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Et puis je n’ai jamais été une vraie féministe. Un homme est un meneur et un protecteur comme toujours, sinon moi je sais plus où j’habite, sur Terre ou sur Vénus.
J’haussai les épaules, après on a toujours su tirer notre épingle du jeu, alors ! C’est pas pour rien qu’on se retrouve avec la pomme dans la main et la malédiction des règles !
« C’est incroyable – me fit Nines, soudain.
Je retombai sur Terre en clignant des yeux – hein ? Comment ?
Il m’observa un moment sans rien dire puis – ton usine socratique. Quand tu penses, je peux toujours secouer la main devant tes yeux.
-Désolée – m’excusai-je automatiquement, une main derrière la tête avec un sourire contrit.
-Et on peut compter sur une Toréador pour vous rappeler subtilement qui vous êtes – ajouta t-il avec un sourire en coin en baissant légèrement la tête, me regardant intensément.
Je souris légèrement, l’air coupable avec un petit rire nerveux.
L’Anarch caressa ma joue droite puis m’embrassa doucement en se penchant vers moi.
« Et ces cours de tir ? – demandai-je près de ses lèvres.
-Hum… Plus tard, je vais d’abord te punir pour m’avoir esquivé toute la semaine, » bougonna t-il.
Je ris.
Cinq minutes plus tard dans l’habitacle du monte-charge, la punition promettait d’être passionnée.
Quand je me sentis mal à l’aise. Je posai la main sur les lèvres du Brujah en tournant la tête vers l’endroit que je soupçonnais. Dans l’ombre, au fond à gauche.
Nines se délogea et je filai de l’habitacle. Les sens en alerte pour renifler et voir un être humain caché derrière un amas de briques de béton dans un coin. Je sautai pour me réceptionner au sommet de l’amas, accroupie, les mains au sol.
En dessous de moi, le mortel, un type accroupi avec un chapeau mou noir sur sa tête chauve. Je reniflai en silence et accentuai ma vision. Il avait un appareil photo numérique dans les mains et il était habillé en short et tee-shirt noirs. Je devais lui reconnaître des jambes musclées et presque imberbes.
Je tournai la tête vers Nines, le Brujah était immobile en fixant en direction de l’amas. J’en revins au mortel, je sentais la peur chez lui et elle aiguisa ma faim. Il ne savait pas où j’avais disparu et je l’entendis jurer dans un chuchotis pratiquement imperceptible qui fut un murmure à mes oreilles.
« Chiotte ! Elle a disparu ! »
Il avait une voix désagréable, la voix d’un homme qui fume trop.
La voix d’un détective privé.
Voire d’un journaliste.
Je m’assis au bord de l’amas et me laissai tomber pour être à genoux juste en face de lui. Devant moi il écarquilla des yeux marron et hurla de terreur, je lui pris son appareil photo des mains et collai la mienne libre sur sa bouche. Le propulsant contre le mur, le sonnant presque.
Je le regardai droit dans les yeux, captivant toute son attention, et usai de présence pour le faire parler, le questionnant d’une voix douce comme une sirène : « qui es-tu ?
-Mike ! Mike ! Je suis Mike ! – Bégaya t-il en levant les mains en l’air.
-Quel est ton métier ? – Demandai-je, en imitant le ton glacé de Gladys, la sorcière blanche de Narnia. Tout en sentant Nines s’approcher derrière moi.
-Je-je suis journaliste ! »
Là, il se prit une baffe qui l’assomma. Pas besoin d’être un génie.
Moi et Nines en chœur : « putain !/Merde ! Je vais tuer cet enculé/ce trou du cul de MacPherson/maire ! »
Je regardai Nines par-dessus mon épaule. « Laisse le moi ! »
Il grogna, fronçant tellement les sourcils et croisant les bras que je faillis me perdre en admiration. J’adorais quand il faisait cette tête de taureau en rogne prêt à refaire la peinture avec les tripes du toréador.
Heu, enfin, oui, bref, le type de l’arène hein.
Je me retournai vers lui en agitant l’appareil photo d’une main et pointant le type de l’autre. « Laisse faire la Toréador, mon chéri – minaudai-je en souriant. Avant de réaliser les termes de la fin de ma phrase je vis Nines hausser les deux sourcils sans comprendre – ben quoi ? Qu’est-ce que j’ai dis ? »
Il lâcha un rire nasal, passant la main sous son nez en baissant et relevant la tête vers moi avant de la hocher puis d’indiquer la sortie du hangar d’un pouce au-dessus de l’épaule.
Réalisant la fin de ma phrase, je levai les yeux au ciel et quittai la scène en sifflotant pour entendre le Brujah murmurer à lui-même : « ‘mon chéri’… Garth tu devrais m’envoyer des paparazzis plus souvent. »
Je me retins de rire en rajustant mon collant et mes chaussures.
1
Nines s’accroupit en face du type dans les pommes, un léger sourire satisfait collé aux lèvres, les sourcils arqués. Il soupira en passant la main sur ses lèvres dans sa barbe éternellement naissante. « En attendant, qu’est-ce que je vais faire de lui ? » Se demanda t-il avant de porter la main à sa ceinture pour tirer son flingue en sentant une présence surnaturelle.
La Racaille se retourna lentement pour croiser le regard noir rigolard de Jack tirant sur son cigare.
« Jack ? Qu’est-ce que tu fous ici ?
-Ton beau-pôpa m’a échappé, fiston – ricana t-il d’un ton moqueur, puis il admira son bout de cigare – et il en a après la gamine d’après ce que j’ai compris. Tu sais quoi, mon pote, ton beau papa il est Malkavien et pas Brujah – ajouta t-il avec un grognement bas et menaçant sur la fin.
Silence pesant. Lourd d’une gravité maussade.
-Fait chier, je hais les Malk. J’ai pris ce type pour un Brujah pendant quatre-vingt ans !
-Et celui-là, tu peux me croire, il va tomber sur un os.
Nines afficha un air d’incompréhension en chargeant le paparazzi sur son épaule.
Jack soupira d’impatience et expliqua en mâchouillant son cigare – il a une façon de penser qui va juste arriver à se frotter à l’usine socratique de la petite. Héhéhé.
