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Anime/Manga » Saint Seiya » Une deuxième chance: les side stories
Alaiya
Author of 28 Stories
Rated: T - French - Reviews: 87 - Updated: 11-26-11 - Published: 05-16-09 - id:5065227
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Titre : Présent

Auteur : Elane (fanfic-fr) / Kaelys ()

Rating : PG

Nombre de mots : # 4600

Situation : séquelle

Personnages : Shura Guttierrez Tejero et Angelo Salieri

Note d'Alaiya : Elane fait partie de ces lecteurs d'UDC ayant plus ou moins atterri sur ce récit par un heureux hasard, d'autant plus que Saint Seiya ne fait pas partie de ses fandoms de prédilection. Aussi, son choix de participer à son tour aux side-stories m'a particulièrement touchée et je l'en remercie du fond du cœur. Je vous souhaite à tous une très bonne lecture.


Présent

Par Elane / Kaelis

Sanctuaire, 26 Mai 2005

Angelo prend d'un geste nerveux les premières affaires qui lui tombent sous la main et les fourre dans son sac sans ménagement en tentant d'ignorer l'inquiétude de Marine.

- Angelo… Qu'est-ce qui te fait dire que cette fois-là sera différente ?

L'italien se retourne prêt à sortir la première réplique colérique qui lui viendrait à l'esprit. Mais devant le regard clair de sa compagne, il rengaine les mots amers en serrant les poings. Lors de son dernier retour d'Espagne, il avait mis des semaines à sortir de la torpeur dans laquelle ce voyage l'avait plongé. A peine avait-il mis un pied à Madrid que Shura s'était littéralement volatilisé. Il l'avait cherché partout, à son journal où ses collègues avaient été surpris de son absence, à son appartement où il avait fait le pied de grue pendant des jours, dans toutes les rues, tous les bars. Il avait même arpenté de long en large toutes les églises de la ville priant Ceux qui voudraient bien l'entendre dans l'attente d'un miracle improbable.

Mais il avait dû se faire une raison.

Shura l'avait évité. Il ne voulait pas lui parler, que ce soit au téléphone, ou en personne. Et il avait fait l'erreur de lui annoncer sa venue…

Pourquoi continue-t-il à appeler ? La lueur d'espoir qui l'étreint à chaque fois qu'il compose son numéro suivie irrémédiablement par ce souffle glacé dès que le répondeur se déclenche… Ce message, des mots ternes, sans vie, mécaniques qu'il ne connaît que trop.

- Crois-moi, ce rendez-vous là, il ne le manquera pas.

Marine s'écarte sachant bien que rien ne pourrait l'atteindre et le laisse passer en baissant la tête. Angelo hisse son sac sur son épaule et avance d'un pas lent, perdu dans ses sombres spéculations.

- Monsieur Salieri !

Ayant l'impression de se réveiller d'un long cauchemar, il se tourne vers la jeune fille qui le fixe de son regard noir. Il aurait dû s'y attendre. Camille. Comment un prénom aussi doux peut-il appartenir à une gamine aussi indisciplinée et insupportable ? Aldébaran, perdu devant son caractère asocial lui avait demandé de lui parler. Il n'avait pas tardé à comprendre que c'était autant pour elle que pour lui que le Taureau lui avait mis cette gosse entre les mains.

En détaillant la haute silhouette athlétique de la jeune française, il se souvient des premières fois où il lui avait réservé à contre cœur quelques minutes de son temps pour son entraînement. Il était d'une humeur massacrante et elle avait encaissé les coups et les mots durs sans baisser les yeux, jamais. Il y avait de la colère chez cette gamine, un sentiment qui éveillait étrangement une certaine résonance en lui. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre.

Camille ne brigue nulle autre place que celle du Capricorne. Dans une autre vie, Shura aurait sûrement été étonné que son remplaçant puisse être une remplaçante. Peut-être même que ses origines latines en auraient pris ombrage d'une certaine façon. Lui avait été surpris en tout cas. Et sans même oser se l'avouer, elle vit l'absence de Shura comme un refus de sa propre existence et de sa valeur. De rage, elle se coupait de tous, ne consacrant son temps qu'à l'entraînement, encore et encore avec une application maladive. Eternellement insatisfaite de ses progrès et totalement insensible à tout ce qu'on pouvait lui dire, reproche ou compliment, elle se cachait derrière cette attitude perpétuellement moqueuse et revêche.

