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From the shadows, with love
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Meloe-bkl PM
Une vieille affaire refait surface et propulse le staff du Lightman Group au cœur d'une enquête où vérité et mensonge s'entremêlent. Sauront-ils remonter les traces sans se perdre de vue ?
Rated: Fiction T - French - Romance/Adventure - Gillian F. & Cal L. - Chapters: 5 - Words: 17,781 - Reviews: 12 - Favs: 2 - Follows: 7 - Updated: 03-05-13 - Published: 10-15-12 - id: 8612344
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Titre : From the shadows, with love
Auteur : Meloe
Bêta : Rauz
Disclaimer : I don't own Lie to Me or any of the characters. No copyright infringement intended.
Genre : Aventure, drama, romance.
Résumé : Une vieille affaire refait surface et propulse le staff du Lightman Group au cœur d'une enquête où vérité et mensonge s'entremêlent. Sauront-ils remonter les traces sans se perdre de vue ?
Saison/Spoiler : Saison 2.


Chapitre 2 : A long row to hoe

An idea that is not dangerous is unworthy of being called an idea at all. Oscar Wilde

— Gil, l'interpella Cal en entrant.

Il nota son sursaut et ses pupilles exagérément dilatées : peur, diagnostiqua-t-il. Il avait été brusque avec elle aujourd'hui, il en était conscient, mais elle l'avait vu dans des humeurs pires que celle-ci. Ce n'est pas de lui qu'elle avait peur, reconnut-il, mais s'il se fiait aux regards effrayés qu'elle lançait à son téléphone, de l'appareil en question.

— Gil, que se passe-t-il ? demanda-t-il doucement.

Elle ne répondit pas tout de suite, se contentant de le regarder, jaugeant sa possible réaction. Elle avait le choix, elle pouvait lui mentir. Elle savait d'avance qu'il ne réagirait pas bien à l'idée que Balden l'ait contacté mais Gillian savait aussi qu'elle n'était pas équipée pour jouer les appâts d'elle-même. Et puis il y avait cette promesse inarticulée entre eux : ils ne se mentaient pas. Tous les deux, ensemble, ils avaient choisi la vérité plutôt que le bonheur. Elle lui devait la vérité, même si cela devait déclencher l'une de ces colères muettes dont Cal avait le secret.

— Balden, se contenta-t-elle de répondre.
— Balden, répéta-t-il sans comprendre.
— Il a téléphoné. Il m'a téléphoné, précisa-t-elle.

En même temps que les paroles de Gillian prenaient une signification, il comprit les allers-retours que son regard n'avait cessé d'effectuer entre lui et le téléphone depuis qu'il était entré. Son pouls sembla battre au ralenti quelques instants pendant lesquels il expérimenta le vaste spectre d'émotions qu'il réservait habituellement à sa fille. D'abord l'inquiétude devant le regard anxieux de sa collègue, un pic de douleur quand il vit qu'elle semblait presque autant effrayée du téléphone que de sa réaction, la peur brute ensuite car si Balden s'en prenait à Gillian, s'il osait téléphoner… Puis, la touche finale. Une colère noire, qui envahit tout son être et finit par briller d'un éclat inquiétant dans ses yeux, assombris subitement.

— Qu'a-t-il dit ? demanda-t-il froidement.
— Rien, ça a été… bref, bégaya Gillian. Il a dit qu'il voulait… apprendre à me connaitre, finit-elle en évitant son regard.
— C'est tout ?
— Non, hésita-t-elle.
— Foster, gronda Cal en durcissant ses traits.
— Qu'il était mon sauveur, murmura-t-elle les yeux rivés sur le téléphone. »

Gillian ne releva pas le regard, se contentant de fixer le combiné. Mais à la périphérie de son champ de vision elle pouvait voir les mains de Cal se fermer et se rouvrir mécaniquement et, avant qu'il ne parle, elle vit les jointures de ses poings blanchir sous la pression qu'il leur imposait. Automatiquement, elle analysa le geste : angoisse intense et, se décidant enfin à rencontrer son regard, vit l'expression de colère contenue passer brièvement sur ses traits avant qu'il ne les lisse.

— J'appelle Reynolds, le FBI pourra peut-être tracer l'appel, décida Cal. Je vais demander à ce que tu sois placée sous protection, ajouta-t-il.
— Cal, je n'ai pas besoin de protection, protesta Gillian.
— Tu préfères que Balden te trouve, peut-être ?
— Non, bien sûr que non !
— C'est bien ce que je pensais, protection donc, finit-il avant de sortir brusquement de son bureau.

