
Une rencontre imprévue. Le plus vieux plan drague du monde. Et si ça marchait quand même ? Urie/Valdes
Rated: Fiction T - French - Romance - Chapters: 5 - Words: 26,554 - Updated: 09-04-12 - Published: 06-28-12 - Status: Complete - id: 8265514
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"Bonsoir ! Je peux vous aider ?" me proposa Brendon en surgissant derrière moi.
Il ne m'avait pas reconnu, de dos. Il faut dire que je voulais effectivement qu'il ne me reconnaisse pas tout de suite, pour lui faire la surprise. Même si ma présence était en soi une surprise et qu'il me voie dès mon entrée aurait donc eut l'effet escompté.
On ne s'était quitté que la veille, et, laissé sans nouvelle, il me manquait déjà terriblement. Je n'avais pas osé le harceler de texto, par pudeur et par peur de l'importuner. Je n'avais eut de cesse, toute la journée, de me demander s'il faisait lui aussi le mort pour les mêmes raisons ou par désintéressement total. C'est pour cela que j'avais pris l'initiative, sur un coup de tête, de faire un détour par la fleuristerie de son père avant de rentrer, espérant l'y trouver. Et il était là. Il plaisantait avec une cliente, son sourire illuminant toute la boutique. J'avais l'impression idiote qu'il était plus beau encore que dans mes souvenirs. Son tablier de travail vert à grande poche d'où un sécateur dépassait était terriblement seyant. La stupidité de cette réflexion me fit rougir de honte mais le simple fait de le voir faisait battre mon cœur un peu plus vite, dans un mélange de joie et d'appréhension. Il conduisit la cliente jusqu'à la caisse où se tenait un homme d'une cinquantaine d'année que je supposais être son père. Je ne lui avais jusque là pas prêté attention, et je m'aperçut que lui m'observait curieusement. Je rougis un peu plus et me détournai vers les rangés de fleurs qui s'étalaient devant moi. Faisant en sorte de reprendre mon calme, j'entrepris de lire les petites étiquettes des fleurs que je trouvais les plus jolies. C'est là qu'en raccompagnant la cliente jusqu'à la porte, Brendon remarqua ma présence et s'avança vers moi. Lorsque je l'entendis me questionner, toute mon inquiétude s'envola pour laisser toute la place à ma béatitude.
"Je voudrais un bouquet pour remercier ma meilleure amie d'être si géniale avec moi, répondis-je en me retournant vers lui, le sourire aux lèvres.
- Shane ? Qu'est ce que tu fais là ? s'étonna-t-il, le visage comme illuminé.
- Ce que je viens de dire. Acheter un truc pour Regan.
- Ah ! répondit-il, masquant au mieux une légère déception. Je vais te trouver ça.
- Et je suis venu te voir, nounouille !
- Vraiment ? s'extasia-t-il comme un gamin. Dans ce cas tu voudrais pas… je sais pas, monter boire un truc avant qu'on s'occupe de Regan ?
- Maintenant que tu le dis, j'ai peut-être un petit peu soif, oui…"
Il me sourit, ravi. Il m'entraîna vers la caisse, où l'homme nous observait toujours. Brendon me le présenta comme son père. Gagné. Il me serra la main, les yeux ancrés dans les miens. Il avait l'air de regarder droit dans mon âme comme pour y retrouver ce que son fils n'avait pas dû manquer de lui raconter. Il me fit d'ailleurs penser à lui le jour de notre rencontre, lorsqu'il m'avait détaillé, impénétrable. Je fis de mon mieux pour ne pas rougir et me dit enchanté de le rencontrer. Ce qui était tout à fait vrai, par ailleurs. Il laissa passer un instant avant d'affirmer qu'il l'était aussi. S'il me lâcha enfin la main, mon regard était toujours prisonnier de ses pupilles d'un bleu aussi délavé que les iris de son fils étaient sombres. Brendon attira son attention en lui demandant s'il pouvait le laisser un moment. "Filez, et tu peux même ne pas revenir." L'héritier leva les yeux au ciel comme s'il venait de sortir une énormité. Similaires et complices. Une relation père-fils comme il ne s'en faisait plus…
Brendon m'entraîna ensuite vers le fond de la boutique. Un treillage y accueillait une plante grimpante pleine de fleures, le tout masquant à demi une porte. Derrière se trouvait un petit couloir où une dizaine de vestes pendaient à des patères. Au fond, un escalier en colimaçon montait vers l'appartement. Je refermais derrière moi, et eut à peine le temps de me retourner avant que les lèvres de Brendon ne s'emparent des miennes. "Tu m'as manqué" il murmura. Surpris et troublé, je ne pu lui répondre que par un sourire faiblard. Il me fit retirer mon manteau et l'accrocha avec les autres avant de faire de même avec son tablier et de me conduire en haut.
