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Prête à tout
Author:
Mushexor PM
Bella a tout pour être heureuse dans la vie. Tout, sauf ce garçon intouchable. U/A All Human - E/B
Rated: Fiction M - French - Romance - Bella & Edward - Chapters: 21 - Words: 201,291 - Reviews: 717 - Favs: 309 - Follows: 208 - Updated: 06-12-10 - Published: 09-20-09 - Status: Complete - id: 5389559
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Titre: Prête à tout

Genre: Humour/ Romance

Paring: E/B

Rating: T... Qu'on citronnera sans doute par la suite

Auteures: Mushexor: Mushroom-paradiz et Effexor ^^

Résumé: Bella a tout pour être heureuse dans la vie... Tout, sauf une chose; un garçon intouchable.


Note: Un, deux, un, deux...

Bonsoir, bonsoir!

C'est assez stressée que je vous écris ce soir, en nos deux noms... Voilà, j'ai - Mush - eu une idée farfelue à la suite d'un rêve, j'en ai fait part à Effexor qui a été intéressé pour que nous fassions cette fic à 4 mains, donc me voici ce soir pour vous livrer le prologue. Je suis assez stressée à cause de mon idée de départ, j'espère que ça ne va pas vous rebuter lol

Nous sommes dans l'écriture du chapitre 3, donc ça va aller assez vite.

C'est aussi pour cette raison que j'ai mis entre parenthèses ma traduction - que je vais vous livrer sans doute cette semaine, j'ai pratiquement fini la traduction du chapitre 12 -. Donc, alea jacta est! Notre sort est entre vos mains, merci de nous lire, à la prochaine! Bizouxxx!

PS: Prochaine note d'Effexor ^^

PS 2: Effexor: Bella et moi, ben Edward ^^


Prête à tout


Prologue


BELLA


Forks, deux semaines avant Thanksgiving

Je me couche exténuée.

Une journée de plus. Qui nous rapproche de la remise des diplômes, des vacances, de l'entrée en fac…

Une journée de plus quoi. Ratée.

Bon, n'allez pas croire que je considère que ma vie est ratée. Ce serait faux. D'aucun dirait d'ailleurs que j'ai de la chance. Enfin non, plutôt que je ne suis pas à plaindre. Je suis plutôt moyenne, comme fille. Brune, yeux marron, taille moyenne, silhouette fine mais pas très sportive… Ok, pas du tout sportive. Le sport, ce n'est définitivement pas mon truc. Élève plutôt bonne, je suis populaire dans mon lycée. Mais pas vraiment pour moi-même. Plutôt grâce à mes fréquentations. Enfin, je dis grâce, mais… des fois, j'aimerais bien faire plutôt partie des élèves lambda. Enfin, on ne choisit pas toujours ses amis, croyez-moi.

Mes amis?

Un petit lutin nommé Alice, et son frère aîné Emmett.

Étonnant que nous ayons sympathisé ; nous ne nous ressemblons absolument pas.

Là où je suis de taille moyenne, sa taille à elle fait penser à celle d'un lutin. Mais c'est bien la seule chose qu'elle a à m'envier ; à côté de ça, elle est d'une beauté saisissante. Des cheveux de jais, qu'elle a coupé l'an dernier pour les coiffer en piques, extériorisant ainsi sa vivacité naturelle. Des yeux verts, profonds, capables de vous faire plier, notamment quand elle emploie son célèbre regard de cocker abandonné. Une peau de porcelaine -ok, pour ça, j'ai la même. Mais à moi ça me va moins bien. Une silhouette ferme et harmonieuse, de gymnaste. Enfin, ça, ce n'est que d'un point de vue physique. Nos caractères d'un point de vue extérieur auraient paru ne jamais pouvoir s'accorder ; elle, si vive, si dynamique, si accro au shopping, si sociable, si… tout ! Et moi… Je suis son contraire, c'est aussi simple.

Ah ! Ça m'énerve de penser à toutes ces différences entre nous ! La vie est injuste.

Quant à son frère Emmett ? Il a les mêmes cheveux de jais qu'Alice, les mêmes yeux verts. Tout le monde croit d'ailleurs que ce sont des jumeaux. Quoique leurs ressemblances s'arrêtent ici.

