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Part 6
Infection Plus Dix-sept Ans
« Est-ce que vous prévoyez une autre attaque contre les Aschens ? Puis-je aider ? »
Sam leva la tête, rencontrant les yeux bruns de sa fille qui se tenait debout à l’autre bout de la table, et eut un sentiment de déjà vu. En face d’elle, Jack leva aussi les yeux sur Jade et puis sur elle, lui faisant un petit haussement d’épaules et un regard résigné. Sam acquiesça.
« Prends une chaise, » dit-elle, indiquant la place à côté d’elle à table.
La grande adolescente se glissa sans bruit sur la chaise et remit une mèche de cheveux blonds derrière une oreille en se penchant sur le diagramme que Jack et elle étaient en train d’étudier. Il vint à l’esprit de Sam que cela aurait tout aussi bien pu être son yearbook qu’elle regardait ou un magazine, tellement son intérêt était vif. Excepté que Jade n’avait jamais vu ni l’un ni l’autre. Sam ressentit un pincement de regrets à cette pensée, mais le repoussa de côté comme elle l’avait fait bien des fois auparavant. Elle avait appris il y a de cela des années à être reconnaissante pour ce qu’elle avait pour aussi longtemps qu’elle l’avait. Jade avait été un miracle, ni plus ni moins. Il n’y avait pas de place pour les regrets.
« Whoa ! » Cela vint de Jade après qu’elle eût étudié l’image pendant quelques secondes. « Est-ce que c’est ce que je pense que c’est ? »
« Si tu penses que c’est le plan d’un vaisseau de guerre Aschen, alors oui, » répondit Jack. « Tous les ponts ; tous les systèmes. C’est ennuyeux à mourir, mais aussi, à quoi pouvions-nous attendre ? Excepté que dans ce cas précis, ce qui est ennuyeux est à notre avantage. »
Sam vit Jade lancer un grand sourire à son père.
« La prévisibilité, » dit-elle, comprenant. Jack acquiesça.
« Exactement. Ils sont si fichtrement maniaques que nous saurons chaque protocole qu’ils suivent sans exception et chaque poste où il y aura des gardes. Bon sang... nous pourrions même deviner combien de fois ils feraient feu avec leurs armes, s’ils en portaient une. »
« Ils ont des armes, » contredit Jade d’un air renfrogné. « Je les ai vues... » Sa voix s’estompa et Sam la vit déglutir. Elle toucha le bras de sa fille en une expression de sympathie. Ils avaient tous vu bien trop d’amis mourir.
« Pas sur les vaisseaux, » expliqua Jack. « Les armes sont là... dans les dépôts, mais leurs opérateurs doivent rester sans arme à moins d’être attaqués. Et crois-moi... une attaque sera la dernière chose dans leurs têtes là où nous allons monter à bord. »
Les yeux de Jade s’illuminèrent.
« Vous avez trouvé le monde d’origine des Aschens ! »
« Eh bien... trouvé n’est pas le mot exact. Nous avions toujours su où il était. Mais étant donné la distance, il n’avait jamais été une cible potentielle, jusqu’à maintenant, » répondit Sam. « Ce n’est pas comme si nous disposions de beaucoup de vaisseaux. » Elle ne put retenir un soupir de lui échapper et elle vit une sombre expression de colère passer sur le visage de Jack. Des cinq vaisseaux qui avaient quitté la Terre dix ans plus tôt, seul le Dédale restait. Trois – l’Apollo, le Korliev et le Phénix – avaient été détruits par les vaisseaux de guerre Aschen dans la première année. L’Odyssée, sous le commandement de Paul Emerson, avait fait quelques dégâts, mais au bout du compte il était tombé lui aussi sous la supériorité de la technologie Aschen. Le Colonel Caldwell était le seul survivant des six commandants originels qui avaient quitté la Terre il y avait une décennie.
« Et nous ne pouvions pas juste nous pointer à travers la Porte des étoiles, » ajouta Jack. « Du moins, pas jusqu’à maintenant. »
Jade hochait la tête. Sam pouvait la voir en train d’intégrer déjà les schémas dans sa tête. Elle avait le don de Jack pour la stratégie.
« Le Gateship des Anciens, » dit-elle. Sam ne put s’empêcher de grincer des dents. Pour une raison inconnue, elle détestait vraiment ce nom. « Celui que nous avons trouvé sur la planète où était Oncle Harry. »
« Oh pour l’amour du ciel, ne l’appelle pas comme ça, » se plaignit Jack d’un ton irrité. « Maybourne n’est pas ton oncle ! Je déteste quand tu l’appelles comme ça. Je n’aurais jamais dû te laisser aller avec Daniel étudier ces fichues ruines. »
Sam et Jade s’échangèrent un coup d’œil subreptice. Jade n’était que trop consciente que d’appeler Maybourne « Oncle Harry » ferait réagir son père au quart de tour. Sam savait qu’elle le faisait juste pour l’entendre jurer. Le plus bref des sourires traversa les lèvres de sa fille.
