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Salut à tous !
Merci pour toutes vos reviews pour le chapitre précédent. Comme je suis en pleine périodes de partiels, je n'ai pas pris le temps de répondre à tout le monde, mais puisque j'ai passé ma soirée à vous pondre cet OS, je suppose que je ne suis plus à quelques minutes près pour une petite RàR...
Irissia: moi je trouve que ça lui va bien le violoncelle... ^^' quoi qu'il en soit, si, n'hésite pas à proposer des mots, sinon je finirai par ne plus en avoir! ^^
Yume-chan: *bafouille et rougit* alors là, merci infiniment, quelle review adorable ! Je suis vraiment contente que ce que j'écrive te plaise, j'espère que ça continuera !
Eva : c'était pas évident XD mais tu peux en proposer encore des nouveaux si tu veux, ça me fait toujours plaisir ^^
Xechada : c'est le mien aussi, rien que parce qu'il était amusant à écrire xD sinon c'est vrai que le dernier était court... Mais bon après tout, j'avais pas forcément prévu de faire des trucs longs à chaque fois. ^^ Sinon, une dizaine de mots, c'est pas mal :D
Ayu : ToT mais pourquoi bizarre ? moi je trouve ça chouette, Kuro musicien ^^'
Tsuki no Neko : bah, j'avais envie d'exploiter l'idée, donc bon... :D
Gwen : gruuuuh *heureuse* ben contente que la "réécriture" te plaise (même si à la base c'était juste un clin d'oeil xD) et merci, hoho, ça fait ultra plaisir xD
Lewella : c'était pas vraiment une réécriture ^^' sinon bah, j'espère que celui là te plaira plus :3
ValouX-chan : Merci !! :3
Place au prochain OS ! Les mots nous viennent de Zejabel-sama et sont les suivants : chien, bouteille, bonhomme, thé, mug, violet, DVD, manga, ordinateur, pop corn, boîte, argent, écran, laitière, câble, gomme, rouleau. Mis en gras dans le texte comme d'habitude.
Je suis un peu fatiguée avec tous ces partiels alors des fautes ont dû échapper à ma vigilance, pardonnez-moi ^^'
Bonne lecture !
Quand j'étais à la fac, dans l'une des nombreuses universités de Tokyo, je suis sorti avec un mec. C'était la première fois que ça m'arrivait – parce que jusque là, bécoter des gens du même sexe que moi, ça m'avait jamais franchement branché – mais il m'attirait tellement que j'ai quand même plongé à corps perdu dans cette relation. Pour tout dire, c'était un type d'une beauté remarquable – le genre sur lequel les nanas se retournaient dans la rue (et les vieux pervers, aussi). Le genre qu'on voit pas souvent à Tokyo – occidental, avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus. Il sortait tellement de la masse qu'on ne pouvait que l'aimer ou le détester, et moi, je suis tombé sur la première solution – même si je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Ce que je n'ai jamais compris, en revanche, c'est comment lui, parmi les milliers de bruns qui peuplaient le campus de la fac, a choisi de tomber amoureux de moi, en particulier.
On n'était même pas vraiment proches, on se croisait juste en cours, de temps en temps. Il me lançait parfois un regard, je lui rendais, on s'observait pendant deux longues secondes, et ça s'arrêtait là. Au fur et à mesure, c'était presque devenu un jeu, de chercher son regard, de retrouver sa tête blonde qui surnageait parmi la foule de têtes brunes. On se croisait, et on se regardait, en silence. Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette sensation, mais lorsque vous échangez un regard avec quelqu'un – un personne qui vous intéresse particulièrement – pendant deux secondes, elles vous paraissent durer deux siècles. C'était cette sensation bizarre que je voulais ressentir quand je cherchais ses yeux. Bien sûr, c'était seulement un échange de regard basique entre deux élèves qui se croisaient, et je savais bien que c'était mon imagination quand j'avais l'impression qu'il me regardait avec plus d'insistance qu'il ne regardait les autres. C'était sans doute une illusion, mais elle était agréable.
