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Author of 18 Stories |
Disclaimer: Les personnages appartiennent naturellement toujours à KURUMADA.
Auteur : Newgaia
Genre : Angst - Yaoï
Rating : T (mais vraiment par sécurité)
Chapitre 1 : RETOUR
Recroquevillé sur un sol de roches dures, Camus reprenait peu à peu conscience de la tangibilité de son existence, alors que l'empreinte de ses derniers souvenirs lui soufflait l'impossibilité d'une telle éventualité. Il revoyait l'éclat de lumière fulgurant précédant la destruction du Mur des Lamentations. Il ressentait encore la douleur de son corps, se dissolvant dans un souffle de chaleur intense à laquelle il se livrait sans réserve. Il avait conscience d'avoir frôlé la désintégration absolue. Celle de son corps et de son âme, avant de sentir l'appel des fugitives présences qui essayaient en vain de se saisir des brides filantes de son cosmos. Il se souvenait d'avoir cherché désespérément à repousser leur contact insistant. Même si ceux-ci avaient trouvé une issue, il ne comprenait pas l'acharnement de ses frères à le ramener vers autre chose. Il n'aspirait qu'à l'annihilation, à l'oubli et surtout, si la réincarnation existait, à l'anéantissement de l'espoir de toutes retrouvailles dans un futur incertain. Il n'avait aucune excuse. De quelques manières qu'il retournait les choses, il les avait tous trahis. Il ne méritait aucune rédemption, aucun pardon.
Alors comment ? Et pourquoi ? Pourquoi lui imposer un nouveau retour alors qu'il n'aspirait qu'au néant ? Avaient-ils réussi ? Cela au moins il voulait le croire. Son sacrifice n'aurait pas été vain. S'il avait trahi ses frères, il n'avait agi que pour la sauvegarde de sa déesse. Et pourtant, ça faisait tellement mal. Son devoir et sa loyauté l'avaient entrainé dans la jungle inextricable de non-dits et de mensonges qui l'étouffaient à présent, mais la victoire était à ce prix. Athéna devait survivre et gagner. Comment aurait-il pu mettre en avant sa propre individualité face au destin de l'humanité ? Il était chevalier, qui plus est un Or, un être d'exception, entrainé dès le plus jeune âge aux situations extrêmes. Les Verseaux apprenaient par ailleurs à mettre de côté leurs sentiments et à masquer leurs émotions. Pour les autres, il s'agissait là d'un trait inhérent à cette maison du zodiaque, de l'essence même de leur pouvoir. Les dépositaires de l'armure et Athéna étaient les seuls à connaître ce que cachait véritablement cette froideur légendaire. Du moins l'avait-il cru avant de tomber entre les mains de ce spectre, qui en testant la solidité de sa toute nouvelle fidélité à Hadès, avait fouillé puis ravagé ce que recelait réellement son âme.
La guerre ne connaissait aucun compromis, aucune pitié, et s'il avait pu mener à bien sa mission, le déchirement qu'il ressentait depuis lors ne faisait que s'intensifier avec la certitude de ne jamais plus pouvoir masquer cette blessure. Il avait fallu toute la détermination de Shion et le charisme de Saga pour qu'il ne laisse rien filtrer. Inconsciemment il s'était raccroché à ses pairs, le temps de mener à bien ce qu'il qualifiait d'abomination nécessaire. Mais à présent il ne lui restait rien.
Ouvrir les yeux, céder à ce besoin de perception accrue, repousser la chape de doute et de silence qui l'engluait. Un tout petit geste, apportant la preuve qu'il était vivant. Incroyablement et inexplicablement vivant. Mais alors que la vérification de cette réalité aurait dû le pousser à ignorer la douleur qui lui vrillait les tempes pour accéder à la confirmation de sa résurrection, il se pelotonna davantage sur lui-même, serrant les poings et refusant de desseller les paupières. Reprendre conscience, c'était identifier le lieu de son agonie, accepter le risque d'être confronté aux autres. Et cela, il ne le voulait pas. C'était au-delà de ses forces.
S'endormir. Avec un peu de chance, le froid ambiant allait le saisir et le ramener aux frontières d'une mort salvatrice. Le froid… Il ne le craignait pas d'ordinaire, son entraînement de saint de glace lui permettant d'évoluer dans des températures extrêmes sans dommage. Alors pour qu'il ne puisse pas réprimer les tremblements qui secouaient maintenant son corps, son état devait vraiment être déplorable.
« Le jour où tu éternueras, je me permettrai de veiller sur toi comme une mère poule. »
Milo… et son sens des réparties ridicules… tellement réconfortantes… tellement attendrissantes… mais face auxquelles il devait toujours doublement cadenasser la réalité de ses réactions.
Milo... son amitié sans faille, son soutien inconditionnel face à l'incompréhension des autres, soulevée par le mur de glace qu'il dressait et étayait chaque jour davantage. Son amour enfin, passionné, infini, sans l'ombre d'un doute ou d'une dissimulation. Qui saurait combien il devait au fier chevalier du Scorpion ? Sans lui, aurait-il seulement pu parvenir à parcourir le tiers du chemin qui lui avait permis de venir en aide à Athéna.
Dès le début, son Maître savait la difficulté qu'il aurait à dissimuler sa véritable nature de Verseau, parce qu'il la possédait au-delà de ses prédécesseurs, d'une manière entièrement définie et déjà en pleine connaissance de sa fonction. Mais hors du contexte de son épanouissement, le secret devait être conservé, et malgré l'affection distante que lui témoignait l'ancien Verseau, Camus n'avait jamais douté que celui-ci l'aurait tué s'il n'avait laissé filtrer ne serait-ce que l'once de ce qui l'animait réellement. L'ingérence de Milo avait finalement été une bénédiction et ils avaient pu bâtir leur relation sous l'œil faussement indifférent de son Maître. Et cela avait fonctionné au-delà de toutes espérances. Trop bien peut-être, compte tenu de la difficulté rencontrée par Camus pour affronter son amant dans la maison de la Vierge.
