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Evasara
Author of 3 Stories

Rated: T - French - Drama/Suspense - Gil G. & Sara S. - Reviews: 108 - Updated: 10-23-09 - Published: 02-25-09 - id:4885107

ONDES DE CHOC

PROLOGUE

Il y avait des jours dans une vie, où tout pouvait basculer vers l’aberration la plus totale en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.. Des jours où, une décision, une parole en l’air ou un acte futile et inconscient, pouvaient provoquer une réaction en chaine et bouleverser notre destin à tout jamais.

Lorsqu’on constatait les faits, naturellement, les regrets et les remords venaient alors nous envahir pour nous faire culpabiliser. Mais c’était beaucoup trop tard. La décision avait été prise et on ne pouvait plus revenir en arrière pour la modifier, la parole avait été prononcée et on ne pouvait plus l’effacer, l’acte avait été exécuté et on ne pouvait plus l’ignorer.

Il était usuel de dire alors : » Ha si j’avais su ! »

Mais voilà, justement, le problème c’était que nous n’étions pas capables d’anticiper ce qui déclencherait une réaction surprenante, une dispute immaitrisable ou un événement qui changerait définitivement le cours de notre vie.

Basculer d’un bonheur insolent jusqu’aux profondeurs de l’horreur, était à la portée de tous être humain. Une joie de vivre inconditionnelle, pouvait simplement se transformer en cauchemar existentiel si par mégarde nous ne prenions pas la bonne orientation.

Seul l’amour pouvait quelquefois rétablir un mauvais choix. Seul l’amour des êtres qui nous sont chers pouvait bien souvent nous sauver d’une descente aux enfers. Mais pour cela il fallait s’autoriser à croire que notre propre vie était aussi importante à leurs yeux qu’à nous même.

La décision de ma mère ce jour-là, avait probablement était le premier facteur déclencheur de mon malheur. Puis mes paroles vindicatives à l’égard de mon père, qui l’avaient profondément blessé, avaient contribué à mon mal être instable. Mais c’était surtout l’acte instinctif, dû à mon ignorance et à mon impétuosité, qui avait transformé mon bonheur de vivre en détresse meurtrière.

Et cette petite portion de mon existence restera à tout jamais dans la mémoire de mes proches, comme une souffrance résiduaire qu’on ne peut définitivement pas modérer. Elle sera toujours suspendue au dessus de leurs âmes, telle une cicatrice boursoufflée et vivace, pour leur rappeler que nous ne sommes qu’un passage sur terre et qu’il faut bannir de son existence, la rancune, la colère et la violence.

Je continue à croire malgré tout, que mes parents m’aimeront toujours aux travers de mes souvenirs heureux. Que leur amour me portera pour l’éternité et que mon existence sera à jamais peuplé de leur tendresse et de leur affection.


MA FAMILLE …….

J’adorais mon père. Il en avait toujours été ainsi depuis ma naissance. Depuis ce fameux jour où il m’avait prise dans ses bras la première fois, que nos regards s’étaient croisés et qu’il avait versé des larmes de joie devant le beau bébé que j’étais.

Mon père était quelqu’un de respectable, de franc et d’extrêmement honnête. Son métier l’avait passablement meurtri, j’en étais consciente, néanmoins sa gentillesse n’était pas feinte. C’était un puits de science, toujours à la recherche d’un article à lire ou d’une formule scientifique à déchiffrer. C’était également le plus émérite et le plus célèbre entomologiste de tout le pays. Toujours sollicité pour son talent d’expertise, bien souvent imité par de pseudos confrères qui ne lui arrivaient même pas à la cheville, mais jamais égalé dans sa logique de raisonnement. C’était du moins ce que je pensais fortement et mon cœur se gonflait de fierté lorsque je parlais de lui.

J’aimais particulièrement le son de sa voix. Elle était douce, sensiblement chaleureuse et surtout très réconfortante. Et lorsqu’il me prenait dans ses bras pour consoler mon chagrin et qu’il murmurait des mots lénifiants à mon oreille, je fondais toujours comme un glaçon. Il était le seul à savoir m’apaiser et je dois dire que quelquefois j’en profitais pour lui glisser des doléances « spéciales papa » qui avaient de fortes chances d’être entendues.

Je comprenais pourquoi ma mère était folle de lui. Et même après toutes ces années de vie communes, elle en était encore à poser ses yeux sur lui avec adoration, comme si c’était la première fois qu’elle le voyait et qu’elle tombait amoureuse. Je trouvais cela tellement adorable, que je rêvais de découvrir une telle relation avec un homme. Alors je me prenais à rêver que mon père avait un clone quelque part sur la terre, qui saurait être aussi patient et charmant avec moi. J’avais déjà une petite idée sur cette personne et surtout où la trouver, mais il fallait que je sois patiente, car beaucoup trop de paramètres rentraient en ligne de compte. Et justement le véto que mon cher papa ne manquerait pas d’y mettre.

