Yup, retour sur FF⋅net ^^
Cette fanfic est d'un genre un peu particulier. Peut-être sera-t-elle mon premier chantier inachevé, car à l'heure où je publie ce truc, ça fait un bail que j'y ai pas retouché et j'ai très peu d'idées pour la suite. Pas grave, l'idée c'est de rigoler (gentiment) des histoires qui glorifient Willy. Et j'peux vous dire que sur le forum d'où je viens, y'en a un paquet !
À ce propos, je vous « conseille » Imprévu d'Ikorih, pour bien piger de quoi il en retourne (si jamais j'en venais à écrire le chapitre 3…en attendant, ça vous expliquera la ponctuation du dialogue complètement dégueulasse).
Sur ce, place au texte.


Première Geste : William Dunbar mange des choux

Pour la plupart des élèves du collège Kadic, l'été était une période de bonheur et de réjouissances. Le printemps ayant fait son œuvre, les amitiés fraîchement écloses et les couples nouvellement formés profitaient, insouciants, de l'air chaud et humide de la belle saison dans les fourrés du parc. Autant de visages bourgeonnants que les colléchiennes en chaleur venaient coller aux fleurs patiemment cultivées par Michel Rouiller, avant de les arracher pour les frotter autour du nez de leurs ours mal léchés.
Mais William Dunbar ne participait pas à l'allégresse générale. Car William Dunbar était malheureux. La pauvre âme ! condamnée à observer de loin, dans un silence résigné, les débris de sa passion foulés sans merci par la cruelle ! Aujourd'hui plus que jamais, l'espoir semblait perdu.

Deux semaines. Cela faisait aujourd'hui deux semaines que Yumi ne lui avait pas adressé la parole. Qu'elle l'avait planté avec un désinvolte « Il s'agit d'une cause perdue… » – et s'en était allée batifoler autour de son crétin d'Ulrich. Et désormais, même lui devait le reconnaître : la cause était bel et bien perdue. Cette défaite cuisante laissait dans sa bouche un arrière-goût amer d'injustice. Évidemment, comment pouvait-il encore espérer, après six mois d'absence, retrouver Yumi telle qu'il l'avait quittée : froide, mais secrètement touchée par la beauté mystérieuse du grand ténébreux ?

Et encore, si ça n'avait été que Yumi…


– Je regrette, William. On n'a pas envie de passer du temps avec toi. Tu es trop une tête brûlée.
Annonça Jérémie, catégorique.
– Ouais, et puis ça ferait bizarre de manger en face d'un type qu'on a combattu sur Lyoko…
Marmonna Ulrich, évitant soigneusement d'affronter le regard de son ancien rival.
– Vous n'êtes vraiment pas justes ! Pour rappel, je ne suis pas le méchant, dans cette histoire ! Je suis avant tout une victime – et peut-être, la plus grande victime de XANA !
S'écria William, au bord des larmes.

L'ancien Lyokoguerrier n'était pas vraiment le genre de mec qui pleure facilement, mais là, c'en était trop ! Seul, incompris, forcé de laisser croire qu'il avait joué les imbéciles pendant des mois sans aucune raison, et plombé par un bulletin scolaire tellement désastreux que son père l'avait déshérité et renié – tout cela, il n'était plus capable de le supporter tout seul ! Il avait besoin d'amis, d'une épaule sur laquelle se reposer, de quelqu'un à qui se confier…
Et il n'y avait que les Lyokoguerriers à qui il pouvait parler librement de ce qu'il ressentait. Tous les autres ignoraient justement le cœur du problème : le clone-a-Willy, comme Odd l'avait surnommé…

Mais la bande de Yumi resta insensible devant ce plaidoyer. Seule Aelita osa le soutenir – et encore, elle n'avait pas assez de couilles pour le défendre en sa présence, aussi attendit-elle que notre héros se fût éloigné.