« Le vaisseau a un appareil d’occultation. Et, il passe par la Porte, » dit Sam, tentant de détourner le sujet de Maybourne avant que Jack ne se mette dans tous ses états. « Nous pouvons le prendre jusqu’au monde d’origine des Aschen et y introduire quelques agents. Ils monteront à bord des vaisseaux de guerre en orbite, planteront des explosifs au cœur de chaque vaisseau, enclencheront les minuteurs et partiront. Rien de trop complexe. »
« Trop dommage que le petit bidule du vaisseau permettant le voyage dans le temps ne marche pas, » marmonna Jack. « Maintenant, ça ça aurait été utile. Nous retournerions et arrêterions les Aschen avant qu’ils ne relâchent leur fichue peste. Je ne sais pas pourquoi, je ne pense pas que j’étais destiné à passer mes vieux jours à comploter des attaques terroristes. »
« Tu sais très bien que Daniel n’était pas absolument certain que sa traduction des ruines était correcte. Et même s’il l’était... »
« Oh, et nous y voilà, » grogna Jack, s’affaissant sur sa chaise et jetant son crayon sur la table dans un geste d’exaspération.
« Papa... Maman a raison... une fois que tu commences à modifier la ligne du temps... »
Mais Jack avait fourré ses doigts dans ses oreilles et fredonnait tout haut, les yeux fermés. Sam secoua simplement la tête lorsque Jade lui jeta un coup d’œil, faisant les gros yeux.
Finalement Jack ouvrit un œil, puis deux, et baissa ensuite ses mains.
« Est-ce que vous avez fini les têtes d’œuf ? » leur demanda-t-il d’un ton plein de sous-entendus. Sam ne put se retenir de sourire. La façon dont il disait « tête d’œuf » avait toujours semblé faire de l’expression un grand éloge.
« Je pense que oui. De plus, ça ne sert à rien d’en discuter. Il n’y a pas d’appareil à voyager dans le temps et aucun moyen de changer le passé, » dit-elle. « Tout ce dont nous avons, c’est le présent. »
« Alors, je suppose que nous ferions bien d’en profiter, » répondit Jack.
OOOO
« Non. »
Elle entendit le mot rouler dans sa poitrine alors qu’elle était couchée dans l’obscurité, sa tête posée sur son épaule. Ses doigts traçaient, de mémoire, les cicatrices qui ornaient son corps. Elle savait d’où chacune d’elles provenait... exceptée une seule. Il ne parlait jamais de celle-ci. Elle savait pourquoi. Elle venait du temps qu’il avait passé dans une prison irakienne. Une période de sa vie dont il ne parlait jamais. Non pas qu’il avait à le faire. Parfois, les silences de Jack disaient bien plus que ses mots.
Elle trouva la cicatrice en question. Elle était irrégulière et boursouflée, signes qu’elle avait été infectée. Et en un endroit qui avait dû lui faire un mal de chien. Elle sentit sa main tâtonner pour trouver la sienne et l’appuyer contre la vieille blessure, comme si, d’une manière ou d’une autre, elle avait la faculté d’effacer le souvenir de la douleur. Elle souhaitait l’avoir. Juste comme elle souhaitait pouvoir effacer la réalité qu’ils devaient affronter.
S’ils voulaient s’assurer avec une absolue certitude que leur attaque contre les Aschen ait les meilleures chances de réussite, ils avaient besoin de Jade.
Jack n’avait pas accepté.
Elle détestait briser l’instant en le mentionnant à nouveau. Elle aurait préféré rester couchée là, à écouter les battements du cœur de Jack, à regarder le mouvement régulier de sa poitrine, à sentir le léger contact de sa main calleuse qui caressait distraitement la peau de son dos. Si elle pouvait faire que la nuit dure pour toujours, elle l’aurait fait, heureuse d’être enveloppée dans les bras puissants de Jack.
Mais dans quelques heures, l’aube précoce de Chulak envahirait leur sanctuaire. Le jour menaçait en avant d’eux et il n’y avait pas de retour en arrière. La demi-douzaine d’équipes commando était en position au Site Gamma, attendant d’être transportée sous occultation dans le petit vaisseau des Anciens que seuls Jack et une poignée d’autres pouvaient piloter. La tablette dont elle avait besoin avec les codes d’interface nécessaires pour pirater le système de téléportation Aschen était déjà à bord. Sur le dos de la chaise, un pantalon et une tunique Aschen aux couleurs ternes lui assureraient de passer pour n’importe quel technicien en train de travailler sur une borne de téléportation en panne. Encore quelques mouvements des aiguilles de montre et tout serait en branle. D’une façon ou d’une autre, tout était sur le point de changer.
Mais elle avait besoin de Jade, indépendamment de ce que Jack disait. Non pas pour infiltrer l’un des vaisseaux, Grands Dieux, non ! Mais pour être son double, au cas... eh bien, au cas où. A part elle, Jade était la seule autre personne capable de pirater le système de téléportation Aschen. Si, pour une raison ou une autre, elle était grillée, il fallait que quelqu’un puisse ramener les équipes sur la planète. Il n’était pas question qu’elle prenne le risque de laisser Jack, ou quiconque, sur ces vaisseaux quand ils exploseraient. Tout le monde avait un remplaçant ; c’était manquer de prévoyance que de la laisser sans. Pour autant elle détestait cela, Jade devait venir.
L’heure était venue de briser le moment.
« J’ai besoin d’elle, Jack. Tu le sais. Si quelque chose arrive... »
« Rien ne va arriver. » Il la coupa sèchement. Elle ne put s’empêcher de remarquer, cependant, la façon presque instinctive qu’il avait eu de resserrer ses bras autour d’elle au moment où il le disait.
