Titre: Jazz et Moi

Auteur : Damoiselle A.

Résumé : Bella a dix-huit ans et pourtant elle pourrait en avoir dix de plus. Les épreuves ne l'ont pas épargné, mais elle a réussi à se trouver une famille, une place dans le monde. Tout son équilibre tangue quand elle le croise dans la rue. JW/BS

NDA : Bonjour à toutes ! Avant toutes choses : je suis en vie ! Je ne me suis pas cassée les deux mains et je ne suis pas en panne d'inspiration non plus *rires*. Je vous avoue en revanche que je manque de temps en quantité industrielle - mais pas au point de ne pas vous répondre pour vous remercier de votre gentillesse et de votre patience. Cette année était celle de ma licence… Et je l'ai obtenue ! *danse de la joie*

De fait, je me remets doucement et lentement à écrire car je travaille cet été, mais les publications devraient se faire moins rares. Voici le 4ème chapitre de Jazz et moi qui... ne répond pas à toutes les questions, mais qui marque une certaine évolution dans les relations des personnages...

Je ne vous embête pas plus on se retrouve en bas ^^
Adèle.


RAR :

born-fyre : Merci beaucoup j'espère que la suite te plaira tout autant !

maggie : La voici ! J'espère qu'elle sera à la hauteur de tes attentes ! Bises à toi et à bientôt !

personne : J'adore ce pseudo ! Malheureusement pour ce qui est d'écrire vite la suite, il semble que j'ai échoué mais j'espère que ce nouveau chapitre te plaira. Bonne lecture !

sophie : Heureuse que cette histoire te plaise. Il en faut pour tout le monde ! J'espère que le quatrième chapitre te contentera...


CHAPITRE 4 : LE CLICHÉ

« Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez.»

Diane Arbus

Un rai de lumière perça par les volets. Je sentis la chaleur se répandre sur mon visage, me réveillant doucement. J'ouvris les yeux et me trouvais légèrement désorientée. Où étais-je ? Que s'était-il passé ? Les souvenirs revinrent par vagues… Ma chambre… Jasper… Edward… La famille… La pancarte.

J'ai honte mais j'ai faim.

Je me redressais d'un seul coup. Il était très tôt, quasiment l'aube. J'ouvris les volets de ma chambre le plus délicatement et silencieusement possible. Dehors, le soleil se levait aussi. C'était un dimanche matin ordinaire et je m'étais levée avant dix heures, fait extraordinaire. Je sentais mes jambes fourmiller, j'avais beaucoup d'idées, de choses à faire…

Était-ce ainsi que l'on se sentait lorsque quelque chose ou quelqu'un comptait ? Je veux dire, comptait vraiment ? Je fis quelques étirements –encore une nouveauté- et décidai d'aller préparer le petit déjeuner. Peut-être Carlisle serait-il levé… ? J'aspirai à l'un de ces matins calmes où l'on pouvait réfléchir puisque la maison était encore endormie.

Je me hissai hors de mon nid, évitant les lames de bois grinçantes. Mes chaussettes glissaient sur le sol, me menant directement devant la chambre de Jasper. Je pense que quelque part je cherchais à me prouver que je n'avais pas rêvé tout cela… La nuit passée contre moi, son mutisme et ses yeux… J'entrouvris la porte doucement et poussai un soupir de soulagement.

Il était bien là. Il dormait, enroulé dans la couverture du lit. Son visage était détendu. Il paraissait plus jeune. Plus proche de mon âge que celui de Rose. J'arrêtai de respirer le temps de fermer la porte de peur de le réveiller. Je descendis tout aussi silencieusement à la cuisine où je m'enfermais pour préparer un brunch. Carlisle était sur la terrasse, une cigarette à la main. Mon médecin d'oncle avait encore ce vice affreux datant de sa première année d'internat. Il avait limité sa consommation à une cigarette, le matin avec son premier café.

