NdA : Z'allez voir, c'est plus long que le précédent ; )

Semaine Mystwalker :

SEPT JOURS POUR L'ENVOÛTER

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…suite de L'aube d'un règne.

(La lutte pour les points-virgules n'est pas finie !)

EDOLAS. Jour 5 : Couronne.

Elle le regardait droit dans les yeux, si intensément que cela lui faisait peur.

Il réalisait seulement qu'il avait passé sa dernière journée en tant que Prince à l'observer passer des gravats à la bétonneuse, soi-disant pour vérifier qu'elle ne trahissait pas le pays en pourrissant ses moulins, et plus personnellement pour vérifier qu'elle n'était pas une sorcière. Il ne pouvait pas avoir eu des motivations aussi stupides. Pas pour s'attarder sur de telles chimères.

Elle le regardait tellement fort qu'il se demanda ce qui n'allait pas. Un bouton de travers, des coups de feutre sur sa figure, autre chose ?

Les gens avaient afflué des quatre coins du royaume. Il y en avait tant que devant l'impossibilité d'accueillir une telle masse de personnes dans un espace clos, on avait décidé de rendre l'évènement public. Il y avait foule, et pourtant il ne voyait qu'elle.

On lui posa la couronne sur sa tête, et elle glissa un peu de travers. Le bijou était lourd. Il courba la tête sous le mouvement, surpris, et craignit le ridicule en sentant le sang lui monter aux joues. Mais l'objet ne tomba pas. De travers, certes, sur ses épis bleus, mais bien là. On ne l'en avait pas prévenu de son poids et il se demanda si cela n'avait pas été fait exprès, comme un genre d'épreuve supplémentaire pour le juger digne d'être roi. Il avait entendu parler d'objets, à Earthland, qui choisissaient leur propriétaire. Peut-être le principe était-il le même.

Il n'avait personne à condamner, ses serviteurs n'étaient pas censés avoir déjà essayé l'attribut royal.

Les maîtres de cérémonie s'écartèrent, lui redonnant l'entière vue sur son public dont les murmures semblaient s'être suspendus pour admirer le geste. Il embrassa la foule du regard, ignorant délibérément le point écarlate qui l'obnubilait.

Il se leva.

Et sur son côté, l'homme pieux écarta les bras.

« Le roi est banni, vive le roi ! »

Un concert d'applaudissements et d'exclamations vives résonna alors, la foule exprimant son enthousiasme à grands renforts de cris. Le « Vive le roi » qui retentit bourdonna aux oreilles de Gérard à grand renfort de décibels. Il se sentit ému – jamais il n'aurait imaginé si vive réception après son bannissement –, et sourit. Il leva une main pour saluer son peuple, le parcourut… son regard dériva vers Erza.

Pur accident, se convainquit-il.

Elle l'observait. Il y avait de la déception dans ses yeux, et quelque chose de triste, comme du regret. L'espoir farouche qu'il y avait vu luire l'après-midi dernier y avait presque disparu. Il ne restait qu'une lueur brûlante qu'il ne pouvait nommer, si caractéristique de la jeune femme pourtant, et de la résignation. Il sentit ses entrailles se serrer.

Il était déçu. Il aurait voulu qu'elle l'accepte – et il avait échoué –.

Il refusait qu'on lui dise qu'il n'avait eu que cinq jours pour cela et qu'il avait encore le temps. C'était faux. Erza ne jugeait pas au hasard, et ne revenait pas sur son jugement. Et de toute manière, il n'avait parlé à personne de ses complexes envers l'ex-Capitaine.

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Il la vit venir de loin, pour les félicitations réglementaires qui suivaient sa nomination. La cérémonie publique avait cessé, on arrosait le peuple de victuailles dehors. Lui était rentré au palais sans passer par le buffet prévu à l'attention du commun des mortels. Il avait rejoint son trône et profité de quelques minutes dans l'intimité, avec uniquement quatre gardes pour veiller à sa sécurité, puis il avait commencé les séances. Chaque noble ou chaque personnage important entrait tour à tour, lui offrant des salutations, cadeaux et autres petites attentions verbales pour le flatter en douceur. Il souriait, remerciait et faisait un brin de causette polie avant de congédier l'intéressé avec un regard d'excuse, expliquant d'un air navré qu'il le regrettait autant que son auditeur mais qu'il devait accueillir une nouvelle personne, aussi peu le souhaitât-il, sous peine de ne pas en avoir fini avant l'aube du lendemain.

Il fût étonné, tout d'abord, de la voir se présenter à une telle occasion alors que tout dans ses yeux reflétait la déception de le voir accéder au trône. Il remercia d'une voix distraite le comte qu'il venait d'accueillir, les yeux rivés sur la silhouette de la guerrière.

Quand les gardes eurent conscience de l'identité de celle qui se présentait, ils se resserrèrent autour de lui, sur la défensive. Gérard repoussa les piques qu'ils rivaient dans la direction de la jeune femme et les pria de rompre le rang.

Erza flamboyait dans sa tenue sans attraits, elle, seule, sans apparats, avec son carré de cheveux rouges qui lui battait la nuque d'une manière un peu masculine. Erza brûlait chaque carré du sol où elle posait ses pieds, le bruit de ses bottes résonnant comme de légers coups de baguette sur un tambour. Erza embrasait l'air de son regard toujours déterminé, et pourtant aujourd'hui perdu et hésitant.

Elle fit un pas en avant, et un soldat revint se positionner devant le roi, sur la défensive. Gérard le chassa d'un geste agacé et inclina le menton, étrangement ému, et fit signe à son invitée de le suivre. Il n'avait pas réussi à parler, sa gorge était trop sèche et les mots s'y étaient bloqués sans qu'il ne réussisse à en sortir qu'un déglutissement.

Elle lui emboîta le pas.