"Qu'est ce que je peux te servir ?" demanda-t-il en entrant dans la cuisine.
Une jeune femme se trouvait là et, surprise, leva les yeux de son magasine avant de comprendre qu'on ne s'adressait pas à elle.
"Oh, Shane, je te présente ma sœur, Kara. Jus de fruit, lait, eau, coca, ou thé glacé ? A moins que tu ne préfères quelque chose de chaud…
- Jus de fruit ?"
Il sortit deux bouteilles du réfrigérateur et me les présenta, l'air de demander laquelle je voulais. J'en désignai une presque au hasard, mal à l'aise par la présence muette de sa sœur. Celle-ci termina son article avant de se ré-intéresser à moi.
"T'es dans la même école que Brenny ?
- Non.. je fais.. du commerce, balbutiai-je.
- Ah ouais ? Vous vous êtes rencontré comment alors ?
- Dans la rue, intervint Brendon avant que j'ai pu ouvrir la bouche. T'en as d'autre ou on peut y aller, shérif ?"
Il s'était exprimé d'un ton dur dont je ne l'aurais jamais cru capable. Elle haussa les épaules en grommelant quelque chose que je ne compris pas. Brendon leva les yeux aux ciel, plus énervé qu'exaspéré, et me fit signe de le suivre.
Une fois dans sa chambre, il ferma la porte en soupirant. "Désolé pour Kara. Elle m'insupporte en ce moment." Je haussai les épaules, toujours un peu gêné. Il semblait lui aussi légèrement embarrassé. Encore une première ! Il avait toujours l'air si à l'aise, si détaché… Cette nouvelle expression lui allait à merveille. Cela n'arrangeait rien au feu qui commençait à envahir mes joues… Comme pour gagner du temps, je sirotais le verre qu'il m'avait mis entre les mains avant de quitter la cuisine. Il faisait la même chose de son côté et je me demandais si ce mutisme était dû à son agacement envers sa sœur. Je ne pouvais imaginer qu'il était comme moi gêné de se retrouver seul dans une chambre avec son copain. Il avait dû en ramener plus d'un, des garçons, ici… Mais il ne fallait pas que j'y pense. Je m'intéressai de plus près à la pièce. Assez sobre, plutôt en désordre, des photos un peu partout…
"Tu joues du piano ? hasardai-je bêtement en pointant un cliché où on le reconnaissait –malgré ses cinq ans de moins- devant l'instrument en question.
- Je suis vraiment content que tu sois venu, Shane."
Je m'attendais à tout sauf à cette réponse… Je croisai son regard. Il y mettait une telle intensité qu'il m'était impossible de m'en détacher. Sans un mot de plus, il me retira mon verre des mains pour le poser sur une pile de CD à côté de lui. Main de fer dans un gant de velours, il me fit asseoir sur son lit et s'installa près de moi, les yeux toujours dans les miens, mes mains toujours dans les siennes.
