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Anime/Manga » Saint Seiya » Une deuxième chance: les side stories
Alaiya
Author of 28 Stories
Rated: T - French - Reviews: 87 - Updated: 11-26-11 - Published: 05-16-09 - id:5065227
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Titre : La révolte (chapitre 3)

Auteur : Kiranagio

Rating : PG-13

Nombre de mots : #2 300

Genre : drame/aventure

Situation : préquelle

Personnages : Tout le monde


La révolte

Par Kiranagio

Chapitre 3. Dans les blés murs, il y a des fleurs sauvages.

― Tu n'as pas fait ça !

La voix de Shiryu, habituellement calme, résonna dans la petite pièce à un tel niveau sonore que Dôkho en laissa échapper le livre qu'il tenait à la main. Rachel ferma les yeux. Elle avait beau s'être attendue à la réaction de son compagnon, l'affrontement n'en restait pas moins pénible.

― Et qui d'autre aurais-je pu choisir, Shiryu ? Pas un seul d'entre eux n'a levé le petit doigt pour le contrer ! Pas un seul !

Dôkho se tassa sur son fauteuil, souhaitant ardemment se faire oublier. Il comprenait la colère de Shiryu. Lui-même, lorsqu'il songeait à l'assassinat de Shion, sentait la révolte gronder dans ses veines. D'un autre côté, Rachel avait raison : personne parmi eux à part Saga n'avait les reins assez solides pour assumer la charge du Sanctuaire.

― Tu aurais préféré que je laisse l'organisation sans tête ?

― Tu me demandes s'il vaut mieux un dirigeant fou et meurtrier plutôt que pas de dirigeant du tout ? Tu souhaites vraiment que je réponde à cette question ?

Rachel posa la main sur le bras de Shiryu dans un geste d'apaisement.

― Laisse-lui au moins une chance de prouver…

― Quoi ? Que tuer son prédécesseur est un moyen légitime d'accéder au pouvoir ? Jamais.

La porte d'entrée claqua derrière un chevalier du Dragon révolté, et Rachel soupira en se tournant vers Dôkho.

― Et naturellement, vous n'allez rien faire pour l'arrêter.

Le chevalier de la Balance fit mine de s'absorber entre les pages de son livre.

― Ça vous arrange bien, finalement, siffla Rachel. Vous n'avez pas le cran de vous révolter contre Saga, alors vous laissez votre élève faire le sale boulot à votre place.

― Il suffit ! explosa à son tour Dôkho en posant le livre. Je te rappelle que c'est toi qui as confirmé Saga au poste de Grand Pope. Nous devons tous assumer les conséquences de nos actes.

Seul le claquement de la porte lui répondit. Pas un pour rattraper l'autre, songea Dôkho en allant se rasseoir. N'empêche qu'il connaissait suffisamment Shiryu pour savoir qu'il n'allait pas s'en tenir aux paroles. Et que les temps à venir s'annonçaient agités. Pour sa part, il ne souhaitait pas s'impliquer dans le conflit. Pas par lâcheté, comme l'avait insinué Rachel. Mais parce qu'en toute conscience, il ne parvenait pas à décider lequel des deux camps avait raison. Et cette incertitude le déchirait.

Shiryu ressortit de la cascade un peu plus calme, et pas franchement étonné de constater que Rachel avait disparu.

― Que vas-tu faire ? questionna Dôkho en le regardant essorer ses cheveux. (

― Téléphoner, répondit laconiquement le chevalier du Dragon en partant s'enfermer dans sa chambre avec le combiné.

Dôkho soupira. Il ne se représentait que trop bien les destinataires de ces coups de fil. La fondation Kido avait laissé des traces indélébiles.

