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Kathleen LaCorneille
Author of 9 Stories

Rated: K+ - French - Drama/Friendship - Harry P. & Draco M. - Reviews: 117 - Updated: 06-25-09 - Published: 04-30-09 - id:5029672

Adoption

C’était une première dans l’histoire de Poudlard. L’évènement rentrerait sans le moindre doute dans les annales et obtiendrait une place d’honneur dans «L’Histoire de Poudlard». C’était du jamais vu… On en parlerait pendant des mois, une nouvelle inspiration pour un puits sans fond de rumeurs. Qu’ils survivent à leur audace était facultatif à la célébrité qu’ils obtiendraient.

Severus Rogue allait exploser.

Dans la classe, les Poufsouffles se serrèrent les uns contre les autres, prêts à se sauver au moindre signe de sortilège lancé. D’une pensée commune, ils se demandèrent ce qu’ils avaient bien pu faire au nouveau directeur pour que celui-ci les mettent dans la même classe de potion que les Serpents. Cette place était habituellement réservée aux Gryffons! C’était injuste et causerait leur mort à tous si aujourd’hui était représentatif du futur.

De leur côté, les Serpents serrèrent les dents et se préparèrent à sortir leurs baguettes, si les choses se corsaient… un bouclier ne serait pas superflu. Ils étaient habitués aux folies quotidiennes de ces deux-là, mais… Ouch! Aujourd’hui, ils étaient carrément suicidaires.

Leur professeur serra le poing et tous saisirent le message : il se retenait de ne pas sortir sa baguette et torturer ses étudiants jusqu’à ce que la cloche sonne.

"Potter! Malefoy! Cessez immédiatement!"

Son commentaire, à la fois glacial et brûlant de fureur, n’obtint aucune réaction.

"Ne m’obligez pas à me répéter et-"

"Dray… je pense que le cours a commencé…"

"Potter!"

"Et alors? On est là, c’est déjà bien…"

"Dis comme ca…"

Rogue frappa leur bureau de son poing, le visage blanc de fureur, mais aucun des deux garçons ne lui accorda la moindre attention, préférant continuer à s’embrasser sans la moindre gêne. Pourquoi devraient-ils étudier? Ils n’étaient en couple que depuis hier, alors qu’ils se connaissaient depuis plus de deux ans! Ils avaient du temps à rattraper!

Rogue finit par sortir sa baguette et ses menaces se firent tellement explicites qu’une des Poufsouffles gémit et faillit s’évanouir, mais sans résultat. Ils étaient dans leur monde et n’avaient aucune envie de lui porter attention.

Nott embrassa soudainement Blaise.

"Hey! Tu veux nous faire tuer?"

"Potter le fait bien, lui…"

"Ce n’est pas une raison!"

.Nott, Blaise, ce sera une retenue!" aboya Rogue, sans les regarder.

"Tu vois ce que tu as fait!" s’énerva la jeune fille, mécontente.

"On peut s’embrasser, maintenant qu’on est déjà puni?"

Elle soupira simplement.

"Je pense qu’ils devraient se trouver une chambre", annonça Théo. "C’est injuste pour les autres s’ils peuvent s’amuser, alors que nous devons travailler."

Sur ce, il bailla et se rendormit, la tête confortablement installée dans son livre de potions.

"DEHORS!! "ordonna finalement le professeur. "Je réglerai votre cas plus tard!"

Cette fois, ils l’entendirent et ne se firent pas prier pour obéir. Ils attrapèrent les sacs qu’ils n’avaient pas encore ouverts et coururent presque hors de la classe, un sourire satisfait au visage.

La baguette toujours à la main, Severus dut se retenir pour ne pas les rappeler et les assassiner sans plus de préambule.

Il avait la désagréable impression de leur avoir donné ce qu’ils voulaient.

……………………………….

"Les Pouff nous ont fixé tout le cours", grommela Draco, énervé et confus." Je ne sais même pas qui les effrayaient le plus, nous ou Hagrid?"

"Rogue," assura Goyle. "On a tous dû rester enfermés deux heures avec lui, après votre petite scène de ce matin… Susan Bones a failli fondre en larmes six fois."

"J’ai une retenue, à cause de vous deux", se plaint Blaise.

"Ce n’est pas ma faute si Nott t’a embrassé", rétorqua Harry, sans le moindre semblant de culpabilité.

"C’est toi qui lui a donné des idées, Potter!"

"Tout est la faute de Dray! Pas la mienne!"

Bien sûr, le blond ne fut pas d’accord avec l’outrageuse déclaration et le groupe de Serpentards continua leur argument jusque dans le château. Ils auraient persévéré à rejeter la faute sur les uns et les autres, aussi, si le Directeur ne leur avait pas coupé la route.

"J’ai une bonne nouvelle, les enfants", déclara-t-il, son sourire prenant trop de place sur son visage.

Harry vint pour répondre, bien entendu, mais la main de Draco sur son bras le retint. Il avait promis… Regrettant sa décision de laisser Rogue s’occuper de Fudge, il se tut cependant, décidé à respecter sa parole.

"Curieux, n’est-ce pas? Vous voulez savoir ce que c’est?!"

Il n’y avait que du négatif sur sa langue et Raven la mordit légèrement. Merlin! La seule vue de l’homme l’énervait! Un jour… un jour il devrait définitivement le faire enfermer. Très, très loin de lui.

Comme si sentant ses pensées meurtrières, William le regarda brusquement et sourit de plus belle, lui tendant un parchemin.

"Tadam! À vous l’honneur de lire le nouveau règlement, Petit Potter."

"Fantastique…"

Il n’était pas parvenu à retirer le sarcasme de sa voix, mais supposa que ce n’était pas grave. Il y avait après tout une limite!

"Par l’accord Mutuel du Premier Ministre de la Magie et du Directeur de Poudlard, il sera dorénavant interdit aux élèves de la maison des Serpentards de se trouver en groupe de plus de trois personnes – que ce soit à l’intérieur ou l’extérieur du château. Si un tel groupe est surpris, il sera soupçonné de complot et puni en conséquences."

Le silence s’installa dans le couloir, lourd et pesant. Les yeux ou bien s’écarquillèrent de surprise, ou fixèrent Fudge avec haine, mais celui-ci devait être immunisé, car il ne broncha pas.

"Bien entendu, je tolèrerai que vous soyez en plus grand nombre durant les heures de cours, les repas ou dans les quartiers de votre maison", dit-il, se voulant généreux.

"Quatre Serpents ne peuvent pas se promener ensemble?" questionna Harry, voulant être sûr de bien comprendre – William hocha la tête. "Mais quant est-il des autres maisons? Peut-on se trouver en compagnie de trois Serdaigles, par exemple?"

Il devait y avoir une échappatoire à ce règlement ridicule… humiliant, même.

"Oh, oh! On cherche à contourner les règles, hein! Mais rassurez-vous, jeune Harry, votre Directeur bien-aimé a pensé à tout!"

Il brandit un deuxième parchemin que Raven prit presque sauvagement. Maudire l’Idiot n’apporterait rien de bon… quoi que cela lui donnerait une certaine satisfaction… mais non! Pas question de montrer combien la stupidité de l’homme l’atteignait. Il ne lui céderait pas ce plaisir-là.

"Par l’accord Mutuel –bla, bla, bla, interdit aux élèves de la maison des Serpentards de s’associer ou communiquer d’une quelconque façon avec les élèves des autres maisons. Tout manquement a ce règlement sera sévèrement réprimander."

Il releva la tête, choqué malgré lui.

"C’est sérieux?"

La bonne humeur de l’autre fut sa réponse et il se retrouva à court de mots. C’était… plus que ridicule. C’était… pouvait-il vraiment faire une telle chose? Non. Bien sûr que non. Mais le monde était injuste et cet Idiot avait réussi, d’une mystérieuse manière, à se retrouver dans une position de pouvoir.