"J'ai voulu t'appeler toute la journée, commença-t-il d'une voix douce. Je n'ai pensé qu'à toi. Je t'assure. Mais j'avais peur de… t'étouffer. Je pensais au fait que tu n'avais jamais été avec un homme, que tu étais très occupé.. Je me suis trouvé des excuses. Je me suis dégonflé. Je m'en veux, je devrais te mettre en confiance, en temps que gay affirmé et en temps que petit ami. Mais je commence déjà à pas assurer. Je suis désolé. J'ai pas réussi à te le montrer, et pourtant même si on ne se connaît que depuis quelques jours… (il marqua une pause, les yeux brillants) Je suis vraiment attaché à toi, Shane."
J'avais l'impression d'être entré dans un monde parallèle. Qui faisait ce genre de déclaration dans la vraie vie ? Cela aurait été ridiculement niais dans la bouche de n'importe qui. Mais venant de lui, ça ne l'était pas. J'étais tellement touché que ma gorge serrée peina à articuler que je ressentais la même chose. Il m'embrassa tendrement avant de me caresser les cheveux d'une main, l'autre tenant toujours la mienne. Elle devait être moite, mais il ne paraissait pas s'en soucier.
"Depuis que j'ai quatre ans," dit-il en souriant.
Retour brutal à la réalité. De quoi est-ce qu'il pouvait bien parler ? La question devait se lire sur mon visage, car il sourit plus largement encore avant de préciser : "Le piano."
Après m'avoir promis qu'il en jouerait pour moi un jour, il changea de sujet et nous discutâmes encore un moment. Un peu plus longtemps que prévu car quand mes yeux se posèrent sur son réveil, nous étions déjà là depuis trois quarts d'heure. Je lui fis remarquer qu'il était grand temps pour moi de rentrer si je ne voulais pas que Regan ne m'étripe en arrivant. Il me reconduit en bas et me tendis ma veste. Il passa son tablier et attrapa mon visage dans ses mains pour un dernier baiser avant d'ouvrir la porte.
"Pour Regan, tu préfères un bouquet, ou une plante en pot ? Quelle couleur elle aime ?"
Sur ses conseils, et après avoir tourné une dizaine de minutes, je pris des dahlias.
"Tu l'embrasseras de ma part ?" réclama Brendon en m'accompagnant à la caisse.
Je le lui promis et il commença à plaisanter. Je lui en étais infiniment reconnaissant car la présence, bien que bienveillante, de son père, me mettait assez mal à l'aise. Et ce n'était rien jusqu'à ce qu'il me propose de venir dîner chez eux, un soir. Les yeux rivés sur moi avec cet air indéchiffrable qui semblait me sonder. Je bafouillais un oui gêné. Brendon balaya la suggestion en disant qu'on aurait tout le temps de voir ça et il me raccompagna à la porte.
"Il disait ça comme ça, tu sais, t'as pas à t'en faire, c'était pas une invitation officielle avec délai de deux semaines. Je te laisserais pas entre leur main aussi tôt, ils te feraient fuir. Surtout si Kara est là.
- Je suis désolé, j'ai eut une réaction trop nul mais il m'a pris de court et…
- T'inquiète pas. Je comprends. Et maintenant file, Regan t'attend.
- A bientôt Brendon."
Il me sourit et je m'éloignais à contre cœur. Dans le bus, je pris le temps de respirer profondément et de réfléchir. Je me sentais terriblement bien d'avoir pu le voir, lui parler, et le souvenir de son "Je suis vraiment attaché à toi, Shane" me rendait fou. Et d'un autre côté… je me sentais terriblement con d'être parti comme ça. Sans l'embrasser. Je relevais les yeux. La fille face à moi détourna vivement le regard, comme prise en faute. Elle me regardait. Qu'est ce qu'elle aurait pensé si elle m'avait vu embrasser Brendon ? Non, j'avais bien fait de ne pas le faire. Je ne pouvais pas. Pas encore.
Je poussais la porte de l'appartement en m'annonçant à grand bruit.
"Ah ben enfin !
