Disclaimer : Kingdom Hearts ne m'appartient pas, mais à Square Enix et Disney.

L'image de couverture provient de la fin de Kingdom Hearts 2, elle appartient donc également à Square Enix et Disney.

Je n'ai joué parmi les jeux Kingdom Hearts qu'à KH HD 1,5 Remix, donc, même si j'ai vu des vidéos sur les autres jeux et me suis renseignée sur eux, il reste peut-être des incohérences.

Note 1 : Bon... Les premiers chapitres risqueront de paraître un peu « vides » : l'histoire ne démarre complètement qu'à partir du 7ème chapitre.

Note 2 : Joyeux AkuShi day, quand même. Bah oui, il n'y en a que pour l'AkuRoku Day...

Bonne lecture !


Chapitre 1 : Je pense à toi, qui que tu sois

« Dis... Que penses-tu qu'il y ait au-delà ? »

Une vague s'écrasa à leurs pieds, l'écume se répandant en frémissant autour de leurs chevilles. La brise marine ébouriffait leurs cheveux et les entremêlait de grains de sable et de gouttelettes d'eau salée.

Kairi rejeta quelques mèches rousses humides d'eau de mer par-dessus ses épaules et se tourna vers lui.

« Au-delà de quoi ? »

Il ne la regardait pas assis à ses côtés sur le sable de la plage, il laissait son regard errer à l'horizon, et Kairi comprit de quoi il voulait parler.

« Au-delà de la mer. »

Elle suivit son regard. Le temps était magnifique, le ciel radieux. Pas un nuage à l'horizon. Le bleu éblouissant du ciel, celui que l'on rencontrait dans ses yeux, se fondait à l'horizon dans le bleu plus sombre de la mer, qui garnissait ses yeux à elle. Une impression d'infini, c'était toujours ce que lui inspirait cette vision. Une seconde vague vint achever de tremper ses chaussures, mais elle n'y prit pas garde. Elle était si contente d'être là.

« Je voudrais tant savoir ce qu'il y a là-bas. » murmura-t-il encore.

Elle se tourna de nouveau vers lui, une lueur d'inquiétude dans les yeux. Avait-il l'intention de partir ?

« Tu commences à parler comme Riku ! » le taquina-t-elle, pour masquer son trouble.

Les yeux toujours tournés vers l'horizon, il sourit. L'écume envahit de nouveau leurs chaussures, virevoltant jusqu'à leur visage, portée par le vent. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il y avait de l'autre côté de la mer et ne s'était jamais posée la question.

« Tu ne comptes pas partir ? »

Elle avait prononcé ces mots sans en avoir conscience, avant d'avoir pu se retenir. Les yeux toujours fixés sur l'horizon, suivant distraitement une mouette qui tournoyait dans le ciel, elle se tendit. Quelle idiote ! Et s'il disait oui ?

« Quelquefois, j'en ai envie. »

Il avait répondu avec un soupir. Elle lui jeta un regard en coin, inquiète. Il ne la regardait pas. Toujours pas. Un grande tristesse la submergea. Même lui... Après Riku, lui aussi parlait de partir... Pourquoi tenaient-ils tant à quitter les îles ? Ne s'y sentaient-ils pas assez bien ? Elle avait peur... Et s'il décidait de partir ? Et si elle se retrouvait toute seule ? Elle pourrait toujours l'accompagner, s'il décidait de partir, se disait-elle. Mais s'ils ne revenaient jamais ? S'ils ne revoyaient jamais leurs familles ? Pire, s'ils se perdaient de vue durant leur voyage ? Rien ne la terrifiait plus que de se retrouver seule, et elle le savait pertinemment.

« Découvrir le monde doit être merveilleux... » ajouta-t-il encore.

Elle comprenait son point de vue. Grandir sur une île, aussi magnifique et agréable soit-elle, pouvait s'avérer frustrant. Avoir l'impression d'être prisonnier d'un paysage, au sein d'un village où tous se connaissaient. En y réfléchissant, Kairi n'était pas sûre qu'elle supporterait de passer toute sa vie ici, si on lui donnait l'occasion de partir.

« Moi, ça me fait peur, tu sais. » avoua-t-elle.

Elle saisit une poignée de sable mouillé entre ses doigts et sentit quelque chose de dur heurter son ongle. Elle dégagea l'objet du sable : un simple petit coquillage bleu.

« Je suis vraiment heureuse d'être là, reprit-elle. Et je suis vraiment heureuse que tu sois là, alors... Je n'ai pas envie d'aller ailleurs. »

Il ne répondit pas, et elle réprima un soupir de frustration, gardant maintenant les yeux baissés sur sa petite trouvaille.