C'est vite devenu une habitude, comme le thé au petit déjeuner ; une journée sans les yeux bleus, et tout paraissait fade et insignifiant. C'était quelque chose qui pimentait le quotidien – et j'en avais bien besoin. Il était un fantasme, une sorte d'idéal (après tout, c'est faux de dire que seules les filles en ont). Du moment que je ne le connaissais pas, je pouvais placer toutes mes espérances en lui, comme d'autres en Dieu.
Je pouvais l'imaginer, lui modeler une personnalité – je pouvais inventer qu'il était français, que lorsqu'il parlait, il y avait un léger accent dans le son de sa voix (douce, évidemment). Malgré le fait qu'il soit dans la même année que moi – puisqu'on allait aux mêmes cours d'anglais et de culture générale – je l'imaginais plus jeune, intelligent. Intéressant. Peut-être qu'il aimait les livres, et qu'il les dévorait continuellement, et que c'était pour ça qu'il était aussi pâle. Peut-être que sa famille était riche, peut-être qu'il était le fils d'un ambassadeur européen, peut-être qu'il n'était là que pour un an.
Je lui inventais des goûts, des hobbies, des passions, des activités. Je lui inventais une vie, en fait, et ça aurait pu continuer indéfiniment. Je n'avais même pas envie d'aller lui parler, persuadé que j'étais que tout ce que je pourrais apprendre de lui ne pourrait que détruire l'illusion. Peut-être qu'il parlait avec un terrible accent d'Osaka. Peut-être qu'il se tapait trois filles à la douzaine, ou qu'il lisait des magazines d'extrême droite avec un sourire satisfait. Peut-être qu'il tapait dans le trafic de drogue.
Je voulais rester dans l'ignorance.
Je ne sais pas pourquoi j'ai éprouvé précisément ce jour là, à cette heure là, le besoin d'aller aux toilettes du troisième étage, alors que je sortais d'un cours au quatrième. Peut-être juste que celles du troisième étaient plus calmes, ou une autre raison idiote. J'ai ouvert la porte, et il était là, me tournant le dos, en train de se sécher les mains après les avoir lavées. Il a récupéré un petit livre de poche qu'il avait posé sur le lavabo, il s'est tourné vers moi, et il m'a remarqué.
Je ne connaissais même pas son nom, à l'époque... Il a levé les yeux vers moi, il s'est arrêté. Son livre lui est tombé des mains, mais il n'a pas esquissé un geste pour le ramasser, et moi, j'ai plongé dans le bleu de son regard. Il était encore plus proche que d'habitude, et je n'avais jamais eu l'occasion de distinguer si précisément la couleur de ses iris, aussi clairs que les lagons des îles du sud qu'on voyait sur les photos de nos livres de géographie.
Je n'arrivais pas à m'en détacher, et il restait les yeux rivés au miens. Puis des pas ont résonné dans le couloir, et le charme a été rompu – je suis revenu à la réalité. Je me suis penché, j'ai ramassé son livre, et je lui ai tendu. Quand il l'a pris, sans un mot, il a effleuré mes doigts, et on a sursauté tous les deux comme si on s'était brûlés. On s'est regardés à nouveau.
Sans que je comprenne comment, l'instant d'après, il était contre le mur et je l'embrassais comme si le monde en dépendait, et son livre était de nouveau tombé, et ses mains glissaient dans mes cheveux tandis que les miennes caressaient ses hanches.
Je n'avais jamais connu un désir aussi intense – à en couper le souffle. J'en avais les mains qui tremblaient, la tête qui tournait, et j'ai vaguement songé que je mourrais si je devais m'arrêter de l'embrasser. Dans le même temps, je priais pour que personne n'ait l'idée saugrenue d'entrer dans les toilettes à cet instant précis.
C'était l'instant le plus extraordinaire que j'avais jamais vécu de toute ma misérable vie. Et quand nos lèvres se sont séparées, le regard qu'on s'est échangé a distendu le temps plus que jamais.
- Je m'appelle Fye, a-t-il soufflé.