Il ralentit presque délibérément, écoutant chacun de ses pas le suivre, un étrange frisson lui renvoyant des tremblements tout le long de ses bras. Il était exagérément conscient de sa présence, sur le qui-vive.

Il se tourna et reprit sa place sur son trône.

Elle avait le visage neutre ; faussement neutre. Des frémissements lui parcouraient par instants la mâchoire, et elle paraissait mettre toutes ses forces à le regarder en face. Elle avait l'air incertaine de la conduite à tenir, troublée par le changement qui s'était produit avec la pose de la couronne sur sa tête.

Elle n'était pas hostile. Juste mal à l'aise.

Le soulagement se diffusa sur tous les traits du roi, aussitôt suivi par une vague d'appréhension brûlante.

« Mon roi. »

Deux mots. Une voix posée, neutre, qui ne laissait rien augurer de ce qu'elle allait lui demander. Gérard sentit une bouffée de chaleur monter en lui alors que la jeune femme tentait de cacher sa gêne en baissant la tête sur le côté. Il vit ses joues se teinter d'un rose délicieux, et elle tenta de cacher le rougissement derrière ses cheveux, les faisant danser à la courbure de son menton. Il se demanda si c'était le fait de lui réclamer une faveur qui l'embarrassait tant.

Erza était fière. Première nouvelle, enregistra-t-il avec méthode.

Il congédia d'un geste les deux gardes qui avaient voulu lui bloquer le passage, prétextant de les envoyer garder l'entrée – au cas où la jeune femme voudrait tenter de faire rentrer un complice, suggéra-t-il en prenant soin de n'être audible que pour les deux intéressés –.

Puis il se retourna vers elle.

Elle avait l'air d'apprécier l'attention. Elle lui renvoya un remerciement muet, et jeta un coup d'œil un peu nerveux sur la salle.

Ses cheveux dansèrent autour de son visage.

Gérard se troubla ; l'espace d'un instant, l'image de la sorcière se mêla à celle d'Erza, et il vit la peau se perler de sueur le long de ses courbes parfaites qu'un balancement de mèches folles venait habiter. Il sentit son souffle s'accélérer – et se gifla intérieurement, de honte –.

Il secoua la tête et la vision disparut.

Erza l'observait d'un air incrédule, ses lèvres entrouvertes sous la surprise.

« Majesté » commença-t-elle alors que son monde se mettait à tanguer.

Il l'interrompit d'un geste et se prit la tête entre les mains pour calmer son vertige. A sa grande surprise, elle se tut sur-le-champ, et sa soudaine obéissance si inattendue faillit lui faire oublier son crâne tourneboulé. Il lui jeta un coup d'œil perçant entre ses mains.

« Allez surveiller l'entrée de derrière » ordonna-t-il à l'un des deux gardes qui restait.

L'homme sursauta.

« Mais Majesté » plaida-t-il d'un air choqué, « je ne peux pas vous laisser face à la Chasseuse de Fées avec si peu de protection ! Sans offense pour mon collègue restant, je…

-Erza n'est pas armée » le coupa le roi – et le soldat releva l'emploi du prénom seul de la terrible guerrière sans comprendre pour autant –. « Que voulez-vous qu'elle me fasse ? En revanche, elle connait bien l'existence de cette fichue porte dérobée et je vous serai gré de faire en sorte que cela ne serve pas à ses éventuels complices. »

Le pauvre bougre hésita, puis hocha la tête et sortit non sans un lourd regard en arrière.

Lorsque Gérard reporta son attention sur son invitée, celle-ci portait son air blessé comme un étendard en pleine bataille. Elle le jaugea, un brin méfiante, et il constata avec tristesse qu'elle avait pris ses mots au pied de la lettre. Il soupira.

« Bien. Où en étions-nous ? »

Il pencha la tête en avant, engageant. Erza parut se détendre.

« Vous vous souvenez de ce que vous m'avez demandé au bal ? Je suis venu vous porter ma réponse. » Elle parut hésiter, et puis : « Pas que je comprenne. Mais vous avez raison, quelles que soient vos motivations et je comprends. J'accepte la charge.

-Même si elle vous éloigne du palais ? » l'interrogea le roi.

Elle parut hésiter, troublée. Puis elle se reprit d'une voix ferme :

« Même si elle m'éloigne du palais. »

Elle tourna son regard vers la fenêtre. Son ton indiquait clairement qu'elle mentait. Elle ne savait pas ce qu'elle avait espéré, il le devinait – redevenir capitaine aurait été impossible, quand à la laisser rentrer au palais, ç'aurait été, de la part de Gérard, un suicide et un appel au lynchage – mais certainement pas ça. Et tant qu'à faire de l'éloigner, elle aurait plutôt vu le roi l'envoyer garder l'espace désertique et montagneux des frontières du Nord. Cela aussi, tous deux le savaient.

Gérard y avait pensé. Il n'avait pas pu s'y résigner.

« Vous ne voulez pas que je parte… » murmura-t-elle pour elle-même, cherchant désespérément de la logique dans cette affirmation.

Le roi se leva de son trône d'un bond. La silhouette de la jeune femme se découpait dans la lumière du jour, rendue sanguinolente par l'éclat de sa crinière. Elle ressemblait à une déesse guerrière, une Amazone avec pour toute arme la perfection de sa silhouette, chevauchant un vent qu'il avait cru absent mais qui brûlait tout alentour et qui semblait s'inviter partout en sa présence.

Il s'approcha silencieusement, marmonnant dans sa tête des imprécations contre la guerrière et surtout contre la peau nue de ses épaules qui lui lançait un appel délicieusement irrésistible – et qui embaumait tellement l'air que c'en était criminel –. Il se rendit compte qu'il était incapable d'occulter de son esprit les cheveux écarlates qui caressaient sa nuque.

