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Movies » Pirates of the Caribbean » Retour aux Caraïbes
Zakath Nath
Author of 24 Stories
Rated: T - French - Adventure/Supernatural - James N. - Reviews: 15 - Updated: 05-15-10 - Published: 08-18-09 - Complete - id:5311411
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Disclaimer et rating : cf. chapitre 1

Chapitre 3

Retrouvailles diverses

Willy contempla d'un œil morne la baie de Port Royal qui s'étendait devant lui. Depuis leur escarmouche avec le Révérend, la guigne semblait s'être abattue sur le Tempest. Le navire avait été pris dès le lendemain dans une forte tempête qui avait coûté la vie à plusieurs membres de l'équipage, puis le cuisinier du bord avait découvert qu'une bonne partie du stock de nourriture était avariée. Gillette avait pris à part le commissaire aux vivres pour lui dire sa façon de penser sur la manière dont il ravitaillait le vaisseau amiral, mais sa voix portait suffisamment loin pour que tout le monde en profite.

L'arrivée à bon port permettrait de remettre le Tempest en état, et le jeune lieutenant espérait qu'il en serait de même pour le moral de l'équipage.

« Monsieur Cooper, fit Gillette qui venait d'apparaître derrière lui, j'espère qu'il vous reste un uniforme à peu près présentable dans votre coffre. Vous faîtes partie de la délégation qui aura la chance infinie d'accompagner l'amiral et moi-même à terre, pour la réception du gouverneur Sharpe. Ne nous faîtes pas trop honte.

– Bien, monsieur, » répondit simplement Willy, se disant que s'il y avait bien un officier insortable en société ici, c'était bien Gillette.

Il se prépara néanmoins soigneusement pour la soirée, et rejoint à l'heure le reste de la compagnie. Les lieutenants Lockley et Rathbone veilleraient sur le navire en leur absence. Willy n'avait pas encore eu l'occasion de mettre pied à terre, contrairement à l'amiral qui s'était déjà entretenu avec le reste de la flotte déjà en place et avait pris possession de son logement, une villa cossue dans les hauteurs de la ville.

Le dîner fut parfaitement ennuyeux. Norrington, splendide dans son uniforme d'apparat, son Ordre du Bain étincelant sur sa poitrine, conversait avec le gouverneur à l'autre bout de la table. Willy, coincé entre une femme de pasteur sinistre et un planteur, essayait de suivre la conversation et d'avaler un morceau de ragoût étouffant.

« Sous la direction de sir James, il ne fait aucun doute que nous serons bien vite débarrassés de ces maudits pirates, glissa à mi-voix le voisin de Willy. Mais j'oubliais de me présenter ! Richard Longford, je possède une petite plantation. Je ne suis ici que depuis quelques mois à peine, et je dois dire que tout est bien différent de l'Angleterre, ici. Heureusement, ma famille va me rejoindre sous peu.

– Votre famille ? J'ai rencontré des Longford à Londres, juste avant mon départ…

– Oui, vous avez sans doute du faire la connaissance de mes enfants, Charles et Daisy ? Ils seront sans doute ravis de vous revoir ici.

– En effet, marmonna Willy. Il doutait que Charles ait la moindre envie de recroiser sa route, quant à Daisy, il ne l'avait plus revu depuis qu'il était allé lui chercher des boissons, et rien ne disait que leurs retrouvailles se passent sous de meilleurs auspices. Mais vous savez, je risque fort d'être en mer à ce moment-là. »

Richard Longford hocha la tête d'un air entendu.