Après que Cal ait quitté la pièce, les heures semblèrent filer comme des secondes pour Gillian. Reynolds arriva peu de temps après que son collègue soit parti et posa un micro sur son téléphone, dans le cas où Balden tenterait de la recontacter. Il lui présenta ensuite les trois agents chargés de sa protection à domicile. Elle refusa, malgré les protestations de Reynolds et décida qu'elle serait plus en sécurité en restant au Lightman Group et que les agents protégeraient ainsi ses collègues autant qu'elle.

Pendant ce temps, Cal s'était de nouveau enfermé dans son bureau, traînant cette fois Loker dans son sillage. Ils s'attelèrent tous deux à la longue tâche caractéristique des réouvertures d'enquêtes : la lecture de dossiers vieux de plusieurs années. Les piles de papiers eurent vite fait de s'accumuler sur le bureau et au sol, du moins jusqu'à ce qu'une énième maladresse de Loker n'ait raison de leur équilibre précaire. La patience de Cal atteint ses limites quand un mémo vint virevolter sous son nez.

— Loker, bon sang, soupira Cal. Ces dossiers sont importants, c'est pourquoi on ne les piétine pas, précisa-t-il.
— Si vous vous décidiez à faire installer des étagères plutôt que ces photos, dit Eli en désignant du menton les murs, on aurait peut être un endroit où ranger ces précieux papiers.
— Est-ce que par hasard, le statut de stagiaire bénévole vous manquerait Loker ? demanda Cal en se levant.
— Non, marmonna celui-ci en baissant la tête.
— Bien, alors allez prendre l'air avant que je ne redécore les murs d'une toute autre façon, menaça Cal.

Loker quitta rapidement la pièce, marmonnant quelque chose à propos d'exécrables buveurs de thé que Cal décida d'ignorer, ses pensées toutes tournées vers l'affaire en cours. L'affaire en cours et Gillian. Les deux étaient liées maintenant, comme le lui avait fait remarquer Reynolds. L'agent était même allé jusqu'à proposer de se servir de Gillian comme appât. A partir de ce moment là, Cal avait décidé de se murer dans un silence borné, non sans avoir auparavant interdit à Reynolds de seulement mentionner l'idée à sa collègue.

Oh, il n'était pas dupe, il avait vu l'hésitation briller dans les yeux de Gillian avant qu'elle ne lui parle du coup de fil, il avait vu comme elle s'était imaginée un instant en train de jouer les appâts. Il appréciait qu'elle lui ait dit la vérité, qu'elle n'ait pas tenté le diable, toute seule de son côté. Mais lui vivant, il était hors de question qu'elle serve d'appât, hors de question qu'elle risque sa vie plus qu'elle ne le faisait déjà. Il ne la laisserait pas faire. L'affaire Jenkins lui avait servi de leçon. Une leçon au goût amer, pensa-t-il en se rappelant la peur panique qui l'avait envahi à l'idée que son amie soit blessée.

Mais apparemment c'eut été trop espérer que sa collègue, ou Reynolds d'ailleurs, soit du même avis, songea-t-il en les voyant se diriger vers son bureau.

— Lightman, j'ai eu le procureur au téléphone, nous devons parler, annonça Reynolds en entrant.
— Foster, le coupa Cal, tu n'es pas censée être chez toi, encadrée par les molosses du FBI ? lui demanda-t-il.
— Elle a refusé, expliqua Reynolds en balayant la question d'un geste de la main. Et les agents montent la garde devant le Lightman Group, auquel vous êtes assignée, rappela-t-il à Gillian avec un regard sévère.
— Je sais, les rassura-t-elle, je ne compte pas m'enfuir en courant, finit-elle en levant les yeux au ciel.

Cal retint de justesse un grognement devant l'entêtement de son amie. Il se laissa aller contre le dossier de sa chaise et invita d'un geste Reynolds et Gillian à s'asseoir. Il remarqua que cette dernière se triturait nerveusement les mains sans jamais croiser son regard, ce qui n'augurait rien de bon. Pas plus que l'air résolu de Reynolds qui prit une inspiration profonde, digne d'un gladiateur entrant dans l'arène, avant de se lancer.

