
Bebe est dans une impasse : elle doit s'inscrire à l'Université mais ses parents, qui ne la comprennent plus, ne veulent pas la laisser faire ses propres choix quant à son avenir. Bebe se sent perdue et mal dans sa peau, mais lorsqu'elle rencontre Tammy Warmer, tout va changer. Bebe/Tammy, YURI.
Rated: Fiction T - French - Romance - Bebe S. & Tammy W. - Chapters: 12 - Words: 21,062 - Reviews: 18 - Favs: 4 - Follows: 5 - Updated: 05-29-13 - Published: 07-02-12 - id: 8278746
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Chapitre 3
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Le repas se passe bien. Le serveur arrive pour débarrasser nos assiettes
_Vous prendrez un dessert? Demande le jeune homme.
_Non, juste un café s'il te plait. Répond Tammy. Il se tourne vers moi et je demande la même chose. Un dessert m'aurait bien tenté mais je ne suis pas sûre de combien d'argent il me reste. J'espère déjà que j'aurais assez pour payer ma part!
_Au fait, tu ne m'as pas dit, reprend-t-elle, tu vas aller où si tu n'es pas prise à Stanford?
_Ben à Denver. J'ai pas vraiment le choix.
_Pourquoi?
_Mes parents ne peuvent pas payer les frais supplémentaires de changement d'État [1]
_Je vois. Mais t'en fais pas l'Université de Denver est cool.
_Y'a pas que ça...
Ma réplique est laissée en suspend par le serveur qui nous apporte les cafés. Il pose deux petites coupes contenant de la crème blanche.
_Un peu de chantilly maison, c'est moi qui offre.
_Merci, sourit Tammy, tu lui as tapé dans l'œil je crois. Ajoute-t-elle une fois qu'il s'est éloigné suffisamment.
_Tu crois?
_Ouais! Il te plait?
_Oui, enfin non. Oui il est pas mal mais je n'ai pas envie d'un petit copain.
_Qui te parle de sortir avec lui? Rétorque-t-elle avec un regard éloquent. Aie, elle est directe. Je comprends comment certaines personnes mal intentionnées ont pu retourner ça contre elle.
_Non, c'est pas... mon genre.
Tammy me sourit et hausse les épaules. Je suis contente qu'elle n'insiste pas. Henrietta elle m'aurait poussé à coucher avec lui. Oui, je parle bien d'Henrietta, la gothique. On est ensemble au cours d'histoire de l'Art et on a fini par sympathiser.
Elle trouve que malgré mes cheveux blonds, je suis plutôt non-conformiste. Alors de temps en temps, quand j'ai envie d'une cigarette, je vais trainer avec les goth kids derrière les préfabriqué. C'est là que sont relégués tout ceux qui sont plus ou moins rejetés.
_Bon, le dernier bus passe dans dix minutes, il faudrait que je parte si je ne veux pas le rater. Signale Tammy.
_Je suis venue en voiture, je te ramène si tu veux. Je propose
_Ça t'embête pas? J'habite loin de chez toi tu sais.
_Mais non pas du tout.
Sur le moment, ça ne m'est pas venu à l'esprit de me demander comme elle savait où j'habitais. Sur le moment, la seule chose que j'avais en tête c'était un moyen de rester encore un peu avec elle, n'importe lequel. Un détour de quelques minutes ne me semblait pas être un prix trop élevé. Elle me sourit encore et nous nous plaçons devant le comptoir pour attendre l'addition. Le patron la pose devant nous mais au moment où j'ouvre mon sac à main, Tammy me dit :
_Non, c'est moi qui invite, pour te remercier.
_Ok, je t'attends dehors.
Je commençais à avoir très chaud et je me sentais un peu mal à l'aise. Le serveur n'arrêtais pas de me fixer depuis dix bonnes minutes. C'est lui qui prend l'argent de Tammy et je les vois discuter quelques secondes. Lorsqu'elle sort me rejoindre, il tire la gueule.