J’aimais également le sourire qu’il affichait lorsqu’il se posait sur moi. Il véhiculait tant d’affection lorsqu’il me l’adressait que mon cœur battait toujours un peu plus vite. Nous avions une relation toute particulière tous les deux, je dois bien le reconnaitre, avec respect mutuel et complicité absolue. D’ailleurs mes amies m’enviaient le plus souvent. Elles auraient bien souhaité vivre cette merveilleuse corrélation avec leurs pères. Dans ma classe, j’étais une des rare à ne pas connaitre les deux foyers de parents divorcés. Et je savais que cette situation me rendait spéciale aux yeux des autres. On me tenait souvent à l’écart de toute réunion de « copinage ». Mes vraies amies étaient rares en fait, mais papa disait continuellement : « il vaut mieux être seule que mal accompagnée, mon ange » et il avait une fois de plus raison.

N’allez pas croire pour autant que je suivais toutefois toutes ses citations à la lettre. J’avais hérité le coté indocile de ma rebelle de mère, ainsi que son entêtement et je dois avouer que quelquefois je profitais de l’avoir dans mon camp pour mieux faire fléchir papa, lorsque mes parents n’étaient pas d’accord entre eux à mon sujet. Car maman était beaucoup plus permissive que lui. Donc je savais pertinemment bien à qui m’adresser pour une demande particulière, sachant à l’avance qui avait le plus de chance de me l’octroyer.

Car dès qu’il voyait que nous faisions bloc toutes les deux face à lui, papa abandonnait la bagarre et se refugiait dans son antre avec un regard de chien battu. En d’autre terme il faisait son « Droopy »comme j’aimais le lui faire remarquer. Alors avec maman nous venions le rejoindre pour le taquiner tendrement, le cajolant et l’embrassant pour lui faire comprendre que notre amour pour lui était ce qui comptait le plus et qu’en aucun cas nous ne voulions lui faire de la peine .

Cependant quelquefois, il m’exaspérait sérieusement. Je trouvais qu’il était trop protecteur envers moi. Je savais pourtant que c’était de la crainte déguisée et qu’il s’inquiétait toujours de mon bien-être. Mais il en faisait trop. Beaucoup trop. Peut-être que son ancien métier resurgissait dans son esprit et que les atrocités qu’il avait vu abusivement le contraignait à entretenir les doutes qu’il avait encore sur l’être humain.

Ainsi chaque jour, je devais lui faire un compte rendu de mes activités, des gens que j’avais côtoyé et des tensions qui auraient pu me procurer des désagréments avec mes amies.

Au début de ma vie scolaire je lui faisais scrupuleusement mon rapport journalier. Je poussais même l’audace à rentrer dans des détails qui pourtant n’avaient rien de bien exceptionnels, juste pour avoir le plaisir de le voir s’inquiéter pour moi. Mais depuis deux ans j’abrégeais mes commentaires et ne lui donnais que des renseignements succincts. J’estimais que je pouvais avoir mon jardin secret après tout. Alors bien souvent je lui disais juste ce qu’il avait envie d’entendre. À savoir que tout était parfait dans le meilleur des mondes. Malgré cela je savais qu’il n’était pas dupe. Pourtant il se contentait sagement de ce que je lui offrais. Car bien évidemment il y avait certaine chose dont je n’avais pas envie de parler avec lui.

Des choses qui ne trouvaient de résolutions que dans l’oreille attentive et complaisante de maman. Et lorsqu’il nous voyait toutes les deux nous enfermer dans ma chambre, il boudait encore, croyant qu’on voulait l’exclure d’un quelconque secret. Pourtant ce n’était guère le cas. Maman lui disait alors « ce sont des histoires de filles » et il hochait la tête en fronçant la bouche pour nous signifier qu’il avait compris. Mais nous savions bien, elle et moi, qu’il était passablement jaloux de notre connivence strictement féminine.

Alors par tendresse, plus que par rédemption, je déployais des tonnes d’affection envers lui pour que ses yeux retrouvent le brillant de sa fierté de m’avoir pour fille et en espérant ne pas l’avoir trop déçu. Et tout rentrait dans l’ordre, car finalement, la seule chose qui pouvait effectivement lui faire de la peine c’était l’absence de maman.

D’ailleurs il ne donnait presque plus de conférence à cause de ça. Il ne voulait plus s’éloigner d’elle et partait de la maison que pour une seule journée, jamais plus. Il ne supportait plus d’être séparé d’elle plus longtemps, c’était une véritable torture pour lui.