— Le procureur estime que nous avons un avantage sur Balden, le fait qu'il ait contacté Foster nous donne une certaine influence sur lui. Il propose que nous encouragions ce contact, finit Reynolds.
— Hors de question, répondit fermement Cal. Le procureur s'amuse peut-être à émettre des recommandations, dit-il en crachant le mot, mais ce n'est pas sa vie qu'il met en danger, bien à l'abri derrière son bureau.
— Cal, l'interrompit Gillian, je suis d'accord, je peux le faire.
— Non.
— Je serai protégée, argua-t-elle, Reynolds et ses hommes ne seront jamais loin, j'aurai un micro…
— Non, s'entêta Cal en serrant les dents.
— Lightman, à vrai dire vous n'avez pas vraiment le choix, lui fit remarquer l'agent, le procureur et le chef du FBI en ont fait un ordre et le maire approuve. Tout ce dont nous avions besoin c'est de l'accord de Foster, finit-il. Je vous mets juste au courant.
— Trop aimable, railla Cal. Et bien puisque tout a déjà été décidé, allez-y, je vous en prie. Courrez mettre sa vie en danger. Le dernier témoin qu'on a placé sous votre protection s'en est tellement bien sorti, lança-t-il.
— Cal ! C'est le seul moyen qu'on ait d'attraper Balden et tu le sais, lui fit remarquer Gillian, la voix tremblante.
— Non, ce n'est pas le seul moyen, lui répondit-il. Demain, j'interroge la secrétaire et ça c'est un moyen qui ne met pas de vies en danger, souligna-t-il sèchement.
— Si vous réussissez à en tirer des informations, tant mieux, dit Reynolds d'un ton conciliant, mais nous devons aussi envisager que vous ne réussissiez pas. Et dans ce cas, Foster sera notre seul lien avec Balden.
— Et vous croyez qu'il ne sait pas ce que vous comptez faire ? Qu'il n'a pas prévu qu'elle serve d'appât ? Croyez moi, il ne fait jamais rien sans raison, observa-t-il amèrement.
— Je ne laisserai rien lui arriver, promit l'agent. Maintenant si vous voulez bien m'excusez, j'ai un rapport à faire.

Une fois Reynolds sortit de la pièce, un silence inconfortable s'installa entre Cal et Gillian. Il était plongé dans ses pensées, les pires scénarios s'enchaînant dans une douloureuse farandole qui ne s'interrompit que lorsque Gillian prit de nouveau la parole.

— Ça va aller, Cal, le rassura-t-elle, je serai prudente et tu as entendu Ben, lui et ses agents seront là.
— Rassurant, vraiment, se moqua Cal. Comme si les gardes armés et la voiture de police devant la banque avaient réussi à arrêter Balden la dernière fois…
— C'est juste un contact téléphonique, tenta-t-elle de relativiser, il ne viendra jamais ici.
— Ça, il n'a pas intérêt, gronda Cal. Ecoute, Gil, dit-il en se levant, tu dois me promettre d'être prudente.
— Tu sais bien que je le suis, répondit-elle. Après tout ce n'est pas moi qui ai décidé de camper à côté d'une bombe pour notre dernière enquête…
— Je suis sérieux. Et tu dois me promettre que si la secrétaire parle demain, tu oublieras toute idée de jouer les appâts, demanda-t-il en la fixant gravement.
— Cal…
— Promets.
— Si elle nous apprend quelque chose d'utile, si cela nous permet d'attraper Balden, alors oui. Sinon, je le ferai. Je veux le coincer aussi, expliqua-t-elle.

Quand il ne répondit pas, se contentant de fixer les papiers sur son bureau, Gillian comprit que la conversation était terminée. Elle s'arrêta sur le seuil pour lui souhaiter bonne nuit mais se ravisa, se contentant de soupirer devant son air contrarié avant de sortir en refermant doucement la porte.

Il était inquiet, beaucoup plus qu'il ne le devrait, songea-t-elle. Mais là encore, combien de fois s'était-elle trouvé à sa place, à attendre de ses nouvelles, espérant qu'il ne soit pas blessé tout en le maudissant de prendre autant de risques… Peut-être qu'il comprendrait enfin ce qu'elle ressentait quand il se mettait ainsi en danger. Et quel danger pouvait-il vraiment y avoir dans une conversation téléphonique, se demanda-t-elle en secouant la tête.