Alors, Emmett…

La première description qui vient à l'esprit quand on le rencontre, c'est que c'est un géant. Mais dans le genre, armoire à glace. Il frôle le mètre 90 -en fait, il l'a dépassé. Ses épaules larges dissuadent quiconque de lui chercher des noises. Ne parlons pas de ses bras, plus durs que la pierre quand il serre les poings. Enfin bref...

Ils sont en fait les seules raisons de ma popularité au lycée ; mon meilleur ami, Jasper, est aussi timide que moi.

Jazz a notre âge, à moi et Alice. Alice, avec qui il sort d'ailleurs depuis plusieurs mois, résultat d'une bataille acharnée. Des boucles blondes, des yeux bleus, une carrure qui lui fait l'effet d'être une crevette à côté d'Emmett mais qui, malgré tout, a de quoi impressionner.

Emmett, c'est aussi un peu la star masculine du lycée de Forks. Le sportif de haut niveau. Le gars cool, toujours prêt à faire une bonne blague.

Ah, et j'oubliais, le gars toujours prêt à faire passer l'envie à quiconque de poser les yeux sur moi ou Alice. Pour Alice, il s'est calmé ; elle a Jazz, et dans la mesure où il le connaissait, il n'a pas -ok, pas trop- fait d'histoires.

Par contre, il se rattrape en me protégeant deux fois plus.

Comme si avoir un père protecteur ne me suffisait pas !

Il a juré qu'il crèverait les yeux de tous les gars qui oseraient poser le regard sur mon postérieur. Ce n'est pas mon frère, mais pas sûr que ça pourrait être pire !

Je ne vous dis pas la honte.

Et, fort heureusement, il n'est pas du genre à tenir ses promesses. Non pas que je croie que beaucoup de garçons soient intéressés par mes fesses ; mais je sais déjà que si Emmett avait suivi jusqu'au bout sa pensée, Mike Newton aurait pu investir dans une canne blanche et un labrador.

Notre petit groupe populaire s'opposait à celui des poufs du lycée, comme on les appelait communément. À savoir, Lauren Mallory et Jessica Stanley.

Toujours prêtes à disparaître dans la forêt jouxtant le lycée en galante compagnie, si vous voyez ce que je veux dire. Elles étaient aussi populaires que nous ; du moins, elles l'auraient bien voulu. Leur popularité était une notion relative. Elle dépendait du point de vue ; de celui des mecs bouleversés par leurs hormones, c'était des filles populaires…

Mais comment en suis-je venue là ?

Ah, oui. Je vous disais une journée de plus ratée.

Pourquoi ratée ?

Parce que de toute ma vie, il n'y a qu'une seule chose que j'aie ardemment désiré. Au point de changer, d'être prête même à me faire repérer.

En fait, pas une chose. Une personne.

Une paire d'yeux verts ; une chevelure bronze. Un corps d'Apollon. Un air à la fois doux, rêveur, mystérieux, distant… Un garçon intouchable...

Le nouvel arrivant du lycée de Forks, Edward Cullen. Un nom qui peut faire rire ou rêver. Dans mon cas, il éveillait toutes sortes de sensations… pas forcément catholiques.

Ce garçon ne quittait plus mes pensées, habitait mes rêves.

Comprenez bien que je n'ai jamais été quelqu'un de très… vindicatif. Je n'ai jamais cherché à obtenir plus que ce que j'avais, ou que ce qu'on m'offrait. C'est peut-être aussi pour ça que je ne suis pas réellement habituée à l'échec ; je n'ai jamais visé trop haut.

Mais lui, c'est différent.

J'étais prête à tout pour l'avoir. Avoir au moins son attention !

Mais, aujourd'hui comme tous les jours depuis deux mois, mes tentatives avaient échouées.

Je n'aime pas raconter ma vie ; mais si vous le permettez, laissez-moi reprendre du début...

oOo

Forks, début Septembre.

Je m'éveillai doucement, agacée par un bruit continu.

Mais que quelqu'un fasse taire ce bip !

Ce bip ?

Putain, c'est mon réveil !

Tout à fait réveillée désormais, je sautais de mon lit.