Une tactique qu'il ne connaît que trop bien.

Car le seul dont elle n'acceptera jamais le moindre mot n'est autre que Shura.

Et malgré lui, il s'y est attaché à cette sale gosse qui prononce son nom avec cet étrange accent où pointe toujours un soupçon d'insolence dont elle n'a jamais réussi à se débarrasser malgré le nombre de raclées monumentales qu'il lui a infligées lors des entraînements qu'il lui réserve. Mais elle se relève, toujours, prête à en redemander. Increvable cette fille ! Et depuis qu'il a commencé à venir la voir régulièrement, ils ont tous les deux peu à peu délaissé une partie de ce manque qui ronge leur cœur.

Une toute petite partie, se reprend-il, en frissonnant devant la vague de douleur sourde qui menace de le submerger à chaque fois qu'il baisse sa garde.

- Monsieur Salieri, reprend Camille.

Le Cancer avait bien failli faire tomber son sac devant le ton de la jeune fille qui s'est dépouillé de toute ironie ne laissant transparaître qu'un espoir, aussi fragile que tremblant. Elle tient un petit paquet dans la main droite qu'elle lui tend doucement.

- Dites-lui que…, dit-elle hésitante.

Elle baisse les yeux et Angelo prend le présent dans ses mots :

- Je lui transmettrai, dit Angelo en la regardant afficher un air soulagé.


Andalousie, 27 Mai 2005

Angelo lève les yeux vers le ciel aussi bleu et pur que son esprit est sombre et agité de noirs remous. Depuis combien de temps attend-il sous ce soleil de plomb en fixant cette pierre sombre plantée dans le sol ? Une minute, une heure, un jour ? Il n'aurait su le dire mais il est là et l'espoir qui fourmille maladivement dans son cœur n'est pas loin de lui faire prendre ses jambes à son cou tant il a peur et envie d'affronter une fois encore le regard noir de son ami.

Il viendra, aussi sûr que toute la famille de Shura est venue rendre hommage à sa sœur, morte il y a un an, jour pour jour. Et il viendra quand il n'y aurait plus personne.

Ainsi il évite jusqu'au moindre contact avec sa propre famille.

A cet instant, il se rend compte que dans sa hâte de vouloir retrouver son ami, il n'avait pas vraiment préparé cette confrontation. Et que cette sensation qui lui vrille les tripes le paralyse.

Lorsqu'enfin la haute silhouette de Shura apparaît, avançant d'un pas lent et qu'il le dévisage froidement, il se rend compte à quel point il est terrifié. Il a peine à croire que cet homme, perdu dans son costume sombre, les joues émaciées, le regard hagard ait quelque chose à voir avec son ami.

Avec prudence, comme s'il approchait un animal blessé et dangereux, il fait quelques pas vers lui. Il ne sait pas quoi faire, hésitant entre l'envie de le frapper, de l'engueuler ou simplement de l'étreindre jusqu'à ce que ce vide qui engloutit son cœur et sa raison un peu plus à chaque seconde se comble… Quel que soit le temps que cela prendrait !

- J'aurai dû m'en douter, marmonne Shura.

L'amertume qui déborde de ces simples mots lui coupe toute réplique, le souffle court. Incapable de retenir Shura par des mots, il lui agrippe le bras.

- Lâche-moi, dit-il fermement.

- Oh non, tu t'en sortiras pas aussi facilement ! s'indigne Angelo. Tu ne réponds pas à mes coups de fil et pire que tout, tu as fui comme un lâche la dernière fois que je suis venu te voir… Mais que je suis bête, je t'avais prévenu ! Au moins maintenant, je sais que tu les écoutes mes messages !

- Lâche-moi, répète-t-il.

Mais cette fois, la lassitude qui perce dans la voix de Shura lui ôte toute volonté de poursuivre sa vindicte. Il ne le lâche pas pour autant.