- Oui, une excellente journée, je te remercie ! Et je t'ai rapporté quelque chose…"
Regan ouvrit de grands yeux étonnés devant mon chargement. Quand je lui répétai que c'était pour elle, elle me sauta au coup en couinant de joie comme s'il s'agissait d'un diamant brut.
"T'es adorable, Shane, t'aurais pas dû !
- C'était pas grand-chose, déconne pas… Devine où je l'ai acheté !
- Où ?
- Chez le père de Brendon.
- Non ?
- Si ! Et ça c'est de sa part, ajoutais-je en embrassant sa joue.
- Pourquoi le père de Brendon me fait un bisou ?
- De la part de Brendon, pas de son père, idiote !"
Elle me tira la langue et me laissa me mettre à l'aise le temps d'aller s'occuper de ses fleurs. Je m'étais à peine affalé sur une chaise qu'elle me sautait dessus pour me demander un compte rendu détaillé de ma petite visite chez les Urie…
Le lendemain, je n'eus pas une seconde à moi. On était vendredi, et les vendredis se vivent toujours à un rythme effréné, à l'école. Spécialement lorsqu'on a passé une bonne partie de son jeudi soir avec son amoureux, où à parler de son amoureux avec sa meilleure amie.
Finalement, je dû attendre le tramway du retour pour souffler un peu. Je sortis mon portable pour vérifier que je n'avais manqué aucun sms, et il vibra dans mes mains. Brendon. Je voulais assurer aujourd'hui pour me rattraper et pas possible de trouver cinq minutes pour t'écrire un SMS convenable. Je suis désolé, je crains comme copain… Comment s'est passée ta journée ? Tu me manques, on se voit ce week-end ?
Tout sourire, je lui répondis aussitôt. Journée horriblement chargé aussi, pas eut le temps de te parler non plus… Mais je suis tout seul ce week-end, tu sais où j'habite, ma porte t'est grande ouverte, aussi longtemps que tu veux. Tu me manques aussi.
Ce à quoi il répondit : Je vois avec mon père s'il a besoin de moi et je te dis ça plus tard 3
Et ce petit cœur, au lieu de me sembler affligeant, était pour moi la plus belle chose qu'il aurait pu ajouter. J'avais l'impression de devenir désespérément gay. Et en tant que tel, je rejoint l'appartement en sautillant presque, ivre de bonheur.
Regan était sur le départ. Je l'aidais gentiment à rassembler deux ou trois affaires supplémentaires, à boucler sa valise, et la serrai dans mes bras avant de la laisser partir.
Une fois seul, et histoire d'avancer un maximum au cas où Brendon passerait une bonne partie du week-end ici, je me mis docilement à mes devoirs. Concentré, il me fallut près d'une minute pour réaliser que le bruit de fond était en réalité la sonnerie de mon téléphone. Je décrochai sans même regarder qui appelait.
"Allo ?
- Salut ! Je te déranges pas ?"
Brendon. Comment pouvait ne serait qu'envisager cette possibilité…
"Pas le moins du monde. Comment tu vas ?
- Bien ! Mon père vient de me dire qu'il n'avait pas besoin de moi du week-end, vu que Ryan travaille. On peut se voir quand tu veux !
- Tout le temps, alors.
- T'as pas des devoirs ?
- … Non ?
- Idiot ! On a toute une vie pour se voir et tu dois absolument réussir ton année.
- Non mais c'est bon… Là si je travaille encore… (je regardais où j'en était et fut impressionné par le travail que j'avais accompli) Disons deux heures, j'ai pas besoin de faire quoi que ce soit demain. Et après ça peut attendre dimanche aprem'.
- Donc je viens demain matin ?
- Ou dans deux heures…
- T'es sûr ? Il est déjà 20h…
- … Nan ? Putain mais c'est pour ça que j'ai faim ! La vache s'est passé vite.. Heu, attend. (je jetai un nouveau coup d'œil à mes cours et recalculais rapidement le temps qu'il me faudrait pour terminer) Ok, ben comme tu veux. Soit demain matin, soit dans une heure.