Je lui souris en commençant à sortir les ingrédients du petit déjeuner : œufs, saucisses et tout le nécessaire pour la pâte à pancakes… Emmett allait me bénir, mais ce n'était pas spécialement pour lui que je cuisinais. Je ne savais pas ce que Jasper aimait et il fallait qu'il mange le plus possible pour se refaire une santé.

Je commençais ma préparation, étalant mes ingrédients précisément pour me permettre de réfléchir par la suite. J'étais très heureuse que Jasper ait accepté de venir à la maison. Je me sentais chanceuse du soutien que me procurait ma famille dans ce projet. Et paradoxalement, j'avais peur. Peur que tout ce que nous faisions n'aboutisse pas, peur que Jasper se sente rejeté, peur que je ne réussisse pas à l'aider, qu'il soit vraiment malade… Mais pire que tout, peur de le laisser seul dans la maison lundi matin lorsqu'il faudra retourner au lycée avec mon frère et ma sœur.

J'étais persuadée du bien-fondé de mon action… C'était même plus intense que cela… Mon instinct me disait que ce qui avait été réalisé était juste. Mais maintenant il allait falloir mettre en pratique tout ce que j'avais pu imaginer auparavant et bien plus… Que faire si Charlie posait des questions ? Qu'allait faire Jasper de ses journées ? Comment déclarer un sans-domicile fixe non majeur ?

Toutes ces questions valsaient dans ma tête lors de ma préparation. Je ne voyais que deux personnes pour y répondre : Carlisle et Esmé, mes tuteurs, mes parents.

Je terminais la cuisson des pancakes lorsqu'Esmé entra dans la cuisine, vêtue d'un délicat peignoir en satin. Elle m'embrassa, me sourit et prit son café avant d'aller rejoindre Carlisle. Je décidais d'aller leur rendre une petite visite sur la terrasse, jus de fruit en main. Ils m'accueillirent avec le sourire, et je me plaçais face à eux.

- Tu as bien dormi ma chérie ? Entama Esmé avec un sourire doux.

- Oui, acquiesçai-je.

- Tu veux nous parler de quelque chose ? S'enquit Carlisle.

- Oui, dis-je. De Jasper. Je voulais savoir…

Je m'arrêtai net. Jasper venait de passer le seuil de la terrasse. Son visage était froissé par le sommeil, mais surtout il paraissait si détaché… ou plutôt si absent que cela en était troublant.

- Bonjour, le saluai-je avec un sourire. Tu veux t'asseoir avec nous ?

Il hocha la tête sèchement en prenant un siège à côté de moi. Je lui tendis mon verre de jus d'orange et remarquai combien il semblait tendu. Carlisle et Esmé lui sourirent.

- Nous étions justement en train d'envisager les prochains jours… Entama Esmé. Bella, Edward et Alice doivent retourner au lycée, Rose et Emmett à leurs études, Carlisle doit aller à l'hôpital… Personnellement j'ai libéré mon agenda.

- Et le restaurant ? Demandai-je curieuse.

- Carmen s'en occupe, me révéla ma tante avec un sourire.

- Esmé est l'intendante d'un restaurant dans la banlieue de Seattle, expliquai-je à Jasper.

- Ce qui me permet de travailler également à la maison, expliqua ma tante calmement.

- La priorité, reprit mon oncle en direction de Jasper, c'est que tu reprennes des forces et que tu guérisses. Esmé se propose de rester avec toi non pour te surveiller, mais pour être présente en cas de besoin.

- Et puis nous pourrons sortir pour décorer ta chambre ! Sourit-elle.

Mon oncle secoua la tête d'un air désespéré.

- Nous voulions aussi te dire que tu pouvais rester autant de temps que tu le souhaites, offrit ma mère dans un sourire.

- Tant que tu respectes les règles, avertit Carlisle.

- Il faudra néanmoins faire un point sur ce que tu souhaites faire après… Continua Esmé. Si tu veux aller au lycée, ou suivre une formation, il faudra régler les choses sur le plan administratif... Nous pourrons monter plusieurs dossiers selon ce que tu veux faire. Comme une demande de tutelle ou une émancipation par exemple.