« Tu ne sais pas ça. N’importe quoi pourrait se passer mal ; et elle est la seule, à part moi, qui en sache assez pour faire entrer et sortir les équipes. Elle doit venir, Jack. Tu le sais. C’est juste que tu n’aimes pas cela. »
« Et toi ? »
« Dieu, non ! Bien sûr que non ! Je souhaite qu’elle puisse rester ici avec Daniel et aussi loin des Aschen que possible ! Je ne veux pas qu’elle puisse être blessée en quelque manière que ce soit, pas plus que toi. »
Il resta silencieux. Peut-être était-ce son imagination, mais elle pensa pouvoir entendre son pouls s’accélérer. Certainement que son corps s’était tendu, mais il continuait de tenir sa main, comme s’il était quelque part réticent à la lâcher.
« Je pensais pouvoir la protéger de ceci, » dit-il finalement. « Qu’ils renonceraient et nous ficheraient la paix. Jamais je n’ai voulu faire de notre enfant un soldat. »
« Elle est la fille de ses parents, » admit Sam. « Que tu l’aimes ou pas, nous lui avons enseigné cela. »
« Oui. Elle en a de la chance. »
Son amertume fut comme un poignard. Sam sentit ses yeux piquer. Elle avait essayé de ne pas penser trop souvent à ce que Jade était devenue, ou en quoi ils en étaient responsables. Leur fille était brillante, vive, perspicace, irrévérencieusement drôle – et belle, en plus de tout le reste. Sur Terre, elle aurait été une élève modèle, listant déjà les universités, impliquée dans toutes sortes d’activités – et repoussant probablement les garçons avec un bâton... non pas que Jack en aurait laissé un s’approcher d’elle à moins de cent mètres de toute façon.
Et pourtant, Sam ne put s’empêcher de penser que c’était ironique car, s’il n’y avait pas eu les Aschen, Jade n’aurait peut-être même pas existé. Qui sait ce qui se serait passé si la Terre avait pu continuer son bonhomme de chemin, libre de l’intervention cataclysmique des Aschen. Elle pensa vaguement au type avec qui elle sortait... Pete quelque chose. Cela avait paru si sérieux à ce moment-là. Qui savait... elle pourrait être mariée à lui. Jack avait été un territoire interdit, après tout, et ces sentiments qu’ils avaient entretenus l’un pour l’autre pendant si longtemps auraient pu ne jamais voir le grand jour.
Cette pensée seule la laissa avec un sentiment de perte. Ne jamais avoir aimé Jack ouvertement – ou d’avoir été aimée par lui – d’avoir été chérie par lui de toutes les façons qu’il lui faisait savoir qu’elle l’était. En dépit de tout, elle ne pouvait pas imaginer ne pas l’avoir eu dans sa vie de cette façon-là.
Et elle ne pouvait pas imaginer une vie sans Jade, qui était, d’une certaine façon, la combinaison du meilleur d’eux-mêmes.
Ce qui rendait le fait de l’emmener avec eux sur cette mission bien plus préoccupant. Et à quel point c’était nécessaire.
Peut-être qu’ils avaient failli en tant que parents ; mais d’une fille, ils n’auraient pas pu demander mieux que Jade.
Jack devait avoir senti l’humidité sur son épaule. Il lâcha sa main et la porta à son visage, l’essuyant avec douceur, puis il la posa sur sa joue.
« Ou peut-être que c’est nous qui sommes chanceux, » dit-il doucement, sans trace d’amertume cette fois. Sam le regarda, voyant à peine son visage dans l’obscurité. Si elle ne l’aimait pas déjà au point que c’en était physiquement douloureux, elle l’aurait chéri encore plus pour cela. Elle eut l’impression que son cœur allait exploser.
Elle dit la seule chose qui semblait approprié à dire.
« En effet. »
OOOO
Les renseignements avaient été corrects. Les Aschen ne portaient effectivement pas d’armes lorsqu’ils arpentaient les couloirs de leurs vaisseaux de guerre. Du moins pas pendant qu’ils étaient en orbite autour de leur planète. Et c’était probablement pourquoi il n’était pas déjà mort. Non pas que cela lui donnât tellement de réconfort.
Cela ne lui donnait aucun réconfort non plus de ne pas être seul dans sa misère. Sheppard était dans une cellule à côté... ou quel que soit le nom du foutu trou dans lequel ils étaient enfermés. Cellule était assez proche, bien que ça ne ressemblait à rien de ce qu’il avait jamais vu, goa’uld ou autre. C’était construit dans sorte de plastique bleu, chaque côté du mur s’étant révélé être des barres pliables. Quand ils l’avaient mis dans l’une et Sheppard dans une autre, il avait observé les bords se coller entre eux. Cela lui rappelait ces fins blisters dans lesquels ce truc était arrivé emballé – ceux qui semblaient faciles à ouvrir mais ne l’étaient jamais sans une paire de ciseaux, un couteau de poche et quelques pains de C4. Il doutait que les ciseaux ou le couteau de poche seraient d’une grande utilité pour le moment, mais c’est sûr qu’il souhaitait avoir un peu de C4. Surtout depuis qu’il avait laissé tout ce qu’il avait stratégiquement placé dans la salle des machines autour du cœur du vaisseau. Et encore plus depuis qu’il était réglé pour détonner dans, oh... environ dix-huit minutes, plus ou moins quelques secondes.
Oh ouais. Ils étaient vraiment dans la merde.
Foutu genou. En se faufilant à travers les couloirs, il l’avait encore déchiré. Non pas qu’il s’était remis correctement après P5X-machin truc. Mais, si l’on considère la qualité des soins médicaux sur Chulak, il avait été surpris de pouvoir toujours marcher. Et ce n’était pas qu’il n’appréciait pas d’être le baromètre local, prévoyant la pluie par la façon dont ce fichu truc lui faisait mal, mais toutes choses considérées, il aurait donné n’importe quoi pour un lit dans l’unité orthopédique de Walter Reed ou même au Memorial Hospital de Colorado Springs. Il se disait que n’importe quel endroit l’aurait plus aidé que ces semaines de cataplasmes Jaffa faits avec quelque chose qui sentait pire que le fumier de choux dans la ferme de son grand-père.