Et me pris les pieds dans quelque chose, atterrissant durement sur les coudes.

- Et merde ! Criai-je.

- Tout va bien Bella ? Fit la voix plus blasée qu'inquiète de Charlie, un étage plus bas.

- Oui, papa…

Je jetai un regard assassin à l'objet qui m'avait fait trébucher.

Mon chausson droit.

J'avais trébuché sur mon chausson droit ! Était-il possible d'être aussi maladroite que moi ? Je veux dire, humainement possible ?

Je m'habillai en vitesse et descendis d'un pas lourd.

- Bonjour, Bella.

- Salut, papa.

Charlie, mon père.

Ç'avait été dur au début de l'appeler papa ; c'était le shérif de la petite ville de Forks.

Forks, l'ensoleillée... C'était ironique.

Ma mère n'avait pas supporté le climat, et d'ailleurs plus généralement mon père ; elle avait tout quitté, m'emportant avec elle, alors que j'avais six ans. Jusqu'à mes 14 ans, je ne rendais visite qu'une fois par an à mon père. Puis ma mère avait rencontré Phil, joueur de base-ball amateur, et l'avait épousé. Mais celui-ci était amené à devoir bien trop souvent se déplacer pour m'offrir une scolarité normale ; j'avais donc quitté le collège de Seattle pour le lycée de Forks, revenant vivre avec mon père.

Je pensais que je ne supporterais pas ça longtemps ; mais en fait, cette vie en était venue à me plaire.

J'avais retrouvé Jazz, mon ancien meilleur ami -qui l'était d'ailleurs vite redevenu. J'avais aussi rencontré Alice, qui avait décrété que peu importait le temps que ça lui prendrait, un jour, nous serions les meilleures amies du monde. Ça ne lui avait pas pris plus de quelques mois, à mon grand agacement… Mais quoi que j'en dise, je l'adorais, et la considérais comme la sœur que je n'avais jamais eue. Elle me faisait d'ailleurs penser à ma mère ; exubérante, toujours vive et enjouée, câline… Elle rendait son absence moins difficile. Ah, et j'avais ainsi fait également la connaissance de son frère, Emmett.

Emmett, dont l'un des jeux favoris était de me pourrir la vie. Normalement, on aurait dû être débarrassés de lui cette année, dans la mesure où il avait un an de plus que nous ; mais ce débile avait tout fait pour redoubler. Du moins, il ne s'était pas foulé pour passer au niveau supérieur. Comme il disait, 18 ans, c'est pas un âge pour se prendre la tête. Faut profiter.

Ses parents étaient désespérés.

Je pris un rapide petit déjeuner. Mon père venait de sortir, me lançant un « à ce soir » qui n'eut pas de réponse. Plongée dans mes pensées, je ne remarquais même pas tout de suite que j'étais seule. Je savais qu'il ne m'en tiendrait pas rigueur ; on était comme ça, tout les deux. Silencieux, avares de paroles et de tendresse. Il était loin d'être aussi exubérant que ma mère, et c'est sans doute pour ça qu'on s'entendait si bien. C'était reposant.

Je me levai, et attrapai mes clefs, mon portable et mon sac de cours. Il était plus que temps pour moi d'y aller ; il n'était pas question de commencer à être en retard dès le début de l'année scolaire.

J'arrivai devant le lycée en peu de temps, et me garai sans problème. Mais, à ma grande surprise, je remarquai que beaucoup d'élèves se tenaient devant l'entrée du lycée, semblant attendre quelque chose.

Il se passait quoi aujourd'hui ?

Je rejoignis Alice et Jazz, qui m'attendaient près de la moto de ce dernier.

- Salut Bella ! Cria Alice en me sautant au cou.

Je grimaçai, et me dégageai de son étreinte en riant pour aller saluer Jazz.

- Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Fis-je, curieuse, désignant les autres élèves.

- Oh, Bella, tu n'as pas oublié, fit Alice, désespérée.

- Bah quoi ? Fis-je à l'attention de Jasper, qui haussa les épaules en secouant la tête.