-C’est rassurant – marmonna le leader Anarch en marchant vers le monte-charge.
-Comme tu veux, fiston. Si tu veux l’intercepter avant, John est parti vers Hollywood.
Le leader Anarch lâcha Mike dans l’habitacle puis se tourna vers Jack en haussant un sourcil – y’a des embrouilles à l’horizon. »
Smiling sourit de toutes ses dents jaunes… Ravi de la perspective.
3
John Stoner lissait ses boucles noires pensivement. Il était dans un appartement privé à Hollywood, non loin de l’Asp Hole, le club de Ash. Jack s’était cru plus malin que les autres et pourtant lui aussi n’avait pu le retenir.
« Préparez-vous, le cancer de la cité des anges doit être éliminé, mon frère, » dit-il doucement à son interlocuteur téléphonique, son téléphone portable à la main.
Il écouta le frère accorder à ses mots puis il raccrocha.
Sur sa chaise à bascule au fond de cet appartement cher payé, le vampire joua avec les cheveux de son hôte, sa nouvelle goule. L’égérie la plus sexy de Californie. Embrassant son cou, il sourit « je vais apporter à la Camarilla ce qu’elle convoite depuis si longtemps… »
5
Downtown Los Angeles, 1er mai 2015 23h00
Je me dirigeai vers la mairie. A cette heure-ci, MacPherson devait encore être au bureau en train de ruminer sa vengeance envers Nines.
Je ne pus m’empêcher de lisser ma robe et de rajuster les bretelles avant de soupirer après moi-même d’abord d’exaspération ensuite d’un vague sentiment de trouille vaseuse qui tente d’un air coupable de faire oublier le fait que le Loup-Garou qui s’ignore n’allait certainement pas ignorer l’odeur de Nines sur ma peau.
Une fois devant la porte du bureau du maire je passai une main dans mes cheveux. Le sentiment diffus de pétoche s’était laissé infuser après avoir été empaqueté par le filtre de la résignation.
Seulement pour apporter une touche de nouveauté à ce manège qui durait depuis presque un an, j’avais une foutue bonne raison supplémentaire d’aller risquer ma gorge : j’avais un appareil photo numérique avec des photos embarrassantes. Quoique je n’avais même pas besoin des photos, seulement de l’appareil. Je sortis la carte mémoire de l’appareil et la fourrai dans mon sac.
Je frappai sèchement à la porte peinte en bleu puis remontai la lanière de mon sac sur mon épaule.
Gareth était un traditionaliste, un de ces types tellement prévisibles dans leurs convictions machistes que comme d’habitude j’attendis trois secondes avant d’ouvrir la porte pour le trouver à mi-parcours de celle-ci.
Sans attendre je lui brandis l’appareil numérique en marchant vers lui servi avec le sourire le plus délicieusement mielleux de ma panoplie « ceci vous est renvoyé avec les excuses du journaliste que vous n’avez sans aucun doute pas aiguillé.
De ses deux mètres il me regarda avec l’air convaincu de celui qui sait qu’il ne doit pas relever la négation dans la phrase. Evitant gracieusement de démentir et d’affirmer – je suis navré que ce journaliste vous ait ennuyée, Lia – commença t-il en se rapprochant – notre relation ne peut qu’attirer cette engeance.
Je souris un peu plus alors qu’il se rapprochait de moi. J’en étais au stade de notre danse où sa mauvaise foi me poussait à le pousser à bout – une engeance qui n’aurait pas manqué d’alimenter les pages du journal hollywoodien du Vesuvius. »
La remarque fit mouche, deux points pour moi. Le club de Velvet était connu pour ce qu’il était. Ni une vulgaire maison de passe ni une distinguée et exorbitante maison de geishas. Seulement un club de danseuses érotiques.
Je vis dans ses yeux noirs félins les mots ‘danse érotique’ faire monter des vagues de colère et d’excitation en lui. De plus, j’avais dit ça sur le ton velouté de la femme fatale style Jessica Rabbit tant aimée de Isaac et Michaëla. Ton qui ne manquait jamais, mais alors jamais d’aiguiser à la fois l’excitation perverse et la colère d’outrance hypocrite de mon interlocuteur.
Je comptai avec une délectation affichée les secondes qui me séparaient de la phrase de riposte traditionnelle « cessez de miauler comme une femme de petite vertu, Aurélie, ça ne vous sied pas au teint. »
Et comme d’habitude je déteste qu’il ose m’appeler par mon vrai prénom à une lettre près. Alors pour le pousser à bout dans les deux sens de ses sentiments je me hissai sur la pointe des pieds pour passer mes bras autour de son cou et me coller à lui en plissant des paupières et adoptant le sourire de velours du vampire que j’étais. « Et vous allez me dire que c’est ce teint qui transparaîtra sur vos photos ?
Et comme d’habitude ses grandes mains noires se posèrent sur mes hanches dont le caractère irrépressible se voyait dans ses sourcils froncés – je sais que je ne suis qu’un outil dans les mains de Rodriguez et de Michaëla... Mais vous restez le mien.
-Carrez vous cet appareil numérique où je pense, Gareth. Pour le moment d’après ce que je… Tiens là, vous n’êtes pas plus maître de moi que vous ne l’êtes de ce que je viens d’allumer. »
Je savais pertinemment que cette phrase là, hors du scripte, était aussi dangereuse que de l’Astrolite. L’immense panthère noire me fixa comme si elle allait m’arracher la gorge pendant que ses doigts s’enfonçaient dans mes hanches.
J’ai peur des Loups-Garous comme tout vampire de moins de trois milles ans (au moins) normalement constitué mais il reste qu’en bonne tête brûlée, un peu trop impulsive pour une capricorne, j’adore faire chier les cons même si après je regrette énormément. Je me dis que, même si ça comporte un risque mortel indéniable, ça vaut pour toutes les fois où de sales gosses m’ont emmerdée alors que je ne faisais rien, moi, que d’être une gentille fille qui ne cherche pas d’histoires.
Tout le monde sait que je suis une horrible rancunière mesquine.
D’ailleurs je lui tapotai la joue.