Shiryu contempla un instant en silence la liste posée sur ses genoux. Les anciens de la fondation Kido. Le meilleur centre d'entraînement pour les futurs chevaliers, paraissait-il. Et l'endroit où il s'était fait des amis indéfectibles. Ils partageraient son indignation, il en était certain. Et alors… Et alors il serait temps de montrer à un certain Saga qu'il ne pouvait pas tout se permettre.

Il hésita avant de former le premier numéro. Seiya avait beau avoir été son ami le plus proche, il n'avait pas obtenu la charge si convoitée, battu au dernier round par Cassios. Il savait que l'adolescent en avait conçu une profonde amertume, et que celle-ci était souvent mauvaise conseillère. Mais il ne pouvait envisager de se battre sans lui à ses côtés.

Ses doigts composèrent le numéro d'un karaté-club de la banlieue de Tokyo.

Ils répondirent tous présents à son appel.

Seiya ne se fit pas prier pour quitter le petit club où il végétait en ruminant sa rancœur.

Shun, toujours en apprentissage auprès du chevalier d'Albior de Céphée, en compagnie de June, se montra aussi révolté que le Dragon par l'usage brutal de la force dont avait fait montre Saga. Aussi bien son maître que sa partenaire d'entraînement semblaient décidés à le soutenir, c'était autant de forces acquises.

Ikki, qui venait tout juste d'obtenir son statut de chevalier de bronze, restait marqué par la mort de sa bien-aimée lors d'un accident d'entraînement. Cela avait beau avoir été involontaire, il en gardait une solide rancune contre son maître, et par extension, contre l'ensemble de la chevalerie. Toutefois, il restait peu concerné par les luttes de pouvoir, et Shiryu ne l'avait contacté qu'après s'être assuré de la participation de Shun. Le grand frère se trouvait prêt à tout pour défendre le petit.

Il y avait encore Jabu de la Licorne, Ban du Lionet, Ichi de l'Hydre, Nachi du Loup, Geki de la Grande Ourse, Aya de la Girafe et Resa de la Colombe, tous et toutes fraîchement intronisés chevaliers de bronze. Et enfin Jeanie de l'Oiseau de Paradis, encore en cours d'entraînement aux Etats-Unis mais qui ne leur aurait pas pardonné de l'avoir laissée à l'écart.

Pour le dernier, il avait hésité. En raison de son âge, d'abord : à treize ans, Hyôga n'avait pas achevé sa formation auprès du chevalier Crystal. En raison ensuite des problèmes que ne manquerait pas de lui poser sa participation à la révolte : certes, Camus n'était pas son formateur direct, mais en tant que chevalier du Verseau, il supervisait sa formation, et le gamin lui était très attaché. Or il était fatal qu'un jour où l'autre, ils se heurtent aux chevaliers d'or si ceux-ci faisaient le choix de rester fidèles à Saga – et d'après ce qu'en avait rapporté Rachel, il semblait bien que ce fût le cas. Shiryu ne souhaitait pas placer leur jeune camarade face à un dilemme le jour de l'affrontement.

Cependant, Shun avait insisté en disant que le choix appartenait à Hyôga, et qu'il avait le droit au moins d'être mis au courant. Ce que Shiryu avait fini par faire, au bout de quelques jours. L'apprenti chevalier du Cygne avait demandé à réfléchir. Il restait deux semaines avant la réunion des bronzes, programmée au Japon dans le centre d'entraînement où ils s'étaient tous connus. Sa présence à ce moment, avait déclaré Shiryu, déciderait de sa participation ou non au mouvement.

Hyôga resserra le lien du sac de sport qui contenait le strict nécessaire pour une semaine de voyage avec le désagréable sentiment de tirer le trait sur une partie de sa vie. Certes, il lui restait trois ans avant d'acquérir son titre de chevalier de Bronze. Mais ce ne serait plus maître Crystal qui superviserait son entraînement, mais Camus du Verseau. Et sans doute ne s'entraînerait-il plus dans la même perspective.