- Le nouveau ! C'est aujourd'hui qu'il arrive ! Cria Alice, presque hystérique. Comment crois-tu qu'il est ? Reprit-elle, oubliant sa déception face à ma mémoire sélective. Tu crois qu'il est sympa ? Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que certaines choses vont changer…

Allez, encore une de ses intuitions.

Je soupirai, agacée.

- Rentrons ! On aura tout le temps de le voir, et il fait froid, aujourd'hui !

Alice en profita pour jeter un regard dédaigneux à mes vêtements.

- T'avais qu'à mettre le joli pull noir que je t'ai acheté pour ton anniversaire. Et je t'ai déjà dit de ne JAMAIS associer ce jean foncé avec ce pull marron ! D'ailleurs, jète-le ce pull ! Il…

Je me bouchai les oreilles, tentant d'échapper à son discours sur le fait de porter un pull qui datait de quelques années et était de surcroît passé trop souvent au lavage.

C'est alors que le nouveau apparut ; nul doute sur le fait que c'état lui qui arrivait dans cette magnifique voiture grise.

Aucun élève du lycée de Forks n'avait les moyens de conduire une Volvo si récente.

Il se gara pas très loin de ma camionnette ; celle-ci faisait bien piètre figure à côté du petit bolide qui venait de s'arrêter. À l'instar de toutes les voitures du parking bien entendu.

Blasée par l'attitude des élèves qui cherchaient à distinguer le visage de l'élève par tous les moyens et commençaient même à s'approcher, je me détournai, levant les yeux au ciel. Mais mon regard se posa sur le groupe de Lauren. Je haussai les sourcils ; toutes les filles fixaient un point en direction de la Volvo, bouche bée, yeux écarquillés. Je ricanai, moqueuse, et me retournai vers le nouveau, pressée de voir ce qui pouvait les mettre dans un tel état.

Je n'aurai pas dû me moquer.

Parce qu'alors, je dûs à tous les coups afficher le même air que les poufs du lycée.

Le nouveau était tout simplement… Waouh.

Ses yeux verts n'exprimaient qu'ennui et distance ; le vent soufflait dans ses cheveux cuivrés, agitant ses mèches, le décoiffant sans pour autant rien retirer à son charme. Sa peau était très pâle ; à croire qu'il venait directement de la banquise. Mais cela lui allait à merveille ; je n'arrivais pas à l'imaginer plus bronzé. Il ressemblait à un mannequin de papier glacé. Il semblait avoir un corps d'Apollon, fin et élancé mais musclé. Il devait, à vue de nez, faire à peu près la taille de Jasper.

Je ne remarquai même pas que je l'avais suivi des yeux. En fait, j'avais l'impression qu'il n'avait pas bougé ; pourtant, il se dirigeait déjà vers le bureau de la secrétaire. Il ne regardait personne, avait l'air perdu dans ses pensées.

Deux mains se plaquant violemment sur mes épaules me tirèrent de mes pensées. Je sursautai, poussant un cri, et me retrouvai face à Emmett, qui me serra dans ses bras.

- Belli-bello ! Comment va depuis vendredi ?

- EMMETT ! Tu m'étouffes ! Et ne m'appelle pas comme ça !

Tous les regards se tournèrent vers nous un court instant ; tous, sauf celui du nouveau. À mon grand regret.

À mon grand regret ?

Wow, c'était quoi le problème avec moi aujourd'hui ? D'ordinaire, je détestais être le sujet de l'attention !

Mais je devais bien me l'avouer, j'aurai bien aimé être le sujet de l'attention du nouveau… Celle qui serait à l'origine de son air rêveur, qui occuperait ses pensées, qui…

La sonnerie annonçant le début des cours résonna, m'arrachant à mes pensées.

Je soupirai.

Une nouvelle journée commençait ; il ne restait plus qu'à espérer partager un maximum de cours avec ce garçon aux cheveux cuivrés qui commençait déjà à hanter mon esprit…


EDWARD


Je regarde les nuages qui s'amoncèlent de plus en plus à l'horizon. Comme tous les soirs en cette saison, la pluie - que j'attends avec impatience et envie – ne va pas tarder à tomber.

Encore quelques minutes...

Je ferme les yeux lorsque les premières notes de la Lettre à Elise de Mozart résonnent derrière moi. Il n'y a que la grande musique pour me faire tout oublier jusqu'à ma solitude, ma mélancolie et l'endroit-même où je me trouve.