Il ne pourrait plus parler à Awel. Ou Hermione. Ou Neville. Ou même à Ron, avec qui il était pourtant parvenu à rester ami. Pas ouvertement, du moins, et vice versa. Sa main faillit réduire en poussières de cendres les parchemins, mais il se força à les rendre au Directeur.

Merlin… avec ces deux simples règlements, sa maison se retrouvait presque complètement fermée au reste du monde. Ce n’était même pas une persécution discrète. C’était en fait écrit noir sur blanc… et légal!

Rageur, il regarda le Directeur s’éloigner d’eux, sa démarche aussi confiante que désinvolte. Se rendait-il compte de ses actions?

"Je prends Parkinson dans mon groupe", avertit soudainement Nott.

"Goyle et Crabb peuvent se promener avec Greengrass", approuva Harry." Dray et moi pourront nous débrouiller seuls. Il faudra former des groupes chez les deuxième et première années, s’ils ne le font pas d’eux-mêmes."

"De quoi parlez-vous?" s’énerva Pansy.

Raven croisa le regard de Théo, une compréhension s’établissant entre les deux garçons, et hocha la tête. Cette année ne serait pas facile… plus dure et dangereuse que les autres, en fait, si Fudge prenait tant de liberté si tôt dans le premier trimestre.

"Ils nous séparent", expliqua Harry, "afin de mieux nous attaquer."

Dans son subconscient, il pouvait déjà entendre les cris réjouis de ses ennemis. Tout ceux qui détestait les Serpentards – et il y en avait beaucoup – aurait maintenant le champ libre pour les attaquer.

On pouvait le traiter de paranoïaque si on voulait, mais il était sûr d’une chose.

Du sang coulerait sous peu.

……………………………..

Malgré ses réservations, il avait dû se résigner à laisser Draco dans la salle commune. Selon lui, il était dangereux de se promener seul dans les couloirs, maintenant, mais rien n’était arrivé depuis la veille et il devait vraiment parler seul à seul avec Remus.

"Cesse donc de t’inquiéter", avait soupiré Dray, exaspéré. "Vincent viendra avec moi jusqu’au cours… c’est toi qui vas te promener tout seul, pas moi."

N’ayant pas de réplique convenable, il avait dû abandonner la partie. Peut-être qu’en effet, il s’inquiétait pour rien… peut-être que rien n’arriverait et que personne n’abuserait de cette nouvelle loi…

Peut-être que Voldemort allait décider de devenir jardinier, aussi.

Pour le moment, toutefois, il avait d’autres choses à s’inquiéter. Il devait confronter Remus et le convaincre de garder son secret. Ce ne serait pas facile… l’homme insisterait sans aucun doute pour qu’il en parle à ses parents, ainsi qu’à Sirius. Ce qui, bien sûr, était hors de question. Il n’avait encore rien dit à personne – même pas à Awel, et garderait le silence jusqu’à ce qu’il l’ait annoncé à Dray. Et Lupin en ferait de même. Il le convaincrait.

Trop vite, ses pieds avaient franchi la distance le séparant du bureau du professeur et il se retrouva devant une large porte d’acajou. De l’autre côté, il pouvait sentir l’odeur de l’homme, ainsi que celle de Sirius, et le loup claqua mentalement ses mâchoires, le désir de déchirer la jugulaire de son rival brûlant fort dans sa chair. Il se réprimanda sèchement, se rappelant que l’homme faisait partie de sa famille, aussi rejetée celle-ci soit-elle, et qu’il ne voulait définitivement pas le tuer. Pas même le blesser. Le loup lui lança un grognement dégoûté, promettant de rester aux aguets pour sa chance, mais se calma avec une rapidité relative… Il ne put hélas pas en dire autant des battements de son cœur.

Il essaya de se calmer. Ce n’était qu’une pratique, après tout. Rien de si important, parce que Remus n’avait pas une place aussi grande dans sa vie que Dray. Il n’avait qu’à se pratiquer sur Lupin avant de le dire à son meilleur ami. Une pratique, simplement. Rien de plus.

Sa main trembla avant de frapper l’acajou.

Merlin! C’était faux! Il connaissait Remus depuis toujours! Si l’autre refusait de garder son secret, s’il le dénonçait, si, si-

La porte s’ouvrit d’un mouvement bref, laissant apparaître Sirius.

"Harry! Tu es venu rendre visite à tes oncles préférés? Awel est déjà passé hier, il est même resté toute la soirée, avec Peter!"

Le visage de Sirius… il avait une telle ressemblance à celui de Reg! Un Reg plus en santé, plus jeune, étrangement, plus… heureux. Une pointe de ressentiment alluma en lui une colère silencieuse, encore naissante. Comment Patmol avait-il pu laisser son frère aller à Azkaban? Sans jamais le visiter? Si Awel avait été enfermé, coupable ou non, Harry savait qu’il aurait tout fait pour le sortir de là. Pourquoi Sirirus n’avait-il pas fait la même chose pour Regulus?

"Je suis venu parler avec le Professeur Lupin", dit-il froidement, des images de la Gardienne brûlant derrière ses pupilles.

L’ancien Gryffon fut pris de cours par son ton glacial et se poussa d’instinct, le laissant entrer dans leur bureau. La pièce devait être remplie d’objets intéressants, ou même de créatures, mais Raven ne regarda pas. Il devait parler, avant de perdre tout son courage. Sans savoir comment, il se retrouva planté devant le bureau où l’autre loup-garou était assis à le fixer sans ciller.

"Harry…?" questionna Sirius, visiblement confus par le comportement étrange de son filleul.

"Je veux parler à Lupin. Seul à seul."

"Mais-"

"Ne t’en fait pas, Patmol, c’est entre Harry et moi. Je t’expliquerai dès que je pourrai", promit le professeur, soupirant.

Black hésita, curieux et malheureux d’être mis à part, mais finit par concéder qu’il n’avait pas la moindre bonne excuse pour rester et dut partir, leur jetant un dernier regard avide de savoir.

Une fois la porte fermée toutefois, le silence pesa sur leurs épaules et Harry regretta presque la présence de son parrain. Nom d’une baguette! Il fallait que ses lèvres bougent et qu’il forme des mots, cohérents de préférence.

Remus fut le premier à parler.

"Comment est-ce arrivé?"

Comment? Harry se laissa tomber sur une des chaises, essayant de gagner un tout petit peu de temps….

"J’ai rencontré un autre loup-garou", finit-il par dire, s’essayant au sarcasme. "Un soir de pleine lune..

"Harry-"

"C’était un accident. Je suis tombé sur lui- ou elle? – alors qu’il était en pleine chasse. J’ai réussi à m’en tirer avec une simple égratignure, mais… c’était déjà trop tard."

"Quand?"

Le ton manquait d’émotions et il sentit le malaise grandir en lui… Toujours impassible, il offrit plus de détails, espérant mettre l’homme de son côté.

"Il y a quelque mois déjà, avant les vacances d’été."

"Le Directeur est-il au courant?"

"Personne ne l’est…"

La paume de Remus frappa de plein fouet le dessus du bureau, le faisait violemment sursauté. Il agrippa les accoudoirs de la chaise et entendit le bois gémir sous sa poigne.

"Es-tu en train de me dire que tu te transformes librement? Sans te préoccuper de la sécurité de tes camarades?"

La question le laissa perplexe. Il s’était attendu à des questions… de la colère aussi, oui, à la limite. Mais le traiter d’inconscient? C’était soudain… et désagréable.

"Je ne mets personne en danger", siffla-t-il entre ses dents.

"Où t’enfermes-tu?"

"M’enfermer? Je ne suis pas un monstre! Je cours à la Pleine Lune si j’en ai envie, merci beaucoup!"