« Si seulement les choses restaient comme cela pour toujours... »

C'était facile de dire ça. Il serait si facile de se laisser aller à la voie toute tracée par la société : suivre des études, trouver un bon métier, se marier, avoir des enfants... Beaucoup considéraient leur vie accomplie en ayant validé ces quatre points. Après tout, suivre cette manière de vivre sans se poser de question permettait de s'assurer au mieux contre les désagréments de la vie, n'est-ce pas ? Mais était-ce vraiment cela, le bonheur ?

« Kairi... Les choses changent. Elles ne resteront pas ainsi indéfiniment. »

Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il réponde et cette réponse la mit mal à l'aise. Elle lui donnait l'impression qu'il avait changé le premier, qu'il avait perdu sa naïveté et son innocence enfantine pour... grandir. C'était la première fois quelle l'entendait dire ce genre de chose. Cela ne sonnait pas bien dans sa bouche. Elle fronça les sourcils, toujours concentrée sur son coquillage.

« Mais si tout changeait... Nous aussi ? On serait séparés ? »

Elle ne savait pas trop pourquoi elle disait cela. Peut-être le fait de grandir les pousserait à changer de fréquentations. A délaisser des amis proches au profit d'inconnus. Elle ne le voulait pas. Elle avait cru l'amitié indéfectible. Elle voulait l'entendre confirmer cela, qu'il lui avait maintes fois répété. Elle voulait l'entendre confirmer que quoi qu'il advienne, ils ne seront jamais séparés.

« Peut-être... »

Tout à coup, il lui sembla que la brise était plus froide. Elle frissonna, mais il ne semblait pas être affecté par un quelconque changement de température.

« C'est tout ce que ça te fait, hein ? » lâcha-t-elle d'un ton amer.

Elle était de plus en plus abasourdie par ses réponses. Elle n'avait pas remarqué à quel point il avait changé ces derniers temps. Elle avait été aveugle. Sans le savoir, ses mains s'étaient crispées sur le coquillage.

« Pourquoi pas ? » fut sa réponse.

Autrement dit : pourquoi cela me ferait-il autre chose ? Pourquoi le fait de me séparer de mes amis me causerait-il de la peine ? Elle lui jeta un regard blessé. Mais il ne la regardait toujours pas. Depuis le début de la conversation, son regard était resté rivé sur l'horizon, par où il rêvait de s'enfuir, elle n'en avait plus aucun doute à présent. D'ailleurs, une pensée furieuse, encouragée par la soudaine morsure du vent qui s'enhardissait, naquit dans son esprit : Je te gêne, n'est-ce pas ? Je me demande ce que je fais encore là. Je dois probablement t'ennuyer pendant que tu rêves d'ailleurs... Elle la chassa immédiatement pour se tourner vers des pensées plus optimistes.

« Si on est séparés, on se retrouvera, n'est-ce pas ? Quoi qu'il arrive ? »

Son ton était plein d'espoir. Elle se tourna vers lui, repoussant d'un geste irrité les mèches que le vent lui envoyait dans la figure. Il ne lui accorda pas un regard.

« Tu me l'as déjà dit. »

Sa réponse lui fit l'effet d'une douche froide et elle eut du mal à contenir sa déception. Il lui sembla que l'atmosphère s'était assombrie : des nuages noirs avaient envahi peu à peu le ciel, retenant toute lumière et toute chaleur. Le vent se faisait plus violent, courbant les palmiers, secouant l'arbre Paopou, au loin. Un orage allait bientôt éclater. Mais elle n'y prit pas garde, toute à sa déception qui lui mordait le cœur.

« Je te l'ai dit... » répéta-t-elle sans plus le regarder. Si c'était pour le voir fixer l'océan comme si elle n'était pas là, ce n'était pas la peine. Alors qu'elle s'apprêtait à lui proposer de rentrer avant que l'orage n'éclate, plus pour masquer sa gêne que par réelle précaution, il parla de nouveau.

« Il est temps. »

Sous ses yeux inquiets, il se mit sur pieds. Son regard n'avait toujours pas quitté l'horizon il commença à se diriger vers la mer.

« Où vas-tu ? » demanda Kairi d'une voix légèrement nerveuse.