Le reste de la nuit passa rapidement et Gillian réussit à s'endormir dans le confort relatif qu'offrait le canapé de son bureau. Les coups insistants frappés contre sa porte la réveillèrent quelques heures plus tard.

— Ria, murmura-t-elle en émergeant du sommeil.
— Désolée, s'excusa Ria en entrant. Miss Dulgon est arrivée, Reynolds l'a installée dans la salle d'enregistrement.
— Cal a été prévenu ? demanda Gillian en se levant.
— A vrai dire, hésita la jeune femme, il a déjà commencé… C'est Reynolds qui m'envoie vous chercher, finit-elle, gênée.
— Quoi ? Cal… pesta-t-elle avant de se lever.

Gillian sortit rapidement de son bureau et réussit, durant les quelques secondes qu'il lui fallut pour atteindre la salle d'interrogatoire, à dédier silencieusement un chapelet complet d'injures à son collègue. En arrivant, elle vit que Reynolds et Falkin, le procureur, étaient déjà installés et les salua d'un hochement de tête sec. La mâchoire crispée, elle reporta son regard sur le cube transparent dans lequel Cal, assit sur une chaise de métal, faisait face à Miss Dulgon. Cette dernière semblait intimidée et les hochements de dénégation qu'elle ne cessait d'effectuer, sans doute inconsciemment nota Gillian, lui apprirent que Cal avait en effet commencé l'interrogatoire.

— Vous devez nous parler, murmura Cal en la regardant intensément. Des vies sont en jeu, Joanne.
— Je ne sais rien, sanglota-t-elle.
— Vous savez quelque chose, la corrigea-t-il. Vous savez ce que nous n'avons pas pu voir, ce que vos collègues n'ont pas regardé, ce que Balden a prit.
— Il a prit l'argent, dit-elle.
— Non Joanne, l'argent était… une mondanité, finit-il en faisant un geste de la main. Une simple mondanité, tout comme vous, ajouta Cal.
— Moi ? Je n'ai rien à voir avec…
— Vous avez tout à voir ! s'écria Cal en se levant brusquement. Vous avez tout à voir avec cette affaire, avec lui, reprit-il en se penchant sur elle. Vous lui avez fourni les codes, vous lui avez ouvert les portes, vous lui avez parlé de votre patronne, tyrannique, autoritaire…
— Non, non, je n'ai rien à voir avec ce meurtrier, articula-t-elle.
— Oh si Joanne, il vous a séduite, il vous a cajolé, il vous a comprise. Il vous a murmuré des promesses, a-t-il juré de vous venger aussi ? A-t-il juré de trouver un moyen de vous débarrasser de cette vieille peau qui vous servait de patronne ? Est-ce que vous avez aimé ça ? demanda-t-il d'une voix dangereusement basse en encadrant sa chaise de ses bras.
— Arrêtez, supplia-t-elle en pleurant, arrêtez.
— Mais il ne pourra plus rien faire pour vous maintenant, continua Cal, il vous a abandonné… Tout comme il a abandonné les autres, toutes les autres. Voulez-vous savoir combien il a si chevaleresquement sauvé de secrétaires et d'employées croulant sous le joug de leurs patrons, cracha-t-il.
— Il m'aimait ! s'écria-t-elle en le repoussant. Il m'aime, continua-t-elle en le pointant du doigt. Et cette vieille Alforen n'a eu que ce qu'elle méritait !
— Ce sera tout pour le moment Miss Dulgon, l'interrompit Reynolds en entrant dans la pièce. Lightman, un mot.

Une fois les deux hommes sortis de la salle, ils retrouvèrent Gillian et le procureur de l'autre côté de la vitre. La première avait une expression peinée sur le visage et elle évita le regard de Cal quand il arriva. Elle n'approuvait pas ce qu'il faisait, observa-t-il. Et bien soit, si elle était décidée à jouer les gentilles filles encore une fois, ce serait sans lui, il n'avait pas signé pour ce rôle. S'il fallait secouer un peu la seule et unique suspecte dont ils disposaient pour obtenir des informations, il s'y collerait. Hors de question que Balden lui échappe encore une fois. Il releva la tête, s'apercevant que tous les regards étaient fixés sur lui.