« Vous ne me pardonnerez jamais, n’est-ce pas ? – Dit-il d’un ton froid en me relâchant et en reculant pour s’asseoir d’une seule fesses sur son bureau. Les mains jointes sur la cuisse surélevée.
-Si ça peut vous aider à vous résigner, sachez que je ne pardonne jamais. A personne. Vous pourriez être l’ange Gabriel – mon préféré – et vouloir me faire des tas de papouilles que je ne vous pardonnerai pas et vous dirai de vous rhabiller, » l’informai-je du ton de la conversation en balançant l’appareil photo sur le sol tapissé qui s’écrasa dans un bruit grave.
Un long silence s’installa seulement perturbé par le ronflement des voitures sur la route quelques mètres plus bas.
Il me fixa, je le fixai, nous nous fixâmes.
Il retourna à son obsession après un soupir tenu « est-ce que Rodriguez serait le seul à trouver grâce ? » Questionna t-il du ton du conspirateur.
Je me retins de répondre à la question ainsi que d’hausser un sourcil, je me contentai d’un sourire d’amusement face au ridicule de sa demande et, par expansion, de sa personne.
Il soupira plus longuement en levant les yeux au ciel. Apparemment vaincu.
Mais dans ma tête j’étais en train d’hurler : « bien sûr que non, espèce de crétin con génital que Rodriguez ne sera pas pardonné non plus ! C’est un gars ! Et est-ce qu’on se serait fait la promesse de se trucider passionnément si une nuit monsieur venait à me faire une crasse plus grosse que lui en me disant après ma plainte ‘le coup que tu m’as fait la dernière fois’ ! Connard ! T’écoutes ce que je te dis où tu es bouché jusque dans le [miiiiiiip] ?! Je ne pardonne à personne ! Jamais ! On pardonne après avoir dîné de fausses excuses compréhensives et on se fait assommer quatre mois plus tard par un silence et un « coup » encore plus radicalement que par une bouteille de Constrictor du commissaire Vimaire ! Tu veux que je te la montre cette putain de cicatrice au bras gauche ?! Tu veux que je te raconte combien ça a été difficile de recoller les morceaux après ça ?! De ne pas céder à un état de paranoïa permanent avec ma meilleure amie ?! Sourire à ma mère pour ne pas l’inquiéter plus a été un calvaire ! Et quand j’ai craqué avec cette cicatrice, tu sais quoi, elle m’a dit que j’exagérai ! Je me rappelle même plus comment je suis arrivée à me satisfaire de quelques mots tournés pour accepter à relativiser devant elle ! Ouais, sur le coup j’en demandais trop, c’est vrai ! Mais tu sais même pas comment ça a été difficile d’arriver à faire confiance à Nines ! C’est vrai, c’est pas comme si j’étais pas assez parano et échaudée pour classifier les gens et me méfier des grands bruns aux yeux bleus en général ! MERDE ! Va te faire foutre ! Que Nines me fasse une crasse et je le décalotte ! Point barre ! Alors rêve pas, je vais pas pardonner à un type qui a tripatouillé pour avoir mon dossier médical ! Si t’es pas encore mort c’est parce que j’ai pas encore de bazooka pour re-décorer ce bureau avec tes viscères et que c’est vachement plus sympa quand Nines te ridiculise ! »
Je fulminais et je sais que ça se voit, quand je fulmine c’est inévitable, je fume presque et on entendrait mes dents grincer. Je le voyais m’observer alors qu’une lueur de compréhension éclairât son visage félin.
Malheureusement pour moi Gareth est intelligent comme un Tzimisce. « Je vous ai froissée.
-Quel doux euphémisme ! » Raillai-je en retenant les larmes dans ma gorge, tu m’as mis en boule ouais ! Tout en me disant qu’il avait la réponse à sa question.
Je serrai les dents puis allais me retourner pour partir quand ce fut le souk modèle Tong !
Six asiatiques débarquèrent avec des fusils à pompes dans les mains et des lunettes de ski sur les yeux. Tous en jean avec plus ou moins quelque chose sur le dos (des marcels pour la majorité). Deux portaient des bandanas rouges sur la tête.
Putain, mais qu’est-ce qu’ils foutent là ?! O_o On est pas à Chinatown ! Nom de Dieu, on ne peut pas compter sur Gary pour contrôler les Tong !
« LEVE TES MAINS ! » Me beugla un Tong en agitant son pétard de bas en haut alors que ces cinq autres copains encerclaient MacPherson. Je me sentis légèrement vexée de n’avoir qu’un seul Tong pour me tenir en respect. Comme si sa baguette magique qui fait boum allait suffire. Mais je suis une femme alors évidemment.
Bon sauf s’il vise la tête.
Je levai docilement les mains sans faire de geste brusque et en retenant un soupir exaspéré. D’accord, comment et pourquoi les Tong ont investi la mairie comme un hall de gare ?
MacPherson avait levé les mains alors que cinq Tong le pointaient de leurs fusils, toutefois il avait le regard glacial et menaçant de celui qui est persuadé que seul un regard d’un type de deux mètres de haut suffit à éloigner les pétards.
Bon sang, pourquoi des Tong, pourquoi ce soir et pourquoi moi ?
Je me retins de lever les yeux au ciel pour ne pas rompre le contact visuel avec celui qui me tenait en joue. Il semblait très, très, très nerveux ainsi que ses petits copains. Les cinq autres ne faisaient pas attention à moi, ils étaient concentrés sur Gareth.
« Qu’est-ce que vous voulez ? – Demanda froidement le maire.
Celui qui lui collait presque le canon sous le nez marmonna avec un bon point pour qu’on entende presque pas sa voix trembler – on va t’emmener ! Avance !
-Pourquoi ?! – S’écria l’immense noir américain si fort que je sursaute ! Mince, comme si y’avait pas assez de boum-boum pour me tuer et lui les rend encore plus nerveux !
-La ferme ! – Beugla le Tong en agitant dangereusement son arme devant le maire – avance !
Le Tong que je cuisinais des yeux depuis quelques secondes prit la parole sans me quitter du regard – et la fille, on en fait quoi ? » Hésita t-il avec un soupçon d’envie dans la voix.
