Bien le bonjour !

Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya. Certains sont les miens. Cette fic étant un gros coup de pub pour Sonohra, tous les titres de chapitres leur appartiennent.

Merci pour vos réactions sur le chapitre précédent ! Je m'attendais à être exécutée sur la place publique, mais en fait, vous êtes gentils ;) Sauf Momo-chan Ni, mais bon, je lui pardonne (cœur).

Bon, de façon générale (dernier chapitre oblige) je voudrais tous vous remercier, lecteurs. Mêmes les invisibles, même les distraits, même ceux qui ne donnent plus signe de vie (Naka, si tu lis ces lignes un jour...) et ceux qui ont abandonné. Merci à vous tous qui avez accordé du temps à cette fic, qui lui avez donné une chance et une raison d'être. Merci pour vos encouragements, vos reviews, vos follows, vos favoris, mais surtout, merci pour vos lectures. Et merci spécial à ma Twitter Team, et encore plus spécialement à Bey0nd qui, en plus de me soutenir infailliblement et de me filer des idées d'OS douteuses, s'évertue déjà à faire ma pub dans sa fic Bella Ciao ! (cœur aussi) Et surtout, vraiment, merci à tous les reviewers fidèles, je vous aime !

Là-dessus, j'espère que vous aimerez cet épilogue. Bonne lecture !

Playlist YouTube : /playlist?list=PLiAGOJyChRm0AbBZYsVXln8gMyVXPX9K1 mise à jour avec Russians (Sting) Laugh, I Nearly Died (Rolling Stones) Hymn For The Missing (Red) Graveyard Whistling (Nothing But Thieves) et There You'll Be (Faith Hill from Pearl Harbor). Faut que j'arrête d'écouter des chansons tristes.

On se retrouve en bas de page. Pour les explications *et* le moment émotion ;)


Épilogue : Continuerò

Lundi 23 décembre 2019.

Antonio n'avait jamais été muté à Manchester. Ça ne correspondait plus à la vision de sa vie professionnelle, ni à son but. Et puis... Emménager seul dans une nouvelle vie qu'il aurait dû partager uniquement avec Lovino aurait été trop douloureux. Investir un appartement qu'ils avaient choisi ensemble, visité, décoré et aménagé un week-end... Se déraciner seul... C'était vite devenu hors de question. De plus, à Rome, la mécanique anti gangs russes était enclenchée depuis l'opération au Palazzo. Il était donc resté affilié à ce bureau. Seulement, analyser des rapports et constituer des dossiers ne lui suffisait plus il était passé à la vitesse supérieure et avait planché sur un programme d'action sur le terrain. Mieux encore un programme d'infiltration.

La première année, il avait travaillé sous couverture en partenariat avec le bureau de Zagreb, sous le nom d'Antun Franciskovic, et avait commencé à se faire un nom parmi la pègre locale en multipliant les larcins en tous genres -avec l'aide de la police croate. Stupéfiants, produits pharmaceutiques, quelques expériences dans les armes. Pendant ce temps, Gilbert, rebaptisé Boris Glinka pour l'occasion, avait fait pareil en Biélorussie, où la mort de Natalya et de ses lieutenants avait forcé Braginski à ouvrir les candidatures pour les remplacer. « Boris » avait sauté sur l'occasion, pendant que « Antun » avait aidé des hommes de Braginski à s'implanter en Croatie -le réseau serait plus tard démantelé par Interpol Zagreb- après des négociations menées de main de maître qui avaient attiré l'attention de Braginski.

Depuis environ deux ans, les deux agents avaient rejoint le QG de Moscou et travaillaient sous les ordres d'Ivan lui-même. Quand Gilbert endossait à peu de choses près les responsabilités de Zyma, Antonio dirigeait un trafic d'œuvres d'art -principalement de vestiges sauvés du Moyen-Orient que les musées s'arrachaient et étaient prêts à payer des millions, pourvu qu'ils les comptent dans leurs collections.

A côté de cela, Alfred et Francis coordonnaient leurs opérations depuis Rome. Interpol connaissait les noms, les fonctions, les visages, les armes, les stocks, les planques, les emplois du temps, l'agencement des lieux. Et amassait toutes ces données en vue d'une opération le protocole Stalingrad. Il ne leur manquait plus qu'un moment propice pour agir.