— Lightman, pesta Reynolds, vous êtes au courant qu'il y a une loi qui protège les suspects ? Et que des aveux sous la coercition, contrainte physique ou intimidation morale, cita-t-il, ne sont recevables par aucune Cour ?
— Vérifiez les vidéos si vous voulez, répondit Lightman en grimaçant, vous verrez une parfaite succession d'émotions : honte, haine, désir, peur, pointa-t-il en même temps qu'il fit défiler les images.
— Ce ne sont que des images et vous êtes clairement en train de la menacer, lui fit remarquer le procureur.
— Son langage est éloquent, intervint Gillian en voyant l'exaspération de Falkin. Elle a commencé par se distancer : "je n'ai rien à voir avec ce meurtrier", au lieu d'utiliser son nom comme elle l'avait fait auparavant, pour finir sur un registre émotionnel fort : elle était jalouse à l'idée d'autres, ajouta-t-elle.
— Et quand bien même, observa Reynolds, c'est ce qu'on suspectait depuis le début, ça ne nous apprend rien de nouveau. On ne sait toujours pas ce qu'il a pris, ce qu'il cherchait…
— Si vous me laissez y retourner, on le saura, intervint Cal. Toutes les fois précédentes, nous n'avons jamais eu d'informations sur ce que Balden prenait en dehors de l'évident, l'argent, les bijoux… Toutes les autres fois, les secrétaires avaient les yeux bandés, ajouta-t-il. Miss Dulgon est une… opportunité.
— Alors pourquoi ce changement dans le mode opératoire ? demanda impatiemment Falkin.
— A vous de me le dire, rétorqua Cal en se tournant brusquement vers lui.
— Je vous demande pardon ? s'insurgea l'homme.
— Vous êtes en contact avec le meurtrier, dit-il en fixant intensément ses traits.
— Lightman ! l'arrêta Reynolds.
— Non, bien sûr que non, continua Cal. Mais vous avez des soupçons, n'est-ce pas ?
— Docteur Lightman, vos insinuations sont odieuses, s'offusqua Falkin. Vous en entendrez parler, menaça-t-il avant de sortir brusquement de la salle.

Cal grimaça, s'il était sûr d'une chose c'est qu'il en entendrait en effet parler : on n'insultait pas un procureur impunément. Mais quoiqu'en pensent Reynolds, qui lui jetait des regards désabusés, et Gillian, qui semblait absorbée dans la contemplation du lino, il avait une bonne raison. Cal savait que le procureur leur cachait quelque chose. L'homme avait réagi authentiquement à sa première accusation mais pas à la seconde : pas de réponse directe, ses mains s'étaient simplement levées en un geste défensif. Puis la colère feinte, qui n'avait pas masqué son inquiétude, avant qu'il ne parte avait fini de confirmer ses soupçons.

Reportant son regard sur le cube, il nota que la secrétaire semblait s'être calmée et s'était rassise, attendant nerveusement la suite des évènements. Cal décida qu'il s'occuperait du procureur plus tard, pour l'instant il avait besoin de savoir ce que Balden avait pris en dehors de l'argent. Il en était sûr, il y avait quelque chose de plus que les meurtres, quelque chose qui avait poussé l'homme à sortir de sa retraite, à réapparaitre sur le devant de la scène après sept ans de calme. Et Miss Dulgon avait la réponse, qu'elle la cache consciemment ou non n'était pas important. Et elle ne parlerait pas sans un peu d'aide, observa Cal.

Il regarda Foster un instant, s'apprêtant à lui laisser des directives avant de reprendre l'interrogatoire, quand une pensée se fit soudainement plus insistante que les autres. Elle se triturait les doigts nerveusement, pâle et fatiguée, évitant de le regarder. Les cheveux qui tombaient sur son visage ne masquaient pas la contracture de sa mâchoire, apprenant à Cal qu'elle lui en voulait encore que ce soit de ne pas l'avoir attendu pour l'interrogatoire ou à propos de leur conversation de la veille, il n'en savait rien. Peut-être les deux, admit-il. C'est alors qu'une pensée dérangeante s'invita dans son esprit, un parallèle malvenu qui lui dit que Gillian aurait peut-être plus de chance que lui avec la secrétaire.

Il s'en voulu un bref instant, se jugeant hypocrite d'avoir sermonné Reynolds de vouloir se servir de leur collègue comme d'un appât alors qu'il ne valait guère mieux. Mais après tout, elle lui en voulait déjà et justement, admit-il amèrement. Qu'était un égo froissé quand les vies d'innocents étaient en jeu ? Elle s'en remettrait, elle lui pardonnerait, elle l'avait toujours fait, se rassura Cal avant de lisser ses traits et de prendre le ton cassant qu'il réservait habituellement à ses disputes avec Zoé.