- Shura, il faut qu'on parle…

- De quoi ? demande Shura. Tu n'as toujours pas compris, c'est pourtant clair.

- Qu'est-ce qui est clair ? Que tu as coupé les ponts avec nous et que je ne passe pas une journée sans espérer que tu décroches ce putain de téléphone à chaque fois que j'essaye de t'appeler ! Tu ne peux pas…

- Pas quoi ! Tu viens me cueillir sur la tombe de ma sœur, Angelo ! Et pourquoi ? Tu veux quoi Angelo ? Que je revienne pour que vous puissiez tous dormir sur vos deux oreilles le soir en vous disant que ce pauvre Shura est rentré au bercail. Que je doive supporter vos regards pleins de pitié et de compassion devant ce que je suis devenu pour que vous puissiez faire taire cette petite voix qui vous murmure à quel point…

N'en pouvant plus devant les propos amers, Angelo lui décoche un coup hargneux qui le met à terre. Se reprenant difficilement, la douleur irradiant de toutes parts, Shura relève la tête incrédule devant la colère de l'italien.

- Idiot! Si c'est vraiment ce que tu crois, alors oui, j'ai pitié, pour la première fois ! Comment tu peux penser une seule seconde que c'est la culpabilité qui m'a fait venir jusqu'ici, attendant pendant des heures que tu veuilles bien te pointer, qui m'a fait prendre cent fois mon téléphone et saturer ton répondeur de messages stupides ! Merde ! Shura !

- Je n'ai plus ma place parmi vous, je…

- Continue à déblatérer tes conneries et je te frappe encore !

L'espagnol sursaute quand Angelo se penche pour l'aider brusquement à se relever. Le Cancer ne tente même pas de camoufler sa surprise quand il se rend compte à quel point son ami est devenu fragile. Sans écouter plus longtemps les vaines tentatives d'esquive de Shura, il le force à le suivre et l'installe devant une tasse fumante, à la terrasse de l'unique auberge de ce petit village perdu dans le fin fond de l'Andalousie.

Angelo dévisage les joues creusées et les cernes profonds de son ami, soudain incapable de trouver quoi que ce soit à dire.

- Je ne peux pas, avoue du bout des lèvres Shura.

- Je m'en fous, rétorque Angelo. Tu n'as pas le droit de nous mettre à part comme ça ! Que tu le veuilles ou non, je te ramène. S'il faut que je t'assomme et que je te traîne par les pieds pour ça, je le ferai !

- Il n'y a rien qui m'attende là-bas, plus rien. Je n'ai pas envie de voir dans vos regards le poids inutile que je suis devenu, je ne le supporterais pas.

- Et moi qui croyais que le noble Shura en se murant dans sa solitude voulait nous épargner sa douleur. T'es juste un sale égoïste qui fuit comme un lâche parce que tu ne le supporterais pas !

- Tu ne peux pas comprendre, dit Shura.

- Et pourquoi ! Parce que moi je n'ai pas perdu les personnes qui comptent le plus pour moi ! Tu te trompes lourdement.

Angelo, tremblant de colère agrippe le col de la chemise sombre de son ami, le forçant à l'affronter droit dans les yeux.

- En ce moment même, je suis en train de perdre l'une des personnes les plus importantes de ma vie, sous mes yeux et je ne vais pas rester les bras croisés à ne rien faire !

Secoué par les mots sincères de l'italien, Shura détourne nerveusement le regard.

- Je ne peux pas, Angelo.

- Je ne me souviens pas t'avoir demandé ton avis ! Je te ramène, ce n'est pas un point soumis à discussion. Y a une gamine qui commence sérieusement à me rendre la vie impossible et qui n'attend qu'une chose, que tu daignes lui adresser quelques mots!

-Une gamine ?

Angelo en aurait pleuré s'il ne s'était pas mordu l'intérieur des joues en voyant l'étincelle de curiosité illuminer ne serait-ce qu'une seconde le regard si terne de son ami.

- Crois-moi, elle t'attend de pied ferme et c'est pas n'importe qui ce petit bout de femme ! Une vraie teigne, un sale caractère qui ne lui attire pas que de la sympathie parmi tous les autres apprentis.