Crystal avait poussé les hauts cris lorsqu'il avait évoqué, à mots couverts, la possibilité de remettre en cause la mainmise de Saga sur le Sanctuaire. Pour lui, un chevalier quel que soit son grade devait obéissance au Sanctuaire, et le Sanctuaire, c'était le Grand Pope. Que l'actuelle héritière Dothrakis soit actuellement… en déplacement… ne changeait rien à l'affaire.

C'est alors que Camus était arrivé. Crystal avait sollicité son aide pour faire rentrer quelques notions de bon sens dans la blonde tête de son élève. Mais le chevalier du Verseau s'était simplement agenouillé devant l'adolescent, l'avait fixé longuement au fond des yeux et puis lui avait conseillé de faire selon sa conscience.

« Quelle que soit ta décision, c'est moi qui me chargerai désormais de ton entraînement. »

Alors Hyôga avait décidé de se rendre au rendez-vous organisé par ses anciens camarades. D'un part parce qu'il avait envie des les revoir, tous. D'autre part, parce que le coup d'Etat de Saga révoltait son âme encore profondément idéaliste.

Camus avait signé sans sourciller toutes les autorisations nécessaires. Hyôga ne comprenait pas comment le chevalier du Verseau pouvait cautionner des actions qui les conduiraient, en mettant les choses au pire, à s'affronter mutuellement, mais il avait décidé sagement de ne pas creuser la question. Il y avait trop de choses sombres qu'il sentait enfouies sous la surface chez son futur maître, et il ne tenait pas à découvrir lesquelles.

― Nous sommes tous là.

Shiryu sursauta à l'appel de son ami. Il était étrange de se retrouver au centre Kido, après toutes ces années. Les responsables les avaient accueillis fort aimablement, et même mis des infrastructures à leur disposition, mais ils ne paraissaient nullement désireux de savoir ce qui s'y tramait.

― Oui, répéta-t-il lentement, nous sommes tous là…

Dans la cour, en contrebas de la fenêtre à laquelle il se tenait, des adolescents conversaient par petits groupes. Il sourit faiblement en constatant que Hyôga semblait être dès sa descente de l'avion tombé sous le charme de Jeanie, dont l'assurance en remontrait aux plus âgés.

― Des gosses, murmura-t-il.

Oui, ils n'étaient que des gosses qui voulaient s'opposer aux grands. D'une certaine façon, il s'en voulait de les entraîner dans cette aventure. Son regard tomba sur Shun, qui parlait avec Ban et Aya, sans lâcher la main de June. Jamais il n'aurait dû les accepter, et pourtant leur indignation était tout autant légitime que la sienne.

Il était illusoire de penser qu'ils pourraient l'emporter face à des chevaliers d'or. Mais au moins pourraient-ils faire entendre leur voix. Ne pas accepter l'inacceptable sans lutter.

Les propres défenseurs de Saga semblaient d'ailleurs nourrir certains doutes sur la légitimité du nouveau Pope. Dôkho ne l'avait pas plus empêché de partir que Camus n'avait retenu Hyôga. Quant à Albior, il avait carrément poussé ses élèves dans la révolte.

― Nous allons nous battre, affirma Seiya, le regard fiévreux.

― Non, Seiya.

― Quoi ? Mais on ne va pas rester les bras croisés, quand même !

― Non, bien sûr que non. Mais nous ne sommes pas des sauvages, nous. Nous allons dénoncer la situation. Nous allons dire ce qui ne va pas. Et quelqu'un finira bien par nous entendre.

― Comme Rachel ?

Shiryu foudroya son meilleur ami du regard. Il ne goûtait guère l'ironie de la remarque, ni ce qu'elle recouvrait.

― Rachel se trouve dans une situation délicate, protesta-t-il loyalement. C'est… particulier.

Tellement particulier qu'il ne l'avait plus vue depuis leur dernière dispute. Au moins, cela lui évitait de prendre parti, songea-t-il amèrement.

