A.N : Si j'ai pris des libertés par rapport à l'univers de Saint Seiya, je m'en excuse platement. Je ne connais l'Arc du Sanctuaire qu'à travers la merveilleuse série abrégée de State Alchemist et des recoupements dans les fics d'autres auteurs. Mais, bizarrement, écrire sur un univers que je ne maîtrise pas ne me dérange pas tant que ça...


Acte 1 : Cancer

Sous le soleil de plomb de Grèce, dans un lieu sacré caché aux yeux des simples mortels, un homme montait une volée de marches interminables.

Masque de Mort renifla, tourna la tête et cracha par terre. Ces foutues marches le faisaient chier. Tous les matins il devait se taper deux cents mètres de dénivelé et, comme il rechignait à se lever tôt, il devait également affronter cette chaleur insupportable.

Il profita d'un arrêt sur le parvis du temple du Lion pour s'essuyer la nuque et se gratter les couilles. Aiolia était descendu aux arènes, il n'eut donc pas à supporter le sourire suffisant de celui qui avait grandi dans ce pays de fous et qui s'accommodait très bien de la chaleur. D'ailleurs quand le Chevalier du Lion lui avait fait remarquer que l'Italie n'était pourtant pas si loin, le Cancer s'était retenu de justesse de le balancer dans le Puis des Morts. Il était napolitain, lui, il avait déjà vu la neige, non mais !

Il reprit l'ascension et, après une bordée de jurons dans sa langue natale, arriva enfin à destination.

Comme d'habitude, le temple de la Vierge était silencieux et plongé dans la pénombre. Masque de Mort se glissa entre les colonnes de marbre et se rapprocha du chevalier en méditation.

Shaka flottait au-dessus de son lotus de pierre, vêtu d'un sari doré qui s'accordait très bien avec sa longue chevelure.

- Hé ! La pucelle ! interpella Masque de Mort. Descend, on a des affaires en cours, toi et moi !

- Masque de Mort, répondit le chevalier sans ouvrir les yeux. La chaleur aurait-elle eu raison de tes dernières résistances ?

Le Cancer émit un grognement et détourna fièrement la tête. Aucun homme ne l'énervait plus que cette excuse de chevalier en face de lui mais il se contrôlait pour des raisons... pour quelles raisons déjà ?

- Évite juste de salir mon temple avec ta sueur.

- Oh putain, tu me les brises ! s'exclama l'italien en balançant un de ses poings vers une innocente colonne.

Il prit une grande inspiration, mit deux ou trois coups supplémentaires pour faire bonne figure et se retourna vers la Vierge qui était descendue de son piédestal.

- Ok, t'as intérêt à faire vite parce que j'ai la bite en feu, grogna-t-il.

Sans un mot, le jeune indien le guida vers ses appartements privés. Contrairement au reste de son temple, dans les quartiers de la Vierge régnait une ambiance pesante. De l'encens se consumait lentement sur un autel à la gloire de Bouddha et de riches tapisseries recouvraient les murs.

Masque de Mort se laissa tomber sur un coussin brodé de fils d'ors et posa ses coudes sur la table basse. Machinalement, il fit rouler une tasse en terre cuite entre ses doigts.

Shaka récupéra une bouilloire en fonte sur le poêle qui conférait à la pièce cette chaleur étouffante. Il versa de l'eau dans deux tasses et y rajouta des feuilles séchées.

- Putain, tu peux pas faire quelque chose ? Il fait chaud à crever chez toi ! Grogna Masque de Mort en enlevant sa chemise, révélant un torse parfaitement musclé.

- Des nuisances telles que la température ne devraient pas importer à un chevalier, répondit Shaka en récupérant habilement la tasse vide que le chevalier du Cancer manipulait distraitement.

Ce dernier claqua la langue. Voilà ce qui l'exaspérait particulièrement chez l'indien : même les yeux fermés il donnait l'impression de tout savoir.

La Vierge posa les deux tasses fumantes sur la table et s'assit gracieusement en face de l'autre chevalier. Ils restèrent silencieux quelques secondes, occupés à se fixer.

Enfin, Masque de Mort fixait les paupières fermées de Shaka qui ne se départait pas de son sourire mystique.

Un tic nerveux agita son œil gauche et il but son thé fumant d'une seule lampée. Le liquide lui brûla la gorge et il sentit des larmes de douleur monter à ses yeux, mais il releva son menton d'une manière arrogante.