Il se faufila sans un mot dans son dos. Bon sang, qu'il était influençable. Qu'elle était indécente, aussi…

Le sang lui monta au visage comme un geyser.

« Vous avez raison » avoua-t-il, reconnaissant sa défaite. « Je ne veux pas que vous partiez. »

Erza sursauta. Se retourna lentement.

Leurs nez se frôlèrent.

Le roi n'avait pas prévu cela.

Comme dans un rêve dont il aurait été le spectateur, il observa les yeux chocolat d'Erza s'arrondir sous l'effet de la surprise – il paraissait évident qu'elle ne l'avait pas entendu s'approcher – et ses lèvres s'entrouvrir à la recherche d'une réplique qui sécha sur sa bouche. A quelques centimètres de la sienne.

Son cœur eut un raté.

Ses lèvres étaient juste trop proches. Et trop rouges.

« Bien sûr, cela ne vous épargne pas les travaux de reconstruction » fit-il bêtement remarquer alors que son cerveau glissait en mode off.

Il regarda les lèvres qui le narguaient avec une insistance toute déplaisante. Il s'en rapprocha un peu, automatiquement, parce qu'il lui fallait bien surveiller ces choses scandaleuses qui le mettaient au défi, lui, le roi, et profitaient de leur impunité d'une manière abusive.

Et puis, comme si c'était la chose la plus évidente à faire dans cette situation, il se pencha doucement au-dessus d'elles…

…et l'embrassa.

Il trouva ça bon, un peu trop pour que cela soit normal, et puis se rendit compte qu'Erza n'allait pas tarder à revenir à son état normal – et paniqua –. Et paniqua encore plus lorsqu'il se rendit compte que la raison de sa panique était… qu'il avait peur qu'elle ne le rejette. Parce qu'elle allait le faire, c'était évident ; il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi il n'avait pas encore reçu de coup de poing dans le ventre, sa spécialité, juste assez puissant pour lui couper le souffle.

Il n'avait juste pas envie que cela s'arrête. Les lèvres d'Erza étaient douces et il avait cruellement conscience que c'était la première et la dernière fois qu'il aurait un contact aussi intime avec elles. Paniquant encore davantage, il passa ses mains derrière la nuque de la jeune femme pour bloquer toute tentative de fuite.

Et puis soudain, elle sembla réagir.

Elle fit quelque chose qui manqua de le stopper dans son élan tant la surprise fut forte : elle répondit à son baiser.

Je nage en plein rêve, se dit-il. Je suis de retour avec l'Erza-sorcière et elle va me bouffer tout cru. Et quand je me réveillerai, mon lit sera défait, mes côtes seront couvertes de bleus pour en avoir chuté et je serai à bout de souffle et complètement inapte à faire quoi que ce soit pour le restant de la journée. Avec elle dans ma tête, et son double pour me narguer, belle comme elle est.

Et puis il ouvrit les yeux. Erza le chercha à tâtons, ne comprenant pas son retrait brutal, et ouvrit les yeux à son tour – ces grandes et sublimes choses qu'elle avait chocolatées mais que le désir avait noirci –.

Oh, Dieu, pensa-t-il avant de se jeter sur le coin de ses lèvres sans plus attendre.

Sans doute que quand le monde devenait fou, il fallait savoir profiter de sa chance.

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Corps contre corps, emboîté l'un dans l'autre au son de gémissements rauques. Souffles erratiques. Les mains d'Erza qui glissent le long de sa nuque, avides, qui ébouriffent ses cheveux azur d'un mouvement furieux. Lui qui verse la tête.

La couronne chute au sol avec un tintement clair.

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EDOLAS. Jour 6 : Remords.

Ils avaient fait n'importe quoi.

Et en définitive, ils avaient fait les cons.

Erza s'était réveillée nue, recouverte par le linge blanc de cérémonie qui leur avait servi de couverture. Ils n'avaient même pas cherché à rejoindre une autre pièce pour finir la soirée. C'est qu'ils avaient sans doute jugé le tapis de velours tout à fait confortable, à ce moment-là. Plus fun et sans risque d'être dérangé.

Heureusement pour eux que le soldat restant dans la salle, et qu'ils avaient complètement oublié, avait eu le tact de se retirer après avoir vainement attendu que leurs ébats ne s'arrêtent au plus raisonnable, pour annoncer aux pauvres nobles qui poireautaient dehors que les séances étaient levées et que le roi ne pourrait plus prendre de visite avant l'après-midi prochain. Heureusement pour eux, également, qu'il avait eu la sagesse de se taire quant à leurs activités, et qu'il avait feint auprès des autres de raccompagner la visiteuse un peu plus tard.

Erza se détestait, avec du recul. Parce que oui, ça avait été dur, pour elle, de se rendre compte qu'elle était tombée amoureuse d'un imbécile de prince qui ne trouvait rien de mieux à faire que de venir la narguer en plein travail dans ses beaux vêtements de Cour. Parce que oui, ça avait été dur aussi, de devoir subir son regard captivé quand elle savait très bien qu'ils n'auraient jamais aucune chance de vivre une histoire ensemble, vu leurs rangs respectifs. Parce que oui, ça avait été dur encore, de venir assister à ce fichu couronnement qui ruinerait définitivement ses espoirs de petite sotte, alors que l'objet de ses désirs resplendissait dans sa tenue blanc et or, devant un public de plus de dix mille personnes. Parce que oui, ça avait été une torture, de devoir aller le supplier de ne pas retirer son offre de poste à la garde de la capitale, alors que tout ce qu'elle désirait, c'était de rester le plus près de lui possible.

Mais ce n'était pas une raison pour céder. Et puis d'abord, pourquoi était-il allé si loin dans ses avances ?