Le crépitement de l'eau tombant contre les carreaux de ma chambre me fait rouvrir les yeux et je respire enfin.

La pluie est là.

La pluie qu'elle affectionne tant car elle ne tombe que très rarement en Floride, est là. Malgré moi, je souris.

Tu me manques .

En déménageant loin de Miami et de son agitation, mon père voulait qu'on reprenne notre vie de famille à zéro. Et quoi de mieux qu'une ville de 5000 habitants dans l'état de Washington pour se faire?

J'eus beau lui montrer tous les aspects avantageux de la grande ville , mon discours fut vain et il me priva de la seule chose qui comptait dans ma vie; elle.

Rose, tu me manques.

Sa peau, ses mains, son sourire, sa bouche, sa voix, même si on s'est parlés il y a à peine 20 minutes pendant presque quatre heures aujourd'hui - tout en elle me manque. Même sa gourmandise et le capharnaüm qu'elle mettait dans ma chambre, me manquent.

Le Clair de Lune de Debussy commence à résonner derrière moi et un frisson de plaisir me parcourt.

C'est en jouant ce morceau que je l'ai vue pour la première fois.

Je me rappelle de sa mine renfrognée lorsque je me suis assis sur mon banc sous les applaudissements et du trouble que j'avais ressenti en l'entrapercevant, de ses doigts fins qui jouaient impatiemment sur l'accoudoir de son siège alors que ses parents me regardaient des étoiles pleins les yeux, de son soupir de soulagement distinct dans le silence religieux de la salle lorsqu'on a annoncé le dernier morceau, des tremblements de mes mains qu'elle causait malgré moi même si elle ne me regardait pas, de ses magnifiques prunelles bleues qui m'avaient observé avec étonnement lorsque je m'étais incliné sous les vivas du conservatoire.

De son sourire presque tendre. De mon coeur qui s'était emballé... C'était il y a 2 ans.

Je m'en souviens comme si c'était hier, encore plus maintenant que je ne la vois plus, que je ne peux plus la serrer dans mes bras, que sa peau ne consume plus la mienne... Qu'elle est si loin... Si loin de moi.

Un léger coup se fait entendre à la porte et je me détourne de la fenêtre à regret.

« Oui. » Dis-je dans un murmure.

Je me compose un sourire tranquille alors que ma mère entre dans ma chambre, un verre de lait et une assiette de cookies tout chauds dans les mains.

« Je ne te dérange pas ? Me demande-t-elle en regardant mon téléphone portable et mes partitions qui traînent sur mon lit, après avoir posé l'assiette sur le bureau.

_ Non, ça va, Rose a appelé il y a 20 minutes. »

A la mention de son nom, ma mère sourit.

« Comment va-t-elle ?

_ Bien. Elle vous embrasse, toi et Papa.

_ Nous aussi. Elle vient toujours pour Thanksgiving ? »

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine, me réchauffant entièrement.

Plus que deux semaines... Deux semaines et je te tiendrai enfin dans mes bras.

« Oui. »

Elle me sourit d'un air attendri et détourne les yeux pour les poser sur mon sac de cours qui traîne à côté de ma commode. Elle se tord les mains, signe de malaise chez elle. Le sujet fâcheux depuis que nous sommes arrivés ici, va être abordé, je le sens...

« Et comment ça s'est passé au lycée, aujourd'hui ? »

Bingo.

Je me détourne à mon tour et me dirige vers ma discothèque où je fais semblant de m'intéresser à l'intégrale de Wagner que mon père m'a offert pour mon dernier anniversaire. Le lait et les biscuits n'étaient pas si innocents que ça, finalement...

« Bien. »

J'entends sa respiration tremblante et ma machoire se crispe.

« ... Mr Berty, ton professeur de Littérature, et aussi le responsable de ta classe, a appelé ce matin. Il s'inquiète pour toi. Pas pour tes résultats mais pour ta vie sociale, et j'avoue qu'avec ton père, nous nous inquiétons également. On ne te voit pas sortir à part pour aller composer dans le jardin ou téléphoner à Rosalie, tu n'évoques aucun de tes camarades en particulier... Pense un peu à Rose, Edward. Elle serait tellement triste de te savoir dans cet état, et...

