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Chapitre 1 : Ou comment noyer son chagrin...
Harry mâchonna le goulot d'une bouteille d'encre. Une larme d'encre coula de sa bouche, zébrant son menton d'une fine rayure noire.
« Par Merlin, Harry ! Fais attention ! »
Hermione avait le don de s'infiltrer dans les pièces sans que son ami ne s'en aperçoive. Elle lui arracha le flacon des doigts, et nettoya avec précaution le visage tâché.
« C'est encore une lettre pour lui, n'est ce pas ? Murmura la jeune fille. Tu sais...
- Non. Pas pour cette fois.
- Tant mieux. »
Ils s'enlacèrent rapidement, et Hermione déposa un baiser sur le front encore fragile de Harry. Il referma la lettre et la glissa dans une enveloppe. Il écrivit rapidement le nom de Remus Lupin et la laissa sur son bureau.
Ils étaient au quartier général de l'ordre, plus déprimés que jamais.
Déjà un mois... Que...
Rien qu'en y pensant, Harry eut envie de pleurer toutes les larmes de son corps. Dans ces cas, une pensine serait d'une grande utilité.
Sirius. Sirius Black. Décédé à l'âge de trente sept ans après avoir purgé sa peine. Mort en accomplissant son devoir. Sauver Harry, son doux filleul. Promesse muette qu'il avait faite à James Potter. Jamais un instant il ne l'avait regretté. Pas même quand le voile qui l'avait engloutit après le sort interdit de Bellatrix Lestrange lui avait offert une seconde de pure lucidité.
Une seconde durant laquelle Sirius avait revu tous les précieux et rares moment passés avec Harry. Toutes les années passées avec ses amis, les maraudeurs.
Tout avait eu le temps de repasser dans sa tête. Mais il n'eut même pas le temps d'articuler ce qu'il s'était promis de lui dire.
« Ça va aller, Harry ? Articula Ron, je veux dire... Non bien sûr ça doit pas aller, et je … »
Le rouquin semblait se tasser sous la table de la cuisine au fur et à mesure que Hermione le fusillait du regard. Elle l'acheva définitivement en émettant un léger sifflement. Harry la remercia intérieurement.
Comment justifier son attachement ? Il n'en savait rien. Il avait passé quoi... Trois semaines avec lui ? Mais le soir même de leur rencontre... Il avait proposé à Harry une maison. Et ça... C'était trop pour lui.
« Harry ! Mon chéri ! Je t'ai préparé ton plat préféré ! Cria Molly Weasley, un énorme plat dans les bras, suivie d'un Kréatur plus grognon que jamais. Harry mon chéri, ça ne va pas ? Mange, ça ira mieux ! »
Le jeune griffondor la remercia chaleureusement. Molly était une seconde mère pour lui. Pour peu, il l'aurait prise dans ses bras pour réclamer un câlin. C'était totalement stupide, mais il en avait envie.
Elle avait raison. Le goût acidulé du poulet au citron lui avait rendu un léger sourire. Face à lui, Remus lisait le journal. Une fois de plus, son combat au ministère faisait la une. S'il avait pu, ce soir, il aurait tué, sans vergogne.
Le loup-garou remarqua le regard noir de son ancien élève.
« Si ces idiots savaient...
- Ils sauront bientôt, crois moi.
- J'en doute.
- Et pourquoi ça, Harry ?
- Car... Commença, Harry, le cœur gros, la preuve que leur jugement était faux a été tuée. Le principal coupable s'est évanoui dans la nature. »
Remus reposa son journal devant lui. Il pinça l'arrête de son nez et soupira longuement. Remus ne perdait jamais son calme. Il avait vécu assez de chose avec James et Sirius pour conserver un minimum de sang-froid.
« Harry. Je ne te parle plus comme un professeur à son élève. Sache que si tu as quelque chose à me dire, je suis là, à t'écouter.
- C'est gentil, Remus. Mais... Je ne sais plus quoi dire.
- Allons faire un tour. Molly, ça ne te dérange pas si je t'emprunte tes muffins et Harry ? »
La concernée se mit à rire doucement et agita sa baguette. Les muffins, encore chauds, se rendirent directement dans les mains de Remus.
Le jardin était totalement déplumé de toute plante. La terre était mise à nue à certains endroits, et quelques fourmis grouillaient sans se préoccuper de leur sort.
« Tu sais Harry... Je t'ai tenu dans mes bras quand tu étais encore un bébé braillant, grassouillet sur les bords et déjà presque aussi tête de mule qu'aujourd'hui.
- As-tu des souvenirs... D'avant l'accident de mes parents ?
