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Enfin la fin de la journée. Naruto en avait marre : il s’était pris un coup de la part de Tayuya, Sasuke s’était foutu de sa gueule, il avait sauté le déjeuner et découvert par la même occasion que Hinata était en mauvaise posture à cause d’Iruka-sensei et de Kakashi-sensei. Le cours de sport de l’après-midi fut une véritable épreuve : Gai-sensei avait beau tenter de faire travailler tous ces jeunes gens en équipe, il y avait trop de fortes têtes pour que tout se passât bien. Résultat : Chouji, Kiba, Gaara et Naruto avaient fini avec quelques bleus et égratignures. Rien de bien méchant selon Shizune-sensei, l’infirmière de garde ce jeudi-là, mais Naruto commençait à en avoir ras la casquette de ressembler à un boxer sortant du ring.
L’idée de rentrer chez Sasori ne l’enchantait pas non plus : le travesti était étrangement de bonne humeur depuis que Naruto sortait avec Sakura, soit approximativement deux jours. Naruto s’était attendu à des regards noirs sur regards noirs accompagnés de remarques désagréables, voire de coups bas, mais non, Sasori était gentil, souriait, blaguait et ne pipait mot à propos de la petite amie. Naruto prévoyait une attaque surprise de la part de Sasori à tout moment et avait consciencieusement gardé un œil sur lui pendant les deux heures de sport (il n’avait pas envie de se recevoir un autre coup de coude, merci bien).
Pour parfaire le tableau, il ne restait à Naruto plus qu’une journée pour récupérer son uniforme que Sasuke avait toujours. Du moins le supposait-il. Peut-être Sasuke le gardait-il chez lui, sous clé, ou bien l’avait-il brûlé ? Dans ce cas, il ne pourrait rien faire sinon subir le courroux de Deidara. Aussi était-il arrivé à la conclusion suivante : il devait juste faire ce que Sasuke lui avait fait, c’est-à-dire lui voler son uniforme, et tant pis si ce n’était pas le bon. De toute façon, Naruto avait déjà prévu de commander de nouveaux vêtements à l’école, histoire d’avoir quelques uniformes d’avance, au cas où.
Sasori et Naruto étaient en compagnie du reste du Bang Bang Club, à mi-pente sur le chemin du retour, lorsque Sakura arriva derrière eux en courant. Deidara et les autres ne dirent rien, laissant simplement Naruto seul avec la jeune fille.
« Je sais que c’est un peu soudain, déclara Sakura, mais tu ne veux pas passer la nuit chez moi ? »
Naruto rougit. Qu’est-ce que c’était que cette invitation ? Ils avaient fait l’amour la veille, à l’infirmerie, et Sakura voulait remettre ça ce soir ? Chez elle, en plus ! Naruto ne se sentait pas prêt à remettre ça. D’accord, il était adolescent, endurant et tout ce que Sakura voulait mais c’était une question de principe : il n’avait pas l’intention de lui sauter dessus n’importe quand. Il n’était pas comme Sasuke. Il ne se servirait pas de Sakura !
« Je crois pas que ce soit une bonne idée, dit-il précipitamment. J’veux dire, tu me plais et tout ça, là n’est pas la question, mais je veux pas...
- De quoi parles-tu ? s’étonna Sakura.
- Eh bien de... trucs... comme hier...
- Non, répliqua simplement la jeune fille. Je te demande un service.
- Ça me rassure, souffla Naruto, parce que j’avais pas du tout envie de... Euh, donc, quel service ?
- Passe simplement la nuit chez moi.
- Pourquoi ?
- Sans raison particulière, sourit Sakura. »
Comprenant que Sakura ne lui dirait pas pourquoi, Naruto hésita un peu à accepter. Il n’avait pas dormi la nuit dernière puisque le Bang Bang Club l’avait traîné aux arcades et au karaoké malgré son petit passage aux urgences et il était vraiment fatigué. Devoir faire le garçon poli devant les parents de Sakura ne l’enchantait pas, il préférait se vautrer avec Sasori devant la télé et envoyer au diable la bienséance. Naruto se tourna vers le bas de la colline et vit que les cinq garçons ne se préoccupaient pas du tout de lui. Il était évident qu’ils partaient du principe que Naruto devait se démerder tout seul sur ce coup. Il finit par accepter.
La famille Haruno habitait un charmant pavillon à la sortie ouest de la ville, de style occidental, avec un petit jardin bien propret. La mère de Sakura fut surprise de la visite impromptue de Naruto qui s’excusa plus que de raison. Quelque chose lui disait, dans l’attitude de cette femme, qu’elle devait également appartenir à la caste des ninja. Sasori lui avait pourtant dit que les Haruno n’avaient pas étudié dans leur école mais ça ne les empêchait pas d’avoir étudié ailleurs. Naruto déglutit difficilement en pensant qu’il pouvait exister d’autres écoles de ce genre bien particulier. Combien d’assassins avait-il croisé dans les rues de Tokyo sans le savoir ? Il préféra se concentrer sur le problème du moment : répondre aux questions de Hana, la mère de Sakura.