- Tu veux dire que…

- Que ton futur successeur a de la poigne et qu'elle commence à désespérer de voir un jour celui qui doit lui apprendre les ficelles !

- Une fille ?

Cette fois, Angelo ne se retient plus et rigole franchement. La tension, sa peur, sa surprise, sa joie de retrouver l'espace d'un instant le Shura de toujours, tout explose dans cet éclat de rire qui le secoue nerveusement.

- Et oui, le seul aspirant au rang de chevalier d'or du Capricorne est une fille, se reprend-il.

Mais bien vite, bien trop vite au goût du Cancer, le voile gris sur le regard de son ami reprend ses droits.

- Elle m'a donné ça pour toi, dit-il en tendant le paquet. Je ne veux pas te forcer la main, Shura. Mais j'aimerais qu'au moins tu répondes à mes messages et que tu viennes nous faire un petit coucou de temps en temps. Si tu ne le fais pas pour nous, fais-le au moins pour elle ! Parce qu'elle a besoin de toi…

Parce que j'ai besoin de toi et que j'en crève à petit feu de te voir m'ignorer comme tu le fais !

Acculé par le cri silencieux qui lui explose les tympans, Shura ne peut plus ignorer la souffrance de l'italien qui abaisse toute ses barrières pour lui montrer l'amertume, la douleur et le vide que provoque son absence et qui marquent son cœur et son esprit d'une empreinte profonde. Crispant sa main sur le petit cadeau qu'il tient dans sa paume, Angelo lui arrache ce début de promesse :

- Je vais y réfléchir.

C'est loin d'être suffisant pour l'italien qui donnerait tout pour retrouver les traces de leur ancienne complicité. Mais c'est un début.

- Elle est comment ? demande Shura d'une voix faible.

Cette question, à peine audible fait exploser le cœur d'Angelo et, il se demande si c'est la joie ou le soulagement qui prend le pas sur son esprit.

- Une vraie furie! Elle n'a pas la langue dans sa poche et a dû se faire détester par tous les autres apprentis ! Mais crois-moi, elle est coriace et elle sait se défendre !

- En gros, j'ai hérité d'une tes miniatures…

- Du coup, tu devrais savoir exactement comment t'y prendre.

Le cœur d'Angelo se serre en voyant que son ami se perd de nouveau dans les ombres qui le guettent à chaque signe de faiblesse.

- Je ne vois pas ce que je pourrais lui apprendre dans mon état, dit Shura.

- Bien plus que tu ne le crois. Elle a surtout besoin de savoir que tu es derrière elle, de te voir, que tu ne l'ignores pas. Elle vit ton absence comme un vide, vous êtes tous les deux liés et tu le sais…

Angelo, tu parles pour qui, là ?

- Laisse-moi du temps, je ne peux pas, pas encore, pas maintenant.

Du temps, tu n'en as pas eu assez, Shura !

- Bien, se résigne Angelo. Tu veux que je te ramène sur Madrid ?

Il n'arrive même à ressentir la moindre honte en entendant la supplication muette qui entoure chacun des mots de sa demande.

- Je ne préfère pas.

Angelo, la mort dans l'âme regarde son ami se lever, lentement et disparaître de sa vue. Il lui avait arraché péniblement une demi promesse et fait revenir le temps d'un battement de cœur un semblant de vie dans son regard si terne.

Il aurait dû se tenir à son plan initial, l'assommer et le traîner par les pieds jusqu'au Sanctuaire. Parler n'avait jamais été son fort et malgré tout ce qu'il avait pu exprimer, les non-dits qu'il avait laissé filtrer… cela n'avait pas suffi.

La prochaine fois, il le ramènerait qu'il le veuille ou non !


Madrid, 28 Mai 2005

Shura se recroqueville dans un large fauteuil fatigué comme s'il pouvait s'y fondre et disparaître. Pourquoi continuer à subir chaque jour cette chape de plomb qui grève chacun de ses gestes et cette douleur qu'il traîne comme une vieille amie et qui fuse à chaque seconde dans tout son corps, ce voile sombre qui dénature les couleurs dans un tourbillon gris… Pourquoi se lever tous les matins pour jouer dans cette farce ridicule qu'était devenue sa vie ? Pourquoi n'a-t-il jamais eu le courage d'y mettre fin une bonne fois pour toutes ?