- C'est bon, coassa le Chevalier du Cancer, j'ai bu ton truc dégueulasse, maintenant occupe-toi de moi.

- La même chose que d'habitude ?

Masque de Mort eut une seconde d'hésitation.

- Ouais, mais j'en veux une deuxième avec.

- Une deuxième ?

- La même que l'autre mais en brune. Et avec des nichons plus gros. Et qui suce.

- Ce sera tout ? Demanda la Vierge, presque sarcastique.

- C'est déjà pas mal, non ? Répondit le chevalier sans saisir l'ironie.

Masque de Mort se leva et passa derrière un paravent qui dissimulait un coin de la pièce. Un bruit de braguette se fit entendre suivit par le froissement de vêtements.

- Vas-y la pucelle, éblouit-moi, interpella le Cancer d'une voix sensuelle.

Shaka concentra son cosmos dans ses paumes de main et envoya un léger flux d'énergie derrière lui. Bientôt, des gémissement gutturaux s'élevèrent, mêlés à des commentaires tous plus salaces les uns que les autres. Le Chevalier de la Vierge en profita pour reprendre sa séance de méditation sans plus se soucier de l'énergumène dans la pièce.

Une bonne heure plus tard, après un dernier cri de jouissance particulièrement bruyant, Masque de Mort quitta l'abri du paravent et, un air de contentement peint sur le visage, remit sa chemise humide. Il balança une bourrade dans l'épaule de Shaka et quitta le temple en lançant par-dessus son épaule.

- Merci mec, j'ai bien pris mon pied !

Un imperceptible sourire naquit sur les lèvres de la Vierge.

Depuis l'accès au trône du Pope Arles, les règles du Sanctuaire avaient grandement changé. Les chevaliers, fussent-ils d'or, n'avaient le droit de quitter les terres sacrées que pour des missions. Ceux ayant pris l'habitude de visiter les filles faciles des villages environnants s'étaient donc retrouvés à tourner en rond comme des âmes en peine et avaient dû trouver quelque chose pour satisfaire leur libido grandissante. Certains avaient trouvé refuge entre les bras de femmes chevaliers, d'autres entre ceux de chevaliers tout court. Et Masque de Mort, de qui aucune femme sensée ne s'approcherait, avait du trouver une solution de secours.

Oh, Shaka avait parfaitement conscience que le Chevalier du Cancer ne l'appréciait pas et, pour tout dire, il s'en amusait. Parce que Masque de Mort était incapable de penser avec autre chose qu'avec ses parties génitales et Shaka les tenaient dans le creux de sa main.


Shura échangea une dernière plaisanterie avec le chef de la Garde avant de remonter vers les treize temples. Il venait régulièrement s'entretenir avec les soldats de ce qui se passait sur les terres du Sanctuaire, s'assurer que tout allait bien. Il avait ainsi pu désamorcer plusieurs situations qui, si elles étaient arrivées aux oreilles du Pope, auraient pu finir en exécutions pures et simples.

Mais plus que tout, il appréciait le brouhaha des quartiers de repos qui tranchait tellement avec son propre temple silencieux.

Il prit grand soin de contourner la zone d'entraînement réservée aux chevaliers d'or où Aiolia et Aldébaran s'entraînaient. Il se savait stupide mais il avait du mal à se sentir à l'aise avec le Lion après ce qui s'était passé avec Aioros. Il avait beau avoir suivi les ordres, il se sentait responsable d'avoir privé le garçon de son grand frère, tout traître fut-il.

Il finit par arriver au pied de la colline et s'attaqua à la montée d'un pas lent mais assuré. Le premier temple était vide depuis de nombreuses années. Depuis que Mu s'était exilé à Jamir personne n'avait de ses nouvelles.

Le deuxième temple était vide également mais une odeur sucrée y régnait. Aldébaran avait du faire de la confiture.

Le temple des Gémeaux aussi était abandonné depuis plusieurs années. Personne ne savait quelle mission secrète le Pope avait confié à Saga mais il était interdit de même le mentionner.