- Tu en faisais voir de toutes les couleurs aux gens qui avaient le malheur de se pointer par surprise dans ta chambre. Je me souviens même...
- Raconte moi.
- J'y viens, j'y viens ! La première fois que je me suis penché au dessus de ton berceau, et que je t'ai pris dans mes bras... Tu t'es mis à rire. Sans réussir à t'arrêter. Sur le coup, je croyais avoir fait une bourde. C'est quand ton père est entré que j'ai compris. Il s'était mit à rire aussi fort que toi.
- Qu'ai je fait de si terrible ?
- Ta première bévue magique. Ton père a cherché pendant au moins une semaine avant de trouver comment faire disparaître l'affreuse couleur verte de mes cheveux et le rouge hideux de mes sourcils. »
Ils rirent tous les deux en imaginant cette drôle de combinaison.
« Sirius avait voulu arranger le coup, mais c'était pire que mieux.
- Comment ?
- Il a essayé d'inverser le sort. Il s'est retrouvé avec la même parure. J'ai bien cru qu'il allait retourner la maison tant que ton père n'aurait pas eu le même traitement, par pure solidarité. »
Deux rires francs éclatèrent dans le jardin. Il était bon de se souvenir. Remus pouvait lui apprendre tellement de choses... D'une façon ou d'une autre il avait encore à lui enseigner.
« Finalement ? Murmura Harry, il a su l'avoir ?
- Jamais. Et c'est bien ça le pire.
- Représailles ?
- Même pas. Sirius qui ne fait pas de représailles, c'est suspect. Ton père a passé au moins une semaine à se demander ce qui allait se faire derrière son dos. Un craquement du parquet le faisait sursauter. Et un beau jour... Bénit soit ce jour... Sirius l'a eu en traitre. Ton père s'est retrouvé avec le sourire le plus coloré de tous les temps. Encore un record pour James. »
En imaginant l'état de la bouche de son père, il s'était promis de ne pas raconter la farce aux jumeaux Weasley. Ça évitera les mauvaises idées.
« Mais comment … ?
- A la moldu ! Il a simplement ajouté un très puissant colorant dans la boisson.
- C'était pas son premier coup d'essais, hein ?
- Tu ne crois pas si bien dire. Si tu regardes bien, je crois bien que Rogue n'a jamais su se débarrasser du jaune.
- Sérieux ?
- Aussi sérieux que moi en ce moment. »
Il fallait qu'il vérifie. Voilà pourquoi Rogue ne desserrait jamais ses fines lèvres. Il avait quelque chose à cacher. Sans réfléchir, Harry avait enlacé son ancien professeur de défense contre les forces du mal. A son tour, il le serra dans ses bras.
Ils restèrent ainsi, sans dire un mot.
« Tu as d'autres souvenirs de ce genre ?
- Des dizaines. Tu étais le pire sale gosse que j'ai jamais connu. Tiens, prends un muffin, ils te font les yeux doux. Alors... Peu de temps après, ton parrain et moi avons eu la garde de ta petite personne. Tu chahutais dans tous les sens, impossible de te calmer. J'avais tout essayé. Les jouets, des enchantements … Rien.
- Un gros chagrin de bébé.
- Ni plus ni moins. A la fin, j'ai cru que j'allais m'attacher un oreiller sur la tête, et Sirius également. Et il a eu la brillante idée de prendre sa forme animagus. Tu l'as regardé avec des yeux ronds pendant au moins dix secondes. Tu en as même oublié de pleurer ! Tu t'es approché... Et tu n'as pas su résister. Tu t'es accroché à son poil. Plus moyen de te faire lâcher prise. Je ne sais pas comment tu as fais ça, mais tu as su monter sur son dos.
- Le pauvre.
- Tu battais ses flancs avec tes pieds. Tu tenais absolument à faire le tour du quartier comme ça. Et tant que tu n'obtenais pas ce que tu voulais... Tu sautais sur son dos. Rien de très magique, mais Sirius s'en est souvenu un sacré moment. Le plus comique est venu plus tard. Il a refusé de s'engager dans une rue. Je suivais, pourtant. Il s'est retrouvé suspendu en l'air par les pattes. Je crois bien que son aboiement n'a jamais été aussi pitoyable. Et toi, tu es resté accroché à ses oreilles. »
Encore une fois, les deux amis s'étaient mis à rire. Un rire franc et amical. Remus retira une mèche de cheveux qui barrait le front de Harry, et la coinça derrière son oreille. Honnêtement, ils se sentaient très bien comme ça. Ils ne s'étaient pas rendu compte que Severus Rogue observait la scène de loin. Il siffla de dégout et s'en alla.