- Tutelle ? Coassa Jasper en fronçant les sourcils.

- Oui comme Bella, tenta Carlisle.

Jasper se tourna vers moi, légèrement désemparé.

- Carlisle et Esmé m'ont recueillie enfant avec l'accord de mon père… Rien n'avait été officialisé. Je n'ai pas été adoptée et si mes parents revenaient sur leur décision… Carlisle et Esmé ne pourraient rien pour moi, expliquai-je difficilement. À quinze ans, je leur ai demandé de devenir mes tuteurs légaux. Ma mère a été déchue de ses droits parentaux sur moi et mon père a obtenu une sorte de droit de visite. Mais il est clair pour n'importe qui aux yeux de la loi que je réside chez Carlisle et Esmé. Seules leurs décisions comptent en cas de problème.

Deux yeux bleus me fixèrent.

- Je préférais qu'Esmé soit convoquée et prenne les décisions pour moi s'il m'arrivait quelque chose… Je ne voulais pas qu'une étrangère décide à ma place, chuchotai-je.

Le silence suivit ma déclaration. Mes parents me regardaient tandis que je fixai Jasper. Il me rendait mon regard d'une façon plus que troublante, douloureuse presque. Il semblait compatir au-delà de tout ce que j'ai pu connaître, et pourtant j'aurais bien été incapable de certifier quoique ce soit : mes interprétations n'appartenaient qu'à moi, mon inconnu était une véritable forteresse.

- Mais si tu ne veux pas te décider maintenant, nous comprenons très bien, assura Esmé en relançant la conversation. On t'explique juste la façon dont nous nous sommes organisés pour cette semaine et quelques-unes des possibilités qui s'offrent à toi.

Jasper hocha la tête et son corps se détendit. Sa bouche se crispa avant de laisser échapper dans un chuchotement :

- Merci d'être franc avec moi.

C'était certainement la plus longue phrase qu'il n'ait jamais prononcé en ma présence. Aussi étrange que cela puisse paraître, j'étais émue. Sa voix était très belle.


Le brunch se déroula tardivement. Après notre discussion avec mes parents, nous avions rejoint la cuisine où Rose émergeait déjà, un bol de café à la main. Emmett se tenait à son côté, excité comme une puce.

- Tu es vraiment la meilleure Bella ! S'écria-t-il en constatant la montagne de nourriture que j'avais préparée.

Edward et Alice nous rejoignirent quelques instants plus tard, traînant les pieds, les yeux encore bouffis par le sommeil. Nous nous installâmes tranquillement devant ce brunch, qui selon toutes les traditions familiales, devait durer très longtemps.

La journée du dimanche était sacrée dans notre famille. C'était le jour de repos hebdomadaire forcé de nos deux parents et nous en profitions tous pour nous détendre, ne rien faire, écouter ou jouer de la musique, lire, rêver… Vivre au final, ou plutôt se laisser porter par notre vie ensemble.

Jasper s'était coulé avec difficulté dans cet environnement. Malgré tout, il n'était pas à l'aise avec nous. Il n'osait pas se servir à table, marchait proche des murs et ne faisait pas trop de bruit. Il semblait tellement effacé que j'aurais aimé le secouer pour qu'il prenne plus de consistances.

Mais en scrutant le moindre détail de son attitude, j'avais fini par comprendre que ce recroquevillement sur soi-même lui permettait d'offrir le moins de prise à la douleur et le mettait dans une position d'observateur au sein de la maison qui l'accueillait.

Il regardait Emmett et Edward se chamailler, Alice piquer en douce les toasts de Rose, nos parents en train de discuter, moi qui riais… Il nous regardait vivre sans y participer vraiment. Au fond de moi-même je sentais qu'il avait du mal à croire et à s'adapter à ce qu'il avait sous ses yeux.

Ses réactions étaient parfaitement calculées, comme s'il réfléchissait entièrement son comportement. Il revenait d'un enfer et il faisait tout pour ne pas faire tache dans le décor sans pour autant prendre pleinement une place auprès de nous.