"Rogue! Rogue me prépare du Tue-Loup, pour la Pleine Lune. Je le convaincrai de t’en faire aussi-"

"Non, je-"

"Ne t’inquiète pas. S’il refuse, je partagerai ce que j’ai avec toi. Ce sera sans doute moins efficace, mais-"

"Je n’en ai pas besoin-"

"Silence!"

Remus avait crié. Remus! Il ne s’énervait jamais et élevait encore moins souvent la voix! Mais aujourd’hui, il avait l’air livide de fureur… un étrange mélange dont on pouvait apercevoir clairement la lueur désemparée dans ses yeux.

"Tu ne réalises pas, Harry! Ce n’est pas un jeu, c’est très sérieux! Tu pourrais mettre tes amis en danger! Tu es en danger! Il y a des lois très strictes que tu dois respecter et il ne faut surtout, surtout pas en parler! Tu effraierais les autres et, Merlin! Qu’est ce que tes parents diraient!"

Le loup-garou secoua la tête et passa une main fatigué dans ses cheveux, comme désespéré.

"Je vais faire du mieux que je peux pour t’aider, crois-moi, mais il faut penser aux autres. Tu dois rester le plus loin possible de tes camarades et tu viendras t’enfermer avec moi pendant les Pleines Lunes. Je t’aiderai à garder ton secret, ne t’en fais pas… mais comment as-tu pu? Des mois! Tu aurais pu blesser – non, tuer quelqu’un!"

Son oncle le regardait comme s’il était la pauvre et contagieuse victime d’une bombe atomique.

Le ressentiment qu’il avait pour Sirius se multiplia pour Remus. Il savait que l’homme cherchait à bien faire, à sa façon, mais…

"Je n’ai pas la peste", hissa-t-il entre ses dents, furieux à son tour. "Ce n’est pas une maladie et je refuse de le prendre comme une malédiction. Je ne suis pas sale ou possédé par le démon. Je partage seulement mon être avec un loup."

"Je sais que c’est dur et je suis désolé pour toi," le sermonna presque gentiment l’homme, "mais il faudra apprendre à te contrôler, Harry. Tu ne peux pas devenir un danger pour la société. Tu-"

"Je dois quoi, Moony? Abdiquer aux lois imposées par le gouvernement? Ne jamais avoir d’enfant, me faire marquer, être constamment surveillé?"

"Pour la sécurité-"

"Je ne suis pas un danger! Je suis Harry! Je peux faire bien plus de dommages avec une baguette en main qu’avec des crocs et de la fourrure-"

"Ce n’est pas matière à rire!"

"Je ne ris pas! Et je ne devrais pas avoir à cacher ce que je suis!"

Moony sembla sur le point de crier encore plus fort et Raven sentit le loup en lui hurler son indignation, prêt à se battre pour qu’on reconnaisse son droit primale à la liberté. Il était en colère… mais avait encore la tête assez claire que pour réaliser la situation. Moony était actuellement très enthousiaste à l’idée de garder sa lycanthropie un secret. C’était le pourquoi de sa visite.

Il n’avait pas voulu la moindre compréhension, pas vrai?

"Merci de n’en parler à personne, "finit-il par dire, ignorant l’humiliation que son oncle lui faisait subir. "Merci de t’inquiéter – même si c’est inutile. Je garde ton secret, moi aussi. Je n’en glisserai mot à personne et tu en feras de même. En fait, il serait préférable d’oublier ce que je suis maintenant, Professeur Lupin. Pour nous deux."

Remus dut réaliser avoir très mal abordé le sujet, mais il était déjà trop tard. Harry avait déjà tourné les talons et quitta le bureau le plus vite possible… il aurait voulu manquer le cours de Défense qui allait suivre, une simple demi-heure plus tard, mais se retint. La dernière chose qu’il avait besoin était une autre retenue avec leur directeur, merci beaucoup…

Il espérait seulement, désespérément, que Draco ne prendrait pas la chose aussi mal.

………………………………….

"J’ai mal à la tête!" te plaignis-tu, pressant ta paume contre ton front. "Je jure qu’elle essaye de tous nous tuer!"

Nous venions tout juste de passer une bonne heure à essayer de déchiffrer de longues et compliquées suites de runes – sans grand succès. Le professeur n’avait cessé de t’interroger et toi, d’inventer des réponses. Serpentard avait perdu le peu de points acquis, par ta faute, et tu n’aimais pas l’échec. Surtout pas quand Chang, cette idiote de Serdaigle, avait réussi là où tu avais échoué. Résultat, ta patience était à sa limite et un mal de tête était la dernière chose donc tu avais besoin.

"Bathsheba n’est pas si terrible", essayais-je de la défendre – plus pour t’ennuyer que par bonté d’âme. "Et si tu l’écoutais parler, tu comprendrais qu’il y a toujours un ordre logique dans les runes-"

"Ferme là, Harry. Je sais que, toi, tu y comprends quelque chose, mais ce n’est pas une raison pour te vanter! Tu aurais pu me souffler les réponses!"

"Gratuitement? Pas question."

"Pour me faire plaisir."

"Sors avec un Serdaigle, si tu veux un petit ami qui fait tes devoirs… en tant que Serpent, j’aime mieux profiter que donner."

Tu sursautas légèrement et moi-même je restai perplexe. «Petit ami»… le terme était inconnu et les mots, dans ce contexte, étaient étranger à ma langue. Nous formions un couple depuis l’avant-veille… deux jours. Pourtant, tu avais tant de facilité à glisser ta main dans la mienne que cette évolution semblait toute naturelle. Comme si nous étions ensemble depuis des décennies et non pas quarante-huit heures.

Je jetai un coup d’œil à ma montre… il était 18 heure trente.

Ma tête se releva, pour t’avertir de ce fait, quand tes lèvres attaquèrent les miennes. Surpris, j’allais me dégager, mais tes bras m’enserrèrent, empêchant ma fuite. Sans que je le veuille, la tension quitta mes muscles et je répondis à ton attaque de façon similaire, oubliant tout besoin de respirer. J’étais ridicule. Bien sûr que notre relation était nouvelle. Plus je te connaissais et plus je découvrais des pièces d’informations manquantes sur ta personne. Plus je voulais savoir, goûter, tester… Si ma magie avait par le passé été ta drogue, tu étais présentement la mienne.

Je n’avais plus aucune intention, ou envie, de me défaire de ton emprise.

"Je n’ai pas besoin d’un –ou une – Serdaigle", assuras-tu.

J’essayai de me concentrer sur tes mots, mais ton odeur m’intoxiquait et les battements de mon cœur, résonnant dans mes tympans, me rendaient sourd. Merlin… jamais je n’avais imaginé pouvoir t’avoir pour moi, moi tout seul, mais maintenant que tu l’étais, je voulais en profiter le plus possible. Adopter tes lèvres comme si elles étaient les miennes, adopter ton parfum comme le mien… Le loup était entièrement d’accord avec moi, miraculeusement, et essaya de t’embrasser de nouveau, mais tu me fis attendre…

Tu peux être si cruel, Dray! Parler à un moment pareil, quand je n’ai que des pensées qui feraient rougir n’importe qui!

"J’aime bien mieux les Serpents", finis-tu par annoncer, souriant de cette manière si incroyable.

Je me fis miroir de ton sourire. J’étais amoureux de toi et comme on me l’avait toujours dit, l’amour rend stupide. Jamais de simples mots ne m’avaient tant fait plaisir… Étais-ce une nouvelle faiblesse?

Si oui, je n’aurais qu’à m’en accommoder.

"Moi aussi", finis-je par siffler, passant au Fourchelangue sans m’en rendre compte.

Ce soir-là, nous arrivâmes avec un bon dix minutes de retard au souper, nous gagnant un nouvel avertissement. Tu ne me sermonnas toutefois pas pour les futurs problèmes et l’attention négative, car si j’avais décidé d’adopter ton odeur, tu avais visiblement adopté mon goût pour cette simple manière de protester.

