ça !
— Je vous assure que je sais ce que je dis. Mais je suis le premier à confirmer que, lorsqu'elle est consciente, elle dit vraiment n'importe quoi.
ooOoo
Une fois revenus au Ministère, ils lurent les rapports des agents qui enquêtaient sur les connaissances de la disparue.
Pendant que le brigadier réglait des détails avec une collègue, Harry trouva une excuse pour partir et se rendit dans le service où Hermione travaillait. Elle était en train de lire un volumineux dossier quand il toqua à sa porte.
— Tu as cinq minutes à me consacrer ? lui demanda-t-il en entrant sans son bureau.
— J'ai tout le temps dont tu as besoin, répondit-elle d'un ton chaleureux. Rien de grave, j'espère.
— Juste une question à te poser. La divination est-elle une forme de magie prouvée et attestée ?
Son amie lui jeta un regard surpris.
— Je ne comprends pas très bien le sens de ta question.
— J'ai rencontré une devineresse cet après-midi et elle semble savoir de moi des choses que personne ne devrait connaître. Je voudrais savoir si la divination pourrait vraiment lui permettre de savoir ce qui s'est réellement passé avec le morceau d'âme de Voldemort.
— Que t'a-t-elle dit exactement ?
Harry répéta les paroles exactes de Dione Pennifold et raconta sa propre vision de l'enfant en train d'agoniser, alors qu'il se trouvait lui-même entre la vie et la mort. Hermione l'écouta attentivement et réfléchit un moment.
— Je comprends que ses paroles t'aient frappé, dit-elle finalement, mais cela peut vouloir signifier tellement de choses…
— C'est ce que pense le brigadier Thruston qui était avec moi, admit Harry.
—Tu sais ce que je pensais des cours de Trelawney aussi, continua Hermione. Cependant, on ne peut pas nier que certaines personnes relatent des visions très nettes, d'un sens non équivoque et qui correspondent à des faits que le devin ne pouvait pas savoir.
— Donc elle a pu réellement voir ce qu'elle a vu et dans le sens où je l'ai compris.
— Oui, mais nous n'avons aucun moyen de savoir si c'est le cas ou non.
Elle laissa passer un instant et ajouta :
— Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas le prouver que ce n'est pas vrai.
Harry la regarda avec des yeux ronds :
— C'est toi qui parles, là, Hermione ? T'as vu Luna dernièrement ?
— Disons que j'ai un peu mûri et que j'ai perdu quelques certitudes dans le processus, expliqua son amie d'un ton fataliste.
Harry eut l'impression que cette confession lui faisait perdre à lui aussi certains repères.
— Hermione, ne change pas trop quand même ! la supplia-t-il. Je ne sais pas si je supporterais de te voir te promener avec une queue de moke autour du cou pour te protéger des voleurs de pensées.
— Il me faudra encore quelques décennies pour en arriver là, le rassura son amie en riant. Pour en revenir à ta voyante, est-ce si important de savoir si elle a vraiment vu ton histoire de fragment d'âme ?
— Je n'ai pas spécialement envie qu'elle en apprenne trop sur moi.
— D'après ce que j'ai compris, elle n'a pas réussi à interpréter correctement cette vision, alors ne t'en fais pas pour ça et concentre-toi sur ton enquête.
— Maintenant, la question est de savoir si elle peut nous donner des informations exploitables. Mais après tout, aucun témoin n'est fiable à cent pour cent, se résigna Harry. On va juste perdre du temps à vérifier l'exactitude de tout ce qu'elle a dit.
— Oui, mais cela peut vous donner des pistes.
— J'espère. Merci Hermione, je dois y aller maintenant.
Il alla retrouver Thruston et chercha avec lui si le nom de Dione Pennifold apparaissait dans leurs dossiers. Ils ne trouvèrent rien sur elle. Une requête à Poudlard leur apprit qu'elle avait bien passé ses ASPIC en Divination dix ans auparavant — elle avait eu un O — et que son installation en tant que devineresse était donc parfaitement régulière.
Ils rappelèrent les Wiggleswade pour savoir s'il n'y avait rien de neuf de leur côté, mais ces derniers n'avaient toujours pas reçu de consigne sur la façon de livrer la rançon. Ils veillèrent à ce qu'une autre équipe policier-auror soit sur place pendant la nuit et rentrèrent chez eux.
ooOoo
En arrivant au ministère le lendemain matin, Harry eut la surprise de découvrir Dione Pennifold en pleine conversation avec le sorcier qui contrôlait l'accès aux ascenseurs.
— Je ne peux pas vous laisser monter au bureau des Aurors, affirmait le gardien. Confiez-moi un message et je le leur ferai parvenir. S'ils veulent vous voir, ils me le feront savoir.
— Merci, Monsieur Munch, intervint Harry. La dame peut venir avec moi.