- T'avais dit deux.
- Je ne pensais pas avoir autant avancé.
- Tu te fous de moi.
- Oui. Mais Je te jure que j'aurais finit.
- Ok.. Mais c'est bien parce que j'ai follement envie de te voir. A tout à l'heure.
- Salut !"
Je raccrochai, extatique. Il fallait que je me magne. Pas le temps de manger. Tant pis. Je respirai profondément et replongeai dans mes cours, sans trop de difficulté.
Une bonne heure plus tard, la sonnette retentit. Je me précipitai pour ouvrir et attendis, impatient, que Brendon monte les deux volées de marches. Il atteignait juste le palier quand je le pris dans mes bras. Je n'avais jamais éprouvé un désir aussi violent de serrer quelqu'un contre moi. C'était stupide, mais j'aurais pu pleurer de soulagement, comme s'il revenait de je ne sais quelle guerre et non pas seulement de chez lui, à moins de trois kilomètres de là. Je le fis entrer et il me questionna sur mon avancé dans mon travail. "Ah c'est marrant que t'en parle…" commençai-je d'une voix un peu moins assuré que je l'aurais voulu. Brendon me fixa, un sourcil levé. J'avais l'impression de me retrouver petit garçon devant le regard réprobateur de ma mère. Moulinant dans la semoule pour trouver un échappatoire. Comme pour me rabaisser encore, mon ventre choisit ce moment pour émettre un gargouillement monstrueux.
"Et t'as pas mangé en plus ?"
J'ouvris la bouche pour nier, mais la refermai aussitôt, faute d'explication plausible. Je baissais alors les yeux, près à encaisser peu importe ce qu'il y trouverait à redire, mais contre toute attente, il fit un pas en avant pour me serrer dans ses bras. "Et t'as fait tout ça parce que tu voulais me voir ?" il murmura, la tête toujours dans mon cou. Je soufflai un oui que j'aurais voulu hurler. Hurler à quel point ces dernières vingt-quatre heures avaient été longues sans lui. Hurler à quel point j'étais à bout après tout le stress et les émotions de cette semaine. Hurler à quel point être dans ses bras me faisait du bien.
Après avoir relâché son étreinte et embrassé mes lèvres, Brendon me fit me rasseoir devant mes cahiers en m'ordonnant d'une voix douce de terminer ce que j'avais commencé pendant qu'il me préparait quelque chose à manger. A le voir chantonner en fouillant dans le frigo, je me fis la réflexion qu'on ressemblait à un vieux couple. Je souris à cette idée et me remis à plancher. Il ne me restait plus grand-chose, si bien que je mettais un point final à mes notes lorsque Brendon déposa une assiette devant moi. Je repoussais mes affaires pour m'en saisir, affamé. Il me rappelait toujours ma mère quand j'étais enfant, lorsqu'elle me regardait engloutir mes frites, ravie de me voir aussi enthousiaste avec une pointe de fierté et de tendresse dans les yeux.
C'était étonnant de voir le nombre de visages que ce garçon pouvait revêtir. Maternel, pénétrant, caressant, embarrassé… et même furieux. En me remémorant, l'air pour le moins irrité qu'il avait eut pour sa sœur, l'idée me traversa l'esprit que je ne connaissais en réalité rien de lui. Jamais je n'aurais pu croire qu'il pouvait se montrer si acerbe. Kara ne m'avait pourtant pas semblé tellement impossible à vivre… Énigme fort complexe. Étant à bout de nerfs, j'estimais plus sage de ne pas me prendre la tête avec un mystère supplémentaire et décidai de démêler cette histoire.
"Alors, comment ça a été aujourd'hui, Brenny ?"
Dans la bouche de sa sœur, le surnom l'avait fait tiquer et j'espérais qu'il y réagirait encore. Bingo. Il tressaillit légèrement.
"Bien… Et toi ? Pas trop dur ?