Quand ils me regardèrent tous j’exultai, ils hésitèrent. Présence était une Discipline de clan Toréador que je n’utilisai pratiquement jamais parce que je suis une bourrine. Je frappe d’abord, je cause après. Mais déjà au naturel il n’était pas du sang d’Arikel, notre fondatrice, d’être ignoré. Isaac m’avait expliqué un jour puisque j’étais Toréador, comme chacun d’eux, mon entrée dans une pièce était toujours remarquée des convives, c’était le sang du clan de la rose.
Paradoxalement ça m’avait peu à peu permis de ne plus penser négativement quand un groupe d’inconnus me regardait. J’en étais toujours flattée alors que Ash ou Michaëla, beaux déjà au départ, étaient blasés.
En gros le sang d’Arikel nous rendait aussi inexplicablement indispensables qu’un accessoire de mode : « on l’emmène ! »
Gareth protesta et heureusement personne ne l’écouta !
J’avais toutes les raisons du monde de laisser ce type à une mort certaine MAIS il était le pion des Anarch de Downtown et sa mort n’était pas encore dans le script de Nines ou de Michaëla.
Chinatown, 1er mai 2015, 23h15
Les Tong nous amenèrent en deux voitures noires à leur club de Chinatown. Pas que je raffole de l’endroit, s’il y avait bien un endroit où j’avais failli de très peu de finir dans une urne c’était bien ce club !
Et en y entrant, braquée dans le dos par un gros calibre, le silence se fit et je pus me rappeler non sans une certaine amertume que tout ce que j’avais comme arme c’était mon sac à main.
Certains Toréador, comme l’avait si bien métaphorisé Gary, usaient de leur beauté comme toute arme. Ils s’imaginent que leur charme les sauvera de n’importe quelle situation. On voit ça surtout chez les Nouveaux-nés, Poseurs comme Artistes. Moi je suis partie avec deux avantages : une méga trouille et une ignorance totale du charme Toréador.
Mais là fallait avouer que j’allais avoir grand besoin d’un petit peu de charme pour préparer le terrain.
Chez les Tong, un gang de malfrats, il ne fallait pas la jouer fine : il fallait la jouer cow-boy. Le roi du bluff s’en sort vivant, celui qui a un pétard de carnaval dans la poche et qui marche comme s’il avait quatre gros calibres sous le manteau avait plus de chances que celui qui a effectivement un fusil dans les mains. Parce que c’est le culot qu’on respecte.
Le silence dans le club fut bientôt rempli de nouveaux murmures. Certains des anciens me reconnaissaient. Difficile d’oublier la petite blonde qui avait fait une descente chez eux, avait abattu leur leader et avait détalé dans des effets Matrix. Je n’étais pas très fière de moi pour ce coup là, mais une trentaine de pétards en train de vous canarder alors que vous êtes encerclée, ça a de quoi vous faire courir un peu trop vite.
Gareth me jeta un regard suspicieux par-dessus l’épaule avant que le Tong en chef du kidnapping ne lui dise sèchement de regarder où il va.
Toutefois ce soir ça avait un avantage : je pouvais jouer le cow-boy qui fait comme s’il avait quatre gros calibres mais qui a pire : une scie circulaire.
Je fermais la marche avec celui qui m’avait tenu en joue au début et, traversant le club en diagonale, nous montâmes ses escaliers rouges.
On traversa le large couloir et passa une lourde double porte peinte en vert de jade pour atterrir dans le blanc bureau oblong du Patricien… Heu, du Tong en chef.
En l’occurrence là c’était une Tongette, modèle Lucy Liu coupée avec Michelle Yeoh. Sauf qu’elle avait les yeux les plus bleus qu’une asiatique pouvait avoir et un teint assez pâle.
Pas une moche quoi, ça contrastait avec son prédécesseur qui lui avait été petit, filiforme et très peu sympathique. Deuxième effraction de la Mascarade à cause cette fois de Léopold. Le Tong m’avait tiré dessus à bout portant.
Pour en revenir à la maîtresse des lieux, elle avait une coupe à la garçonne et portait un kimono rouge. Assise derrière le bureau style moderne avec derrière elle un énorme écran mural, elle avait des mains posées à plat aux longs doigts aux ongles effilés ornés de… Des ressorts ? O_o C’est pour faire des motifs plus sympas que les poings américains ?
Enfin, pour le moment elle avait les yeux rivés sur Gareth MacPherson et la pièce connaissait une ère glaciaire assez sympathoche. Je souris en coin.
« Monsieur MacPherson, soi-disant maire de Los Angeles – commença t-elle d’une voix de clarinette rigolote après un long silence. Sauf que dans son ton la clarinette était une sarbacane à fléchettes mortelles. Une voix qu’on ne souhaitait pas entendre monter.
-Soi-disant ? – Répondit, glacial, l’intéressé – comment osez-vous ?
Elle sourit, elle sourit lentement. Le sourire Niarkniark le requin blanc qui me fit l’apprécier énormément – j’ose, monsieur, parce qu’il n’a pas été difficile de convaincre vos employés de nous ‘oublier’… Durant la transaction.
Elle baissa les yeux sur son index droit qui avec l’ongle rouge vif traçait des cercles sur le bois gris aggloméré du bureau. Elle jouait avec nos nerfs. Enfin ceux de MacPherson parce que moi j’étais trop occupée à m’empêcher de sourire pour avoir peur.
L’immense noir américain lâcha un bref rire coupant – je vois. Alors qu’est-ce que vous voulez de moi ?
Elle fronça soudain ses sourcils surfins et balaya l’air en direction de MacPherson de la main droite en ayant tourné la tête vers moi. Sa voix monta dangereusement alors qu’elle s’adressait au chef du kidnapping – que fait cette fille avec vous ?!
Le Tong balbutia durant les premières syllabes – je-je pensais.
-Ah, parce que tu penses ?! – Le coupa t-elle d’une voix comme un fouet, coupant définitivement l’herbe timide de l’assurance qui aurait pu pousser chez son subalterne.
Le Tong se ratatina, ses membres se rétractèrent – elle n’est pas dangereuse ! Ca pourrait te faire plaisir ! T’aimes les belles choses ! »
Celui que j’avais poussé me poussa pour me mettre en avant.