Par contre, que le quatrième temple soit vide était étrange. Vide n'était peut-être pas le mot, songea-t-il en évitant de regarder les visages figés dans une expression de souffrance. Le Chevalier du Cancer ne quittait son temple que pour s'entraîner ou pour les missions et semblait voir arriver les autres chevaliers à plusieurs kilomètres à la ronde. Il avait toujours une raillerie stockée dans un coin pour tous ceux qui passaient au milieu de ce décor funèbre. À croire qu'il ne faisait que ça de ses journées.

Il traversa le temple du Lion en baissant la tête.

Arrivé devant le sixième temple il rencontra enfin une présence vivante mais, au lieu du Chevalier de la Vierge, ce fut celui du Cancer qui vint à sa rencontre en refermant le bouton de son jean.

- Merci mec, j'ai bien pris mon pied ! lança-t-il par dessus son épaule.

Le Chevalier du Capricorne s'arrêta net, les yeux écarquillés.

- Oh, Shushu ! s'exclama le Cancer en s'apercevant de sa présence. Toi aussi tu viens profiter des charmes de notre Vierge adorée ? Allez, vieille crapule, il est tout à toi, profite en bien !

Et il redescendit les marches en sifflotant joyeusement.

Shura resta paralysé sur le palier du sixième temple. Jamais il n'avait vu Masque de Mort aussi étrangement... heureux. Puis son cerveau se mit à analyser ce qui venait de se passer et la conclusion qui s'en imposa manqua de le faire tomber par terre. Le vertueux chevalier de la Vierge dispensait ses faveurs sexuelles ?! Ridicule, le chevalier se prétendant l'homme le plus proche des Dieux ne pouvait pas s'abaisser au pêché de chair. Il faisait simplement des conclusions hâtives basées sur les divagations de l'homme le moins fiable du Sanctuaire.

Il ne put cependant s'empêcher de jeter discrètement un regard par la porte ouverte des appartements de la Vierge. Shaka était à genoux devant son autel et lui tournait le dos. Ses cheveux étaient parfaitement ordonnés et son sari ne présentait aucun pli.

Rassuré, il continua sa route en se traitant mentalement de pervers d'avoir imaginé des choses pareilles.


Acte 2 : Leo

2 ans plus tôt :

Bien qu'épuisé, le Chevalier du Lion releva fièrement la tête et défia du regard tous ceux assis dans les gradins de l'arène. À ses pieds, les Chevaliers d'Argent de la Flèche, du Cerbère et du Centaure gémissaient de douleur, terrassés après un long combat.

Il essuya un filet de sang qui coulait le long de son menton et cracha à l'assemblée :

- À qui le tour ?

Masque de Mort éclata d'un rire sadique et se leva lentement, faisant craquer sa nuque.

- Proposé si gentiment...

Aiolia se sentit faiblir. En temps normal il aurait déjà difficilement tenu tête au Cancer alors là, après un si long combat...

- J'avais justement envie de me défouler et toi et ces raclures preniez toute la place, continua-t-il en foulant le sable de l'arène.

Il se plaça en position, son air de psychopathe plaqué sur son visage. En réponse, Aiolia raffermit sa garde et gonfla son cosmos épuisé.

- Oh, mais c'est qu'il a encore des ressources, le chaton, se moqua Masque de Mort. Parfait, j'avais peur de m'ennuyer.

Il enflamma son cosmos et le Chevalier du Lion eut soudainement du mal à respirer. Il avait perdu beaucoup de sang et ne tenait plus debout que par la force de sa volonté.

- Il suffit !

Une silhouette se plaça entre les combattants, protégeant discrètement Aiolia du cosmos destructeur de son adversaire.

- Il nous a largement prouvé qu'il était digne de son titre de chevalier d'or en battant trois adversaires à la fois, et pas des moindres, continua la silhouette. Si vous avez envie de vous battre, chevalier, je serais votre adversaire !

- Voilà autre chose, grogna Masque de Mort de manière menaçante. Depuis quand un chevalier d'argent s'interpose-t-il dans un combat entre chevaliers d'or ?

- Depuis que le Chevalier du Lion a été attaqué de manière totalement déloyale et qu'il n'a plus rien à prouver.

- Tch, cracha le Chevalier du Cancer en abaissant sa garde. Vous me faites chier. Tous ! J'ai même plus envie de me battre, je me casse !

Il sortit de l'arène comme une furie et, comme si une sorte de transe avait été brisée, les gradins commencèrent à se vider. Les trois chevaliers à terre se relevèrent en gémissant et, après avoir jeté un regard mauvais à leur adversaire, quittèrent également les lieux.