― En gros tu veux faire une pétition, conclut Seiya sans même se donner la peine de cacher le mépris que cette idée lui inspirait.

― En gros, oui. Comprend, Seiya, nous sommes des gens respectables, nous. Nous nous battrons à visage découvert, et avec des armes honorables.

― Sauf que rien ne te dit que la riposte le sera.

― C'est bien pour ça, Seiya… Nous ne pouvons pas exposer des enfants.

― Les enfants finissent tous par grandir, remarqua Seiya avec une logique imparable.

Shiryu sourit faiblement. Un jour, oui, peut-être. Mais pour le moment, l'heure était à la parole.

Assis au bureau du Grand Pope, Saga froissa nerveusement le message entre ses doigts. Un tract de plus à l'initiative de ces petits cons… Ils commençaient à lui courir sérieusement sur le système. Et en plus il souffrait de l'une de ces migraines qui devenaient récurrentes. Cependant, il ne pouvait rien faire ouvertement contre eux. Cela aurait été aussi risible que de voir un lion se battre à coups de griffes contre des moustiques. Et pourtant Dieu savait que ces bestioles minuscules pouvaient se montrer irritantes. De plus, il existait quelque chose qui s'appelait la liberté d'expression, et dont usaient et abusaient Shiryu et ses petits copains.

Il grinça des dents au souvenir du chevalier du Dragon. Il l'avait détesté au premier regard, et il avait eu raison. Non content d'avoir entraîné Rachel hors du droit chemin, il se livrait à présent à un travail de sape totalement indigne d'un chevalier, même de bronze. C'était petit, mesquin, et… et ça ne méritait même pas qu'il s'y arrête. Voilà. Il allait les oublier, purement et simplement. Ils finiraient bien par se lasser, à force de constater que leurs actions restaient sans effets. Mais qu'ils posent un pied, un seul, en dehors de la légalité, et il se ferait un plaisir de les écraser.

Son regard erra un instant par la fenêtre, reflétant le ciel uniformément bleu. Rachel… Que pouvait-elle bien faire, en ce moment ?

― Et tu es fier de toi ?

― Pas particulièrement, admit le Dragon. Mais il fallait bien que nous fassions quelque chose. Rachel, nous ne pouvions pas rester les bras croisés. C'est contre toutes les valeurs que…

― C'est bon, épargne-moi ton discours, je le connais par cœur. Laisse-moi te dire qu'il manque cruellement de réalisme.

― Laisse-moi te dire que si le réalisme consiste à assassiner son prochain pour prendre sa place au prétexte que la façon dont il gère les affaires ne nous plaît pas, je suis effectivement l'homme le plus irréaliste du monde.

― Shiryu…

Rachel s'approcha du jeune homme qui se tenait debout près de la cheminée, les bras croisés dans une attitude de défi.

― J'en ai assez que nous nous disputions à ce sujet. Passons un accord, veux-tu ? Je te laisse faire ce que tu veux avec tes petits copains, mais en échange, je ne veux pas entendre un mot à ce sujet à la maison.

― Ça me parait correct, approuva le Dragon.

Lui aussi se lassait de leurs dissensions au sujet du nouveau Grand Pope. Et, même s'il refusait de l'admettre, sa haine à l'égard de l'usurpateur se mêlait d'une certaine dose de jalousie envers l'homme que, malgré sa forfaiture, Rachel continuait d'estimer. Alors il n'allait certainement pas faire quoi que ce soit qui puisse repousser la jeune femme vers le Sanctuaire.

― Désormais, promit-il en la prenant entre ses bras, je ne te parlerai que de ton incomparable beauté…

― Vil flatteur…

― … et de la façon dont je t'aime.

Leur baiser scella une réconciliation fragile, mais sincère. Aucun d'entre eux n'imaginait alors l'engrenage fatal qui allait conduire, moins de deux ans plus tard, à l'embrasement de la révolte.

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