Rien de cela n’avait compté quand il avait clopiné en essayant d’échapper à deux gardes de sécurité au visage blafard qui les avaient poursuivis à travers la moitié du vaisseau. Il avait fait signe à Sheppard de continuer – de le laisser, mais le type n’était pas le soldat modèle quand il était question de suivre les ordres. Ce qui était la raison pour laquelle, il en était sûr, Carter avait insisté pour qu’il accompagne Jack. Non pas que Sheppard n’aurait pas pu mener sa propre équipe – en fait, il aurait fichtrement dû. Après Carter, il était le plus haut gradé survivant dans la chaîne de commandement. C’était justement pour cela qu’il aurait dû être sur un autre vaisseau avec sa propre équipe, évitant avec succès la capture et retournant en sécurité sur la planète jusqu’au gateship occulté. Si aucun d’eux ne s’en sortait, la fuite des autres équipes ne dépendrait que de l’habileté au pilotage d’un lieutenant âgé de vingt et quelques qui n’était qu’à la maternelle quand les Aschen avaient montré la première fois leur nez.
Mais Carter l’avait fait céder et il avait donc pris Sheppard avec lui. Il était sûr qu’elle savait que jamais le major ne le laisserait derrière, même s’il lui en donnait l’ordre. Et c’était précisément ce qui s’était passé. S’ils sortaient d’ici, il repenserait peut-être à rétablir la cour martiale.
Il clopina dans sa cellule, passant ses mains le long des jointures, cherchant la moindre faiblesse. Non pas que cela leur apporterait quoi que ce soit. En plus de s’être soudées entre elles, les cages étaient également suspendues en l’air à environ dix mètres du sol par une sorte de champ de force. Même s’ils sortaient, ce serait une sacrée descente.
« Je ne pense pas que vous allez trouver un moyen de sortir, mon Général, » informa Sheppard de la cellule adjacente. « Je ne sais pas de quoi ces murs sont faits, mais ce n’est rien de ce que j’aie jamais vu. »
« Je ne fais que vérifier, » répondit Jack, bien qu’il en était venu à la même conclusion il y a environ cinq minutes. C’est juste qu’il n’arrivait pas à rester assis-là, attendant d’être pulvérisé en milles morceaux. Cela lui donnait bien trop de temps pour penser. C’était mieux d’agir et repousser ces pensées persistantes au fond de son esprit. S’il le faisait assez longtemps, cela n’aurait plus d’importance : il n’y aurait plus d’esprit pour les repousser, et donc il s’en ficherait.
Du moins il espérait qu’il s’en ficherait. En considérant toutes les choses qu’il avait faites au cours de sa vie, il semblait hautement probable qu’il finisse quelque part ailleurs qu’aux Portes du Paradis. Et qui savait quelles choses détestables il aurait à revivre, encore et encore, dans les fournaises de l’enfer. Encore quelque chose qu’il n’avait pas vraiment envie de contempler pour le moment.
Il y avait une pensée, cependant, dont il ne pouvait se débarrasser : l’espoir que Carter suive le protocole standard de mission qu’ils avaient établi et fiche le camp d’ici avec tous les autres. Il avait réussi de justesse à obtenir d’elle qu’elle le ferait, mais il n’avait pas obtenu plus que cela. Pour une raison ou une autre, il n’avait pas insisté davantage. C’était peut-être parce qu’il savait, qu’à sa place, il aurait détesté qu’on lui demande de faire cette promesse... si elle était à sa place, il ignorerait le protocole standard de mission et viendrait la chercher.
Il espérait qu’elle était plus maligne que lui. Bon... okay – là-dessus, il n’y avait pas de doute – elle était bien plus maligne que lui. Il priait juste qu’elle ait plus de bon sens.
Il ôta le cache de sa montre et vérifia l’heure. Quinze minutes et vingt trois secondes. Oh, eh bien. Il avait déjà vécu ça. Plus d’une fois, en fait. Ce qui prouvait que la fin qui semblait inéluctable n’était pas toujours aussi inéluctable que cela, même si, dans ce cas précis, il était presque certain qu’il n’allait pas être hissé du précipice à temps.
C’était bien. Penser à la mort l’empêchait de penser qu’il était sur le point de mourir. Ou plus précisément, l’empêchait de penser à ce qu’il laisserait derrière une fois que la mort serait arrivée. Il refusait de se laisser penser à ça. Cela conduirait aux regrets, et il ne ferait pas face à la mort avec des regrets. Il avait l’intention d’être un emmerdeur jusqu’au bout.
Sheppard était silencieux. Bien. Il détestait les camarades de cellule bavards. Pourtant – il se demandait s’il se devait de lui dire quelque chose. Le type était encore relativement jeune – et il avait le gène des Anciens jusqu’au bout des ongles. Il était le futur de la race humaine – capable d’avoir des enfants. C’était une honte qu’il soit enfermé là avec un supérieur lamentable qui aurait dû savoir qu’il ne devait prendre personne avec lui sur cette mission.