Ils avaient eut des moments difficiles dans leur couple, avant la naissance de mon petit frère et ne voulaient en aucun cas revivre une séparation pernicieuse qui risquait de les détruire.

Maman avait lâché son travail depuis l’arrivée de Matty dans notre foyer. Examiner les lieux d’un crime presque quotidiennement l’avait perturbé psychologiquement. Mais sa bonté et sa générosité avait fait, qu’elle n’avait pas abandonné pour autant entièrement sa passion. Elle était devenue consultante et travaillait avec une psychologue de renom pour soulager la famille des victimes.

Bien souvent je voyais la tristesse dans ses yeux qui voilait leur beauté et mon cœur se serrait devant son visage défait. Je détestais la voir ainsi, car quelquefois, ni mon père, ni Matty, ni moi-même n’étions capable de lui redonner le sourire. Et je sentais papa qui s’énervait de la voir dans cet état.

Alors il lui sortait le grand jeu pour la sortir de cette grisaille. Il préparait vite fait un sac de voyage, réservait deux billets d’avion et l’emmenait passer quarante huit heures hors de la ville, dans une forêt magique. Rien que tous les deux en amoureux, histoire de lui redonner envie de sourire et de lui rappeler les jours heureux.

Je dois dire que je n’appréciais guère de les voir partir sans nous. Je me sentais abandonnée, confiée aux bons soins de mon ancienne nourrice, madame Irland, la grand mère de Meggie, avec pour mission de veiller sur mon petit frère. Et je n’avais qu’une hâte, c’était qu’ils reviennent vite, même si j’avais pleinement conscience du besoin vital qu’ils avaient de décompresser ensemble.

Généralement lorsqu’ils rentraient, satisfaits et comblés de bonheur, maman avait retrouvé sa joie de vivre et je savais que papa y était pour beaucoup.

Cependant j’aimais bien les faire culpabiliser pour cet abandon provisoire et je boudais toute la journée. Automatiquement j’entrainais Matty dans cette rébellion silencieuse et je dois dire que pour une fois mon petit frère rentrait facilement dans le jeu avec complaisance.

Alors maman était aux petits soins pour nous, afin de nous faire disparaitre notre mauvaise humeur et nous entourer de toute sa tendresse. Et papa, se sentant lui aussi coupable de nous avoir laissé, nous emmenait faire un tour à la fête foraine, et nous gavait de friandises les plus sucrées les une que les autres, en nous faisant promettre de ne rien dire à maman.

Mais curieusement ce soir la, elle savait d’avance que nous n’aurions plus d’appétit et le repas était très allégé. Je soupçonnais facilement qu’elle n’était pas dupe. Peut-être même que tous les deux, dans l’intimité de leur chambre, se racontaient mutuellement ce qu’ils n’auraient jamais du savoir.

Pourtant enrôler Matty contre sa volonté, n’était pas chose aisée. Car mon adorable frère n’était pas un petit garçon comme les autres. Il avait une personnalité rarement détectée chez un enfant de son âge et j’étais consciente de cette différence. Heureusement, nous n’allions pas à la même école, car j’aurai bien fait resurgir mon instinct vengeur envers tous ceux qui se moquaient de lui et le faisaient pleurer. Ce qui m’aurait apporté à coup sur des ennuis personnels. Mais lorsque j’allais le chercher à la sortie des cours, je fusillais du regard tous ceux qui avaient le malheur de le dévisager et de ricaner devant lui.

Sa différence ne résidait pourtant pas dans son physique. Il était beau, c’était un fait indéniable puisqu’il ressemblait à papa. Comment en aurait-il pu en être autrement vu qu’.il lui avait emprunté ses cheveux bouclés et ses admirables yeux bleus .Mais Matty était juste, comme on dit, un peu « bizarre ». Ses petits camarades de classe le traitaient souvent d’autiste ou d’attardé mental, car sa timidité lui coupait la route vers la sociabilité. Mais se n’était uniquement qu’un enfant réservé et terriblement discret.

Lorsqu’il était dans une pièce il se confondait avec l’ambiance et personne ne pouvait détecter sa présence. Un peu comme un caméléon qui passe inaperçu en fusionnant avec son entourage. Pourtant il n’avait vraiment rien d’un enfant retardé, bien au contraire. Son esprit était toujours en éveil et il enregistrait des pics d’intérêt lorsqu’il se trouvait avec papa. D’ailleurs lorsqu’on les voyait ensemble, c’était bien inutile de demander s’ils avaient une quelconque filiation, car l’évidence sautait aux yeux. Ils pouvaient rester des heures côte à côte, sans parler, les yeux rivés sur un bouquin et en ressentir le même plaisir. Ils se comprenaient rien qu’en se regardant et papa était fier de son fils, qu’il trainait partout avec lui comme s’il voulait l’exhiber aux yeux du monde.