_ Justement, j'y pense tout le temps ! »

Mon ton a été plus sec que je ne l'avais voulu. Me tournant vers elle avec un air coupable, je vois que je l'ai blessé.

« Pardon, Maman, mais... Elle me manque. Elle me manque tellement que j'en deviens dingue !

_ Je sais, mon chéri. Je l'avais dit à ton père que ça ne serait pas facile. Je... Je me suis permis d'inviter les Whitlock à dîner ce soir. Tu sais, ceux qui habitent la grande maison victorienne sur notre droite. Ils sont très charmants. Et ils ont un fils de ton âge, Jasper... Il paraît qu'il est dans la même classe que toi d'après ce que m'a dit sa mère... Tu pourrais... faire plus ample connaissance... Qu'en penses-tu ? »

J'hausse les épaules, indécis.

Je vois qui c'est. Un garçon blond, les yeux bleus, criblé de cicatrices, passionné de photo et de la Guerre de Sessession. Il sort avec une fille complètement déjantée. Tout le contraire de ce qu'il semble être.

« Fais un effort, s'il te plaît. » Me dit-elle en se levant.

J'acquiesce de mauvaise grâce.

Avec un sourire, elle se dirige vers la porte.

« Oh ! Et si tu pouvais mettre ta chemise noire... Celle que Rose t'a offert pour ton anniversaire. Elle fait si bien ressortir la couleur de tes yeux. »

J'acquiesce une nouvelle fois. De toute façon, c'était celle que j'avais l'intention de mettre.

A nouveau seul, je prends la télécommande de ma chaîne hi-fi et augmente le volume, contemplant une fois de plus la pluie.

La soirée risque d'être très longue...

oOo

« Edward ! Descends, ils viennent de sonner ! »

Résigné, je finis de boutonner ma chemise et passe une main dans mes cheveux que je secoue doucement. Prenant une profonde inspiration, je me dirige vers la porte et sors dans le couloir.

Je prends mon temps lorsque je descends l'escalier et quand j'arrive en bas, je vois ma mère discuter avec une grande femme blonde aux cheveux légèrement ondulés, vêtue d'une robe longue noire sobre, sur la « merveilleuse » décoration de notre salon et mon père, avec un homme assez imposant pour son âge, qui parle avec animation du dernier match de base-ball, Jasper en retrait, plongé dans le texto qu'il est en train d'écrire.

Je me racle la gorge pour manifester ma présence.

« Oh ! Voici notre fils, Edward ! Dit ma mère d'un air très enjoué, comme à chaque fois qu'elle me présente à quelqu'un. C'est un pianiste hors pair, il vous jouera un morceau tout à l'heure. Edward, voici Dorian et Evannah Whitlock ainsi que leur fils Jasper, que tu connais certainement. »

A ce moment-là, Jasper lève la tête et m'adresse un sourire timide alors qu'il remet son portable dans la poche de son jean. Je souris à mon tour, par réflexe, et détourne la tête, ne sachant pas trop quoi faire.

« Edward, si vous montiez dans ta chambre avec Jasper ? Nous ne mangeons pas avant une petite demie heure, tu pourrais lui montrer ta collection de disques. »

Décidément, elle a tout prévu pour faire monter ma côte de popularité...

Je regarde une nouvelle fois Jasper qui semble jauger ma réaction.

« Ok. »

Sans un mot de plus, je tourne les talons et recommence à monter les escaliers.

Je l'entends monter derrière moi, et je cherche désespérément une banalité à lui dire, histoire de faire plaisir à ma mère. Et à mon grand soulagement, c'est lui qui brise le silence gênant qui commence à s'installer.

« Vous avez une très belle maison. »

Bon, ok... C'est pas le top pour commencer une conversation, mais je ne lui ai jamais adressé la parole, lui non plus et il semble vouloir faire un effort, alors faisons de même.

« Ouais... Ma mère a toujours eu un don pour la décoration. Elle se donne toujours un mal de chien pour que tout soit parfait. »

Le silence se réinstalle quand nous entrons dans ma chambre et j'entends un vibreur de portable.