La cellule fit une embardée et Jack marmonna un juron de douleur. Cela l’avait jeté par terre sur son mauvais genou, lequel avait cédé sous lui. Jetant un œil à travers sa douleur, il vit que Sheppard était par terre. Quelqu’un cafouillait avec les commandes. En un mouvement saccadé et irrégulier, les deux cellules s’approchaient du sol. Super. C’était peut-être l’heure des tortures Aschen. Il ne lui restait qu’environ douze minutes ; ceci les feraient sembler durer vingt. Peut-être qu’ils le feraient mourir d’ennui.
Mais ce n’était pas un Aschen qu’ils virent au panneau de contrôle quand ils furent suffisamment bas pour voir dans la pièce. La bouche de Jack devint sèche et son ventre se noua avant qu’une combinaison d’admiration et de fureur explose dans son cerveau.
C’était Sam.
Son visage était crispé et elle ne cessait de regarder par-dessus son épaule, comme si elle s’attendait à tout moment à de la compagnie. Derrière elle, par terre, il y avait un Aschen qui avait été zatté. Jack n’arrivait pas à dire s’il était en vie ou mort, et franchement, il s’en fichait. Ils seraient tous morts dans une poignée de minutes si Carter n’accélérait pas les choses.
Apparemment elle avait réussi à comprendre comment abaisser les cages, mais maintenant elle devait réussir à ouvrir les portes. La frustration apparut sur son visage de l’autre côté de la cage de verre où elle était. Elle tenta une séquence après l’autre sur ce qui semblait être l’équivalent Aschen d’un clavier. Elle avait une main sur son zat et donnait l’impression qu’elle considérait user la méthode O’Neill quand il en venait à faire face à une technologie récalcitrante, quand elle trouva soudain la bonne combinaison et les portes s’ouvrirent.
Ils étaient libres.
Il ne put se retenir.
« Bon sang, Carter !! Que diable t’ai-je dit ? Tu ne devais pas venir nous chercher. Peu importe le reste ! »
Si elle fut offensée par son ton, elle ne le montra pas. Elle tendit simplement une arme à chacun.
« Désolée, monsieur, » répondit-elle, bien qu’il était évident qu’elle ne l’était pas le moins du monde. « Mais nous pourrons peut-être en discuter plus tard... Jade attend de nous ramener au sol si nous pouvons atteindre une borne de téléportation. D’après ma montre, nous n’avons pas de temps à perdre. »
Il y avait encore le problème de son genou, cependant, lequel était responsable de leur situation actuelle pour commencer. Il doutait que Carter serait volontaire pour emmener Sheppard avec elle et aller de l’avant, il n’y avait donc pas la nécessité de le mentionner. Etant le fardeau qu’il était, il n’eut pas d’autre choix que d’accepter l’aide de Sheppard et il clopina sur les talons de Sam.
Il devait reconnaître cela aux Aschen – ils détestaient les inconvénients de toutes sortes. Ce qui était pourquoi chaque niveau du vaisseau était muni de sa propre station de téléportation et parfois même deux, comme c’était le cas sur ce niveau. Tout à fait pratique, s’il se permettait de le dire. Ca lui éviterait beaucoup de geignements embarrassants.
Avec l’aide de Sheppard, il monta tant bien que mal sur la petite plateforme. Carter couvrait l’arrière maintenant, gardant toujours un œil sur qui pourrait être sur leurs talons. Il regarda chaque côté du couloir, mais il n’y avait pas une âme en vue. C’était l’heure de ficher le camp d’ici.
Il ne vit jamais d’où vint le tir. Il y eut un son – un son étrangement drôle – et soudain Sam avait une expression des plus surprises sur son visage. Pendant un instant follement bizarre, il crut qu’elle riait à l’étrange petit bruit, mais ensuite il vit la tâche s’épanouir sur sa poitrine, d’un rouge vif sur le gris pâle et terne de sa tunique. Ses yeux rencontrèrent les siens et le temps s’arrêta. Peur, tristesse, amour, regrets, condoléances, acceptation, toutes ces émotions passèrent sur son visage en l’espace de trois battements de cœur. Et elle tomba. D’abord sur ses genoux, puis s’écroula par terre, ses yeux se fermant avant de s’immobiliser.
« NOOOOOOONNNNNN !! »
De quelque part, un cri horrible et déchirant avait explosé, remplissant le couloir d’un son inhumain. Il fallut à Jack un moment pour se rendre compte que cela venait de lui, et qu’il se débattait, lutant avec chaque once d’énergie pour descendre de la plateforme et d’aller là où elle était couchée. Mais quelque chose le retenait. Quelqu’un. C’était Sheppard. D’étranges sons venaient d’ailleurs maintenant. Ce drôle de bruit qui ne pouvait certainement pas être mortel. Mais Sheppard le poussait à terre derrière la console lorsque des décharges d’énergie plurent autour d’eux de chaque côté.
Il vit Sheppard plonger vers Sam. Pendant un instant, il crut qu’il y retournait pour elle – qu’il avait vu un signe de vie en elle et n’allait pas l’abandonner ici, pas plus qu’elle ne l’aurait fait. Mais il vit alors le major tendre la main pour prendre un petit appareil qui était tombé de la main de Sam – le communicateur qu’elle avait apporté pour signaler à Jade quand elle devait les ramener au sol.
L’une des plus faibles décharges toucha Sheppard alors qu’il rampait vers la plateforme. Une cloque rouge apparut sur son visage et commença à suinter. Jack lui jeta un bref coup d’œil, mais il ne pouvait détacher ses yeux de Sam. Son visage était serein. En paix. Inconscient de sa souffrance, de l’horrible vide sombre qui était en lui, là où était la place de Sam. Un vide. Un trou. Comme si quelqu’un était venu l’éviscérer, en le laissant pourtant en vie. Son cœur souffrait d’une douleur qu’il n’avait ressentie qu’une fois auparavant dans sa vie et avait espéré ne jamais la ressentir à nouveau.