« C'est vrai, mais certainement qu'à présent que l'amiral dirige les opérations, ce fameux Révérend et sa bande ne seront plus qu'une petite gêne ! Vous aurez amplement le temps de revenir vous détendre ici avant de regagner l'Angleterre. On dit qu'aucun pirate n'a jamais échappé à Norrington. »

Willy aurait aimé partager son optimisme et sa vision idyllique de la vie d'officier, mais la femme du pasteur interrompit ses réflexions :

« Vous ne devriez pas croire tout ce que vous entendez, monsieur Longford. Il y en a au moins un qui lui a échappé : Jack Sparrow ! Et il a emmené la fille du gouverneur de l'époque, Swann, avec lui dans ses pillages ! Le Black Pearl n'a jamais été pris et quand quelques-uns des complices de Sparrow ont été attrapés, certains ont encore trouvé le moyen de s'échapper ! Quant à la fille Swann, qui faisait partie de ce groupe de prisonniers, croyez-vous ce que Norrington a fait quand elle a échappé à la potence sous le simple prétexte qu'elle attendait un enfant ? Il l'a logée chez lui, comme une invitée ! Puis l'a laissé partir sans plus d'histoire. S'il est aussi bien disposé envers tous les pirates, nous ne sommes pas prêts de voir finir les méfaits du Révérend.

– Ne savons-nous rien de ce fameux Révérend ? demanda Willy, avide de changer de sujet.

– On dit que c'est un ancien pasteur, d'où son surnom, tenta Mr Longford, tout en faisant un geste de la main illustrant son ignorance.

– Encore une rumeur parfaitement ridicule, renifla la harpie. Ce surnom a été simplement choisi pour tourner en dérision notre Église, mais il est hors de question de supposer que cet horrible pirate ait quoi que ce soit à voir avec le clergé. »

C'est avec soulagement que Willy vit arriver la fin du repas. Un peu plus tard, alors que lui et le capitaine Gillette regagnaient le bord, Willy soutenant fermement un jeune aspirant qui avait forcé sur la boisson durant le repas, le lieutenant se dit qu'il avait hâte d'être en mer. Peu importait les risques de blessures ou de mort, il préférerait toujours cela à une de ces assommantes réceptions.

Norrington laissa négligemment tomber sa perruque sur son bureau et commença à feuilleter les rapports qui s'y trouvaient avant de les abandonner également en soupirant. Il était trop tard pour continuer à travailler, même pour lui. Ce dîner chez le gouverneur avait été une vraie perte de temps, mais il n'y avait pas eu moyen d'y couper. Enfin, à présent, c'était passé. Dès demain matin, ils pourraient passer aux choses sérieuses.

L'amiral ouvrit la porte de sa chambre. Il n'avait qu'une envie, s'allonger sur son lit et se plonger dans un sommeil réparateur. Malheureusement, le lit était déjà occupé.

« Salut, vieux ! »

Jack Sparrow, étendu nonchalamment sur les draps, ses bottes sales y laissant des traces de boue, lui fit un grand sourire étincelant. Il n'avait évidemment pas changé. Depuis que lui et le reste de son équipage avait bu à la Fontaine de Jouvence, le poids des ans ne se faisaient plus sentir chez lui.

« Sparrow, grogna Norrington. Je me disais bien que tout était trop calme. Avez-vous une idée de ce qui serait arrivé si un autre que moi vous avait trouvé ici ?

– L'entreprise n'est en effet pas sans risque. J'avoue que je m'attendais à moitié à ce que Gillette soit déjà là à vous attendre, à la place que j'occupe en ce moment, frémissant d'impatience. Les bruits qui courent seraient-ils donc faux, ou avez-vous simplement mal à la tête ce soir ? »

L'amiral ferma les yeux et poussa un long soupir.

« Je suis un homme extrêmement patient, mais il viendra un jour, et il est très proche, où même moi ne pourrais plus vous supporter. J'imagine que vous ne vous êtes pas introduit ici dans le seul but de me souhaiter la bienvenue ? »

Jack se leva et s'approcha de Norrington de son habituelle démarche chaloupée.

« Bien sûr que non ! Je vous transmets aussi le bonjour des Turner ! Ils le passent également au petit Willy. »

Il observa l'officier d'un œil critique.