Elle n’avait que la trentaine et paraissait encore moins. Au premier coup d'œil, Naruto avait pensé que c’était la grande sœur de Sakura. Ses cheveux étaient noirs, tout comme ses yeux mais Naruto remarqua vite qu’elle portait des lentilles colorées. Ses cheveux étaient-ils teints ? Hana avait des gestes précis et nets, elle connaissait parfaitement son environnement. Mieux : elle le dominait. Naruto sentait très nettement qu’il ne devait pas bouger du canapé jusqu’à ce qu’elle lui en donne la permission.
Heureusement, Sakura l’entraîna dans sa chambre, à l’étage. La pièce était assez spacieuse, bien éclairée, soigneusement agencée : l’idéal pour une jeune fille. Naruto fut tout de même étonné de voir des posters d’idoles éphémères que les médias produisaient à la chaîne. Il y avait quelques plantes discrètes, une petite étagère à parfums, une bibliothèque soigneusement rangée à côté du bureau, en face d’un lit cotonneux. Une parfaite chambre de fille, s’étonna à nouveau Naruto.
Sakura partit se changer en laissant Naruto s’installer à une petite table basse blanche pour faire les devoirs qui lui étaient tombés dessus comme la grêle d’un orage d’été. Elle revint vêtue d’un chemisier blanc et d’une jupe plus classique, beige. En dehors de ses cheveux roses, Sakura paraissait être une fille normale. Naruto avait du mal à se faire à cette image virginale. Après tout, il avait vu Sakura se battre lors de son premier jour dans ce lycée de fous et elle lui avait fait comprendre qu’elle était parfaitement capable de se défendre en cas de problème.
Alors pourquoi s’intéressait-elle à lui ? Il était inconcevable pour Naruto qu’il puisse mettre Sasuke en déroute ou simplement le tenir à distance de ses mauvaises intentions concernant Sakura. Et puis, à bien y réfléchir, n’avait-elle pas pris trop facilement la mouche, mercredi matin ? Tout ça pour une histoire de poitrine alors qu’Ino la traitait de tous les noms habituellement, ça paraissait louche, même aux yeux de Naruto.
Il était plus occupé par ses réflexions que par son devoir d’anglais lorsque son téléphone portable sonna. Naruto décrocha par automatisme, sans même regarder le numéro affiché sur l’écran.
« Bonsoir mon ange !
- Maman ! »
Enfin une voix amicale ! Naruto en eut pleuré de joie s’il avait été seul mais il se retint du mieux qu’il put. S’excusant auprès de Sakura, Naruto alla dans le couloir avant de poursuivre.
« Comment vas-tu ? demanda-t-il. Tu es sortie de l’hôpital ?
- L’hôpi... Ah, oui ! Tout le monde s’est affolé pour pas grand chose, rassure-toi. Je vais rentrer demain, avec ton père. »
Ça, c’était une très bonne nouvelle. Naruto se sentit revivre en entendant ces mots. Demain, il retrouverait sa petite maman adorée qu’il n’avait pas vue depuis un mois, son chez lui, son lit, son chat et ce serait en plus les vacances. Rien au monde ne pouvait être plus merveilleux que la promesse de ce lendemain béni.
« Je devrais passer prendre mes affaires chez Sasori après les cours, prévint Naruto, alors j’arriverai certainement après vous.
- Chez Sasori ? s’étonna sa mère.
- Oui, y’a eu quelques imprévus...
- Et ton chat ?
- L’un de mes senpai est passé le nourrir cette semaine, ne t’inquiète pas.
- C’est une drôle d’histoire, tout de même... Enfin, l’important est d’être ensemble demain soir ! J’ai hâte !
- Moi aussi, souffla Naruto. »
Après d’ultimes recommandations, Kushina raccrocha, laissant Naruto un peu triste, dans son couloir. Alors qu’il s’apprêtait à frapper à la porte de Sakura, il entendit celle de l’entrée s’ouvrir et deux voix d’homme annoncer qu’ils étaient arrivés. Naruto frémit en reconnaissant celle qui s’excusait à présent d’être venu sans prévenir : c’était Sasuke.
Pas de raison particulière, hein ? pensa Naruto en entrant dans la chambre.
« Sakura, ton père est rentré. Je descends me présenter.
- Je t’accompagne. »
Naruto ne remarqua aucune réaction de surprise chez Sakura lorsque son regard croisa celui de Sasuke. Par contre, Sasuke n’appréciait visiblement pas l’intrusion de Naruto sur son territoire.
Le père de Sakura ressemblait à tous les salarymen que Naruto avait croisés : pas bien grand, le dos un peu voûté par sa longue carrière, des lunettes pour arranger ses yeux fatigués et l’air un peu perdu dans son costume bon marché. Il ne dit rien sur la présence de Naruto, contrairement à Hana qui semblait beaucoup plus heureuse d’accueillir Sasuke.
Le huis-clos dans le salon aurait pu être comique. Sur un gros coussin, Sakura buvait tranquillement une tasse de thé en bout de table. A sa droite, Naruto jouait les petits garçons polis tout en répondant aux questions du paternel, sur le canapé en face. A sa gauche, Sasuke guettait la moindre occasion pour être désagréable envers son remplaçant. Hana surveillait le tout de loin, préparant en même temps le dîner.
Chacun était hypocrite et savait que les autres jouaient les mêmes cartes mais personne n’en toucha mot. Naruto ne se trouva pas trop mauvais dans le rôle de l’adolescent lambda qui ignore tout de la caste dans laquelle il a été catapulté. Il mentait rarement à ses parents et jamais à ses camarades de classe - enfin, ex-camarades de classe - aussi n’avait-il jamais imaginé qu’il puisse être si facile de faire semblant d’être idiot.