Antonio avait créé cette opportunité. En commettant délibérément une erreur -la première de sa carrière au sein du clan Braginski. Ivan l'avait convoqué, il savait que Gilbert assisterait à l'entretien. Il avait tout anticipé. Il n'avait eu qu'à envoyer le message convenu à Alfred pour que les équipes d'intervention soient mises sur le pied de guerre. Elles prendraient d'assaut la forteresse Braginski, arrêteraient tous les malfrats présents que Gilbert et Antonio leur avaient présentés, et pendant ce temps-là, l'amant de Lovino descendrait Ivan.

Antonio jeta un coup d'œil à sa montre. 18h20. Il était temps. Il attrapa un manteau, une écharpe et une chapka avant de quitter son petit appartement confortable situé dans le centre de Moscou. Ça n'était pas grand, mais il s'y sentait bien. Quoiqu'un peu impersonnel, le studio était pratique et avait l'avantage d'avoir été sécurisé par Interpol -aucun dispositif d'écoute ou de surveillance n'y fonctionnerait.

Il leva les yeux lorsqu'il sortit de l'immeuble. Le ciel cotonneux et lourd de nuages semblait se désagréger en millions de gros flocons. Un décor blanc comme neige pour une nuit rouge.

On l'appela sur son téléphone portable. Francis.

-Allô ?

-La fête peut commencer. On attend plus que toi. Tu as ton cache-oreille ?

Antonio sourit tristement. D'un repli de sa poche, il sortit une oreillette microscopique et la positionna dans son oreille, sous le pan de sa chapka. Il espérait ne pas entendre le dernier soupir d'un être cher par cet intermédiaire une seconde fois.

-Je suis fin prêt...

-A ce soir.

En dix minutes de marche à peine, il atteignit le bâtiment écrasant et gris qui datait de l'ère stalinienne et qui abritait les locaux du QG moscovite ainsi que les bureaux et appartements privés d'Ivan Braginski, à l'arrière de la Place Rouge.

Sur le chemin, il avait repéré quelques hommes en longs manteaux qui surveillaient les environs. Il reconnut immédiatement des collègues légaux. Il s'engagea dans l'immeuble sans leur accorder le moindre égard et emprunta le chemin familier qui le conduirait dans le bureau du Boss, Ivan Braginski lui-même.

Il frappa quatre coups brefs à la porte. La voix doucereuse d'Ivan l'invita à entrer. Le bureau était sommaire, vaste, mais dépouillé. Une sobre table de bois, deux sièges devant le patriarche, un bar dans le coin entre le mur et la porte-fenêtre. La vue sur la Place Rouge, cependant, valait le détour.

Ivan était calé dans un fauteuil. Gilbert, l'air de ne pas y toucher et de se foutre royalement du savon tout aussi royal qu'allait se prendre le misérable fautif, sirotait un Vodka Martini.

-Bonsoir, Monsieur Braginski. le salua poliment Antonio.

-Bonsoir, Antun. Assieds-toi.

Antonio s'exécuta, l'air contrit et intimidé. Il entendait les agents d'Interpol qui avaient pris d'assaut la salle de sécurité avant toute chose, pour que l'alerte ne soit pas donnée.

-Tu sais pourquoi je t'ai convoqué ?

Pour faire bonne mesure, Antonio déglutit avant de hocher la tête.

-Dis-moi. exigea Braginski.
Sa voix avait cette particularité d'inspirer le respect tout en essayant de dangereusement vous mettre en confiance grâce à un ton mielleux. Il ne fallait pas s'y tromper.

-Parce que... Parce que j'ai vendu une pièce volée sur un chantier égyptien. Trop tôt.

-Et ?

-Et qu'un journaliste s'est emparé de l'affaire et est sur ma piste.

-Sur notre piste. le corrigea Ivan avec un sourire indulgent qui ne lui disait rien qui vaille. Tu peux m'expliquer comment toi, qui dirige ce trafic depuis si longtemps, tu as pu commettre une telle erreur ?

Antonio baissa les yeux, s'humecta les lèvres.

-Hé bien...

Il fut interrompu dans ses explications par la sonnerie stridente du portable d'Ivan. Et ça, ça n'était pas prévu.

oOo

Yao revenait d'un après-midi shopping au centre commercial GUM, satisfait de ses emplettes. Il reprenait le chemin de son foyer dans le froid et la neige, mais réchauffé par la perspective d'une soirée cosy passée avec Ivan dans un canapé avec un film d'action valable et de quoi manger. Il arrivait en vue de l'imposant bâtiment qui était devenu sa maison depuis quelques années, et qu'il s'évertuait à rendre plus chaleureux et accueillant depuis lors. Mais quelque chose n'était pas normal, sortait de l'ordinaire.