Elle savait qu'ils n'avaient aucun avenir et ça lui faisait mal, mal, mal. Parce qu'elle avait conscience qu'il avait joué avec elle et que ça n'aurait duré qu'un après-midi, qu'il la jetait là, tout de suite, parce qu'un roi ne pouvait raisonnablement choisir une ennemie de guerre et qu'elle, en sachant tout ça, s'était quand même lancée à corps perdu dans ses bras. Qu'elle l'avait voulu. Qu'elle avait à peine osé y croire quand il avait commencé. Qu'elle avait juste envisagé que ce soit un jeu cruel pour lui faire encore payer sa défaite.

Et lui était si resplendissant, le torse recouvert d'une fine pellicule de sueur, et les yeux verts qui se fermaient à moitié dans son bâillement, ceux qu'elle avait crus cruels et qui étaient en fait félins, divinement félins et tentateurs. Et son nez si droit, si noble, qu'il frottait contre son cou avec des soupirs d'aise. Et sa nuque parfaitement dessinée, et ses clavicules divines, et son torse sculpté que les vêtements ne faisaient qu'enlaidir ! C'était la dernière fois qu'elle les voyait, et pourtant, elle en aurait voulu d'autres.

Alors elle avait croisé le regard du roi embué de sommeil et elle avait ramassé ses vêtements.

Et elle était partie sans un regard en arrière, tant que l'aube la protégeait encore.

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Gérard avait cru au miracle.

Mais comme tout rêve avait une fin, le sien aussi.

La salle du trône avait été inaugurée dignement mais tout cela était fini. Plus de nobles en visite de courtoisie : il en avait fini avec le dernier il y avait une demi-heure et était passé aux affaires plus urgentes, pour que le hall royal reprenne enfin sa véritable fonction.

Erza se tenait au fond, attendant de se faire officiellement nommer garde de la capitale avec une poignée d'autres clampins. Elle ferait le relai avec les officiels du palais, c'est-à-dire que tous les jours, elle passerait cinq minutes à expliquer que tout allait bien et qu'il n'y avait rien à signaler à de nouveau aux gars qui avaient été désignés à sa place pour prendre en charge la sécurité du roi, et du royaume. En bref, ils n'étaient plus destinés à se croiser qu'une demi-seconde par jour, et de loin.

Il appela son nom, et elle s'avança à son tour. Il récita les charges d'une voix monocorde sans même lever les yeux vers elle. Il s'en voulait, mais il savait que s'il croisait son regard, il rougirait et se trahirait. Les souvenirs étaient encore trop frais dans sa tête pour qu'il parvienne à complètement se contrôler.

En plus, Erza était toujours honteusement belle. Il le savait pour l'avoir observée en cachette alors qu'elle s'était avancée, le visage maussade, à l'intérieur de la salle. Elle passait pour de marbre mais il savait que ce n'était que son masque habituel – ou il l'espérait –. Elle avait été si expressive, si chargée de chaleur et de vie, hier…

Bon sang, il ne pouvait pas résister.

Il leva la tête.

Il lui sourit, de son demi-sourire charmeur et qu'il savait irrésistible.

Elle ne le regardait même pas.

Quelque chose dans son ventre hurla de frustration, et s'il se retint à cet instant de chasser le Conseil tout entier pour lui forcer des explications avec la langue dans la bouche, ce fut bien qu'il décida de lui rendre la pareille. Vengeance puérile, mais vengeance tout de même.

Dont il ne savait même pas si elle avait de l'effet sur elle. O misère.

Et il semblait ne pas en avoir.

Bien, si elle le voulait, qu'il en soit ainsi. Il l'ignorerait avec la même superbe qu'elle l'ignorait elle-même les trois secondes dernières. Voilà qu'il regrettait de l'avoir bénie de son regard, l'ingrate. Il avait presque des remords de lui avoir révélé son (gros) faible pour elle.

Il remit aux soldats suivants leur insigne, récita leur discours d'intronisation, et prit bien soin de ne pas jeter le moindre coup d'œil dans sa direction. Et quand vint le moment de réciter tous les noms, et que vint celui d'Erza, il lâcha un Knightwalker chargé de tout le dédain et tout le mépris qu'il avait en réserve, comme si elle était une vulgaire chiure de mouche qu'il lui aurait causé d'écraser de peur de se salir. Il eut la satisfaction de la voir sursauter.

Il passa le restant de la journée à arpenter la ville encadré de sa garde personnelle, se trouvant sans cesse à passer en travers du chemin de ronde de la rouquine, par Dieu savait quel heureux hasard, et l'ignorant puérilement avec les plus grands airs hautains qu'il avait en réserve. Evidemment, quand vint l'heure du rapport de la garde, il était de retour au palais avec un niveau de productivité assez douteux.

« Puis-je vous emprunter votre garde ? » demanda-t-elle alors qu'elle arrivait face au trône.

-Mais je vous en prie. Si vous n'avez rien à me cacher, parlez sans crainte. En ma présence. Je suis certain que cela ne dérangera pas ce très cher Capitaine. »

Il en sourit jusqu'aux oreilles.

Erza soupira, puis lâcha sèchement ses phrases.

« Tour classique. Pas d'interruption, rien à signaler. Mis à part un roi en vadrouille qui explore chaque ruelle avec sa troupe de chiens fidèles. »

Et elle appuya son regard, très fort, vers l'intéressé.

Le Capitaine, qui était par un certain hasard aussi le soldat qui leur avait permis la veille de batifoler en toute discrétion, et qui avait d'ailleurs gagné son titre là-dessus, souleva un sourcil interrogateur, imperméable aux subtilités de relationnel du non-couple.

La mâchoire du roi, en revanche, se contracta sèchement.