Après une bonne heure d’interrogatoire, Naruto eut le droit de souffler, le père de Sakura voulant prendre son bain avant le dîner. La jeune fille alla dresser la table, laissant Naruto et Sasuke en tête à tête au salon.
Sasuke s’affala dans le canapé, prenant ses aises. Il n’y avait aucun doute possible : Sasuke se considérait chez lui. Naruto se gratta la joue avant de se décontracter à son tour. Ils n’étaient pas à l’école alors autant faire comme si de rien n’était.
« J’ai appris que t’avais fait un tour à l’hôpital, hier, lâcha Sasuke avec désinvolture. Il faut dire que ta chute dans les escaliers était assez spectaculaire.
- N’est-ce pas ? rajouta Naruto avec un sourire forcé. Ça m’apprendra à vouloir embrasser Sakura sans être sur le même pallier.
- Si tu n’étais pas aussi contrarié verticalement, ç’aurait été possible.
- J’aurais détesté ressembler à une grande asperge desséchée de toute façon.
- C’est toujours mieux que d’avoir ta tronche de concombre mariné.
- Je préfère être un concombre : c’est un fantasme féminin plus courant que l’asperge. »
Sasuke fronça les sourcils et s’apprêtait à répliquer lorsque Sakura les interrompit.
« Maman demande si tu restes dormir, Sasuke-kun.
- Si je ne dérange pas, sourit-il en basculant la tête en arrière.
- Tu ne déranges jamais, répondit Hana depuis la cuisine. Naruto-kun, tu devrais rentrer chez toi, tes parents vont s’inquiéter.
- Je t’ai dit qu’il restait pour la nuit, répliqua Sakura.
- Alors qu’il téléphone au moins pour prévenir ! »
Naruto concéda le point à la mère de Sakura, bien qu’il fût idiot de rappeler ses parents maintenant pour leur dire qu’il découchait, chez une fille qui plus est. Cependant, Naruto se leva et sortit dans le jardin pour téléphoner. Sasori avait enregistré son numéro dans le portable de Naruto durant la semaine aussi n’eut-il pas besoin de le demander à la déléguée de classe (ç’aurait pu être amusant, cela dit). Sasori ne décrocha qu’à la troisième tentative d’appel.
« Les répondeurs, c’est pas pour les chiens, grogna-t-il en coupant une musique d’arrière-plan.
- Bonsoir maman, répondit Naruto en espérant que Sasori comprenne sa situation. Désolé de t’appeler que maintenant pour te prévenir mais je vais rester chez Haruno-san ce soir.
- J’suis au courant, crétin.
- Non ça ne dérange pas. Et puis un autre garçon de ma classe est aussi venu. Comme Haruno-san et Uchiha-san sont de bons élèves, j’vais en profiter pour leur demander de m’expliquer deux-trois trucs que j’ai pas compris en maths.
- Uchiha ? répéta Sasori pas du tout étonné. L’occasion est trop belle pour toi ! T’as de la chance : baiser à trois à ton âge, y’a pas grand monde qui peut s’en vanter.
- C’est une chance, en effet... »
Naruto entendit le rire léger et clair de Sasori, celui qu’il avait lorsqu’il ne se forçait pas. Même si la blague était de mauvais goût, ça lui fit plaisir. Un autre rire fit écho à celui de Sasori, un rire que Naruto n’avait jamais entendu, un rire de fille. Le son fut étouffé quelques instants avant que le travesti ne reprenne.
« T’as besoin d’aide ?
- Pour ?
- Pour boucler ton épreuve. T’as qu’un mot à dire et j’arrive.
- J’vais me débrouiller, assura Naruto. Bon, j’te laisse, t’as l’air occupé.
- C’est qu’une meuf, répondit Sasori sur un ton agacé.
- A demain. »
Sasori raccrocha sans un mot. Naruto était un peu étonné de la situation. Il n’avait jamais imaginé que Sasori puisse avoir une petite amie ou quoi que ce soit d’approchant. Après tout, il n’arrêtait pas de l’asticoter et lui avait plus ou moins fait des avances (plutôt plus que moins, d’ailleurs). Était-il volage ou aimait-il simplement séduire ? Naruto fut un peu plus convaincu que le comportement de Sasori envers lui n’était qu’un jeu, rien de plus, et ça le rassurait.
Ils passèrent à table quelques minutes plus tard. Au menu : grillades. Il y avait trois beaux plats de viandes et une multitude de légumes dispersés sur la table. Sasuke s’excusa encore de s’être incrusté et recommanda à Hana de ne pas en faire autant pour lui. Naruto trouvait son attitude assez déplaisante mais il se contenta de remercier pour le repas et, pour ne pas gêner, mangea plus de légumes que de viandes, bien que Sakura eût garni son assiette de fines lamelles appétissantes. On parla peu ou presque pas au dîner.
Hana proposa à Sasuke de prendre son bain tout de suite après le repas et Sakura pressa Naruto d’y aller en même temps sous prétexte qu’ils n’allaient pas y passer la nuit, qu’ils avaient encore des devoirs à faire et que ça ne les gênerait pas, entre garçons. Naruto n’était pas tout à fait de cet avis mais ne chercha pas à contredire Sakura non plus.