Il s'arrêta, les sourcils froncés. Deux hommes en longs manteaux semblaient monter la garde devant la porte principale, deux hommes inconnus qui parlaient dans des talkie-walkie derrière un barrage de police.

Les doigts tremblants, Yao chercha son portable dans sa poche et composa le numéro de son amant. Pourvu qu'il réponde. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard.

Ivan répondit à la troisième sonnerie à peine. Yao sentit ses épaules s'abaisser de soulagement et sa respiration reprendre normalement.

-Allô ?

-Ivan ?

-Qu'y a-t-il ?

-Où es-tu ? Dans ton bureau ?

-Oui...

-Il y a des flics devant l'entrée... La rue est barrée. Qu'est-ce qui se passe ?!

De l'autre côté des ondes, Ivan resta muet.

Un policier marcha vers Yao, qui coupa la conversation.

-Yao Wang ? demanda l'agent blond. Vous êtes en état d'arrestation pour activités au sein de groupes criminels. Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous. Vous avez le droit de faire appel à un avocat...

oOo

Gilbert et Antonio avaient eu le loisir d'entendre la conversation entre les amants et d'échanger un regard inquiet. Yao. La seule personne de la maison qui ne s'impliquait plus dans les activités mafieuses et qui ne faisait pas de facto partie du gang Braginski avait tout foutu en l'air.

La conversation interrompue, Ivan rangea son téléphone portable. Gilbert sortit un revolver, ôta le cran de sécurité et le braqua sur la tête de Braginski avant qu'il n'esquisse le moindre mouvement.

-Désolé, Ivan. Mais on ne peut pas se permettre de te laisser t'enfuir.

Le regard du Russe se durcit, il sembla comprendre tout le stratagème. Des subordonnés impeccables, irréprochables qui étaient justement arrivés au bon moment dans la Famille, compétents et fiables. Des subordonnés comme on en trouvait rarement, et qui pourtant avaient débarqué dans le paysage du clan pratiquement en même temps... Le Russe fit tourner sa chaise de bureau vers Gilbert et le gratifia d'un regard empli de haine qui contrastait étrangement avec le sourire qui ourlait encore légèrement ses lèvres.

-Tonio... fit Gilbert. A toi l'honn-

Ivan ajusta un coup de pied dans le bras qui tenait l'arme, l'envoyant valser à l'autre bout de la pièce. Il profita de la surprise de l'albinos pour se lever et le désarçonner d'un direct dans la mâchoire. Gilbert fut projeté en arrière, au sol. Antonio se rua sur lui et tenta de le maîtriser à mains nues, n'ayant pas eu le temps de dégainer sa propre arme, mais le géant se défit facilement de sa prise et l'envoya au tapis. Pendant que les agents reprenaient leurs esprits, il ouvrit la baie vitrée du balcon et s'évada par ce chemin, escaladant la balustrade de fer pour se laisser tomber sur le balcon de l'étage inférieur. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur et repéra des faisceaux lumineux de lampes de poche et de snipers -cette partie était déjà colonisée par l'envahisseur. Il avisa une terrasse, quelque part sur sa droite, en contrebas, et se réceptionna douloureusement sur la surface enneigée. Il n'avait plus qu'à emprunter les escaliers de secours, regagner la Place Rouge et se fondre dans la masse... Mais déjà ses anciens sous-fifres le coursaient, empruntant le même chemin que lui. Pas une seconde à perdre.

Antonio commença à le rattraper alors qu'il traversait la Place Rouge en courant. S'il était musculairement puissant, sa vitesse laissait à désirer. L'Espagnol gagnait du terrain. Il attrapa un pistolet accroché à sa ceinture, et tira un coup en arrière -et rata sa cible à cause de la course. Lorsqu'Antonio fut suffisamment près, il bondit et s'agrippa au dos du colosse, le déséquilibrant grâce à l'énergie cinétique qui jouait en sa faveur, pour finalement le clouer au sol. Le visage au teint hâlé se résumait à un masque de rage, des images sanglantes et macabres vieilles de quatre ans resurgissaient dans son esprit et occultaient tout le reste. Lovino dans une marre de sang, au bout d'une chaîne sans fin de cadavres. Lovino qui le fixait de ses yeux vides. Lovino mort.