« Que tout le monde sorte de cette pièce, déclara-t-il d'une voix blanche. Sauf le Capitaine et Knightwalker. »

Il regarda ses fidèles sujets éberlués quitter la salle un à un, comprenant vaguement que quelque chose se tramait entre le roi et la félonne, quelque chose de très peu pacifique. Puis, lorsqu'il fut satisfait, il s'approcha lentement d'Erza et se pencha vers elle jusqu'à ce que leurs souffles se mêlent. Il inclina la tête, les lèvres à la hauteur des siennes, et les frôla imperceptiblement, par défi. Il s'éloigna dès qu'il la sentit tendre le cou.

« Il faudrait savoir ce que vous voulez, Knightwalker » susurra-t-il fielleusement en faisant un pas en arrière.

Elle lui renvoya un regard haineux.

Quelque chose en lui se tordit. Et, alors qu'elle quittait la pièce d'un pas rageur, il se sentit soudain très malheureux.

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Elle ne comprenait pas. Ou alors, elle comprenait qu'il était fou. Et joueur, et complètement timbré.

Elle était déjà certaine avant même de le croiser, ce matin, qu'il allait l'ignorer. Ce qu'il avait fait avec superbe tout le long de la matinée. Elle savait d'expérience, de toute façon, que les hommes n'étaient pas du genre à prendre leurs responsabilités, mis à part quelques rares cas sur les dos desquels on ne pleurerait jamais assez à leur mort puisque c'étaient les filles, cette fois, qui en profitaient.

Oui, Erza n'avait pas une très grande considération pour le genre humain. Mais celui-là battait des records.

D'abord, il l'ignorait superbement, ce qu'elle n'arrivait même pas à lui reprocher. Ensuite, il ne croisait même plus son regard comme si jusqu'à son existence s'était effacée après cette bonne nuit bien plaisante de blagounette sur une absence d'oreiller. Puis elle était rétrogradée du rang d'Erza à celui de 'hh, Knightwalker. Et enfin, il jouait à la retenir en otage dans son joli palais pour lui rappeler comme elle avait été faible de lui céder la veille.

Pour qui se prenait-il ? Même son affligeante beauté ne parvenait pas à lui faire oublier tant de goujaterie !

Elle piétina d'un pas furieux jusqu'à sa salle de repos.

Et tapa du pied sur le dallage, et claqua des talons, et usa ses semelles jusqu'à s'apercevoir qu'un autre crétin, derrière elle, cherchait à la battre en matière d'usure prématurée de ses chaussures. Elle se retourna d'un bond, prête à en découdre.

« Erza ! s'exclama… le roi – mais que foutait-il là ? –, à bout de souffle. J'ai cru que je n'allais jamais te rattraper ! »

Elle haussa dangereusement un sourcil.

D'un, il repassait à son prénom, et c'était louche. De deux, il innovait vers le tutoiement, et ça, c'était encore plus louche. D'autant que le couloir qu'il avait traversé pour la rattraper n'était pas totalement désert, et que donc sa cavalcade ne resterait pas dans les yeux d'un mort.

« Je suis un parfait crétin, » s'essouffla ledit homme, plié en deux par l'effort de la course.

En cela, elle ne le contredirait pas.

Par contre, lorsqu'il l'attrapa par le poignet et la tira à l'intérieur de la salle de garde pour en chasser les occupants d'un regard noir, elle regretta très sincèrement d'avoir raté son coup de poing, qui, au lieu de frapper son royal visage, alla s'écraser contre le mur.

« Du calme, Erza ! » s'exclama-t-il en lui saisissant l'autre poignet par précaution, et en luttant pour garder les deux prises. « Je suis venu m'excuser. Pour tout. Pour aujourd'hui. Je me suis conduit comme un parfait imbécile, mais pourquoi tu as réagi comme ça ? Pourquoi tu es partie sans rien dire, pourquoi tu m'as ignoré toute la sainte journée ? Pour toi, ce n'était rien, hier ? »

La barbe ! Et qui était-ce, qui l'avait ignorée et qui lui avait refourgué tout son mépris ?

« Qui me dit ça ? Je ne suis pas un jouet, ta Majesté.

- Ecoute, fit le roi embarrassé. C'était une erreur, je cherchais à te faire réagir.

- Ma réaction est-elle à la hauteur de tes attentes ?

- Oui ! Enfin non, je veux dire… Erza, je t'aime, bon sang ! Ça compte, pour moi, ce qui s'est passé hier !

- Parce que vous comptez recommencer tout de suite ? ironisa-t-elle.

- Mais dans quelle langue dois-je m'exprimer pour que tu m'écoutes ?! »

Soupir. Grondement.

« Si tu savais comme j'aimerais pouvoir tout effacer depuis notre réveil. »

Et brusquement, Erza se demanda ce que le monde avait ces temps-ci, à ne pas cesser de se tournebouler en méprisant si bien les fondements de la logique.

Parce qu'il y avait alerte.

Le roi avait dit nous.

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EDOLAS. Jour 7 : Tendresse.

Il s'était passé tant de choses en si peu de temps qu'Erza ne comprit pas très bien pourquoi, à son réveil, son cœur lui paraissait si apaisé. Elle repoussa les draps dans la lueur filtrante du matin et vint se poster à la fenêtre pour constater que le monde n'avait pas changé durant son sommeil : la personne qui menait les échauffements des soldats n'était pas elle. Le nouveau régime était toujours en place, elle n'avait donc pas de raison d'être satisfaite.

Elle se sentait encore un peu groggy lorsqu'elle sortit de ses appartements et aperçut de loin la silhouette du roi, et elle ne put retenir son trouble lorsque, en l'apercevant, celui-ci lui offrit un sourire débordant de tendresse.

Ce ne fut que lorsqu'elle arriva sur son chantier de la matinée qu'elle se souvint des évènements de la veille. Le muret du silo à grains qui prenait de l'altitude lui avait fait souhaiter de le voir apparaitre, comme pour ses visites impromptues du début de la semaine, et cette image de prince sans destrier s'était superposée à d'autres bien plus embarrassantes.