La leader Tong s’était levée et ses mouvements eurent tout pour m’inspirer la grâce fluide, aérienne, d’un faucon hautain qui se prépare à fondre sur un pauvre reptile qui n’a pas de bol parce qu’il est juste bon pour un grignotage. L’examen qu’elle fit de moi de ses yeux bleus m’informa que j’étais mal. Elle releva son petit menton en haussant les sourcils avant de brutalement tourner la tête vers le responsable kidnapping pour le foudroyer d’un ton très, très haut « Imbécile !! Tu n’as pas assez d’yeux pour voir que c’est Aurélia Vilorë ! Celle qui a tué mon regretté prédécesseur ?! » Hurla t-elle en le pointant de l’index, elle fit un crochet avec à la fin de sa phrase et le Tong le plus proche sortit son flingue pour coller une balle à la tempe du malheureux.
Le pauvre mit un peu de rouge sur le visage de son voisin d’à côté avant de s’écrouler dans les bras des Tong derrière lui.
La chef contourna son bureau, elle était à peu près aussi grande que moi, elle était pieds nus dans des sandales plates à lacets rouges. Elle écarta des mains les Tong qui lui bouchaient sa ligne droite jusqu’à moi. Je vis du coin de l’œil Gareth qui s’agitait mais un canon sur la nuque le fit tenir tranquille. Il me regardait de ses yeux noirs d’un regard intense et neuf. Et non pépère, je ne suis pas qu’une rose. Je suis aussi une tueuse.
Elle leva les mains vers mes épaules.
Vite ! Je suis Clint Eastwood !
Je baissai les yeux sur un mégot imaginaire entre mes doigts pour dire stoïquement « si j’étais vous je ne ferais pas ça. Hum ? – Je relevai la tête en clignant d’un œil comme si j’étais éblouie par un soleil de plomb et lui fit un petit sourire en coin, entre agacement envers le soleil et moquerie – vous ne voulez pas partager le spectacle avec ces nuls. Surtout que MacPherson aussi voudrez bien me voir nue. »
Ca passe ou ça casse.
Son visage se durcit et elle jeta un regard mortel à MacPherson qui me regardait d’un air comme s’il rêvait de m’attacher. Mais je savais que j’avais fait mouche, j’avais donné une raison de plus à cette femme de passer aux choses sérieuses.
Je m’imaginai avec un poncho et un pétard à la hanche avec une ceinture pleine de balles avec bien sûr le chapeau à corde. Observant la Tong ayant posé une main sur sa hanche gauche, me gratifiant d’un léger sourire entendu alors que je gardai mon sourire ensoleillé.
« Je vois – Puis elle me mit une droite, je me retins à grand peine de m’exprimer. Le coup avait de la force mais après m’être pris une droite du gorille de LaCroix...
-Ca c’est une caresse, » lançai-je en me tenant la joue, fière de n’avoir pas reculé. Je gardai la main sur ma joue le temps que les petites estafilades de ses ressorts guérissent puis je retirai ma main sans la quitter des yeux. Et sans parler. Puis je regardai les autres Tong autour de nous ainsi que Gareth avant de revenir lentement sur elle pour passer lentement la langue sur mes lèvres en haussant un sourcil et fronçant l’autre (soleil). Ceci avant de lancer la phrase de la TNT « votre prédécesseur, lui, il a eu une seconde avant de comprendre son erreur, ensuite il est mort, » servi avec un autre sourire narquois.
Je savourai le silence mortel qui régna dans le bureau alors que la Tong et moi nous nous fixions. Je jouais la carte du bourrin subtil qui rappelle ô combien on ne lui survit pas. Je regardai encore une fois autour de moi sans me départir de mon léger sourire. Tous les autres, hormis Gareth, regardaient leurs chaussures avec un énorme sérieux.
Elle ricana « de la frime tout ça, ma belle !
-Vous ne diriez pas ça si vous saviez que la majorité de ce qu’on raconte sur moi est au dessous de la vérité, » fis-je du tac au tac d’un ton négligeant et un léger soupir en regardant le lustre du plafond, comme si c’était le soleil. Mais intérieurement j’avais envie de lui faire manger ses ressorts par les oreilles pour m’avoir appelée ‘ma belle’. Patience, patience, roule ta clope, Clint, et avance une jambe en pliant légèrement le genou en penchant d’une hanche. T’es tellement sûr de toi qu’on te croirait au club Med.
La Tong me considéra avec une méfiance affichée « d’accord – elle me fit soudain un sourire trop aimable pour être honnête et sa voix se fit guillerette – vous êtes mon hôte, Rose de L.A. Vous et monsieur le maire seriez bien affables de passer dans l’antichambre pour que nous parlions de notre petite affaire. »
Je baissai obligeamment la tête sans la quitter du regard en signe de gratitude alors qu’elle avait appuyé sur un bouton sur son bureau pour faire coulisser un panneau dans le coin du mur droit derrière elle.
J’avançai la première en imaginant les cliquetis de mes éperons.
On se retrouva tous les trois dans une salle qui ressemblait un peu trop à une salle d’interrogatoire : il n’y avait qu’une table carrée en bois avec une chaise et une ampoule au plafond.
Sauf que sur la table se trouvait Garcia Salvador habillé comme un pirate du dix-huitième mais le tricorne en moins. Il eut l’air vaguement agacé quand il me vit et je souris en coin avant de m’asseoir sur l’unique chaise et croiser les pieds sur la table. Je levai les yeux sur Salvador alors que MacPherson avait lentement posé le bout de ses doigts sur le bord de la table. « Alors, amigo, on se paie l’assistance des Tong ? – Fis-je, nonchalamment. Je vis du coin de l’œil que la Tong se tenait debout à côté de moi, la main droite sur la hanche. Et qu’aussi que celui qui m’avait retenue mettait maintenant en joue le maire.
Salvador grimaça et croisa le regard de MacPherson avant d’en revenir à moi pour me répondre – yé ne me paie pas leurs services : nous sommes associés.
-Bien sûr, c’est évident – accordai-je d’un ton doux comme pour calmer un type qui menace de se balancer du haut d’un immeuble, la tête baissée vers ma cigarette invisible.
Salvador ricana puis fit un signe de tête vers la chef des Tong – vous avez fouillé son sac ?