Il frappa, frappa, jusqu'à ce que le visage de Braginski soit en sang. Alors il se releva, maintenant Ivan au sol d'un pied sur son torse, et sortit froidement le Colt de son holster, sous l'épaule. Il essuya les larmes de rage et de deuil qui avaient coulé sur son visage. Il ajusta et tira. En plein cœur.

Antonio rangea son arme et resta immobile un moment, à contempler la neige de la Place Rouge se gorger de sang et se teinter d'écarlate. Jamais l'endroit n'avait été nommé plus à propos. Enfin, il se retourna vers Gilbert, resté en retrait, et dit, inquiet :

-C'était de la légitime défense, ok ? Il a tiré, j'ai fait pareil. On est d'accord ?

-Ravi qu'on ait vécu la même version des faits. rétorqua placidement Gilbert.

oOo

Mardi 14 janvier 2020.

L'appartement de Lovino. Resté pour ainsi dire inchangé depuis... Depuis quatre ans. Antonio n'avait pas les moyens de le racheter. Mais il l'occupait encore. Car Feliciano, à qui Lovino avait pratiquement tout légué, en tant que dernier membre de la famille Vargas, le lui avait laissé. Ce lieu était douloureux. Mais Antonio aurait trouvé encore plus difficile de devoir l'abandonner, enlever ses affaires et trier celles de Lovino en vue d'une vente. Non... Au moins, ici, leurs souvenirs semblaient encore vivants, comme si Lovino pouvait encore rentrer à tout moment en claquant la porte après une journée de merde. Comme si Lovino pouvait encore s'allonger à ses côtés en pleine nuit en revenant du bar. Comme si Lovino était encore là...

Antonio ne l'avait pas occupé pendant près de trois ans, durant sa mission dans l'est. Une entité mystérieuse avait toutefois pris soin du logis -il soupçonnait Louise, qui avait toujours la clef. Il n'avait pas eu le cœur de changer les serrures. Mais maintenant qu'il était de retour, il ressentait encore plus cruellement le manque et le vide. Il était rentré depuis environ quinze jours, et il éprouvait un sentiment doux-amer à l'idée d'habiter là jusqu'à sa prochaine mission à l'étranger -qui ne saurait tarder.

Il se redressa dans le lit devenu bien trop grand et laissa la solitude lui tomber dessus dès le réveil. Cet appartement était tellement silencieux... Il attrapa l'Ipod de Lovino dans le tiroir de la table de nuit et parcourut les titres. Il se fit violence pour enclencher une chanson enjouée et gaie, malgré la collection impressionnante de morceaux tragiques qu'il avait à disposition. Alors, avec un soupir, il repoussa les draps et sortit du lit, l'appareil en main. Il traversa la salle à manger, déposa l'engin sur la table, qui occupait une place centrale dans l'appartement pour qu'il en bénéficie partout malgré ses déplacements. Il continua sa route jusqu'à la cuisine et prépara du café. Pendant qu'il passait, son regard fut absorbé par la vue sur la rue, en contrebas, qu'il avait depuis la fenêtre devant le plan de travail. Il vit la porte de l'immeuble d'en face s'ouvrir pour laisser entrer un jeune homme téméraire qui avait bravé le froid pour aller courir de bon matin. Une silhouette si filiforme qu'elle semblait chétive, de loin. Antonio sourit. Leur vigie... Falco. Feliciano lui avait fait cadeau de l'appartement qu'il occupait illégalement depuis si longtemps. L'ancien soldat avait définitivement rejoint les rangs de l'Impero, rongé par la culpabilité -s'il avait pu appeler l'ambulance plus tôt, peut-être que...- et par respect pour Lovino, qu'il appréciait. Et puisqu'il travaillait maintenant en collaboration avec Assan, c'était en quelque sorte un de ses rares rêves qui s'était réalisé. La silhouette en short et t-shirt malgré le froid s'engouffra dans l'immeuble et disparut de sa vue au moment où le café fut prêt.

Antonio s'arracha à sa contemplation pour se servir une tasse et ouvrit le frigo en quête de lait. Il avait jadis l'habitude de le boire noir, mais il avait pris goût au café au lait. Peut-être trop d'amertume déjà dans sa vie quotidienne. Il était inutile d'en rajouter par le biais du café. Ça n'avait bien évidemment aucun rapport avec le fait que Lovino prenait lui-même du lait.