En levant les yeux sur les murs blancs et vides de ce petit appartement du centre-ville, il se dit que le seul signe de vie de ce lieu désolé n'est autre que le clignotement incessant du répondeur et les messages de cet italien borné.

Là encore, s'il avait réellement voulu rompre tout contact, il aurait pu simplement débrancher cette horrible machine. Il n'avait pas eu le courage.

Sa lâcheté le rend malade…

Il sort de sa poche le petit paquet que lui avait confié Angelo. Machinalement, il déchire le papier et observe une petite médaille en or à l'effigie de Saint Christophe.

Le saint patron des voyageurs, censé remettre sur le droit chemin les voyageurs égarés.

Un timide sourire s'épanouit sur le pâle visage de l'espagnol au souvenir de ce qu'Angelo lui avait dit sur la jeune fille. Elle est peut-être plus subtile que le portrait que son ami lui a fait d'elle.

Puis il retourne la médaille et l'inscription, gravée dans l'or mou lui arrache un rictus de douleur…

A ma fille.


Sanctuaire, 11 Juin 2005

Deux semaines. Deux semaines qu'il est rentré et rien n'a changé. Shura ne répond toujours pas à ses messages. Pire que tout, il fixe comme un idiot pendant des heures le téléphone, ne pouvant empêcher son cœur de s'enflammer lorsqu'il sonne. Et à chaque fois, son esprit se ferme un peu plus lorsque l'implacable réalité le rattrape. Pathétique ! Il est devenu pathétique et Marine commence à sérieusement à en avoir marre de son attitude à la con… Lui-même ne se supporte plus, il ne se sent pas le courage de lui reprocher quoi que ce soit. Et pour en rajouter une couche, la gamine le prend pour unique responsable de son fiasco…

Décidemment, il aurait dû s'en tenir à son premier plan, une stratégie qui lui avait plutôt bien réussi jusqu'à présent. Agir puis parler.

La sonnerie retentit. Las, il décroche en tentant de museler le ridicule espoir qui papillonne vainement dans un coin de son esprit.

- Angelo…

Le souffle coupé, l'italien tente de contrôler sa voix qui s'enraille sur ce simple nom :

- Shura !

- Je… Je suis désolé, je ne sais même pas pourquoi j'appelle.

- Shura, je m'en fous du pourquoi, je suis juste content que tu l'aies fait.

Sans calcul, un silence serein, vestige de leur ancienne complicité s'installe entre les deux hommes et leurs cœurs meurtris dévoilent le temps de quelques soupirs leurs fardeaux respectifs.

Alors Angelo se met à parler. De tout, de rien… Du Sanctuaire, de leurs amis, de cette gamine qui lui en veut, de Marine. Il parle et plus le temps passe, plus les mots s'enchaînent avec une facilité déconcertante comme s'il cherchait à tout rattraper, lui faire partager ce qu'il aurait dû vivre avec eux. Et sans vraiment s'en rendre compte, le manque, le vide de son absence finit par transparaître dans chacun de ses silences, de ses pauses, de ses non-dits.

Shura écoute mais reste silencieux.

- Angelo ?

- Oui…

- J'aimerai bien lui parler.

- Lui parler ?

- Camille, c'est bien ça ?

- Oui.

- Je rappellerai pour lui parler, tu lui diras ?

- Quand ?

Angelo se maudit de paraître aussi empressé.

- Je te rappelle que c'est une gamine de treize ans qui m'en veut à mort parce que je n'ai pas appliqué à la lettre mon premier plan !

- Premier plan ?

- Quand ?

- Demain, vers midi…

- Vers ?

- Demain à midi…

- Shura, si t'as cinq minutes de retard ! Je…

- A demain.

Il a raccroché, pense Angelo… Et il va rappeler. Oh, il avait intérêt à le faire…


Sanctuaire, 12 Juin 2005, à midi

Angelo détaille Camille avec anxiété. Il lui avait dit de venir et son autorité de Chevalier avait à peine suffi à la faire obéir. Et vu le regard noir qu'elle lui réserve, elle aurait préféré être loin, très loin d'ici. Et pour ne rien arranger, il ne lui avait rien dit au cas où Shura ne tiendrait pas sa promesse.