Presque en même temps elle répondit et Gareth demanda – non pas encore – au Tong – toi, fouille !
-Que signifie tout ceci, Salvador ?!
Je tendis mon sac au Tong sans quitter le Brujah des yeux. Il ne m’avait pas prévue dans le lot mais il allait sûrement en profiter pour se débarrasser de moi.
Pour le moment il s’intéressa au colis prévu – réfléchissez un poco señor Gareth. Yé sais qué vous êtes un homme intelligent – il leva les mains en se levant, un geste destiné à apaiser le maire – yé suis votre ami, señor. Rodriguez m’a exilé ici pour m’empêcher de vous aider pendant qué vous mettait les fers et vous contrôle.
-Rodriguez ne me contrôle pas ! – Rugit MacPherson en frappant la table de ses deux poings avant de saisir Salvador par le col.
Celui-ci leva une main pour signifier aux Tong de ne rien faire.
-Voilà une drôle de surprise – fis-je d’un ton absent avant de relever les yeux sur MacPherson pour passer au ton sérieux – tout à l’heure vous admettiez devant moi n’être qu’un pion – j’en revins à mon mégot avant de jouer avec une mèche de cheveux de l’index, le coude sur la table – ou alors mes oreilles m’ont joué un bien vilain tour.
Mon sourire narquois suite à cette petite vengeance sembla agacer au plus haut point l’intéressé qui, comme espéré, péta un câble. Il se jeta sur moi pour me saisir par les cheveux et comme par magie (héhé) la Tong sortit un pistolet de sa manche qu’elle pointa à hauteur du cœur du maire.
« Couché le chien ! – Ordonna la Chinoise d’un ton haut et claquant.
Le noir américain me reposa en écumant presque, la chef posa sa main droite libre sur mon épaule.
-Qu’est-ce que vous faites, Wei Lynn ? – Demanda le Brujah d’une voix basse.
Sans baisser son arme, elle répondit – ça n’est pas vos affaires, Salvador, la Rose est à moi ! Je vous laisse l’autre !
-Pas question ! – Grogna MacPherson aux poings serrés, retenu à l’épaule par le vampire.
Ayant une idée géniale et tout autant rigolote, je posai une jambe sur mon genou et défis la boucle de ma sandale – dans le monde il y a deux types d’Hommes, mon ami, ceux qui ont un flingue et ceux qui ont un escarpin ! » J’usai de Célérité, frappai Wei Lynn derrière la tête, lui chapardai son Glock, me retournai sur une jambe et tirai dans la tête du Tong derrière moi.
Puis j’en revins à Salvador qui tentait de résister à la poigne hautement lupin de MacPherson.
Ok, une demi douzaine de Tong débarque dans la salle, je balançai ma seconde chaussure qui passa la porte avec une telle force que le talon perça le front de la tête du premier ! Je tirai sur l’ampoule du plafond après avoir fait un signe à Gareth pour qu’il empêche Salvador de l’ouvrir.
Silence radio. Je changeai ma vue pour voir le corps encore chaud du premier Tong que j’avais abattu et le fouillai pour me saisir de son arme. Avec un pétard dans chaque main je me sens bien.
Wei Lynn était encore vivante, étendue mais vivante. Ca aurait été dommage de la tuer.
Maintenant six Tong étaient disséminés dans la pièce, j’avais toujours ma vue pour voir leurs auras.
Je me baissai sur Wei Lynn, me mordis le poignet jusqu’au sang et pressai la plaie contre ses lèvres.
Tu es à moi, Wei Lynn, n’oublie pas combien tu m’aimes.
Garcia ne pourra plus utiliser les Tong contre nous pendant un moment.
Elle allait se réveiller d’une seconde à l’autre maintenant mais elle n’aura plus la volonté de coordonner correctement ses troupes pour m’attraper. Ou peut-être que si ? J’étais curieuse de savoir mais pas assez pour laisser filer mon avantage. Je revins illico vers MacPherson, reprenant la sandale qui avait assommé Wei au passage et plantai le talon dans le cœur de Salvador que Gareth retenait des mains dans le dos.
Ramassant mon deuxième flingue, je repris mon sac aussi et traînai illico presto Gareth dans le bureau, traversai le bureau avec la demi douzaine de Tong aux fesses (Gareth, discrétion 0) tout en entendant Wei Lynn commencer à hurler en chinois, traversai le couloir en tirant sur les deux gardes en face. Esquivant les tirs en obligeant le maire à se faire plus petit que moi en se cachant derrière moi…
Et merde ! Y’a toujours qu’une seule porte de sortie dans ce putain de club de malfrats de merde-euh !
Je courrai avec MacPherson en me rappelant que la double porte faisait face aux escaliers et la poussai. De l’autre côté, une salle avec plein de tables et une seule fenêtre.
J’ouvris la fenêtre et jetai un œil pour avoir un souvenir ému des merveilleux échafaudages de Chinatown. En passant la petite armature de bois rouge contre le mur, à droite il y avait une cage d’escalier de secours.
Je me tournai vers le noir américain et lui fis un signe de tête vers la fenêtre « passez devant !
-Ne dites pas d’imbécillité, Aurélie ! – Il changea de ton quand je lui pointai mes deux amis vers la tête après un soupir exaspéré – tout le monde dans la grande salle vous a vue…
-Et alors ? Les Tong arrivent, là, vous les entendez, non ?!
Dehors ça faisait un tintamarre de tongs (aha, des Tong en tongs) qui se rapprochaient !
Il leva les mains au ciel pour s’exclamer – mais je vais me briser la nuque !
-Perspective intéressante – répliquai-je – c’est vous ou eux, MacPherson, maintenant vous passez cette fenêtre où je vous pousse ? » J’haussai un sourcil en agitant le pistolet gauche de ma main gauche vers la fenêtre.
Il soupira en me regardant méchamment puis passa une jambe au-dessus de la fenêtre.
Il se prit l’autre pied dans le carreau et tomba d’environ deux mètres dans une beine à ordures.
Je lâchai un gloussement puis me contentai de sauter en visant bien le bord de la beine, je me tins en équilibre dessus une seconde avant de sauter au sol.