Il ne trouva pas ce qu'il cherchait. Un regard dans la poubelle l'éclaira il avait vidé le dernier carton la veille et avait oublié d'en racheter. Il soupira et avala sa tasse d'un trait avec une grimace. Il ferait mieux d'aller en racheter.

Il prit une douche rapide et, enroulé dans sa serviette, retourna dans la chambre pour accéder au dressing. Ses chemises étaient à côté de celles de Lovino. Il n'avait pas eu la force de le vider... Car tous ses vêtements portaient encore son odeur. D'une main, il attrapa un t-shirt sur une des étagères, de l'autre, il effleura la manche d'une chemise blanche, bien trop petite pour lui, mais qu'il se rappelait parfaitement ajustée pour son amant. Il porta la manchette à son visage et inspira. A force d'avoir été porté, le vêtement était imprégné de Lovino.

Antonio s'arracha à son inhalation et enfila le t-shirt, ainsi qu'un pantalon. Fort heureusement, il avait un but de sortie. Ça lui éviterait de passer une journée supplémentaire à errer dans l'appartement, des flashs de souvenirs l'assaillant et se mélangeant à sa vue en fonction des pièces traversées et des objets rencontrés, tous liés à Lovino. Sa nostalgie était un poison, mais... Il ne prévoyait pas vraiment d'en guérir.

Il se retrouva dans le hall, ajusta par réflexe le tableau qui cachait le coffre, où il avait replacé le Colt après usage. Il décrocha sa veste du portemanteaux et laça ses chaussures, attrapa les clefs dans un vide-poche, et quitta l'appartement. Il marcha jusqu'à la supérette du coin, l'air frais fouettant son visage. Ça lui faisait du bien de respirer un autre air.

Il arriva à la supérette et la traversa sans réfléchir, sachant que le lait se trouvait dans le rayon du fond. Il s'arrêta devant l'étagère pour chercher celui qu'il prenait habituellement et remarqua un petit garçon qui semblait plongé dans une intense réflexion en contemplant les mousses au chocolat et autres desserts en pots. Antonio sourit à la vue. C'était mignon. Il était encore très petit, pourtant. Pas plus haut que trois pommes, pour ainsi dire. Le teint hâlé, la peau caramel, mais des cheveux d'un châtain très clair et de saisissants yeux verts en amande. Il devait être très jeune, c'était étrange qu'il soit seul...

Sa mère arriva au pas de charge, une grappe de tomates dans une main et son sac dans l'autre. Visiblement inquiète, elle laissa échapper une exclamation de soulagement en voyant son fils indemne, mais, une fois qu'elle eut posé les yeux sur Antonio, elle s'arrêta et ils se fixèrent un moment dans un silence gêné.

Elle était blonde, portait un pantalon brun et des hauts talons sous un trench-coat crème. Elle remit son sac de cuir ambré en bandoulière et attrapa la main du petit garçon, marmonnant distraitement :

-Combien de fois je t'ai déjà dit de rester près de moi...

Mais ses yeux ne quittaient pas ceux d'Antonio. Ils étaient tous les deux très surpris de se retrouver ainsi, complètement par hasard, au détour d'une supérette, alors qu'en près de quatre ans, ils ne s'étaient pas croisés une seule fois. Finalement, ce fut Louise qui tendit la main la première, et Antonio la serra chaleureusement.

-Bonjour ! se saluèrent-ils.

-Ça faisait longtemps... remarqua Louise.

-Oui... J'ai raté pas mal de choses pendant mon exil en Russie, apparemment.

Il désigna l'enfant d'un signe de la main, avec un sourire attendri. Le jeune garçon en chemise, pull-over et petit jean le fixait de ses yeux verts, intrigué.

-Oh... Oui. fit Louise avec un petit rire. Je te présente Artemio Suarez.

Elle s'accroupit à hauteur de son fils et lui dit, en montrant Antonio.

-C'est Antonio, un ami de Maman. Dis-lui bonjour, Mijo.

-Bonjour... dit le petit garçon, intimidé, en tendant la main à Antonio, qui s'amusa de cette salutation très adulte.

Il serra les doigts de l'enfant entre les siens pendant un bref instant.

-Et... Et toi ? demanda la jeune femme. Qu'est-ce que tu deviens ?