Je détectais dans son regard l'intelligence, dans son mode de penser une philosophie à part, due à une expérience de la vie complètement marginale… La communication n'était pas encore à l'ordre du jour, mais je ne désespérais pas. Après tout, il faudrait du temps. Beaucoup de temps.

Je remplissais son assiette consciencieusement n'omettant ni protéines ni glucides. Carlisle lui tendit des antidouleurs et des compliments alimentaires. Il me remercia d'un de ses sourires si particuliers que je lui rendis.

- Vous rangerez vos chambres et mettrez votre linge sale dans la corbeille… Rappela Esmé à la tablée.

Nous grognâmes pour la forme.

- Que fais-tu aujourd'hui ? Demanda Alice à Rose.

- Pas grand-chose, pourquoi ? Répondit Rose.

- Pas grand-chose ? Les interrompit Emmett. Et ma revanche ? Je veux sauver la princesse et cette fois-ci tu ne m'en empêcheras pas !

J'éclatai de rire face à l'air machiavélique d'Emmett.

- Donc pas grand-chose, renchérit Rosalie en se tournant vers Alice.

Son regard passa sur Emmett sans s'y arrêter comme s'il était une émission de télé-réalité présentant un intérêt très limité.

- Je voudrais te faire essayer un truc, expliqua Alice.

Edward leva les yeux au ciel, Rosalie accepta et je sentis mon tour venir.

- Et toi Bella ?

- Je ne peux pas, regrettai-je, je dois réviser ma pièce…Et répéter l'accompagnement avec Edward…

- Pas grave, tu y passeras plus tard…

Je lui rendis son sourire. Ma sœur adorait créer, et elle était très douée de ses mains dans toutes les activités manuelles que nous pratiquions enfants. Mais elle était capable de réaliser des merveilles en couture et en broderie. Rose et moi avions quelques-unes de ses merveilles, dans nos garde-robes respectives. Les essayages étaient toujours des moments de complicité entre nous. Entre sœurs - ou presque.

- Qu'est-ce qu'on répète ? Demanda Edward en répandant une tonne de sucre sur ses pancakes.

- L'ouverture, se serait bien… Dis-je.

Mon frère acquiesça avec le sourire. Le petit déjeuner traîna en longueur. Je finis par quitter la table, et Jasper resta pour aider à débarrasser. Je montai prendre ma douche. L'eau chaude me fit du bien. Je me mis à réfléchir à cette journée. Je demanderais à mon inconnu de venir répéter avec nous. Avec lui, je prévoyais au jour le jour.

Il pourrait m'aider à répéter mon texte pendant qu'Edward serait au piano. Je passai rapidement dans le couloir pour rejoindre ma chambre. Ma serviette laissait passer l'air et j'avais la chair de poule. Je croisais Jasper et lui sourit, comme à chaque fois que je m'adressai à lui.

- Tu peux y aller, la douche est libre.

Il acquiesça doucement, son corps était pris dans une sorte d'immobilité effrayante.

- Ça va ? M'enquis-je.

Il ne me répondit pas et je percutai enfin. J'étais à moitié nue en face de lui, recouverte d'une serviette blanche, transparente. J'avais envie de me frapper la tête contre le mur. Quelle idiote !

- Je suis désolée, m'excusai-je rapidement. Je ne suis pas vraiment présentable…

- Si, me répondit-il avec un sourire.

- Je voulais aussi te demander de venir à la répétition… Repris-je légèrement troublée.

- Oui.

- On se retrouve dans le petit salon dans une demi-heure ?

Il acquiesça et m'ouvrit la porte de ma chambre, pour que je n'aie pas à réaliser mille et une acrobaties pour maintenir ma serviette. Je le remerciai et rougis en passant devant lui. Il referma la porte sur lui et je m'effondrai au sol, prise d'un fou rire. Il était vraiment… hors-norme.