Se retrouver enfermé dans une petite salle de bain avec l’ex-petit ami de votre actuelle petite-amie, qui vous en veut pour des raisons obscures qui ne regardent que lui et qui vous a tabassé pas plus tard qu’hier peut être anxiogène, surtout si vous avez pour objectif de lui jouer un sale tour. C’était une occasion parfaite : Naruto n’avait qu’à sortir du bain avant Sasuke, se sécher et partir en courant avec son butin sous le bras, mais il savait que les répercutions seraient terribles. Même si Sakura semblait fatiguée de son chef de clan, Naruto savait qu’elle n’abandonnerait pas le clan des Tengu. Sasuke et Sakura feraient immédiatement le lien avec le Bang Bang Club et la couverture de Naruto stipulant qu’il n’avait officiellement intégré aucun clan serait aussi grillée qu’une kogaru aux UV. De plus, agir de la sorte chez la jeune fille, en présence de ses parents, lui semblait particulièrement mal élevé et incongru. Certes, il avait une épreuve à passer mais Sasori lui avait donné l’ordre implicite de faire celui qui n’était au courant de rien, ce qui impliquait que Naruto devait rester dans son rôle de gentil garçon poli, bien élevé et à mille lieues d’imaginer qu’il puisse encore exister des ninja à son époque.
Naruto sortit de la salle de bain, bêtement heureux d’avoir passé dix minutes avec Sasuke sans qu’il ne soit rien arrivé ; ni discussion, ni coup quelconque. Ne pas agir dans ces situations offertes était la bonne solution, avait-il finalement jugé. Toute cette histoire de petite-amie et d’invitation lui paraissait louche. Ça le rassurait cependant sur un point : sa réputation d’idiot était assurée si on lui tendait un piège aussi grotesque. Il serait tranquille jusqu’à son affiliation officielle avec le Bang Bang Club. Là, tous les élèves comprendraient qu’il s’était bien foutu de leur gueule. Naruto se jura d’améliorer son temps au quatre cents mètres haie pendant les vacances car, à la rentrée, il aurait quelques ennemis supplémentaires.
Naruto se débrouilla pour ne pas regarder Sasuke ni lui adresser la parole pendant le bain interminable de Sakura. Il se plongea dans son devoir d’anglais, matière où il avait de bons résultats lorsqu’il avait le temps de travailler, ignorant Sasuke qui s’était installé confortablement sur le lit, feuilletant un magazine trouvé dans la chambre. Naruto ne trouvait même pas drôle de voir Sasuke lire une revue pour midinette.
Il était près de minuit lorsqu’ils décidèrent enfin de se coucher. Naruto n’en pouvait plus : encore un peu et il atteindrait les quarante-huit heures sans sommeil, un record pour lui. Il aurait pu dormir sur l’épais tapis de sol, ça ne l’aurait absolument pas dérangé, mais Sakura insista pour qu’il s’installât avec elle sous le drap de lin blanchi. Elle se recula jusqu’au mur, laissant de la place à Naruto qui s’excusa du dérangement. Il trouva la formule incongrue dans un moment pareil et se dit qu’il était trop fatigué pour réfléchir correctement. Autrement dit, il était dans de beaux draps puisqu’il était une cible parfaite à cet instant.
« Pousse-toi. »
Naruto regarda Sasuke qui le regardait de haut, en caleçon et T-shirt noirs. Ils allaient dormir à trois dans le lit ?! Naruto n’en revenait pas. Il n’avait pas envie de faire la sardine ! Il n’en dormirait certainement pas de la nuit et serait dans un état de décrépitude avancée pour son dernier jour de cours.
Lorsque Sasuke se fut installé derrière son dos, Naruto n’eut plus du tout envie de dormir et sa fatigue s’échappa également. Ses méninges se remirent à fonctionner. C’était en fait parfait pour Sasuke. Il était au courant pour le bizutage du Bang Bang Club et devait se douter de la dernière épreuve. En gardant Naruto si près de lui et dans un tel état jusqu’aux vacances, il n’y avait aucun doute possible pour Sasuke : Naruto raterait son épreuve et il ne ferait partie d’aucun clan d'ici la rentrée. Il deviendrait donc une proie facile qui ne pourrait se rebeller contre l’ordre établi. Naruto voyait déjà son avenir en tant que paria de la classe : ses affaires seraient malmenées, on jetterait son bentou par terre, on ne lui adresserait la parole que pour lui donner des ordres et on se débrouillerait pour le pousser à la faute.
Ça s’appelait de l’ijime et c’était un phénomène relativement étendu parmi les étudiants japonais. Naruto avait le contact facile et il était assez gentil pour que tout le monde l’apprécie dans la classe mais il avait vu des élèves maltraités de la sorte dans son précédent lycée. Ça ne s’était pas passé dans sa classe et beaucoup de ses camarades pensaient que la victime avait dû s’attirer les foudres du reste de sa classe aussi était-ce normal qu’elle se fasse rabrouer. Naruto avait eu de la peine pour ce garçon du club d’athlétisme. Toujours seul, fuyant le regard des autres, il avait fini par ne plus venir à l’école. Naruto avait entendu dire qu’il s’était cloîtré dans sa chambre et qu’il refusait d’en sortir ou bien qu’il s’était suicidé mais ce n’était que des ragots. Du moins, il l’espérait.