-C'est fait, Louise. annonça-t-il avec sérieux.

Elle sourit tristement.

-Je sais. Les nouvelles vont vite par ici. Je suppose que je dois te remercier pour ça... Étant donné que tu as accompli les desseins de mon patron quand je n'ai pas pu le faire.

-Ne me remercie pas. C'était normal, et... J'aurais préféré ne pas devoir le faire.

-Je sais. répété-t-elle. Je comprends tout à fait ce que tu ressens. Il... Il me manque tellement.

Elle détourna la tête pour que son fils ne voie pas les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle les chassa d'un geste de la main.

-Pardon...

Il lui signifia d'un signe de tête que ce n'était rien.

-Qu'est-ce que tu vas faire, alors ? l'interrogea-t-elle à nouveau. Maintenant que c'est fini... ?

-Oh, ce n'est pas fini. Ça n'est jamais fini. Ça recommence déjà à s'agiter dans l'Est...

-Ah... Je suppose qu'on ne te verra pas beaucoup plus souvent ?

-En effet. Je n'ai plus que quelques jours de congé. Le devoir me rappellera bientôt.

-Je vois... Hé bien, hum... Passe quand tu veux, d'accord ? Si tu en as envie.

-Oui, d'accord ! répondit Antonio avec un sourire un peu embarrassé.

Ils se serrèrent à nouveau la main, il ébouriffa les cheveux du petit en le saluant aussi, et ils se séparèrent, choisissant des itinéraires opposés pour poursuivre leurs courses. Antonio n'avait pas osé lui dire qu'il ignorait où elle habitait. Il en avait une vague idée, et supposait qu'elle habitait toujours le quartier. Mais il ne chercherait pas à en savoir plus... Il restait attaché à elle parce qu'elle avait été la meilleure amie de Lovino, et peut-être la personne qui l'avait le mieux connu. Mais elle restait active au sein de l'Impero, et lui restait un agent d'Interpol. Ils n'étaient pas supposés se fréquenter en dehors d'une salle d'interrogatoire.

Il acheta deux bouteilles de lait, passa à la caisse et quitta la supérette à toute vitesse, comme si sa vie en dépendait.

oOo

Mercredi 29 janvier 2020.

Il était retourné au QG romain d'Interpol depuis une semaine à peine. Après d'innombrables rapports, débriefings, discussions en vue d'améliorer le protocole Stalingrad -qui, s'il avait déjà fait ses preuves, devait encore être transmis aux autres bureaux et utilisé en Amérique du Sud et en Asie, notamment- on lui avait annoncé qu'il repartait pour Kiev. Certaines ramifications du clan leur avaient échappé et tentaient de reformer l'empire mafieux malgré le regrettable décès du chef.

Alors Antonio avait pris son courage à deux mains.

Les graviers crissaient sous ses pas, il dépassait les petits ouvrages de pierre et de marbre sans vraiment les voir. L'herbe arborait une couleur indéfinissable, entre le gris et le vert. Les arbres demeuraient dépouillés de leurs feuilles. Çà et là, des bouquets de fleurs fanées ornaient les tombes plus ou moins bien entretenues. C'était au moins une chance que la pluie habituelle de l'hiver romain ait décidé de s'abstenir de tomber ce jour-là autrement, la visite au cimetière aurait été absolument sinistre.

Il tourna à droite dans une allée et parcourut encore une vingtaine de mètres. Sous un triste magnolia qui, en saison, parfumait agréablement l'air environnant, il trouva une stèle de marbre blanc, immaculée. Pas de fleurs, mais une parcelle d'herbe et de fleurs sauvages qui, l'été, décoraient la tombe de Lovino de nuances colorées et chatoyantes, à l'instar de la personnalité de l'occupant.

Il n'avait jamais voulu être enterré dans les catacombes. Ç'aurait été une ironie de mauvais goût de l'y faire reposer, d'ailleurs. Il était seul dans le cimetière, mais au moins, il était libre. Et peut-être bien qu'ainsi, il continuait d'affirmer son caractère un peu rebelle par rapport à l'autorité en place. Antonio ne saurait jamais s'il se sentait seul, parfois.