À partir de ce jour-là, nous fûmes deux à toujours arriver cinq minutes après l’heure convenue.

Cinq délicieuses minutes.

……………………………

Goyle avait un calendrier, à côté de son lit, avec des images du monde moldu. C’était un secret, bien entendu. Si jamais ses parents, ou même d’autre Serpents, en avaient entendu parler, il aurait eu de sérieux ennuis. Dans leur dortoir, par contre, c’était différent. Ils se rappelaient tous les protections apposées par Harry le premier soir de leur première année, leur garantissant une bonne marge de sécurité. Dans leur dortoir, ils étaient tous camarades et ne se trahiraient pas. Et si jamais quelqu’un d’autre l’apercevait, un léger sortilège l’empêcherait de s’en souvenir. Le calendrier était pour ami seulement.

C’était sous l’image de septembre, représentant une Ferrari roulant à toute vitesse sur les autoroutes d’Allemagne, que Raven avait aperçu la date du jour. Le 21 septembre 1993. Un Mardi.

Cela faisait maintenant 22 jours qu’il avait fait évader Regulus d’Azkaban.

Il lui avait rendu visite chaque samedi, ainsi que le lundi soir précédent. L’homme était… il… c’était difficile à expliquer. Après sept ans de prison, il essayait de se reconstruire, mais ce n’était pas facile. Harry voyait bien les regards perdus, en direction de l’océan. Savait qu’il craignait les souvenirs. Savait qu’il n’arrivait pas à s’accrocher au présent. C’était dur, pour Reg plus que pour lui, il en avait la certitude. Parfois, quand Harry entrait dans une pièce, son oncle en sortait immédiatement. Il était habitué à la solitude, avait oublié les bienfaits que pouvait apporter la compagnie. Ce n’était pas que son regard qui était perdu, c’était son être tout entier.

Mais les choses s’amélioraient, ou du moins, le garçon se plaisait à le croire. Ils pouvaient passer des heures ensemble, assis au bord de la fenêtre. Sans parler, juste à regarder le noisetier. À s’abreuver de la simple présence physique de l‘autre, à tenter de se rappeler les années trop éloignées qui avait précédé l’injuste incarcération. Parfois, aussi, ils se souvenaient à voix haute. Parfois, ils parlaient. Parfois, ils souriaient. Et même s’ils en étaient encore à retrouver la mémoire, Harry avait bon espoir. Parce qu’un jour, le temps les rattraperait et ils pourraient vivre au présent. Inventer un futur était encore un rêve fantaisiste, mais le présent semblait presque à portée de main. Oui… Regulus lui revenait, peu à peu. 22 jours étaient peu. Une poignée de sable sur la plage.

Vingt-deux jours étaient une véritable éternité d’agonie.

Chaque jour. Chaque jour, il attendait, craignait et se tordait le cou, craignant l’apparition de plumes de jais, d’un bec acéré et de cruelles serres. Mais le corbeau de Voldemort n’apparaissait jamais. Pas de nouvelles… donc bonne nouvelle, pas vrai? Faux! Il savait que le mage savait. Alors pourquoi ne rien lui dire? Pourquoi ne pas le punir, ou le féliciter, ou le tuer, le torturer, le- n’importe quoi! Voldemort attendait-il qu’il lui confesse ses actions? Aurait-il dû le contacter et supplier son pardon? Allait-il recevoir un corbeau ou un simple Avada Kedavra dans le dos?

L’attente était torture.

Il avait vu de ses propres yeux ce que l’ancien Voldemort était capable de faire… mais cette nouvelle pièce d’âme était différente. Plus patiente et définitivement plus réfléchie. Un Voldemort plus jeune, moins tordu par la folie, la souffrance d’avoir déchiré son âme.

Pas moins sadique. Pas le moins du monde.

Mais vingt-deux jours s’étaient maintenant écoulés et rien n’était arrivé. Pas la moindre rumeur de punition… peut-être ne lui en parlerait-on jamais. Peut-être qu’il n’y aurait pas de conséquences? Après tout, il était à peine une jeune recrue sans grande importance, pas même marquée. Il s’en tirerait peut-être indemne?

C’était impossible. Voldemort lui ferait payer ses actions, d’une manière ou d’une autre. Espérer était presque plus douloureux que l’Endoloris… alors il essayait de s’en empêcher. Essayait de se retenir et de se dire qu’il allait payer son audace. Essayait d’imaginer ce que le sorcier allait faire… et plus il imaginait, plus il avait peur, et plus il espérait que rien n’arriverait et plus il se tordait le cou, craignant et attendant impatiemment le corbeau et- il devenait fou. Attendre était trop dur. Comment arriverait-il jamais à jouer double jeu, comment pourrait-il jamais se faire passer pour un mangemort? Se battre en première ligne, maudissant à haute voix le Seigneur des Ténèbres, aurait été tellement moins stressant… c’était mauvais pour son cœur, il finirait par mourir d’une crise cardiaque à quatorze ans.

"Harry… notre cinq minutes est écoulé", lui souffla Dray à l’oreille, le faisant trembler.

Réalisant qu’il avait perdu du temps très précieux à s’inquiéter de son futur sort, il embrassa promptement le blond, comme pour s’excuser, avant de l’attirer vers la Grande Salle.

"On devrait se trouver un Remonteur de Temps", déclara-til.

"Et un placard inconnu de Rusard," ajouta Malefoy." Mrs. Norris nous poursuit, j’en suis certain."

"Si seulement le basilic l’avait tuée correctement, au lieu de simplement la pétrifier… je devrais peut-être lui demander de nous en débarrasser?"

"Inutile, ce serpent est trop paresseux. La dernière fois que nous sommes descendus dans la chambre, il a refusé de se réveiller... Tu te rappelles, tu le croyais mort? Gros tas d’écailles inutile-"

"Insssulter le Roi est très vilain", hissa soudain Nodh, indigné." Il a ssssimplement commencé ssson hibernation!"

"Il n’a pas hiberné, l’année dernière."

"Raisssson de plusss pour prendre de l’avance. Votre Écosssse est sssi froide… Le Roi aime mieux la chaleur… Pas de soleil pour réchauffer ssses ssssomptueusess écailles, ici!"

Draco releva un sourcil et Harry leva les yeux au ciel, mi-amusé, mi-excédé. Depuis que Nodh avait rencontré le Roi Serpent, il n’arrêtait pas de vanter ses mérites… tellement que ça en devenait agaçant.

Raven se demandait souvent comment Safran aurait agi et si elle aussi aurait admiré le vieux basilic.

Sa main serra celle de Dray... il ne le saurait jamais.

Les portes claquèrent contre les murs, refusant de briser la mauvaise habitude, et leurs pieds les guidèrent dans une Grande Salle presque silencieuse.

"Une nouvelle retenue s’impose, mes tourtereaux!" leur annonça le Directeur, mais avec moins de joie que la semaine précédente – la nouveauté de les punir s’estompait.

La dernière fois, Fudge les avait envoyé à McGonagall… Les deux heures passées à redonner leurs formes originelles aux objets déformés par les premières et deuxièmes années s’étaient révélées longues et fatigantes, quoique instructives. Recommencer serait ennuyant, mais pas la fin du monde. Ces deux heures valaient certainement l’interdit de ces cinq minutes passées ensemble.

Une étincelle s’alluma cependant dans les yeux ennuyés de l’Idiot et Raven maudit sa chance, qui l’avait une fois de plus déserté.

"Malefoy, vous n’aurez qu’à assister Professeur Bathsheba Babbling avec ses recherches de runes, si vous êtes capable d’être autre chose qu’une nuisance pour la société."