— Je dois prendre sa baguette, Monsieur Potter, indiqua le fonctionnaire avec une voix onctueuse qui agaça fortement l'Auror.
— C'est la procédure, indiqua Harry à la voyante.
Elle s'exécuta et il l'entraîna vers les ascenseurs. C'était l'heure d'arrivée et de nombreux sorciers se pressaient autour d'eux, saluant Harry pour ceux qui avaient eu l'occasion de lui être présentés. Au niveau deux, Harry entraîna son invitée vers le bureau de la police magique, espérant que le brigadier Thruston serait déjà là.
Il l'aperçut à son bureau et s'approcha de lui. Le policier les salua et du regard interrogea Harry sur la présence de la femme. Cette dernière s'en expliqua :
— J'ai fait un autre rêve.
Thruston n'eut pas l'air convaincu mais lui désigna une chaise et prit sa plume pour noter son témoignage.
— J'ai eu deux visions, en fait. Dans la première, il lui apportait à manger. Il montait l'escalier et posait un plateau devant la porte juste en face. Ensuite le plateau disparaissait. A travers la porte, la jeune fille le suppliait de la laisser sortir, mais il est reparti et ça c'est arrêté là.
— Vous pourriez décrire l'homme ? demanda Thruston qui notait.
— Non, car la scène était de son point de vue. Une fois de plus, je n'ai vu que ses mains. Les murs sont blanchis à la chaux, l'escalier en bois et la porte n'a pas de signe particulier.
— Vous voulez dire que vous aviez l'impression d'être cette personne ? demanda Harry se rappelant de son rêve quand Nagini avait attaqué Mr Weasley.
— Non, j'étais consciente de rêver.
— Eh bien, nous voilà bien avancé, grogna le brigadier.
— J'ai eu un second songe, enchaîna la femme. C'était dans une cuisine. Il y avait un hibou qui avait une bourse en cuir attachée à sa patte. Un homme barbu d'une cinquantaine d'années y mettait des gallions. J'ai entendu une horloge sonner un coup puis je me suis réveillée.
— C'est tout ?
— Je sais que cela peut sembler sans importance, mais la signification de ce que je vois apparaît plus tard, la plupart du temps.
Thruston ne répondit pas mais son silence était éloquent. Dione Pennifold se leva et dit :
— Je vous ai dit tout ce que je savais. J'espère vraiment que cela vous aidera. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Je retrouverai mon chemin, merci, indiqua-t-elle à Harry qui s'était galamment levé.
Dès qu'elle eut quitté la pièce, le brigadier jeta sa plume sur le bureau d'un geste agacé :
— Bon sang, mais qu'est-ce qu'elle croyait qu'on allait faire de ses délires ? Y'a vraiment des bonnes femmes siphonnées !
Harry ne répondit pas. Pour lui, toutes les prophéties étaient inintelligibles tant qu'on n'était pas en train de les vivre.
Ils retournèrent chez les Wiggleswade qui étaient dans l'attente d'instructions pour livrer la rançon qu'ils avaient préparée. Owen et son partenaire, Patrick Alderton, étaient venus avec eux, ainsi que l'agent Radford et un policier dont Harry ne saisit pas le nom.
La matinée se traîna, et ce fut presqu'avec soulagement que Mrs Wiggleswade prépara le déjeuner pour tout le monde. Son mari l'aida, sans doute pour s'occuper lui aussi. Les deux époux ne mangèrent pas grand-chose, rongés par l'attente et le manque de sommeil. Harry eut presque honte d'engloutir sa part, mais cela sembla être une satisfaction pour la mère de Meghan de le voir faire honneur à sa cuisine. Owen et Radford échangèrent leur place avec Alderton et l'autre officier de police magique, qui avaient fait le guet dans le jardin toute la matinée, pour que ces derniers puissent se nourrir à leur tour.
Ils étaient en train de terminer quand un hibou tapota à la vitre de la fenêtre de la cuisine. Ils bondirent sur leurs pieds et firent entrer le messager. Harry prit le parchemin qui était attaché à la patte de l'oiseau, aux côtés d'une petite bourse en cuir.
'Mettez l'argent dans la bourse' indiquait le message de façon lapidaire.
— Faites ce qui est écrit, indiqua Harry aux Wiggleswade
Il alla prendre son balai qu'il avait apporté et posé contre un mur et prépara sa baguette tandis qu'Alderton ressortait pour apporter le sien à Owen.
Mr Wiggleswade avait terminé de remplir la bourse avec les pièces d'or et avait noué les cordons de cette dernière à la patte du rapace. Ils fixaient maintenant la chouette qui ne semblait pas pressée de s'envoler. L'horloge sonna un coup.
Les paroles de la voyante résonnèrent dans la tête de Harry : "Mes visions ont toujours une raison".