Une fois qu'ils furent seuls, Aiolia sentit toute la tension quitter son corps et il tomba à genoux dans le sable. Son sauveur se précipita vers lui pour l'empêcher de basculer en avant.

- Tu es un imbécile, Aiolia du Lion, admonesta-t-il en l'aidant à s'asseoir. Tu ne peux pas continuer à répondre de cette manière à tous les quolibets et les insultes à propos de ton frère. Ce n'est pas comme ça que tu te feras accepter parmi tes pairs.

Aiolia leva les yeux vers le masque de fer inexpressif qui recouvrait le visage de son sauveur.

- Je suis désolé.

- Non, tu ne l'es pas, répondit la jeune femme en essuyant une trace de sang sur sa joue.

Le silence retomba entre eux et Aiolia maudit la loi du Sanctuaire qui obligeait les femmes chevaliers à porter ces masques hideux. Il aurait tellement voulu voir le visage encadré par ces cheveux de feu.

- Un jour, il faudra que tu fasses ton deuil, Aiolia, dit-elle finalement en quittant l'arène à son tour, laissant le Chevalier du Lion seul avec ses pensées.

Ce jour-là, Aiolia réalisa qu'il ne voyait plus le Chevalier de l'Aigle comme une simple amie. Ce jour-là il réalisa qu'il était tombé amoureux.


Aiolia du Lion hésita longuement devant le temple de la Vierge. Les mots murmurés par Aldébaran tournaient sans relâche dans ses oreilles mais il n'arrivait pas à se décider.

Va voir Shaka. Il t'aidera, il t'écoutera.

Mais il avait peur de se confier, justement, peur d'affronter la vérité en face.

Il n'eut cependant pas à s'interroger plus longtemps puisque que le chevalier en question venait de sortir de son temple, attiré par les remous de cosmos qui en provenaient.

- Chevalier du Lion.

- Chevalier de la Vierge.

Aiolia sentit une goutte de sueur glisser le long de sa nuque. Il n'avait jamais beaucoup approché Shaka. Leur maîtres avaient des pédagogies complètement différentes et, alors qu'il mordrait la poussière des arènes, le petit Shaka méditait sous un olivier. Et puis, ses yeux fermés lui donnaient la chair de poule.

- Tu me sembles bien troublé, chevalier, dit soudainement la Vierge en écho à ses pensées. Entre, un thé au jasmin vient à bout de toutes les interrogations.

- Heu.. Ok.

Se sentant un peu pataud, le Lion suivit son confrère dans une pièce surchauffée qui puait l'encens.

Shaka occupé à préparer le thé, Aiolia s'assit maladroitement sur un coussin. L'encens lui donnait envie de dormir et, hypnotisé par un jeu de lumières sur le bouddha doré, il commença à se perdre dans ses pensées.

Il avait cinq ans quand il était arrivé au Sanctuaire, accroché à la jambe de son frère. En quelques heures il avait perdu ses parents, s'était découvert un frère aîné et avait été arraché à sa vie tranquille. Il s'était refermé sur lui-même, n'acceptant de communiquer qu'avec Aioros qui, par la force des choses, était devenu son maître. Puis Marine était arrivée.

Avec la douceur qui la caractérisait, la jeune fille avait pénétré sa bulle et l'avait fait éclater. Elle lui avait présenté d'autres chevaliers, d'autres apprentis. Elle lui avait fait visiter en cachette le camp des femmes, montré les plus beaux paysages du Sanctuaire. Pour lui qui se remettait à peine de la perte de ses parents, Marine avait été son ange gardien. S'il lui avait fallu quelques heures pour la considérer comme la sœur qu'il n'avait jamais eu il lui avait fallu des années pour se rendre compte qu'il y avait plus.

Depuis son combat avorté contre le Cancer où le Chevalier de l'Aigle s'était dressée entre lui et son adversaire, il avait vécu un enfer. À chaque fois qu'il entrevoyait des cheveux roux, son cœur faisait un bond. À chaque fois que la lumière se reflétait sur son masque de fer, son souffle s'accélérait.