« Tu n'as rien entendu, Harry ?
- Rien qui ne vaille la peine. »
La journée ne faisait que commencer. Il n'y avait rien de prévu au square Grimmaud. Le jardin ne permettait même pas un match de Quidditch. Impossible de pratiquer la magie, il n'était pas encore majeur. Mais avec tant d'adultes avec lui... S'en était presque frustrant.
Ron renifla plus fort qu'il n'aurait dû. Les deux visés se retournèrent immédiatement, les joues encore rouges de leurs éclats de rire.
« J'ai raté quelque chose ?
- Rien du tout, Ron. Tu manges quoi ?
- J'sais pas. C'est Kréatur qui me l'a donné. C'est vachement bon. »
Il croqua dans l'espèce de gâteau avec délice, et ne vit pas la petite bête blanche qui essayait de s'en échapper. Les deux eurent un petit rire narquois, et Remus décida qu'il valait mieux pour la santé du Weasley qu'il lui retire sa friandise. Après tout, il préférait affronter une meute de centaures plutôt que Molly.
« N'accepte jamais de nourriture de Kréatur. Si tu tiens à ta survie. »
Le gâteau pourri s'était évanoui dans un « pop » discret. Ron grogna de mécontentement et jura très bas.
« Harry ? Que veux tu faire ? Demanda Lupin. Je sais, il n'y a pas grand chose à faire... Mais les Moldus savent s'occuper.
- Ouais, Harry, il y a un … « Cihnezma » pas loin de chez nous.
- Un cinéma, Ronald, corrigea Remus. Mais c'est une bonne idée.
- Je n'y suis jamais allé. »
Jamais Harry n'avait été autorisé à pénétrer dans une de ces salles sombres. Quand son oncle, sa tante, et leur progéniture s'y rendaient, ils ne se donnaient pas la peine de l'emmener. Les places coutaient plus cher que le gamin, habits compris, à écouter Pétunia. Mais désormais... Avec tout son argent, il pouvait se payer trois séances par jour pendant le restant de sa vie, en exceptant le fait qu'il n'allait probablement pas vivre vieux.
Mais il n'avait pas envie de repartir dans un mélodrame qui se terminerait à coup sûr en crise de larmes.
« Va pour le cinéma, adjugea Remus. Préparez vos affaires, habillez vous en bon moldu, et rejoignez moi dans le salon. Prévenez Hermione si vous voulez, ainsi que les jumeaux. »
Les deux jeunes approuvèrent, et firent la course dans les escaliers pour atteindre la petite chambre qui accueillait leurs vêtements.
« Le professeur Lupin a beaucoup changé, commenta Ron. Je m'imaginais... A tutoyer Rogue. Tu imagines, toi ?
- Remus n'est pas le même cas social que ce bâtard graisseux. Je n'ai aucun mal à le voir en ami.
- Il a quand même essayé de nous bouffer. »
Ce moment plutôt éprouvant de leur vie était revenu dans leurs esprits. C'était Hermione, en quelque sorte, qui avait sauvé tout le groupe. Harry s'en souvenait très bien, car peu de temps après, il s'était retrouvé traqué dans la forêt interdite par un loup-garou. Mais ça, Ron, ne le savait absolument pas.
« Heu... On fait venir Hermione ? Elle avait l'air sur les nerfs... Commença Harry, la tête presque coincée dans son T-shirt.
- Je ne sais pas, à vrai dire, je...
- Tu ne lui a pas encore demandé ? Mais enfin, ça fait au moins deux ans que ça dure !
- Tu crois que c'est facile ?
- Tu as été odieux avec elle en même temps...
- Tu crois que je dois la prévenir ?
- C'est obligé. »
Ils terminèrent de s'habiller en silence, tournant timidement le visage pour ne pas voir la nudité de l'autre.
Remus attendait en bas, Fred et George sur les bras. Ils piaillaient sans arrêt, transplanant du plus vite qu'ils le pouvaient dans un concert de « pop ». Ils ne s'arrêtèrent que sous la menace de leur mère, une large cuillère de bois en main.
Hermione était déjà à la porte, pressée de retrouver un peu de fraicheur dans la salle sombre.
« Je ne sais pas ce qui passe en ce moment, souffla Remus. J'ai entendu parler de films sympathiques... Mais c'était il y a si longtemps. J'ai préparé un peu d'argent moldu, ça devrait être suffisant. »
Il montra sa poche, et une liasse de billets. A vue d'œil, environ mille livres.
« Mais Remus ? Tu n'y penses pas ? Une place coute environ cinq livres, plus quelques trucs à grignoter...