Je me retournai vers le noir américain qui sortait de la beine avec du chou fleur sur la tête, je fronçai du nez avant de sourire « alors, on découvre un nouveau parfum ? »
L’heure suivante on la passa au poste de police de Chinatown où j’usai de ma réputation (et des relations de Gary dans la police) en précisant bien qu’ils devaient trouver un cadavre dans le club des Tong. Bon moyen de faire se tenir à l’ombre Salvador. La technique était éprouvée avec LaCroix. Les Tong allaient avoir droit à une petite descente de police (parce que j’ai beaucoup exagéré les faits en m’aidant beaucoup de Commandement pour faire passer la pilule. Sinon pourris comme ils sont ils n’auraient rien fait.) Et Wei Lynn allait avoir droit à un carton d’invitation de ma part.
Je pris ensuite la première occasion pour regarder MacPherson entre quatre yeux et lui faire relativiser la partie ‘Matrix’ de ma petite intervention.
Puis on prit un taxi et MacPherson fut déposé chez lui et moi chez moi.
Hollywood, Los Angeles, 2 mai 2015, 0h50
Enfin chez moi, je me laissai tomber sur Plum qui jappa et me fit la fête à grands coups de langue sur le visage. Je pris tout mon temps pour faire des papouilles aux berger japonais jusqu’à ce qu’il en ait marre et je montai au deuxième étage prendre une douche et mettre une nuisette blanche avec une robe de chambre en soie violette.
Blake était rentré : il avait laissé la porte d’entrée ouverte. Et comme il n’était ni au premier ni au second il devait être au rez-de-chaussée dans la cour intérieure.
Plum aux talons, je saisis le téléphone en passant dans le salon au premier et appelai Gary pour lui passer un savon entre deux phrases courtoises. Il me répliqua entre deux banalités qu’il savait tout depuis le début, d’ailleurs le journaliste c’était lui pour apporter un élément perturbateur à Salvador dans son plan. Je le traitai gentiment de raclure d’égout, il m’appela Poudre de riz Périmée avant d’ajouter que MacPherson connaissait assez bien ma paranoïa et la haine que je lui portais pour ne pas avoir perdu son temps à réfuter mes accusations. Je lui dis que de toute façon j’ai donné le Premier Sang à Wei Lynn.
On se raccrocha au nez. Match nul.
Et pourtant Gary et moi on s’entendait plutôt bien pour une Toréador et un Nosferatu les fois rarissimes où on était en privé. Disons qu’on en était plus au stade de se sauter à la gorge à la première occasion parce qu’à notre première rencontre on s’est mutuellement manqué de respect (mais c’est lui qu’a commencé :P ) Non, avec le chef Nosferatu on en était au stade ‘je t’aime, moi non plus’.
Gary était un vieux vampire, un ancien du show-biz d’Hollywood, il me manipulait régulièrement et je foutais régulièrement le souk dans la base de données Shrecknet par pure vengeance puérile.
Bref, je contactai ensuite Skelter et lui fis mon rapport en ajoutant ‘capitaine’ à la fin, en sachant très bien que son grade d’ancien soldat c’était sergent et juste parce que Skelter détestait tous les capitaines.
Enfin j’appelai Michaëla, lui racontai l’histoire et elle assura qu’elle aura étouffé l’affaire en un claquement de doigts dans deux à trois nuits. Il y aura juste assez d’informations pour faire passer ça pour une anecdote des Tong et rassurer la population témoin.
Je pus finalement poser le téléphone fixe portable sur une dalle à côté de moi dans la cour, assise dans un énorme pouf en cuir vert feuille et prendre un bain de clair de lune tranquille ! Plum couché à ma gauche.
Blake était en train de s’occuper des rosiers rouges grimpants que j’avais fait mettre contre le muret de la cour arrière. En automne dernier j’avais fait aménager la cour qui n’avait été qu’une espèce de terrain vague. L’auberge datée avait été un hôtel restaurant durant les années trente mais l’affaire avait fait un plongeon mortel lors de la Grande Dépression. La cour arrière avait été conçue pour accueillir un grand nombre de convives pour dîner dehors. Alors Blake avait eu l’idée de retrouver les plans de l’auberge et de ce jardin. On avait reconstruit la mezzanine en chêne qui faisait une allée longue de cinq mètres sur deux, espacée d’un mètre entre l’entrée du jardin jusqu’à un mètre du muret, couverte avec du lier et des roses grimpantes rouges et roses sur une toiture en quadrillage de tiges de bambou vert. Sous cette mezzanine normalement auraient dû se trouver une longue table rectangulaire mais je l’avais voulue comme ça. Et je fixai les roses rouges que l’on voyait au bout de cette allée comme au bout d’une longue vue.
Je me levai du coussin et marchai pieds nus dans l’herbe verte tondue.
« Garth va se poser des questions – me dit posément Blake, me tournant le dos en taillant les rosiers du muret à ma gauche.
Je sentais une très légère pointe de jalousie dans sa voix mais surtout de l’inquiétude – je ne vais pas faire de Wei Lynn une goule. J’avais pensé l’avoir en mon pouvoir parce que Gary me faisait l’effet d’un gros incompétent avec les Tong. Mais puisqu’il m’a mené par le bout du nez depuis le début…
Il soupira de manière assez tenue pour penser ne pas être entendu.
-Quant au maire, il se doutait déjà de quelque chose avant et ça n’est pas lui qui pourrait m’être une menace. Ne t’inquiète pas, Mortimer, tu as trouvé le rosier malade ?
Autre chose chez lui : dès qu’on parlait bouture, il oubliait tout – oui !! Rien de grave ! Je vais juste couper les têtes contaminées… »
Je pouffai de rire, me retenant à deux poutres du côté gauche de la mezzanine, songeant qu’il faisait une petite allusion, à l’écoute de son ton spécial, aux rumeurs de Toréador qui auraient eu des contacts plus que réguliers avec la Camarilla.
A côté de Blake il y avait un gros lecteur CD à batterie qui jouait en boucle ‘love remembered’ de la B.O du Dracula de Coppola. Ma préférée.
Je fixai le dos nu de Blake puis changeai ma vision. S’il ment je le saurai « Blake, la fille dont tu m’as parlé, tu l’aimes ? – Questionnai-je d’un sincère ton inquiet.