Il ne pouvait pas la laisser ici. Pas aux Aschen. Pas à ces salopards qui lui avaient fait cela. Qui leur avaient fait cela. Il devait la ramener chez eux, même si c’était la dernière chose qu’il ferait de sa vie.
Il s’efforça, comme Sheppard l’avait fait, de descendre de la plateforme au milieu des décharges d’énergie. Le genou l’en empêcha. Il tomba par terre, comme un sac, la douleur s’élançant dans sa jambe dans les deux directions. Il avait dû crier car il sentit Sheppard agripper son bras et le tirer en arrière.
Un instant plus tard, la scène cauchemardesque chatoya en un rideau mouvant et ridé alors qu’il était arraché vers une sécurité qu’il ne désirait pas.
OOOO
Quelque part, très loin, comme un faible écho rebondissant sur un mur distant, elle crut entendre le son qu’elle attendait. Un ronronnement. Les harmoniques des atomes qui étaient désassemblés dans leur état de particules subatomiques avant d’être transportés en un autre endroit. Un endroit qui n’était pas ici.
Ses yeux étaient si lourds qu’elle pouvait à peine les ouvrir. Les images étaient également très loin. Comme une image au bout d’un long tunnel. Mais elle pouvait le voir. Une dernière fois, elle put le voir. Et puis il s’évanouit de sa vue.
Un dernier souffle qui était un soupir.
Il était en sécurité.
Et elle pouvait se reposer.
OOOO
« Jack... »
« Allez-vous en, Daniel. »
Au lieu de s’effacer, cependant, la silhouette sombre dans l’embrasure de la porte s’approcha. Jack plissa les yeux à la lumière qui prit la place de Daniel et fut reconnaissant quand la porte gronda en se refermant derrière lui.
« Non, je suis désolé. Je ne peux pas faire ça. Pas cette fois. »
Oh pour l’amour...
« Croyez-moi, Daniel. C’est pour votre propre bien, » gronda-t-il. « Maintenant, foutez le camp d’ici. »
Daniel fit un pas de plus. Jack fut pris entre une envie irrépressible de bondir et de faire partir Daniel en usant de la force et un désir de reculer furtivement dans le coin le plus reculé pour que Daniel ne puisse pas le trouver dans l’obscurité qui était leur foyer. Son foyer. Son foyer solitaire.
« Et le propre bien de Jade aussi ? » Daniel ne renonçait jamais. Sa voix tremblait de sa propre colère. Comme si Daniel savait ce que la vraie colère était. « Elle est votre fille, Jack. Elle a besoin de vous. »
Jack tendit la main pour prendre la coupe qu’il avait déjà vidée deux fois et regarda dedans avec regret. La bière Jaffa ne valait pas une Guinness. Que ne donnerait-il pas pour deux packs de six maintenant. Ou peut-être deux douzaines. Il était encore en train d’étudier les quelques gouttes qui restaient au fond de la coupe lorsqu’il répondit à Daniel.
« C’est pour ça qu’elle vous a. Vous êtes doué à ce genre de truc. Pas moi. »
Mais Daniel ne serait pas dissuadé. Il s’était planté au milieu de la pièce, les bras croisés.
« Elle a besoin de son père. »
Il n’avait rien à dire à cela. Qu’y avait-il à dire ? Certainement pas oui. Okay – peut-être qu’elle avait besoin d’un père. Mais elle n’avait fichtrement pas besoin de lui.
« Jack... elle a mal, » tenta à nouveau Daniel, sa voix se brisant presque.
Ce presque... faillit l’avoir. Mais il le repoussa. Il était vide. Il n’avait rien à donner. Pas à Daniel. Pas à Jade. Pas même à lui-même. C’était plus facile de rester assis dans le noir et boire ce que les Jaffa lui avaient donné, peu importe ce que c’était. Il était presque sûr que s’il en buvait assez, le peu de sentiments qui lui restaient s’en iraient enfin. C’était un but qui valait la peine d’être poursuivi.
« Ouais. Eh bien, désolé. Je ne peux pas aider. »
« Putain de filsdepute, » marmonna Daniel, sa colère palpable. Il se déplaçait maintenant avec agitation dans la pièce. Cela s’ajouta au niveau d’intolérance de Jack.
« Ouais. Vous m’avez appelé comme ça une fois, si je me souviens bien. Il s’est avéré que vous aviez raison là aussi. »
« Jack... ceci n’est pas une question de savoir qui a raison ou tort. Vous avez une fille de quinze ans qui a perdu sa mère. »
« Et qu’est-ce que j’ai perdu, Daniel ? »
L’archéologue l’étudia pendant un instant. Jack ne put s’empêcher d’avoir l’impression d’être un sujet sous un microscope.
« J’allais dire ‘Sam’, » répondit-il. « Mais je pense que vous avez perdu bien plus que cela. Je pense que vous avez perdu votre âme. »
« Humph, » souffla-t-il. Comme s’il en avait eu une pour commencer.
Daniel revint se tenir devant lui. Il pouvait voir l’émotion dans les yeux de l’archéologue, même dans cette faible lumière.