Milo… Shaka… Jamais plus il ne pourrait les regarder en face. Il s'en voulait déjà atrocement pour les autres, mais ce n'était rien par rapport à la douleur et à la honte qui le poignaient à l'évocation de ces deux-là.
Shaka… son détachement, sa sagesse et sa maîtrise de soi. L'homme le plus proche du Bouddha et par conséquent un allié précieux au Verseau si celui-ci devait un jour dévoiler l'immensité que l'iceberg dissimulait en lui. Les rares fois où ils s'étaient côtoyés, ils l'avaient fait dans une saine indifférence, mais connaissant la clairvoyance de Shaka, Camus s'était parfois demandé jusqu'où allait l'aveuglement de la Vierge. Devoir l'anéantir l'avait broyé. Quant à Milo… Aucun mot ne pourrait jamais décrire ce qu'il avait ressenti. Alors oui, il voulait mourir. Vraiment. Et peu importait qu'on le jugeât lâche. Il avait déjà plus qu'amplement accompli sa part.
Grelotant davantage, il se laissa glisser vers une semi-inconscience où le bruit du vent qui venait de se lever ne l'atteignait déjà plus. Au loin, un brouhaha léger, mais pas suffisamment fort pour l'inquiéter le troubla. Froid, il avait si froid. Un faible fourmillement à travers son cosmos lui indiqua l'instant où son armure tenta de le rejoindre. Fidèle et attentive, elle cherchait à le protéger, et il dut faire appel à toute la lucidité qui lui restait pour repousser sa tentative. L'armure grinça de désolation et de frustration, mais elle lui obéit. Il refusait son aide, elle ne bougerait pas. Pour Camus, cette intervention fut suffisante pour comprendre où il se trouvait. S'ils étaient vivants, les armures ne pouvaient avoir réintégré qu'un seul endroit. Leurs temples respectifs au Sanctuaire.
Cette constatation, jointe à l'identification du bruit qui se rapprochait, suffirent à le ramener à la réalité. Atténuées par le vent, deux voix s'interpelaient à une distance encore acceptable. Mais elles venaient dans sa direction. Rapidement il prit sa décision. Personne ne devait le trouver, et pour cela il allait devoir agir.
Desserrant enfin les paupières, il dut attendre quelques secondes avant que sa vue n'identifie son environnement. Des roches massives auxquelles s'accrochait une rare végétation le surplombaient. Devant lui, un étroit sentier dallé de pierres serpentait, avant de se perdre dans la pénombre. Il faisait nuit, mais la lune éclairait suffisamment le paysage pour qu'il reconnaisse un des chemins de traverse menant des temples à la grande arène.
Les voix se rapprochaient toujours. La fatigue l'empêchait de se concentrer sur l'identité de leurs propriétaires, mais ils allaient immanquablement finir par se rencontrer. Retenant un gémissement il déplia son corps endolori. Il était nu et bien qu'aucune blessure apparente ne le marque, ses articulations et ses os lui semblaient réduits en miettes. S'appuyant sur les mains, il essaya de se redresser en position assise, en vain. Plus faible qu'un nouveau-né, il s'écroula à terre. Dangereusement proche cette fois, une voix féminine qu'il attribua au chevalier de l'Aigle s'éleva au-devant de lui. Il se figea.
« Je ne comprends pas. Nous aurions dû le retrouver maintenant. Aussi faibles étaient-ils, dès qu'ils ont repris conscience les autres nous ont immédiatement signalé leurs présences.
— Peut-être ne s'est-il pas encore réveillé, répliqua d'un ton grave le bronze Jabu.
— C'est bizarre. J'ai croisé Shiryu en te rejoignant et il m'a confirmé qu'ils avaient tous repris conscience en même temps.
— Si tu as raison, cela fait plus d'une heure. Hyoga doit être dans tous ses états. On a intérêt à le ramener rapidement. »
Ainsi donc, son disciple et ses amis avaient effectivement réussi, ils étaient vivants et apparemment en bien meilleure forme que les Ors. Il aurait au moins la satisfaction de connaître ce dénouement. Il n'avait plus aucun regret à avoir.
Sur sa gauche, un éboulis dévalait dans l'ombre entre deux buissons bas. Masquant le peu de cosmos qu'il lui restait, il se traina avec difficulté jusqu'à cette trouée et s'y laissa couler aussi silencieusement que possible. Les pierres le meurtrissaient comme autant de coups de maillet, et il dut se mordre les lèvres pour ne pas gémir.
Dérangés dans leur sortie nocturne, deux lapins détalèrent sur le chemin qu'il venait de déserter. Attentive au moindre bruit, Marine interrompit sa marche.
« Tu as entendu ? »
Avec vigilance, Jabu inspecta les environs. À quelques mètres devant eux, deux ombres rapides disparurent derrière les rochers.
« Des lapins en goguette, répliqua-t-il en dépassant le lieu où se dissimulait le Verseau, et aucune trace de cosmos. Nous ferions mieux de nous concentrer sur les chemins menant vers la côte.
— D'accord, mais il faut que nous le retrouvions. Ça ne me dit rien qui vaille. »
Avec soulagement Camus les sentit s'éloigner. Ramper sur quelques mètres avait totalement épuisé ses dernières forces et il n'eut pas vraiment conscience du moment précis où il sombra à nouveau dans l'obscurité. Libéré de sa vigilance, son cosmos se remis à pulser, mais si faiblement que même de la courte distance où ils se trouvaient, les deux autres chevaliers ne le sentirent pas.
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