-Je vous ai déjà dit que oui, madame ! – Grommela t-il, et je fus rassurée de lire la vérité dans son aura avec quelques couleurs orangées de colère. Il se retourna soudain vers moi, armé de son sécateur, et je changeai rapidement ma vision – elle a toujours été là pour m’encourager à la peinture ! Je ne suis pas égoïste à CE point d’oublier ce que je lui dois !
-Assez, ça suffit – marmonnai-je.
Mais l’Anglais était plutôt froissé – je suis pas si con !
-Tais toi ! » Tonnai-je, si fort qu’il ferma immédiatement la bouche et se ratatina presque, l’air ahuri.
Je passai la main devant mes yeux et un haut le cœur me fit échapper un sanglot.
Je ne comprends toujours pas. Je ne comprendrais jamais, il est trop tôt, il est encore trop tôt pour oublier. Encore trois ans, quatre, et la barre sera passée. Peut-être.
Je n’ai jamais été ingrate, je l’ai toujours aimé mais il s’est éloigné de moi et après je ne savais plus à qui j’avais affaire. Je redoutais de sortir avec lui, j’en ai eu assez de le voir toujours rivé à son portable et il ne m’en a jamais parlé. Il changeait de sujet. J’aurais trouvé quelque chose pour lui remonter le moral. Je me suis sentie abandonnée à noël. Il a toujours refusé de se confier à moi lorsqu’il avait des soucis. Lucie et Oriane en savaient sans aucun doute plus que moi. J’ai été la dernière à apprendre qu’il était homo et il avait eu peur de ma réaction. En fait j’ai été vexée d’être la cloche qui l’apprend la dernière parce qu’on n’a pas eu confiance en elle alors que je l’adorais.
Ce qui s’est passé ça n’est pas ma faute mais ça aurait été sans doute plus simple si ça l’avait été.
Tout ce que j’ai fait c’était confier ce que je ressentais après l’avoir cogité si longtemps que ça me rendait malade ! Et lui me pardonne et quatre mois plus tard il m’avoue qu’il digère mal !
Où est l’honnêteté là-dedans ?!
J’ai toujours mes membres qui traînent aux quatre vents, j’ai l’éternité pour les retrouver et les recoller ensemble.
En attendant je suis ignoble avec ceux qui ne le méritent pas.
« Je suis désolée, Blake, » soupirai-je, alors que mon artiste me serrait contre lui en me frottant le dos. Je ne me crispai pas, il n’avait pas la même odeur, pas la même stature. Ce n’est pas le même.
Il me fit « chut, m’en faut plus pour s’attirer mes foudres éternelles – sa voix était toute douce et caressante comme de la soie, comme s’il consolait une petite fille – ce type, j’espère qu’il n’est plus en Amérique ?
-Non… On l’a renvoyé en France.
-Dommage, j’aurais adoré le torturer avec des épingles à tricoter. »
Je laissai échapper un gloussement et levai la tête vers lui – tu devrais aller dormir, tu dois veiller sur moi dès l’aube et travailler.
Il essuya mes joues et suçota les gouttes roses sur ses doigts en me fixant de ses immenses yeux bleu glace – comme vous voudrez, douce rose.
-N’importe quoi ! – Bougonnai-je.
-Mais si, mais si ! Entre deux fusillades vous arrivez bien à être une demoiselle !
-Oh ! » Fis-je, faussement outrée, remarque il avait raison. J’avais rarement d’occasion de n’être qu’une fille ! C’était comme si j’avais enfermé ma gentillesse à double tour au profit de ma confiance personnelle.
« Le prince me manque – remarquai-je tout haut, avec Vladislav je rangeais ma grande gueule et mes pouvoirs de tête brûlée et j’étais une princesse.
-Si gros bras entendait ça ! – Pouffa Blake – votre ton est si soupirant !
-Mais euh ! – Bougonnai-je en croisant les bras – ça n’est pas la même chose !
-C’est ça, c’est ça ! :]
-Mais arrête ! Vin dieu ! Tu vas juste arriver à me faire me sentir coupable, je vais t’en coller une si tu continues !
Il leva les mains. Oui, je suis toujours susceptible – pardon, madame, donc c’est comment ?
Je le fusillai des yeux avant de répondre – Vlad est un prince, c’est une légende vampirique de plusieurs siècles. Il est invincible. Il me protège. C’est un conte de fées.
-Ok je vois.
-De plus, le grand amour de Dracula…
-Mina.
En chœur – pauvre Dracula… »
On s’entreregarda.
Je soupirai et secouai la main devant lui « allez, ouste, Blake, va dormir. »
Il sourit en coin puis s’inclina exagérément avant de retourner à l’intérieur.
Je levai la tête et regardai la lune, Plum me rejoignit et je glissai ma main droite dans son pelage derrière sa tête. Une légère brise agréable me rafraîchissait. Je glissai une main dans mes cheveux et jouai avec une mèche.
Et si je me coupais les cheveux ? On se sent toujours mieux avec une nouvelle tête à regarder dans le miroir.
J’en souris, en tant que vampire l’opération de coiffeur était à recommencer tous les soirs mais je suis sûre que Blake sera ravi de jouer le tailleur de haie avec mes cheveux blonds tous les soirs. Une goule c’est aussi fait pour répéter les petits soins de son maître, d’après ce que j’ai cru comprendre.
Il faudrait que je m’occupe de surveiller Garcia car cet Iznogoud en puissance n’est pas d’accord avec Nines sur la bonne politique pour l’Etat libre et il l’est essentiellement parce que Nines est le successeur de son regretté rival Jeremy MacNeil.
John Stoner aussi, non… Non, je laisse le problème de cet inconnu à Nines. Je ne peux pas m’en mêler. C’est entre Nines et ce type machiavélique.
Je suis la rose, l’agent spécial, la machine de guerre. Nines s’imposera à son Sire et je raccompagnerai celui-ci à la frontière. Que ce soit à pieds ou dans une urne.
Des fois j’aimerai savoir pourquoi je réfléchis autant pour me faire autant de soucis sur ma propre hypocrisie hypothétique ou non.