- Ça va, expédiai-je. Et tu ne dis rien ? (il me regarda sans comprendre) Brenny. Tu n'aimes pas vraiment que ta sœur t'appelle comme ça, non ?
- Il sonne bien mieux dans ta bouche. Tu voulais me mettre de mauvaise humeur ou.. ?
- Non. Juste comprendre comment un surnom pouvait avoir ce pouvoir.
- C'est Kara, qui a ce "pouvoir". Elle m'appelle comme ça pour se foutre de moi. Parce que mon père m'appelait comme ça, et que j'étais le seul à avoir un surnom, ce qui soi-disant, faisait de moi son chouchou.
- Moi qui pensait que rien ni personne ne pouvait t'enlever ton beau sourire…"
Les coins de sa bouche se levèrent tristement. Et il se mit à me parler de sa famille. Il l'avait déjà fait mais de façon plus qu'expéditive comparé au long récit qu'il m'offrit, dépeignant chaque Urie avec précision, me laissant ressentir tout ce que lui éprouvait pour chacun d'eux. Jamais il ne m'avait parlé aussi longuement de lui. Jamais avec autant de cœur. Et je sentis que je pouvais enfin considérer qu'il était mon petit ami, l'homme avec qui je partagerai tout. Cela paraissait assez prématuré mais après tout, cette relation faisait fi des normes et des conventions…
Quand Brendon se tut, j'eus l'impression qu'il n'avait pas parlé plus de dix minutes. Son regard quitta le lointain où il s'était perdu pour se poser sur la table, en prenant bien soin de ne pas croiser le mien. Ses joues rosirent et il balbutia :
"Désolé, je me suis laissé emporter, t'aurais dû m'arrêter.
- Je n'en avais pas envie."
Ses yeux cherchèrent enfin les miens et je me penchai pour l'embrasser. Ce n'est qu'après que je réalisais que c'était, d'une certaine manière, la première fois que je prenais les devants d'une manière si spontanée. Brendon le nota aussi, et m'observa en silence, les yeux pétillants de joie. Je me sentis rougir, et, merveilleusement attentionné, il se leva pour débarrasser mon assiette depuis longtemps vide. Se faisant, il m'interrogea sur mes cours, ébranlant quelque peu l'intimité embarrassante qui s'était installée entre nous.
Toujours dans cet état d'esprit prévenant, Brendon remarqua bientôt que la fatigue m'accablait, et ce malgré l'excitation que me procurait sa présence. La fatigue d'un enfant le soir de noël, en somme. Un enfant qui aurait passé dix heures sur de l'éco-droit et cinq autres en management. Mon parfait amoureux me suggéra donc judicieusement –comme il l'aurait suggéré à ce type d'enfant- d'aller dormir.
Dormir. Merde. Dans ma folle impatience de revoir Brendon, j'avais oublié ce petit détail. Dormir. Il était impensable de laisser mon invité rentrer chez lui. Il n'avait jamais été clairement stipulé qu'il resterait ici, mais cela me paraissait évident tant l'éventualité de le voir repartir m'était insoutenable. Ceci dit… où allait-il dormir ? Hors de question de le laisser sur le canapé ou dans la baignoire, bien sûr. Au pire, il y avait le lit de Regan. Mais je le voulais près de moi. Tout en ayant des sueurs froides à la simple évocation d'une nuit entière à partager mon lit avec un autre homme, qui se trouvait être mon sexy petit ami. Lequel avait déjà dû partager toute une ribambelle de lit avec toute une ribambelle de beaux garçons. Et Dieu sait ce qu'ils y avaient fait !
Merde.
"Shane, t'es sûr que ça va ?"
Il avait interrompu mon monologue intérieur avec une infinie douceur, mais ce fut pourtant d'un mouvement brusque et apeuré que je relevai la tête.
"Tu restes ici cette nuit, hein ?
- Oui, si c'est ce que tu veux, alors oui, bien sûr, il certifia d'une voix apaisante.