Elle en avait rougi ; d'audace et de plaisir. Et pour la première fois de la matinée, elle avait compris pourquoi elle était heureuse.

Il se posait bien sûr d'autres questions. Celle de l'honnêteté de Gérard, par exemple. Elle préférait les ignorer pour l'instant.

Gérard… Cela lui faisait tout bizarre, de penser à lui par son prénom. Pour elle, il avait toujours été le Prince, l'Ennemi : pas le genre de personne dont on s'autorisait à songer de manière si intime. Et son prénom roulait sur sa langue avec un vrai délice. Il était beau, à mieux y penser, lorsqu'elle le prononçait seule au cœur de sa bulle.

Elle revint à son logement pour midi, afin de se préparer pour la Garde. Elle regretta de ne pas l'y croiser.

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Gérard attendait le rapport de la garde avec une impatience grandissante. Il se rendit compte qu'il trépignait – et lorsque Shaw, c'était le nom un soldat qu'il s'était attaché comme Capitaine pour le remercier de son tact de l'avant-veille, lui avait fait remarquer à voix basse qu'il allait finir par ruiner les accoudoirs de son siège, il se dit qu'il allait lui falloir prendre sur lui –.

L'effet qu'avait Erza sur lui était déraisonnable. Comme là, où elle entrait d'un pas de panthère avec ses hanches chaloupantes et ses yeux scrutateurs. Son cœur partait joyeusement à la débâcle tandis qu'il la zieutait en train d'attendre son tour, perdant complètement le fil de la conversation.

Et lorsque ce fut à elle et qu'elle le dévisagea d'un air agacé, son estomac se mit carrément à faire des loopings.

Surtout quand, alors qu'elle s'apprêtait à passer la porte, paraissant se raviser, elle se retourna et lui adressa un sourire doux… et sincère.

L'idée que douceur et Knightwalker étaient oxymores ne l'effleura même pas, et les anges du paradis eurent beau lui montrer le bas, signalant qu'il venait de crever le beau plafond de son palais et que les travaux pour réparer les dégâts lui coûteraient un bras, il n'en mit pas moins un bon moment avant de descendre de son petit nuage écarlate.

Lorsque toutes les affaires furent bouclées et que la salle fut presque désertée, il se tourna vers Shaw et lui montra le petit cercle serré qu'il formait entre le pouce et l'index.

« Tu crois que ça lui irait, comme taille ? »

Il avait vraiment envie de retourner la voir.

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LOVE LOVE LOVE, ISN'T IT ? ; )

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EDOLAS. Jour-bonus : Interdits.

« Erza, tu es demandée à la cache d'armes de l'aile Nord. »

La guerrière se retourne.

« Pourquoi ? »

Le soldat qui l'a interpellée hausse les épaules.

« Je n'en sais rien. »

Il enfonce les mains dans ses poches, sifflote, dans sa tenue de ville qui lui va comme un gant, et tourne les talons. Erza fronce les sourcils. Ça ne sent pas bon, ce genre de demande express alors que le service vient de se terminer. L'autre en est parfaitement au courant. C'est d'ailleurs pour ça qu'il s'en va avec tant d'empressement, feignant l'indifférence certes, mais elle n'est pas stupide : tous autant qu'ils sont, les hommes ne résistent pas à quelques minutes d'échanges virils dans les vestiaires avant de rentrer dans leur chez-soi.

Sauf aujourd'hui.

Aïe aïe aïe, ça ne sent pas bon du tout.

Elle renfile ses protège-bras et passe une épée à sa ceinture. Mieux vaut être préparée au cas où. Et puis elle part, résignée, à la fichue cache d'arme problématique.

Il n'y a personne à l'intérieur. La porte se referme derrière elle avec un grincement sinistre, et elle regrette déjà la lumière du jour : il y a juste une espèce de baie, en hauteur, mais le hangar est si haut que les rayons qui y filtrent ne servent pas à grand-chose. Les armes sont rangées comme à leur habitude, la réserve d'explosifs dans un coin, le fer dans l'autre, les murs tapissés de supports de lances et de boucliers appuyés négligemment. Mais les lieux sont si silencieux que cela sent le traquenard à plein nez.

Deux mains se referment sur ses yeux avant que des coudes ne viennent bloquer ses épaules.

Piégée.

« Surpriiise ! »

Elle sursaute, fait volte-face, et une seconde plus tard l'intrus se retrouve au sol avec une clé de bras pour le maintenir dans sa position agenouillée. Elle n'a pas perdu ses réflexes. Son agresseur a tout loisir de le découvrir. L'inconnu gémit – elle ne le reconnait pas, ses yeux ne se sont pas encore habitués à l'obscurité –. Et puis, lentement, ses pupilles s'élargissent et elle commence à distinguer formes et couleurs.

« Erza, ça fait mal… » gémit la silhouette coincée sous sa prise.

La guerrière hausse un sourcil. La voix lui dit quelque chose. Sa vue se précise, et soudain, elle distingue une masse informe de cheveux bleus sur un uniforme richement brodé. Qui lui évoque vraiment quelqu'un.

« Mon roi ! » s'exclame-t-elle, horrifiée, avec un mouvement de recul.

-C'est Gérard, » la corrige-t-il, nullement embarrassé par la position abracadabrante dans laquelle il se trouve.

Il grimace et se redresse en vérifiant d'un air inquiet l'état de son bras. Il le plie et le déplie, le front ridé par une expression douloureuse, puis, satisfait de se savoir complet, se retourne vers sa chère soldate.

« Eh bien, quel accueil ! » s'exclame-t-il en la dévisageant avec une mine enjouée.

Erza fronce le nez.