_Il m'a demandé ton numéro. Rit-elle.
_Et alors, tu lui as donné? J'interroge, légèrement anxieuse
_Bebe, t'es bête, je l'ai même pas moi-même!
_Tu lui as dit quoi alors?
_Que tu étais à moi! Réplique-t-elle avec un clin d'oeil
Tout à coup, je me sens bête. Heureusement qu'il fait sombre parce que je rougis comme une gamine. Nous nous dirigeons vers le parking où je suis garée et nous montons dans ma voiture. C'est une voiture de marque américaine, une Ford tout ce qu'il y a de plus classique de couleur rouge que mes parents m'ont offert pour mes seize ans.
J'étais contente, mais j'ai quand même eut un pincement au cœur lorsque j'ai appris qu'elle avait été racheté à la tante de Wendy. Les parents de mon amie lui avaient offert une voiture plus luxueuse et donc la Ford était pour moi. C'était probablement une excellente affaire, mais c'était une chose de plus qui me donnait l'impression de recevoir ses restes, d'être moins bien qu'elle.
_Elle est super cool ta voiture! S'exclame Tammy.
_Elle roule c'est tout ce qui compte. Je réponds modestement.
Je démarre le moteur et nous quittons le parking. Les premières minutes de trajet sont silencieuses, le temps que nous sortions de la ville et que nous rejoignions l'autoroute. Je remercie tous les jours le gouverneur du Colorado pour avoir fait construire cette voie rapide entre Denver et Middle Park. Une fois que nous sommes plongées dans le noir et que nous roulons à une certaine vitesse, Tammy demande :
_Y'a quoi alors?
_Hein?
_Tout à l'heure, à propos de l'Université, tu m'as dit, ''y'a pas que ça''. Qu'est-ce qu'il y a d'autre?
_Oh. Mes parents. Ils veulent que je m'inscrive dans un institue technique, alors que moi j'aimerais passer mon Bachelor's Degree avec spécialisation en Français. Et Histoire de l'art comme matière mineure.
_Ben t'as qu'à leur dire.
_De quoi?
_Que tu veux faire des études de français.
_C'est pas si simple.
_Si, c'est très simple.
Un silence se fait tandis que mon cerveau essaye tant bien que mal d'analyser ce que vient de me dire Tammy. Alors ce serait aussi simple que ça? Il me suffirait de dire non? J'ai du mal à le croire.
_Je ne crois pas que ça marcherait. Je souffle.
_Bebe, tu es fille unique?
_Oui.
_Alors raison de plus : si tu ne t'opposes pas à tes parents, personne ne le fera à ta place. Pire encore, si tu n'es pas capable de t'opposer à tes parents, tu ne pourras jamais t'affirmer face à personne, tu te feras sans cesse écraser.
C'est déjà le cas, je me retiens de dire. C'est vrai qu'avec les années, les gens ont cessé de faire attention à ce que je pensais et à ce que je ressentais. Wendy ne prenait plus mon avis en compte, mes parents ne m'écoutaient plus, mon ex petit ami me considérait comme acquise et m'a quittée pour une autre. Tout ça parce que je ne m'affirmais plus assez?
Je pensais pourtant être quelqu'un de fort. Je me revois encore dans ce cabinet de chirurgie esthétique à huit ans, en train d'affirmer au docteur que je ne voulais pas que les gens m'aiment juste pour mon physique. Ai-je tant changé que ça?
Je passe le reste du trajet à y réfléchir. Lorsque j'arrive à l'entrée de South Park, Tammy me guide jusqu'à chez elle.
_Voilà, on est arrivé. Déclare-t-elle, un peu honteuse, je l'entends dans sa voix. Elle récupère son sacs à main et descends.
_Merci de m'avoir remmenée, c'était vraiment sympa de t'avoir revue, bonne chance pour la suite.