– C'est vraiment pas sympa !
Protesta-t-elle. « Ça aurait pu arriver à n'importe qui. Combien de fois n'ai-je pas été attrapée par la Méduse ?
– Peut-être, mais toi au moins, t'as pas joué les casse-cous en restant seule dans le Cinquième Territoire.
Argumenta Yumi.
– Ben…si, justement.
Rappela Jérémie, en mémoire de l'épisode 46. À quelques mètres de là, le XANA-guerrier ne put retenir un sourire douloureux en entendant, de loin, la dispute qui s'ensuivit. Vraiment, il n'était pas le seul à avoir été attrapé par la Méduse ? Et pourtant, les Lyokoguerriers avaient la méchanceté de le blâmer, lui, plus qu'ils se blâmaient eux-mêmes…

Mais la discussion reprenait déjà une tournure intéressante ; il tendit l'oreille afin de ne rien en perdre…
– Bah, maintenant qu'on ne peut plus se défouler sur Sissi, il faut bien qu'on se trouve un autre pot de colle à engluer, non ?
Plaisantait Odd.

Odd. William le connaissait peu, mais il avait déjà l'impression d'en savoir assez. Un vrai connard, celui-là. L'esprit de la bande, au fond. Dom Juan insouciant, briseur de cœurs pour les filles et de couilles pour les mecs, il était pas fiable, imbu de lui-même et semblait bader grave à l'idée d'avoir l'air taré. Alors qu'en fait, c'était qu'une excuse cheapos pour pouvoir faire des conneries en douce dans le dos des gens.

À peine choqué par le rire général qui suivit la remarque d'Odd, William reprit son inventaire de la bande avec une amertume croissante. Jérémie, le gars qui s'en foutait. Paradoxalement, le moins hostile à William, et le pire du lot. Responsable de toute l'histoire, de ce qu'en avait compris le collégien. Et en particulier de cette affaire de double débile. Mais y'avait rien à faire, le troisième n'arrivait pas à lui en vouloir. Ce gars tranquille et travailleur avait pas le même capital antipathie que ses potes, et après tout, il s'était cassé le cul pour le tirer de la merde dans laquelle il l'avait plongé.

On ne pouvait pas en dire autant d'Aelita, l'hypocrite de service. Visiblement, avoir les compétences pour réparer ses conneries, ça ne suffisait pas à l'ancienne gardienne de Lyoko pour se sortir le doigt du cul. Après avoir échoué à protéger William lors de sa première sortie, elle avait haussé les épaules, et fait la première partie du concert des Subdigitals au lieu d'essayer de rendre sa vie au type qui était prisonnier de XANA pendant ce temps. Et dire que c'était lui qui l'avait mise sur la voie du mix…Le destin avait une ironie plutôt morbide, des fois…En tous cas, elle avait beau jeu de jouer les saintes Nitouches après ça.

Ulrich, y'avait pas grand-chose à en dire. Juste un con dont Yumi s'était enamourée, pour des raisons inexplicables. Après tout, il était jaloux, immature, chiant, boudeur…Autant on avait tendance à qualifier William de « ténébreux » à cause de ses cheveux noirs et de son charme mystérieux, autant lui-même estimait que cet adjectif allait mille fois mieux à Ulrich Stern, qui dégageait en permanence une espèce de spleen morose à se tirer une balle.

Quant à Yumi…William se sentait toujours confus à propos de cette fille. Si sa mésaventure lui avait bien appris une chose, c'est que Yumi était une connasse. Visiblement plus fière d'avoir « deviné » que « l'intégrer au groupe n'était pas une bonne idée » que désolée de ne pas avoir été là quand il était dans le pétrin, la jeune japonaise n'était ni reconnaissante ni compatissante, et ne s'en voulait pas le moins du monde de lui avoir fait prendre des vessies pour des lanternes en lui envoyant des signaux ambigus pendant toute la saison 2. Pourtant, peut-être à cause de ces premiers instants touchants, où il s'était senti regardé, désiré, peut-être même aimé, William ne parvenait pas à la chasser de son esprit, à la mépriser tout à fait. Il y avait quelque chose de délicat derrière cette barrière d'acier et de pencak-silat, qui lui faisait penser que peut-être, si elle n'avait jamais rencontré Stern, Yumi Ishiyama aurait été – était encore, au fond d'elle – une fille formidable.