Il n'était pas venu depuis trois ans. Il ne savait pas pourquoi il avait soudain éprouvé le besoin de se rendre sur la tombe de Lovino. De se recueillir. Il ne lui avait jamais vraiment dit adieu... Et ne prévoyait pas de le faire. Il n'était pas non plus venu une dernière fois avant de tourner la page. Comment le pourrait-il quand sa vie tournait autour de cet amour perdu, jusque dans son travail ? Il avait pensé à tout plaquer, mais... S'il était parti, s'il avait commencé une nouvelle vie et s'était efforcé de ne plus penser à ce qu'il laissait derrière lui... Il aurait fini par mourir d'ennui et de chagrin inavoué qui aurait continué à le consumer de l'intérieur. Il était trop imprégné de cet univers. Trop dépendant. Trop impliqué.
Un peu comme Lovino.

Antonio l'avait compris. La volonté de Lovino d'affronter les sbires d'Arlovskaya et Zyma seul. Ç'avait été une mission suicide. Probablement inconsciente, mais pour l'Espagnol, ça ne faisait plus aucun doute. Quitter la mafia avec lui ou mourir en sauvant sa Famille. Quelle qu'ait été l'alternative, Lovino aurait fini par mourir. Car abandonner la mafia, quitter Rome, ç'aurait été s'éloigner de sa vie et l'abandonner. Ç'aurait été mourir aussi. Peut-être que finalement, la mort physique lui avait paru moins pénible qu'une lente agonie, une mort à petit feu à mesure que les jours auraient défilé dans l'ennui et le regret de son ancienne vie, de sa gloire passée. Après tout, le mafieux ne s'en était jamais caché : il était incapable de vivre sereinement sans entretenir un quelconque lien avec son milieu. Antonio lui en voulait-il ? Peut-être. Un peu. Mais ça devenait plus facile de lui pardonner si l'on pensait que Lovino lui avait évité le chagrin de le voir dépérir chaque jour davantage et de savoir pertinemment que c'était de sa faute.

Son regard se perdit sur le marbre et les lettres gravées. Sobre sépulture. Encore une opposition au style presque antique et très ornementé des tombeaux de ses apparentés.

Lovino Vargas

17 mars 1988 – 17 juin 2015

Si longtemps déjà... Alors que ça semblait hier. La blessure, en tout cas, était encore fraîche. Mais les dates étaient frappantes. Lovino était mort en 2015, exactement un an, jour pour jour, après leur première rencontre. Et voilà que ceux qui lui avaient survécu étaient entrés dans la décennie suivante. Quatre ans, déjà... Quatre ans à traquer Braginski et ses sbires au sein même de leurs activités mafieuses. Et maintenant, Ivan était mort. Enterré, tout comme Lovino. Que lui restait-il comme raison de vivre ? Lovino mort, Braginski tué, que lui restait-il ? Une pierre tombale immaculée illuminée par le pâle soleil d'hiver mais qui étincelait malgré tout, lui rappelant une personnalité flamboyante qu'il avait bien connue, et trop peu à la fois. Il fixa la stèle pendant de longues minutes, sa respiration lui semblant bruyante dans le silence du cimetière et de tous ces corps qui n'émettaient plus le moindre soupir.

Enfin, ses doigts effleurèrent la surface lisse et glacée du marbre. Peut-être bien que c'était un au revoir et une promesse de retour qu'il était venu proférer. Il quittait Rome à nouveau, mais il reviendrait. Il partait dans l'est. Avec pour seuls bagages un sac à dos, et un Colt sous sa veste. Chaque jour davantage, des groupuscules dissidents du clan Braginski s'organisaient et tentaient de reprendre les affaires dans l'état où le défunt leader les avait laissées.

Le combat d'Antonio n'était pas terminé. Celui de Lovino non plus.

Il se détourna finalement sans avoir prononcé un mot, mais le cœur empli de promesses. Il n'avait pas pour croyance que les morts puissent nous entendre si l'on s'adressait à leur sépulture. Ce ne fut donc pas aux restes de son amant qu'il s'adressa, mais à son souvenir qui existait seulement dans son cœur désormais. Un demi sourire aux lèvres, il murmura :

-Finalement... C'est moi qui t'ai suivi, Lovi.


Fin


... Et c'est Lovi qui est mort, ah bah, bravo *tuez-moi*

Ainsi le titre de la fic prend un autre sens, ahem. Même si "Seguimi e Uccidimi" aurait été plus approprié, pour le coup.