— Foster, avec moi, ordonna-t-il en entrant dans la salle.
— Miss Dulgon, salua Gillian avant de s'asseoir en face de la jeune femme.
— Voici le docteur Foster, la présenta Cal.
— Je suis psychologue, compléta cette dernière. Nous voulons simplement vous aider Joanne, dit-elle doucement.
— Pas la peine de prendre ce ton là, Foster, l'interrompit Cal. La seule compétence pour laquelle tu es là est parce que j'ai besoin d'une présence féminine. Miss Dulgon semble s'être lassée des mâles pour le moment, railla-t-il froidement.

Il sentit Gillian se raidir sur sa chaise, il vit sa mâchoire se contracter un peu plus et ses yeux se plisser sous l'effet de la colère contenue. Cal fut un peu plus surpris de noter le léger affaissement de ses épaules et s'en voulut instantanément de porter encore une fois un coup à la fragile confiance en soi de son amie. Mais il était trop tard pour reculer et le regard que jeta la secrétaire à Gillian lui apprit qu'il était sur la bonne voie. Créer un lien d'empathie entre les deux femmes permettrait à Miss Dulgon de s'ouvrir davantage à Gillian lorsqu'il sortirait de la salle.

— Nous devons comprendre, Joanne, poursuivit Gillian le plus calmement possible. Des femmes sont mortes, nous ne pouvons pas laisser cela se reproduire. Vous ne pouvez pas laissez cela se reproduire, souligna-t-elle.
— Ce qui ne doit pas se reproduire, la coupa sèchement Cal, c'est que tu prennes la parole sans que je ne t'y autorise, Foster. Miss Dulgon, reprit-il, si vous ne nous parlez pas, c'est plus de quinze ans de prison que vous risquez.
— Je n'ai rien à vous dire, cracha-t-elle à Cal. Vous n'êtes pas différent de ma patronne et si je le lui demandais, il vous tuerait aussi, lui lança-t-elle en relevant le menton.
— Vraiment ? Pourtant il n'y a que vous et moi dans cette pièce et la porte est fermée à clef. Si je voulais, insista-t-il en se penchant sur elle, je pourrais vous tuer avant même que l'agent Reynolds n'ait le temps de réagir.
— Cal ! s'exclama Gillian, choquée.
— Tu as peur que je t'oublie dans le processus ? lui demanda Cal d'une voix faussement chaleureuse. Rassure-toi, je ne m'embarrasserais pas de témoins gênants, finit-il.

Comme il s'y attendait, des coups frappés contre la porte l'interrompirent. Il l'avait effectivement fermée à clef et il imaginait facilement l'agent furieux de l'autre côté. L'occasion de laisser les deux femmes entre elles, conclut-il. Cal espérait simplement que sa collègue avait compris la manœuvre. Elle le connaissait, se rassura-t-il, elle devait savoir qu'il ne la blesserait pas ainsi gratuitement. Pourtant, songea-t-il amèrement, sa conduite des derniers jours ne devait pas vraiment la rassurer sur ce point. Tants pis, il ne pouvait rien faire de plus. Rien de plus qu'asséner le coup final avant de sortir, espérant que cela finirait d'aider Miss Dulgon à s'identifier à Gillian.

— Ah, les affaires reprennent, annonça Cal. Foster, tu penses que tu es capables de baby-sitter notre invitée quelques instants ? A défaut de t'occuper d'enfants, les suspects débilitants sont un bon compromis, n'est ce pas ? demanda-t-il avant de sortir, détournant les yeux du regard blessé de sa collègue.

Cal eut à peine le temps de sortir et de fermer la porte de la salle avant qu'un ouragan ne se déchaîne sur lui. Il ne réagit pas assez rapidement et le poing de Reynolds rencontra brusquement sa mâchoire, puis son nez et finalement, une fois à terre, un coup de pied dans l'estomac finit de lui couper le souffle. Il eut juste le temps d'arrêter l'agent avant que celui-ci n'ouvre la porte de la salle d'enregistrement.