Sa voix était légèrement plus grave que celle que j'imaginais... et il n'avait aucun accent, ni français, ni d'Osaka. Mais ça ne me déplaisait pas.
- Moi, c'est Kurogane.
Il a souri, et même si c'était m'accrocher à mes illusions, j'étais persuadé que ce sourire n'aurait jamais pu naître devant un magazine d'extrême droite.
- Enchanté de te connaître, Kurogane.
Sa façon de prononcer mon nom était juste irrésistible.
- Moi aussi, j'ai répondu d'une voix rauque.
Le regard toujours vissé au sien, je me suis penché, et on s'est embrassés à nouveau.
C'est comme ça que j'ai fait connaissance avec Fye D. Flowright.
.oOo.
Il n'était pas celui que j'imaginais, évidemment. Il n'était pas français, mais anglais. Du moins, ses parents l'étaient, mais il vivait au Japon depuis tout petit et n'avait jamais habité ailleurs. Il n'était pas plus jeune que moi non plus – il avait mon âge, et même quelques mois de plus. Il n'avait pas l'air d'avoir plus d'argent que moi – ou alors il cachait bien son jeu – ses parents n'étaient pas ambassadeurs, et il n'était pas ici en cursus Erasmus ou autre, comme je l'avais cru au début.
Il était différent de mon illusion, mais je n'en étais même pas déçu. Au contraire, il était encore mieux que tout ce que j'avais pu penser de lui. Je l'imaginais calme et timide ; c'était loin d'être le cas. Il pouvait être exubérant, il aimait rire, il était sociable, et par dessus tout, il aimait m'affubler de surnoms débiles. Je grognais en disant que ça me dérangeait, mais en vérité, il me fascinait tellement que je ne parvenais pas à me mettre vraiment en colère. Il aimait lire, pas seulement des vieux livres poussiéreux, mais aussi des mangas, des magazines... (mais pas d'extrême droite). Il partageait les mêmes opinions politiques que moi, il était idéaliste et passionné, et j'aimais le regarder prendre part à de farouches débats où, grâce à son esprit brillant, il parvenait à amener les gens à adhérer à son point de vue.
Il aimait cuisiner (des rouleaux de printemps, par exemple), il écoutait le même style de musique que moi – on pouvait en discuter pendant des heures – il aimait aussi les jeux vidéos, son ordinateur, il partageait mon addiction au thé – il avait même sa petite tasse fétiche, un mug violet qu'il faisait tourner dans ses mains en soufflant dessus pour refroidir la boisson – il adorait boire l'alcool directement à la bouteille (ce qui ne lui réussissait pas), et il était capable de me battre lors d'un concours de popcorn, lorsqu'on jouait à savoir qui de nous deux serait capable d'en jeter un en l'air et de l'attraper dans sa bouche le plus de fois d'affilée.
Il était loin de l'être idéal et distant que je m'étais imaginé, mais il était beaucoup plus humain – beaucoup plus attirant.
Ce que j'aimais, surtout, c'était qu'il était curieux de tout, et qu'il voulait toujours connaître le plus de choses possibles. Il possédait déjà une culture folle, mais il avait toujours l'air de dire que ce n'était pas assez. Il m'emmenait au cinéma, et pendant qu'il avait les yeux rivés sur l'écran, moi, je l'observais en cachette. Il louait des DVD sans arrêt, et on les regardait chez lui, dans son petit appartement, installés dans son canapé en tissu vert délavé, et troué par endroit, et il pleurait sur les reportages de chats ou de chiens perdus qui passaient à la télé.
Parfois, il se renfermait sur lui-même, et ces jours-là, il était impossible d'en tirer un mot.
Il avait l'âme d'un enfant, l'intelligence d'un vieillard, et le corps d'un adulte. J'avais l'impression qu'il rayonnait, et il ne se passait pas un seul jour sans que je me demande ce qu'un type aussi incroyable que lui faisait avec un mec aussi banal que moi.