Il ne lui répondit pas, ne se retourna pas, continuant à avancer vers l'océan quand bien même il avait de l'eau jusqu'aux chevilles. Une goutte d'eau atterrit sur la joue de la jeune fille, la faisant sursauter : ce n'était plus de l'écume, mais une goutte de pluie : il commençait à pleuvoir. Elle appela de nouveau son ami, un peu plus fort :

« Où vas-tu ? Tu... t'en vas ? »

Pas de réponse. Avec de grands yeux, elle constata qu'il n'avait pas l'attention de s'arrêter, avançant avec détermination dans les flots. L'eau lui atteignait déjà les cuisses ! Elle se leva d'un bon, laissant échapper le coquillage qui tomba dans le sable mouillé, aussitôt emporté par une vague.

« Pourquoi ne me réponds-tu pas ? Où vas-tu ? » cria-t-elle.

La situation devenait inquiétante. Sans se soucier du sable que le vent lui rejetait à la figure, elle courut vers son ami, pataugeant dans l'eau pour le rattraper. Un éclair illumina le ciel.

« Attends ! »

Elle se figea brusquement. Les vagues venaient frapper ses chevilles, l'éclaboussant jusqu'aux genoux, la pluie, qui tombait drue à présent, ruisselait dans son dos et sur ses joues, ses cheveux raidis par l'eau salée volaient autour de son visage. Mais devant elle, il s'était arrêté, de l'eau jusqu'à la taille. Il s'était retourné. Et pour la première fois, il la regardait enfin. Droit dans les yeux. Mais son regard la transperça. La blessa. Fixer le soleil était moins douloureux d'une certaine manière car le soleil incarnait quelque chose de chaleureux. Le regard de son ami était froid comme la glace, mais brûlait comme le feu.

« Dis-moi, Kairi... Qui es-tu ? »

Elle écarquilla les yeux. Il y avait quelque chose de dangereux, de mortel dans sa voix. Ce n'était pas l'ami qu'elle connaissait, mais elle décida tout de même de répondre.

« Je … Je suis ta meilleure amie ! »

Ce n'était peut-être pas la bonne réponse. A présent terrifiée, elle le regarda éclater de rire. Un long rire glacial, qui n'avait rien à voir avec les rires qu'elle avait entendus de lui. Il se reprit vite et la dévisagea, un sourire froid aux lèvres.

« Ah oui ? Alors dis-moi plutôt... Qui suis-je ? »

Son ton était railleur, et c'est là qu'elle comprit ce qui n'allait pas. Elle était sa meilleure amie. Elle le connaissait mieux que personne. Mais elle n'avait rien à répondre à cette question.

« Non... » murmura-t-elle.

Elle le fixa dans les yeux. Il la dévisageait toujours, sans se soucier des vagues enragées venant frapper son dos, ni de l'obscurité qui s'amplifiait d'instant en instant.

« Je … ne me souviens pas... » répondit-elle plus fort, d'une voix étranglée qu'elle ne se connaissait pas.

Son sourire s'agrandit. Il ne répondit pas, mais elle sut qu'elle avait répondu ce qu'il avait voulu lui faire dire. Il secoua la tête d'un air moqueur, avant de lui tourner le dos.

« Attends ! » s'écria-t-elle.

Il l'ignora, et recommença à avancer dans la mer houleuse, restant sourd aux appels déchirants de la jeune fille, qui n'osait pas se lancer à sa poursuite. Kairi le regarda impuissante s'enfoncer parmi les vagues déchaînées, puis, résolue et effondrée à la fois, se lança à sa suite, tentant de le rattraper.

« Ne pars pas ! S'il te plaît ! »

Plusieurs choses se passèrent alors. Il s'arrêta de nouveau. La jeune fille également, de l'eau jusqu'aux cuisses. Elle ouvrit de grands yeux effrayés en apercevant la vague immense qui se dressait soudainement à l'horizon, là où il n'y avait rien quelques secondes plus tôt, et qui fondait droit sur eux. Trop vite pour qu'ils puissent rebrousser chemin et se mettre à l'abri. Il se retourna vers elle, la fixant d'une expression indéchiffrable.

« On se reverra... Peut-être. Quand tu te souviendras. »

Et avant qu'il ait pu ajouter autre chose, la vague, d'un noir d'encre, s'abattit sur eux, étouffant ses cris sous des litres d'eau.

Kairi se réveilla en sursaut. Se redressant sur son lit, le cœur battant à tout rompre, elle fixait les ténèbres de sa chambre avec des yeux exorbités. Il lui fallut tout son self-control pour se retenir de pousser des cris. En sueur, elle restait figée, tentant de se souvenir de sa situation. Tout allait bien, se répétait-t-elle en fermant les yeux pour tâcher de se calmer. Elle était dans sa chambre. Tout allait bien. Son cœur ralentit peu à peu pour retrouver un rythme normal, et elle trouva la force de quitter son attitude prostrée pour étendre le bras et allumer sa lampe de chevet. Elle s'essuya le front d'une main tremblante.