Machinalement, je vais voir le mien, espérant que ce soit Rose, mais Jasper sort le sien de sa poche. Il lit l'sms et répond rapidement avant de regarder ma chambre d'un air intéressé.

« Waw... Impressionnant. Dit-il en s'approchant de ma discothèque.

_ Des dimanches et des dimanches passés aux puces et aux enchères...

_ Moi, mon truc c'est la photo. J'en prends presque quatre cents par semaine, hors week-end, j'ai toujours mon appareil sur moi. »

Il tapote l'autre poche de son jean qui semble être déformée par un appareil numérique.

Je détourne une nouvelle fois les yeux, et m'assois lourdement sur mon lit. Je sais que je devrais lui dire quelque chose, mais je n'ai jamais une grande inspiration pour ces choses-là.

« Tu veux les voir ? »

Je sursaute lorsque je le vois debout devant moi, souriant timidement.

« Euh... Oui... Oui, si tu veux. »

Comme ça, je n'aurai pas à parler.

Avec un sourire éclatant, il s'assoit à côté de moi et sort son numérique. Lorsqu'il l'allume, je vois qu'il a plus de 300 photos stockées.

« C'est ce que j'ai pris cette semaine.

_ 317 photos en une semaine ? Ne puis-je m'empêcher de dire, impressionné.

_ Oh, ce n'est rien... Les week-ends j'en prends jusqu'à 500. Ca va vite. »

Il commence alors à me parler des « trois personnes qui partagent sa vie », comme il se plait à le dire, et je me rends bientôt compte que ce sont deux filles et un garçon. Alice – évidemment... les trois quarts des photos étaient d'elle ou d'eux – une certaine Bella, qui avait souvent un air grognon quand elle avait conscience qu'on la prenait en photo ou qui essayait de se cacher inutilement derrière son bras, et un colosse du nom d'Emmett.

En voyant les photos de son couple, le poids dans ma poitrine s'y fait plus oppressant et je perds vite le file de son monologue – il était en train de se moquer de Bella qui avait les mains plaquées contre sa bouche et regardait dans le camp adversaire sur le terrain de volley -.

Mon regard se pose sur la photo en noir et blanc qui trône sur le mur en face de nous. Une photo de Rose et moi, pour notre premier anniversaire ensemble.

Elle portait une robe bustier noir, assez simple, un gilet blanc posé sur les épaules. Moi, je me tenais derrière elle, mes bras autour de sa taille et je souriais... Comme jamais je n'avais souri avant. C'était dans un jardin public au coeur de Miami, où les amoureux avaient l'habitude de se retrouver, et où passaient régulièrement des photographes amateurs ou professionnels.

C'était notre plus belle photo. Notre plus beau souvenir.

« Elle est jolie... Me dit alors Jasper en me sortant de ma torpeur.

_ Oh... Hmmm... C'est un professionnel qui nous a pris.

_ Je voulais parler de la fille que tu tiens si fermement contre toi, comme si tu avais peur qu'elle s'envole. Même si la photo ne manque pas de potentiel, surtout vis-à-vis de l'angle dans la quelle elle a été prise, et les lumières qui jouent magnifiquement sur vous, malgré le fait qu'elle soit en noir et blanc.

_ ... C'est ma copine. »

Un blanc s'installe à ce moment-là, et je crois entendre un « oh », mais je n'en suis pas sûr.

« Elle est loin ?

_ Miami.

_ Oh...

_ Oui.

_ ... Ca doit être dur.

_ Tu n'as même pas idée. »

Un nouveau silence s'installe et son téléphone vibre une nouvelle fois.

« Excuse-moi. » Dit-il en sortant son portable.

Je le vois froncer les sourcils et répondre rapidement. Puis, il me regarde et me dit de but en blanc :

« Ca te dit de manger avec moi et mes amis, demain ? »

Je le regarde, pris au dépourvu. Puis, je repense à la promesse faite à ma mère...

« Euh... Ok. »

Il sourit au moment où ma mère nous appelle pour dîner.

Ca n'a pas été si difficile que ça, finalement...

A suivre...

La route va être très longue, mes amies...

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