Et pourtant, il m'aimait. Ça se voyait dans son regard quand il m'apercevait au bout d'une rue, et qu'il me faisait des signes, en gesticulant tellement que je faisais semblant de ne pas le reconnaître, et je passais à côté de lui en faisant mine de ne pas l'avoir vu – ça l'agaçait, et il me courait après en criant "Kuro-poooon!!", et il m'attrapait le bras d'un air fâché, et je cachais mon sourire.
C'était visible qu'il m'aimait dans la façon dont il prononçait mon nom quand je faisais l'amour avec lui – mais c'était peut-être juste parce que le sexe avec lui était extraordinaire, à tel point que, la première fois qu'on l'a fait, j'ai eu l'impression que c'était ma première fois tout court. Rien de ce que j'avais vécu jusque là n'était comparable... peut-être que parce que j'étais amoureux de lui.
Il m'aimait, c'était évident, et pourtant, il ne le disait jamais à voix haute. Je pouvais lire dans ses yeux tout l'amour du monde, ou le ressentir dans ses caresses ou dans ses attentions envers moi, mais les mots "je t'aime" ne sont jamais sortis de sa bouche. La seule chose qu'il m'ait dite en guise de mots d'amour, c'était alors qu'on se rappelait de la façon dont on s'était embrassés dans les toilettes. On aimait bien en parler.
- C'est mon souvenir le plus intense, je lui avais dit.
- Le mien aussi... Ça, et la fois où on a fait l'amour pour la première fois, avait-il ajouté avec un sourire mutin.
J'avais esquissé un sourire, avant de reprendre :
- Je crois que si j'avais été capable de réfléchir avant de t'embrasser, je ne l'aurais pas fait. J'aurais eu peur de te choquer.
- Me choquer ?
Il avait souri, de son sourire si rayonnant.
- Il en faut beaucoup pour me choquer.
- Ou alors, te fâcher.
- Me fâcher parce que tu m'aurais embrassé ?
- Oui.
- Mais Kuro-chan... je n'allais pas me fâcher. J'étais fou amoureux de toi depuis la première fois que j'avais croisé ton regard.
Il ne m'a plus jamais dit une phrase semblable – sans doute a-t-il estimé qu'elle valait bien assez pour les années à venir. C'était le cas, d'ailleurs. Ça m'avait tellement surpris, sur le coup, que j'avais lâché le yaourt en verre de la Laitière que je tenais dans la main, et il s'était fracassé sur le sol. Fye avait du comprendre que c'était ma réaction par rapport à sa déclaration, parce qu'il s'était mis à rougir et il s'était penché pour ramasser les morceaux en évitant mon regard, embarrassé – et il s'était coupé et je l'avais soigné, et il avait soigneusement profité de l'occasion pour changer le sujet, mais la phrase avait continué de tourbillonner dans ma tête. Il était fou amoureux de moi, depuis le début. Ce n'était donc pas juste une illusion de ma part de croire que son regard était plus insistant lorsqu'il s'adressait à moi plutôt qu'aux autres...
Il m'aimait.
.oOo.
C'était une période heureuse. Ce n'était pas mon genre de le montrer sur mon visage – moi j'étais plutôt du genre bougon, à râler et à grogner pour un rien, même quand j'étais content – mais de toute façon, Fye le faisait pour moi, à toujours rire et sourire. Il était la seule personne au monde capable de m'influencer, et je me suis déjà retrouvé à faire un bonhomme de neige avec lui sur le campus de la fac, sous les yeux ahuris de plusieurs centaines d'étudiants...
Je l'aimais, tellement d'ailleurs que ce n'était pas possible de le mettre en mots. Quand je revenais sur le passé, je me rendais compte à quel point ma vie, si colorée depuis qu'il y avait fait son entrée fracassante, était d'un gris terne auparavant. Il ne le savait pas, évidemment, et j'aurais trouvé bien trop embarrassant de lui dire.
A la sortie de la fac, je suis entré dans une boîte en informatique, et lui a commencé à bosser dans une agence de voyage, où sa capacité à parler plusieurs langues et sa manière de persuader les gens étaient des qualités appréciées. On vivait ensemble, bien sûr – on n'aurait pas pu supporter de ne plus se voir – et il me racontait les anecdotes de son travail, et je lui racontais les miennes, et qui s'était pris les pieds dans un câble qui traînait et avait envoyé du café sur la veste du directeur, et qui s'était évanoui sous le stress à tel point qu'on avait été obligé d'appeler une ambulance, et qui avait décroché un job dans la boîte et s'était pointé lors de son premier jour de boulot en chaussons...