« Encore un cauchemar... »

Elle fixa sans les voir les murs bleus de sa chambre faiblement éclairés par la lueur de la lampe. Elle s'était suffisamment calmée et la peur avait cédé la place à la colère. La jeune fille rejeta ses mèches trempées de sueur derrière ses épaules, puis, repoussant ses draps d'une geste sec, bondit de son lit. A pas de loup pour ne pas réveiller ses parents, elle traversa sa chambre et se faufila dans le couloir du premier étage pour rejoindre la salle de bain. Cette pièce si banale revêtait dans des instants comme celui-là une aura chaleureuse. Fermant la porte, les yeux fermés pour s'habituer à la lumière vive de la pièce qui se réfléchissait sur les carreaux blancs couvrant les murs, elle laissa son esprit se rasséréner. La salle de bain était un endroit magique sous une apparence ordinaire. Dans les ténèbres de la nuit, cette pièce calme, lumineuse, où l'eau propre coulait, lui inspirait une sensation de sérénité et de pureté, bref, elle s'y sentait plus en sécurité que dans sa chambre emplie d'ombres. Elle s'approcha du miroir et s'y examina : elle y aperçut une adolescente d'une quinzaine d'années, aux cheveux mi-longs ébouriffés (et c'était un bien petit mot : ses mèches rousses partaient dans toutes les directions, inconvénient inévitable d'une nuit agitée) retombant (ou s'envolant dans la direction contraire) sur son pyjama blanc. Ses yeux étaient encore à moitié clos par le sommeil (ou à cause de la lumière crue de la pièce). Kairi tourna le robinet, plongea ses mains dans l'eau fraîche et s'aspergea le visage pour faire disparaître les dernière traces de sueur. Elle le laissa ouvert longtemps, alors même qu'elle n'en avait plus besoin, mais le contact de l'eau sur ses mains la tranquillisait. C'était comme ça presque chaque nuit depuis des semaines. Victime de ses cauchemars, elle fuyait, en larmes parfois, se réfugier dans la salle de bain, qui avait revêtu des allures de sanctuaire.

Tout avait commencé il y a quelques mois, quand l'île avait sombré dans les Ténèbres. Contrairement aux autres habitants, Kairi se souvenait de cette nuit-là : le tumulte du vent dans les arbres, la lourdeur de l'atmosphère, l'angoisse inexprimable qui s'était emparée d'elle et la maintenait éveillée. Sans savoir pourquoi, aux prises avec d'étranges sentiments, elle s'était levée et avait couru à sa fenêtre pour constater l'orage étrange qui faisait rage. Elle avait longuement hésité, puis, mue par une impulsion soudaine, s'était habillée et avait quitté la maison, seule, sans prévenir quiconque . Ses pas l'avaient menée jusqu'à la plage. Elle se souvenait encore du sentiment singulier qui l'habitait quand elle avait erré dans les ruelles désertes et obscures du village : il étouffait tous les autres, lui procurant une sorte de calme apparent mais également angoissant. Elle avait eu l'impression de suivre une voie, d'agir exactement comme il le fallait, alors même qu'elle affrontait sur sa barque la mer houleuse dans l'obscurité totale pour rejoindre la petite île. Elle y était parvenue sans encombre et là... ses souvenirs étaient plus flous. Elle s'était machinalement dirigée vers la cachette secrète, la petite grotte sous les arbres. Son cœur y était comme attiré. Elle avait pénétré à l'intérieur, sans plus s'occuper de l'orage, sans même voir les petites créatures noires aux yeux jaunes qui commençaient à proliférer sur la plage, sans entendre les cris de ses amis qui la cherchaient. Et elle était arrivée devant l'étrange porte de bois, qui n'avait jamais voulu s'ouvrir, ce qui avait maintes fois fait dire à Riku que c'était une fausse porte. Et puis... plus rien. Le trou noir. Rien d'autre ne lui revenait, à part des brides d'images, d'impressions intemporelles, qui venaient la hanter dans ses rêves. Tout était flou jusqu'au moment où elle s'était réveillée dans un palais lugubre, d'où elle avait été emmenée en sécurité. On lui avait expliqué la situation : les plans d'Ansem, ce qu'il était advenu de Riku, la Keyblade... Et son statut de Princesse de cœur. En réalité, rien ne l'avait vraiment étonnée, comme si elle était déjà au courant de tout. Après cela, elle avait laissé faire les autres qui avaient supprimé la menace et tout était rentré dans l'ordre.