Naruto inspira profondément pour calmer ses angoisses. L’odeur de vanille du shampooing de Sakura lui monta à la tête mais il ne pouvait pas changer de position : Sasuke était allongé sur le dos derrière lui, ne laissant pas la place aux deux autres pour faire de même. Naruto se contentait de son côté droit de plus en plus engourdi. Il aurait aimé enlever son bras de sous son bout d’oreiller et étendre ses jambes mais il allait gêner Sakura, endormie tout contre lui, et Sasuke.
Il devait agir. Il devait retourner le plan des Tengu contre eux, même s’il allait se mettre toute l’école à dos. Au moins, il ferait partie officiellement du Bang Bang Club et il aurait droit au soutien des autres membres du Club. Naruto était sûr que Deidara et Sasori se feraient une joie de tabasser Sasuke dès que l’occasion se présenterait. La situation serait plus délicate par rapport à Neji car le Club et Zhu Que ne se cherchaient habituellement pas des noises mais il y aurait toujours moyen de moyenner. Naruto agirait cette nuit puisqu’on lui en donnait la possibilité.
« Où tu vas ? »
La voix de Sasuke était étrangement calme et plate alors que Naruto s’extirpait du lit. Il doit penser que j’ai la trouille d’agir, se dit Naruto en descendant sur le tapis.
« Toilettes, souffla-t-il.
- Qu’est-ce que tu cherches ?
- Mon portable, pour faire de la lumière. J’vais pas allumer toute la maison ! »
Sasuke n’eut pas l’air de le soupçonner et Naruto sut qu’il devait faire vite. S’il restait trop longtemps absent de la chambre, ça paraîtrait bizarre. Descendant les escaliers en essayant de ne pas faire de bruit, il chercha le numéro de Sasori dans le répertoire en priant pour qu’il réponde du premier coup. Sasori décrocha à la deuxième sonnerie alors que Naruto traversait le salon.
« Oua...
- Chez Sakura, coupa Naruto, avec tout le Club, dans une demi-heure, c’est possible ? »
Il y eut un petit silence, le genre de temps de réflexion que Sasori prenait parfois. Naruto se glissa dans la salle de bain en écoutant attentivement les bruits de la maison pour éventuellement repérer s’il était suivi.
« C’est ton épreuve, déclara finalement Sasori.
- Tu as dit que tu m’aiderais, rappela sèchement Naruto. Et il s’agit de Sasuke ! Deidara ne sera pas contre lui mettre une raclée, vrai ?
- Vrai mais... C’est quoi ce bruit ?
- Je suis aux toilettes...
- Ah, t’es dégueulasse ! On pisse pas pendant qu’on téléphone !
- C’est mon alibi, s’excusa Naruto.
- Bon, j’vais voir ce que je peux faire mais prépare-toi à te démerder seul. Rameuter Suigetsu et Sai ne devrait pas poser de problème, Kankurou viendra si Deidara en donne l’ordre mais il faut convaincre Deidara de se bouger à cette heure-ci.
- Dis-lui que je suis prêt à faire n’importe quoi en contrepartie, murmura Naruto d’un ton décidé.
- Tu risques de le regretter, l’avertit Sasori.
- C’est ça ou je me fais exploser par Uchiha jusqu’à la fin de l’année. Tu crois que j’ai le choix ? »
Un autre petit silence.
« Oublie pas de te laver les mains, gros dégueulasse. »
Naruto fit la moue en raccrochant et alla se laver les mains avant de retourner dans la chambre. Sakura avait pris ses aises dans le lit et Sasuke semblait décidé à ne pas bouger. Il sourit à Naruto d’un air narquois.
« J’crois que tu vas dormir par terre. »
Naruto ne répondit pas. Il grimpa sur le lit et se glissa entre Sakura et le mur. La jeune fille se serra automatiquement contre Sasuke qui ne semblait pas plus dérangé que ça par la tournure des évènements.
« T’es bravache de temps en temps, lâcha-t-il, puis tu pètes de trouille l’instant d’après. Ce n’est pas une attitude ordinaire.
- Au pire, j’me prends ton poing dans la gueule, résuma Naruto, alors autant ne pas te ménager. Et puis, avec un peu de chance, mes parents me trouveront tellement amoché qu’ils me changeront de lycée pendant les vacances. Ça ne me déplairait pas alors, si tu as besoin de te défouler, n’hésite pas. »
Sasuke rit. C’était un rire clair et franc, comme celui que Sasori avait parfois, un rire humain. Naruto eut du mal à y croire sur l’instant puis relativisa : Sasuke était peut-être un connard sans cœur qui lui foutait régulièrement sur la gueule mais c’était aussi un adolescent de seize ans. Naruto refusait de le diaboliser. Il n’apportait plus autant de crédit à ce que Sakura lui avait dit le jour précédent et il ne pouvait pas se contenter de ce qu’il voyait de Sasuke à l’école. Après tout, en dehors de l’école, Sasori était vraiment différent, il mettait de côté le personnage qu’il s’était forgé pour paraître plus fort malgré la honte de son uniforme et c’en était de même pour Suigetsu, beaucoup plus abordable, ou Sai, quoi que ce dernier fût un rien inquiétant quel que soit l’endroit. Deidara aussi avait une face cachée, celle de l’ado qui bossait tôt le matin à la livraison de journaux et habitant seul un vieux temple à l’écart de la ville. Naruto refusait de croire que Sasuke était continuellement un enfoiré.