- Avec moi ?"
Il hocha à nouveau la tête, l'air indulgent, toujours comme s'il s'adressait à un enfant. Cela ne calmait pas totalement mes craintes. Je me tordais les mains en cherchant les mots pour formuler convenablement ma prochaine question. Il me devança :
"Je ne te violerais pas pendant la nuit, Shane, garantit-il, devinant mon angoisse. Ce n'est pas que l'envie m'en manquerais, mais on va juste dormir, promis."
Enfin rasséréné, je soufflai un merci qui n'exprimait pas un dixième de ma gratitude mais qui parut lui suffire amplement. Je le conduisis à la salle de bain, le laissais là le temps de ranger sommairement mes affaires dans le salon, vérifier que mes draps étaient propres, et fermer la porte et les lumières. Je retournai ensuite à la salle de bain que mon invité était en train de quitter, pour me brosser les dents. Après un passage aux toilettes, je trouvai le courage d'entrer à nouveau dans ma chambre pour la nuit.
Brendon était debout près de mon lit, les yeux baissés sur son téléphone. En boxer. Juste en boxer. Nous étions en plein hiver, et si j'avais déjà remarqué que le froid ne semblait pas l'atteindre vu le peu de vêtement qu'il avait l'habitude de porter, je n'avais jamais pu voir son corps de cette façon. Il était fin, et pourtant ses abdos se dessinaient assez bien sur son torse. Ce dernier était par ailleurs glabre, à l'exception d'une ligne de poil partant de son nombril pour se perdre sous le seul bout de tissu qui cachait son intimité… qui vu d'ici n'avait rien d'anecdotique. Ses quatre autres membres étaient fins et musclés également. Et sans vouloir décidément passer pour un pervers, on pouvait dire… et bien, qu'il était irrésistiblement callipyge.
Cette vision me figea sur place une bonne douzaine de secondes.
En entendant la porte s'ouvrir, il avait relevé la tête vers moi et sans faire attention à mon air imbécile, il me demanda de quel côté du lit j'avais l'habitude de dormir. Je me repris comme je pus et fis un geste qui englobait la totalité du matelas.
"A peu près par là… Choisis ta place, je t'en prie."
Il hocha la tête et se glissa sous les draps. Il reporta son attention à son portable, qu'il devait être en train d'éteindre, tandis que je retirai jean, pull et chaussettes. Gêné, j'éteignis la lumière et disparut sous la couette avant qu'il n'ait pu me détailler.
"T'as l'air fatigué, nota Brendon qui m'observait tout de même dans l'obscurité.
- Ça fait trois fois que tu me le dis, je vais finir par mal le prendre ! plaisantai-je.
- Non mais je veux dire vraiment. Pas fatigué une-bonne-nuit-de-sommeil-et-ça-ira-mieux. Fatigué genre t'as passé une semaine horrible qui donne envie de tout envoyer balader parce que même si demain est un autre jour, t'as l'impression de pas en voir le bout. Vraiment fatigué. Je me trompe ?
- Non, c'est un peu ça, avouai-je. Les fins de semaines sont assez horribles, à l'école. Surtout là qu'on a eut qu'une petite semaine de repos depuis le début de l'année. Les vacances de noël sont très attendues par tout le monde, et l'idée qu'il ne reste "que" une semaine de cours n'aide pas vraiment. Et ce n'est pas non plus de tout repos de se réveiller gay, avec tout ce que ça implique.
- Je suis désolé.
- Mais je suis content d'être avec toi, continuai-je sans ciller. Tu m'apaises. J'aurais passé une nuit affreuse si tu n'étais pas venu. Alors merci."
Il cella mes lèvres d'un baiser.
"Dis pas des trucs aussi craquants si tu veux que je tienne ma promesse de ne pas te toucher ! protesta-t-il.
- Mais je ne le veux pas."