« Alors... qu’allez-vous faire ? Rester assis là dans le noir et boire le tord-boyaux Jaffa jusqu’à ce que vous vous évanouissiez ? »
« C’est un début. »
Daniel émit un son dégoûté et se tourna comme pour partir. Enfin.
Remarquez, il se retourna.
« Sam ne voudrait pas que vous fassiez cela, vous le savez. Elle voudrait – elle s’attendrait à ce que vous soyez là pour Jade – que vous vous aidiez l’un l’autre à travers ceci. Si elle vous voyait comme ça... »
« Daniel... vous vous souvenez de ce que j’ai dit avant... à propos de foutre le camp d’ici pour votre propre bien ? » Il n’attendit pas sa réponse. « Si j’étais vous... je le ferais maintenant. »
Il avait dû y avoir quelque chose de suffisamment implacable dans sa voix pour finalement convaincre Daniel. Il se retourna et se dirigea vers la porte, mais s’arrêta avant de lever la poignée. Il ne regarda pas Jack, mais garda ses yeux sur la porte.
« Le Jack O’Neill que je pensais connaître n’aurait jamais laissé une enfant avoir mal toute seule. Je présume que je n’ai pas juste perdu une amie dans ce vaisseau Aschen. J’en ai perdu deux. »
Et avec cela, il partit.
Jack resta assis dans le noir, fixant distraitement la porte qui s’était refermée avec un clic à peine audible après ce que Daniel avait dit. Il fallut un moment avant que les mots de Daniel ne prennent leur signification.
« Ouais, Danny-boy, » marmonna-t-il à la pièce à présent vide. « Ouais. Je suppose que oui. »
OOOO
« Quoi ? » Jack ne se donna même pas la peine de lever ses yeux du bureau. Sa vision périphérique enregistra que quelqu’un venait d’entrer dans la pièce. Il ne savait pas qui et, à cet instant, il s’en fichait. Il lisait un rapport d’une mission de reconnaissance de SG5. Ils avaient découvert une cache de technologies des Anciens comme aucune de ce qu’ils avaient vue auparavant. Un groupe de Jaffa de Ba’al les en avait chassés avant qu’ils aient pu en récupérer une seule, mais pas avant qu’ils n’aient pu la cacher. Ca valait peut-être la peine d’y retourner.
« J’aimerais m’engager dans l’unité des Opérations Spéciales, » dit la personne de l’autre côté de son bureau. La voix seule lui fit lever vivement la tête.
« Que fais-tu ici ? » demanda-t-il d’un ton irrité. Elle n’avait pas rencontré ses yeux. Elle se tenait là, au garde à vous, juste comme il le lui avait appris quand elle était une petite fille et que cela avait été un jeu. Ca ne l’était plus maintenant.
« J’ai dit que je voulais m’engager dans l’unité des Opérations Spéciales, » répéta-t-elle. « J’aimerais devenir un agent entraîné et faire ma part du boulot dans la guerre contre les Aschen. »
« Nous leur avons botté les fesses, » gronda Jack, retournant au rapport. « Ils ne nous embêteront pas pendant un certain temps. »
« Mais ils reconstruiront leurs vaisseaux un jour ou l’autre. Et nous ne pouvons pas ignorer les Goa’uld non plus. Ni les Réplicateurs. Tu as besoin de toutes les personnes que tu peux avoir. Tu as besoin de moi. »
« Je n’ai pas besoin d’enfants, » marmonna-t-il. « Ni de scientifiques. »
« Je ne suis pas une enfant, » répondit-elle calmement. « Et si tu ne penses pas que mon entraînement avec Ry’ac et les Jaffa d’ici ne m’a pas assez endurcie, alors nous pourrions peut-être faire un bras de fer. »
Jack sentit sa poitrine se serrer. Le ton de sa voix. L’inflexion... même les mots.
Il déglutit et posa doucement le stylo sur le bureau avant de la regarder.
Non. Ce n’était pas une enfant qui se tenait devant lui. Juste une recru. Intelligente et dure comme sa... eh bien, intelligente et dure.
Un bon commandant ne laissait pas perdre les atouts. Un bon commandant savait quand faire du mieux qu’il pouvait des ressources qu’il avait. Un bon commandant savait quand prendre avantage de ce qui se présentait de lui-même.
Il se leva et la regarda dans ses yeux qui étaient à la fois comme, et pas comme, les siens.
« Dans ce cas, tu peux m’appeler ‘Commandeur’. »
OOOO
Incursion temporelle N°11
Infection Moins Quatorze jours
« Bien sûr, ce n'était pas facile. Mais nous nous en sortions. Jusqu'à ce que les Aschen nous pourchassent de nouveau. Ils étaient déterminés à nous exterminer, quel qu’en soit le prix… ou le temps. » Elle prit une profonde respiration. Elle avait réussi à raconter la partie la plus difficile. Elle l'avait fait. Et ils étaient toujours là, à l'écouter. Cette fois, peut-être. Cette fois, peut-être, elle réussirait à les faire croire en elle.
« Depuis, nous sommes en mouvement, » continua-t-elle. « Il y a quelques années, nous avons trouvé une technologie qui nous a permis de voyager dans le temps et nous avons décidé que, plutôt que de regarder la race humaine mourir, si nous remontions dans le temps et changions le passé, nous n'aurions pas à vivre cela. C'est pourquoi je suis là. »
Barrett gribouilla d'autres notes et sans la regarder marmonna, « Je vois. »
Son estomac se noua. Malgré toute son attention, elle pouvait le lire comme dans un livre. Il ne l'avait pas crue. Pas un mot de ce qu'elle avait dit. L'espoir s'écoula d'elle. Pas encore.