J'arrivai à l'heure dite dans le petit salon. Celui-ci était quelque peu encombré. Je fis de la place, alignant les instruments de mon frère et collant les canapés contre les murs. Edward était encore sous la douche, et je m'installai au piano, texte en main. J'esquissai difficilement les premiers accords devant accompagner l'ouverture de la pièce. Heureusement pour les spectateurs c'était à Edward de les jouer et non à moi.

Jasper entra dans la pièce sans un bruit. Je l'aperçus du coin de l'œil. Il s'assit à côté de moi tandis que j'effectuais quelques exercices au piano. Lorsque les notes se turent, je revins à la même conclusion.

- Ce n'est vraiment pas fait pour moi, dis-je en remettant en place les partitions d'Edward.

Jasper me sonda du regard. Je sentais son questionnement brûler sa rétine et venir se loger sur ma joue.

- J'ai essayé de jouer du piano, essentiellement pour faire une activité avec mon frère… Mais aussi un peu parce que cela me plaisait… J'ai abandonné il y a quelques années.

Le silence me paraissait assourdissant. Je me tournais vers Jasper et fit une tentative de sourire.

- Je me débrouillais en solfège, poursuivis-je sous son regard, ou lorsqu'il s'agissait de jouer quelque chose selon une certaine méthode, mais je ne savais pas improviser… Et puis à côté il y avait Edward. Il compose depuis peu de temps, mais il avait déjà un doigté particulier et cela s'entendait tout de suite… Quand il jouait, c'était magique.

Mon regard devait refléter toute mon admiration pour les talents de mon frère car Jasper eut une sorte de sourire tendre.

- J'ai choisi une autre activité pour arrêter de me mortifier dans une comparaison stérile et je suis allée le soutenir à chaque audition, ajoutai-je. Je fais donc du théâtre !

- Bon, allez en avant ! Lança Edward en entrant dans la salle.

Il s'arrêta net en voyant Jasper. Je me mordis les lèvres. J'avais oublié de le prévenir.

- J'ai demandé à Jasper de venir, ça ne te dérange pas ?

À ma grande surprise, Edward passa au-dessus de tous ses sentiments, et répondit :

- Non. On commence ?

Je me levais du tabouret, effectuant quelques étirements, tandis que Jasper s'asseyait dans un fauteuil.

- La voix, me rappela Edward en s'échauffant.

Je lui tirai la langue et commençai mes vocalises pour atteindre le bon timbre – celui qui correspondait à une voix naturelle venant du ventre et non de la gorge. Edward me coupa lorsqu'il sentit que je l'avais atteint.

- On commence par l'ouverture et par le chœur.

J'acquiesçai et commençai à déclamer le texte d'ouverture. La pièce était une adaptation de Shakespeare, Roméo kiffe Juliette *. Les protagonistes sont deux lycéens : elle est juive, il est musulman. Ils s'aiment. S'en suivent quelques péripéties : leur rencontre, leur relation, leurs parents, la découverte de leur histoire, l'impossibilité de se voir… Ils finissent par fuir leurs familles et tout ce qu'ils ont connu pour vivre ailleurs, ensemble.

Le texte du chœur explique qu'ils habitent dans deux immeubles voisins et vont au même lycée. Le piano émit les dernières notes de l'ouverture. Je demandais à Jasper de se lever.

- La première scène se déroule dans la rue, expliquai-je. Ils échangent des regards et Juliette rejoint son immeuble tandis que Roméo et Mercutio commencent à discuter. Je dois passer par ici et nous devons réaliser une boucle autour de l'autre.

Jasper hocha la tête et me fixa tandis que j'effectuais mon parcours. Son corps était rigide, en contraste total avec le mien. J'étais décontractée, ressentant mon corps comme un tout, prête à agir et complètement concentrée. Nous recommençâmes la scène plusieurs fois sous la musique d'Edward. Je finis par sourire et nous passâmes aux scènes suivantes.

- Il n'en est pas question ! Protestai-je avec foi en plein milieu de la cinquième scène. Je ne te laisserai pas. Ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent. Nous avons raison, nous sommes… Cherchai-je. Nous sommes l'inévitable.