Il lâcha son balai tout en plongeant sur l'oiseau.
Au moment où sa main se refermait sur le cuir, il ressentit au niveau du nombril le tiraillement familier occasionné par les portoloin. Puis ce fut le choc de l'atterrissage. Sans attendre, avant même de regarder où il se trouvait, Harry lança un Stupéfix en faisant un mouvement circulaire de sa baguette pour élargir son champ d'action puis roula à terre pour se déplacer et échapper à un éventuel sortilège lancé dans sa direction. Du coin de l'œil, il n'avait vu qu'une seule silhouette dans la pièce. Il espéra que cette personne n'ait pas de complice sur place.
Le coin d'un meuble lui rentra dans les côtes. Sans tenir compte de la douleur, il tenta de se repérer tandis que le sifflement des sortilèges ennemis lui signifiait qu'il n'avait pas mis l'occupant des lieux hors de combat.
Il y avait devant lui un escalier qui montait. Il s'y jeta et grimpa les marches jusqu'au tournant qui lui conféra un abri. D'en bas lui parvint le bruit de pas précipités. Il lança un sort vers le rez-de-chaussée pour dissuader son adversaire de monter à son tour.
Du demi-étage où il se trouvait, il regarda le palier du dessus. Selon Dione Pennifold, Meghan se trouvait dans une chambre, juste en face de l'escalier. Il cria :
— Ne restez pas devant la porte !
Il arrosa de sorts les marches menant à l'étage inférieur pour retenir son assaillant en bas puis lança un sort d'Eclatement sur la porte en espérant que la jeune fille avait eu le temps de se mettre à l'abri. Le battant en chêne ne fut que fendu car il avait retenu son coup pour ne pas risquer de blesser l'otage. Il allait reporter un nouvel assaut magique quand des bruits sourds lui indiquèrent que la prisonnière frappait l'huis avec un objet lourd. Il en profita pour s'occuper de tenir éloigné le ravisseur qui tentait toujours de monter. Bientôt le panneau supérieur céda et une jeune fille échevelée s'y glissa pour sortir de sa prison.
Après avoir lancé une nouvelle salve de sorts, Harry grimpa jusqu'au palier et prit Meghan par le coude. Il tenta de transplaner, mais sans y parvenir. Il y avait un sort anti-transplanage sur toute la maison. Harry, qui avait espéré que seule la chambre avait été sécurisée, jura.
La situation s'était dégradée car son adversaire avait profité de l'accalmie pour atteindre le demi-étage. Harry poussa précipitamment Meghan vers une des autres pièces du niveau où ils se trouvaient. Ils accédèrent à une salle de bain. Pendant que Harry verrouillait magiquement la porte derrière eux, la jeune fille se rua sur la fenêtre et l'ouvrit. Quand Harry la rejoignit, il constata que l'ouverture surplombait une terrasse qui occupait la moitié d'un petit jardin. Malheureusement, la maison était surélevée par rapport au terrain et ils se trouvaient à plus de six mètres de hauteur.
Un sort s'abattit sur la porte qui n'allait pas tenir longtemps. Il n'était plus temps de tergiverser. Harry monta sur le rebord de la fenêtre et tendit la main vers Meghan qui la saisit sans hésiter pour se hisser à ses côtés. La porte vola en éclat et un sort les manqua de peu. Harry sauta en entraînant la jeune fille.
En voyant le sol dallé arriver vers eux de façon vertigineuse, Harry tenta désespérément de transplaner.
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04/07/2009 : Oui, je sais, c'est pas sympa de couper là. Mais au moins je suis certaine que vous penserez à moi d'ici samedi prochain.
Les commentaires injurieux sont exceptionnellement acceptés cette semaine ;-)
Cette histoire a commencé par la réflexion 'Ce serait bien d'utiliser la divination dans une enquête...'. Mais, durant la réalisation, l'influence de Medium, l'une des rares séries américaines que je suis, s'est imposée. C'est donc une sorte de crossover HPxMedium. J'espère que cela vous a plu.
(Pour ceux qui ne connaissent pas : Allison DuBois, une mère de trois petites filles, a la faculté de communiquer avec les morts qui lui disent l'avenir et d'avoir des visions sur les gens qu'elle croise. Après avoir tenté d'échapper et d'occulter son don, elle décide de le mettre au service de la justice et travaille avec le procureur de sa ville. Les épisodes commencent toujours par un rêve (généralement nébuleux) et l'affaire se dévoile peu à peu au fur et à mesure que la police enquête et que les songes se précisent.)
On se retrouve la semaine prochaine pour le chapitre 28 : Donner corps à la vision.
A la rentrée, vous pourrez lire les chapitres 29 à 33 qui forment une seule et même intrigue.
Les réponses à commentaires 'anonymes' sont toujours sur le forum : topic/55667/11772449/1/
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