« Hmm, décidément, le temps est toujours aussi peu clément envers vous. Mais Elizabeth avait raison, vous avez toujours des cheveux, j'ai perdu mon pari. Cela étant, je pourrais prétendre le contraire, comment le saurait-elle ?

– Sparrow…

– Ah, bien, toujours la tête aux affaires, jamais pour une discussion innocente, hein ? La rumeur de votre arrivée vous a précédé, ainsi que le fait que le grand amiral sir James Norrington allait punir le vilain Révérend pour tous ses méfaits. Autant vous prévenir, vous n'y arriverez pas.

– Vraiment ? Et pour quelle raison ? »

Le pirate afficha un nouveau sourire lumineux.

« Vous vous souvenez du Pearl ? Rapide, n'est-ce pas ? Plus que vos petits bricks taillés pour la vitesse, et je ne parle même pas de ces énormes vaisseaux lourdement armés sur lesquels vous vous obstinez à naviguer. Le navire du Révérend est aussi rapide. Enfin presque.

– J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte. Et puisqu'on en parle, le nom du navire de ce Révérend, le connaissez-vous ? Ainsi que ceux de ses alliés ?

– Le nom de son navire, c'est le Révérend aussi. Non, il n'a pas beaucoup d'imagination. Quant aux autres renseignements… Je ne vais pas vous gâcher le plaisir de la découverte. »

Norrington se pinça l'arrête du nez. Un dîner assommant et à présent, Sparrow. Qu'avait-il fait au ciel pour mériter ça ?

« On ne peut pas dire que vous soyez d'une grande aide. J'ai peine à croire, même de votre part, que vous ayez couru autant de risques pour parvenir jusqu'à moi pour le seul plaisir de vous écoutez parler.

– J'essaie de vous aider, protesta le pirate en agitant les bras. À ma manière ! Comment aurais-je pu savoir que vous aviez déjà croisé la route du Révérend ?

– Vous semblez si bien au courant de mes faits et gestes, rétorqua l'amiral, sarcastique.

– Bon, bon d'accord. Si vous voulez savoir, je me serais bien épargné ce petit voyage, mais Élizabeth, dès qu'elle a entendu parlé de votre retour, tenait à ce que vous soyez mis en garde. Le Révérend n'est pas une partie de plaisir, même pour ses collègues. On dit même qu'il a des pouvoirs surnaturels. Mais puisque vous savez déjà tout… »

Il effectua un profond salut, puis, avant que Norrington ait pu faire le moindre geste, bondit par la fenêtre. L'officier boita jusqu'à l'ouverture et observa Sparrow gambadant comme un cabri dans le jardin et disparaissant bien vite dans l'obscurité.

Une semaine avait passé depuis leur arrivée à Port Royal, et le Tempest serait bientôt prêt à partir. L'amiral n'avait fait part à personne de ses plans, mais Willy était certain que le premier objectif de la flotte serait de reprendre Fort George au Révérend. Norrington n'avait parlé de son entrevue avec Jack qu'à lui et Gillette. Si le capitaine s'était immédiatement répandu en insultes envers le pirate et son insolence habituelle, Willy avait surtout regretté de ne pas avoir eu lui-même directement des nouvelles de ses parents.

Encore qu'il avait du mal à les considérer comme ses parents, ruminait-il alors qu'il marchait sur la jetée en compagnie de Philip Fraser. Il ne les avait fréquentés que quelques jours des années auparavant, et désormais, il devait paraître avoir sensiblement le même âge qu'eux. Même si Norrington n'avait pas vraiment donné de détails, Willy avait perçu une légère amertume dans la façon dont il avait dépeint Sparrow, un homme plus âgé que lui, toujours jeune et vif.

« Lieutenant ! Lieutenant Cooper ! »

Willy releva brusquement la tête et aperçut une jeune femme, abritée sous une ombrelle, s'approcher en lui faisant signe de la main. Plus loin, un homme et une femme la regardaient faire, clairement désapprobateurs. Le jeune homme reconnut alors seulement Daisy Longford, accompagnée de sa mère et son frère.