Rosalie frappa pour nous interrompre. Elle entra et je remarquai l'heure sur la pendule. Il était plus de trois heures de l'après-midi.

- On fait un atelier gâteau, ça vous dit ? Demanda-t-elle en me souriant.

- J'arrive, lui dis-je.

- Surtout ne commence rien sans elle, avertit Edward en riant.

Rosalie lui jeta son regard le plus noir, avant de passer le seuil de la porte.

- Ce n'était pas malin, commentai-je en fronçant les sourcils.

- Elle s'en remettra, contra mon frère avec le sourire. Il faut bien la titiller de temps en temps… Dit, tu penses à moi ?

- Oui, soupirai-je vaincue, je ferais des gâteaux sans chocolat.

Il me lança un regard de chien battu.

- Muffin à la myrtille, j'ai compris, ris-je en sortant de la pièce, Jasper sur mes talons.


L'atelier se déroula calmement. Rosalie s'installa sur un bout de comptoir et Jasper en fit autant. Entre eux, je me mis à rassembler les ingrédients. Mais au moment de préparer les brownies et les muffins, Jasper descendit du plan de travail pour venir m'aider tandis que Rosalie continuait à m'entretenir des derniers ragots lycéens et étudiants.

- Le frère de Victoria, tu sais, il est dans ta classe…

- James, répondis-je sans relever les yeux.

- Oui, il paraît qu'il en pince pour toi, me révéla ma sœur avec un grand sourire, dévoilant toutes ses dents.

Je sentis mon inconnu se rigidifier à mon côté. Je poursuivis ma pâte à muffin sans relever la tête.

- Cela m'étonnerait Rosalie, répliquai-je implacable, il sort tout juste avec Lauren Mallory et d'après ce qu'elle veut bien raconter, ils en sont à la deuxième base.

- Il ne t'intéresse pas ? S'étonna ma sœur.

- Non, répondis-je sincèrement. La beauté ne se mange pas en salade.

- Et apparemment il en sert beaucoup des salades… Poursuivit Rose.

J'acquiesçai, espérant qu'elle changerait de sujet. Jasper avait repris une consistance normale et semblait moins… plus… Enfin mieux.

- Et ton Roméo ? Questionna-t-elle.

- Qui ?

- Celui qui joue ton Roméo, expliqua-t-elle en articulant exagérément

- Benjamin ?

- Il est très beau. Et apparemment il est gentil.

Je souris. C'était un fait. Benjamin me plaisait beaucoup plus. Il avait la peau mate, des yeux verts en amande et une bouche bien dessinée. Il était d'origine égyptienne et sa mère était iranienne. C'était un très beau spécimen mâle.

- Oui, Benjamin est beau et gentil. Et pas du tout intéressé par moi.

- Ne dis pas ça ! Protesta Rose.

- Il est amoureux de Tia, répliquai-je sous le ton de l'évidence. Ils ne sont pas encore ensemble, mais…

- Tu as des infos que je n'ai pas aussi ! Grommela ma sœur, mécontente.

Je ris à son air mécontent.

- Rose ! Appela Emmett. ROSE !

- DANS LA CUISINE ! Hurla-t-elle.

- J'ai trouvé les codes sur internet, cette fois-ci c'est la bonne ! S'écria Emmett en passant le seuil de la cuisine.

- Mon cœur, répliqua ma sœur avec une voix doucereuse, tu ne peux pas me battre… Je suis beaucoup plus stratégique que toi.

- Oui, mais j'ai les codes ! Assura-t-il.

- Très bien, acquiesça-t-elle. Je reviens dans dix minutes, m'avertit-elle en sortant sous le regard déconfit de son chéri.

Je hochai la tête et entrepris d'incorporer les myrtilles à la pâte. Jasper me regarda faire, avant de réaliser la même chose avec les noix des brownies.

- Tu dois penser que nous sommes cinglés dans cette maison. Mais je te jure que Rose et Emmett sont un cas à part ! Ris-je.