« Vous n'avez pas le droit d'être ici ! » lâche-t-elle, outrée.

-Ah bon ? » répond le roi avec l'air de s'en moquer éperdument. « Rien n'empêche d'innover, alors ! »

Il s'époussette et regarde autour de lui. Apparemment, il n'a pas l'habitude d'une telle profusion d'armes. Il les découvre pour la première fois, un peu étonné de constater que le Royaume a dix fois cette réserve au sein de son palais. Il n'a pas l'air de remarquer que dans la situation actuelle et face à la personne qui est avec lui, il est bien dans l'endroit le plus dangereux d'Edolas.

« Majesté ! » s'exclame la jeune femme, « ce n'est p- »

-Gérard » coupe-t-il, nonchalant. « Tu n'as pas l'air très contente de me voir. »

Le sourcil gauche d'Erza tique furieusement.

« Ce n'est pas la question ! » s'écrie-t-elle. « Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez en venant ici. Il n'y a même pas de garde pour vous accompagner. S'il vous arrivait quoi que ce soit, je vous jure que-

-Erza ?

-…Quoi ?

-Je t'aime. »

Le roi se met à rire, gêné, et se passe la main dans les cheveux d'un geste nerveux. L'expression d'Erza se trouble – elle perd toute sa contenance de guerrière rigide – et sa bouche s'entrouvre sous le coup de la surprise.

« Regarde-toi, » s'amuse le roi, « tu as l'air toute déstabilisée. Ça t'étonne ? »

-Si c'est pour ça que vous êtes venu me voir, » gronde-t-elle, « je vous promets que vous allez le regretter. »

Il fait quelques pas vers elle et lui attrape le poignet ; puis il se met à lui couvrir le coin des lèvres de baisers. La jeune femme frissonne, se laisse aller un instant puis se dégage d'un mouvement sec. Et lui tord le bras derrière le dos.

« Aïe ! » gémit le roi.

-Je vous avais prévenu » répond-t-elle, goguenarde.

Il souffle bruyamment.

« C'est dont là tout l'amour que tu me portes ? »

Pas de réponse.

« Lâche-moi ! Lâche-moi, s'il te plait, Erzaaa !

Elle frissonne. La chair de poule lui remonte tout le long du dos et de la nuque : c'est abominable, lorsqu'il fait ça. C'est déloyal. Sa manière de prononcer son nom est tellement délicieuse qu'elle a envie de le relâcher tout de suite.

« Tes seins seraient beaucoup plus confortables sans cette maudite armure. »

Elle le relâche et fait un bond en arrière.

« Ah. Ça fait du bien, » marmonne le roi en se massant l'épaule d'une main maladroite. « Ne le prend pas contre toi, hein. J'adore cette armure. C'est grâce à elle que je t'ai regardée de si près la première fois et… Oh, bon sang, Erza ! Qu'est-ce que tu as fait ? »

Il fouille ses poches d'un air paniqué, les retourne une à une, et se met à secouer ses vêtements de gestes frénétiques. Un tintement métallique résonne, et il se jette à quatre pattes pour examiner le sol du regard.

« C'est malin ! » s'exclame-t-il. « Comment je vais faire pour la retrouver, maintenant ? »

Erza croise les bras sur sa poitrine.

« Très bien. Et maintenant ?

-Attends, je cherche. »

Elle ravale la réplique qu'elle s'apprêtait à lui sortir et l'examine en train de ramper à genoux sur le sol de la caserne, égratignant sans vergogne les renforts de cuir de son pantalon immaculé. Il est tout décoiffé. Il a les cheveux qui lui tombent sur les yeux, et la poussière part en nuages autour des fissures dans le dallage qu'il examine.

« Depuis quand les joints n'ont-il pas été refaits ? » jure-t-il dans sa colère.

Erza rigole doucement.

Son rire s'étrangle un peu dans sa bouche, aussi. Parce que le voir rougi par l'effort soudain ne la laisse pas indifférente : ses mèches bleues sautillent sur son front, et les couleurs s'emmêlent. Elle regarde le coin de ses yeux se plisser alors qu'il lâche un nouveau juron exaspéré.

« Qu'est-ce que vous cherchez, au juste ? »

Le roi ne lui répond pas.

« Bien, » soupire-t-elle faussement, « je vous laisse. Mais la prochaine fois que vous aurez quelque chose de précieux, ne le trimballez pas avec vous dans les endroits les plus invraisemblables. »

Elle fait mine de s'éloigner, et tend une main vers la porte.

« Attends !

-Quoi ? » fait-elle en se retournant. « Vous l'avez retrouvé ? »

Il tourne la tête honteusement et hausse les épaules, par la négative. Puis il jette un coup d'œil vif autour de lui. Ses yeux s'arrêtent sur un objet qu'elle n'identifie pas et il s'y précipite. Un quart de seconde plus tard, il revient vers elle fièrement, les yeux brillants et le poing fermé sur un objet qu'elle n'identifie pas.

Puis il tourne le poignet et ouvre la main vers elle.

A l'intérieur se trouve un fil de fer vulgairement entortillé pour lui donner une forme d'anneau.

« Erza, épouse-moi. »

Elle éclate de rire.

« Ce n'est pas drôle ! » s'énerve-t-il. « Tu as fait tomber la bague, je n'allais pas attendre que quelqu'un d'autre la trouve pour te faire ma demande ! »

-Vous n'êtes pas sérieux ? »

Erza le dévisage, incrédule. Elle se compose un visage un peu moins hilare et examine Gérard qui n'a pas l'air content du tout. Il fronce les sourcils et l'observe avec l'air de vouloir lui expliquer ses quatre vérités.

« …Si ? »

Gérard hoche le menton.

Il lui faut un temps pour réaliser. Elle tourne le problème en tous sens et le sérieux de la chose lui tombe dessus. Il n'y a bien qu'une signification à cela.