— Peux expliquer, souffla-t-il. Stratégie pour parler, grogna Cal avant de cracher du sang.
— Lightman, gronda dangereusement Reynolds.
— Devais créer un lien d'empathie, articula-t-il douloureusement.
— Je jure que vous allez vous expliquer, promit l'agent, ensuite vous allez vous excusez auprès de Foster. Et ensuite seulement, j'envisagerai de ne pas vous étriper, conclut-il.

Cal tenta de se redresser, s'accrochant à une table pour se hisser debout. Reynolds ne l'avait pas raté. Il hésitait entre juger cela rassurant ou suspect que l'agent défende ainsi Gillian. Cal décida qu'il pouvait difficilement se permettre d'être jaloux et qu'il aurait de la chance si sa collègue lui adressait encore un jour la parole. Essayant de faire abstraction du sang et de la douleur, il reporta son attention sur la salle, faisant signe à Reynolds d'en faire autant.

— Vous ne devriez pas le laissez vous parler comma ça, fit remarquer la secrétaire à Gillian. J'étais comme vous avant, expliqua-t-elle. Jusqu'à ce que je rencontre Clay.
— Balden vous a aidé ? demanda Gillian, intéressée.
— Il m'a aidé et il m'a aimé, confia-t-elle. C'est un grand homme, fier et toujours prêt à aider les autres. Il vous aiderait aussi, s'il pouvait, affirma Miss Dulgon.
— Mais je n'aurais rien à lui apporter, contra Gillian. A chacun de ses crimes il a eu besoin de quelque chose…
— Non, il l'a fait pour moi. Qui tuerait pour des fioles, sincèrement ? demanda-t-elle, sûre d'elle.
— Des fioles ? demanda Gillian, poussant sa chance.
— La banque en gardait quelques unes pour l'université Johns Hopkins, lui apprit la jeune femme. Vous savez comme les chercheurs peuvent être méfiants… Ils croient tous avoir fait la découverte du siècle, se moqua-t-elle. Mais Clay leur a montré, il a tué cette femme de la faculté de médecine, confia-t-elle. Elle martyrisait ses assistants, tout comme ma directrice nous martyrisait. Il nous a sauvés, dit-elle à Gillian.
— Je vois, murmura cette dernière. Un agent va venir s'occuper de vous, Miss Dulgon, dit-elle avant de quitter la pièce.

Pendant un instant Gillian eut peur de tomber. La hauteur de ses talons lui sembla vertigineuse tout à coup et, une fois sortie, elle dût se retenir au chambranle de la porte, masquant son malaise du mieux qu'elle put. Oh, ils avaient la réponse maintenant, une petite victoire, jugea-t-elle. Mais à quel prix, ne put-elle s'empêcher de se demander. Elle avait vu clair dans la stratégie de Cal. Mais ça n'était pas plus facile pour autant de faire abstraction de son ton mordant ou de son air supérieur et elle savait qu'il faudrait du temps avant qu'elle n'oublie ses répliques blessantes. C'était le contrecoup de leur relation, ils se connaissaient depuis si longtemps qu'ils savaient où frapper. Et Cal avait frappé pour blesser aujourd'hui. Avec succès. Mais qu'elle soit damnée si elle le lui laissait voir, pesta-t-elle. Elle ne verserait pas une larme en sa présence.

— Elle souffre apparemment du syndrome de Stockholm, dit-elle en regardant Reynolds. Elle croit sincèrement qu'il l'a aimé et qu'il a fait ça pour elle.
— Et non pour des fioles, compléta l'agent.
— Il va falloir se renseigner auprès de l'université Johns Hopkins, confirma-t-elle avant de se diriger vers la sortie.

Elle nota brièvement le visage ensanglantée de Cal et ne put s'empêcher de ressentir une certaine satisfaction à la vue des hématomes. Elle s'en voulu un instant, songeant qu'il avait agit dans l'intérêt de l'enquête. Mais elle n'arrivait pas à s'en vouloir autant qu'elle lui en voulait de s'être servi de ses points faibles de cette façon. Aujourd'hui elle avait eu l'impression d'être la marionnette, il ne l'avait pas avertie, pas consultée. Et le pire était qu'il n'avait pas menti, elle n'avait été que la "présence féminine" dont Miss Dulgon avait eu besoin pour parler. Aujourd'hui elle ne savait plus ou commençait la réalité et où finissait la comédie. Encore une ligne qui se brouillait, songea-t-elle abattue avant de retourner dans son bureau.

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