- Tu en es certain ? Eh bien... Ça servira. Plus tard, ajouta Remus avec un petit d'œil dont seul lui avait le secret. Ronald ? Tout va bien ? »
Visiblement, Ron avait du mal avec les vêtements moldus. Il tentait d'enfiler un manteau de cuir, la fermeture dans son dos. Hermione observa la scène, visiblement consternée devant tant de stupidité.
« Non, Ron. La fermeture se met devant. Tu vois l'étiquette blanche ? Elle doit rester dans ton cou. »
Elle confirma ses paroles en ajustant le cuir récalcitrant. Ron avait déjà meilleure allure comme ça. Puis, elle quitta la maison.
« Avoue, Ron, tu l'as fait exprès, pouffa Harry. »
Remus avais comprit le stratagème, et étouffa un petit rire.
Tout le reste du groupe s'en alla vers le cinéma. Il n'y avait pas beaucoup de monde, les moldus avaient tenté de fuir la chaleur vers la mer. Remus acheta six places et autant de sucreries.
Sans surprise, Ron s'était placé à côté de Hermione, les jumeaux étaient restés ensembles, prédisant une nouvelle farce qui fera le tour du monde, et Harry s'était placé à côté de Lupin.
« Une histoire d'amour entre moldus me semble … Incroyable, s'étonna Remus.
- Pourquoi ce serait impossible?
- Mais regarde Harry, le filtre d'amour... Ça se voit directement il est complètement raté. »
Cette naïveté faisait rire Harry.
« Les moldus ne savent pas faire de vrai filtre. Ni même une seule potion. »
Remus paraissait lui aussi amusé. Il savait probablement tout ça. Mais il sentait que Harry en avait besoin. Il caressa une des cicatrices qui barrait sa joue et tendit un bras derrière la nuque de son ancien élève. Ce dernier n'hésita pas à aller se réfugier sur le torse qui lui était offert. Le cœur du loup battait déjà très vite. La pleine lune était proche, et la potion tue-loup pas encore opérationnelle. Manque d'ingrédients frais, selon Severus Rogue. C'était pour cette nuit.
« Remus ? Murmura Harry, à moitié endormi. Ça va aller... Ce soir ?
- Il suffira de m'enfermer. Tu sais... Le quartier est remplit de sorciers compétant. »
Harry avait croisé la forme animale de Remus. Il ne ressemblait pas vraiment à un loup. Une créature presque nue, aux pattes immenses. Sa course était rapide et il semblait fragile dans cette période. Pourtant, il avait mit Sirius hors de combat sans la moindre culpabilité. Mais ce n'était pas sa faute. Et c'était le principal.
« Remus ? Tenta Harry, qui sentait son ainé un peu tendu, tu m'apprendras à devenir... Un animagus?
- Drôle de question. Tu dois attendre ta majorité pour ça.
- Mon père et Sirius ne se sont pas gênés, eux. »
Lupin soupira, et de nouveau se pinça le nez. Il avait dû supporter les 400 coups de ses deux amis, et maintenant la progéniture voulait prendre la relève. Il ne manquait plus que ça.
« Tu songes à quel animal ? J'ai connu une jeune fille, qui se transformait en une espèce de lapin. Mais aussi gros qu'un chien. Ton père...
- Se transformait en cerf, je sais. Pourquoi ?
- Je n'en sais absolument rien. Mais il adorait cet animal. Mais l'animagus se définit par l'animal qui se cache en toi.
- Je pourrais être... Un serpent ? J'ai le fourchelangue, et les serpents sont fascinés, quand ils me croisent.
- Je ne te le souhaite pas. »
Le film en était arrivé à la moitié. Les jumeaux Weasley s'amusaient à balancer leur pop corn sur les autres spectateurs, et Ron s'était endormi sur l'épaule de Hermione. Harry hésitait d'ailleurs à faire de même avec Remus, mais il avait encore des questions. Beaucoup de questions.
Sur l'écran, un homme embrassa une jeune femme, lui adressant une promesse d'amour éternel. Harry pesta à haute voix, faisant se retourner quelques moldus.
« Un problème, Harry ? Demanda Hermione, visiblement inquiète. »
Le concerné ne répondit pas. Il préféra grogner dans la direction de son amie.
Eux, ils avaient eu le temps de se dire « Au revoir »... Et lui... Il n'avait même pas eu le temps de le regarder. Une vague de chagrin gagna son cœur mutilé. Remus l'enlaça et caressa les cheveux de Harry.