_Merci, à toi aussi.
Elle me sourit un dernière fois et ferme la portière d'un coup sec. Je regarde sa silhouette floue regagner l'intérieur de sa maison. C'est vrai qu'elle fait peine à voir, cette maison. Elle ressemble à celle de Kenny, la crasse en moins. Elle est toute petite et un peu délabrée, mais il y a un potager quelques mètres plus loin. Tammy a une vie difficile, beaucoup plus difficile que la mienne, mais elle reste forte et digne.
J'aurais du lui demander son numéro de téléphone. Maintenant, je ne sais même pas si je vais la revoir un jour.
Une fois qu'elle a bien refermé la porte de sa maison derrière elle, je redémarre et prends la direction de chez moi. Je ressens à la fois un sentiment de sécurité mais aussi un certain malaise lorsque je pénètre dans les quartiers chics de South Park. Ici, il n'y a que des belles maisons bien entretenues et à plusieurs étages. Des piscines et des grands jardins. Des familles qui n'ont jamais faim ou froid. Des familles comme la mienne. Est-ce que toutes ces familles en apparence heureuse sont aussi disloquées que la mienne?
J'espère pas.
Ça fait longtemps que nous ne sommes plus vraiment une famille. Il y a cinq ans, ma mère a trompé mon père avec un homme qu'elle avait connu il y a longtemps. Il était de passage en ville et elle a filé en douce le retrouver. Je crois que c'était un amour de jeunesse inabouti. Quoi qu'il en soit, la culpabilité l'a rattrapée et elle a tout dit à mon père.
Je ne crois pas qu'il l'ait pardonnée. Il dit que c'est oublié depuis longtemps, que ce n'était qu'une erreur de parcours et que leur couple n'en est que plus fort aujourd'hui, mais chaque fois que maman sort sans lui, je vois cette lueur de peine et de méfiance dans son regard. Il se dit que si elle l'a fait une fois, elle peut bien recommencer.
Il lui en veut encore, c'est évident, mais il ne la quittera pas, et ceux même si elle recommençait. Parce qu'il l'aime encore, probablement, mais aussi parce que, à son âge, il n'a plus le courage de refaire sa vie avec une autre. Je crois que c'est depuis ce jour-là que je ne veux plus rentrer chez moi, parce que j'ai compris que mes parents jouaient la comédie. J'ai peur de devenir comme eux, un jour, et de ne m'en rendre compte que lorsqu'il serait trop tard.
Je me gare devant ma maison et entre à l'intérieur. Je laisse mes achats dans la voiture. Si ma mère voit combien j'ai encore dépensé, elle va piquer une crise.
_Bonsoir Bebe! Me lance mon père depuis le salon, on se demandait où tu étais passée!
Je retire mes chaussures et m'approche d'eux. Il sont dos à moi, enlacés sur le canapé devant un film de type drame de mauvaise qualité.
_J'ai croisé une amie à Denver, j'ai diné avec elle. Désolée j'aurais du vous prévenir.
_C'est pas grave ma chérie, répond ma mère, il y a du rosbif dans la cuisine si tu as faim.
_Maman, je suis végétarienne.
Même si je ne le vois pas, je sais que ma mère lève les yeux au ciel et se dit que ce n'est encore qu'une lubie d'adolescent. Ouais, une lubie qui dure depuis trois ans quand même.
_J'ai pas faim de toute façon. Bonne nuit.
Et je file dans ma chambre. Demain je leur parlerai.
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A suivre
[1] Aux USA quand un étudiant veut intégrer une université située ailleurs que dans l'État où il vit, il doit payer des frais supplémentaires (en plus des frais de scolarité ''habituels'')
Rien de spécial à dire sur ce chapitre. Pardonnez la lenteur des publications mais en ce moment il fait vraiment trop chaud pour écrire. J'espère que le rentrée arrangera un peu tout ça.
A bientôt pour la suite!
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