Et plus l'horloge approche de midi, plus il doute…

Midi et le téléphone reste désespérément silencieux.

Midi une… Il manque de sursauter lorsque cette satanée machine s'anime enfin. Il tend le téléphone à Camille qui le prend avec autant de précaution que s'il pouvait lui exploser dans les mains.

- Allo ?

Angelo s'éloigne, quoi qu'ils aient à se dire, tous les deux, il se sent de trop dans cette conversation. Camille ou Shura lui en parlerait s'ils le souhaitent. Plus tard… Pourvu qu'il ne brise pas le cœur de cette gamine qui n'attend qu'un mot d'encouragement ou même de simple reconnaissance envers elle. Il s'assoit sur les marches de son perron et pose son regard dans le vide, le doute étreignant ses pensées. Enfin la jeune fille le rejoint et s'assoit à ses côtés. Combien de temps cela avait-il duré, il n'aurait su le dire.

Soulagé, il n'a pas besoin de poser ses yeux sur elle pour ressentir la chaleur vibrante qui l'environne et irradie dans tout son être. Quoi qu'il lui ait dit, quoi qu'il ait fait, cela avait eu son petit effet.

- Il voulait me remercier pour le cadeau, dit-elle.

Ah oui… Il avait complètement oublié ce petit paquet qu'elle lui avait confié.

- Et il voulait me le rendre…

- Te le rendre ? Pourquoi ?

Etrange, elle n'a pas l'air de prendre mal la nouvelle…

- C'était un souvenir de mon père, le seul lien que j'ai conservé de ma famille. Il m'a dit qu'il ne pouvait pas garder quelque chose d'aussi précieux à mes yeux…

Encore une fois, Angelo est surpris de la sérénité qui se dégage de Camille.

- Alors je lui ai répondu que s'il tenait tant à me le rendre, il n'avait qu'à le faire en personne…

- Et ?

- Il a dit qu'il viendrait, qu'il ne savait pas quand exactement mais qu'il ferait comme vous… J'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire, il a dit que vous vous comprendriez… Ça avait l'air de l'amuser.

Angelo failli bien s'étouffer… Shura, l'air de s'amuser ? Oh Shura, ne retarde pas trop ton retour et ne fait pas vivre une attente trop longue à cette gamine qui espère…

- Entraînement ? demande Camille le regard soudain plein d'espoir.

- Et comment, gamine !


Grèce continentale, 12 Juillet 2005

Il était revenu et il avait pris bien soin de n'avertir personne.

A vrai dire, il se sent tellement déplacé qu'il ne sait pas trop comment s'y prendre. Pendant des semaines, des mois, il avait fait le mort… Et il est revenu pour quoi ? Il tient la petite médaille dans sa paume. Son alibi. Peut-être. Quelque part, bien dissimulé sous des voiles de douleurs et d'amertume, il sait que, pour la première fois depuis longtemps, il a envie de faire quelque chose, de la rencontrer cette Camille. Et que, pour être totalement honnête avec lui-même, l'idée qu'une fille puisse le remplacer l'étonne. Et cela faisait si longtemps qu'il n'avait ressenti ça… Pour quoi que ce soit. Pour qui que ce soit.

Au téléphone, il lui avait donné un rendez-vous. Tout en lui disant de n'en parler à personne… A sa manière…

Curieusement, il s'y est tenu. Ils se sont retrouvés sur le continent, il se sent encore trop faible pour mettre un pied sur le Sanctuaire. Et il est réellement surpris de voir que cette jeune fille aux yeux noirs n'a absolument rien à voir avec la furie que lui avait décrite Angelo. Polie, presque timide malgré son regard où étincelle parfois une lueur farouche, solide et incroyablement forte.

Jusqu'à ce qu'il comprenne… Elle a peur. Peur de ne pas dire ce qu'il faut, de ne pas être à la hauteur …Peur de le voir repartir…Peur de le décevoir. Quelle ironie ! Cette peur, ils la partagent. Elle aurait tous les droits d'être déçue par ce qu'il est devenu, un homme brisé, qui ne mérite plus depuis longtemps le titre qui est le sien.