Je me collai à lui pour qu'il me serre dans ses bras. Malgré son enivrante proximité, cela n'avait rien de très confortable. Mais la commodité faisait bien pâle figure face au bonheur de sentir sa peau contre la mienne.
"Bonne nuit Brenny, soufflai-je après un moment.
- Bonne nuit."
Il y eut un autre silence, un peu plus long.
"J'arrive pas à dormir, je suis plus fatigué."
Mon timbre gamin le fit rire doucement. Il bougea pour nous trouver une façon plus confortable de nous serrer l'un contre l'autre et me demanda si je voulais qu'il me raconte une histoire.
"Oui. L'histoire de la première fois que tu t'es retrouvé au lit avec un garçon."
C'était sorti tout seul, et je ne sais pas lequel de nous deux fut le plus surpris par cette demande. Cependant, c'était dit, et je comptais bien obtenir une réponse sincère. Ma détermination faillit flancher devant son mutisme, mais juste quand j'allais me rétracter nerveusement, après une minute de réflexion, Brendon commença son récit d'une voix douce. Nous passâmes plus d'une heure assez surréaliste où il me dit absolument tout ce que je voulais savoir sur ses expériences amoureuses et sexuelles. Dans l'intimité de la nuit, j'osai lui demander s'il pensait que nous aurions un jour ce genre de relation physique, si ça faisait aussi mal que ce que l'on disait, et si cela l'indisposait d'être dans un lit avec moi sans rien pouvoir faire de tel. Cette dernière question le fit rire un peu. J'avais soit disant des à priori étranges, à penser qu'un gay n'était qu'un obsédé incapable d'apprécier une nuit sans ambiguïté avec un garçon. Il était vrai que –comme il me le fit remarquer- s'il avait été une fille, après moins d'une semaine de relation, je n'aurais jamais pensé à coucher avec lui, même dans une situation pareille. C'est en réfléchissant à ce préjugé stupide que j'avais laissé échapper que je finis par m'endormir, dans les bras innocents de mon amoureux.
Le lendemain, nous nous offrîmes le luxe d'une grasse matinée.
Plus tard, Brendon me demanda ce que je voulais que nous fassions ce jour là. Je jetai un œil par la fenêtre.
"Aucune idée. Vu le temps, j'imagine qu'on est coincé ici. Ou on se fait un ciné. Il y a des films bien en ce moment ?
- Rien de très tentant, à ce que je sache.
- Alors sors le cluedo…"
Il me regarda avec un sourire en coin que je devinai n'avoir aucun lien avec ma plaisanterie dépitée.
"Au fond ça t'arrange bien qu'il pleuve, hein ?"
Je baissai les yeux, coupable. Son air mutin se mua immédiatement en panique.
"Merde, je suis désolé… Je comprends, je t'assure, j'aurais pas dû dire ça…
- Mais c'est vrai pourtant.
- C'est pas grave. Ça viendra. Un jour on se promènera main dans la main sous la pluie et on en aura rien à foutre de autres. J'attendrais. (Je réussi à sourire faiblement et il me caressa la joue. L'air espiègle, il ajouta :) Où tu le range, le cluedo ?"
Le soir venu, de nouveau rapprochés par la tranquillité de la nuit, je me serrai tout contre Brendon.
"Merci Brenny. Ça faisait longtemps que je n'avais pas passé une journée où je pouvais ne rien faire. Me détendre pour de vrai. Rire. J'en avais besoin.
- Un plaisir, m'assura-t-il. Je te détend quand tu veux."
Je secouai la tête en souriant. Il semblait ne pas se rendre pas compte de tout ce que tout ça représentait pour moi. Les mots me manquant, je l'embrassais avec passion pour lui prouver à nouveau ma reconnaissance. Et ce fut le début de toute une longue nuit –qui empiéta sur une grande partie de la matinée- où caresses et baisers alternèrent avec de courts instants d'un sommeil sans rêves… Qui à besoin de rêver, quand il se retrouve dans les bras d'un si bel homme, avec sa bouche à portée de lèvres ?
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