Traductions

Continuerò : je continuerai (italien - titre d'une chanson de Sonohra)

Mijo = mi hijo : mon fils (espagnol - c'est aussi un terme affectueux surtout utilisé envers les enfants ou les personnes plus jeunes que le locuteur)

Notes

Le vodka martini est un cocktail (ça vous avait manqué, avouez !) composé de 4cl de vodka et de 1cl de Vermouth blanc.

Le GUM est un centre commercial chic moscovite, qui occupe un côté de la Place Rouge, qui a ouvert en 1893.

Protocole Stalingrad : du nom de la bataille de Stalingrad, entre l'Armée russe et les Nazis, qui a duré de juillet 1942 à février 1943 ! Après ces mois de bataille acharnée, vous imaginez bien qu'il n'est rien resté de la ville de Stalingrad. Comme le but d'Interpol était ici d'annihiler le gang Braginski, je trouvais le parallèle intéressant.

Antun Franciskovic : j'ai parcouru les listes d'auteurs croates et j'ai mélangé deux identités pour obtenir la couverture d'Antonio en Croatie.

Boris Glinka : j'ai d'abord cherché parmi les écrivains biélorusses, mais je me suis rabattue sur les Russes, faute de matière. Plus aucun rapport avec Gilbert Beilschmidt, contrairement à la couverture d'Antonio, mais il conserve les mêmes initiales. Ok, et je pouvais pas passer à côté de "Glinka" comme nom de famille. N'est-ce pas, Yukiche ? (Ca m'a fait rire de voir ce nom, alors voilà, petit hommage~)

Artemio Suarez est donc bien le fils de Louise et de Diego (awwww~). Au début, j'avais pensé l'appeler Alejandro, mais je trouvais ça trop classique. Après un petit tour sur "Cuban Baby Names" j'ai trouvé Artemio, et je trouve ça joli (suis-je la seule?)

Ah, et vous pouvez à nouveau me décerner la palme du sadisme pour cette petite remarque sur le fait que Lovi est mort pile un an après sa première rencontre avec Tonio.

PS cette fic se termine le jour de mon 22ème anniversaire. J'offrirai le Champagne ce jour-là.

Je blabate, je blablate... Mais c'est parce que j'ai pas envie de terminer T-T

Parce que maintenant, c'est officiel. Mon travail sur Seguimi O Uccidimi est terminé. Et... je suis émue. Ca fait plus de trois ans que j'en ai eu l'idée, plus de deux que j'ai commencé à l'écrire... Et maintenant c'est terminé. Plus de mafia pour moi, arf ! Vraiment, ça m'a fait un choc d'écrire cet épilogue. C'était resté un moment flou dans un futur indistinct... Mais c'est maintenant chose faite. Pour tout vous dire, je suis triste. J'ai énormément appris de cette fic. Pas seulement dans mes recherches (qui laissaient parfois à désirer huhuhu) mais à beaucoup d'autres niveaux. J'ai rencontré des lecteurs formidables (merciiii *coeur*). J'ai mis en scène des personnages que je n'avais jamais ou peu exploités (Louise, Henri, Diego, Willem, j'en passe) et auxquels je me suis énormément attachée. C'est aussi la fic qui m'a permis d'enfin créer des OC qui me satisfassent (Elia et Falco notamment). Et bon, SOU n'est pas parfaite, mais j'y suis profondément attachée et je tirerai les leçons de mes erreurs (ces petites incohérences,...). Je pense m'en être bien tirée pour une fic qui représente 80% d'improvisation x) Sérieusement, si on m'avait dit il y a deux ans que ça prendrait une telle ampleur... J'aurais ri. Mais bon, là, je pleure. Y a eu plusieurs "phases" dans ma "carrière" sur ff, et là c'est une page complète de mon histoire qui se tourne... Ca m'émeut, je suis triiiste et en même temps je suis contente de passer à autre chose.

D'ailleurs, terminons sur une note positive : mes projets futurs ! J'en ai énormément, mais pour le moment, je compte privilégier le PruAus. Parce que... Vous vous souvenez de The Winds Are Shifting? Mais si, c'est le Spamano que je devais poster à la place de SOU, à la base! Y a deux ans! Et le scénario est toujours bloqué au chapitre trois depuis lors, ahahah (c'est nerveux). Enfin, bref, vous entendrez encore parler de moi, mais le Spamano prendra un peu de temps.

Encore un énorme merci à tous pour votre présence et votre soutien ! J'attends vos reviews avec impatience ;)

A bientôt.

Niniel