« T’es débile, déclara Sasuke.
- Je sa...
- Je suis au courant, coupa-t-il. De tout. Tes épreuves, ta famille, tout. Tu sais très bien que je ne suis pas dupe et tu continues à me défier. »
Naruto ne répondit pas. Sasuke eut un petit hoquet moqueur.
« Le Bang Bang Club te va bien, dans ce cas. Deidara cherche surtout des têtes brûlées qui n’ont pas froid aux yeux et tant pis si elles réfléchissent moins que la moyenne.
- Hum.
- J’ai appris que Neji t’avait fait des avances parce que tu n’as pas peur de Sasori. C’est à se demander comment ce type a pu monter son clan jusqu’à ce niveau.
- Pourquoi ? demanda sincèrement Naruto.
- Te montrer de l’intérêt si ouvertement ne pouvait que renforcer l’opinion que tout le monde se fait de toi : tu as quelque chose de spécial. »
Quelque chose de spécial ? C’était un compliment. De la part d’Uchiha Sasuke. Naruto n’en revenait pas. Il eut un coup de chaud et ses oreilles devinrent brûlantes.
« Je n’ai rien de spécial, assura Naruto en toute modestie.
- Tu as quelque chose que nous n’avons pas : tu prends les gens comme ils sont et tu t’en accommodes. La preuve : tu te fous bien de la raclée que je t’ai mise hier, on papote comme si de rien n’était. C’est parce que tu t’es certainement dit que je n’étais pas aussi froid qu’à l’école. Comprendre instantanément les gens est une force très utile, crois-moi. »
Naruto déglutit malgré sa gorge serrée. Il avait raison. Sasuke n’était pas un enfoiré.
Celui-ci eut un reniflement.
« Autre chose : t’es tellement faible qu’on baisse sa garde en ta présence, râla-t-il. Écoute un peu les conneries que je te raconte...
- Même si ce sont des conneries, merci, ne put s’empêcher de déclarer Naruto en se relevant à moitié (il avait les larmes aux yeux). Depuis que je suis arrivé dans cette école, c’est la première fois qu’on dit quelque chose de bien sur moi. Même si tu le penses pas, même si ça vient de toi, ça me fait plaisir !
- Tu chiales ?! Putain, Uzumaki, tu crains !
- Mais j’y peux rien !
- Et mouche-toi, tu dégoulines !
- Mais je... je... !!
- Tu vas réveiller Sakura, ferme-la ! »
Naruto réussit à s’extirper du lit et à prendre un mouchoir d’une boîte sur le bureau de Sakura. L’émotion l’avait submergé, ce n’était pas des larmes de crocodile. Ce que Sasuke avait dit l’avait vraiment touché et Naruto comprit que ce n’était pas quelqu’un de mauvais. Dans d’autres circonstances, ils auraient pu être amis, il en était certain ! Reniflant, Naruto se tourna vers le lit, les yeux un peu gonflés par l’afflux soudain de larmes.
« Tu sais, Sasuke, je ne te déteste pas. Je... Je crois même que je t’aime bien ! »
Sasuke fut surpris d’une telle déclaration. Il regarda Naruto avec de grands yeux.
« On pourrait bien s’entendre, toi et moi, seulement on a pas pris les bonnes décisions pour ça, je crois.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Tu détestes mon père mais je sens au fond de moi que je t’amuse plus qu’autre chose. Effectivement, je suis faible par rapport à toi et, même si tu en profites pour me frapper, je sais que ça me protège aussi, quelque part. Tu ne me détestes pas autant que mon père justement parce que je ne suis pas comme lui. Mais... je vais devenir fort, Sasuke. Quand je vous vois, j’ai envie de devenir fort. Je ne serai pas totalement accepté tant que je ne serai pas fort alors je n’ai pas le choix. Je refuse de baisser les bras, de fuir bêtement. Je vais devenir fort et ce sera à moi de te faire la leçon et te sortir de beaux discours.
- J’crois que t’as commencé un peu tôt.
- Hum, oui, c’est vrai. »
Naruto sourit à pleines dents et Sasuke essaya de cacher son amusement, la pénombre aidant. Puis Naruto redevint sérieux, s’appuyant contre le bureau.
« Pour devenir fort, j’ai décidé de suivre le Bang Bang Club. Ils sont un peu bizarre et je vais passer quelques sales moments mais je sais que je peux compter sur eux. Sasuke, toi tu as les Tengu. Je sais que tu es déjà fort mais j’aimerais que tu ne te relâches pas non plus. Un jour, c’est moi qui te mettrai une raclée et, ce jour-là, j’espère bien qu’on laissera tomber ces histoires idiotes de clans et de rivalité. En attendant, j’appartiens au Bang Bang Club et j’ai des obligations. »
Naruto prit une courte respiration en constatant que Sasuke se redressait, beaucoup plus alerte que la seconde précédente.