Jasper me lança un regard interrogateur. Je commençais à les différencier. Bientôt il n'aurait plus à parler avec moi. C'était déjà en partie le cas.

- Emmett suit une formation particulière, expliquai-je, il veut être pasteur. Il vient de commencer son apprentissage avec le pasteur Weber tout en continuant ses études de théologie à la faculté.

Les yeux de Jasper s'arrondirent légèrement. L'effet était le même sur tout le monde. Personne n'imaginait Emmett en pasteur lorsqu'il le rencontrait ici.

- Il faut savoir qu'Emmett est le fils unique de M. et Mrs. McCarthy. Ils ont des valeurs très solides et très affirmées. Emmett n'est pas toujours d'accord avec eux, mais il reste quand même le plus croyant de nous tous. Il a décidé qu'il serait pasteur bien avant de rencontrer Rosalie sur le campus. Elle n'a pas voulu croire qu'il se vouait au pastorat. Et pourtant… Il a vraiment cette foi en lui, cette envie de guider sa paroisse, et d'être le meilleur homme possible pour eux mais aussi pour Rose.

- Et les jeux vidéo ? Demanda Jasper.

- D'après Rosalie, cela aide à compenser… ce qu'ils ne peuvent pas faire au vu de la position d'Emmett, expliquai-je maladroitement en rougissant.

Le visage de Jasper reflétait une certaine surprise.

- Je ne t'avais pas prévenu que nous étions une famille de cinglés. Mais bienvenue dans la famille la plus barrée de Forks !

- Non, nia Jasper, le visage fermé, vous êtes vivants.

Je lui fis face. Ma main s'approcha doucement de son visage. Je retraçai dans un effleurement les cicatrices qui se trouvaient sur son visage. Il ferma les yeux et se détendit. Je m'approchais de lui, étonnée de découvrir autant de marques de blessures sur ses lèvres.

- Toi aussi. Tu es vivant.


Rosalie et Emmett rentrèrent à grand bruit dans la cuisine, désamorçant la situation.

- Il a encore perdu ! Lança Rose, les bras en l'air.

Je ris, enfournant les deux plaques de gâteaux.

- Je veux une revanche ! Rétorqua Emmett. Tu veux jouer avec nous ? Proposa-t-il à Jasper.

Contre toute attente, Jasper acquiesça, sous le sourire de notre grand frère par alliance.

- Chérie, apprête-toi à perdre ! Fanfaronna Emmett, laissant ma sœur perplexe.

Ils sortirent de la cuisine et je me rendis dans la buanderie. Je commençais à plier le linge. Un tee-shirt inconnu me tomba entre les mains : Jasper. Je souris et plaçai l'intégralité du linge dans une corbeille pour le distribuer. Je passais dans le salon, observant mon inconnu plus concentré que jamais sur sa manette. Je faillis en rire, mais je réussis à rester sérieuse jusqu'en haut des escaliers.

Je passai tour à tour dans la chambre d'Alice, Edward et la mienne, déposant le linge propre sur les lits. J'entrai doucement dans la chambre de Jasper. La chambre était telle que je l'avais quitté la veille. Le lit avait été fait, rien ne traînait. Je déposais les vêtements sur le lit, lorsqu'un objet insolite retint mon attention.

Un papier plastifié se trouvait sur la table de nuit.

Ma respiration s'accéléra et je commençai une lutte interne pour savoir si le fait de regarder ce papier représentait vraiment une transgression de la confiance de Jasper. En même temps, s'il ne l'avait pas caché, c'est que ce n'était pas grave ? Mais il n'avait peut-être pas prévu que quelqu'un rentrerait dans sa chambre alors qu'il n'était pas là ?

Le bien et le mal s'affrontèrent pendant quelques instants jusqu'à ce que je reprenne le contrôle. Et la curiosité prit le dessus.

Le papier était plastifié et cartonné comme une ancienne photographie. Au dos était écrit : Jazz et Charlotte – Noël 1995. Les lettres étaient précises, arrondies, nettes. Cela avait été écrit par un adulte. En dessous, une écriture beaucoup plus enfantine indiquait : XXX Charlotte.