La guerrière explose.

« Mais vous n'allez pas bien !? Je suis une ex-ennemie et vous un représentant de l'ordre ! Vous êtes le roi, bon sang ! Pas un vulgaire noble ou un roturier ! Et moi, je suis… je suis une soldate ! Vous vous rendez compte ? Une femme qui travaille !

-Erza, arrête de me vouvoyer.

-…Et faire ça ici, en plus ! Non mais vous en avez, des idées ! Pourquoi pas dans une porcherie, ou à la frontière de Mordor !

-Je croyais que tu préférais la discrétion.

-…Et puis personne ne sait que nous nous fréquentons ! Vous comptiez arriver au Conseil la bouche en cœur pour leur annoncer la date de votre mariage impossible !

-Pas demain, Erza. Et puis le Capitaine de la Garde est au courant.

-Je t'en foutrais, du Capitaine ! Vous vous souvenez peut-être de qui était à ce poste il y a une semaine et demie ? »

Silence. Erza fait les cent pas tandis que celui qui est censé être le maître de toutes choses dans le Royaume se fait tout petit, tentant vainement de se cacher dans son joli costume bleu brodé or. Elle s'arrête et le fusille du regard.

Et puis soudain, Gérard semble se souvenir de qui est qui et retrouve sa contenance. Il se rengorge.

« Je suis le roi » rappelle-t-il.

-Et par cette vertu même, vous n'avez pas le droit d'épouser la première venue » rétorque Erza, acerbe.

-Tu n'es pas la première venue ! s'indigne le roi.

-Et mon rang ?

-Je peux te le rehausser, ton rang ! Attends quelques années et tu seras comtesse ! Encore un peu et tu seras reine !

-C'est interdit.

-Je suis le roi. C'est moi qui décide de ce qui est interdit et de ce qui ne l'est pas. »

Il prend un air boudeur. Elle secoue la tête, navrée.

« Ecoute, » dit-il. « Prend cet anneau de pacotille et dans quelques années, si cela marche encore, je viendrai te chercher. Et si je ne le fais pas, tu auras la preuve que nous sommes fiancés et toute la Cour devra l'accepter, moi y compris. C'est un engagement, Erza.

-Je n'ai pas dit oui. »

Il s'étouffe. Il lui fourre dans la main et replie son bras contre elle.

Elle grommelle.

« Trop tard » dit-il.

Elle grommelle encore.

« Ne me dis pas que tu ne veux pas de moi ! » s'énerve-t-il, à demi paniqué par l'idée. « Après que-

-Je n'ai jamais dit que je refusais » le coupe-t-elle en examinant l'anneau dans sa main ouverte.

C'est surréaliste. Erza examine l'anneau dans sa main, émerveillée. Elle trouve à son ellipse cabossée une magnificence immesurable. Elle le tourne et le retourne dans sa main, n'y croyant pas. Même l'éclat mat du métal lui parait se perdre en éclats irisés. Quoi qu'il en ressorte, elle le gardera, décide-t-elle.

Gérard laisse échapper un soupir soulagé.

« Cette blague est stupide, » lâche-t-elle après un moment. « Je ne sais pas ce que vous avez à vous faire pardonner, mais vous savez très bien que vous racontez n'importe quoi et je vous jure que lorsque je saurais de quoi il en retourne, vous allez en baver.

-Ce n'est pas une blague ! » s'exaspère le roi. « J'avais vraiment apporté une bague et-

-Voyons, » l'interrompt-elle. « Vous me prenez pour une idiote ? Parce que vous savez aussi bien que moi que tout ce que vous me racontez est im-po-ssible. C'est interdit, » le morigène-t-elle, « tout comme le fait que vous soyez là et le fait que je vous parle sur ce ton.

-Et vous le faites quand même. »

Silence.

Personne ne s'est invité dans la salle. C'est bien Gérard qui a parlé. Et l'ironie, de même que le passage au vouvoiement, passe très mal sur le visage d'Erza qui se tord tandis que ses joues passent du rose à un blanc verdâtre.

Gérard lui adresse un regard mauvais. Puisqu'elle le prend comme ça, il ne va pas se gêner.

« Vous voyez, » fait-il remarquer. « C'est interdit. Et vous avez raison. »

Il se rapproche d'elle.

« Pourquoi me préoccuper de vous alors que tout ce que j'entreprends est interdit ? La loi, c'est si important. Et vous avez encore raison : en tant que roi, je me dois de montrer l'exemple. »

Il sourit.

« C'est exact, » continue-t-il, « c'est interdit. Exactement comme ce que je suis en train de faire. Et c'est d'ailleurs pour ça que je ne le fais pas » achève-t-il en se penchant sur elle et en introduisant sa langue dans sa bouche.

Et, doucement, tout de grâce et de passion, il l'embrasse.

A trois centimètres de sa chaussure droite, une bague d'or pur luisait dans la pénombre.

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THE END.

Note de fin de la première histoire :

Aah, l'incorrigible auteure…

…c'est du grand n'importe quoi, hein.

Bon déjà, un énorme merci à vous, reviewers, parce que vous vous êtes déchaînés. Z'êtes trop koules ! Gros bisous donc à Lauraine Tonksm, et une tablette de chocolat virtuel parce que c'est la première, puis à Moirice, Riza Deumbra, Bymeha, mystwalker25, Holidays (c'est un gros bloc bien moche mais vos reviews sont toutes super importantes, j'avais mon internet ouvert dessus pendant que j'écrivais la suite… je rigolais bêtement devant vos compliments à faire tourner la tête) et enfin Crowny mais pour toi c'est quatre bises baveuses sur les deux joues (comme chez les nantais) parce que tu n'aimes pas le Mystwalker si j'ai bien compris mais tu es quand même venue, et ça, c'est trop la classe.