« Ecoutez… » Elle se pencha vers lui, essayant d'infuser autant d'intensité dans son regard qu'elle pouvait. Il leva les yeux sur elle. « Je sais que ça semble incroyable. Je sais qu'on dirait que j'ai pris tous les désastres de tous les films catastrophes et que je les ai réunis en une seule histoire incroyable. Mais je vous le jure – sur la tombe de ma mère – que c'est la vérité absolue. Vous devez me croire. »
Elle pouvait toujours sentir le doute émanant de lui. C'était sa dernière chance. Si le Commandeur s'impliquait personnellement…
« Je vous en prie, » plaida-t-elle une fois de plus. « Je vous en prie… vous ne pouvez pas simplement ignorer cela. Vous devez me croire. N'allez pas sur P5X-404, » supplia-t-elle en direction de l'obscurité. « Ne concluez pas de traité avec le Pack. C'est de là que tout a commencé. Si vous m'écoutez… rien de tout cela n'arrivera. »
Elle vit Barrett regarder par-dessus son épaule et faire un signe de tête à un soldat qui montait la garde à la porte. Non. Non. Non. Elle ne pouvait pas échouer cette fois. Elle ne le pouvait tout simplement pas. Elle regarda de nouveau Barrett espérant qu'il verrait qu’elle disait la vérité. Lorsqu’elle aperçut son regard, elle crut un instant voir une expression surprise de reconnaissance. Mais aussi vite qu’elle était apparue, elle s’évanouit. Il était l’Agent Barrett qui faisait son devoir. Et son devoir était de l’envoyer en Zone 51... encore. Elle n’y arriverait jamais. Juste comme les dix fois précédentes qu’elle avait été ici. Mais il n’y aurait pas de douzième fois.
Elle avait échoué. Le Commandeur insisterait pour appliquer son plan. Il était complexe, dangereux et avait autant de chance d’échec que de réussite. Mais maintenant, c’était le seul qui restait. Ils avaient épuisé leurs options.
Ils avaient épuisé leur temps.
Epilogue
La lumière dorée du soleil dansait dans ses cheveux. Un sourire toucha ses yeux pour la première fois depuis des mois. Son rire sortit librement et sans réserve.
Et Jack. Son nom. Son prénom. Adressé à lui de sa voix, tout haut.
Et il pouvait l’appeler Sam.
Pas de grades. Pas de chaîne de commandement. Pas de règlements. Pas ici. Pas maintenant. Plus maintenant.
L’observer s’éloigner de lui au cours de l’année passée avait été un enfer. Une torture. Pire que cela. Mais il pensait que c’était ce qui était le mieux pour elle, aussi il l’avait laissée partir.
Mais elle était revenue. Ce jour-là, dans son jardin, elle s’était tenue là, ne disant rien mais disant tout. Et son monde soigneusement forgé avait été mis sens dessus dessous, encore, juste comme le jour où elle était entrée pour la première fois dans sa vie.
Excepté que cette fois, il avait fait quelque chose pour ça.
Et maintenant, ils étaient là.
Il y a quatorze mois, le vieil homme s’était tenu sur le ponton et lui avait offert un aperçut de son futur. Il n’avait jamais eu l’opportunité de dire oui ou non. Mais ça n’avait plus d’importance. Ce futur... quel qu’il soit... n’existait plus. Ils l’avaient changé. Réparé. Refait. Ce que vous voudrez. Il ne serait jamais cette créature amère qui dirait ce qu’elle avait dit, ou fait ce qu’elle avait fait. Le vieil homme l’avait sauvé de cela. Et s’était sauvé dans le même temps.
Il savait que jamais il ne comprendrait complètement ce qui lui était arrivé. Ce qui lui avait été épargné. Il ne le voulait pas. C’était assez de savoir que ce qu’ils avaient fait il y a de cela tous ces mois pour changer le futur en valait la peine. Surtout si ça signifiait qu’il pouvait s’asseoir là en ce magnifique jour d’été à côté d’elle, savourant simplement sa présence.
Plouf. Elle avait à nouveau lancé sa ligne. Un petit clic sur sa moulinette et le doux ronronnement alors qu’elle rembobinait.
Ils avaient établi quelques règles en conduisant jusqu’ici. Comme les prénoms.
Cette nuit, ils en établiraient d’autres.
Il lui avait dit toujours, et il le pensait. Maintenant, au moins, ils avaient un toujours à attendre avec impatience.
Elle lança de nouveau sa ligne.
C’est super, dit-elle.
Il la regarda.
Je vous l’avais dit.
Elle sourit.
Je n’arrive pas à croire que nous n’ayons pas fait cela il y a des années.
Il la regarda de nouveau. Elle paraissait heureuse. Détendue. Une cheville posée sur un genou. Leurs corps se touchant presque. Il l’aurait embrassée s’il n’avait pas entendu Teal’c et Daniel se garer dans l’allée juste à ce moment-là. Mais cela pouvait attendre. Il n’y avait pas lieu de se précipiter. Plus maintenant.
Il avait eu assez d’énigmes pour maintenant. Il était content avec le présent. Après tout ce qui était arrivé, être là maintenant, avec elle, était la seule chose qu’il voulait – la seule chose dont il avait besoin.
Oui. Eh bien, n’y pensons plus.
Leurs yeux se rencontrèrent. Ils se comprirent.
Il y avait là une bénédiction qui coulait de source. Un profond soulagement. Un répit bienvenu.
C’était... la paix.
Fin