« Hermione, Ron, George et Fred, vous rentrez au quartier général. Je m'occupe de Harry. Suis-je bien clair ? Non les jumeaux, vous ne transplanez pas. »
La salle avait regagné ses lumières. Quelques moldus s'en allèrent, à la recherche d'une nouvelle source de fraicheur.
Remus aida son cadet à se relever, et passa un bras autour de ses épaules. D'une certaine façon, Harry lui en était reconnaissant. Il savait que le loup faisait tout ce qu'il pouvait pour le réconforter. Ils rentrèrent en marchant du plus lentement possible, dans un silence presque religieux. Il faisait d'ailleurs bien plus frais.
« Tu veux quelque chose, Harry ? »
La demande de Lupin n'était pas innocente. Une boulangerie moldu proposait un paquet incroyable de pâtisseries et de bonbons.
Remus acheta pour une quarantaine de livres de produits sucrés. Les meilleures étaient au raisin.
« Pourquoi ? Molly peut nous en faire des centaines !
- Je ne voulais pas que tu rentres à la maison.
- Et la pleine lune ?
- Encore quelques heures... Elle ne devrait pas apparaître avant dix heure du soir. »
Il avait quelque chose de réconfortant. Presque paternel. Combien de fois avait-il manqué de l'appeler « Papa » ? C'était ce qui s'en rapprochait le plus.
Sur la route, Remus continuait de raconter ses quelques souvenirs.
« S'il te plait... Tu pourras m'apprendre à me transformer ? Ça pourrait être très utile. Si je dois me cacher, par exemple.
- Pas ce soir.
- Je m'en serais bien douté. C'est vrai que dans sa jeunesse, Sirius savait te mater, sous sa forme animale ?
- C'est vrai. Il empêchait ton père d'agir, de peur que je le prenne pour un gibier. Tu vois, la coupure sur mon bras ? Là, regarde. C'est Patmol qui me l'a faite en m'attrapant par le bras. Ma toute première transformation. Et la première de Sirius. Il avait trouvé l'animal qui vivait en lui. Et il n'a écouté que son courage. »
Harry resta bouche bée devant cette révélation. Il s'était métamorphosé... D'instinct ? Sans se soucier des conséquences ?
« Tu l'admires, c'est ça ? Je te comprend... Toutes les jeunes femmes étaient à ses pieds ! Même avant ça. Il aurait presque fallu une file d'attente.
- Il ne m'en a jamais parlé.
- Et pour cause... Toutes éconduites, minutieusement, une par une, en tir groupé les jours de Saint Valentin, ajouta Remus, un sourire aux lèvres. »
Harry s'imagina son père et les maraudeurs, recouverts de cadeaux et de chocolats intoxiqués au filtre d'amour. Il vivait ça presque tous les ans en cette période, et évitez soigneusement ce genre de petites douceurs. Les plus culottées se jetaient sur lui pour tenter de lui voler un baiser. La dernière a avoir essayé s'était retrouvée poursuivie par un feu d'artifice sponsorisé « Jumeaux Weasley ». D'ailleurs, ces deux là devaient sûrement veiller au grain.
« Tu as ma parole. Je t'apprendrais. Tu risques d'adorer, alors s'il te plait...
- Je ne dois pas le faire à Poudlard.
- Ni même sans la surveillance d'un adulte. »
Il n'y avait personne dans la rue, le soleil commençait déjà à se coucher, offrant au ciel des couleurs allant du rose vers l'or. Harry enfourna la dernière bouchée de sa friandise et bailla de satisfaction. La nuit allait être mouvementée pour Remus.
Molly n'était pas du genre à se laisser faire. Surtout pas dans son territoire : la cuisine. Elle envoya voler au loin les parasites pique-assiette qui lui servaient de fils, et continua sa préparation. Tonks s'affairait au loin et essayait de récupérer un torchon que Kréatur avait dérobé, déjà engouffré sous la chaudière.
Remus et Harry entrèrent dans la cuisine, déjà affamés.
« Pas de viande pour toi Remus, tu vas être grognon cette nuit, sinon. »
Le concerné laissa échapper un grognement frustré. Il est vrai que la viande sentait très bon, avec un mélange d'herbes fines et d'ail.
« Molly, tu es inhumaine.
- Mais non ! Il en restera demain ! »
Sur ces mots, elle poussa Remus hors de la pièce, lui tendant une demie miche de pain.
« Il y a encore un épouvantard dans les greniers. Au pire, avant d'aller te coucher, tu peux t'en occuper. »
La chef de famille referma la porte sur le nez de Remus, faisant rire tout le monde. Le loup observa le pain, croqua dedans, et pesta intérieurement sur sa condition.