Il entendit presque les dents de Dray se briser tant le garçon les serrait. Babbling, à la table des professeurs, n’eut pas l’air plus heureuse que lui.

"Quant à vous, Potter, je vous donnerai ce qu’il y a de mieux. Une retenue avec moi, pour vous remettre dans le bon chemin! Vous pouvez être reconnaissant que je vous accorde de mon temps, alors que votre cas est sans espoir!"

Cette fois, ce fut lui qui serra ses molaires les unes contre les autres et il dut retenir un grognement de remonter le long de sa gorge. Remus lui lança un regard nerveux, comme si craignant qu’il ne se transforme en loup au milieu du jour, mais il l’ignora. Dans sa main, celle de Dray. Il pouvait rester calme. Il pouvait subir une autre retenue avec leur Directeur.

"Comme vous voudrez, "arriva-t-il finalement à dire, baillant et haussant les épaules, comme indifférent.

C’était mieux que de taper du pied, furieux, ou de s’enfuir en courant. Ils allèrent s’asseoir avec les autres Serpentards, où Vincent leur avait réservé leurs habituels sièges. Il remarqua, bien entendu, le regard envieux, bien que résigné, que lui jeta Pansy, mais n’y répondit pas. Premièrement, parce que Dray était à lui tout seul – tant pis pour elle, et deuxièmement parce que Blaise avait-

"Un œil au beurre noir?" s’étonna-t-il. "Que- qui? Comment?"

"Mêle-toi de tes affaires, Potter," fut la réponse, sèche et rageuse.

"Elle est partie sans nous ce matin", expliqua Pansy – ses mains tremblaient. "Ils l’ont attrapée deux escaliers avant le Hall. Celui où on ne voit rien du tout. Si Nott n’était pas arrivé, elle se serait retrouvée avec un bras cassé ou-"

"Ferme-la!" ordonna Blaise. "Il ne serait rien arrivé du tout!"

Ses mains à elle ne tremblaient pas, mais son poing serrait si fort sa fourchette qu’Harry s’étonna de ne pas la voir se tordre. La jeune fille était forte, il le savait. La blessure à son visage devait faire mal, mais elle ne pleurait pas. N’était pas allée se plaindre à l’infirmière. Elle se tenait droite, ignorant les regards pas si discrets de ses camarades.

Elle était forte et son respect pour elle se solidifia… mais il était tout de même furieux. Furieux qu’on ait osé blesser un de ses amis. Furieux qu’on s’en soit pris à elle. Et ce n’était pas la première! Plusieurs Serpents avaient subi des attaques plus ou moins mineures depuis que Fudge avait mis en place son nouveau stupide règlement. Rien de grave, ou d’extrêmement dangereux… rien qui allait s’arrêter tout seul. Parce que ça s’aggraverait bien avant de s’améliorer. Les autres élèves étaient hésitants, pour le moment, mais on les encourageait tellement qu’ils finiraient par prendre «courage», si on pouvait ainsi dire.

Les portes claquèrent une deuxième fois et deux Serdaigles de cinquième année entrèrent. Leurs vêtements étaient ravagés et ils abordaient plusieurs blessures. Leurs yeux se tournèrent immédiatement vers la table des Serpentards, trahissant de la peur mélangée à leur ressentiment. En quelques secondes à peine, ils étaient près d’eux, pointant Nott du doigt.

"C’est lui! Il a envoyé des septièmes années nous attaquer!"

"Il s’est amusé à nous voir nous faire tabasser! Sadique!"

Théo, occupé à voler des bouts du déjeuner de Blaise, releva la tête. Il les regarda un moment avant de froncer les sourcils.

"Connais pas", déclara-t-il.

"Sale petit-! Tu nous as presque fait tuer!"

Plus loin, Préfet Travies se crispa, comme prêt à sauter dans le tas pour défendre Nott.

Les deux idiots continuèrent à accuser le garçon et l’un d’eux avait le poing en l’air quand Blaise se leva d’un bond.

"Et pourquoi vous aurait-il attaqué, hein?"

"Nous-"

"Peut-être parce que vous avez essayé de me démolir le visage! Ca vous rappelle quelque chose?"

Le deuxième Serdaigle sortit sa baguette. Cela ne prit qu’une ou deux petites secondes, mais durant ce laps de temps, Harry croisa les yeux de son ami. Il demanda la permission : Théo la lui donna, promettant des explications plus tard.

Le sort ne sortit jamais de la baguette levée. D’un mouvement, le poing de Harry trouva la mâchoire de l’asseyant, l’envoyant par terre. Avec un sifflement, Nodh répondit à son appel, se jetant sur le cinquième année. Sans attendre, Raven empoigna le collet du deuxième adversaire et le secoua, son bras tendu au dessus de sa tête et prêt à frapper.

Une menace sortit de ses lèvres - en Fourchelangue, mais tous comprirent l’intention derrière les sons. Entendre son compagnon reptilien répondre sur le même ton ne rassura personne.

"Il va me tuer, il va me tuer! "s’écria stupidement le jeune homme.

Merlin, il en avait presque envie… le tuer? Une idée éclot dans sa tête, faisant résonance dans sa magie. Il avait quatorze ans et n’allait pas mourir d’une crise cardiaque. Parce qu’il avait survécu toutes ces années. Parce qu’il était maintenant un Apprenti, avec ou sans Maître pour le guider, cela ne le gênait pas. Sa magie était suffisante, elle lui viendrait en aide. Il trouverait son propre chemin.

Il resserra son emprise sur l’autre et attrapa les cheveux de sa nuque, l’obligeant à le regarder dans ses yeux. Sa mort… il voyait, quand il ne demandait rien. Et aujourd’hui, il demandait à voir. À partager une vision.

Ses pupilles se dilatèrent, s’agrandissant tellement que seul un léger contour de blanc resta présent. Le monde se changea en ombres. Noires, blanches, grises… Noirceur et lumière, mariées dans un éternel coucher de soleil sans couleur. Devant lui, son ennemi. Ce simple mortel osant bloquer son chemin, attaquer ses amis…

Dans les yeux de l’autre, de la peur… Il s’en régala presque, mais pas tout à fait. Cette terreur le repoussait autant qu’elle le fascinait. Sa tête lui faisait mal… il se concentra.

Une lumière de phares – aveuglante! De la pluie sur la chaussée – glissante! Une odeur de brûler – des pneus brûlaient en essayant de s’arrêter! Terrifié et paralysé et –

Douleur. De longues minutes passées à agoniser. À saigner sur la chaussée.

À mourir.

Clac! Il brisa le lien, sa vision retournant à celle de couleur et de soleil levant. Son cerveau donna un soubresaut de douleur et il repoussa le garçon, l’envoyant sur les dalles de pierres.

Le Serdaigle pleurait.

"Je suis désolé, "bafouilla le garçon. "Je ne le ferai plus – je ne toucherai plus à un seul Serpent- je – pardon!"

Ignorant son ami encore immobilisé par Nodh, il se releva et s’en alla en courant, trébuchant trois fois, avant de quitter précipitamment la salle. Si les étudiants avaient été discrets quelques minutes plus tôt, ils étaient maintenant complètement silencieux.

"Nodh, laisse ce vaurien, il ne nous causera plus de problèmes, "hissa-t-il, sans regarder son complice.

Le reptile claqua une dernière fois des mâchoires avant de grimper sur l’épaule de Harry, déçu de ne pas avoir pu ne serait-ce que goûter l’humain.

"Ce-ce sera une autre détention!" s’écria soudain le directeur, bondissante de sa chaise comme si Noël était soudainement arrivé.

"Avec plaisir", déclara-t-il froidement. "Une centaine de retenues ne me dérange pas… mais personne, personne ne touche à ma Maison."

Il parcourut la Grande Salle des yeux, faisant frissonner les autres étudiants. Sachant très bien qu’ils espéraient tous son départ, il donna un bon coup de bien au garçon resté par terre et se rassit à côté de Dray.