Ces deux derniers restèrent en retrait tandis que Daisy et Willy conversaient.

« Nous sommes arrivés avant-hier et je n'en suis pas fâchée ! Le voyage a été épouvantable ! Notre vaisseau faisait partie d'un convoi de la Compagnie des Indes, et tout le monde était sur le qui-vive à cause de ces pirates, mais nous n'en avons pas croisé un seul.

– Vous n'aurez certainement plus l'occasion d'en croiser à l'avenir, intervint Fraser avec assurance. Nous allons régler ce problème dans les prochaines semaines.

– Ne vendons tout de même pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, » marmonna Willy.

Miss Longford les salua et alla rejoindre sa famille.

« Elle est charmante, non ? fit Fraser un peu plus tard. Je ne suis pas mécontent que son frère n'ait pas estimé digne de lui de participer à la conversation. J'ai déjà eu l'occasion de le rencontrer autour d'une table de jeu et j'ai rarement eu l'honneur de rencontrer un aussi parfait crétin. »

Willy ne l'écoutait que d'une oreille. Daisy avait été tout à fait aimable à son égard. De toute évidence, elle ne lui tenait pas rigueur de l'avoir laissée en plan lors du bal. Mais, à la réflexion, n'était-ce pas elle qui l'avait laissé en plan ? Quoiqu'il en soit, son petit accrochage avec Charles n'avait pas dû parvenir jusqu'à elle, ou si c'était le cas, cela ne lui avait pas déplu.

« Comment as-tu pu te précipiter ainsi sur un quasi-inconnu ? pesta Mrs Longford, tandis que la petite famille montait en voiture pour regagner leur demeure.

– Ce n'est pas un inconnu, il m'a été présenté en même temps que l'amiral Norrington. Cela ne vous aurait pas déplu si c'était avec lui que j'avais parlé.

– Ne sois pas si insolente. Ce n'est pas du tout la même chose. L'amiral est parfaitement respectable, alors que ce garçon…

– … a été jugé suffisamment respectable par l'amiral pour qu'il en fasse son héritier.

– On n'en sait absolument rien. C'est ce qui se dit, et l'hypothèse est plus que probable, mais il est hors de question que tu t'entiches de ce garçon sorti d'on ne sait où. Ce serait du joli si tu l'épousais et si le mariage à peine célébré, Norrington trouvait enfin une épouse qui lui donne un fils. Que vous resterait-il alors ? Rien du tout ! »

Daisy fit de son mieux pour ne pas lever les yeux au ciel. Sa mère s'accrochait contre vents et marées à l'option James Norrington, et rien ne paraissait capable de l'ébranler dans sa résolution. Elle avait eu du mal à croire que l'amiral n'ait pas été à ce point bouleversé par la ressemblance entre sa fille et Élizabeth Turner, mais cela ne l'avait pas découragé pour autant.

« Il cache seulement ses sentiments, avait-elle décrété par la suite, et tu n'as rien fait pour arranger les choses, à t'esquiver avec son pupille à la première occasion. »

Charles lui était habituellement d'un grand soutien face à sa mère, sa langue acérée démontant sans mal ses arguments et ses idées les plus ridicules, mais depuis quelque temps, depuis ce fameux bal, en fait, il semblait maussade.

« Pour une fois, mère a raison, décréta-t-il. Je me suis un peu renseigné sur ce Cooper, et je n'en ai pas entendu que du bien, je peux te l'assurer.

– Oh, vraiment Charles, merci beaucoup, fit sèchement Mrs Longford. Enfin, tu vois bien, Daisy, tu ferais aussi bien de l'oublier tout de suite. D'ailleurs, il va bientôt partir chasser les pirates, et on n'en entendra certainement plus parler. »

On peut dire la même chose au sujet de Norrington, pensa Daisy, mais elle préféra le garder pour elle.

À suivre.

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