« Je suis sincère quand je te dis que je t’aime bien et que j’ai envie de devenir ton ami, ajouta-t-il précipitamment. Ce que je vais faire pour devenir plus fort, tu ne dois pas m’en tenir rigueur parce que ce ne sera pas fait pour te nuire ou t’insulter. Je suis décidé à faire tout ce qu’il faut pour progresser, même s’il y a de la casse. Alors, Sasuke, ce soir je vais réussir ma dernière épreuve et demain je serai officiellement un membre du Bang Bang Club. Nous serons ennemis pendant un temps, c’est tout.
- Qu’est-ce que tu...
- Transmets mes excuses à Sakura, sourit Naruto. »
Avant que Sasuke n’ait pu sauter hors du lit, Naruto lui avait jeté dessus le contenu du premier tiroir du bureau, ramassé ses affaires stratégiquement placées juste à côté et dérobé l’uniforme que Sasuke avait soigneusement plié sur la chase de bureau. Naruto sortit de la chambre, sauta les marches quatre à quatre, se précipita à la porte d’entrée en en profitant pour récupérer ses chaussures et partit en courant dans la petite rue. Il se souciait peu de ses pieds nus avalant le goudron encore chaud malgré l’heure tardive ou les aboiements des chiens réveillés en sursaut par le bruit de la course. Il devait juste courir et éviter les petits postes de police de quartier car il ne donnait pas cher de sa peau si on l’attrapait en sous-vêtements et débardeur avec son butin sous le bras.
Pitié, implora Naruto, que personne ne me voie ! que personne ne me suive !
Il souhaitait également tomber sur Sasori au coin de la prochaine rue mais Naruto ne se faisait pas trop d’illusions. Il allongea sa foulée pour mettre le plus de distance possible entre lui et Sasuke. Sasori habitait trop loin pour qu’il puisse arriver chez lui à cette allure. Son appartement était également inaccessible. Naruto, déjà à bout de souffle, dénicha une ruelle sombre entre deux maisons et s’y engouffra. Il se rhabilla correctement, fourra l’uniforme de Sasuke dans son sac, remit ses chaussures et en profita pour reprendre son souffle. Il était habitué aux sprints pour aller d’une base à l’autre mais pas à courir sur une distance pareille. Naruto estimait avoir mis deux kilomètres en zigzag entre lui et le pavillon des Haruno.
Il ne pouvait pas rester là toute la nuit. Il n’y avait plus de transports en commun à cette heure-ci et une course en taxi lui coûterait trop cher pour aller où que ce soit. Et puis il y avait des chances pour que Sasuke le cherche. Naruto décida donc d’aller là où personne ne le chercherait.
« Je suis désolé de vous déranger à pareille heure, répéta-t-il pour la quinzième fois en baissant la tête.
- Je te dis que ce n’est pas un problème. »
Konan, la jeune femme aux cheveux bleus de la librairie-papeterie près de la bibliothèque, lui avait ouvert sa porte sans rien demander. Naruto avait eu de la chance, en y repensant bien, qu’elle habitât juste au-dessus de sa boutique. Certes, il avait eu une idée de génie en se réfugiant ici mais ç’aurait pu être une idée particulièrement stupide si Konan n’avait pas un appartement au même endroit.
Il n’était pas très grand et un peu impersonnel. Naruto le trouvait trop bien décoré pour qu’on s’y sentît bien. Il avait l’impression que Konan avait voulu donner un air absolument banal à son appartement. Il en résultait un excès de normalité, quelque chose d’un peu bancal.
Un grand lit occupait une place sous une fenêtre dans la pièce principale, séparée de la cuisine par un simple paravent en bois finement travaillé. Ici et là, de petites lampes multicolores, avec des perles, des babioles, des plantes vertes sur les étagères, des livres soigneusement rangés, pas un grain de poussière. Konan, en bleu, blanc et noir, dépareillait dans ce décor de cinéma.
Assis à la cuisine, une tasse de thé vert devant lui, Naruto se sentait particulièrement impoli. Il but son thé en vitesse alors que Konan lui préparait un futon sorti d’un placard. Respectant le silence de la jeune femme, il remercia une seule fois en s’inclinant très bas avant de se coucher. Il dormit profondément.
Naruto observait les nuages, allongé sur le toit de l’école, lorsque Sasori le trouva. Le travesti s’avança suffisamment pour montrer sa petite culotte à Naruto qui lui sourit en retour.
« Félicitations, déclara Sasori. Deidara est fâché contre toi parce que je l’ai réveillé en plein milieu de la nuit mais à part ça, il était ravi de voir l’uniforme d’Uchiha sur le panneau d’affichage ce matin en arrivant. Il jubile encore maintenant et est parti narguer... un peu tout le monde, en fait.
- Sasuke est arrivé ?
- Pas pour le moment. Pourquoi ? T’as peur ? »
Naruto se redressa et détourna le regard lorsque la brise matinale souleva la jupe de Sasori. Il préféra contempler les tags signés Sai sur le revêtement du toit. Il secoua la tête de droite à gauche.
« Non, Sasuke ne me fait pas peur. Aucun de vous ne me fait peur.
- Non mais écoutez-le ! se moqua Sasori. »
Sasuke se présenta en cours habillé de noir mais ce n’était pas son uniforme. Les professeurs ne lui dirent rien, ils avaient tous vu son uniforme dans le hall d’entrée, ainsi que la déclaration de Naruto affichée avec.