Mais ce n'était pas tout. Quelque chose manquait et elle le savait. Riku avait disparu, pour commencer, mais la jeune fille n'avait aucun doute quant au fait qu'il revienne, dans un plus ou moins long terme. Et il y avait une autre personne. Mais Kairi ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Elle sentait plus qu'elle ne savait qu'il avait été très proche d'elle et de Riku, qu'il avait disparu lors de cette terrible nuit, qu'il était celui grâce à qui les mondes étaient désormais sauvés et préservés des Ténèbres. Son destin était fortement lié au sien, elle le savait. Et puis... ils s'étaient fait une promesse, non ? Il devait revenir...

Cela faisait des semaines qu'elle tentait de résoudre cette énigme. Elle ne se rappelait ni de son nom, ni de son visage, ni même du son de sa voix. Elle avait d'abord pensé avoir rêvé, puis avoir été frappée d'amnésie suite à sa mésaventure. Mais quand elle avait interrogé ses concitoyens sur ce garçon, elle n'avait obtenu que des réponses négatives : personne ne le connaissait, alors que tout le monde connaissait Riku. Si elle était victime d'amnésie, alors tout le village l'était également. Elle avait fini par être persuadée d'avoir inventé ce garçon toute seule. Pourquoi ? Les réponses ne manquaient pas : elle avait pu être sujette à des hallucinations durant son voyage dans les Ténèbres. Ou bien il existait réellement mais n'avait aucun lien avec elle ni avec leur île et elle avait seulement inventé cette partie-là...

Pendant la journée, bien que préoccupée par ces interrogations, tout allait relativement pour le mieux. La vie avait repris son cours depuis la catastrophe. Elle n'avait pas vraiment cherché à savoir pourquoi les autres ne se souvenaient plus de rien : après tout, tout le monde était heureux de nouveau. Tous, sauf les parents de Riku, qui avaient perdus le moral et l'espoir de retrouver leur fils, considéré comme mort suite à la tempête. Kairi avait aperçu, apitoyée, le couple en larmes, mais n'avait pas pensé bon aller leur annoncer la vérité. De toute façon, ils ne l'auraient pas crue. Elle avait continué à aller à l'école et était entrée au lycée. Mais elle se sentait seule. Riku lui manquait. Le garçon qu'elle pensait connaître également. Et, au fond d'elle, s'épanouissait de jour en jour l'envie secrète de repartir pour une nouvelle aventure. Elle avait fini par rejoindre le point de vue de Riku : cette île était vraiment trop petite. Mais elle avait peur de se laisser aller à de telles envies et de se laisser ronger par le désir d'ailleurs. Elle n'avait aucun moyen de quitter l'île et elle le savait.

Pendant la nuit, en revanche, c'était l'enfer. Tout ce qu'elle peinait à tenter de se remémorer ou d'oublier pendant la journée revenait à la charge sous la forme de rêves qui l'éveillaient épuisée, et le plus souvent, de cauchemars : elle voyait à nouveau les Ténèbres envahir l'île. Elle voyait les gens mourir, sa famille mourir, les Sans-cœur attaquer le village tandis qu'elle ne pouvait que maudire son impuissance. Elle revoyait Ansem, sous l'apparence de Riku, lancer ses monstres à ses trousses. Et, de plus en plus fréquemment, elle rêvait de lui, du garçon inconnu mais pas si inconnu que ça. Ses craintes resurgissaient : elle rêvait de sa culpabilité de l'avoir oublié, ce dont il lui tenait toujours rigueur. Parfois, il incarnait même les Ténèbres qui venaient s'abattre sur son foyer. Elle avait d'abord été terrifiée par ces cauchemars à l'allure si réelle, et elle l'était encore, mais maintenant, elle ne restait plus pétrifiée de peur, recroquevillée dans un coin de la salle de bain jusqu'à ce que ses parents viennent s'enquérir de ce qui lui arrivait. Maintenant, la lassitude et la colère de devoir subir ces visions finissaient par l'emporter. Elle aimerait pouvoir dormir tranquille parfois.

L'eau coulait toujours sur ses mains, qui commençaient à se friper. La jeune fille ferma machinalement le robinet. La colère avait laissé place à la détermination. Le garçon lui reprochait de l'avoir oublié ? Il voulait qu'elle se souvienne d'elle ? Très bien. Elle avait l'intention de remuer l'île de fond en comble jusqu'à ce qu'elle trouve le moindre indice sur son identité.