De nouveau, son regard et celui de Nott se croisèrent. Le dernier hocha la tête, un léger sourire aux lèvres. Remerciement subtile. Il sourit à son tour, soudain satisfait d’avoir accompli quelque chose et embrassa Malefoy sur les lèvres.

"Tu me donnes de ton thé?"

Le blond marmonna un commentaire à propos d’une double personnalité, Blaise soupira et Pansy le regarda avec plus d’envie que jamais.

Devant lui se posa soudain un corbeau au plumage noir de jais.

……………………………………

Le vent était humide. Humide mais tiède. L’élément était tout aussi libre et sauvage qu’à son habitude, mais plus lourd. Comme si portant le poids de leurs soucis. La Lune elle-même était assombrie par un océan de nuages, parvenant à peine à respirer sa lumière au travers de leurs voiles noirs.

"Severus sera bientôt là."

Ce matin-là. Le corbeau avait été invisible pour tous, à l’exception des deux amis. L’animal, après avoir essayé de leur arracher un doigt, leur avait délivré une lettre du Mage avant de s’envoler à tire d’ailes, ne prenant pas le temps d’attendre une réponse. Ça aurait été inutile, la missive contenant des ordres et non pas des questions.

Ils avaient rendez-vous ce soir-là.

"Tu penses qu’il est au courant?"

"J’en doute. S’il savait, il nous aurait arraché la tête en potion, ce matin."

"Probablement… quoi qu’il l’a presque fait, à cause de toi."

"Je lis des revues en classe si j’en ai envie… et Rogue n’a pas plus apprécié que tu me coiffes en plein cours! Il n’y avait même pas besoin-"

"Harry, tu avais un affreux nœud dans tes cheveux! Je ne pouvais pas te laisser ainsi, décoiffé en public!"

"Crabb a failli mourir, tant il riait!"

"Crabb pourrait bénéficier d’utiliser un peigne, lui aussi."

Leur conversation retomba, dérangée par le cri éloigné d’un oiseau nocturne. Les corneilles voyageaient de cimes de chêne en cimes d’aubépine, croassant leurs prémonitions sinistres.

Le vent secouait les branches, la mélodie des feuilles se faisant morbide dans leur attente inquiète.

Nerveux, Harry se mordit la lèvre et leva les yeux au ciel. Septembre tirait à sa fin et dans sa mort se lèverait une nouvelle pleine lune. Il ne savait pas s’il se devait de l’attendre avec impatience ou crainte… Remus se mêlerait sans doute de ses affaires… et Dray… Il lui faudrait bientôt avouer à Dray la vérité, avant qu’il ne l’apprenne d’un autre que lui.

"Qu’est-ce qu’il veut, d’après toi?"

Le ton du blond avait baissé, se faisant murmure anxieux, et il serra sa main, tentant sans grand succès de le rassurer.

"Je ne sais pas. Il ne nous tuera pas… pas toi en tout cas."

"Et s’il nous torture? Père revient sans cesse en tremblant – à cause de l’Endoloris."

"Alors il faudra rester fort."

Nouveau silence. De la sueur coula dans son dos et Harry frissonna. Il ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais se doutait bien que la rencontre avec le Mage Noir ne serait pas plaisante. Voldemort allait-il le punir pour avoir sorti Reg d’Azkaban? Allait-il s’attaquer à Dray pour ses bêtises à lui? Il ne se souvenait que trop bien de ce que l’ancienne partie d’âme du sorcier avait fait. Ce qui était arrivé à Karen, aux Prewett… ce qu’il avait obligé Awel à faire. Comment il avait mis cette dague maléfique entre les mains de son petit frère. Comment celle-ci, utilisant la peur et l’obéissance forcée du garçon, avait tué le père et la mère de Nathan-

"Est-ce que ça fait aussi mal que ça? L’Endoloris, je veux dire."

La question s’était voulue indifférente, Harry le savait, mais la voix de son ami sonnait effrayée dans ses tympans. Il réalisa avec une certaine surprise qu’ils étaient encore jeunes, des enfants presque… et qu’ils étaient cachés dans la forêt, en pleine nuit, à attendre une confrontation avec le pire Mage de leur temps.

Ce n’était pas juste.

Lui aussi avait peur.

"Tout ira bien, Dray."

C’était un mensonge, mais la vérité n’avait pas sa place sur ses lèvres, n’était pas demandée.

Plus loin, une branche se brisa sous le poids d’un homme : Rogue arrivait. Rapidement, avec le faible espoir de calmer son ami, qui était aussi tendu qu’un arc, il se pencha vers lui, murmurant à son oreille.

"Et s’Il nous tue, tu n’échoueras pas notre prochain test de runes, non?"

Malefoy lui jeta automatiquement un regard noir, bien entendu. Le commentaire était déplacé, sans compter inutile. Il avait eu l’effet voulu, toutefois, car le sérieux de la situation avait pour une milliseconde été oublié.

L’ombre de Rogue apparut dans la clairière et le sorcier remarqua immédiatement leur présence, relevant brusquement sa baguette dans un sursaut à peine camouflé. Son souffle était court et Harry devina qu’il venait tout juste d’être appelé, n’ayant pas eu le luxe d’être averti d’avance… ni la chance de s’inquiéter toute la journée.

"Severus," accueillit-il, souriant." Un peu plus et vous étiez en retard… Notre Lord n’aime pourtant pas attendre, si j’ai bien compris."

"Potter?! Draco?! Que diable faites-vous ici?"

Il avait plissé les yeux et les regardait avec suspicion, sa surprise bien cachée derrière une bouffée de colère.

"D’après toi? "répondit sèchement Draco, jetant un regard frustré à son parrain.

Harry s’accorda une seconde de confusion, curieux de la colère presque tangible dégagée par son meilleur ami. Depuis la rentrée scolaire, le blond semblait furieux… plus tard, il devrait vraiment demander pourquoi. Demain peut-être… mais plus tard. Maintenant n’était vraiment pas le moment.

"Vous-Savez-Qui a demandé à nous voir ce soir," expliqua Harry, jugeant une dispute risquée. "Vous êtes supposé nous amener jusqu’à lui."

"Impossible-"

S’étant attendu à des protestations, il tendit la lettre. Elle se crispa sous la poigne de Rogue alors que celui-ci la parcourait des yeux… et Harry se demanda. Il ne pensait pas que l’homme soit un Mangemort, pas un vrai. Sans doute un espion au compte de Dumbledore, c’était la meilleure probabilité. Mais il y avait cette mince chance… Ce risque qu’il se trompait. Peut-être le professeur jouait-il réellement double jeu. À son propre compte, projetant de s’associer avec ceux qui gagneraient la future guerre, quand celle-ci serait finie. C’était une possibilité. Il devrait donc se montrer prudent, s’il ne voulait pas son propre double-jeu dévoilé au grand jour. Qui plus est, le professeur savait qu’il était le réel Survivant. C’était un secret portant le considérable poids de sa vie.

"Je vois," finit par murmurer l’homme, lui rendant la missive. "Je dois avouer ne pas m’être attendu vous voir joindre les rangs si jeunes, mais s’il en été ainsi décidé, je n’ai rien à dire."

Les mots, vides d’émotions, les laissèrent mal à l’aise. Si Rogue les croyait véritablement au Service du Lord, ils venaient tout juste de le décevoir… mais il n’était pas un naïf. Il devait se douter de leur véritable intention, non? Si oui… était-ce une bonne ou une mauvaise chose ou-

Severus, Harry réalisa, était un des éléments les plus instables dans son plan. Un danger. Il devrait bientôt mettre les choses au clair.

"Au moins, vous avez eu la décence de vous habiller correctement pour la cérémonie."

"Cérémonie?"