Il en était venu à jalouser l'élève de Marine uniquement à cause de la complicité qu'ils partageaient. Il détestait cette langue qu'ils parlaient entre eux quand ils pensaient que personne ne les entendait. Et pourtant, elle était belle cette langue quand elle coulait entre ces lèvres qu'il imaginait rouges et pulpeuses.

Puis il en était venu à chercher constamment sa présence. Lui qui fuyait habituellement les arènes, il avait assisté à tous les entraînements pour pouvoir passer quelques minutes avec elle à discuter de telle ou telle prestation, à évoquer les progrès de son élève où à simplement s'enquérir de sa santé.

Un picotement désagréable parcourut sa nuque et il revint à lui pour voir le Chevalier de la Vierge tranquillement assis en face de lui. Le filet de fumée se dégageant de la tasse floutait presque son visage, lui donnant un air mystique. Si ses paupières n'avaient pas été closes, Aiolia aurait pu jurer qu'il le fixait avec un brin de condescendance.

- Je ne suis pas guérisseur, dit soudainement Shaka, faisant sursauter le Chevalier du Lion. Mais si tu as des choses à dire, j'écouterais. Et si cela entre dans le champ de mes capacités, je t'aiderais volontiers.

Aiolia baissa les yeux.

- Je ne pense pas que rendre une femme amoureuse soit dans le champ de tes capacités répondit-il avec un amer sarcasme.

Shaka se contenta de lui rendre un sourire mystérieux.

- Elle ne me voit que comme un ami, continua le Lion en fixant sa tasse. Pire, je crois qu'elle ne voit en moi que le gamin que j'étais.

Le dos voûté, ses cheveux châtains retombant en mèches indisciplinées sur son front, il ressemblait à un chiot malheureux.


Le thé était froid depuis longtemps quand Aiolia cessa de parler. Il tenta d'en boire une gorgée pour soulager sa gorge et grimaça. En face de lui le Chevalier de la Vierge n'avait pas bougé d'un centimètre. Ses uniques mouvements avaient été pour porter sa tasse à ses lèvres.

Plus que la fatigue, ce fut le soulagement qui déferla sur Aiolia. Il avait l'impression de quitter son armure après un entraînement particulièrement éprouvant. Un tel poids avait quitté ses épaules qu'il pouvait presque envisager l'avenir avec sérénité.

- L'amour ne se commande pas, Chevalier du Lion, annonça Shaka en brisant le silence serein. Si tu aimes cette femme aussi passionnément que tu le prétends, courtise-la. Si tu ne veux pas prendre le risque de perdre son amitié, ne la courtise pas.

Aiolia lui fit une mimique sarcastique.

- On ne peut pas dire que tu m'aides beaucoup...

- Si tu choisis la première solution, continua Shaka, imperturbable, tu seras seul, armé uniquement de ton courage. Mais ainsi, tu as des chances d'accéder au bonheur dont tu rêves. Si tu choisis la seconde solution tu passeras ta vie dans l'expectative jusqu'à ce que tu retrouves l'équilibre. Mais si tu choisis cette seconde solution, je peux t'apporter un substitut à l'amour que tu cherches.

Le Lion fronça les sourcils. Il avait l'impression de ne pas tout saisir.

- Veux-tu une démonstration ?

- Heu...

- Depuis tout à l'heure, je te nourris de mon cosmos pour t'aider à te défaire de tes sentiments négatifs. Je vois sur les traits de ton visage que je t'ai effectivement apporté un peu de sérénité. Mais ce n'est pas la seule chose dont je suis capable.

Le Chevalier de la Vierge tourna légèrement son visage vers la place vide entre eux. Aiolia allait lui demander ce qu'il faisait mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge lorsqu'un chevalier s'y matérialisa. Un chevalier portant un masque d'argent et une flamboyante chevelure rousse.

- Mais comment ?!

Était-elle là depuis le début ? Avait-elle tout entendu ? Comment pouvait-il ne serait-ce qu'un instant songer à conserver leur amitié maintenant ?

- Calme, chevalier, intervint Shaka en posant une main rassurante sur son avant-bras. Elle n'est pas réelle.

- Comment ça elle n'est pas réelle ?! S'écria Aiolia en sentant poindre l'hystérie.

- Elle n'est que le produit de ton imagination et de mon cosmos. Et en tant que tel...