Il aimait son travail, aussi, et il commençait à développer une nouvelle passion, celle des pays étrangers. Il était particulièrement attiré par l'Angleterre, d'où ses parents étaient originaires, et ce fut seulement à ce moment là que j'appris sa situation familiale – il n'avait jamais voulu en parler jusque là.
Il n'avait jamais connu ses parents. Toute la famille, son père, sa mère, lui et son frère jumeau avaient migré au Japon quand il était petit, mais ils avaient eu un accident mortel en voiture peu de temps après, et il était si petit à l'époque, qu'il ne se souvenait même pas de leur visage.
- Tu as un frère jumeau ?
La nouvelle était de taille. Quatre ans passés avec lui, et j'ignorais une information si capitale.
- Oui, un frère jumeau... Yui.
Je n'ai pas obtenu d'autre réponse, et il a continué son histoire ; comment lui et Yui avaient été placés en orphelinat, puis adoptés par deux familles différentes, et séparés. Comment sa famille d'accueil l'avait incité à faire des études, comment il avait débarqué dans cette fac, et comment il m'y avait croisé.
Et là, il s'intéressait à l'Angleterre, son pays natal, dont il ne connaissait rien. Quant à son frère, je m'étais vite rendu compte que c'était comme un sujet tabou, et j'évitais d'en parler le plus possible. La blessure qu'il devait avoir ressenti à être séparé de lui ne devait sans doute pas s'être refermée. Pourtant, il ne le montrait pas, mais après tout ce temps passé avec lui, j'avais appris à me rendre compte que ses sourires n'étaient pas toujours sincères, et qu'il s'en servait parfois pour cacher une crise de mélancolie.
Et plus le temps passait, et plus ce genre de sourire-armure apparaissait souvent.
L'Angleterre est devenue une obsession pour lui. Il m'en parlait sans cesse, du matin au soir et du soir au matin, à table, pendant le film qu'on regardait à la télé, ou lorsqu'il s'apprêtait à s'endormir dans mes bras.
- Kuro-pon... j'aimerais bien y aller, un jour...
Et il y est allé.
Quand je me suis levé un matin, il n'était pas dans mes bras. Alors qu'il s'y était endormi la veille après qu'on ait fait l'amour. C'était tellement inhabituel que j'ai aussitôt su qu'il n'était pas simplement parti acheter du thé à la supérette d'en bas. Je me suis levé, et sur la table, il y avait un crayon de bois, une gomme, et un petit mot, rédigé de son écriture fine et élégante.
Kuro-rin,
Je pars en Angleterre, et je ne sais pas quand je reviendrai.
Mais je reviendrai, alors porte-toi bien jusque là.
Je t'aime...
Fye.
J'aurais pu croire que ce n'était qu'une blague, mais il y avait le "je t'aime", et j'ai aussitôt su que s'il avait mis cette expression dans sa lettre, c'était que je n'étais pas prêt de le revoir.
J'aurais dû m'y attendre, à vrai dire, après son obsession des mois précédents, mais ce n'était pas le cas. Et pour moi qui n'avais rien vu venir – pourquoi je n'avais pas fait plus attention ? – le choc a été terrible. J'en ai crié, et j'en ai vomi, et j'en ai brisé les murs. J'en ai même pleuré.
Mais il n'est pas revenu.
Et ça fait six ans qu'il est parti, et six ans que je n'ai pas eu une seule nouvelle de lui.
J'ai arrêté d'espérer.
Il a dû peut-être trouver son frère, et tomber amoureux de quelqu'un, et refaire sa vie avec cette personne. Et si j'étais sensé, je ferais la même chose. Je sais bien que coucher avec le premier blond aux yeux bleus venu ne m'aidera pas à remonter la pente. Aucun d'entre eux ne peut me faire sortir du gouffre où je suis tombé. Je me suis brisé le cœur dans la chute et je n'arrive pas le recoller.