Oui, Dray avait insisté pour qu’ils soient sur leur trente et un, mais plus par vanité qu’autre chose… de quoi parlait-il?

"La Cérémonie d’Adoption, qui a lieu ce soir, quoi d’autre? Maintenant, cessez de me faire perdre mon temps."

Il leur empoigna chacun un bras et Harry eut le temps de rencontrer le regard confus de Dray avant de sentir Rogue commencer à transplaner, les emmenant avec lui. C’était impressionnant. Transplaner, pour commencer, n’était pas à la porter de tous les sorciers. Certains ne s’y risquaient jamais, craignant la perte d’un membre. Beaucoup utilisait leur baguette et la majorité ne pouvait se permettre d’emmener quelqu’un avec eux. Rogue le faisait sans baguette en transportant deux autres personnes – sans la moindre hésitation. Sans destination fixe non plus, juste en suivant l’appel douloureux de sa marque.

Un allié - ou ennemi – redoutable. Harry comprenait que tous le voulaient de leur côté.

Le sol, qui avait disparu de sous ses pieds, revint brutalement sous ses talons, le libérant du sentiment suffocant accompagnant toujours ce mode particulier de déplacement. Le loup retrouva immédiatement son équilibre, ses sens en alerte et ses oreilles tendues. Dray, lui, parut sur le point de trébucher, mais son parrain le soutint, l’obligeant à rester droit.

"Ne vomit pas sur moi!" lui ordonna le blond, s’éloignant brusquement de lui, contraignant Rogue à reculer en même temps.

"Je ne me sens pas malade," rétorqua-t-il, légèrement insulté. "Pas quand c’est quelqu’un d’autre qui m’emmène."

"Tu es sûr?"

Agacé, il détourna les yeux, ignorant le regard interrogateur du Maître de Potion, et observa leurs alentours.

"Nous sommes chez toi, Dray."

C’était vrai. Le Manoir des Malefoy se trouvait devant eux, imposant comme jamais. À la porte, restée grande ouverte, se trouvait Narcissa. La dame portait une pure robe blanche, détonant fortement avec la noirceur l’entourant. La manche de satin ivoire était relevée, mettant son bras droit à nu.

La Marque des Ténèbres, noire et violente, y était incrustée.

"Severus, Draco, Harry", accueillit-elle froidement, comme à son habitude.

"Narcissa. Sommes-nous les derniers?"

"Les Krums ne sont pas encore arrivés, mais Lucius ne sera pas heureux que Draco soit là si tard, vous feriez mieux d’entrer sans délais."

Elle sortit sa baguette et l’agita. Une fumée bleu foncée en sortit, tournant autour d’eux avant de fondre dans la nuit. S’il se souvenait bien, c’était un sort de détection. La fumée se serait faite poison mortel s’ils avaient prétendu être un autre, ou sous l’influence d’un sortilège tel que l’Imperius. Jamais il ne l’avait vu être performé – c’était non seulement interdit, mais très difficile. La mère de Dray ne devait visiblement pas être sous estimée. Accueillir les visiteurs, quand on était femme de Mangemort, n’était pas matière à la plaisanterie.

À la suite de leur professeur, ils pénétrèrent la demeure, décontenancés. Jamais ils ne s’étaient attendus à ce que la réunion soit ici tenue… pourtant c’était logique. Beaucoup de rencontres avaient eu lieu ici, cet été. Cependant… voir le manoir, la maison de Dray, devenir l’officiel territoire du Mage n’était pas rassurant. Le décor, pourtant familier, ne leur procura pas de réconfort – c’était plutôt le contraire. Si les choses tournaient mal, impossible de s’enfuir et de se cacher chez eux – ils y étaient déjà. Ce qu’ils avaient n’étaient déjà plus à eux.

Suivant le bruit des conversations, ils traversèrent quelques corridors et entrèrent dans la salle de bal. Harry n’y avait pas encore mis les pieds, l’occasion ne s’étant jamais présentée, mais s’il avait dû se limiter à un mot pour la décrire, il aurait choisi immense. De nombreux lustres et chandelles flottantes éclairaient la pièce gigantesque, mais la lumière des flammèches ne parvenait pas jusqu’au plafond, le laissant plongé dans la noirceur. Trois tables avaient été dressées, mais aucune nourriture n’y était présente, juste des verres de divers vins et champagnes. Dobby, plus endommagé que jamais, présentait des cigares couteux aux hommes alors qu’un autre elfe les leur allumait. Une femme – probablement l’épouse d’un des invités, jouait un air classique – quoique complexe - au piano, accompagnée du murmure bruyant des conversations. Ici et là, l’éclat d’un joyau se faisait voir, tous plus hors de prix les uns que les autres.

On aurait davantage dit une soirée mondaine pour gens très fortunés qu’un rassemblement de meurtriers rebelles. Une fois de plus, il ressentit une gratitude énorme envers Dray, qui l’avait forcé à bien s’habiller et se coiffer.

"Maître Malefoy, Dibby se fera un plaisir de vous débarrasser de votre manteau, ainsi que de celui de votre ami."

Harry lui tendit sa cape, se retenant de la remercier, mais sourit en apercevant le regard jaloux du cousin de celle-ci.

"Un cigare?. proposa le petit elfe, apparaissant soudainement, au grand déplaisir de Dibby.

"Je ne fume pas, "réprimanda Draco, comme si la créature aurait déjà dû le savoir.

"Avec plaisir," accepta Harry, sachant très bien que la fumée énerverait son petit ami.

Dobby sourit à pleines dents alors qu’il se servait, mais avant que son compagnon ne puisse le lui allumer, un des invités les accosta.

"Severus," dit-il, sa voix doucereuse. "Cela fait si longtemps…"

"Karkaroff. Je ne savais pas votre neveu en âge d’être adopté."

"Il vient tout juste d’avoir ses dix-sept ans. Un brave garçon, bien qu’il ne soit pas aussi doué que je l’aurais souhaité… Vous êtes ici pour administrer les potions, j’imagine?"

"Bien évidemment, quoi d’autre?"

"Êtes-vous prêt? La réunion ne devait avoir lieu que la semaine prochaine, après tout."

"Seul un idiot ne serait pas préparé pour toute éventualité. Notre Lord mérite un service hors pair et non pas une potion de dernière minute. Diriez-vous le contraire?"

"Ah, mon brave Severus, nul besoin d’être ainsi sur la défensive, je ne faisais que bavarder."

L’homme semblait fort nerveux et Harry ne se rappelait pas l’avoir vu cet été-là. Le nom ne trompait pas, toutefois, et il devina qu’il s’agissait du directeur actuel de Durmstrang. Il dégageait une impression de faiblesse, mais Raven resta sur ses gardes. Le sous-estimé serait une grossière erreur si l’individu avait réussi à se hisser à la place de directeur dans une école aussi brutale.

On avait remarqué leur arrivée, à présent, et un autre homme s’avança vers eux. Il ne s’adressa toutefois pas à Severus, mais plutôt à lui.

"Es-tu certain de pouvoir fumer cela sans t’étouffer, gamin?"

La moquerie en fit rire quelques uns, mais Harry sourit à son tour. Être nerveux, avoir peur, craindre cette rencontre… c’était dangereux. Non, s’il devait jouer le jeu, il devait le faire correctement, à cent pourcent. Il était un jeune Serpentard, avide de faire ses preuves. Il était puissant et voulait se jeter à corps perdu au service du Mage Noir, voulait devenir un Mangemort craint et respecté. Il était un Fourchelangue. Il était de la royauté!

Harry sentit son masque prendre possession de son être entier et son sourire s’élargit, se sachant dans son nouveau rôle.