Le jeune homme poussa un soupir mélancolique et reporta son attention su le contenu de son assiette, en passant un main mélancolique dans sa chevelure aussi noire que les ailes d'un corbeau. Il y avait, dans son assiette, cinq choux de Bruxelles…cinq petites formes blanches et fragiles repliées sur elles-mêmes, comme des enfants difformes aux dos verts et bossus, tremblant à la perspective d'être transpercés par les longues dents de la fourchette. Lentement, presque avec dégoût, le tout-puissant William exécuta sa sentence et enfourna un à un les choux coupables. Aelita, Odd, Ulrich, Jérémie. Tous fondirent, se disloquèrent en larmes, broyés par le palais de leur victime.
Mais quand ce fut le tour du dernier…l'appétit manqua à William. Peut-être étaient les autres choux qui l'avaient écœuré ; pourtant, il aurait voulu se venger de ces autres choux sur le dernier, en l'écrasant plus lentement, plus consciencieusement…Mais l'idée d'abîmer ce chou, même à la fourchette, ne lui faisait soudain plus du tout envie.


En termes de musique, William était plutôt métal. Mais contrairement à beaucoup de jeunes gens de son âge, il n'était plus de la race des gros beaufs qui secouent la tête sans écouter la musique qui passe entre leurs oreilles : au-delà de ses préférences purement subjectives, le jeune guitariste explorait parfois, en dilettante, la richesse infinie des courants présents et passés. Au fil de ses voyages, il avait acquis cette qualité rare du musicien de talent : une oreille cultivée, et un goût raffiné. Le prix à payer avait été douloureux : certains groupes qu'il admirait jadis (les Subdigitals notamment, pour ne pas les nommer) n'étaient plus maintenant qu'un ramassis de vulgarité prétentieuse à ses yeux, tandis qu'au-dessus de tous les musiciens admirés rayonnait le génie absolu de son nouveau Maître, l'ancêtre de toutes les mélodies, de tous les procédés : Jean-Sébastien Bach.

Les notes coulaient les unes après les autres sur le manche de sa guitare avec une facilité à présent déconcertante : maintenant il pouvait l'exprimer, maintenant il voyait naître les problèmes cachés dans ces notes, les biais d'expression qu'il avait pris en les apprenant et qu'il ne voulait plus entendre – maintenant la musique commençait…
Comment un violon pouvait seulement jouer une telle partition, il ne cherchait même plus à se l'imaginer : dans son cœur et jusqu'au bout de ses ongles, la chaconne de la deuxième partita était devenue l'âme et la basse d'harmonie de la guitare, et il ne concevait même plus qu'on eût osé écrire après ce morceau parfait. Les solos enflammés des rock-stars ? le rythme du grandiose flamenco ? la majesté des grands orchestres, les dénouements heureux, les lentes extases et mélancolies brusques : pas une note n'y faisait défaut, chaque émotion transparaissait dans cette partition unique, comme dans chaque morceau de Bach.

Autour de lui, les ombres noires des arbres et buissons, l'air frais et ce ciel lourd des heures qui suivent l'averse, la pâle lueur du solennel clair de lune, tout semblait respirer dans un râle, au rythme des chants de ce fantôme d'outre-tombe. William lui-même sentit ses doigts échapper à son contrôle, comme si son corps, son esprit, n'étaient plus que l'outil d'une divinité plus obscure et inflexible que l'avait été XANA, le vaisseau par lequel une âme depuis longtemps disparue revenait des Enfers pour faire pleurer les pierres. Encore et encore, comme des vagues sur la grève érodée, le morceau reprenait, renaissant de ses cendres, s'élevant et parlant comme une bouche d'ombre qui flotterait par-dessus les eaux sans reflets et sans âge, qui sous le regard glacé de l'éternité effrayante, se gonfleraient elles-mêmes de leurs propres larmes. Enfin, le morceau fut mort. Et il n'est pas de mots pour exprimer le deuil du monde dans ce silence.

Ré mineur de Bach, biatch. Tu peux pas comprendre, c'est pour les incompris.