Alors je sursaute dès qu'une chevelure claire passe devant mon champ de vision. L'habituelle contraction de l'estomac, et l'habituelle déception quand je remarque que ce n'est pas lui – même si je sais parfaitement bien que c'est impossible.
Tout ce que cette rupture brutale m'a appris, c'est qu'il était illusoire d'espérer le connaître à fond. Il était aussi insaisissable qu'un courant d'air...
Et je ne m'en suis même pas rendu compte.
J'ai changé d'appartement – le propriétaire n'avait pas apprécié que je lui pète ses murs. J'ai été muté à un plus haut poste dans une autre boîte. Mes numéros de téléphone ont changé.
J'aurais voulu tout garder, ne jamais partir de chez moi, comme ces mères dont les enfants fuguent et qui espèrent toujours qu'il reviendra un jour. J'aurais voulu rester, et ne rien changer, pour qu'il puisse revenir et retrouver l'ambiance feutrée de notre vie à deux, comme s'il était simplement parti faire les courses... de très longues courses.
Mais il a fallu que j'accepte tout sans broncher, et que je coupe ainsi les derniers liens ténus qui me liaient à lui.
Six ans.
Six longues années, durant lequel le monde est mort à mes yeux.
Six ans où j'ai été incapable de mettre fin au supplice, enchaîné par les mots "je reviendrai"... Mais il n'est pas revenu, et je ne sais toujours pas quoi faire. Les jours continuent à se suivre et à se ressembler, la pluie tombe toujours sur les mêmes toits, et j'ai oublié les différentes nuances de bleu dans ses yeux.
C'est peut-être mieux comme ça. Petit à petit, j'oublierai, je ne me souviendrai même plus de son visage, ni du son de sa voix, et tout s'enfoncera doucement dans le néant. Et je vivrai cette vie incolore jusqu'à ce que mon temps soit fait. Ce n'est pas une solution qui m'attire, mais c'est la seule qui me soit accessible.
Peut-être que je finirai par me perdre dans le train-train de la vie quotidienne ; comme d'habitude, me lever le matin, vérifier s'il n'y a pas de message de lui sur le répondeur – six ans que je fais ce geste tous les jours, même après avoir changé de téléphone – constater qu'il n'y en a pas, boire mon café – je ne peux plus boire de thé, à présent – aller me doucher, m'habiller, aller au boulot et créer des programmes informatiques pendant toute la journée, faire un saut par la piscine à la fin du boulot – pour évacuer mon stress – et revenir chez moi après une longue journée.
Vérifier si personne n'attend devant la porte...
Il pleut à verse, mais j'ai pris la précaution d'emporter un parapluie ce matin avant de partir.
Lui, visiblement, n'a pas eu cette idée. Mais ça n'a pas l'air de déranger.
- Kuro...
Debout contre ma porte, trempé, il me fixe. Je me suis figé à quelques pas de lui, parfaitement immobile, quand à l'intérieur de mon cerveau, c'est un beau bordel.
Il n'a pas changé. Son visage s'est juste un peu aminci, et lui donne un air plus adulte. Ses cheveux sont un peu plus longs. Il s'approche de moi, d'un pas encore plus silencieux qu'auparavant, encore plus léger, et murmure:
- Je suis rentré.
Je devrais me mettre en colère, lui hurler qu'il faut qu'il arrête de me prendre pour un con, mais tout ce que je réussis à faire, c'est hocher la tête, et il m'embrasse, et mes bras se referment autour de lui. Il lâche mes lèvres, doucement, et il me regarde en silence, et je n'arrive pas à le quitter des yeux.
Je vous ai déjà dit comme deux secondes paraissent parfois durer deux siècles ?
.oOo. FIN .oOo.
Voilà pour cet OS, j'espère qu'il vous a plu.
N'hésitez pas à me donner de nouveaux mots !! Vous êtes mon inspiration !
See you soon !
Sana.