« Moi, Uzumaki Naruto, quinze ans, déclare avoir volé l’uniforme d’Uchiha Sasuke, chef du clan Tengu, sans ruse ni peur. L’uniforme ici présent peut être restitué au concerné lorsqu’il le désirera et il pourra constater que l’uniforme en question est en parfait état, quoiqu’un peu froissé.
« Ceci marque la fin de mes épreuves menant à mon intégration dans le Bang Bang Club. Je m’en remets à présent aux bons soins de mon chef, Deidara, et souhaite poursuivre sur la même voie que vous tous.
« Je m’excuse auprès des personnes concernées par mes précédentes épreuves et décline officiellement l’offre de Hyuuga Neji, chef du clan Zhu Que.
« Je m’excuse également auprès de Haruno Sakura : au vu des circonstances, je dois mettre un terme à notre relation.
« Je déclare qu’à partir d’aujourd’hui, je n’aurai de cesse de devenir plus fort afin de mettre un terme aux injustices et au règlement délirant de cet établissement scolaire. Avant l’obtention de mon diplôme, je deviendrai l’homme le plus fort de cette école. »
On ne parla que de cela toute la journée mais, bizarrement, personne ne vint rabattre le clapet de Naruto. Sasuke ne lui adressa pas un regard. Il semblait considérer que Naruto n’existait tout simplement pas. Quant à Sakura, elle prétexta avoir mal au ventre dès la première heure de cours pour rentrer chez elle. Deidara exigea une standing ovation à la cafétéria au déjeuner. Pour la première fois depuis un mois, Naruto trouva que la sonnerie de fin des cours arrivait trop vite.
Il alla récupérer ses affaires chez Sasori et eut un pincement au cœur en se disant qu’il devait rentrer chez lui. Le soleil se couchait tranquillement. Il était en vacances. Ses parents devaient déjà être à l’appartement. Cette nuit, il dormirait dans son lit et pourrait même faire la grasse matinée. Naruto ne pensa pas une seule seconde à un possible changement de lycée.
Uzumaki Kushina était une femme de taille moyenne, rousse aux yeux bleus, au caractère indomptable. Naruto se demandait souvent pourquoi elle avait épousé son père, Minato. Ils avaient tout les deux un solide caractère et il n’était pas rare qu’ils se disputent mais jamais de manière sérieuse. Kushina lui avait dit un jour qu’elle aimait Minato d’un amour qu’elle-même ne comprenait pas et qu’elle ne quitterait sa place pour rien au monde.
Elle l’accueillit avec chaleur en le prenant dans ses bras. Naruto se détendit rien qu’en respirant l’odeur de sa mère. Ça faisait plus d’un mois qu’il ne l’avait pas vue. Kushina avait dû rester à Tokyo pour boucler quelque affaire en cours. Elle travaillait dans un cabinet d’avocat différent de celui de Minato. Comme celui-ci avait été envoyé en province pour soutenir le parti politique qui menait cette petite ville non loin de Kyoto, il avait dû partir assez vite, ne laissant pas à son épouse le temps de trouver un autre emploi. Kushina avait donc posé sa démission mais n’envisageait pas d’être simple femme au foyer. Même quand Naruto était petit, elle avait travaillé, ne supportant pas d’être coincée dans son rôle d’épouse parfaite. Kushina était ce genre de femme.
La soirée se passa tranquillement. Naruto raconta plus ou moins ce qui lui était arrivé et ressortit le mensonge sur la chute dans les escaliers pour justifier ses ecchymoses. Il parla de Sasori et de Sakura, du club d’art qu’il avait intégré et d’un camp de vacances organisé par le club. Naruto promit d’appeler Sasori le lendemain pour avoir des détails car il était vrai qu’il ne savait pas du tout quand le camp devait avoir lieu ni où il devait se dérouler. Naruto s’endormit comme un bienheureux ce soir-là.
On frappait à la porte en l’appelant. Naruto ouvrit un œil et regarda l’heure : six heures moins le quart. Grognant, il s’extirpa du lit et trouva son père dans le couloir, déjà en colère contre lui. Naruto retira le verrou de la porte qui s’ouvrit aussitôt. Deidara se tenait là, droit comme un i, habillé de sa salopette écossaise sur son torse nu et de ses grolles militaires. Sasori était à côté de lui, pas mieux appareillé. Suigetsu, Sai et Kankurou, pas moins discrets attendaient un peu en retrait. Avant que Naruto ait pu demander quoi que ce soit, Sasori était entré et avait investi la chambre. Deidara poussa Naruto dehors, lui balança la première paire de chaussures qu’il attrapa dans le vestibule et se tourna vers Minato en lui faisant un doigt d’honneur.
« Ceci est un enlèvement. Ne pensez même pas à appeler les flics et foutez-vous votre fric au cul, on s’en branle. Ciao ! »
Et c’est comme ça que commencèrent les vacances d’été de Naruto.
A suivre !
Note
Mon ordi a un problème, du coup le chapitre de cette semaine (sur mon site) est compromis. Il sera publié dès que possible et il faudra que les lecteurs de FFnet attendent une semaine de plus, comme d'hab' (c'est une habitude récente mais c'est une habitude). Je doute publier avant quinze jours, en tout cas. Merci de votre patience (pour une fois que c'est pas ma flemme d'écrire qui est en cause XD).