Avec une simple pensée, il fit apparaître une flamme au bout de son doigt et alluma le cigare, prenant une large bouffée toxique. Il la garda un moment dans ses poumons, se félicitant mentalement d’avoir repris un contrôle minimal de sa magie, avant de la relâcher dans le visage de l’homme. Pour son mérite, celui-ci ne toussa pas.

"Il ne goûte pas aussi bon que les cris de ta soeur, Lestranges, mais ça va, merci."

"Que-"

"J’ai entendu dire qu’elle n’avait pas apprécié Azkaban… J’espère qu’elle s’adapte mieux à Dumstrang?"

Il avait dirigé sa question à Karkarof, insultant encore plus Alastar en l’ignorant. Il avait vu l’homme à plusieurs reprises dans la Gazette du Sorcier, c’était un jeune Auror, quoique médiocre, et le frère de Mylène, la Serpentard qui l’avait torturé l’année précédente.

"Dumstrang sait faire de tous un sorcier ou une sorcière hors du commun, Mister Potter. Vous y seriez certainement à votre place…?"

"Poudlard me satisfait, merci. J’y ai tout ce que je veux."

Avant que la situation n’ait la chance de s’empirer, les Krums arrivèrent, suivi de Narcissa. Les portes de salle de bal se refermèrent et le piano cessa sa mélodie. En vitesse, les elfes récoltèrent tous les cigares (ce qui était une honte, Harry ayant à peine eu le temps de goûter le sien ) ainsi que les verres. Les trois tables disparurent sans le moindre son et la tension monta, se faisant palpable. Suivant les regards, les deux amis se tournèrent vers la scène.

Voldemort s’y trouvait.

Depuis combien de temps? Personne ne l’avait vu arrivé, personne n’avait même aperçu son trône… Les nerfs se crispèrent, la paranoïa envahissant tous les esprit, et d’un mouvement commun ils s’agenouillèrent tous, sachant fort bien que rester debout serait considéré comme une insulte et serait, par conséquent, puni.

Sa cicatrice brûla, mais une rapide technique d’Occlumentie réduisit la douleur et il parvint à l’ignorer. Elle ne s’en irait pas, il le savait, c’était à lui de s’y habituer.

Lockhart –non, l’homme prétentieux avait disparu. Sa vanité seule était encore présente dans ce qui avait été jadis son corps. Voldemort laissa négligemment sa coupe de vin tomber par terre, comme lassé de la tenir et leur sourit paresseusement, la malice saturant chacune de ses pores.

"Mangemorts… vous voilà enfin réunis. Après huit ans, la Cérémonie d’Adoption peut enfin avoir de nouveau lieu. Huit longues années… mais voilà que déjà, la nouvelle génération est impatiente de servir."

Il les observa sans rien dire pendant de longues et pénibles minutes, tous souhaitant que ses yeux ne s’arrêtent ni sur eux, ni sur leur protégé.

Ils n’auraient pas dû s’inquiéter. Il y avait une personne dans la salle détenant la pire chance du monde. Ce fut elle que le Lord remarqua.

"Harry! Je vois que tu es venu mon enfant. Relève-toi."

Une partie de lui paniquait. Elle le suppliait, voulant qu’il s’en aille loin, loin, loin. Il devait être fou pour se jeter à la merci de son ennemi si facilement! Qu’avait-il dans la tête? Non, non, non, il devait s’enfuir tant qu’il le pouvait encore!

L’ignorant complètement et la bannissant dans les profondeurs de son cœur, il se releva.

"Sais-tu pourquoi tu es ici?" demanda le Mage.

"Parce que vous m’avez fait demander, Mon Seigneur."

"N’es-tu pas curieux?"

"Poser des questions n’est pas ma place."

"C’est vrai… approche-toi."

Il refusa de se retourner pour être rassuré par Dray, ou le rassurer lui-même, même quand il le devina inquiet. Contournant les corps agenouillés, il s’avança, s’arrêtant au bas des quelques marches le séparant de Voldemort. Il n’osa pas le regarder dans les yeux, bien sûr. Cela aurait pu être interprété comme un geste de défi. Défier pouvait mener à une mort prématurée.

"Vois-tu Harry, aujourd’hui est un jour spécial. Il y a plusieurs étapes à suivre avant de recevoir l’honneur de ma marque, avant de la mériter. Il y a le premier Test, que toi et ton ami Draco avez passé ensemble."

L’été passé en forêt, à se faire baver dessus par des ours. Il espérait ne jamais répéter l’expérience, merci beaucoup…

"Ensuite, il faut qu’un membre de la famille proche, déjà à mon service, se porte garant. Cela s’appelle la Cérémonie D’Adoption, car l’Aspirant est adopté par ce qu’on appelle un Guide. Si l’Aspirant ne répond pas aux critères, ce sera à son guide de le ramener dans la bonne voie et lui ouvrir le chemin de la grandeur."

Oups. Il doutait que James soit secrètement un Mangemort… On lui assignerait peut-être Severus?

Sentant que la Mage attendait une réponse, il força ses lèvres à bouger.

"Je suis désolé, Mon Seigneur. Jamais un Potter n’a eut la présence d’esprit de vous servir avant aujourd’hui… Une honte dont je ne saurais me défaire."

L’amertume et la rancœur teintant ses mots firent sourire le Lord, alors que le léger embarras le rassura dans sa position de pouvoir.

"Une honte, en effet. Mais Lord Voldemort est généreux et sait reconnaître le talent quand il le voit. Et si tu es orphelin dans ta loyauté, il est de mon devoir de t’assigner un guide capable de t’aider dans ton ascension."

Un mauvais présage lui glaça le sang et il réprima un frisson.

Faites que ce soit Severus. Faites que ce soit Severus. Faites que ce soit Severus.

"Rogue!"

Merci Merlin!

"Amène la première dose de potion!"

Ce serait Rogue, pas vrai?

Le professeur s’avança, présentant une fiole de potion au Mage en s’inclinant profondément. Son Maître la prit aussitôt, l’observant à la lumière des chandelles.

"Ça ira."

Severus alla aussitôt se remettre à genoux, un peu plus loin, le laissant de nouveau seul à proximité du tueur.

"Oui, jeune Harry, pour toi j’ai choisi le meilleur guide qu’il soit. Je devine en toi un potentiel énorme et je sais que t’avoir dans mes rangs sera un atout."

Il ouvrit la fiole, se perça le bout du doigt avec un de ses propres ongles et y fit tomber une goutte épaisse de sang avant que la coupure ne se referme d’elle-même.

"Bois, je serai ton Guide, jeune Aspirant."

Non.

Son être entier rejeta l’idée, son âme révulsée à la seule possibilité.

Il était un futur Mangemort, toutefois, et n’avait pas de choix. Avec un sourire à peine perceptible et une subtile lumière d’incrédulité visible dans ses yeux verts, il prit la fiole des doigts du Mage qui sembla satisfait de sa réaction.

"Je vous serai à jamais reconnaissant de cet honneur, Mon Seigneur."

Sur un signe de tête de l’homme, il fit cul sec de la potion.

Ses veines brûlèrent brièvement, sa tête tourna, sa cicatrice sembla exploser et son âme gémit, émettant une protestation torturée dans le creux de son être.

À l’extérieur, il sourit et s’inclina devant son supposé Lord.

Peut-être… peut-être qu’il venait de franchir une ligne qu’il n’aurait pas dû.

Après tout, il y avait une limite à ne pas dépasser, même en gardant ses ennemis les plus proches de lui possible. Le jeu était à double sens… N’était-il pas lui aussi l’ennemi de son ennemi? La potion s’intégra à son système et son cœur se serra. Il avait été Adopté. Il devrait garder son masque d’Aspirant aussi longtemps que le Lord serait son guide, sinon, la vérité serait dévoilée… Ce qui voulait dire que la seule solution, pour être de nouveau lui-même, serait de...

Devenir un Mangemort. Et le plus tôt possible.

………………………………………...



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