Il lui tend la médaille et elle la fixe et soudain la petite fille triste derrière l'adolescente transparaît dans ses traits.

- C'est un cadeau gardez-le.

- C'est un souvenir de ta famille, le seul qu'il te reste. Je ne peux pas le garder.

- Quand je suis arrivée au Sanctuaire, j'étais bien plus âgée que les autres. J'ai longtemps cru que c'était pour ça que dès les premiers jours, j'avais été mise à part… Mais je me trompais… C'est parce que j'avais eu une famille, des souvenirs de ce qu'avoir un foyer signifiait contrairement aux autres qui n'avaient connu que les murs froids d'un orphelinat puis le Sanctuaire. Et j'ai mis longtemps à comprendre mais l'idée a fini par faire son chemin, lentement. Le Sanctuaire est devenu mon foyer, les autres apprentis ma famille.

Le petit sourire qu'elle affiche et la description d'Angelo lui font comprendre qu'elle fait plus office de grande sœur turbulente que de petite fille sage. Et elle doit leur en faire voir de toutes les couleurs.

- Alors gardez-le parce que j'aimerais que vous aussi en fassiez partie, de ma famille, ajoute-t-elle.

Devant l'air perdu qu'il affiche, Camille se met à paniquer, elle est allée trop loin. Et pour la première fois depuis longtemps, Shura, se sent désarmé devant ces grands yeux noirs. Il referme lentement ces doigts sur son présent en souriant.


Sanctuaire, une heure plus tard

Angelo se rapproche subrepticement d'Aldébaran qui comme lui observe la scène de loin, un petit sourire satisfait flottant sur les lèvres.

Sous leurs yeux, le Capricorne regarde les efforts de Camille qui fait tout ce qu'elle peut pour lui prouver qu'il a fait le bon choix… Revenir. Elle qui avait élevé l'insolence et son attitude moqueuse au rang d'Art, écoute avec une attention touchante le moindre mot qu'il lui dispense avec la plus grande parcimonie, tente de suivre avec application chacun de ses conseils qu'il murmure du bout des lèvres. S'il ne la connaissait pas aussi bien, il ne l'aurait pas reconnue !

Il est enfin rentré et il n'avait averti personne. Mais tous savaient…

Angelo se laisse envahir par ce sentiment de plénitude qu'il n'avait pas ressenti depuis si longtemps. L'envie d'aller le rejoindre bouillonne dans ses veines et alors qu'il s'apprête à se lever, une voix le retient.

- Il faut peut-être mieux lui laisser le temps de venir à nous.

Shaka… La voix de la sagesse n'aurait pu s'exprimer par un autre que lui et il se rassoit, lentement. A quel point s'était-il perdu dans ses propres pensées pour ne pas avoir perçu sa présence plus tôt !

- Aldé, si un jour quelqu'un m'avait dit à quel point tu pouvais être machiavélique, je ne l'aurais pas cru. Tu avais tout planifié depuis le premier jour !

- Mais pas du tout, proteste le Taureau avec un large sourire qui ne trompe personne.

- La seule chose que je pourrais te reprocher, c'est de ne pas l'avoir fait plus tôt.

- Il lui fallait du temps pour réaliser que quelqu'un pouvait avoir besoin de lui, qu'on a tous besoin de lui.

Angelo ferme les yeux, tremblant sous l'assaut d'une vague d'énergie aussi violente que soudaine. Au diable les belles paroles de la Vierge, il se lève d'un bond et avance d'un pas rapide et décidé vers Shura qui tourne lentement vers lui son regard triste. Ne contenant plus l'élan qui lui ronge les sangs, il empoigne son ami dans une étreinte violente et désespérée, comme s'il avait peur de le voir disparaître s'il ne retenait pas. Hoquetant de surprise, Shura se laisse faire sous les yeux effarés de Camille qui se balance d'une jambe à l'autre, ne sachant trop comment masquer son embarras.

- Tu mériterais que je te frappe pour tout ce que tu m'as fait subir, enfoiré !

- Moi aussi, tu m'as manqué, Angelo.

FIN

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