L'apparition porta une main à son visage et retira lentement le masque de fer qui couvrait ses traits. Le cœur d'Aiolia manqua plusieurs battements quand deux yeux bruns se dévoilèrent, entourés d'une myriade de petites taches de rousseur. Ses paupières plissées dénotaient de ses origines asiatiques, tout comme son petit nez légèrement retroussé. Ses lèvres étaient rouges et pulpeuses.

- Bonsoir, Aiolia.

Le Lion ne put qu'ouvrir et fermer la bouche comme un poisson hors de l'eau.

- Et bien, aurais-tu perdu ta langue ? demanda-t-elle avec un brin de malice. Tu semblais pourtant bien plus bavard en faisant la leçon à mon élève tout à l'heure...

- Je... Je...

Elle leva les yeux au ciel.

- Décidément, vous êtes tous les mêmes, il suffit d'un beau visage pour vous laisser sans voix.

Elle se pencha vers le Chevalier du Lion et agrippa le col de sa chemise d'un main ferme. Aiolia se contenta de la regarder approcher avec fascination.

- Connais-tu la règle qui régit la vie des femmes chevaliers ? demanda-t-elle au creux de son oreille.

Une main se glissa dans le col du Lion et se mit à ouvrir un à un les boutons avant de glisser sensuellement sur la poitrine dévoilée. Aiolia sentit le rouge envahir ses yeux mais il ne bougea pas un muscle, trop occupé à profiter d'une caresse si inconnue pour lui.

- Si un homme voit notre visage, nous n'avons que deux choix. L'aimer jusqu'à la fin de notre vie... ou le tuer.

La main caressante se fit vengeresse et traça cinq lignes rouges sur son torse.

Aiolia ne sursauta même pas, trop occupé à réaliser les conséquences de cette loi. Comment leur déesse pouvait être aussi cruelle ?

- Je... Je suis prêt à t'aimer jusqu'à la fin de ma vie ! s'écria-t-il en plongeant ses yeux dans les orbes brunes.

Marine eut un petit rire et posa sa main fraîche sur sa joue.

- Merci, mais ce n'est pas à moi que tu dois faire cette déclaration.

Sur ces paroles, elle l'embrassa doucement, juste un effleurement, et disparut.

Aiolia leva le bras pour la retenir mais ne rencontra que le vide. En face de lui, Shaka ne put retenir un sourire satisfait. Il avait ferré sa proie.


Shura soupira de soulagement en voyant se profiler les temples du Sanctuaire. Sa dernière mission avait été un calvaire. Bien sûr, il était heureux que le Grand Pope ne l'ait pas envoyé en mission d'élimination (il réservait ça à Aphrodite et Masque de Mort), mais passer plus de deux semaines en infiltration dans les bidonvilles d'Athènes sans pouvoir se servir de son cosmos, il ne souhaitait ça à personne.

Il n'avait actuellement qu'une envie, celle de prendre un bain et d'enfin se débarrasser de la sueur et de la crasse qui lui collait à la peau. Puis il envisageait un vrai repas, avec de la viande fraîche et des pitas toutes chaudes, avant de se glisser dans des draps frais sur un matelas moelleux...

Tout à ses rêveries, il avait commencé à monter les marches inégales avec le pas sûr que procure l'habitude.

Pas que dormir par terre le dérangeait, bien sûr, mais il s'était finalement bien acclimaté au confort du Sanctuaire et certains muscles de son dos le faisait un peu grimacer après cette mission spartiate.

- Reviens quand tu veux, ma porte est ouverte.

La voix suave avait retenti à quelques mètres de lui et Shura sursauta, manquant de bousculer le Chevalier du Lion. Ce dernier avait le visage rouge et semblait sortir d'un entraînement.

Enfin, c'est ce que le Capricorne aurait pensé s'il ne l'avait pas vu sortir directement des appartements de la Vierge.

- Tiens, Shura ! s'écria Aiolia avec beaucoup trop d'enthousiasme pour être honnête, surtout envers le chevalier d'or qu'il évitait à tout prix. Je ne savais pas que tu étais rentré !

- À l'instant. Je vais faire mon rapport chez le Grand Pope.

- Très bien, très bien ! Je ne vais pas te déranger plus alors, bonne soirée !

Et, en se détournant, Shura ne put s'empêcher de noter les traces de griffures fraîches qui dépassaient du col de sa chemise.


A suivre : Pisces & Scorpio