Rêveur et totalement lunaire, Matty donnait toujours l’impression de survoler les petits tracas quotidiens de la vie d’un enfant de six ans et ne manifestait son mécontentement qu’en de très rares occasions. En fait je devais être son talon d’Achille, car je n’avais qu’à le regarder dans le fond de ses beaux yeux bleus pour qu’il m’obéisse aussitôt sans se poser trop de questions.

Il était donc très précoce, bien plus que moi à l’époque, à la limite du surdoué. Et malgré son jeune âge il savait déjà lire et écrire parfaitement. Mais malheureusement pour moi il ne jouait que très rarement, préférant apprendre des tas de trucs qui ne lui serviraient probablement pas dans sa vie de tous les jours, ce qui faisait bien évidemment poindre un sourire de satisfaction sur la bouche de notre père.

Il ne parlait pas beaucoup non plus et était très avare sur les gestes affectueux ou sur les câlins, ce qui désespérait un peu maman qui avait toujours une envie fulgurante de l’embrasser dès qu’il se trouvait à porter de sa main. Lorsque par inadvertance elle posait ses doigts dans ses petites boucles brunes pour le féliciter de ses bons résultats scolaires, il décampait à toute vitesse en grimaçant pour ne pas devoir rendre le geste affectueux. Je voyais bien qu’elle en soufrait. D’ailleurs elle disait souvent qu’elle avait l’impression de voir papa enfant. Qu’il avait forcement du être comme ça. Aussi sauvage et réservé, fuyant le moindre contact ou la plus petite attention qui déclencherait un malaise émotionnel.

Tout comme papa, Matty détestait la foule et se sentait perdu dès qu’un groupe se formait autour de lui. Donc j’espérais secrètement qu’il posséda aussi un futur talent d’orateur pour canaliser un auditoire lorsque son tour viendrait d’arranger l’assistance, s’il poursuivait dans la voie qu’il avait choisi.

Car bien sûr mon cher frère voulait devenir entomologiste. Passionné de nature, il trouvait que l’être humain était bien trop cruel envers le règne animal. C’était donc pourquoi il s’occupait de Némo.

Le vieux boxer aimait la tranquillité à présent, ce qui ne fut pas toujours le cas hélas. Avec maman on ne comptaient plus le nombre de chose qu’il avait dévoré au cours de ses années et Matty l’avait pris sous son aile afin de lui offrir une fin de vie digne de lui.

Il le nourrissait, le brossait, le promenait, enlevait les déjections qui fleurissaient dans le jardin lorsque l’urgence l’avait pris de cour et nettoyait discrètement celles oubliées dans le salon avant que maman ne s’en aperçoive.

Il avait sûrement l’impression que c’était son devoir de veiller sur notre « vieux Capitaine » et personne de la famille, et certainement pas moi, ne lui contestait ce choix.

Oui, je vivais dans une famille tres spéciale, avec des parents que j’adorais et un petit frère qui était le plus beau cadeau qu’ils m’aient offert un jour …

Pourtant il y avait une ombre dans ce beau tableau de famille heureuse. J’étais amoureuse d’un homme marié, qui faisait quasiment parti de ma famille et qui me considérait comme sa petite sœur. Je n’en soufrais pas encore vraiment, car je savais que le temps était pour moi, mais j’étais quand même assez perturbée quand j’entrevoyais mon avenir sans lui.

Il avait un fils, Gabriel, sensiblement du même âge que Matty et je ne savais pas si j’avais envie de me lancer dans une aventure qui n’avait aucune chance d’aboutir. Il y avait beaucoup de barrières à franchir et je doutais d’avoir la force de toutes les abattre.

Aller contre l’assentiment de papa me chagrinait fortement. Et je n’envisageais pas vraiment de choisir entre eux deux pour y coller mon bonheur. Perdre l’amour de mon père pour avoir celui de mon prince charmant n’était guère envisageable pour moi…

Néanmoins je savais pertinemment bien que Billy ferait toujours partie de ma vie…Nous étions liés à tout jamais…du moins je m’endormais chaque soir avec cette idée…

J’avais des idées bien arrêtées sur mon avenir, mais pouvait-on vraiment contrôler son destin ? Pouvait-on contrôler le grain de sable qui était dissimulé dans les rouages de la machine infernale de la vie et qui n’attendait qu’un signe pour l’enrailler ?

J’allais le constater très bientôt ……



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