Je ne m'étais pas trompée. C'était bien une photographie. Celle d'un petit garçon aux cheveux blonds et d'une petite fille plus âgée, arborant un grand sourire. Jasper, enfin Jazz, tenait ce qui ressemblait à un cadeau de Noël entre ses mains.

Emmett cria quelque part dans la maison et je sursautai. Je replaçai délicatement le cliché sur la table de nuit. Il n'avait pas été abîmé. Il avait été religieusement conservé par ce grand petit garçon, bien à l'abri sous une couche de plastique. Cette découverte me figea.

Ainsi Jasper avait une famille. Apparemment une grande sœur ou une cousine à laquelle il tenait beaucoup. Je réalisais qu'un jour il pourrait nous quitter. Que tout ce qu'on pourrait mettre en place ne remplacerait jamais sa véritable famille, et il souhaiterait certainement retourner la voir.

Dans ce cas-là, je l'aiderai.

La tête à la dérive, le cœur en bouillie, je sortis de sa chambre. Ce n'est que sur le palier que cela me frappa.

Il s'appelait Jazz.


Dimanche soir passa à une vitesse fulgurante. Je sentais Jasper se tendre à mesure que le temps défilait. Je me sentais mal. Lundi matin je devrais partir en classe, reprendre ma vie de tous les jours et faire comme si rien ne s'était passé, comme si rien d'important ne m'était arrivé. J'avais le cœur au bord des lèvres.

Nous regardâmes un film en famille et je sentais le bras de Jasper peser un peu sur moi. C'était idiot, mais ça me rassurait. Et puis inévitablement, les parents nous envoyèrent gentiment au lit. Je fis durer le plus possible les préparatifs. Alice m'embrassa rapidement avant de se coucher et alla saluer Jasper et Edward.

Mon frère avait senti mon malaise et vint me faire un câlin. Il s'allongea dans mon lit et me prit dans ses bras. Il ne chercha pas à m'endormir, ni à me parler. Il tenta de m'apaiser dans ce que nous connaissions le mieux : nous. Cela fonctionna jusqu'à ce qu'il rejoigne son lit.

Je me tournai et me retournai. Quelque chose me tracassait. Et puis cela me frappa. Je n'avais pas souhaité une bonne nuit à Jasper. Je sortis de mon lit comme un diable de sa boîte et glissai doucement vers la chambre de mon inconnu connu. Je grattai doucement à la porte et un grognement me répondit. J'ouvris la porte et me retrouvai dans le noir complet.

- Jasper ? Chuchotai-je.

La lampe de chevet s'alluma et je plissai les yeux. Lorsque je les rouvris, Jasper se tenait assis dans son lit, visiblement surpris par mon intrusion nocturne. Aucune trace d'endormissement sur son visage.

- Je suis désolée, repris-je d'une voix hésitante, je ne t'ai pas dit bonne nuit… Alors, je suis venue.

S'il me trouva étrange, il n'en dit rien. Il fit un geste pour que je trouve place à côté de lui sur le lit.

- Je n'arrive pas à dormir… Confiai-je en marmonnant. Je crois que demain m'angoisse.

Il me colla contre son torse me forçant à m'installer sur le deuxième oreiller. Il rabattit la couverture sur nous, et éteignit la lumière. Enfouie sous la couverture, mon corps collé à son flanc, ma tête contre son cœur, je me sentis enfin me détendre. Sa respiration se fit plus lente et je m'endormis.


* : Titre d'une chanson de Grand Corps Malade, à partir de laquelle j'ai basé l'histoire de la pièce.

J'espère que ce quatrième chapitre vous a plû ^^. Personnellement je trouve qu'ils dorment beaucoup ensemble, non ? xD Parfois j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui écrit mes histoires… Bref ! Un petit mot pour vous demander ce que vous en avez pensé - chaque review aura sa réponse. Cela m'encourage beaucoup alors n'hésitez pas ! Bises à toutes et à bientôt !